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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 16:32

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 15:50

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 09:13

 

 

Durant le règne de Louis XIV, Saint-Malo s'est imposé comme le plus dynamique du centre portuaire français, et un pôle capitaliste d'envergure internationale. Pour rendre compte de cette réussite problématique, dans une conjoncture difficile, au delà des atouts du site portuaire et d'une position ambiguë de la place, il faut analyser le caractère sociologique d'une élite négociante très typée, fortement enracinée mais ouverte sur le monde et vouée au commerce, jusqu'à ce que sa réussite ne l'amène à poursuivre son ascension sociale vers d'autres voies. La présentation orale d'une thèse à l'heure de sa soutenance ne saurait prendre la forme d'un résumé ou d'un exercice de contraction de texte. Dans les limites restreintes de temps qui me sont imparties ce propos liminaire visera essentiellement à rappeler la genèse d'un projet de recherche et ses conditions d'élaboration, à expliciter une démarche et une problématique progressivement construite avec les choix voire les parti-pris qu'elle implique, à présenter enfin une esquisse des principales conclusions qu'elle a pu produire. Question première, ou plutôt question préalable : pourquoi Saint-Malo, pourquoi les Malouins ? Pour éclairer les raisons de ce choix de recherche cédons un peu - modestement - à la mode de l'« ego-histoire ». Evitons ici cependant tout contresens : ce choix n'a pas été guidé par des facteurs subjectifs ou affectifs. Je n'ai aucun lien personnel ou familial avec la cité malouine ; et si le spectacle de la ville et de ses murailles battues par les flots lors d'une tempête d'hiver m'a toujours procuré une impression forte, je n'ai par contre jamais été fasciné mais bien plutôt agacé par cette « légende malouine » produite et enrichie depuis près de deux siècles par la mémoire collective locale, tant cette « légende », porteuse de clichés et d'images de pacotille pour touristes en mal d'exotisme maritime, m'a toujours paru masquer sinon trahir la réalité historique profonde qu'elle prétendait illustrer. La grandeur malouine - bien réelle, à son heure - n'était pas là où on la situait, sous le cliché réducteur de la « cité corsaire »... En fait, c'est sur un mode plus extérieur, essentiellement intellectuel, que j'ai été amené à découvrir les Malouins. Au point de départ il y eut, tout simple ment, un choix d'orientation de maîtrise, voilà un quart de siècle. En ce milieu des années 60 où j'effectuais mes études à la Faculté des Lettres de Rennes, l'his toire des Temps Modernes dominait sans conteste la scène intellectuelle de la section d'histoire et attirait presque « naturellement » une majorité des apprentis historiens de ma génération. Comme d'autres je m'y suis engagé, non sans hési ter un moment entre les deux maîtres qui pouvaient me guider dans mes premiers pas de chercheur, Pierre Goubert et Jean Delumeau. Cependant, parce que tout dans mes origines, mon milieu familial, mon expérience et mes goûts personnels me portait vers la mer, j'ai délaissé Pierre Goubert et les chemins creux du bocage pour choisir le grand large et rejoindre la cohorte d'apprentis historiens travaillant sur le grand chantier de l'histoire maritime malouine qu'avait ouvert depuis plusieurs années déjà Jean Delumeau, qui y mettait en œuvre de manière systématique les méthodes et la problématique d'une histoire « sérielle » alors conquérante. Ce premier choix n'eût peut-être pas suffi à prédéterminer mon orientation future de chercheur, si j'avais été mis, comme beaucoup, au «travail à la chaîne » du dépouillement des registres portuaires de l'Amirauté et de la construction progressive de la grande série du mouvement portuaire qui constituait le projet central de cette vaste enquête collective. Ma chance fut, sans doute, d'être lancé sur une autre piste, à la marge de ce grand chantier d'histoire quantitative : vers l'exploitation de la vaste documentation que l'historien suédois E.W. Dahigren avait réunie au début de ce siècle pour l'élaboration de son grand ouvrage sur le commerce de la Mer du Sud, et qui demeurait inutilisée au delà de 1713. En dépouillant cette riche documentation puisée aux quatre coins de l'Europe (qui avait été transférée à Rennes sous forme de microfilms), en explorant directement d'autres sources comme les archives qu'avait laissées Danycan, « inventeur » de ce trafic interlope, je découvris une réalité historique autrement fascinante : la grande aventure malouine, la vraie, sans cliquetis de sabres d'abordage, celle d'une élite marchande conquérante opérant à l'échelle de la pla nète, créant en pleine guerre de Succession d'Espagne une nouvelle route transo céanique d'une hardiesse sans pareille, la route du Cap Horn, pour toucher sans intermédiaire les marchés péruviens et l'argent du fabuleux Potosi. Dès cette première expérience de recherche j'avais ainsi touché du doigt les grands Malouins en action, les Danycan et Locquet de Grandville, les Magon et Beauvais Le Fer : non pas ceux qui ont leurs statues sur les places et ont donné leur nom aux rues de la ville, mais ceux qui avaient réellement forgé la richesse, la puissance, le prestige de la cité bretonne au temps du Roi-Soleil. Cette grande aventure maritime et marchande ainsi entrevue de l'intérieur donnait l'envie d'y aller voir plus prodondément. Elle suggérait aussi, par son audace et par sa dimension, l'existence d'un problème historique à élucider : comment rendre compte de l'émergence autour de 1700 d'une élite marchande d'envergure internationale en ce lieu , improbable que constituait le rocher malouin ? . Il y avait loin cependant de cette première exploration et de cette intuition encore grossière à l'élaboration d'un véritable projet de recherche. La conjonction de trois séries de facteurs l'ont rendu possible. En premier lieu, une condition d'ordre personnel : mon retour à Rennes à la fin de 1970, après avoir pu bénéficier, à l'instar de « mes » négociants, d'un pro fitable « stage à l'étranger » dans une université canadienne, qui a certainement contribué à élargir mes horizons intellectuels sur le monde extérieur. Au delà de la situation favorable (mais non sans contrepartie) que m'offrait un statut d'assistant à l'UER d'Histoire, ce retour à Rennes me fournissait surtout un avantage essentiel de proximité, non pas par rapport aux remparts de Saint-Malo, mais par rapport aux murs des Archives Départementales d'Ile-et-Vilaine où se trouvait le principal gisement documentaire permettant de reprendre une recherche approfondie sur la piste entrevue sept ans plus tôt. La seconde condition de possibilité de ce travail était, en effet, d'ordre documentaire, et sur ce plan ma chance a été immense. L'enquête Delumeau avait déjà révélé la richesse des sources relatives à Saint-Malo conservées aux Archives Départementales d'Ille-et-Vilaine ; en sus des deux grandes séries déjà exploitées des registres portuaires et des registres paroissiaux, elles recelaient bien d'autres « masses dormantes » s'offrant au chercheur : sources fiscales et mémoires divers de la série C, énorme masse des inventaires après décès conservés depuis les années 1630 dans le fonds de la juridiction (série Bx), gisement non moins massif, et plus riche encore par sa diversité du contrôle des actes, conservé en série à partir de 1693 ; fonds de la juridiction consulaire (avec ses précieux bilans de faillite à partir de 1715). Sans oublier l'appoint des archives communales de la ville alors en dépôt à Rennes ... et la chance supplémentaire qui me fut donnée de voir arriver dans le cours même de ma recherche les quelques fonds notariaux malouins qui avaient pu échapper à l'incendie de la ville en 1944, dont j'ai pu ainsi exploiter à temps les richesses essentielles. Et c'est à Rennes aussi que j'ai pu trouver ces sources-clés que constituent les fonds privés de négociants, au premier chef le grand fond Magon de la Balue, mais aussi, même s'il n'en subsiste que des lambeaux, les fonds Danycan et Des Ages. D'autres gisements documentaires cependant étaient à portée de la main pour peu que l'on veuille élargir le champ de l'enquête : à Brest, où les fonds de la Marine offraient une autre série séculaire majeure, celle des rôles d'armements ; à Nantes aussi, où le fonds de la Chambre des Comptes recelait de précieuses sources fiscales ; à Paris surtout où les fonds des Archives Nationales nous ont offert - entre autres - la série continue (à partir de 1675-80) des correspondan ces échangées entre Saint-Malo et les bureaux ministériels, qu'il serait erroné de réduire à de simples sources administratives : c'est dans ces séries B3 ou B7 de la Marine ou G7 du Contrôle Général que nous avons pu entendre de la manière la plus articulée la voix de ces grands négociants que nous cherchons à connaître, leur vision de l'économie mondiale, leurs choix, leurs refus, leurs revendications dans leur dialogue permanent noué avec l'Etat, au plus haut niveau, celui des ministres, de Colbert à Desmaretz, de Seignelay aux Pontchartrain. Encore faut-il préciser qu'à l'exception d'une incursion à Grenoble dans les livres de comptes du fonds Bruny, j'ai renoncé à exploiter les matériaux considérables qui existent à coup sûr en des lieux plus lointains où les Malouins ont laissé leur trace, notamment à Marseille, Séville ou Cadix : c'eût été l'affaire d'une autre thèse, presque d'une autre vie. Est-ce à dire pour autant que mon bonheur documentaire ait été complet ? Ma frustration majeure aura été de ne pouvoir disposer des sources qui me mettaient directement au cœur de la pratique négociante - sources notariales, correspondances et comptabilités commerciales, bilans de faillite - qu'à partir d'une date - 1700-1710- qui se situait en fait au milieu de la période rete nue