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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 11:32

M. H d'Arbois de Jubainville publiait sans la Revue celtique une étude des fundi dans la Gaule romaine : le fundi Sabinacus.

 

La division de la Gaule en fundi ou propriétés immobilières individuelles date de l'époque romaine; cela résulte du nom d'un grand grand nombre d'entre eux, devenus souvent aujourd'hui territoires de communes, ou réduits à la condition de hameaux. Ce nom est dérivé d'un gentilice romain. Je vais pour l'instant, me borner à un exemple. Et monsieur  de Jubainville de constater que plus de cinquante localités et de trente écarts ont des noms modernes en Savigna, Savignac, Savignat, Savigné, Savigneux, Savigny, s'explique par un primitif Sabinacus dérivé d'un gentilice Sabinius, usité en Gaule et dans d'autres parties de l'empire romain. L'origine latine de ce nom en Gaule est évidente. Nous trouvons d'abord un nom ethnique, le nom d'un des peuples italiotes qui ont fourni à la population de Rome le plus fort contingent; l'addition du suffixe -io- au thème Sabino- a traformé ce thème en nom de famille ou gentilice. Ce gentilice, transporté en Gaule par la conquête romaine, c'est-à-dire adopté par des Gaulois romanisés, a été attribué à la part par que chacun d'eux s'est fait donner dans la propriété collective du peuple, ou de la cité; et, arès dix-huit siècles, après des révolutions multipliées qui ont toutes eu leur contre-coup dans la géographie, on peut recueillir dans le dictionnaire des poste de France plus de quatre-vingt exemples qui constatent le maintien du nom que donnèrent à leurs fundi les Gallo-Romains du nom de Sabinius devenus propriétaires de petits territoires encore désignés par des dérivés de ce nom.  Ces exemples appartiennent à toutes les parties de la France, depuis l'Ariège jusqu'aux Ardennes, depuis les Basses-Pyrénées jusqu'aux Côtes-du-Nord, depuis la Gironde jusqu'à la Haute-Savoie.

 

Le fundus désignait le fond de terre, la ferme, la propriété. Le pluriel  de ce terme évoluant en fundi. Pareils domaines ont semble-il- vu le jour lors des deux premiers siècles de l'ère chrétienne, au cours de la période dite du Haut-empire. Certains on vu à travers pareilles dédicaces de domaine à des vétérans de la légion qui pour acte de bravoure, furent ainsi récompenser par attribution de terres. Cependant, contrairement à la Narbonnaise qui fit l'objet d'une colonisation romaine, jamais l'Armorique ne connu pareille implantation sous le Haut-Empire. On peu donc estimer l'analyse effectuée par M. d'Arbois de Jubainville dans la seconde partie du XIXe siècle comme parfaitement acceptable. La localité de Sévignac, département des Côtes-d'Armor, anciennement dit des Côtes-du-Nord, à sous l'influence de la langue bretonne évolué en -ac, alors que là où l'implantation bretonne était inexistante, elle évolua sous une forme romane en -é : Sévigné.

 

Quelques sites remontant au cours de cette période  ou lors d'une époque légèrement antérieure ont été observés au cours des années 1990 à Sévignac, d'après l'inventaire fourni par le Centre archéologique d'Alet :

 

Au Printel, sur une surface de 30 mètres de diamètre, M. G. Faguet en 1982  trouvé un site de tégulae (tuiles à rebord); idem découverte fut effectuée au cours des années 1990 lors de l'aménagement d'un étang situé face au parc de Brondineuf. Ce dernier endroit n'étant séparé de celui de Carhalo à Broons (voir Les plaques décorées en schiste de la Bretagne armoricaine), que par le hameau dit du village de Brondineuf. Carhalo ayant aussi révélé la présence de plaque de schiste thermale sculptée. Lieu situé à proximité de la "sente pavée"

 

Pengave : un enclos quadrangulaire à double enceinte concentrique (100 m x 80 m) a été oservé en 1990 et 1998, et à environ 75 mètres au sud un fossé circulaire de 10 m. Lieu situé à proximité de la "sente pavée"

 

Pengave : Autre découverte d'un enclos simple courbe  (170  x 100m). Lieu situé à proximité de la "sente pavée"

 

Crételle : enclos complexe ovoïde ou courbe. Lieu situé à proximité de la "sente pavée"

 

Basse Crételle : enclos  carré. Lieu situé à proximité de la "sente pavée"

 

