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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 20:42

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 18:23

 

 

 

 

 

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 14:37

 

 

François René de Chateaubriand

 

Dans ses Mémoires, Chateaubriand évoque ses aïeux : « Le chef de nom et d'armes de ma famille était, vers le commencement du dix-huitième siècle, Alexis de Chateaubriand, seigneur de la Guérande, fils de Michel, lequel Michel avait un frère, Amaury. Michel était fils de ce Christophe maintenu dans son extraction des sires de Beaufort et des barons de Chateaubriand par l'arrêt ci-dessus rapporté. Alexis de la Guérande était veuf; ivrogne décidé, il passait ses jours à boire, vivait dans le désordre avec ses servantes, et mettait les plus beaux titres de sa maison à couvrir des pots de beurre. En même temps que ce chef de nom et d'armes, existait son cousin François, fils d'Amaury, puîné de Michel. François, né le 9 février 1683, possédait les petites seigneuries des Touches et de îa Villeneuve. Il avait épousé, le 27 août 1713, Pétronille-Claude Lamour, dame de Lanjegu, dont il eut quatre fils François-Henri, René (mon père), Pierre, seigneur du Plessis, et Joseph, seigneur du Parc. Mon grand-père, François, mourut le 28 mars 1729; ma grand-mère, je l'ai connue dans mon enfance, avait encore un beau regard qui souriait dans l'ombre de ses années... »

 

C'est par son union avec Perronnelle-Claude Lamour, damoiselle de Lanjegu que le sieur « écuier » François de Chateaubriand sieur de la Villeneuve, se retrouva possesseur des Touches en Guitté. Union qui se déroula le vingt septième jour d'août 1713 en l'église de Guenroc. En outre, la famille Lamour était titrée de Lanjegu du nom de la terre dont elle disposait en la paroisse de Médréac, quant à la famille Chateaubriand, elle portait le titre rattaché au domaine de Villeneuve Malabry, sis entre Lanhélin et Combourg. Douze enfants allaient naître au sein de ce foyer, dont quatre fils. En réalité, le sieur François de Chateaubriand n'était guère homme riche, il exerçait la charge de sénéchal à la seigneurie du Lattay alors possession de la puissante famille de Saint-Pern. C'est au demeurant en son manoir des Touches que l'aïeul du grand écrivain s'éteignit le 28 mars 1729 âgé de 45 ans. Toutefois, il avait vu le jour au manoir du Quengo en la paroisse de Brusvily au cours du mois de février 1683, sa mère, Marie-Jeanne de Chateaubriand était née du Rocher du Quengo.

 

 

 

Le Quengo en Brusvily

(d'après Frotier de la Messelière)

 

 

Les Touches en Guitté

(d'après Yvonne Jean Haffen)

 

L'aîné de ses fils comme le souligne l'auteur des Mémoires d'Outre Tombe embrassa la Religion, il fut nommé recteur de Saint Launeuc où il succèda à Missire Henri Gilbert. On lui attribue l'aménagement de ce charmant presbytère à présent reconverti en logements locatifs. Ci dessous reproduction aquarelle du lieu sis en Sant-Launeuc (merci à Serge). Il restera près d'une dizaine d'années à Saint Launeuc avant d'être envoyé à Merdrignac où il devait mourir le 26 février 1776 : « Venerable et discret Missire François de Chateaubriand, en son vivant recteur de cette paroisse décédé le vingt six février 1776 au presbytère de la ditte paroisse muni de tous les sacrements a été aujourd'hui du même mois inhumé dans cette église sous le banc de M. le marquis de St-Pern Seigneur Supérieur et Fondateur de cette ditte paroisse par permission dudit Seigneur comme il couste par son commandement ci-joint. La cérémonie faite par M. Alis Recteur de St-Launeuc en présence de M. Morfouasse curé de Gomené....

 

 

« ...Elle habitait, au décès de son mari, le manoir de la Villeneuve, dans les environs de Dinan. Toute la fortune de mon aïeule ne dépassait pas 5,000 livres de rente, dont l'aîné de ses fils emportait les deux tiers, 3,333 livres; restaient 1,666 livres de rente pour les trois cadets, sur laquelle somme l'aîné prélevait encore le préciput. Pour comble de malheur, ma grand-mère fut contrariée dans ses desseins par le caractère de ses fils l'aîné, François-Henri, qui le magnifique héritage de la seigneurie de la Villeneuve était dévolu, refusa de se marier et se fit prêtre; mais au lieu de quêter les bénéfices que son nom lui aurait pu procurer, et avec lesquels il aurait soutenu ses frères, il ne sollicita rien par fierté et par insouciance. s'ensevelit dans une cure de campagne et fut successivement recteur de Saint-Launeuc et de Merdrignac, dans le diocèse de Saint-Malo, il avait la passion de la poésie; j'ai vu bon nombre de ses vers. Le caractère joyeux de cette espèce de noble Rabelais, le culte que ce prêtre chrétien avait voué aux Muses dans un presbytère, excitaient la curiosité. Il donnait tout ce qu'il avait et mourut insolvable. Le quatrième frère de mon père, Joseph, se rendit Paris et s'enferma dans une bibliothèque on lui envoyait tous les ans les 416 livres, son lopin de cadet. Il passa inconnu au milieu des livres; il s'occupait de recherches historiques. Pendant sa vie, qui fut courte, il écrivait chaque premier de janvier sa mère, seul signe d'existence qu'il ait jamais donné. Singulière destinée! Voilà mes deux oncles, l'un érudit et l'autre poète; mon frère aîné faisait agréablement des vers une de mes sœurs, madame de Farcy, avait un vrai talent pour la poésie; une autre de mes sœurs, la comtesse Lucile, chanoinesse, pourrait être connue par quelques pages admirables; moi, j'ai barbouillé force papier. Mon frère péri sur l'échafaud, mes deux sœurs ont quitté une vie de douleur après avoir langui dans les prisons; mes deux oncles ne laissèrent pas de quoi payer les quatre planches de leur cercueil; les lettres ont causé mes joies et mes peines, et je ne désespère pas, Dieu aidant, de mourir l'hôpital. Ma grand-mère, s'étant épuisée pour faire quelque chose de son fils aîné et de son fils cadet, ne pouvait plus rien pour les deux autres, René, mon père, et Pierre, mon oncle. Cette famille, qui avait semé l'or, selon sa devise, voyait de sa gentilhommière les riches abbayes qu'elle avait fondées et qui en tombaient ses aïeux. Elle avait présidé les états de Bretagne, comme possédant une des neuf baronnies; elle avait signé au traité des souverains, servi de caution Clisson, et elle n'aurait pas eu le crédit d'obtenir une sous-lieutenance pour l'héritier de son nom. Il restait la pauvre noblesse bretonne une ressource, la marine royale on essaya d'en profiter pour mon père mais il fallait d'abord se rendre Brest, vivre, payer les maîtres, acheter l'uniforme, les armes, les livres, les instruments de mathématiques comment subvenir tous ces frais? Le brevet demandé au ministre de la marine n'arriva point, faute de protecteur pour en solliciter l'expédition la châtelaine de Villeneuve tomba malade de chagrin. Alors mon père donna la première marque du caractère décidé que je lui ai connu. Il avait environ quinze ans s'étant aperçu des inquiétudes de sa mère, il s'approcha du lit où elle était couchée et fui dit Je ne veux plus être un fardeau pour vous. Sur ce, ma grand-mère se prit pleurer (j'ai vingt fois entendu mon père raconter cette scène). René, répondit-elle, que veux-tu faire? Laboure ton champ. Il ne peut pas nous nourrir; laissez-moi partir. Eh bien, dit la mère, va donc où Dieu veut que tu ailles. Elle embrassa l'enfant en sanglotant. Le soir même mon père quitta la ferme maternelle, arriva Dinan, où une de nos parentes lui donna une lettre de recommandation pour un habitant de Saint-Malo. L'aventurier orphelin fut embarqué comme volontaire sur une goëlette armée, qui mit la voile quelques jours après. La petite république malouine soutenait seule alors sur la mer l'honneur du pavillon français. La goélette rejoignit la flotte que le cardinal de Fleury envoyait au secours de Stanislas, assiégé dans Dantzick par les Russes. Mon père mit pied terre et se trouva au mémorable combat que quinze cents Français, commandés par le brave Breton de Bréhan comte de Plélo, livrèrent, le 29 mai 1734, quarante mille Moscovites commandés par Munich. De Bréhan, diplomate, guerrier et poëte, fut tué et mon père blessé deux fois. Il revint en France et se rembarqua. Naufragé sur les côtes de l'Espagne, des voleurs l'attaquèrent et le dépouillèrent dans la Galice; il prit passage Bayonne sur un vaisseau et surgit encore au toit paternel. Son courage et son esprit d'ordre l'avaient fait connaître. Il passa aux Iles; il s'enrichit dans les colonies et jeta les fondements de la nouvelle fortune de sa famille. ... »   