pour l'analyse. J'eus bien volontiers abandonné de longs mètres de rayonnages de sources à la rentabilité aléatoire pour un seul « Grand livre » de comptabilité couvrant le dernier quart du XVIIe siècle. Faute de l'avoir trouvé, je n'ai pas toujours pu aller jusqu'au terme de la démonstration dans certaines analyses sectorielles des grands trafics des Malouins avant 1700. Mais tels sont les aléas de la recherche historique en toute période : l'histo rien est tributaire de ses sources, il faut savoir en prendre son parti en recon naissant à l'avance les limites que ces lacunes imposent à certaines de nos conclusions. L'exploitation d'une aussi vaste documentation n'allait pas sans poser, cependant, de multiples problèmes de dépouillement, de maniement, de classement en fonction des objectifs poursuivis. Pour éviter de se noyer dans cet océan documentaire, il a fallu faire des choix et combiner une exploitation systématique des sources les plus essentielles et les plus rentables avec des dépouillements plus sélectifs par sondage ou coups de sonde ponctuels pour des sources massives au rendement plus inégal comme les inventaires après décès ou le contrôle des actes. Et il convient aussi de rappeler ici tout ce que travail doit à ceux qui m'ont précédé sur ce vaste chantier de l'histoire économique et sociale malouine aux Temps Modernes. En premier lieu bien sûr à la pléiade d'historiens qui avaient déjà défriché le terrain dans la première moitié de ce siècle, tels Henri Sée et Léon Vignols, le Suédois Dahlgren et Albert Girard, ou Anne Morel, pionnière des études sur la course. Mais aussi par exemple, de manière plus inattendue, à un érudit étonnant comme l'abbé Paris-Jallobert qui avait publié autour de 1900 des dépouillements systématiques des registres paroissiaux de Saint-Malo, qui, malgré leurs défauts - et des finalités qui n'étaient assurément pas les miennes - m'ont fourni une clé essentielle pour identifier mes familles marchandes et démêler l'écheveau inextricable de leurs alliances et liaisons de parenté, et ren dre possible ce portrait de groupe qui est au cœur de cette thèse. Et un hommage tout particulier doit ici être rendu à la cohorte des étudiants de maîtrise rennais qui ont entre 1955 et 1970 dépouillé et exploité les deux gran des séries des registres portuaires et des registres paroissiaux, permettant ainsi, dès cette date, à Jean Delumeau de dégager les grandes lignes de la conjoncture malouine aux Temps Modernes, tout en produisant par ailleurs une masse de données et matériaux « semi-finis » où j'ai pu puiser abondamment pour les réu tiliser dans maints chapitres de cette thèse. Si ce travail a pu tenter d'aller plus loin dans la compréhension du capitalisme marchand malouin, c'est parce qu'il pouvait s'appuyer sur les fondations solides déjà mises en place par cet énorme effort de recherche collective préalable. 3. Cela signifie pas cependant que, sur ce terrain comme sur tout autre, la connaissance historique ait pu progresser selon un pur mode cumulatif et linéaire, par simple entassement de pièces supplémentaires d'un puzzle au dessin déjà tracé. D'Henri Sée à Jean Delumeau, et je l'espère jusqu'à ce travail, l'approfondissement de la connaissance s'est effectué par émergence de nouvelles questions et de nouvelles problématiques. En ce domaine aussi ce travail a pu bénéficier d'une troisième série de condi tions favorables, d'ordre intellectuel cette fois : l'évolution de la problématique qui s'est opérée à partir de 1970 dans le champ de recherche qui était le mien, celui des économies maritimes et du capitalisme commercial à l'époque moderne, comme l'exprimaient les travaux convergents de Charles Carrière, Jean Meyer et Paul Butel et l'achèvement de la seconde grande synthèse braudélienne (« Civilisation Matérielle et Capitalisme ») à la fin de la décennie. En deux mots j'ai commencé à travailler sur le centre marchand malouin au moment même où s'amorçait le dépassement de la phase de l'histoire sérielle, orientée prioritairement depuis quatre décennies vers la mesure des activités et l'analyse des fluctuations conjoncturelles de l'économie, et une réorientation vers d'autres directions, d'autres démarches, d'autres centres d'intérêt : de la conjoncture vers les structures, les mécanismes, les outils, et au delà vers les acteurs centraux qui les animent, c'est-à-dire les entrepreneurs eux-mêmes. C'est pleinement en phase avec ce déplacement de la problématique historique, qui me confortait dans mes intuitions premières, que j'ai amorcé la démarche qui aboutit à la thèse que je présente aujourd'hui. Quelle a été cette démarche ? Comment s'est construite une problématique permettant de découper dans cet objet brut que constituait la réalité économique et sociale de Saint-Malo aux Temps Modernes un véritable sujet de recherche ? C'est sur un mode négatif que nous pouvons en premier lieu définir cette approche et lever, d'entrée de jeu, une ambiguïté : notre sujet, au sens fort, n'est pas Saint-Malo en tant que ville ou que port pris dans la totalité de ses aspects, même si ce lieu géographique que constitue le rocher malouin constitue évidemment le point d'ancrage de cette étude. Notre cible a été le pôle capitaliste marchand malouin, dans son fonctionne ment et son développement, c'est-à-dire une réalité plus abstraite, plus partielle sans doute - parce qu'elle sélectionnait les étages supérieurs de l'activité économique de la place et ses acteurs dominant, mais aussi plus large dans la mesure où elle pouvait s'étaler spatialement aux dimensions de l'espace où rayonnait le capitalisme malouin au XVIIe siècle, c'est-à-dire bien au delà de sa base d'origine. A cet égard cette thèse n'est pas une monographie d'histoire urbaine, encore moins d'histoire locale. Seconde prise de parti, notre approche dominante du sujet a été d'ordre structurel, non pas conjoncturel, pour reprendre ici la distinction classique - et un peu dépassée - de l'historiographie économique des années 60. Ce choix nous a été d'autant plus aisé que les lignes de force de la conjoncture malouine dans la longue durée des Temps Modernes avaient déjà établies pour l'essentiel par l'enquête Delumeau, même si nous avons pu y apporter des compléments et quelques nuances. Cette étude conjoncturelle préalable ainsi reprise et affinée nous a cependant permis de définir le moment privilégié où nous allions pouvoir opérer une coupe pour effectuer notre « analyse spectrale » du capitalisme marchand malouin : son point d'apogée, à la charnière des XVIIe-XVIIIIe siècles, dans ces années 1680-1720 où Saint-Malo s'impose durant un bref moment comme le plus dynamique peut-être des centres portuaires du Royaume, en tant que port d'armement mais aussi pôle marchand contrôlant quelques grands trafics internationaux majeurs, vers l'Amérique Espagnole et même pour un temps vers l'Océan Indien. Etant bien entendu que ce point d'apogée était aussi un point d'inflexion de la croissance malouine, appelant une réflexion sur les causes d'un déclin qui s'amorce dans les années 1715-1720. Troisième remarque liminaire, cette analyse structurelle du capitalisme marchand malouin au sommet de sa courbe a été menée non sur un mode simple ment descriptif, mais sur un mode interrogatif, en considérant son existence même comme un objet foncièrement problématique. Comment rendre compte de l'émergence au xvif siècle d'un grand centre portuaire, d'un pôle capitaliste d'envergure internationale en ce lieu improbable que constituait le rocher malouin ? Cette question préalable nous amenait ainsi à effectuer dans un premier temps un inventaire méthodique des facteurs et des conditions de possibilité de cette montée en puissance du pôle malouin. A l'évidence le stimulant de la conjoncture internationale ne pouvait en consti tuer l'explication primordiale, en ce xvir siècle difficile et heurté, même s'il fut loin d'être uniformément « tragique » à l'échelle de l'Europe, comme le confir mait la trajectoire d'une Bretagne ouverte sur l'Océan, singulièrement différente de celle du sombre Beauvaisis. Bien plus, l'analyse fine des activités marchandes et de l'accumulation, audelà du seul indicateur grossier du trafic portuaire, ne faisait que mieux ressortir ce que l'on peut appeler le paradoxe conjoncturel malouin, avec cet apogée du pôle marchand coïncidant avec l'exacerbation des grandes guerres mercantilistes de la fin du règne de Louis XIV et la crise aiguë de l'économie profonde du Royaume, de la famine de 1693 aux misères du « grand hyver » 1709. L'analyse de l'environnement géographique et institutionnel pouvait par contre fournir quelques éléments d'explication de la réussite marchande malouine, si l'on considère les atouts qu'ont pu représenter les caractères d'un site portuaire original et le bénéfice d'une franchise douanière conservée pour l'essentiel jusqu'en 1688. Elle permettait surtout de mettre en évidence les particularités de la position du pôle malouin dans l'espace, sur un double plan. Mal gré son site insulaire et l'absence d'une grande voie de pénétration navigable vers l'intérieur, Saint-Malo était adossé à un arrière-pays - la Bretagne, et au-delà l'Ouest armoricain - qui pouvait lui fournir un produit d'exportation essentiel, la toile. Plus largement, durant toute la première modernité, la place malouine n'était pas en position périphérique mais en position d'extériorité par rapport à un marché français en voie de formation, c'est-à-dire aussi pleinement immergée dans les courants d'échange d'une économie-monde européenne encore largement ouverte, peu cloisonnée par des marchés nationaux qui ne se consolident vraiment qu'à la fin du XVIIe siècle. C'est dans l'espace de cette économie-monde européenne allant de la Mer du Nord à la Méditerranée occidentale, que s'est développé le pôle capitaliste malouin et que s'est inscrite l'action de ses négociants. Mais cette première analyse ne révélait aucun facteur a priori