Samedi 12 octobre 2013 6 12 /10 /Oct /2013 19:58

Le surnom de Mauclerc fut très vite donné à celui qui avait épousé Alix de Thouars,  l'héritière du duché de Bretagne.  Le premier confilt qui opposa Pierre de Dreux au clergé breton commença avec l'évêque de Dol Jean de Lizaunet, puis  ensuite éclata un différent avec l'évêque de Nantes Etienne de la Bruyère auquel il confisqua une partie du domaine épiscopal en vue d'aménager des défenses et d'y prélever des taxes. Au cours du mois d'avril 1217, le prélat agacé en reférait auprès du Saint Siège pour se plaindre du dit Mauclerc, mais celui ci ne craignant nullement une menace d'excommunication n'hésita pas à modifier ses propres armoiries, il aurait brisé le blason paternel -Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules, avec un franc quartier d'hermine, alors réservé au clergé.   En revanche, le souverain breton fit toujours preuve de bienveillance à l'égard de la communauté juive alors établie en Bretagne. Les perspectives économiques sucitèrent sans nul doute autant de précautions à leur égard au point qu'il jura de les protéger lorsqu'il fut titré duc de Bretagne en 1213. La cité de Nantes comprenait alors une colonie juive qui disposait alors de son sénéchal, de son propre statut et donc de sa propre juridiction. 

Quand la réconciliation entre le duc et l'évêque de Nantes eut lieu, ce fut au détriment des juifs. Ce 23 février 1222, en confirmant les anciens privilèges auxquels pouvait prétendre Monseigneur de la Bruyère, c'est au désavantage de la dite communauté juive que Pierre Mauclerc se rapprocha de cet évêque :

«Je veux et j’accorde que l’évêque ait sur les juifs demeurant en son fief la même juridiction que possédaient sur eux ses prédécesseurs. Si les juifs ne veulent pas s’y soumettre, qu’ils sortent du fief de l’évêque et qu’ils ne reviennent pas». 

Un autre facteur semble avoir été cause de violences vis à vis de la communauté juive, la perspective d'une prochaine croisade.  Les chrétiens, l'an 1236 immédiatement après Pâques, firent une nouvelle expédition pour la Palestine. Des croisés Bretons, Angevins et Poitevins, "pressés à l'encontre les uns des autres, comme mousches à un pertuis emmiellés" commirent un effroyable massacre à l'égard des Juifs. 

 

Gregory_IX

 

Grégoire IX

 

Le Pape Grégoire IX ayant appris la méprise qui s'était produite au sujet de ces malheureux, envoya courrier tant aux évêques qu'au roi de France saint Louis pour demander que les auteurs de pareils actes fussent punis : Dans une folie inédite et avec une cruauté sans précédent, des croisés ont abattu dans cette hostilité folle, deux mille cinq cents d'entre eux [les juifs]; jeunes et vieux, ainsi que les femmes enceintes. Certains ont été mortellement blessés et d'autres piétinés comme la boue sous les sabots des chevaux. Ils ont brûlé leurs livres et, pour ajouter à la honte et au déshonneur, ils ont exposé les corps de ceux qu’ils avaient ainsi tués pour servir de nourriture aux oiseaux du ciel et ils ont laissé leur chair aux bêtes de la terre. Après avoir lâchement et honteusement traité ceux qui sont restés en vie après ce massacre, ils ont volé leurs biens.  John Tolan qui rapporte  cette charte papale, ajoute que deux textes en hébreu font mention de ces massacres; l’un d’entre eux fait état de 3000 morts.

 

Haggadah_14th_cent

 

Lorsque Pierre Mauclerc abdiqua en faveur de son fils Jean le Roux, les évènements se précipitèrent. D'abord, comme pour se racheter de ces liens distants avec l'Eglise, l'ancien duc se croisa en 1239 puis accompagna en 1248 saint Louis dans cette expédition vers l'Egypte. Il devait mourir en mer lors de son retour, probablement le 22 juin 1250. Il est fort probable qu'un certains nombre de chevaliers qui accompagnèrent saint Louis et Pierre de Dreux se soient alors endettés en vue de préparer l'expédition. Ainsi, Guillaume du Chastelier, seigneur du Chatelier en Eréac et de Branxian en Lanrelas, croisé en 1249 donna procuration à Hervé, marinier et citoyen de Nantes de traiter du prix de son passage avec tous les patrons et fretteurs de navire. Il se trouvait alors en présence de Géoffroy du Plessix Mauron, de Hervé Le Clerc et de Macé de Quédillac. Pareilles opérations furent elles financées par des prêteurs Juifs, certainement, hors un chevalier devait souvent engager quatre fois son revenu annuel pour payer l’expédition. Quelques passages de chartes évoquent des prêts effectués par la communauté juive. Déjà comme le démontre John Tolan,  en 1209, dans un contrat sous le sceau de Geoffroi, seigneur d’Ancenis, un certain Guillaume de Mareuil accorde sa fille en mariage au «prieur de Jorzac» auquel il donne des terres en quatre lieux différents ainsi que les dîmes de Mareuil. En retour, le prieur de Jorzac donne à Guillaume 50 livres pour qu’il puisse s’acquitter de ses dettes envers les juifs «ad liberandum se erga iudeos». Ce document atteste l’activité de juifs comme prêteurs à des nobles dans la région; Guillaume de Mareuil avait accumulé une dette importante envers eux et s’est vu obligé d’aliéner un patrimoine important pour la payer. Un autre contrat date de 1231 : un boucher dénommé Guillaume vend  à Deodonatus, juif rennais, et à l’ensemble de la communauté juive de Nantes, un terrain près des murailles de la ville, dans un lieu dit «saltu canum», pour leur servir de cimetière.
En 1235 subsiste une quittance en latin signée à Nantes par Creisson et Bonsostru, identifiés comme juifs de Guérande présence de témoins juifs et chrétiens. Les deux prêteurs reconnaissent que Geoffroi, prieur de Donge, a acquitté ses dettes envers eux et qu’ils ne réclameront rien ni du prieur ni de ses héritiers. La quittance est frappée aux sceaux de «Trischant, sénéchal des juifs» et des juifs Jacob de Nantes et Haranc de Segre. Enfin,
le 14 janvier 1235 le chevalier Rolland de Hillion met engage ses dîmes dans la paroisse de Plédéliac l’abbaye de Saint-Aubin-du-Bois pendant huit ans contre une somme de soixante livres  ad liberandum se de judeis «pour qu’il se libère des juifs». Le document est signé à Lamballe, à la cour du duc Pierre.-John Tolan. Une communauté juive était établie à Plédéliac sous la protection de la puissante famille Tournemine qui avait aménagé sa forteresse au cours de cette période à l'ombre de l'abbaye de saint Aubin des Bois. Ci dessous un sceau Juif découvert à Plédéliac près de la Hunaudais.      