 

 

Précisément, celui qui s'était enrichit dans les colonies et jeta les fondements de la nouvelle fortune de sa famille, c'était le père du grand écrivain : haut et puissant René-Auguste de Chateaubriand, chevalier seigneur du Plessis. Il était alors âgé de trente quatre ans et neuf mois ce 3 juillet 1753 quand il épousa en l'église de Bourseul « très noble demoiselle Apolline-Jeanne-Suzanne de Bédée, dame de la Villemain » née le 7 avril 1726, de haut et puissant seigneur Ange-Annibal de Bédée, chevalier seigneur de la Bouëtardais, de la Mettrie et de Boisriou, et de dame Bénigne-Jeanne-Marie de Ravenel du Boisteilleul, son épouse. Comme le souligne Georges Collas : l'événement banal en soi, que ce mariage d'un cadet de Bretagne, issu certes d'une des plus vieilles et des plus nobles maisons de la province, mais simple capitaine de navire, maître après Dieu de quelques planches sur l'Océan, et d'une jeune fille qui, pour n'être pas d'aussi glorieuse extraction que lui, était aussi de la meilleure aristocratie bretonne, maintenue dans sa qualité à la réformation de 1669, et dont l'ascendance maternelle, par les Ravenel, les Farcy et les Béhaignon, n'était pas moins authentiquement noble que celle de l'époux par les Lamour et les Laporte. Evénement banal en soi, mais qui devait avoir des répercussions imprévues dans l'histoire littéraire et dans celle des mœurs, puisque de cette union devait sortir quinze ans plus tard celui qui, selon le mot de E.-M. de Vogué qu'il faut toujours rappeler parce qu'il n'est pas seulement une vérité vraie, mais une vérité trop souvent méconnue, a, après Napoléon Bonaparte, « le plus et le mieux pétri la France contemporaine ». 

 

 

Et notre auteur de poursuivre : Apolline de Bédée, a dit  son fils, « avec de grands traits, était noire, petite et laide », mais elle avait « les plus beaux yeux du monde ». M. de Chateaubriand était grand, sec, il avait le nez aquilin, les lèvres minces et pâles, les yeux enfoncés, petits et pers ou glauques, comme ceux des lions ou des anciens barbares. Son regard était terrible : « quand la colère y montait, la prunelle étincelante semblait se détacher et venir vous frapper comme une balle ». Au moral, même contraste entre les époux. « L'élégance de ses manières, dit encore le fils en parlant de sa mère, l'allure vive de son humeur contrastaient avec la rigidité et le calme de mon père. Aimant la société autant qu'il aimait la solitude, aussi pétulante et animée qu'il était immobile et froid, elle n'avait pas un goût qui ne fût opposé à ceux de son mari ». Tout cela ne donne pas tout à fait l'idée d'un ménage bien assorti ! Mais il n'est pas inutile de le noter, parce que nul homme ne s'est senti avec une conscience plus aiguë que le contradictoire et frémissant François, « pétri des sangs divers de son père et de sa mère ». Quatre jours avant leur mariage, le 30 juin, avait été passé et 'fait au château de la Bouëtardais, par devant Ledeau et Dubourg, notaires de la juridiction de l'ancienne baronnie de la Hunaudaye-Montafllan au siège de Plancoët, leur contrat de mariage, contrôlé et insinué le 2 juillet, et conservé aujourd'hui au minutier de M. Hervé. La tante et marraine de la future épouse, Suzanne-Apolline de Ravenel, demoiselle du Boisteilleul, y figurait comme donatrice. Une des clauses stipulait pour le comte et la comtesse de Bédée l'obligation de loger chez eux et de nourrir les futurs époux avec un domestique pendant trois ans. Ils usèrent de leur droit et tant que M. de Chateaubriand continua de naviguer, ils. n'eurent pas d'autre foyer que celui de leurs parents. C'est donc par erreur que l'écrivain a dit que ses parents vinrent s'établir à Saint-Malo aussitôt après leur mariage. C'est à la Bouëtardais, où elle avait mené, dans l'austère simplicité de la vie provinciale et la pratique des vertus chrétiennes, son existence de jeune fille, que celle qui devait « infliger la vie » au grand mélancolique a vécu ses premières années de jeune femme, fait l'apprentissage des joies et peut-être déjà des déceptions de la vie conjugale et connu les premières cruautés de la maternité : son premier enfant, Bénigne-Jeanne-Angélique, née à la Bouëtardais le 2 décembre 1754, mourut au bout de quelques mois. C'est donc dans l'étroite chapelle du manoir, où elle avait prié, fillette romanesque qui s'ouvrait à la vie, qu'elle revint pleurer, pauvre mère douloureuse. Mais c'est en l'église paroissiale de Bourseul que la petite fille avait été baptisée le 5 décembre, en l'absence du père alors en mer. Quelques mois auparavant, il avait assisté à un autre baptême plus pittoresque, celui du nègre Eugène, natif d'Angola, ramené par lui de Saint Domingue, qui, pour l'ébahissement des paysans, servait de domestique au jeune ménage et que les pieuses dames de Bédée n'avaient pas tardé à convertir. grand-mère de Chateaubriand. Ce n'est pas au «Dôme», comme l'ont répandu la légende et les cartes postales, mais dans une humble et banale maison de la même rue de l'Abbaye, quelques pas plus haut, deux cents mètres avant la chapelle de Nazareth, que Mme de Bédée reçut de Saint-Malo, par une journée de septembre 1768 où la tempête ronflait impitoyablement dans la cheminée immortalisée par les Mémoires d Outre-Tombe, le petit enfant à demi-mort qui devait, à l'aurore du siècle suivant, fixer en une forme enchanteresse les aspirations les plus profondes de l'âme moderne. 