décisif. La puissance du capitalisme malouin vers 1700 n'était pas la résultante d'une faveur de la nature, ni d'un « don du Prince », encore moins un produit spontané d'une conjoncture privilégiée. Les atouts recensés ne constituaient que des virtualités qui n'ont pu devenir opératoires qu'avec l'initiative des hommes, de leur travail, leur dynamisme, leur capacité créatrice. S'imposait ainsi, après examen, ce qui avait été notre intuition première : ce sont les Malouins qui ont fait la grandeur de Saint-Malo et la puissance du capitalisme malouin ; et il ne s'agit pas ici d'un vulgaire truisme, car la formule ne pourrait s'appliquer avec la même intensité pour des places comme Bordeaux ou Marseille. Par delà les conditions et les cadres, la démarche engagée nous renvoyait ainsi avec insistance vers les acteurs... Plusieurs catégories d'acteurs, il est vrai, ont contribué à cette aventure économique malouine aux Temps Modernes, parmi lesquels des milliers d'acteurs obscurs mais indispensables. Parmi ceux-ci, indirectement, la masse des tisserands qui, au fond des campa gnes bretonnes et armoricaines, produisaient la toile, produit-clé du trafic d'exportation malouin ; mais d'autres que moi, on le sait, travaillent à leur rendre la place qui leur est due dans la « grande histoire » économique de l'Occident moderne. Et plus directement, bien sûr, les milliers de matelots et de cadres navigants, issus tant de la ville même que du littoral de la Manche occidentale, qui consti tuaient une main-d'œuvre aguerrie et qualifiée - « les meilleurs équipages du monde » selon les termes admiratifs d'un commissaire ordonnateur en 1700 - sans qui 'expansion mondiale du capitalisme malouin n'eût tout simplement pas été possible. Nous les avons évoqués et analysé leurs rapports avec leurs employeurs, notamment dans les trafics - telle l'activité terre-neuvière, et, sous des formes spécifiques, la course - qui constituaient des activités de maind'œuvre exigeant une étude serrée d'un rapport capital-travail toujours complexe et souvent conflictuel. Malgré la fascination certaine que peuvent exercer sur ceux qui les étudient nos « Messieurs de Saint-Malo », je ne crois pas avoir occulté le coût humain de leur réussite éclatante pour ceux qui en furent les exécutants directs, tels ces 170 marins et officiers du FALMOUTH morts du scorbut ou d'épuisement en 1706 pour avoir exécuté à la lettre les instructions irréalistes de leur armateur Danycan qui leur commandaient de gagner sans escale le détroit de Magellan pour devancer ses concurrents sur la route de l'Eldorado péruvien... Mais il est vrai que je n'ai pas mis au centre de ma recherche ces marins qui eussent justifiée à eux seuls une étude spécifique de l'ampleur de celle conduite par Alain Cabantous sur les populations maritimes de la France du Nord. Il fallait choisir, et dans la perspective qui était la nôtre, tout nous amenait à placer au centre de l'analyse les acteurs économiques décisifs : les entrepreneurs. Non pas, loin s'en faut, la totalité du vaste « monde la marchandise », depuis les rangs de l'humble regratière, mais les sommets de ce milieu marchand, ceux qui impulsaient l'activité commerciale de la place dans l'espace international, ceux précisément que commence à désigner de manière spécifique à partir des années 1680 le mot nouveau - et valorisant - de « négociant »... C'est ce groupe restreint - 150 à 200 individus - qu'il nous fallait identifier et saisir, et tout particulièrement sa fraction supérieure, ce « haut négoce » d'une trentaine de maisons et familles qui en constituait le noyau central. Dès lors cette thèse - et c'est ce qui justifie le titre qui lui a été donné in fine - s'est développée comme un portrait de groupe, d'un groupe de marchands en action dans un double espace : - comme acteurs économiques, dans l'espace commercial de l'économie monde européenne ; - comme acteurs sociaux dans l'espace de la société française d'Ancien Régime. Analyser les marchands malouins comme acteurs économiques c'était d'abord s'interroger sur leurs fonctions, leurs moyens et leur style d'opération, en essayant de mettre à jour les spécifités éventuelles qui pouvaient rendre compte de leur dynamisme et de leur réussite. Par leurs fonctions ils constituaient une incarnation précoce du type idéal du « Parfait Négociant » que brossait au même moment Jacques Savary, avec une tendance marquée à la polyvalence, en combinant armement et assurance maritime, spéculation marchande et activité de commission, et ce d'autant plus que l'on grimpait dans la hiérarchie du groupe ; ce qui nous a amené d'ailleurs à récu ser l'appellation d'aramateur à notre avis réductrice, bien qu'ils aient tous prati qué cette forme d'activité, et certains à très grande échelle... L'analyse concrète de leurs moyens d'action révélait un large degré d'autono mie technique (en matière navale) et financière, une maîtrise des outils de base du capitalisme commercial (comptabilité en partie double, lettre de change...) acquise dès le milieu xvne siècle au moins, et la souplesse et l'efficacité de leurs pratiques d'association commerciale qui compensaient largement l'apparent morcellement des structures de l'entreprise marchande, à base familiale étroite. Et ces moyens d'action furent mis au service d'un style d'opération qui tranche par rapport à celui de la plupart de leurs confrères des autres places portuaires françaises au XVIIe siècle, c'est-à-dire un style de « commerce actif» les condui sant à partir directement à la conquête des marchés extérieurs, proches ou loin tains, en y expédiant leurs navires et y portant leurs marchandises - toiles ou morues -, en y implantant aussi des réseaux commerciaux, comme en Andalousie où ils établirent de puissantes colonies marchandes, et en forçant si nécessaire les barrières naturelles ou institutionnelles qui pouvaient bloquer l'accès à un marché prometteur, si lointain fut-il. Ce style opératoire extraverti, et parfois agressif, conféra ainsi aux Malouins un rôle de pionniers et de fer de lance dans le processus de mondialisation du capitalisme commercial français qui s'amorçait dans la seconde moitié du règne de Louis XIV. Vers quelles directions se déploya ce style conquérant ? Au-delà de l'analyse des fonctions et des moyens d'action il fallait s'interroger sur les stratégies négoc iantes, c'est-à-dire les choix de trafics, perçus de leur point de vue, en tant que secteurs d'accumulation dont il fallait mettre à jour les mécanismes, et - si possi ble - mesurer l'efficacité, entendons la profitabilité. Dans la longue durée multiséculaire tout d'abord, en identifiant et décomposant ces deux trafics de base que les Malouins « construisirent » littéralement au milieu du XVIe siècle et qui atteignirent leur apogée dans le dernier quart du XVIIe siècle, tous deux d'ampleur internationale, et d'une complexité beaucoup plus grande qu'il n'y paraissait à première vue : - « Terre-Neuve », c'est-à-dire tout à la fois une grande activité productive à caractère manufacturier, et un « commerce », un mode d'accès aux marchés méditerranéens, un mode d'entrée dans les circuits commerciaux européens entre Civita-Vecchia et Marseille, Rouen et Amsterdam ; - le « commerce d'Espagne », ou de Cadix, la grande affaire par excellence, qui permit aux Malouins de s'imposer pendant un siècle et demi comme des intermédiaires obligés - armateurs et marchands - entre la France manufacturière, la « Carrera de Indias » et l'Amérique Espagnole, en contrôlant ce double flux alterné des toiles et des piastres qu'acheminaient leurs frégates entre Saint-Malo et Cadix. Mais aussi dans le temps court de l'événement, dans cette conjoncture internationale bouleversée par le choc des guerres mercantilistes, où l'élite négociante démontra une capacité exceptionnelle d'adaptation à cette conjoncture cahotique, en mettant en œuvre des stratégies de redéploiement successives lui permettant d'exploiter tous les « gisements de profit » que pouvait faire surgir ce temps des « affaires extraordinaires » : la course, et surtout la grande course océanique durant la guerre de la Ligue d'Augsbourg ; l'aventure du commerce interlope dans la Mer du Sud - c'est-à-dire l'accès direct au marché péruvien et à l'argent du Potosi à partir de 1700 ; enfin à partir de 1708 la capture du monopole commercial avec l'Océan Indien et sa mise en exploitation efficace pendant une décennie. Cette flexibilité, cette capacité de réaction et d'adaptation à la conjoncture, cette faculté d'entreprendre tous azimuts à l'échelle la plus large, nous semblent ainsi avoir caractérisé le capitalisme malouin à son point d'apogée, entre 1690 et 1720, comme l'incarna alors mieux que quiconque Noël Danycan, l'inventeur » de la Mer du Sud, figure emblématique de ces « bourgeois conquérants » du temps du Roi-Soleil. Au risque, il est vrai, que cette stratégie de fuite en avant, d'enchaînement de coups de poker successifs, n'engendre une certaine fragilisation du pôle malouin lorsque s'opéra le retour à des conditions plus « normales » d'exercice du commerce international à partir de 1713. Cette analyse économique avait comme point d'aboutissement l'évaluation de l'efficacité de cette action, c'est-à-dire la mesure de l'accumulation qu'elle per mettait de réaliser, tant au niveau sectoriel de la rentabilité des différents trafics, qu'au niveau plus global (individuel et collectif) de la construction des fortunes, en mettant en évidence la réalité de ces fortunes millionnaires observables en ce début XVIIIe siècle sur le rocher malouin, telles celles des Magon et Eon, de la Haye et Locquet de Grandville ; et, au-delà, hors norme, la fortune géante d'un Noël Danycan qui accumula sans doute près de dix millions de livres en un quart de siècle d'activité marchande et de coups de poker réussis. Mais avec cette enquête sur les fortunes marchandes, qui posait le problème de leur composition et de leur mode d'utilisation, la