 

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Les juifs étaient déjà présents dans notre péninsule, et sont évoqués au concile de Vannes en 465,  au cours duquel il fut  interdit aux clercs de partager leurs repas avec des juifs. Il n'est pas exclus qu'ils vinrent s'établir dans le duché de Bretagne, à Fougères, Rennes, Nantes, Vannes, Lamballe, Moncontour, Guérande... quant ils furent expulsés par Philippe II en 1182.  La présence de la communauté juive en Bretagne est attestée par ces rues nommées rue de la Juiverie tant  à Nantes qu'à Vannes; la communauté établie dans la cité de Rennes disposait d'une synagogue située  entre la Porte Mordelaise et la Tour de saint Morand.  Jean Ier Le Roux donna le 10 avril 1240 une Assise qui se déroula  à Ploërmel, au cours de laquelle assemblée  fut ordonnée l'expulsion de tous les juifs du duché. Les juifs, répandus dans cette Province, y étoient fort nombreux, & comme ils étoient presque tous Usuriers, ils ruinèrent le Peuple. Les Marchands, & la Noblsse s'en plaignirent. Ce Prince assembla des Etats dans lesquels il fut ordonné, à la Requête des Evêques, Abbez, Barons, & Vassaux de la Bretagne, que tous les Juifs en seroient chassés pour jamais. Tous les débiteurs de dettes auprès des juifs furent ainsi déchargé de toute redevance, précisément Pierre de Mauclerc en faisait partie; on déchargea aussi ceux qui avait reçu des gages de les garder, comme s'il était permis de disposer du bien d'autrui. On déclara innocents, tous ceux qui tuèrent un juif, et défense fut faites au juges d'en informer, ou d'en instruire procès. Jean le Roux, en se réconciliant avec les religieux s'était d'abord attiré les foudres de la noblesse, mais avec pareille décision sans appel, il se rapprocha  de ses puissants vassaux. En prime le duc s'engagea pour lui et pour ses descendans, pour le Présent & pour l'Avenir, à maintenir ladite Ordonnance, & en cas qu"il le violât, les Evêques avoient non seulement le Pouvoir de l'excommunier, mais de confisquer les Terres qu'il avoit dans leurs Diocèses sans avoir aucun Egard aux Privileges obtenus, ou qu'il pourroit obtenir dans la suite. Enfin il déclaroit qu'aucun des Vassaux de la Bretagne ne seroit reçu à faire hommage, jusquà ce qu'il eût juré devant deux Evêques, ou  deux Barons, d'observer cette Loi, & de ne souffrir aucun Juif dans ses terres.  

 

Haggadah_14th_cent

 

Jean Ier Le Roux 

 

En mai 1243, une charte au nom des chevaliers Pierre de Charurent et Hugues Lebruum fait état d’un fouage extraordinaire qu’ils ont touché, fouage prélevé par l’abbé et le couvent
cistercien de Saint Aubin des Bois.
Les deux  chevaliers   reçurent le dit fouage de la part de st Aubin des Bois pour retirer les juifs de la terre de Penthièvre. Certains s'enfuirent vers l'Anjou, d'autres vers le Poitou, mais il n'est pas exclu que certains se convertirent au christianisme, le nom patronymique Moisan alias Moizan pourrait être une déformation du nom Moïse.    

 

Histoire des Juifs, depuis Jesus-Christ jusqu'à présent. : Jacques Basnage (sieur de Beauval) 

La brève histoire de la communauté juive de Bretagne au XIIIe siècle : John Tolan

-Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne : Jean Ogée
Histoire de la Petite-Bretagne: ou Bretagne-armorique : François Gilles Pierre Barnabé Manet
Résumé de l'histoire des juifs modernes : Léon Halévy 

 

 

Par poudouvre
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