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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 20:39
La victoire de Alain Le Grand à Questembert.

Ainsi que nous l'avons vu dans un précédent article, Salomon de Bretagne (voir Le roi Salomon de Bretagne), finit assassiné par son propre gendre Pasquiten, et par le complice de ce dernier, le dénommé Gurvant. Ce souverain qui avait porté la Bretagne à son apothéose, termina ainsi son règne dans le sang. Pasquiten s'appropria les comtés de Nantes et de Vannes (voir Liste des comtes de Nantes), et Gurvant celui de Rennes (voir Le comté de Rennes). Pourtant cette complicité entre les deux meurtriers allait bientôt se fissurer. En effet en l'an 877, Pasquiten ayant appris que Gurvant était tombé malade, rassembla ses troupes et s'en alla ravager le Rennais, mais il essuya une cuisante défaite, et peu après cet épisode, les deux adversaires devaient s'éteindre. Ils moururent au p!us tard dans les cinq premiers mois de l'an 877. Selon Arthur de la Borderie, Gurvant laissait pour héritier : Judicaël, quant à Pasquiten, c'est son frère prénommé Alain qui lui succéda. Les deux hommes eurent les mêmes prétentions que leurs prédécesseurs et continuèrent les conflits. Profitant de cette situation, des Scandinaves qui se désignaient Nortmanni passèrent à l'attaque en assiégeant la place connue depuis sous le nom de Saint-Lô dans l'Avranchin, alors en terroir breton (voir les invasions Scandinaves en Bretagne, résumé.). L'attaque de la Bretagne fut telle que le pays ploya sous l'effort de leurs armes, de la rivière de la Loire jusqu'au Blavet. Alors les comtes de Rennes et de Nantes s'associèrent enfin, afin de mettre en déroute ces pillards, Judicaël $ les attaqua en un lieu nommé Traut près du Couesnon -selon une chronique anglo-saxonne, mais il trouva la mort peu après. Alain, comte de Nantes, rétabli d'une maladie nous dit le chroniqueur Le Baud, qui poursuit que la bataille eut lieu suivant une ancienne chronique entre Redon et Vannes, en un lieu nommé Quintambert. Précision est apportée : « l'action fut si sanglante, que de 15.000 hommes Nomans, il ne s'en sauva qu'environ 400 ». Les annales de Metz et de Rhéginon donnent la date de cette bataille en l'an 890, tandis que celle de Redon la donne en l'an 888. C'est à travers le Cartulaire de Redon que l'on en sait un peu plus sur le vainqueur de Questembert.  Arthur Le Moyne de la Borderie donne la date précise du 12 juin 878, dans ce premier acte,  Alain le Grand y est qualifié de : « Alan, provinciœ Warochise cornes », autrement dit, comte de Browerech ou pays de Vannes et souverain partiel de la Bretagne (voir Etude sur le Broerec ou Pays Vannetais - Waroch Ier. - Waroch II.), ,dans un second acte émanant du même Cartulaire de Redonle dit Alain est considéré comme chef universel des Bretons (voir Arthur Le Moine de La Borderie : Examen chronologique des chartes du cartulaire de Redon)Et de poursuivre : « Oui, il était aussi souverain d'une moitié de la Bretagne ; c'est sans doute à ce titre qu'il fut sacré, et si on le voit se contenter du nom de comte de Browerech, c'est que ce comté était à la fois sa résidence habituelle et son propre domaine héréditaire »  C'est d'ailleurs lui qui avait proposé la date de la bataille de Questembert en 888 alors que le chroniqueur Le Baud proposait celle de 890. Quand au lieu précis du combat, un intéressant compte rendu fit l'objet d'un article publié dans la revue l'Association bretonne, article rédigé par l'historien Bleiguen et Erlannig – Edition 1958 : « Autour de Questembert les combats font rage. Alan et Even reculent vers la lande de Bony et kergralan puis ker an Tal (le village du Combat). Alain joue sa dernière chance, et sous le coup de l’inspiration, tombe à genoux et promet à Dieu, s’il lui accorde la victoire, de donner au pape à Rome la « dîme » (le dixième) de ses biens. Cette scène se serait passée au Pont-Prié ! La victoire est complète, des renforts  arrivent de partout, dont ceux venant du Blavet, les pirates scandinaves tombent sous les coups répétés et imparables des Bretons. Tout autour du Bodan, de Carnély, de Kersec jusqu’au moulin de Carné, les cadavres des Normands, par centaines et par milliers, jonchaient le sol. Bien peu de pirates réussirent à rejoindre leurs drakkars amarrés aux rives de la Vilaine ».

La victoire de Alain Le Grand à Questembert.