démarche glissait déjà dans une autre direction, vers une seconde approche du milieu négociant : une appro che sociologique cette fois, qui constitue un axe essentiel de notre travail, même si elle n'occupe pas le plus grand nombre de pages dans le corps de cette thèse. Entendons-nous bien : il ne s'agissait pas d'ajouter un volet « social » en guise de supplément d'âme à une austère analyse économique, mais de chercher dans la texture sociale du milieu marchand quelques unes des clés d'explication de son dynamisme et de sa réussite au XVIIe siècle, aussi bien que de l'engourdisse ment et du déclin du pôle capitaliste malouin au siècle suivant. « II y a des conditions sociales à la poussée et à la réussite du capitalisme » a écrit Fernand Braudel3 : nous avons essayé de donner chair à cette affirmation dans le cas concret de l'exemple malouin qui nous paraissait en démontrer pleinement le bien fondé, en utilisant l'atout que constituait la taille relativement restreinte du milieu marchand qui permettait de pousser en profondeur une véritable analyse sociale de groupe. S'il y a une thèse - au sens fort de ce terme - dans cette thèse universitaire, c'est là qu'elle gît, dans l'essai de mise à jour d'une liaison essentielle entre la dynamique sociale du groupe marchand et le dynamisme économique du pôle capitaliste, en amont comme en aval, dans sa phase ascendante au XVIIe siècle comme dans son déclin au-delà de 1720. En amont tout d'abord, nous avons cherché dans les caractères sociologiques du milieu marchand quelques-uns des facteurs explicatifs de la vitalité du capitalisme malouin au XVIIe siècle. Nous avons souligné la forte homogénéité de ce groupe à dominante autochtone, renouvelé et enrichi essentiellement par des apports régionaux haut-bretons et bas-normands, dont la cohésion - renforcée par une appartenance religieuse commune, un catholicisme post-tridentin affiché et même agressif - a pu consti tuer un facteur de résistance efficace face aux menaces d'emprise étrangère, hol landaise ou anglaise, ce qui a facilité l'essor d'un capitalisme indigène autonome, pleinement « maître chez lui ». De même avons-nous mis en évidence le rôle central de la famille, au sens large, dans la structuration du capitalisme marchand, depuis sa base même où la maison marchande coïncidait avec la cellule familiale nucléaire, dans les formes de l'association commerciale où l'on retrouvait bien souvent en filigrane la pré sence sous-jacente de lignages ou réseaux familiaux, et jusque dans ses prolon gements extérieurs qui s'appuyaient eux aussi fréquemment sur des réseaux familiaux. Plus profondément, on peut considérer qu'un nombre restreint de familles - une vingtaine de lignages, de dynasties marchandes implantées par fois depuis le XVe siècle ont constitué pendant deux voire trois siècles l'épine dorsale du capitalisme malouin comme supports essentiels de l'accumulation, non seulement du capital monétaire mais surtout d'un capital de savoir-faire, d'expérience, de réseaux relationnels au moins aussi précieux. Ces grandes dynasties marchandes - les Magon, Eon, Le Fer, Grout, Picot, Trublet, etc. - n'ont pu jouer ce rôle jusqu'en 1700 qu'en garantissant les conditions de leur pérennité et de leur reproduction (éventuellement élargie) par la mise en œuvre de stratégies sociales adaptées et cohérentes : stratégies démographiques fortement natalistes durant tout le XVIIe siècle ; stratégies d'alliances privilégiant l'endogamie socio-professionnelle ; stratégies éducatives enfin visant à assurer la continuité dans le commerce et privilégiant la formation « professionnelle » de leurs fils par la pratique dès un âge précoce, soit par l'expérience de la navigation et du commandement de navires, soit par celle de longs « stages à l'étranger » dans les comptoirs espagnols. Parce qu'il a su pendant deux siècles produire et renouveler en son sein, de génération en génération, des entrepreneurs efficaces, ce noyau de grandes dynasties marchandes étroitement apparentées qui dominait la cité a été la véri table matrice du capitalisme malouin, sa condition première de possibilité. Mais le facteur sociologique nous paraît avoir été aussi en aval un élément d'explication essentiel de la trajectoire ultérieure du pôle capitaliste malouin au-delà de 1720, qui est bien une trajectoire descendante, même si nous avons été amenés à la nuancer en parlant d'engourdissement et de recul relatif, non pas d'effondrement ou de véritable déclassement avant 1793. Une large gamme de facteurs géographiques, économiques et politiques (notamment leur éviction en mai 1719 du contrôle de la Compagnie des Indes au profit du groupe de Law) peut être invoquée pour rendre compte de ce recul ; et parmi ceux-ci les erreurs de stratégie des négociants eux-mêmes, qui, obnubilés par les mirages de l'Eldorado péruvien et du Golconde indien ont trop tardé à prendre le tournant vers les « Iles », ce commerce antillais qui allait devenir le secteur majeur d'accumulation pour le capitalisme commercial français au XVIIe siècle. Mais, pour paraphraser en la prolongeant la réflexion de F. Braudel « il y a - aussi - des conditions sociales à l'engourdissement et au déclin du capitalisme », comme le « cas » malouin au XVIIIe siècle nous paraît en offrir une illustration exemplaire. Ce qui nous paraît avoir compté, fondamentalement, c'est une inflexion majeure de la « stratégie sociale » des grandes familles de l'élite négociante malouine, observable dès 1700-1720, et qui ne fera que s'amplifier au long du xvnr siècle. Jusqu'à la fin du xvne siècle le projet social de promotion de la famille marchande, qu'exprimait une expression - leitmotiv - « avancer ses enfants » - s'inscrivait fondamentalement dans une logique de reproduction socio professionnelle - « la continuité dans le commerce » - que garantissaient un ensemble de choix cohérents en matière d'orientation, d'éducation, d'alliances que nous avons évoqués plus haut. A partir du tournant du siècle - 1695-1710 - au point haut de leur réussite économique, et dans une conjoncture globale d'« ouverture » sociale que facili tait objectivement la politique de la monarchie, une fraction majoritaire de nos grandes familles marchandes a senti que le moment était venu pour elles de poursuivre jusqu'à son terme le processus d'ascension sociale déjà amorcé de longue date, en visant cette fois l'intégration aux véritables élites de la société de leur temps, aux élites nobiliaires cumulant le statut, le pouvoir et le prestige. Appuyées sur une accumulation de richesse mobilière qui atteignait désormais des niveaux sans précédent - avoisinant ou dépassant franchement le seuil du million - ces grandes familles ont pu et su mettre en œuvre des stratégies cohérentes d'affirmation sociale et de promotion dont l'investissement dans la pierre - hôtels qui bouleversent le paysage urbain entre 1708 et 1730, semis de « malouinières » dans le Clos-Poulet - et dans la terre ne constituent que les aspects les plus visibles, mais superficiels. C'est sous formes plus subtiles d'« investissement social » que plusieurs de ces grandes familles ont pu dans une large mesure atteindre leur objectif : en effectuant - sans grande difficulté et au moindre coût - le « passage de la ligne » juridique de l'anoblissement entre 1695 et 1715, à travers la chasse aux grandes alliances nobles, en Bretagne et jusqu'à la cour, fort coûteuses cette fois, mais grosses d'une plus-value sociale inestimable ; enfin - et peut-être surtout - à travers l'investissement éducatif dans la formation de leurs fils, poussés désormais vers les meilleurs collèges du Royaume - Louis le Grand ou Juilly... - pour qu'ils puissent dès lors s'orienter vers d'autres carrières plus prestigieuses que la marchandise et plus susceptible de faciliter leur pleine intégration aux élites nobiliaires, des grands offices de jus tice ou de finances aux carrières dans l'armée. Avec bien sûr comme conséquence logique et contrepartie de ce processus d'intégration aux élites nobiliaires, une tendance progressivement accentuée au cours du xvme siècle à la « sortie du commerce » de ces grandes dynasties mar chandes qui avaient fait la puissance du capitalisme malouin durant les deux siè cles précédents. C'est dans ce découplage entre la logique de la promotion sociale de la famille bourgeoise et la logique de l'accumulation marchande que l'on peut trouver, à notre sens, une clé essentielle d'explication du déclin du pôle capitaliste malouin au cours du XVIIIe siècle. Faut-il pour autant interpréter ce processus, somme toute classique, en termes de « trahison bourgeoise » selon la formule braudé- lienne aussi célèbre que discutable ? Nous y verrions pour notre part le couronnement logique d'un parcours ascensionnel suivi pendant plusieurs générations, un accomplissement « normal » - ce qui ne veut pas dire inévitable - dans le cadre d'une société dont ces familles ne remettaient pas en cause les structures hiérarchiques ni les valeurs qui les sous-tendaient. Au terme de cette recherche au long-cours sur la trajectoire complexe de l'élite négociante malouine aux Temps Modernes, nous espérons ainsi avoir atteint deux objectifs complémentaires. Nous pensons en premier lieu avoir éclairé et expliqué dans sa singularité historique irréductible le destin exception nel de ce groupe social, et, à travers lui, du pôle marchand dont il était l'âme et le moteur principal. Nous espérons surtout, à travers l'analyse de ce cas limite que constituent nos « Messieurs de Saint-Malo », avoir contribué à éclairer les conditions de développement du capitalisme marchand dans la France des Temps Modernes, et tout particulièrement mis en évidence le poids des condi tions sociales qui pouvaient s'avérer un frein majeur à son développement dans une société traditionnelle où, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle au moins, il faisait très largement figure de corps marginal, sinon étranger. 

