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11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 07:58
Chemin de Biconguy.

Chemin des pèlerins. Dans sa préface et dans son histoire, Lobineau dit que le voyage ou pèlerinage des Sept-Saints était anciennement une dévotion si usitée, qu'il y avait un chemin pavé destiné tout exprès au travers de la Bretagne, appelé pour cela le chemin des Sept-Saints, doit on voit encore des restes du prieuré de Saint-Georges, près de Dinan. Lobineau avait bien vu ; plus de quatre siècles avant lui, il y avait en ces parages une chapelle ou fontaine, un lieu nommé les Sept-Saints. Nous en trouvons l'indication dans des lettres de Charles de Blois du 13 décembre 1346, confirmant la fondation « d'un hôpital au bout de la chaussêe de Trédias, en la paroisse de Tromeur, sur le chemin des Sept-Saints à Bicongni ». Les Sept-Saints de Bicongni ne se retrouvent aujourd'hui ni sur les lieux ni même dans le souvenir ; mais le prieuré de Saint-Georges est figuré sur la carte de l'état-major un peu au Nord-Est du ruisseau de Mirbel, formant la limite entre les deux anciennes paroisses, aujourd'hui communes, de Trédias et Tromeur. Le lieu dit les Sept Saints était sans doute très voisin. La chaussée de Trédias était entre Bicongni et les Saints. Sur le bord du chemin, devant l'hôpital Saint-Georges, il y avait cinq ou sept croix plantées toutes sur un seul et même piédestal. Voila notes récoltées par M. le marquis de l'Estourbillon qui ajoute : « l'une de mes sources qu'il y en avait sept, mais un ecclésiastique, qui est né à Saint-Georges et qui y a passé son enfance, croit n'avoir vu que cinq trous dans ce piédestal, qui était énorme dit-il ». Dans chacun de ces trous se trouvait autrefois une croix scellée avec du plomb. Pendant la Révolution, les bleus brisèrent toutes ces croix. Le piédestal fut enfoui dans la route qui passe en ce lieu, lorsqu'on la fit. Ces cinq ou sept croix avaient probablement été élevées en l'honneur des cinq ou sept saints, dont deux ont encore, non loin de ce lieu, d'autres croix qui portent leurs noms : l'une placée, sur le bord du chemin conduisant de Saint-Georges à Trémeur, et, à peu près à égale distance de ces deux points, s'appelle la croix Saint-Thias, son extrémité supérieure et l'extrémité de chacun de ses deux bras ont été brisées, probablement en 1793. On croit communément qu'il y avait une chapelle près d'elle. L'autre, la croix de Sainte-Urielle, récente, et plus voisine de Saint-Georges, se trouve dans un pré, près du chemin, sur l'emplacement qu'occupait l'ancienne église de l'ancienne paroisse de Sainte-Urielle, dont les restes furent démolis en 1838. D'après une tradition qui commence à se perdre dans le pays, ces deux saints n'étaient pas simplement honorés, l'un par une croix particulière et une chapelle, l'autre par une église paroissiale ; mais ils étaient encore au nombre de ceux auxquels étaient dédiées les croix plantées sur le même piédestal. Voici le nom de ces sept saints, mais ici l'histoire fait place à la fable. Dans le pays où se trouvent à présent les paroisses de Trémeur et de Trédias vint un saint-Georges, qui eut sept enfants, nés ensemble le même jour, lesquels restèrent tous dans le pays et se sanctifièrent. Ce sont saint-Georges, saint-Thias, sainte-Urielle, saint-Cado, saint-Laurent, saint Firmin, saint Armel. Il y avait donc deux saints Georges, le père et l'un des fils, et je ne vois pas pourquoi on ajouterait pas le père aux sept enfants, ce qui ferait huit saints. Malheureusement pour la légende, il y a encore dans l'ancienne chapelle de l'hôpital Saint-Georges, transformée en grange, une statue de l'ancien patron de ce lieu, qui le représente revêtu d'une armure de chevalier, ce qui fait penser que ce patron était regardé comme étant saint-Georges soldat. Saint-Thias n'est guère connu, M. de la Borderie, sans sa précieuse Histoire de Bretagne, mentionne un point de la chaîne du Mené, dans la commune de Saint-Gouéno, qui porte ce nom : je suis porté à croire que c'est le même nom qui entre dans la composition de ceux des paroisses de Languédias et de Trédias. Toute fausse qu'est la légende des sept saints jumeaux, j'y trouve cependant une raison de hasarder l'explication, que voici, de ces mots, des lettres de Charles de Blois : sur le chemin des sept saints de Biconguy . Le chemin qui passe à Saint-Georges se dirige sur l'est vers sur Trédias, puis sur Yvignac, et atteint, un peu au-delà du bourg, le village de Trélée où se trouve la chapelle dédiée à saint-Firmin, l'un des sept. Cette chapelle est encore maintenant un lieu de pèlerinage très fréquenté. Si l'on revient à Saint-Georges et que l'on suive le même chemin dans la direction vers le sud-ouest, on trouve d'abord la croix de Sainte-Urielle, sur l'emplacement de l'ancienne église paroissiale de ce nom, puis la croix près de laquelle était autrefois une chapelle. Poursuivant ce chemin, on passe à Trémeur : puis, après avoir traversé le village de Pengly, dans la paroisse de Sévignac, on arrive à la chapelle de Saint-Cado. Voilà donc, le long de ce chemin dans un espace d'environ quinze kilomètres, cinq chapelles consacrées aux cinq des sept saints de la légende. Restent saint-Armel *1 et saint-Laurent *2 : peut être étaient ils honorés sur le même chemin dans des lieux que je n'ai pas retrouvés, faute de temps. La voie dont il s'agit s'appellerait donc avec raison, chemin des Sept Saints ; et ces derniers mots désigneraient non pas son point d'arrivée, mais les lieux dédicacés à des saints et disséminés sur son trajet. Le nom de Biconguy semble donner quelques forces à cette hypothèse, car il est peut être mis là pour indiquer que les sept saints dont il s'agit ici, ne sont pas ceux qui sont appelés les Sept Saints de Bretagne. Mais personne ne connaît Biconguy, et, dès l'an 1582, le chemin des Sept Saints de Biconguy, est appelé dans l'acte d'une donation faite par Louis d'Espinay, le chemin du Roy qui conduit du bourg de Trémeur au couvent de Saint-Georges. Ma conjecture fondée en partie sur une légende, est bien hardie ; mais comme cette légende attire l'attention sur cinq lieux dédicacés à cinq des sept saints qui en sont l'objet, elle peut engager quelques curieux à diriger ses investigations le long du même chemin pour tâcher de diriger si saint Laurent et saint Armel y étaient honorés quelque part, et peut être le résultat sera-t-il complété par la découverte de Biconguy. Dans ce cas la légende et l'hypothèse auront eut quelque utilité : mais en attendant la certitude, je me garderai de combattre l'opinion de ceux qui aimeraient mieux penser que le chemin, sur le bord duquel était le prieuré de Saint-Georges, conduisait à quelque sanctuaire dédié aux Sep Saints de Bretagne. Joseph Janvier (article publié dans l'Association Bretonne en 1897)