Au sud de Questembert, un losange noir et blanc symbolise la position des troupes bretonnes, le losange rouge et jaune celle des positions normandes. 

Des croix anciennes, au nombre de huit furent plantées pour commémorer la remarquable victoire de Questembert, remportée par celui que la postérité connaît depuis sous le noms d'Alain Le Grand. Ces croix nous sont ainsi décrites par l'association Histoire Découverte patrimoine de Questembert :

 

A -La croix Rochue.

 

Taillée dans un bloc de granit, elle mesure 1 m 50 environ. Elle porte une épée dont la garde est convexe et retombe vers la lame qui occupe la longueur du fut. Deux cassures lui ont été causée par un camion fou, il ya quelques années.

 

B -La croix du Pont à la Poële.

 

Ce nom correspond à plusieurs parcelles de terre de la vallée, et dont une pierre sculptée, ressemblant à une poêle à frire, y a été retrouvée. Cette croix est du même genre que la croix Rochue. Retrouvée cassée, elle fut restaurée par le propriétaire du terrain qui la garda « chez lui » !

 

C -La croix Tuin, dite aussi croix de « Ker-an-Gat».

 

Courte, étroite, et assez irrégulière, elle porte trois « croisettes » en relief surmontées de cinq points (figurant les cinq plaies du Christ). Elle fut érigée sur les lieux les plus chauds du combat, à l’endroit où la retraite des Normands allait commencer à se transformer en déroute.

 

D -La croix du Pont-Prié.

 

Cette croix a existé, (là, où Alain le Grand pria pour gagner la bataille), mais elle a disparu depuis bien des années. On suppose qu’elle a été utilisée pour faire la route. Une nouvelle croix a pris sa place, grâce à l’Association du Patrimoine qui, en 1991, en fit refaire une à l’identique. Elle vient de retrouver sa place initiale en juillet 2018. C’est, en cet endroit supposé, qu’Alan aurait mis genou à terre en implorant le ciel !

 

 

E -La croix de Canély.

 

 Elle domine le vallon de Carnély où les normands furent encerclés et anéantis. Il est probable qu’un certains nombre de Normands furent inhumé dans les parages. Dans leur déroute, ils cherchaient à regagner leurs drakkars à « la vieille Roche » en Arzal.

 

F -La croix de Ker-ar-Tal. Regardée comme l'ossuaire.

 

 « la ville du front » Cette croix armée, cassée a été restaurée se trouve à ce jour dans une propriété privée, pas très éloignée du Pont Prié. Elle se trouve être au centre de la bataille livrée contre les Normands.

 

G -La croix de l'Ormeau.

 

C’est un beau monolithe de granit, assez plat et sans sculpture atteignant 2 m de haut. L’endroit où elle fut placée, vraisemblablement, un des points chauds de la bataille, après son vœu, il lança de Ker-en-Tal et des alentours, la grande attaque finale qui devait le conduire à la victoire.

 

 

H -La croix de L'Isle

 

Dites aussi Croix des Brières. C’est un monolithe de 1 m 80 de haut. Elle posa question aux historiens qui crurent découvrir sur sa face l’inscription « Amio Moro » ! En fait c’est le monogramme de Jésus : I.H.S. Dans ce monogramme, I’’ H’’ du milieu est coupé verticalement d’une croix grêle surmontant un cœur : une quatrième orne la base du fût. Plus bas, sur le côté du fût sont sculptés deux tibias croisés, cantonnés de trois têtes de mort ; une quatrième tête de mort isolée, orne la base du fût.

 

Ces dessins de Anne Couée, ont fait l'objet d'une publication en 1990 à l'occasion du onzième centenaire de la victoire de Alain Le Grand.

La victoire de Alain Le Grand à Questembert.

Alain le Grand fut il proclamé roi des Bretons suite à cette victoire de Questembert, c'est en tout cas ce que les historiens nous relate, et il usa noblement de son triomphe jusqu'à sa mort survenue en 907 « comblé de gloire et de mérites ». Mais comme l'ont souligné des auteurs contemporains, s'il parvint à expulser de son royaume ces indésirables, la période de paix fut trop courte. Certaines sources lui donnent six fils et une fille. Parmi les princes issus de Alain le Grand, un nous est connu à travers une charte remontant au début du Xe siècle, ce prince prénommé Derrien, posséda la paroisse de Elven. Le vainqueur de Questembert laissait aussi cette princesse dont le nom reste méconnu à ce jour ; elle épousa Mathuedoi, comte de Poher, et ensemble ils eurent pour héritier le célèbre Alain Barbetorte (voir Ce premier août 939...). Un monument érigé en 1907 rend hommage à Alain le Grand et à la bataille de Questembert.

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