 

 

Ecole Notre-Dame de Nazareth en Plancoët

- Aquarelle, vers 1895

(Archives diocésaines de Saint-Brieuc et Tréguier)

 

En 1757, M. de Chateaubriand cessa de naviguer et s'établit à Saint-Malo dans la rue du Pont-qui-tremble, aujourd'hui rue de l'Epine. En pleine guerre, avec la belle audace qui caractérise toutes ses entreprises, à l'heure où la marine et le commerce français étaient dans le marasme, il y ouvrit une maison d'armement pour courir sus aux ennemis de l'Etat. Onze ans après, le 4 septembre 1768, dans la sombre rue des Juifs, par une nuit de tempête en laquelle il s'est plu à voir le symbole de sa destinée orageuse, naissait à demi mort François-René, dixième et dernier enfant du ménage. Baptisé le lendemain suivant l'usage, il fut aussitôt envoyé à Plancoët, où sa grand-mère depuis son veuvage, s'était retirée pour vivre avec sa sœur en ce simple logis. C'est ce qu'il appelle « subir son premier exil ». En style romantique et chateaubrianesque, cela veut dire qu'on le mit en nourrice. Mais ici c'est à lui qu'il faut laisser la parole depuis : En sortant du sein de ma mère..., jusqu'à : qu'une vaine renommée menaçait d'atteindre. Ci dessous reproduction de l'hôtel de la Gicquelais à Saint Malo qui vit naître Chateaubriand.

 

 

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 11:09

Il suffit de parcourir les différentes listes des chanceliers de Bretagne, insérées dans les nobiliaires bretons, pour se convaincre de leur imperfection. Entre Pierre de Fougères, évêque de Rennes (1218 et 1222), et Henri du Bois, évêque de Dol (1344), Pol de Courcy, qui en cela reproduit ses devanciers, ne peut citer aucun nom. D'une bulle inédite de la troisième année du pontificat de Jean XXII, il résulte que le 28 avril 1319 le pape confère le canonicat de Saint-Martin de Tours, avec l'expectative d'une prébende, à maître Mathieu Le Bart, en considération du duc de Bretagne, dont il est chancelier. D'autre part, le 6 juillet 1317, Mathieu, qui reçoit le canonicat de Dol avec l'expectative d'une prébende, d'une dignité, d'un personat ou d'un office, n'est que clerc conseiller de Jean III, recteur de Gaël au diocèse de Saint-Malo et chapelain du Thil au diocèse de Séez. Le 23 décembre 1321 la bulle qui le nomme chanoine prébende et écolâtre de la cathédrale de Nantes, ne mentionne plus son titre de chancelier, quoiqu'elle ajoute à ses fonctions ecclésiastiques celle de chanoine prébende de Rennes. En 1323, après être entré en possession de ses bénéfices nantais, il est obligé de se démettre du rectorat de la paroisse de Gaël. Dom Morice le cite, en 1340, comme ayant donné lecture d'une lettre de l'archevêque de Tours au chapitre de la cathédrale de Dol, dont il est chantre. Enfin, le 14 juillet 1352, Guillaume de Beaufort, vicomte de Turenne, supplie Clément VI de conférer à son familier Henri Humare, clerc du diocèse de Liège, le canonicat et la prébende de la cathédrale de Nantes qui vaquent par la mort de Mathieu le Bart. A quelle époque précise la charge de chancelier fut-elle confiée au personnage dont le cursus honorum a été retracé. Quand lui fut-elle retirée ? Dans l'état actuel de nos connaissances, il est impossible de le savoir. Si Mathieu le Bart fut gratifié de nombreux bénéfices, il y a tout lieu de croire qu'il possédait des titres aux faveurs du Saint-Siège ou qu'il comptait de puissants protecteurs. Toutefois, puisqu'à partir de 1321 Jean III ne sollicite plus pour lui aucune dignité ecclésiastique et puisque les bulles ne mentionnent plus sa charge de chancelier, il faut supposer qu'il avait déjà résilié celle-ci

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 19:52

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 18:21

 

1ère phase : la domus (villa luxueuse)

 

Au 1er siècle de notre ère, le site accueille un bâtiment en équerre, composé de trois pièces. Il entoure une petite cour, espaces des activités quotidiennes, comprenant un puits et peut être un foyer.

 

2ème phase : la domus claudienne

 

La domus se développe sous le règne de l'empereur Claude (règne de 41-54) pour occuper 600 m2. Des bâtiments sont ajoutés vers le sud. Un portique est présent sur les trois faces de la cour, devenue un jardin. La maison est bordée à l'est par une petite ruelle qui la sépare d'une autre domus.

 

3ème phase : la domus antonine.

 

Au IIème et IIIème siècle ap. J-C. la domus atteint son stade final. Elle s'étend alors vers l'ouest au-dessus de la ruelle qui est détruite, en englobant une partie du bâtiment voisin. L'absence de témoignages significatifs dans les espaces conservés de la maison ne nous permet pas d'identifier les pièces de manière certaine. Toutefois, nous pensons imaginer que les salles liées aux activités quotidiennes s'organisent davantage autour du jardin pour être à proximité du puits.

 

4ème phase : les thermes.

 

Entre la fin du IIIème et le début du IVème siècle après J.C, la domus est partiellement détruite et ses fondations sont intégrées au nouveau complexe thermal construit à l'ouest, appartenant peut être à une riche corporation coriososlite. Les thermes présentent une succession de salles chaudes, tièdes et froides, en utilisant un système de chauffage par le sol : l'hypocauste. L'ensemble à l'est, entouré d'un portique de 3 m de large, pourrait être la palestre des thermes, où les visiteurs font de l'exercice avant de se baigner. Pourtant sa taille réduite laisse à penser qu'il s'agirait davantage d'un schola, une école appartenant à une riche corporation, ou d'un macellum , un bâtiment commercial.  

 

Le site du Clos-Mulon au fil du temps.

 

Le site du Clos-Mulon nous permet de suivre l'évolution d'une maison urbaine pendant plus de trois siècles. Elle montre l'enrichissement des élites qui adoptent les plans des domus romaines.