 

 

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 08:34

Une tragique visite pastorale de l'évêque de Nantes au prieuré de Saint-Nicolas-de-Redon (1317-1318) En 1317-1318, la rumeur publique incriminait la conduite et les mœurs de Jean de Viis, prieur du prieuré de SaintNicolas, sis aux portes de Redon et dépendant immédiatement de l'abbaye de Saint-Sauveur. L'évêque de Nantes, Daniel Vigier, s'émut et, s'appuyant sur le droit de visite que de tout temps les évêques de Nantes avaient exercé à Saint Nicolas de Redon, il se transporta sur les lieux et évoqua devant son tribunal Jean de Viis. Celui-ci n'ayant pas comparu, il le déclara contumace et se mit en devoir de visiter le prieuré. La visite n'était pas encore achevée quand, du consentement et de l'aveu de l'abbé de Redon, après avoir posté au dehors des hommes armés d'épées, le prieur entra seul sous le préau où dînaient Daniel Vigier et ses familiers; puis, sans saluer son ordinaire et sans lui témoigner les marques de respect qui lui étaient dues, d'un coup brusque il tire à lui la nappe posée sur la table et renverse à terre les mets et tout ce qui se trouve sur ladite table. Appelant à son aide les sicaires qu'il a amenés à sa suite, il leur intime l'ordre, à grands cris, de se précipiter sur l'évêque et les siens et de les tuer. A cette menace, les familiers de Daniel Vigier s'élancent au devant des hommes armés pour défendre l'entrée du préau et se battent courageusement au péril de leur vie, car les coups ne leur sont pas ménagés. Pendant que le conflit s'engage, des complices sortent de l'écurie, où ils étaient enfermés, les chevaux de l'évêque ; ils en tuent les cinq meilleurs, blessent et mettent en fuite les autres, s'emparent de l'un d'eux, font main basse sur les vêtements, le bréviaire et les bagages de l'évêque et de sa suite. D'autres assaillants montent sur le toit du préau, le découvrent et de là lancent une grêle de pierres sur Daniel et les siens, tandis qu'un certain nombre mettent le feu à un tas de paille. Pour échapper au péril qui le menace, l'évêque de Nantes s'enfuit dans une chambre; il y est poursuivi par ses adversaires qui osent le frapper et s'efforcent de le chasser du prieuré. Enfin, à la nuit, confus de n'avoir pas eu raison de Daniel, qui malgré les menaces de mort était resté à son poste, Jean de Viis se retire dans les murs du monastère de Saint-Sauveur. Sur les plaintes du prélat outragé, Jean XXII chargea le cardinal Bertrand de Montfavès d'instruire une enquête suivant la procédure, canonique. Le cardinal n'eut pas de peine à établir la culpabilité du prieur et de l'abbé de Redon : en conséquence, le pape, par l'entremise de l'abbé du monastère de l'Ile-Chauvet au diocèse de Luçon, de l'archidiacre et du scholastique de Vannes, cita les incriminés à comparaître en cour d'Avignon dans les quarante jours qui suivraient la notification de la citation (Bulle du 23 février 1318). Par la même occasion, les mandataires pontificaux avaient pouvoir de présenter une seconde citation à l'abbé de Redon, Olivier de Berno, contre lequel pesaient des accusations d'inceste et d'adultère, accusations jugées malheureusement exactes par le cardinal de Montfavès. L'affaire s'arrangea, sans doute, à l'amiable, car Olivier gouverna encore longtemps l'abbaye de Redon

 

 

Le prieur de Saint-Nicolas de Redon est cité à comparaître en cour d'Avignon au sujet des méfaits qui lui sont reprochés par Vêvêque de Nantes. — Avignon, 23 février 1318.

