Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 13:40

   
Le 20 décembre 1386 à Nantes se déroula un de ces combats juridictes appelé jugement de Dieu, entre Pierre de Tournemine, seigneur de la Hunaudaye en Plédéliac, soupçonné, mais sans preuves, d'avoir fait assassiner Jean de Beaumanoir, contre Robert de Beaumanoir, son frère, qui l'accusait de ce crime. Tournemine  de son côté prétendait que c'était Robert de Beaumanoir lui même qui avait soldé des assassins pour faire périr son propre frère. On sait que dans le moyen âge, losque deux parties adverses ne pouvaient apporter de preuves convaincantes pour l'accusation, ni pour leur défense, leur souverain jugeait qu'il échéait gaige de bataille et elles étaient autorisées par lui à soutenir leur droit par les armes. On était convaincu de bonne foi que la providence ne laisserait pas succomber l'innocent.   

 

    2010-04-20-09522001_Texte3_doc2 

 

Ces sortes de duels qui avaient lieu toujours publiquement, sous la présidence du prince et avec l'appareil le plus solennel, étaient toujours à outrance, l'un des deux champions devait y mourir, ou s'il s'avouait vaincu, avant d'avoir reçu le coup mortel, il était ignominieusement hors du champ clos et exécuté par le bourreau. Dans le cas dont il s'agissait ici entre Pierre de Tournemine et Robert de Beaumanoir, qui s'accusaient réciproquement du meurtre de l'infortuné frère de ce dernier, sans pouvoir en fournir les preuves; le duc de Bretagne leur octroya le champ clos sur la place du Bouffay, le 20 décembre 1386. Au jour fixé, le duc environné de toute sa cour se rendit au lieu désigné. Il avait été arrêté que les deux champions se battraient à cheval, armé de pied en cap avec l'épée et le poignard. Beaumanoir entra le premier dans la lice, accompagné de ses parrains, il salua respectueusement le prince et demanda qu'on appelât son adversaire. Aussitôt un hérault d'armes s'écria par trois fois : Monsieur Pierre de Tournemine, venez à votre journée contre Monsieur Robert, sire de Beaumanoir. Tournemine parut à l'instant à l'autre extrémité du champ clos et s'avança conduit par ses parrains ou pleiges comme on les appelait alors, parce que dans ces jours solennels, ils devraient répondre de la personne de leur champion. Les deux adversaires mirent pied à terre, un fauteuil avait été préparé pour chacun d'eux et un cercueil couvert d'un drap mortuaire était à côté, prêt à recevoir le vaincu. Sans être intimidés par ce lugubre appareil, les deux  chevaliers jurèrent, l'un après l'autre, sur l'évangile et les saintes reliques, que leur cause était juste. Le maréchal de Bretagne visita scrupuleusement leurs armes, pour s'assurer qu'elles étaient parfaitement égales et qu'ils n'avaient aucune espèce d'avantages l'un sur l'autre; après quoi ils remontèrent à cheval et furent conduits chacun à une extrémité des lices. Sur l'ordre du duc, le maréchal par trois fois  faites vos devoirs : et ils mirent alors l'épée à la main : le même officier cria ensuite trois fois  laissez aller ! A la dernière les trompettes sonnèrent la charge, et les champions coururent l'un sur l'autre. Tournemine attaqua son adversaire en furieux, cherchant à le tuer d'un seul coup. Beaumanoir plus froid et plus prudent, ne voulait pas faire mourir son ennemi sans lui avoir fait auparavant confesser de bouche le crime dont il l'accusait. Dans ce but il cherchait seulement à le blesser et à le démonter, parant tous ses coups avec autant d'adresse  que de présence d'esprit. Au bout de quelques temps, quand il vit que Tournemine épuisé par ses efforts désespérés, commençait à s'affaiblir et ne portait plus que des coups mal assurés, il le pressa vivement à son tour et se fit si bien qu'il réussit à le renverser de son cheval. Sautant aussitôt à terre, il souleva le gorgerin de son bacinet, et lui mettant la dague sur la gorge, lui dit de confesser son crime hautement ou qu'il allait le tuer sur le champ. Tournemine l'avoua, il se reconnut pour être le véritable auteur du meurte de Jean de Beaumanoir, et sur cet aveux authentique, le duc le condamna à être traîné sur la claie jusqu'aux fourches patibulaires, puis pendu. Mais ses amis et même son généreux vainqueur intercédèrent  pour lui et supplièrent, qu'en considération de son nom et des services rendus à l'état par sa famille, il ne périt pas d'une manière infâme. Il lui fut fait grâce de la vie, mais il fut condamné à la dégradation de la dignité de chevalier.

La Bretagne : Côtes du Nord 1837

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article

commentaires