 

1ère phase : la domus

 

Au 1er siècle de notre ère, le site accueille un bâtiment en équerre, composé de trois pièces. Il entoure une petite cour, espaces des activités quotidiennes, comprenant un puits et peut être un foyer.

 

2ème phase : la domus claudienne

 

La domus se développe sous le règne de l'empereur Claude (règne de 41-54) pour occuper 600 m2. Des bâtiments sont ajoutés vers le sud. Un portique est présent sur les trois faces de la cour, devenue un jardin. La maison est bordée à l'est par une petite ruelle qui la sépare d'une autre domus.

 

3ème phase : la domus antonine.

 

Au IIème et IIIème siècle ap. J-C. la domus atteint son stade final. Elle s'étend alors vers l'ouest au-dessus de la ruelle qui est détruite, en englobant une partie du bâtiment voisin. L'absence de témoignages significatifs dans les espaces conservés de la maison ne nous permet pas d'identifier les pièces de manière certaine. Toutefois, nous pensons imaginer que les salles liées aux activités quotidiennes s'organisent davantage autour du jardin pour être à proximité du puits.

 

4ème phase : les thermes.

 

Entre la fin du IIIème et le début du IVème siècle après J.C, la domus est partiellement détruite et ses fondations sont intégrées au nouveau complexe thermal construit à l'ouest, appartenant peut être à une riche corporation coriososlite. Les thermes présentent une succession de salles chaudes, tièdes et froides, en utilisant un système de chauffage par le sol : l'hypocauste. L'ensemble à l'est, entouré d'un portique de 3 m de large, pourrait être la palestre des thermes, où les visiteurs font de l'exercice avant de se baigner. Pourtant sa taille réduite laisse à penser qu'il s'agirait davantage d'un schola, une école appartenant à une riche corporation, ou d'un macellum , un bâtiment commercial.

 

Ci dessous d'après reproduction effectuée par Jean-Pierre Bardel, 1996 et Catherine Bizien-Jaglin, 2004

 

 

La domus

Au cœur de Corseul

 

Histoire du site, d'hier et d'aujourd'hui

 

Son histoire et ses vestiges nous sont aujourd'hui dévoilés, grâce aux fouilles archéologiques menées de 1965 à 1971 par Bertrand Chiche et Guy Guennou, sous l'impulsion de la société Archéologique de Corseul. Le clos Mulon a été le premier site gallo-romain de Bretagne fouillé selon la méthode stratigraphique, c'est à dire, couche après couche. Ce site archéologique est classé Monument Historique en 1990 et 2000. Sa valorisation met aujourd'hui l'accent sur la domus claudienne du Ier siècle de notre ère et permet de revivre le quotidien de cette luxueuse habitation.

 

 

 

A la découverte de la domus du Clos Mulon

 

Nous sommes ici sur l'ancienne voie publique, le decumanus. L'accès à la maison s'effectuant depuis la ruelle la bordant à l'ouest et la séparant d'une autre domus. Rentrons maintenant dans l'espace privé de la domus du Clos Mulon et découvrons ensemble son histoire, grâce à Gaius Flavius Ianuarius, notable de l'antique Corseul, invité à un banquet par le propriétaire de la domus. Avant d'entrer, il recule de quelques pas pour admirer la belle bâtisse couverte de tuiles. L'édifice dispose d'un étage. Gaius frappe à la porte, après quelques minutes un serviteur apparaît dans l'entrebâillement de la porte et l'invite à pénétrer dans le bâtiment. 

 

 

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 16:32

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 09:13

 

 