 

Dilectis fiiiis.. abbati de Insula Calveti Lucionensis diocesis, et., archidiacono ac. scolastico ecclesie Venetensis, salulem, etc. Presumptuosa temeritas subditorum qui ausu dampnabili contra eorum prelatos, quos tenentur et debent tanquam patres et pastores animarum ipsorum reverenter suscipere et débita honorificentia prosequi, ac etiam pertraetare tamquam iniquitatis filii insurgere temere moliuntur taliter débet per nos qui, disponente Domino, universalis ecclesie regimini presidemus pena refrenari condigna et severitate canonica castigari, ut ipsi doleant merito se in tantam temeritatis audaciam prorupisse et aliis in futurum talia presumendi niateria su.btrahatur. Ex parte siquidem venerabilis fratris nostri. episcopi Nannetensis fuit, in nostra et fratrum nostrorum presentia, conquerendo monstratum, quod dudum dictus episcopus, fidedignis relatibus intellecto quod frater Johannes de Viis, prior prioratus sancti Nicolai prope Rotlionum, Ordinis Sancti Benedicti, sue diocesis, graves et énormes excessus commiserat, super quibus contra dictum priorem fama publica laborabat, volens juxta sui officii debitum in eodem prioratu vdsitationis offlcium exercere et contra eumdem priorem supra premissis inquirere, ad prioratum predictum accesserit dictumque priorem ad instantiam plurimorum de ipso querelantium fecit auctoritate ordinaria ad suam presentiam evocari, sed eodem priore ad hujusmodi mandalum dicti episcopi comparere contumaciter contempnente, dictus episcopus in contumacia ipsius in eodem prioratu et in personis degentibus in eodem exercuit visitationis officium, prout de jure suo competebat, et alias tam ipse quam predecessores sui Nannetenses episcopi, qui fuerunt pro tempore, ab antiquo hactenus consueverant visitare. Verum, dictus prior spiritu nequitie concitatus, una cum quibusdam suis in hoc parte complicibus, de consensu, tractatu et voluntate. . abbatis monasterii Rothonensis, dicti ordinis, Venetensis diocesis, cui dictus prioratus immédiate subesse dinoscitur, armata manu ad prioratum predictum accedens, cum idem episcopus in aula dicti prioratus cum familia sua cenaret, dimissis foris complicibus supradictis cum ensibus evaginatis, solus aulam predictam intravit, ac eodem episcopo minime salutato et débita reverentia pretermissa, mappam super mensam coram episcopo predicto appositam ad se trahens, omnia cibaria et alia que posita fuerant in dicta mensa violenter et irreverenter projecit ad terram, et illico predictos armatos ad se vocans, alta voce protulit atque dixit ut in eumdem episcopum et suos fami liares irruerent, et eos morti tradere procurarent, sicque dicti armati nonnullos familiares ejusdem episcopi qui eis, ne aulam intrarent predictam, restiterunt pro posse, graviter vulnerarunt et, dura conflictus hujusmodi perduraret, qu idam ex complicibus supradictis, equos ipsius episcopi de stabulo; ubi equi existebant, extrahentes, quinque meliores ex dictis equis gladiis occiderunt, alios vero equos vulnerare et extra dictum prioratum effugare et unum ex ipsis equis secum violenter ducere, ac unum breviarium, vestes et nonnulla bona alia ipsius episcopi suorumque familiarium secum exinde asportare nequiter presumpserunt. Nonnulli vero ex eisdem complicibus, supradictam aulam temere ascendentes et ipsam discooperientes, multos lapides contra dictum epi scopum ejusque familiares projicere ausu nephario attemptarunt, et cum quidam ex eis coadunatis paleis ignem ibidem apponere presumpsissent, ut episcopum ipsum comburerent, idem episcopus ad quamdam cameram al tam confugit ut mortis periculum evitaret ; sed dictus prior, premissis om nibus non contentus, sed accumulans mala malis, cum quibusdam suis complicibus armatis eandem cameram violenter intravit et, episcopali dignit&te vilipensa, in eumdem episcopum ausu sacrilego manus injecit, Dei timoré postposito, temere violentas, ipsum expellere de dicto prioratu conando pro viribus et temere satagendo, et, eum non posset perficere quod optabat, cum suis complicibus, verecundie rubore perfusus, ad dictum monasterium nocturno tempore remeavit ; nosque volentes more apostolice gravitatis procedere in predictis, dilecto fllio nostro Bertrando Béate Marie in Aquiro diacono cardinali mandavimus, oraculo vive vocis, ut se de infamia liujusmodi excessuum qua predicti abbas et Johannes de Viis dicebantur respersi existere se plenius informaret, dictusque cardinalis forma hujus mandati nostri exacta diligentia observata diligentius inquisivit et nobis fideliter retulit se super premissis infamatos repperisse abbatem et priorem predictos; quare pro parte dicti episcopi nobis extitit humiliter supplicatum ut, ne abbas et prior supradicti de hujusmodi temerariis ausibus et nephandis excessibus valeant gloriari, faceremus sibi super premissis apud Sedem Apostolicam justitie plenitudinem exhiberi. Nos itaque, licet ex debito pastoralis officii sumus omnibus in justitia debitores, tamen magis adesse nos convenit venerabilibus fratribus nostris episcopis, qui in personis suis ac b'onis diversas patiuntur injurias et jacturas, ac in rébus propriis graves sustinent lesiones, volentes ©idem episcopo Nannetensi in jure suo favorabiliter assistere in hac parte, discretioni vestre, per apostolica scripta mandamus, quatinus vos, vel duo, aut unus vestrum, per vos, vel per alium, seu alios predictos, abbatem et priorem ex parte nostra peremptorie ci tare curetis ut infra quadraginta dierum spatîum post citationem hujusmodi personaliter compareant, coram nobis dicto episcopo super pre missis de justitia responsuri ac facturi et recepturi super premissis quod ordo exegerit rationis, diëm vero citationis, et formam, et quicquid inde feceritis, nobis per vestras litteras vel instrumentum publicum harum seriem continentia fldeliter intimare curetis. Datum Avenione, VII kalendas martii, pontificatus nostri aiino secundo

 

Bulle de Jean XX11 par laquelle l'abbé de Redon est cité à comparaître en cour d'Avignon pour répondre des accusations d'inceste et d'adultère portées contre lui. - Avignon, 23 février 1318.,

 

Dilectis filiis.. abbaji monasterii de Insula Calveti Lucionensis diocesis, et., archidiacono ac. scolastico ecclesie Venetensis, salutem. Grave nimis nec immerito redditur votis nostris, cum de personis divinis mancipatis obsequiis illa nostris auribus inferuntur, per que divina maj estas offenditur, famé derogatur ipsorum eorumque saluti detrahitur, mentesque fidelium gravi scandalo perturbantur. Sane, nuper, ex parte venerabilium fratrum nostrorum episcoporum Venetensis et Nannetensis fuit in consistorio publico expositum coram nobis, quod frater Oliverius, qui pro abbate monasterii Rothonensiis, ad Romanam ecclesiam nullo medio pertinents, ordinis Sancti Benedicti, Venetensis diocesis, se gerit, abjurato amore virtutum ad vitia firmans affectum ac candorem honestatis nigredine peccatorum obscurans, cum quadam cognata germana sua commisit incestum et, quod nephandius est, cum sorore propria se carnaliter immiscuit impudenter, et tamquam adulterum cum quadam muliere conjugata se impudenter commiscendo plures liberos dicitur procréasse. Cum autem hec et alia que de predicto abbate coram nobis et fratribus nostris in predicto consistorio fuerunt relata, si veritate nitantur, limam apostolice correctionis exposcant, nos volentes ea, prout etiam nec debemus sub dissimulatione transire, dilecto filio nostro Bertrando Sancte Marie in Aquiro diacono cardinali oraculo vive vocis commisimus ut super premissis omnibus et singulis se plenius informaret, utrum contra dictum abbatem super hiis infamia laboret idemque cardinal, forma hujusmodi mandati nostri exacta, diligentia observata diligentius inquisivit et nobis fideliter retulit se dictum abbatem repperisse super premissis criminibus infamatum. Nos itaque volentes, sicut nec debemus talia que Deum offendunt et homines scandalizant conniventibus oculis pertransire, discretioni vestre per apostolica scripta mandamus quatinus vos, vel duo, aut unus vestrum per vos vel per alium seu alios predictum abbatem ex parte nostra peremptorie citare curetis ut infra quadraginta dierum spatium post citationem hujusmodi personaliter compareat coram nobis mandatis nostris ac Sedi Apostolice in hac parte super premissis plenarie pariturus, facturus et recepturus prout justitia suadebit, diem vero hujusmodi citationis et formam et quicquid inde feceritis nobis per vestras litteras vel instrumentum publicum harum seriem continentia fideliter intimare curetis. Datum Avenione, VII kalendas martii, pontificatus nostri anno secundo.