 

 

*1 saint-Armel, est vénéré près du Vieux-Bourg en Languédias, une fontaine lui est dédicacée.

 

*2 saint-Laurent vénéré à la chapelle de Leslians à Broons

Chemin de Biconguy.

Sur les bords charmants du ruisseau de Rosette, qui sort des coteaux d'Eréac et, après avoir formé le bel étang de Jugon, se jette près de cette ville dans l'Arguenon dont il est un des principaux affluents de droite, s'élevait jadis, près du bourg de Trédias, un paisible monastère, qui pendant près de 450 ans, de 1346 jusqu'à la Révolution, fut pour cette région la providence des pauvres, et souvent un refuge bienfaisant et hospitalier pour les malades, comme il l'avait été aussi à la fin du moyen-âge pour les nombreux pèlerins qui arpentant à ses pieds l'ancienne voie romaine de Vannes à Corseul, accomplissaient pieusement le très célèbre pèlerinage des sept saints de Bretagne. Fondé au début du XIVe siècle par un pieux chevalier nommé Geoffroy Le Vayer, appartenant à une très ancienne famille du pays de Gouello, le prieuré-hôpital de Saint-Georges de Trédias en Trémeur, eut pour but, dans la pensée de son créateur, ces devoirs de charité et d'hospitalisation si en honneur jadis et qui donnèrent naissance en Bretagne à une foule de prieurés ou de monastères. Mais les choses les meilleures sont destinées à disparaître en ce monde, et malgré les services multiples rendus par le prieuré de Saint Georges de Trédias, la tourmente révolutionnaire l'ayant emporté, comme tant d'autres, son nom seul, et le souvenir de son existence conservé dans une mauvaise copie de la charte de fondation, donnée par Dom Morice, étaient parvenus jusqu'à nous, lorsque ces temps derniers, nous eûmes la bonne fortune de trouver et d'acquérir chez un bouquiniste de Paris, l'inventaire très détaillé des titres et archives de ce prieuré. Ce curieux document, venant tout à coup nous donner des détails précis sur sa vie intérieure, ses ressources, ses faits et gestes, nous demanderons dès lors à l'Association Bretonne la permission de l'en entretenir quelques instants. En fondant ce prieuré-hôpital, Messire Geffroy Le Vayer, comme nous le verrons plus loin, en confia la gestion à des religieux Augustins du monastère de Sainte-Croix du Mans, auxquels il assura des revenus suffisants pour vivre et mener à bien l'œuvre de charité qu'il avait fait vœu de réaliser. Le 15 décembre 1346, le pieux Charles de Blois, agissant comme duc de Bretagne, tint à confirmer sans retard cette fondation, et seize ans plus tard, toujours plein de sollicitude pour les religieux de ce prieuré, il adressa, d'après notre inventaire, un mandement spécial au sénéchal de Dinan, pour faire jouir le prieur de Trédias des fromentages des paroisses de Plumaudan et de Saint-Maden, dont le prieur lui avait fait hommage. Les seigneurs de Dinan et nombre de familles tant de la bourgeoisie que de la noblesse s'appliquèrent également, si nous en croyons notre inventaire, à favoriser par de pieuses fondations l'extension du prieuré de Saint-Georges de Trédias et le bien-être de ses religieux. Le 6 avril 1431, N. H. Messire Guy Rabaud, chevalier, seigneur d'Iray et de la Rabaudière, fonde au prieuré de Trédias, une messe annuelle chaque année pour les âmes de ses prédécesseurs avec participation aux prières des religieux, laquelle messe devait être célébrée au jour et feste de saint Georges ou le jour suivant, si le prieur et les religieux étaient occupés ce jour-là. On devoit donner pour cette dotation « une motte de terre avec son circuit avec une mazure et pièce de terre joignant icelle Motte, nommée vulgairement la Motte, joignant d'un costé au commun et placite du