Durant le règne de Louis XIV, Saint-Malo s'est imposé comme le plus dynamique du centre portuaire français, et un pôle capitaliste d'envergure internationale. Pour rendre compte de cette réussite problématique, dans une conjoncture difficile, au delà des atouts du site portuaire et d'une position ambiguë de la place, il faut analyser le caractère sociologique d'une élite négociante très typée, fortement enracinée mais ouverte sur le monde et vouée au commerce, jusqu'à ce que sa réussite ne l'amène à poursuivre son ascension sociale vers d'autres voies. La présentation orale d'une thèse à l'heure de sa soutenance ne saurait prendre la forme d'un résumé ou d'un exercice de contraction de texte. Dans les limites restreintes de temps qui me sont imparties ce propos liminaire visera essentiellement à rappeler la genèse d'un projet de recherche et ses conditions d'élaboration, à expliciter une démarche et une problématique progressivement construite avec les choix voire les parti-pris qu'elle implique, à présenter enfin une esquisse des principales conclusions qu'elle a pu produire. Question première, ou plutôt question préalable : pourquoi Saint-Malo, pourquoi les Malouins ? Pour éclairer les raisons de ce choix de recherche cédons un peu - modestement - à la mode de l'« ego-histoire ». Evitons ici cependant tout contresens : ce choix n'a pas été guidé par des facteurs subjectifs ou affectifs. Je n'ai aucun lien personnel ou familial avec la cité malouine ; et si le spectacle de la ville et de ses murailles battues par les flots lors d'une tempête d'hiver m'a toujours procuré une impression forte, je n'ai par contre jamais été fasciné mais bien plutôt agacé par cette « légende malouine » produite et enrichie depuis près de deux siècles par la mémoire collective locale, tant cette « légende », porteuse de clichés et d'images de pacotille pour touristes en mal d'exotisme maritime, m'a toujours paru masquer sinon trahir la réalité historique profonde qu'elle prétendait illustrer. La grandeur malouine - bien réelle, à son heure - n'était pas là où on la situait, sous le cliché réducteur de la « cité corsaire »... En fait, c'est sur un mode plus extérieur, essentiellement intellectuel, que j'ai été amené à découvrir les Malouins. Au point de départ il y eut, tout simple ment, un choix d'orientation de maîtrise, voilà un quart de siècle. En ce milieu des années 60 où j'effectuais mes études à la Faculté des Lettres de Rennes, l'his toire des Temps Modernes dominait sans conteste la scène intellectuelle de la section d'histoire et attirait presque « naturellement » une majorité des apprentis historiens de ma génération. Comme d'autres je m'y suis engagé, non sans hési ter un moment entre les deux maîtres qui pouvaient me guider dans mes premiers pas de chercheur, Pierre Goubert et Jean Delumeau. Cependant, parce que tout dans mes origines, mon milieu familial, mon expérience et mes goûts personnels me portait vers la mer, j'ai délaissé Pierre Goubert et les chemins creux du bocage pour choisir le grand large et rejoindre la cohorte d'apprentis historiens travaillant sur le grand chantier de l'histoire maritime malouine qu'avait ouvert depuis plusieurs années déjà Jean Delumeau, qui y mettait en œuvre de manière systématique les méthodes et la problématique d'une histoire « sérielle » alors conquérante. Ce premier choix n'eût peut-être pas suffi à prédéterminer mon orientation future de chercheur, si j'avais été mis, comme beaucoup, au «travail à la chaîne » du dépouillement des registres portuaires de l'Amirauté et de la construction progressive de la grande série du mouvement portuaire qui constituait le projet central de cette vaste enquête collective. Ma chance fut, sans doute, d'être lancé sur une autre piste, à la marge de ce grand chantier d'histoire quantitative : vers l'exploitation de la vaste documentation que l'historien suédois E.W. Dahigren avait réunie au début de ce siècle pour l'élaboration de son grand ouvrage sur le commerce de la Mer du Sud, et qui demeurait inutilisée au delà de 1713. En dépouillant cette riche documentation puisée aux quatre coins de l'Europe (qui avait été transférée à Rennes sous forme de microfilms), en explorant directement d'autres sources comme les archives qu'avait laissées Danycan, « inventeur » de ce trafic interlope, je découvris une réalité historique autrement fascinante : la grande aventure malouine, la vraie, sans cliquetis de sabres d'abordage, celle d'une élite marchande conquérante opérant à l'échelle de la pla nète, créant en pleine guerre de Succession d'Espagne une nouvelle route transo céanique d'une hardiesse sans pareille, la route du Cap Horn, pour toucher sans intermédiaire les marchés péruviens et l'argent du fabuleux Potosi. Dès cette première expérience de recherche j'avais ainsi touché du doigt les grands Malouins en action, les Danycan et Locquet de Grandville, les Magon et Beauvais Le Fer : non pas ceux qui ont leurs statues sur les places et ont donné leur nom aux rues de la ville, mais ceux qui avaient réellement forgé la richesse, la puissance, le prestige de la cité bretonne au temps du Roi-Soleil. Cette grande aventure maritime et marchande ainsi entrevue de l'intérieur donnait l'envie d'y aller voir plus prodondément. Elle suggérait aussi, par son audace et par sa dimension, l'existence d'un problème historique à élucider : comment rendre compte de l'émergence autour de 1700 d'une élite marchande d'envergure internationale en ce lieu , improbable que constituait le rocher malouin ? . Il y avait loin cependant de cette première exploration et de cette intuition encore grossière à l'élaboration d'un véritable projet de recherche. La conjonction de trois séries de facteurs l'ont rendu possible. En premier lieu, une condition d'ordre personnel : mon retour à Rennes à la fin de 1970, après avoir pu bénéficier, à l'instar de « mes » négociants, d'un pro fitable « stage à l'étranger » dans une université canadienne, qui a certainement contribué à élargir mes horizons intellectuels sur le monde extérieur. Au delà de la situation favorable (mais non sans contrepartie) que m'offrait un statut d'assistant à l'UER d'Histoire, ce retour à Rennes me fournissait surtout un avantage essentiel de proximité, non pas par rapport aux remparts de Saint-Malo, mais par rapport aux murs des Archives Départementales d'Ile-et-Vilaine où se trouvait le principal gisement documentaire permettant de reprendre une recherche approfondie sur la piste entrevue sept ans plus tôt. La seconde condition de possibilité de ce travail était, en effet, d'ordre documentaire, et sur ce plan ma chance a été immense. L'enquête Delumeau avait déjà révélé la richesse des sources relatives à Saint-Malo conservées aux Archives Départementales d'Ille-et-Vilaine ; en sus des deux grandes séries déjà exploitées des registres portuaires et des registres paroissiaux, elles recelaient bien d'autres « masses dormantes » s'offrant au chercheur : sources fiscales et mémoires divers de la série C, énorme masse des inventaires après décès conservés depuis les années 1630 dans le fonds de la juridiction (série Bx), gisement non moins massif, et plus riche encore par sa diversité du contrôle des actes, conservé en série à partir de 1693 ; fonds de la juridiction consulaire (avec ses précieux bilans de faillite à partir de 1715). Sans oublier l'appoint des archives communales de la ville alors en dépôt à Rennes ... et la chance supplémentaire qui me fut donnée de voir arriver dans le cours même de ma recherche les quelques fonds notariaux malouins qui avaient pu échapper à l'incendie de la ville en 1944, dont j'ai pu ainsi exploiter à temps les richesses essentielles. Et c'est à Rennes aussi que j'ai pu trouver ces sources-clés que constituent les fonds privés de négociants, au premier chef le grand fond Magon de la Balue, mais aussi, même s'il n'en subsiste que des lambeaux, les fonds Danycan et Des Ages. D'autres gisements documentaires cependant étaient à portée de