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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 14:14

 

 

Rien ne prédestinait à priori ce village gaulois à devenir cette luxueuse ville gallo-romaine promue au rang de civitas Curiosolitum autrement dit chef lieu de la circonscription des Coriosolites, hormis la présence d'un oppidum assis sur le promontoire occupé actuellement par la forteresse de Montafilant. Aucun fleuve important ne baignait l'endroit, cependant de toutes parts convergeaient des voies pavées. Certain pense que c'est suite à la victoire de Titurius Sabinus que ce village fut désigné Fanum Martis, le temple dédicacé à Mars. Toutefois il ne semble pas que l'endroit fut occupé par les conquérants romains avant l'an 14 de notre ère si l'on s'en rèfère aux monnaies émises. D'après la table de Peutinger, carte routière établie sous Théodose, Condates se trouvait à 15 lieues de Fanum Martis , soit approximativement 55 km, cette même carte montre auprès de Fanum Martis un endoit : Coraillo, sans doute le hameau gaulois, coeur de l'antique cité. En pareil cas, la colline du Haut Bécherel, sur laquelle se dressait la cella, fut le centre de Fanum Martis.  (voir le temple du Haut Bécherel à Corseul - La villa du Clos-Mulon à Corseul - Le quartier antique de Monterfil au bourg de Corseul)

 

 

 

 

 C'est semble-t-il sous le règne d'Auguste (de 27 avant Jésus Christ à l'an 14) que cette "civitas" émergea, d'une surface d'environ 6 hectares, elle connut une seconde période de prospérité au début du règne de Tibère  (mort en l'an 37) et une troisième phase sous Néron (de l'an 54 à l'an 68). Chef lieu de taille moyenne, elle était de plan géométrique orthogonal assise au milieu de carrefour de voies antiques. Elle atteignait une superficie de 100 hectares environ et hébergeait un quartier résidentiel,  la légion romaine, l'administration gallo-romaine ainsi que des commerçants et artisans, soit une population estimée environ à 5.000 à 6.000  habitants. A la fin du IIIème siècle plusieurs  remaniements transformeront certains quartiers, vers l'an 360 la cité est déjà abandonnée par les autorités au profit d'Alet. 

 

 

 Des briques, des tessons, de céramique, des ossements d'animaux, des coquillages sont autant d'indices découverts sur le site comme témoin de ce passé prestigieux. Mais aussi es fragments de colonnes, des pierres portant des inscriptions, des pans de murs appareillés, des fragments de mosaïque, d'enduit peint, des meules, des verres à boire, des serrures, des poids de tisserands, des statuettes,  des fibules en bronze,  une clef en bronze représentant un lévrier couché muni d'une chaînette de 60 cm, bague avec chaton en pierre d'un beau lapis ovale représentant deux guerriers en position de lutte, une bague en or avec chaton en pierre gravée représentant un colimaçon, un bracelet en bronze, trois bagues dont deux en cuivre bronzé ayant un chaton en forme de coeur, des pierres précieuses : améthyste, sardoine et calcédoine, deux bouches en bronze, des agraves de manteau dont un amour au milieu de guirlande de roses, une plaque formée de matières vitrifiées d'un blanc opalin sur laquelle rdt représenté en relief un guerrier tenat un étendard et un bouclier, un peigne en bronze, des monnaies de presque tous les empereurs du Haut Empire jusqu'à Posthume. Essayons maintenant d'imaginer Fanum Martis sous l'occupation romaine : des maisons bâties à la romaine, c'est  à dire aux murs bien appareillés, et aux toitures recouvertes de tegulae (tuiles à crochets) serrées les unes contre les autres et s'alignant le long du cardo, une grand axe pavé, dont elles n'étaient séparées que par un trottoir en bois. Beaucoup de Romains habitaient la cité, ils étaient décurions, magistrats, légionnaires ou auxiliaires. Les intérieurs des bâtisses étaient richement décorés comme l'atteste le résultat des fouilles entreprises : revêtement de marbre polychrome de différentes origines, riches mosaïques, enduits peints sur les murs dont certains représentent des personnages, marbre de plusieurs coloris, fresques représentant des fleurs, des dessins géométriques, carreaux et losanges de marbre, de couleurs variées, fragment de marbre blanc compact ou bleu taquin. Près du château de Monterfil, une maison gallo romaine  a été découverte, elle formait un rectangle divisé en cinq petites pièces dont les murs étaient recouverts de fresques ornées par les losanges et de l'enduit vert. Près de la source de Saint Uriac au Haut Bécherel à l'Hotellerie se tenait un therme disposant d'une salle carrée de 5 m de coté, sur le sol s'étalait une aire de ciment de 25 cm d'épaisseur, et à 80 cmn de celle ci, au dessous avec une autre, toutes semblables, à 1,60 cm de profondeur fut atteint un sous sol où s'élevaient des piliers de briques, c'était un hypocauste, une chambre chaude entre les deux aires de ciment, envoyant la chaleur dans les parties supérieures de la construction. Les murs étaient en magnifique  pett appareil romain, avec alternance de rangées de briques plates, d'autres briques formaient le carrelage du premier

