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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 15:56

 

A diverses reprises la Hunaudaye fut théâtre de faits divers : ainsi en 1384, monseigneur Guillaume Bechard alors évêque de Saint Brieuc, bien que muni d'une sauvegarde du duc Jean IV se vit confisquer par les forestiers du château : ses chevaux, ses bagages, et ses malles. Il devra s'acquitter d'une taxe pour récupérer son bien.  L'année suivante, il portait l'affaire devant le Parlement. Le 20 décembre 1386, un meurtre est perpétré ici contre Jean Eder de Beaumanoir, marié à la douairière de la Hunaudaye : Marie de Villiers, veuve de Gilles Tournemine et dont les fils ne supportaient pas cet homme. Ceux ci avaient invités leur beau-père à venir passer une huitaine de jours au château de la Hunaudaye et lui  proposèrent de participer à une chasse aux sangliers. Beaumanoir accepta, un bâtard de la Hunaudaye assisté d'un  nommé Jean Dubreuil et d'un vassal de la famille de Beaumanoir nommé Rolland Moisan attirèrent la victime dans un recoin de la forêt et  se jetèrent sur lui avec leurs armes.  Beaumanoir cria en vain  "grâce et compassion" les deux frères Tournemine demeurèrent indifférents à son supplice. Tandis que la victime était inhumée à l'abbaye de Saint Aubin des Bois, les meurtriers s'enfuirent au Minihy de Tréguier et de là, ils  gagnèrent l'Angleterre.  L'affaire  pris de l'ampleur, elle fut portée devant le duc de Bretagne  qui demanda l'avis de Robert de Beaumanoir, fils de la victime. Un duel eut lieu entre les deux hommes devant la Cour, et tourna à l'avantage de Beaumanoir, mais faisant preuve de grandeur, ce dernier accepta de tourner la page sans autre forme de procès (voir Le combat entre Pierre de Tournemine, seigneur de la Hunaudaye contre Robert de Beaumanoir).   Puis  cette visite de la duchesse Anne de Bretagne en 1505  arrêtée dans la forêt de la Hunaudaye et conduite au baron, qui soutint : " avoir ce privilège que quelque personne  passent par les dicts boys sans son congés ou licence est à sa volonté de le confisquer corps et biens; mais toutefois le dict baron fur gracieux à la dicte dame." Le chapelain de la Hunaudaye précise qu'une réception fut organisée en l'honneur de la souveraine, aussi somptueuse que pittoresque :

 

 

 Ce fust le jeudi d'après la feste de l'apostre Saint-Jacques l'an de l'Incarnation mil cinq cens cinq, le sire de la Haunaudays estant à chevaucher par les environs, voici qu'ung escuyer richement accosutré réquist l'entrée du chateau. Puis, le dit sire étant revenu au soyr, présenta à luy le dit escuyer lettre fort bien scellée, et la dite lettre était de la cretienne Royne Anne duchesse de Bretaigne, et à luy disait qu'icelle voulant visiter son très chier cousin, elle avait voulu avertir luy en l''avance...

Et le mardi en suivant, à l'heure des vespres, hommes d'armes étant au haut des tours, tout d'ung coup fust veu par eux grande troupe venant vers le chasteau, et le susdit escuyer ayant recogneu la Royne, cheminant vénérablement, la dite troupe en advertit en grande haste le sire de la Hunadays, et sitôt le dit seigneur, assemblant ses gens d'armes, baisser fit le pont levis, et s'étant rendu sur icelui, il attendit sa souveraine Dame...Et la dite Dame montée sur une blanche haquenée était accompagnée du sire de Rohan, et de essains de damoiselles convenablement estoffées. Et par après marchaient foule de gros seigneurs, varletset gens d'armes vestus de huguetons rouges. Et étant descendu sur le dit pont, le sire de la Hunaudays,faisant humble salutation  : Ma souveraine Dame dit-il, vous plaist savoir que suis confus de l'honneur que vous me faicte, car j'à m'avez tant comblé que vois avez grand déplaisir de ne pouvoir aquitter ma dette; vous suppliant humblement de croire que je vouloir toujours obéir à vous à mon pouvoir, et suppliant le Ciel de vous donner vie longue et ce, pour le bonheur de la Bretagne et du Roy Loys. Ey la Royne gracieusement respondit : "Mon cousin, say bien que vous estez ung dévoué et fidèle subjet; aussy viens visiter vous qui avez toujours bataillé pour moy quand estais embesognée". Lors la dicte Anne s'avançant avec le dict seigneur, sonnèrent hautement les trompettes, et sonna aussy l'horloge en manière de réjoyssance. Ainsi se rendit la Royne en son logis, et chacun l'admirait à part soi, car estait belle, estant dans sa vingt-neuvième année, et pour lors épouse du roy très crestien Loys douzième

 

 

 

Anne de Bretagne  

 

Le lendemain Anne de Bretagne accompagnée de son cortège visita les bourgs et les monastères voisins. Au retour le sire de la Hunaudays lui prépara mille surprise, un festin monstre que va narrer encore le bon chapelain : "Le soir étant proche, dit il, et chevauchant la Royne à travers la forêt, voilà que deux hommes ayant peaux de loup s sur eux, à ses pieds amènent biche enchainée à son grand déplaisir et malheur...Puis, étant arrivée au château, trouva la dicte Royne table dressée en la cour, et varlets tout a l'entour tenant flambeaux pour éclairer. Lors la Royne, richement accoutrée, fut mise sur un siège élevé, ayant échanson écuyers à cheval , la serrant en grande révérence. Et la prédite table estait couverte de vases, coupes d'or et d'argent ayant vin fort bon jusqu'aux bords. Et en plus fust ouverte  par IV fois  du XXXVI plats contenant viande en  abondance ; entre autres, à la quatrième fois, fust apporté en grande vénération par VIII écuyers, veau entier tenant luy sur ses jambes par artifice, bien assaisonné dans le dedans et ayant pomme d'orange dans sa bouche. Et quand pareut le dict plat , trompettes sonnèrent et hautement que semblait vouloir les tours en branler. Et voyant ledict veau, la compagnie fust toute enjouie, et un chacun voulust en avoir sa part. Et mon redouté  seigneur, le sire de la Hunaudaye, voulant bien, par deux fois en envoyer à moy très indigne , et j'assure à tous icy que faisait bon mangier...A la fin du dict repas, la Royne ayant fait des présents à tous ceux qui étaient là, lors chacun étant bien respu, but à la santé d'icelle et du roy Loys son espoux. Et partie du château le jeudi ensuivant, et visitait villes et forteresses de son biau duché de Bretaigne en grande cérémonie et magnificence.   

 

D'après Bertrand Robidou : histoire et panorma d'un beau pays. 

 

 

C'est aussi dans les geôles de la Hunaudaye que fut détenu le prieur Richard de St Aubin des Bois ayant refusé les réformes en cours au début du XVIIème siècle. C'est à ce prieur que l'on doit  ces figurines sculptées dans la cachot de la Hunaudaye

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Published by poudouvre
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