Pommelin-Quinier : réseau de fossés orthogonaux d'un étalissement gallo-romain (180m x 130 m) avec une structure circulaire. Lieux situés à proximité de la "sente pavée"

 

Le Goulthier : traces linéaires et orthogonales d'enclos  sur une surface de 140 m x 80 m. Lieu situé à proximité de la "sente pavée"

 

Le Coudray : enclos simple rectangulaire 70 m x 60 m. Lieu situé à proximité de la "sente pavée"  

 

Pont Gauvin : angle d'enclos 50 m x 35 m.   Lieu situé à proximité de la "sente pavée"  

 

Saint Cado : sur une surface de 160 m x 120 m, un réseau de fossés larges et courbes devant appartenir à un enclos, deux passages ou entrées sont matérialisés par des ruptures de tracet.

 

Pengly : fossés curvilignes associés à des fossés rectilignes 120 m x 100 m. Lieu situé à proximité de la "sente pavée"

 

Traversain  : à moins de 100 mètres du précédent,  des enclos emboîtés à dominante rectilignes

 

Couaveneuc : enclos tréapèzoïdale 140 m x 40 m, avec un système d'enclos emboîtés à dominante rectilignes curviligne 80 m x 40 m. Lieu situé à proximité de la "sente pavée"

 

Priory : enclos curviligne 55 m x 50 m

 

Béchardière :  enclos simple rectangulaire 70 m x 60 m

 

la Chénaie : un enclos curviligne et un fossé sécant 80 m x 35 m

 

Troduan : enclos carré 50 m   

    

 

Ville-es-Bougault : ensemble complexe d'enclos superposés de forme quadrangulaire montrant au moins trois étapes successives d'aménagement. Des traces périphériques, dont un fossé circulaire d'un diamètre de 12 m environ, en relation avec l'enclos, évoquent des amorces de structures agraires 240 m x 240 m

 

Pont Plisson : réseau de traces linéaires, parmi lesquelles se distinguent une partie d'enclos rectangulaire 70 m x 30 m      

 

Ville-Maze : système d'enclos juxtaposés 220 m x 150 m, au sud un enclos rectangulaire simple 80 m x 80 m, recoupe des portions de fossés coures, au nord un enclos courbe simple sur 1 hectare est en relation avec de vraisemblables  structures agraires de forme laniérée

 

Chêne Etienne : petit enclos carré de 35 m de côté avec entrée à l'est

 

Limoëlan : portion d'enclos courbe avec division interne 70 m x 40 m :    

 

Gâtinais : enclos quadrangulaire avec double enceinte de 80 m x  80 m

 

Lézeul : vaste enclos quadrangulaire 115 m x 90 m  

 

Quingueul : portion d'enclos courbe sur une surface d'environ 1 ha   

      

    La toponymie éloquente

 

La toponymie fournit aussi quelques indices sur le passé de certain des hameaux, parcellaires et autres lieux dits.

 

Le Carouge emprunte son origine au latin caroffense qui désignait un carrefour.

 

Rougeul, désigné en 1743 Rougeul du Carouge dans un acte. La forme de rouge emprunte au terme latin rubeolus désigne la couleur rouge, attribuée à la couleur des briques

 

Chauchix : terme emprunté au latin calciata via, chemin empierré, voie très ancienne  

   

Chauchix Madeuc idem 

 

Mezerays, emprunt au lation maceria, désignait les mazures, les ruines

 

 

Ville-Maze idem  

 

Coudray : embranchement d'une voie antique 

 

 

Milia : des études ont mis en évidence  qu’un certain nombre de lieux désignés Milia étaient situés au bord d’une rivière,  Millia n’échappe pas à la règle, puisque non loin de là coule la rivière Rieule, qui sépare Sévignac de sa voisine Plénée. Jean-Yves Le Moing dans son ouvrage « les noms de lieux bretons de Haute Bretagne » explique : « L’existence, soit d’un moulin, soit d’une route limite de commune, donc ancienne prouve l’importance du lieu en question. ».  En retournant sur Plénée-Jugon, à hauteur du village du Cloître, nous sommes en présence de la voie romaine dite le chemin de l’Etrat

 

La forme finale des lieux dits Quiheriac, Saint-Trillac laissent supposer présence d'un domaine aux origines romaines. Les lieux dits Ville très nombreux sur notre terroir semblent aussi résulter du démantèlement des villas antiques, ces domaines agricoles.