la main pour peu que l'on veuille élargir le champ de l'enquête : à Brest, où les fonds de la Marine offraient une autre série séculaire majeure, celle des rôles d'armements ; à Nantes aussi, où le fonds de la Chambre des Comptes recelait de précieuses sources fiscales ; à Paris surtout où les fonds des Archives Nationales nous ont offert - entre autres - la série continue (à partir de 1675-80) des correspondan ces échangées entre Saint-Malo et les bureaux ministériels, qu'il serait erroné de réduire à de simples sources administratives : c'est dans ces séries B3 ou B7 de la Marine ou G7 du Contrôle Général que nous avons pu entendre de la manière la plus articulée la voix de ces grands négociants que nous cherchons à connaître, leur vision de l'économie mondiale, leurs choix, leurs refus, leurs revendications dans leur dialogue permanent noué avec l'Etat, au plus haut niveau, celui des ministres, de Colbert à Desmaretz, de Seignelay aux Pontchartrain. Encore faut-il préciser qu'à l'exception d'une incursion à Grenoble dans les livres de comptes du fonds Bruny, j'ai renoncé à exploiter les matériaux considérables qui existent à coup sûr en des lieux plus lointains où les Malouins ont laissé leur trace, notamment à Marseille, Séville ou Cadix : c'eût été l'affaire d'une autre thèse, presque d'une autre vie. Est-ce à dire pour autant que mon bonheur documentaire ait été complet ? Ma frustration majeure aura été de ne pouvoir disposer des sources qui me mettaient directement au cœur de la pratique négociante - sources notariales, correspondances et comptabilités commerciales, bilans de faillite - qu'à partir d'une date - 1700-1710- qui se situait en fait au milieu de la période rete nue pour l'analyse. J'eus bien volontiers abandonné de longs mètres de rayonnages de sources à la rentabilité aléatoire pour un seul « Grand livre » de comptabilité couvrant le dernier quart du XVIIe siècle. Faute de l'avoir trouvé, je n'ai pas toujours pu aller jusqu'au terme de la démonstration dans certaines analyses sectorielles des grands trafics des Malouins avant 1700. Mais tels sont les aléas de la recherche historique en toute période : l'histo rien est tributaire de ses sources, il faut savoir en prendre son parti en recon naissant à l'avance les limites que ces lacunes imposent à certaines de nos conclusions. L'exploitation d'une aussi vaste documentation n'allait pas sans poser, cependant, de multiples problèmes de dépouillement, de maniement, de classement en fonction des objectifs poursuivis. Pour éviter de se noyer dans cet océan documentaire, il a fallu faire des choix et combiner une exploitation systématique des sources les plus essentielles et les plus rentables avec des dépouillements plus sélectifs par sondage ou coups de sonde ponctuels pour des sources massives au rendement plus inégal comme les inventaires après décès ou le contrôle des actes. Et il convient aussi de rappeler ici tout ce que travail doit à ceux qui m'ont précédé sur ce vaste chantier de l'histoire économique et sociale malouine aux Temps Modernes. En premier lieu bien sûr à la pléiade d'historiens qui avaient déjà défriché le terrain dans la première moitié de ce siècle, tels Henri Sée et Léon Vignols, le Suédois Dahlgren et Albert Girard, ou Anne Morel, pionnière des études sur la course. Mais aussi par exemple, de manière plus inattendue, à un érudit étonnant comme l'abbé Paris-Jallobert qui avait publié autour de 1900 des dépouillements systématiques des registres paroissiaux de Saint-Malo, qui, malgré leurs défauts - et des finalités qui n'étaient assurément pas les miennes - m'ont fourni une clé essentielle pour identifier mes familles marchandes et démêler l'écheveau inextricable de leurs alliances et liaisons de parenté, et ren dre possible ce portrait de groupe qui est au cœur de cette thèse. Et un hommage tout particulier doit ici être rendu à la cohorte des étudiants de maîtrise rennais qui ont entre 1955 et 1970 dépouillé et exploité les deux gran des séries des registres portuaires et des registres paroissiaux, permettant ainsi, dès cette date, à Jean Delumeau de dégager les grandes lignes de la conjoncture malouine aux Temps Modernes, tout en produisant par ailleurs une masse de données et matériaux « semi-finis » où j'ai pu puiser abondamment pour les réu tiliser dans maints chapitres de cette thèse. Si ce travail a pu tenter d'aller plus loin dans la compréhension du capitalisme marchand malouin, c'est parce qu'il pouvait s'appuyer sur les fondations solides déjà mises en place par cet énorme effort de recherche collective préalable. 3. Cela signifie pas cependant que, sur ce terrain comme sur tout autre, la connaissance historique ait pu progresser selon un pur mode cumulatif et linéaire, par simple entassement de pièces supplémentaires d'un puzzle au dessin déjà tracé. D'Henri Sée à Jean Delumeau, et je l'espère jusqu'à ce travail, l'approfondissement de la connaissance s'est effectué par émergence de nouvelles questions et de nouvelles problématiques. En ce domaine aussi ce travail a pu bénéficier d'une troisième série de condi tions favorables, d'ordre intellectuel cette fois : l'évolution de la problématique qui s'est opérée à partir de 1970 dans le champ de recherche qui était le mien, celui des économies maritimes et du capitalisme commercial à l'époque moderne, comme l'exprimaient les travaux convergents de Charles Carrière, Jean Meyer et Paul Butel et l'achèvement de la seconde grande synthèse braudélienne (« Civilisation Matérielle et Capitalisme ») à la fin de la décennie. En deux mots j'ai commencé à travailler sur le centre marchand malouin au moment même où s'amorçait le dépassement de la phase de l'histoire sérielle, orientée prioritairement depuis quatre décennies vers la mesure des activités et l'analyse des fluctuations conjoncturelles de l'économie, et une réorientation vers d'autres directions, d'autres démarches, d'autres centres d'intérêt : de la conjoncture vers les structures, les mécanismes, les outils, et au delà vers les acteurs centraux qui les animent, c'est-à-dire les entrepreneurs eux-mêmes. C'est pleinement en phase avec ce déplacement de la problématique historique, qui me confortait dans mes intuitions premières, que j'ai amorcé la démarche qui aboutit à la thèse que je présente aujourd'hui. Quelle a été cette démarche ? Comment s'est construite une problématique permettant de découper dans cet objet brut que constituait la réalité économique et sociale de Saint-Malo aux Temps Modernes un véritable sujet de recherche ? C'est sur un mode négatif que nous pouvons en premier lieu définir cette approche et lever, d'entrée de jeu, une ambiguïté : notre sujet, au sens fort, n'est pas Saint-Malo en tant que ville ou que port pris dans la totalité de ses aspects, même si ce lieu géographique que constitue le rocher malouin constitue évidemment le point d'ancrage de cette étude. Notre cible a été le pôle capitaliste marchand malouin, dans son fonctionne ment et son développement, c'est-à-dire une réalité plus abstraite, plus partielle sans doute - parce qu'elle sélectionnait les étages supérieurs de l'activité économique de la place et ses acteurs dominant, mais aussi plus large dans la mesure où elle pouvait s'étaler spatialement aux dimensions de l'espace où rayonnait le capitalisme malouin au XVIIe siècle, c'est-à-dire bien au delà de sa base d'origine. A cet égard cette thèse n'est pas une monographie d'histoire urbaine, encore moins d'histoire locale. Seconde prise de parti, notre approche dominante du sujet a été d'ordre structurel, non pas conjoncturel, pour reprendre ici la distinction classique - et un peu dépassée - de l'historiographie économique des années 60. Ce choix nous a été d'autant plus aisé que les lignes de force de la conjoncture malouine dans la longue durée des Temps Modernes avaient déjà établies pour l'essentiel par l'enquête Delumeau, même si nous avons pu y apporter des compléments et quelques nuances. Cette étude conjoncturelle préalable