 

 

 Statuette découverte à Corseul

 

Fanum Martis disposait semble-t-il d'un aqueduc, on a retrouvé un conduit  de ciment romain, d'où divergeaient de petits canaux, cependant, les habitants utilisaient un grand nombre de puits (6 ont été retrouvés) alimentés par une nappe fréatique peu profonde. Dans un certain nombre de ces puits on a trouvé divers éléments : des tuiles, des fragments de revêtements de marbre, du plomb fondu, un bracelet de cuivre, une clef en bronze, des tessons de céramique commune et de sigilée...

 

 

Le Temple de Mars  

 

 

 l'une des colonnes de la Mairie de Corseul

 

 

Site de Monterfil au bourg de Corseul

 

Le Dieu Mars était assurément la divinité principale vénérée ici. Les dimensions du temple qui lui était dédiées étaient considérables : 110 m x101 m, ce qui  en fait   l'un des temples les plus importants d'Europe. Il comprenait une grande cour rectangulaire entourée de constructions sur trois faces, ouverte à l'Est suivant la tradition, le bâtiment principal étant situé à l'ouest comportait une entrée monumentale, une grande galerie d'une longueur de 82, 5m sur laquelle se greffait le sanctuaire proprement dit avec sa cella (ce qui subsite aujourd'hui. De forme octogonale, à l'intérieur et hexagonale à l'extérieur et sa galerie de circulation. La cella en petit appareil très soigné dominait l'ensemble de l'édifice, des traces d'un placage de marbre y ont été trouvées. Les divers bâtiments étaient recouverts de toitures en tuile (tégulae). On pense que les ailes situées au sud et au nord de la cour servaient de logements pour les prêtres et les fidèles. Outre le culte de Mars et d'Auguste, Fanum Martis célébrait le culte de Cybèle, de Jupiter, de Sirona dont on pense qu'un temple lui était consacré aux abords de Monterfil, Osiris était  aussi vénérée . Un ex volo romain présentant un pied de cheval de marbre noir a aussi été retrouvé.  

 

 

 Une stèle aujourd'hui visible dans l'église de Corseul, s'y trouve gravé : 
 

D.M.S

SILICIA. NA

MGIDDE. DO

MO AFRKA

III MIA PIETATE

FILIUM SECUTA

HIC SITA EST

VIXIT. AN. LXV

C. FL. JANVARI

VS. FI. POSVIT

 

Aux dieux mânes; à Silicia Namgidde, de maison africaine qui a suivi son fils avec une rare affection et repose ici. Elle a vécu soixante cinq ans. Caius Flavius Januarius son fils a dressé ce monument.

 

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Published by poudouvre
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commentaires

Sousou 07/05/2012 13:28

C'est curieux. Je voulais taper Afr(i)a. ça n'a semble-t-il pas passé. Je retape donc Afr(i)k=ca.

Sousou 07/05/2012 13:25

Il existe 82 inscriptions à Fanum Martis. Mais la grosse majorité est composée d'inscriptions sur instrumentum (tegulae, céramique, etc.). On peut donc estimer à 9, le nombre d'inscriptions sur
pierre dont beaucoup sont fragmentaires.

La bonne transcription de l'inscription serait la suivante :

D(is) M(anibus) S(acrum) / Sicilia Nam/gidde do/mo Afr(i)a / eximia pietate / filium secuta / hic sita est / uixit an(nos) LXV / C(aius) Fl(auius) Ianuari/us fil(ius) posuit.

L'enseignement le plus intéressant est la formule DMS. En effet, Dis Manibus peut se dire de deux variantes, D(is) M(anibus) ("Aux Dieux Mânes") ou D(is) M(anibus) S(acrum) ("Consacrée aux Dieux
Mânes"). Or, la formule abrégée DMS n'est pas très répandue en Gaule. En Narbonnaise, elle est recensée 4 fois. En revanche, dans les provinces africaines, elle est de très loin la plus répandue
(même le nombre des occurrences de DM est très faiblement représentée par rapport à DMS). Il ne fait donc peu de doutes que le dédicant, Ianuarius, ait demandé à un lapicide de graver le texte
conformément à ses volontés les plus strictes.

En ce qui concerne la datation de la stèle, je l'estime à la première moitié du IIe siècle, sinon du IIe siècle. Le gentilice Flavius me fait penser qu'Ianuarius, sinon sa famille, a pu recevoir la
citoyenneté des Flaviens. La belle paléographie et la compénétration des lettres (notamment DO) me font penser à une paléographie du Ier siècle ap. J.-C. mais la datation en paléographie est
souvent délicate.

Sousou.

poudouvre 10/05/2012 19:53



Corseul un immense chantier effectivement !