moulin de Trédias, d'un bout à l'étang de Trédias et d'autre au chemin par lequel on va.de Trédias à Sainte-Urielle ». Le 6 février 1499, nous. voyons intervenir une transaction entre les religieux de Saint-Georges, d'une part, et Guillaume Bourgeault et dame Guillemette Maillard, sa femme, au sujet du testament de feu Eon Maillard leur parent, qu'ils avaient refusé d'approuver tout d'abord, mais ratifièrent à cette date. Eon Maillard avait concédé aux religieux diverses donations en raison desquelles ils étaient tenus « de faire faire des prières commémoratives pour son âme le jour de la fête de saint Georges et de faire dire chaque année le jour de la feste de saint Pierre en l'église paroissiale de Trédias, six messes dont l'une de Requiem avec nocturne de morts et respons avec un Libera sur la tombe dudit Eon Maillart après ladite messe en priant Dieu pour son âme et celles de ses amis trépassés. Le 3 mars 1575, on voit Messire Louis d'Espinay, seigneur de la Marche, donner à notre prieuré un domaine assez considérable, sis près le couvent de Saint-Georges, d'une contenance de huit vergées et nommé les. Champs Allieu, à charge aux dits religieux de prier Dieu, pour ledit seigneur, ses prédécesseurs et ses amis. Le 15 février 1582, le même seigneur, « Messire Louis d'Espinay, agissant tant pour lui que pour Messire Charles d'Espinay, marquis de Vaucouleurs seigneur d'Yvignac, son fils, fait au couvent de Trédias une nouvelle fondation dans laquelle on le voit donner aux religieux, un grand pré nommé les Couailles du moulin de Trédias, appartenant audit seigneur à cause de sa chatellenie d'Yvignac, d'une contenance de 3 vergées, joignant d'un côté le chemin du Roy qui conduit du bourg de Trémeur au couvent de Saint-Georges, d'autre côté au pré des religieux au devant du couvent et d'un bout au ruisseau qui flue du château de Broons au moulin de Trédias, et en outre une autre pièce de terre nommée Les Tertres, en la paroisse de Trémeur, le tout à charge aux religieux de célébrer dans l'église dudit couvent, deux messes basses pour ledit seigneur et la feue dame son épouse, l'une le 20 octobre, jour de son décès, l'autre le jour de la saint Louis pendant la vie dudit seigneur et après son décès, le jour de sa mort avec prières générales le jour de saint Georges au prosne de la grand'messe ». Nous eussions été heureux de pouvoir trouver dans notre Inventaire des renseignements assez précis pour nous permettre de d'établir la liste des prieurs du monastère de Saint-Georges de Trédias. L'analyse de ces nombreux actes et titres ne nous fourni malheureusement que six noms, ceux de  : Adam du Tournay ; prieur en 1504 ; F. Pierre Hubelin, prieur en 1553 ; Messire Pierre Bourrelet, en 1629 : Guillaume des Sales, en 1666 : Jean-Nicolas de Poncy, en 1755 : Dom Pierre-Louis Wastremaz, prêtre, chanoine de Saint-Augustin, en 1766-1775. Par ailleurs, si nous examinons les quelques 250 pièces analysées d'une façon très compète dans cet Inventaire, nous voyons qu'elles ont pour objet une grande quantité de transactions ; de contrats d'acquêts ou de ventes, d'arrentements, d'échanges divers ou des aveux présentant pour l'histoire locale de détails aussi intéressants qu'inédits. Les personnages cités comme ayant eut alors des relations à des titres divers avec le prieuré de Saint-Georges, sont Messire Geoffroy Le Vayer ; Guy Rabaud, Sgr de la Bouexière ; Olivier Le Vayer, Sgr de Trégomar ; Guillaume de Lorgeril ; Jean et Louis d'Yvignac ; Regnault Le Vayer, Sgr de la Haye-Pesnel ; Rolland de la Motte, Sgr du Menu-Bois ; dame Gilette de la Motte, veuve d'Alain Bertho de Beaulieu, en premières noces, puis