ainsi reprise et affinée nous a cependant permis de définir le moment privilégié où nous allions pouvoir opérer une coupe pour effectuer notre « analyse spectrale » du capitalisme marchand malouin : son point d'apogée, à la charnière des XVIIe-XVIIIIe siècles, dans ces années 1680-1720 où Saint-Malo s'impose durant un bref moment comme le plus dynamique peut-être des centres portuaires du Royaume, en tant que port d'armement mais aussi pôle marchand contrôlant quelques grands trafics internationaux majeurs, vers l'Amérique Espagnole et même pour un temps vers l'Océan Indien. Etant bien entendu que ce point d'apogée était aussi un point d'inflexion de la croissance malouine, appelant une réflexion sur les causes d'un déclin qui s'amorce dans les années 1715-1720. Troisième remarque liminaire, cette analyse structurelle du capitalisme marchand malouin au sommet de sa courbe a été menée non sur un mode simple ment descriptif, mais sur un mode interrogatif, en considérant son existence même comme un objet foncièrement problématique. Comment rendre compte de l'émergence au xvif siècle d'un grand centre portuaire, d'un pôle capitaliste d'envergure internationale en ce lieu improbable que constituait le rocher malouin ? Cette question préalable nous amenait ainsi à effectuer dans un premier temps un inventaire méthodique des facteurs et des conditions de possibilité de cette montée en puissance du pôle malouin. A l'évidence le stimulant de la conjoncture internationale ne pouvait en consti tuer l'explication primordiale, en ce xvir siècle difficile et heurté, même s'il fut loin d'être uniformément « tragique » à l'échelle de l'Europe, comme le confir mait la trajectoire d'une Bretagne ouverte sur l'Océan, singulièrement différente de celle du sombre Beauvaisis. Bien plus, l'analyse fine des activités marchandes et de l'accumulation, audelà du seul indicateur grossier du trafic portuaire, ne faisait que mieux ressortir ce que l'on peut appeler le paradoxe conjoncturel malouin, avec cet apogée du pôle marchand coïncidant avec l'exacerbation des grandes guerres mercantilistes de la fin du règne de Louis XIV et la crise aiguë de l'économie profonde du Royaume, de la famine de 1693 aux misères du « grand hyver » 1709. L'analyse de l'environnement géographique et institutionnel pouvait par contre fournir quelques éléments d'explication de la réussite marchande malouine, si l'on considère les atouts qu'ont pu représenter les caractères d'un site portuaire original et le bénéfice d'une franchise douanière conservée pour l'essentiel jusqu'en 1688. Elle permettait surtout de mettre en évidence les particularités de la position du pôle malouin dans l'espace, sur un double plan. Mal gré son site insulaire et l'absence d'une grande voie de pénétration navigable vers l'intérieur, Saint-Malo était adossé à un arrière-pays - la Bretagne, et au-delà l'Ouest armoricain - qui pouvait lui fournir un produit d'exportation essentiel, la toile. Plus largement, durant toute la première modernité, la place malouine n'était pas en position périphérique mais en position d'extériorité par rapport à un marché français en voie de formation, c'est-à-dire aussi pleinement immergée dans les courants d'échange d'une économie-monde européenne encore largement ouverte, peu cloisonnée par des marchés nationaux qui ne se consolident vraiment qu'à la fin du XVIIe siècle. C'est dans l'espace de cette économie-monde européenne allant de la Mer du Nord à la Méditerranée occidentale, que s'est développé le pôle capitaliste malouin et que s'est inscrite l'action de ses négociants. Mais cette première analyse ne révélait aucun facteur a priori décisif. La puissance du capitalisme malouin vers 1700 n'était pas la résultante d'une faveur de la nature, ni d'un « don du Prince », encore moins un produit spontané d'une conjoncture privilégiée. Les atouts recensés ne constituaient que des virtualités qui n'ont pu devenir opératoires qu'avec l'initiative des hommes, de leur travail, leur dynamisme, leur capacité créatrice. S'imposait ainsi, après examen, ce qui avait été notre intuition première : ce sont les Malouins qui ont fait la grandeur de Saint-Malo et la puissance du capitalisme malouin ; et il ne s'agit pas ici d'un vulgaire truisme, car la formule ne pourrait s'appliquer avec la même intensité pour des places comme Bordeaux ou Marseille. Par delà les conditions et les cadres, la démarche engagée nous renvoyait ainsi avec insistance vers les acteurs... Plusieurs catégories d'acteurs, il est vrai, ont contribué à cette aventure économique malouine aux Temps Modernes, parmi lesquels des milliers d'acteurs obscurs mais indispensables. Parmi ceux-ci, indirectement, la masse des tisserands qui, au fond des campa gnes bretonnes et armoricaines, produisaient la toile, produit-clé du trafic d'exportation malouin ; mais d'autres que moi, on le sait, travaillent à leur rendre la place qui leur est due dans la « grande histoire » économique de l'Occident moderne. Et plus directement, bien sûr, les milliers de matelots et de cadres navigants, issus tant de la ville même que du littoral de la Manche occidentale, qui consti tuaient une main-d'œuvre aguerrie et qualifiée - « les meilleurs équipages du monde » selon les termes admiratifs d'un commissaire ordonnateur en 1700 - sans qui 'expansion mondiale du capitalisme malouin n'eût tout simplement pas été possible. Nous les avons évoqués et analysé leurs rapports avec leurs employeurs, notamment dans les trafics - telle l'activité terre-neuvière, et, sous des formes spécifiques, la course - qui constituaient des activités de maind'œuvre exigeant une étude serrée d'un rapport capital-travail toujours complexe et souvent conflictuel. Malgré la fascination certaine que peuvent exercer sur ceux qui les étudient nos « Messieurs de Saint-Malo », je ne crois pas avoir occulté le coût humain de leur réussite éclatante pour ceux qui en furent les exécutants directs, tels ces 170 marins et officiers du FALMOUTH morts du scorbut ou d'épuisement en 1706 pour avoir exécuté à la lettre les instructions irréalistes de leur armateur Danycan qui leur commandaient de gagner sans escale le détroit de Magellan pour devancer ses concurrents sur la route de l'Eldorado péruvien... Mais il est vrai que je n'ai pas mis au centre de ma recherche ces marins qui eussent justifiée à eux seuls une étude spécifique de l'ampleur de celle conduite par Alain Cabantous sur les populations maritimes de la France du Nord. Il fallait choisir, et dans la perspective qui était la nôtre, tout nous amenait à placer au centre de l'analyse les acteurs économiques décisifs : les entrepreneurs. Non pas, loin s'en faut, la totalité du vaste « monde la marchandise », depuis les rangs de l'humble regratière, mais les sommets de ce milieu marchand, ceux qui impulsaient l'activité commerciale de la place dans l'espace international, ceux précisément que commence à désigner de manière spécifique à partir des années 1680 le mot nouveau - et valorisant - de « négociant »... C'est ce groupe restreint - 150 à 200 individus - qu'il nous fallait identifier et saisir, et tout particulièrement sa fraction supérieure, ce « haut négoce » d'une trentaine de maisons et familles qui en constituait le noyau central. Dès lors cette thèse - et c'est ce qui justifie le titre qui lui a été donné in fine - s'est développée comme un portrait de groupe, d'un groupe de marchands en action dans un double espace : - comme acteurs économiques, dans l'espace commercial de l'économie monde européenne ; - comme acteurs sociaux dans l'espace de la société française d'Ancien Régime. Analyser les marchands malouins comme acteurs économiques c'était d'abord s'interroger sur leurs fonctions, leurs moyens et leur style d'opération, en essayant de mettre à jour les spécifités éventuelles qui pouvaient rendre compte de leur dynamisme et de leur réussite. Par leurs fonctions ils constituaient une incarnation précoce du type idéal du « Parfait Négociant » que brossait