 

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 18:02

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 06:43

Mariages à la cour de Bretagne

(1329-1331)

 

On sait comment successivement Jean III perdit ses deux premières femmes, Isabelle de Valois et Isabelle de Castille, dont il n'eut pas d'enfants. Dans la crainte de mourir sans postérité et d'être contraint de laisser le duché de Bretagne aux enfants de sa belle-mère, Yolande de Dreux, pour laquelle il professait une profonde aversion, peu après la mort d'Isabelle de Castille, advenue le 24 juillet 1328, il songea à se remarier et jeta son dévolu sur Jeanne, fille du comte Edouard de Savoie. A cette union s'opposaient des empêchements de consanguinité et d'affinité; il fallut recourir à Jean XXII qui, cédant aux prières du roi de France, accorda la dispense le 10 août 1329. Pas plus que les autres duchesses, Jeanne de Savoie ne donna le jour à un héritier. Par une coïncidence fâcheuse.

 

Dispense de mariage entre Jean III et Jeanne de Savoie. -Avignon, 10 août 1329. (Reg. Vat. 91, ep. corn. 2494; Reg. Avin. 33, f. 351 v°).

 

Dilecto filio nobili viro Johanni duci Britanie et dilecte in Christo filie nobili domicelle Johann e, nate dilecti filii nobilis viri Eduardi, comitis Sabaudie, salutem... Etsi... Sane oblate nobis pro parte vestra petitionis séries continebat quod per communes utriusque vestrum amicos habitus est tractatus, quod vos invicem debeatis matrimonialiter copulari. Verum, ex eo quod ex parte matrum vestrarum in tertio, et ex parte patris tui, fili dux, in quarto consanguinitatis, necnon in tertio et quarto affinitatis gradibus ratione quondam Agnetis M, uxoris tue premortue, prefate dux, invicem vos contingitis, hujusmodi matrimonium contrahere non potestis dispensatione super hoc apostolica non obtenta ; quare pro parte vestra fuit nobis humiliter supplicatum ut providere vobis super hoc de oportune dispensationis gratia dignaremur. Cum igitur, ut asseritur, ex hujusmodi matrimonio, si fiât, favores et amicitie non mediocriter utiles regno Francie et ejus incolis proventuri sperentur, nos, carissimi in Christo filii nostri Phylippi, régis Franchorum illustris, desiderantis inter vos hujusmodi matrimonium contrahi nobisque super hoc humiliter supplicantis, vestrisque supplicationibus inclinati, vobiscum quod predictis necnon publiée honestatis justitie impedimentis nequaquam obstantibus libère possitis invicem matrimonia làter copulari et in hujusmodi matrimonio, postquam inter vos contractum fuerit, licite remanere, auctoritate apostolica de speciali gratia dispensamus, prolem suscipiendam ex hujusmodi matrimonio légitimant nuntiantes. Nulli ergo... Datum Avenione, IV idus augusti, anno tertiodecimo.

 

Guy de Bretagne, frère de Jean, n'avait eu de Jeanne d'Avaugour, épousée en 1318, qu'une fille, Jeanne la Boiteuse. Aussi, lorsque sa femme mourut en 1327, pour seconder, sans doute, les désirs du duc, chercha-t-il à convoler en secondes noces. Ces projets de mariage furent un moment traversés par les intrigues, ignorées jusqu'ici, de la célèbre Jeanne de Belleville, veuve depuis 1328 de Geoffroy de Châteaubriant, qui répandit le bruit qu'il y avait eu entre elle et Guy de Bretagne épousaille « per verba ». Si coquetterie il y eut entre eux deux, une telle union ne sourit pas à Guy, qui adressa une curieuse requête au Saint-Siège. Le pape était prié de nommer des juges experts qui citeraient Jeanne de Belleville à produire, en leur présence, les preuves de son union avec Guy. Si Jeanne n'établissait pas la véracité de ses dires, silence perpétuel lui serait imposé ; parviendrait-elle à ses fins, la partie adverse serait admise à plaider la nullité de mariage. Dans les deux hypothèses, Guy recevrait l'autorisation de se remarier. L'enquête, confiée le 10 février 1330 aux évêques de Vannes et de Rennes, ressortit contraire à la dame de Belleville qui prit vite son parti, puisqu'elle obtint dispense de mariage avec Olivier de Clisson le 30 avril suivant. Quant à Guy de Bretagne, un induit du 12 février 1331 lui permit de se marier en temps prohibé avec Marie de Blois. Mais le carême n'était pas encore achevé que Guy mourait

 

 

Jean XXII charge les évêques de Rennes et de Vannes de faire enquête sur le prétendu mariage qui aurait été contracté par Jeanne de Belleville et Guy de Bretagne. — Avignon, 10 février 1330.

 

Venetensi et.. Redonensi episcopis. Oblata nobis dilecli filii nobilis viri Guidonis de Britannia, Penthevrie domini, Briocensis diocesis, petïtio continebat quod, licet ipse et dilecta in Christo filia nobilis mulier, Johanna de Belleville, Nannetensis diocesis, consanguinitatis seu affînitatis gradu invicem se contingant, qui matrimonium inter eos contrahendum impedit et dirimere jam contractum, ipseque Guido numquam matrimonium contraxit cum eadem, tamen ipsa falso asserens prefatum Guidonem secum per verba de presenti matrimonium contraxisse, ipsum super hoc diffamare et quominus alii mulieri possit matrimonialiter copulari nititur impedire. Cumque idem Guido, dubitans propterea imposterum sibi prejudicium generari, cupiat ab infamia hujusmodi liberari, nobis humiliter supplicavit ut aliquibus discretis in illis partibus per nostras daremus litteras in mandatis quod, si dicta Johanna infra certum sibi preflxum peremptorium terminum competentem matrimonium hujus modi inter eos legiittime contractum fuisse non possit legittime probavisse, sibi perpetuum silentium imponerent super diffamations et assertione precïiçtis, eidemque Guidoni darent licentiam cum alia libère contrahendi, quodque etiam hujusmodi matrimonio per eamdem mulierem probato idem Guido admitteretur ad probandum consanguinitatis vel afflnitatis, etiam ex illegiltima provenientis copula, gradum predictum quo per eum probato fuisse et esse nullum nec potuisse seu posse contrahendo matrimonio per ipsum Guidonem cum muliere alia prestare impedimentum aliquod nuntiarent, predicto prohibito invicem attingere vellet et posset probare, eo ad hoc etiam antequam dicta Johanna admittatur ad probandum matrimonium predictum admisso matrimonium inter eos non posse contrahi et, si de facto contractum existeret, illud nullum, ut premittitur, nuntiarent sibique licentiam concédèrent prelibatam. Nos igitur, nolentes in libertate que iri contrahendis matrimoniis esse débet eumdem Guidonem indebite impediri, fraternitati vestre per apostolica scripta : committimus et mandamus qiratinus vos vel alter vestrum, vocatis eisdem partibus, eisque simul vel successive ad probandum premissa, prout videritis expedire, admissis, faciatis ipsis summarie, et de piano, ac sine strepitu et figura judicii super predictis justitie complementum, contradictores, etc., non obstantibus tam de duabus dietis in concilio generali quam felicis recordationis Bonifacii pape VIII, predecessoris ; nostri, qua cavetur ne aliquic extra suas civitatem seu dibcesim nisi certis exceptis casibus nec in illis ultra unam tiietam a fine sue diocesis ad judicium evocetur présumant et aliis quibuscumque ccnstitutionibus super hoc editis per que jurisdictionis vestre éxplicatio posset quomodolibet impediiri aut si eis vel quibusvis aliis communiter vel divisim a Sede Apostolica sit indultum quod interdici, suspend! Vel excommuriicari non possint per litteras apostolicas non facientes plenam et expressam ac de verbo ad verbum de indulto hujusmodi mentionem. Datum IV idus februarii, anno quartodecimo

 

Dispense de mariage entre Guy de Bretagne et Marie de Blois.

Avignon, 12 février 1331.