en secondes noces de Charles le Mintier, Sgr du Pontalasne ; Louis d'Espinay, Sgr de la Marche ; Nicolas le Vayer, Sgr du Lou ; Jacques Le Vayer, Sgr de Trégomar ; Charles d'Espinay, marquis de Vaucouleurs ; François de Trémigon, époux de Servanne Frostel, Sgr de Kerinan ; Dlle Servanne de Trémigon ; René de Kergu, Sgr des Vaux, etc. La plupart de ces actes mériteraient d'être étudiés en détail, mais nous nous bornerons à en indiquer quelques uns présentant pour le pays, un intérêt plus particulier. Quelques-uns présentant pour le pays un intérêt plus particulier. Voici d'abord un acte de reconnaissance du 20 octobre 1461, fourni aux religieux de Saint-Georges par Messire Guillaume de Lorgeril, fils de Jean, « portant qu'il doit aux dits religieux 11 sois 9 deniers de rente, francs de taille au terme de saint Gilles, sur l'hypothèque d'une maison sise à Jugon, en la rue de Souzain Martray, laquelle rente était auparavant de 14 livres et avait été réduite de 2 livres 4 sols à cause de sa contribution à la taille. » Un compromis du 23 février 1472, passé entre les religieux de Saint-Georges d'une part, et Jean d'Yvignac et Louis d'Yvignac ; Jean Dumoulin, et Geoffroy Pactri, d'autre part, au sujet de pescheries créées par les religieux sur leurs terres et qui, démolies à main armée par ordre des comparants, provoquèrent de longs débats judiciaires qui ne furent clos que par un arbitrage. » Une assignation donnée par ordre des religieux, le 20 mai 1554, à Me Guillaume Le Clavier, maître d'école au bourg de Trédias, ce qui prouve une fois de plus l'existence d'instituteurs dans nos campagnes au milieu du XVIe siècle. Un acte d'atournance du 27 novembre 1581, document des plus curieux, donnant la liste de tous les hommes et sujets -du prieuré au nombre de 63, avec mention des redevances dues par chacun d'eux. Puis une déclaration du prieur Pierre-Louis Wastremaz, en date du 2 octobre 1766, nous faisant connaître tous les revenus du prieuré à cette époque, lesquels s'élevaient à la somme de 968 livres, plus 30 mines de froment et 13 de seigle comme redevances. Enfin, passerons-nous sous silence une curieuse permission de chasse, donnée à un religieux de Saint-Georges en 1608, par Mgr Hercule de Rohan, duc de Montbazon, pair et grand veneur de France, l'autorisant à tirer à l'arquebuse toutes sortes de gibier, non deffendu par les Ordonnances du Roi. Puis le Procès-verbal des ornements du monastère, en date du 16 septembre 1665. Un acte de notoriété passé devant les notaires de Broons, portant attestation des Aumônes faites par le monastère, datée des 3, 4 et 5 mars 1676. Enfin une curieuse procédure de 1697, au sujet de la pourvoyance d'un enfant trouvé.. Toutes ces pièces, contenant chacune quelque détail nouveau sur la vie d'autrefois, dans un coin du pays de Broons, nous ont paru dignes d'être citées. Pourquoi faut-il que le rédacteur de notre Inventaire n'ait pas cru devoir nous rapporter en détail un Monitoire du 4 décembre 1660. Néanmoins, cet Inventaire tel qu'il est, nous donne bien un aperçu général de l'histoire de ce prieuré, dont le rôle, tout modeste qu'il ait été, fut cependant bien rempli. Le vaillant prince Charles de Blois, toujours prêt à favoriser les louables entreprises, n'avait pas hésité à confirmer, comme nous l'avons dit, quelques mois après sa fondation, l'oeuvre charitable de Geoffroy le Vayer. Que si, vu sa longueur, nous n'avons pas cru devoir rapporter ici in extenso l'acte de cette fondation, du moins ne croyons nous pas pouvoir omettre les lettres confirmatives si curieuses données par Charles de Blois. Ecoutons à cet égard, le langage d'un prince chrétien.