 

 

Le Bois Orieux

 

 

Basse Crételle, Crételle, Granges

 

 

Entrée de l'ancien Chemin Courraux

 

 

Croix du Haut moyen âge qui bordait jadis l'entrée du Chemin Courraux

 

 

 

 

la "sente pavée" entre Pengave et Pomelin, dont le tracet est ponctué à présent d'arbres

 

 

Nombreux sont les lieux situés en la partie nord est de Sévignac où des découvertes d'enclos ont été effectuées. Précisément, une voie antique secondaire dite sente pavée s'étirait via Plestan, Tramain, Langouhèdre, Dolo (Bois Orieux), Basse Crételle, Crételle, ce chemin désigné anciennement Chemin Courraux poursuivait son tracet entre les villages des Récines et de Pengave, et désservait Pomelin, et les lieux depuis disparus : Thieulée, Rigonan, Ville es Bouvet, et il se divisait en deux parties, la seconde se dirigeait vers les Barbiaux en Trémeur. Souligné en rouge ci dessous le dit chemin antique désservant la partie nord de Sévignac.  

 

 

Il y avait parfois juxtaposition de lieux dits d'une paroisse à l'autre, ainsi dans le cas des villages disparus de la Thieulais et de la Ville es Bouvets  aux environs de Pengave à Sévignac, on les retrouve présents dans un même voisinage sur la localité de Médréac. Amusant quand on sait que le lien entre ces deux lieux d'origine gallo-romaine, est qu'ils bénéficièrent des services de la dénommée Roiantdreh comme machtiern au cours du IXe siècle, période au cours de laquelle les anciens fundus s'étaient métamorphosés en paroisses primitives bretonnes. Ci dessous agrandissement du plan.  

 

 

Un autre lieu sucite intérêt : le village de la Villime, il est arrosé par le ruisseau Lime, le terme Lime a  aussi donné le nom au Limon qui arrose la ville d'Evran. Ce terme est ici a rapprocher de ad fine, autrement dit la limite. Le ruisseau nommé la Gauve sécoule depuis Pseul, via la Touche Margaro, les Roses, le Bignon, la Bichonnais; ensuite ce ruisseau devient la Lime à la jonction de la Ville-Marye et de la Villime, il s'étire au dessous de la chapelle de Saint Cado -la fontaine de Saint Cado y était visible, puis va gonfler la Rosaie, et rejoint les "écouailles" du grand étang de Jugon  

 

 

 

La Villime et à proximité le ruisseau Lime qui forme mare aux abords du Prieuri, anciennement Pré Oury.

   

Ce qui pourrait laisser supposer que c'était là une des limites du fundus dédicacé à Sabinius, et en ce cas un autre fundus était aménagé de l'autre côté, sur le quartier de Pengly. Serait-t-il naïf d'imaginer que l'actuel bourg de Sévignac se serait implanté au coeur même de la villa de ce fundus ? nous savons que ce bourg est traversé par une voie ancienne conduisant de Mûr  de Bretagne à Léhon, et ceux qui cultive des terres au bourg vous diront que cette terre est de meilleure qualité que celle des environs. S'agissant de ce quartier proche de la Villime à travers le cadastre terminé en 1856 sont évoqués d'une part le carrefour des trois croix (étoile rouge) proche du lieu dit les Portes, et la croix des trois chemins (étoile violette) proche de la Villime. Peut être sommes nous en présence de fiefs féodaux qui vont émerger sur un plan puisant ses racines à l'époque antique.

 

 

Sous l'infuence de la langue bretonne, certains fundus identifiables avec le suffixe terminal -ac, semblent avoir connus une volution sous la forme -euc avec variante sous la version -euf. Ainsi Brondineuf où des tégulae et une meule gauloise ont été découvertes, selon les montres nobiliaires de Sévignac au XVe siècle, ce lieu-dit était désigné Brodineuc, sans doute faut-il voit aussi à travers Kergueneuf un antique Ker Guehenneuc, les Champs-Queneux anciennement Ville-Quénneuc, entre les villages de Pseul et de la Touche-Margaro, à l'angle du chemin dit du Pissotoueu existe un parcellaire nommé Closqueneu(c), et au quartier de Pengly on trouve le villlage de Couaveneuc, peut être le centre du  possible fundus mentionné ci-dessus. Il est vrai que la langue bretonne fut très parlée en cette partie nord de Sévignac comme en témoignent les villages de Pengly, Pengave, Pomelin, Couaveneuc, Rigonan, Chauchix-Madeuc. 

 

 

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Published by poudouvre
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