 

Guidoni de Britannia. Sedis apostolice gratiosa benignitas personis sanguinis claritate sublimibus quas sibi devotas conspicit ea consuevit interdum rigorem canonum temperando mansuetudine concedere que aliis merito denegantur. Cum ilaque, aicut accepimus, tu ad bona nuptiarum in brevi transire prononens cum dilecta in Christo filia nobili mulieri Maria, nata dilecti filii nobilis viri comitis Blesensis, matrimonium intendas contrahere cujus bonum impedire posset longa dilatio, sicut fertur, nos carissimi in Christo filii nostri Philippi, régis Prancie illustris, supplicationi super hiis benignius inclinati ut tu et eadem Maria matrimonium in facie ecclesie solennisare ac benedictionem nuptialem recipere, etiam tempore quo id sacri canones interdicunt, quibuscumque constitutionibus contrariis nequaquam obstantibus, alias tamen licite valeatis tibi et eidem Marie hac vice de speciali gratia tenore presentium indulgemus. Nulli ergo etc.. Datum Avenione, II idus februarii, anno quintodecimo

 

 

*Mariage, vers l'an 996 du duc Geoffroy Ier, fils du duc Conan Ier et de Ermengarde d'Anjou, avec Havoise de Normandie, fille de Eichard sans peur, dc de Normandie, et Emma de France

 

 

Mariage le 19 septembre 1396 à Paris du duc Jean V de Bretagne, fils du duc Jean IV de Bretagne et de la comtesse Jeanne de Navarre, avec Jeanne de France fille du roi Charles V et Isabeau de Bavière

 

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 06:26

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 11:26

 

 

 

Géoffroy Ier de Bretagne mort en 1008 , épouse

Havoise de Normandie 997-1034

 

alain III

 

Alain III, mort en 1040

 

 

Eudon de Penthièvre, mort en 1079

fils cadet de Alain III Havoise de Normandie

 

 

Alain Le Roux, mort en 1093,

troisième fils de Eudon de Penthièvre

 

 

Conan II, mort en 1066

fils de Alain III

 

 

Alain IV Fergent, mort en 1119

fils de Hoël III, petit-fils de Alain III

 

 

Ermengarde d'Anjou, morte en 1046, femme de Alain IV Fergent

 

 

Hoël III, mort vers 1156

fils de Conan III, petit-fils de Alain IV Fergent

 

conan IV

 

Conan IV, mort en 1171

fils de Alain de Penthièvre, neveu de Hoël III

 

 

Margaret Dunkeld Huntingdon, morte en 1201

épouse de Conan IV, mère de Constance de Bretagne

 

constance de Bretagne

 

Constance de Bretagne, morte en 1201

fille de Conan IV (ici avec son fils Arthur)

 

Geoffroy II

 

Geoffroy II Plantagenêt, mort en 1186

premier époux de Constance de Bretagne

 

 

Aliénor de Bretagne, 1185-1241

fille de Constance de Bretagne et de Geoffroy II Plantagenêt

 

Arthur Ier

 

Arthur Ier de Bretagne, 1187-1203

fils de Geoffroy II et de Constance de Bretagne

 

 

Alix de Thouars, morte en 1221 

fille de Constance de Bretagne  et de Guy de Thouars son troisième époux

 

 

Pierre Ier, de Dreux alias Mauclerc, mort en 1250

époux de Alix de Thouars

 

 

Jean Ier Le Roux, mort en 1286

fils de Alix de Thouars et de Pierre Ier

 

 

Blanche de Navarre, 1226-1283

femme de Jean Ier Le Roux

 

 

Yolande de Bretagne, 1218-1272

fille de Pierre Ier, épouse de Hugues XI de Lusignan

 

 

Olivier de Braine, mort en 1239

fils illégitime de Pierre Ier

 

 

Jean II, 1239-1305

fils de Jean Ier et Blanche de Navarre 

 

 

Béatrice d'Angleterre, 1242-1275

femme de Jean II

 

 

Thibault de Bretagne, 1245-1246

fils de Jean Ier et de Blanche de Navarre

 

 

Thibault de Bretagne, mort en 1247

fils de Jean Ier et de Blanche de Navarre

 

 

Aliénor de Bretagne, née en 1248

fille de Jean Ier et de Blanche de Navarre

 

 

Nicolas de Bretagne, 1249-1251

fils de Jean Ier et de Blanche de Navarre

 

 

Robert de Bretagne, 1251-1259

fils de Jean Ier et de Blanche de Navarre

 

 

Arthur II, 1262-1312 

fils de Jean II et Béatrice d'Angleterre

 

 

Yolande de Dreux, morte en 1322

seconde femme de Arthur II

 

 

Blanche de Bretagne, 1270-1327

fille de Jean II et de Béatrice d'Angleterre, épouse de Philippe d'Artois 

 

 

Aliénor de Bretagne, 1275-1342

fille de Jean II et de Béatrice d'Angleterre, Abbesse à Fontevraud

 

 

Jean III, 1286-1341 

fils de Arthur II et de sa première femme Marie de Limoges

 

 

 Isabelle de Savoie, 1292-1309,

troisième femme de Jean III, ici à gauche avec sa mère Blanche de Bourgogne

 

 

Jean comte de Montfort, 1294-1345

fils de Arthur II et de sa deuxième femme Yolande de Dreux

 

 

Jeanne de Flandres, 1295-1374

femme de Jean, comte de Montfort 

 

 

Jeanne de Penthièvre, morte en 1384

fille de Guy de Penthièvre & de Jeanne d'Avaugour, petite-fille de Arthur II & Marie de Limoges

 

 

Charles de Blois, 1319-1364 

époux de Jeanne de Penthièvre

 

 

Marie de Blois, 1345-1404

fille de Charles de Blois et Jeanne de Penthièvre, mariée Louis Ier d'Anjou

 

 

Jean IV, 1339-1399

fils de Jeanne de Flandres & de Jean, comte de Montfort

 

 

Mary of Waltham, 1344-1362

première femme de Jean IV

 

 

 Jeanne de Navarre, 1370-1437

troisième femme de Jean IV

 

 

Jeanne de Bretagne, 1341-1399

fille de Jean de Montfort et Jeanne de Flandres, épouse Ralf Basset

 

 

Jeanne de Bretagne, 1387-1388

fille aînée de Jean IV et de Jeanne de Navarre

 

 

Jean IV et Jeanne de Navarre, et leurs enfants, de gauche à droite : Richard d'Etampes 1395-1438 ; Gilles de Bretagne 1394-1412 ; Arthur de Richemont 1393-1458 ; Jean V 1389-1442 ; le duc Jean IV, la duchesse Jeanne de Navarre ; Marie de Bretagne 1391-1446 ; Marguerite de Bretagne 1392-1428 ; et Blanche de Bretagne née en 1397

 

 

Jean V,  1389-1442

fils de Jeanne de Navarre et de Jean IV

 

 

Jeanne de France, 1391-1433

femme de Jean V

 

 

Jean V et Jeanne de France, et leurs enfants, de gauche à droite : Gilles de Bretagne 1420-1450 ; Pierre II de Bretagne 1418-1457 ; François Ier de Bretagne 1414-1450 ; le duc Jean V, la duchesse Jeanne de France ; Marguerite de Bretagne 1412-1421 ; et Catherine de Bretagne née en 1417

 

 

François Ier, 1414-1450

fils aîné de Jeanne de France & de Jean V

 

 

Isabeau Stuart, morte en 1494

seconde femme de François Ier de Bretagne

 

 

François Ier de Bretagne, sa femme Isabeau Stuart et leurs deux fills : Marguerite de Bretagne 1443-1469 ; et Marie de Bretagne 1444-1506 

 

 

Pierre II, 1418-1457 

fils cadet de Jeanne de France & de Jean V

 

 

Françoise d'Amboise, 1427-1485

femme de Pierre II

 

 

Arthur III comte de Richemont, 1393-1458

fils cadet de Jeanne de Navarre et de Jean IV

 

 

Marguerite de Bourgogne, 1393-1441

première femme de Arthur III

 

 

Richard d'Etampes, 1395-1438

quatrième fils de Jeanne de Navarre et de Jean V et père du duc François II

 

 

Marguerite d'Orléans, 1406-1460

femme de Richard d'Etampes et mère de François II

 

 

François II, 1435-1488

fils de Richard d'Etampes et Marguerite d'Orléans

 

 

François II de Bretagne et ses deux épouses

 

 

 

Marguerite de Bretagne, 1443-1469

fille de Isabeau Stuart et François Ier de Bretagne et première femme du duc François II

 

 

Marguerite de Foix, 1458-1486

seconde femme du duc François II

 

 

Anne de Bretagne, 1477-1514

fille  du duc François II et de Marguerite de Foix, seconde femme 

 

 

 

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 18:48

 

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