 

 

« Nous Charles duc de Bretagne, vicomte de Limoges, sire de Guiche et du Maine, et nous, Julienne (Jehanne), duchesse de Bretagne, o l'authorité de nous, le Duc, et ladite duchesse nostre très chier compagne, donnée quant à toutes les choses qui ensuyvent, faisons savoir à tous : Que comme nostre très cher et ami baschelier, Monsour Geoffroy Le Veier et dame Jeanne Rouxel, sa femme, ayant commencé et fondé, et ayant entente et volonté de parfaire et achever en l'honneur de Dieu, nostre Créateur et de nostre Dame, la béniste et glorieuse vierge, nostre Dame et de la vraie sainte croix et de Monsieur saint Jacques et toute la sainte compaignie de Paradis, un hospital au bout de la chaussée de Trédias en la paroisse de Tremeur, sur le chemin des Sept Saints de Biconguy en la diocèse de Saint Malo, et mestre illecque et tenir frères religieux de Sainte Croix, de l'ordre de Saint Augustin; d'en suivant pour faire les divins offices et autres pour leurs vivres, sous-tenance et entretien de leurs maisons, donnons quatre journeaux de terre, journées à cinq hommes de prsent et cinq journeaux de pré, de trentemines de froment des fromentages de Guilliers et paroisse de Plumaudan et Saint Maden, vingt mines de seigles en leurs dismes de nostre chastellenie des Bois, en deniers monnoie courante par chacun an. Item ès pauvres passans et demourans, outre par ledit submis et donné trente mines de seigle esdits pauvres par la main du priour dudist lieu par chacun an. C'est assavoir, par chacune sepmaine, un cartron perpetuellement et sera tenu chacun priour jurer sur le corps sacré de Nostre Seigneur, à son entrée, les alouer et profitablement à son pouvoir ielle aumosne, donner et ordonner et lesdits Messire Geffroy et Dame Jeanne, nous ayant humblement requis et supplié, que nous pleust nous assentir edites choses, et nous, considerans leurs bonnes volontés et leur juste supplication, nous sommes assenti esdistes choses comme pour nous, et par nos lettres les confirmons, approuvons et ratiffions pour le salut et remède de nos âmes d'eux et des leurs et voulons qu'ils soient perpetuellement fermes et stables, enterinées et accomplies et fermement maintenues de point en point, comme dessus est décidé et ordonné, sans les enfraindre ne venir en outre en aucune manière, sauf à retenir à nous et à nos hoirs nostre jurisdiction, seigneurie, obéissance et autres debvoirs. Donné, sous nos seaux à Jugon le 15e jour de décembre l'an mil trois cents quarante six »

 

 

Plusieurs historiens, et notamment dans notre région, M. Léon Maître, archiviste de la Loire-Inférieure, pour ce département et celui de la Mayenne, ont démontré dans leurs ouvrages l'esprit de charité qui animait nos pères et énuméré les innombrables établissements hospitaliers qui couvraient jadis nos campagnes jamais peut-être plus qu'aux XIIIe et XIV siècles, l'assistance publique ne fut aussi florissante. C'est qu'à cette époque, l'âme de tous ces chevaliers, de tous ces chrétiens, était pétrie de vaillance, de foi et de charité, et si l'esprit de certains guerriers était hanté parfois de cruautés sauvages, le cœur des hommes de Foi, qui formaient la grande majorité de la Nation, n'était préoccupé que du bien-être des malheureux. Marquis de L'Estourbillon (extrait de Bulletin archéologique de l'Association bretonne 1896)

 

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