au même moment Jacques Savary, avec une tendance marquée à la polyvalence, en combinant armement et assurance maritime, spéculation marchande et activité de commission, et ce d'autant plus que l'on grimpait dans la hiérarchie du groupe ; ce qui nous a amené d'ailleurs à récu ser l'appellation d'aramateur à notre avis réductrice, bien qu'ils aient tous prati qué cette forme d'activité, et certains à très grande échelle... L'analyse concrète de leurs moyens d'action révélait un large degré d'autono mie technique (en matière navale) et financière, une maîtrise des outils de base du capitalisme commercial (comptabilité en partie double, lettre de change...) acquise dès le milieu xvne siècle au moins, et la souplesse et l'efficacité de leurs pratiques d'association commerciale qui compensaient largement l'apparent morcellement des structures de l'entreprise marchande, à base familiale étroite. Et ces moyens d'action furent mis au service d'un style d'opération qui tranche par rapport à celui de la plupart de leurs confrères des autres places portuaires françaises au XVIIe siècle, c'est-à-dire un style de « commerce actif» les condui sant à partir directement à la conquête des marchés extérieurs, proches ou loin tains, en y expédiant leurs navires et y portant leurs marchandises - toiles ou morues -, en y implantant aussi des réseaux commerciaux, comme en Andalousie où ils établirent de puissantes colonies marchandes, et en forçant si nécessaire les barrières naturelles ou institutionnelles qui pouvaient bloquer l'accès à un marché prometteur, si lointain fut-il. Ce style opératoire extraverti, et parfois agressif, conféra ainsi aux Malouins un rôle de pionniers et de fer de lance dans le processus de mondialisation du capitalisme commercial français qui s'amorçait dans la seconde moitié du règne de Louis XIV. Vers quelles directions se déploya ce style conquérant ? Au-delà de l'analyse des fonctions et des moyens d'action il fallait s'interroger sur les stratégies négoc iantes, c'est-à-dire les choix de trafics, perçus de leur point de vue, en tant que secteurs d'accumulation dont il fallait mettre à jour les mécanismes, et - si possi ble - mesurer l'efficacité, entendons la profitabilité. Dans la longue durée multiséculaire tout d'abord, en identifiant et décomposant ces deux trafics de base que les Malouins « construisirent » littéralement au milieu du XVIe siècle et qui atteignirent leur apogée dans le dernier quart du XVIIe siècle, tous deux d'ampleur internationale, et d'une complexité beaucoup plus grande qu'il n'y paraissait à première vue : - « Terre-Neuve », c'est-à-dire tout à la fois une grande activité productive à caractère manufacturier, et un « commerce », un mode d'accès aux marchés méditerranéens, un mode d'entrée dans les circuits commerciaux européens entre Civita-Vecchia et Marseille, Rouen et Amsterdam ; - le « commerce d'Espagne », ou de Cadix, la grande affaire par excellence, qui permit aux Malouins de s'imposer pendant un siècle et demi comme des intermédiaires obligés - armateurs et marchands - entre la France manufacturière, la « Carrera de Indias » et l'Amérique Espagnole, en contrôlant ce double flux alterné des toiles et des piastres qu'acheminaient leurs frégates entre Saint-Malo et Cadix. Mais aussi dans le temps court de l'événement, dans cette conjoncture internationale bouleversée par le choc des guerres mercantilistes, où l'élite négociante démontra une capacité exceptionnelle d'adaptation à cette conjoncture cahotique, en mettant en œuvre des stratégies de redéploiement successives lui permettant d'exploiter tous les « gisements de profit » que pouvait faire surgir ce temps des « affaires extraordinaires » : la course, et surtout la grande course océanique durant la guerre de la Ligue d'Augsbourg ; l'aventure du commerce interlope dans la Mer du Sud - c'est-à-dire l'accès direct au marché péruvien et à l'argent du Potosi à partir de 1700 ; enfin à partir de 1708 la capture du monopole commercial avec l'Océan Indien et sa mise en exploitation efficace pendant une décennie. Cette flexibilité, cette capacité de réaction et d'adaptation à la conjoncture, cette faculté d'entreprendre tous azimuts à l'échelle la plus large, nous semblent ainsi avoir caractérisé le capitalisme malouin à son point d'apogée, entre 1690 et 1720, comme l'incarna alors mieux que quiconque Noël Danycan, l'inventeur » de la Mer du Sud, figure emblématique de ces « bourgeois conquérants » du temps du Roi-Soleil. Au risque, il est vrai, que cette stratégie de fuite en avant, d'enchaînement de coups de poker successifs, n'engendre une certaine fragilisation du pôle malouin lorsque s'opéra le retour à des conditions plus « normales » d'exercice du commerce international à partir de 1713. Cette analyse économique avait comme point d'aboutissement l'évaluation de l'efficacité de cette action, c'est-à-dire la mesure de l'accumulation qu'elle per mettait de réaliser, tant au niveau sectoriel de la rentabilité des différents trafics, qu'au niveau plus global (individuel et collectif) de la construction des fortunes, en mettant en évidence la réalité de ces fortunes millionnaires observables en ce début XVIIIe siècle sur le rocher malouin, telles celles des Magon et Eon, de la Haye et Locquet de Grandville ; et, au-delà, hors norme, la fortune géante d'un Noël Danycan qui accumula sans doute près de dix millions de livres en un quart de siècle d'activité marchande et de coups de poker réussis. Mais avec cette enquête sur les fortunes marchandes, qui posait le problème de leur composition et de leur mode d'utilisation, la démarche glissait déjà dans une autre direction, vers une seconde approche du milieu négociant : une appro che sociologique cette fois, qui constitue un axe essentiel de notre travail, même si elle n'occupe pas le plus grand nombre de pages dans le corps de cette thèse. Entendons-nous bien : il ne s'agissait pas d'ajouter un volet « social » en guise de supplément d'âme à une austère analyse économique, mais de chercher dans la texture sociale du milieu marchand quelques unes des clés d'explication de son dynamisme et de sa réussite au XVIIe siècle, aussi bien que de l'engourdisse ment et du déclin du pôle capitaliste malouin au siècle suivant. « II y a des conditions sociales à la poussée et à la réussite du capitalisme » a écrit Fernand Braudel3 : nous avons essayé de donner chair à cette affirmation dans le cas concret de l'exemple malouin qui nous paraissait en démontrer pleinement le bien fondé, en utilisant l'atout que constituait la taille relativement restreinte du milieu marchand qui permettait de pousser en profondeur une véritable analyse sociale de groupe. S'il y a une thèse - au sens fort de ce terme - dans cette thèse universitaire, c'est là qu'elle gît, dans l'essai de mise à jour d'une liaison essentielle entre la dynamique sociale du groupe marchand et le dynamisme économique du pôle capitaliste, en amont comme en aval, dans sa phase ascendante au XVIIe siècle comme dans son déclin au-delà de 1720. En amont tout d'abord, nous avons cherché dans les caractères sociologiques du milieu marchand quelques-uns des facteurs explicatifs de la vitalité du capitalisme malouin au XVIIe siècle. Nous avons souligné la forte homogénéité de ce groupe à dominante autochtone, renouvelé et enrichi essentiellement par des apports régionaux haut-bretons et bas-normands, dont la cohésion - renforcée par une appartenance religieuse commune, un catholicisme post-tridentin affiché et même agressif - a pu consti tuer un facteur de résistance efficace face aux menaces d'emprise étrangère, hol landaise ou anglaise, ce qui a facilité l'essor d'un capitalisme indigène autonome, pleinement « maître chez lui ». De même avons-nous mis en évidence le rôle central de la famille, au sens large, dans la structuration du capitalisme marchand, depuis sa base même où la maison marchande coïncidait avec la cellule familiale nucléaire, dans les formes de l'association commerciale où l'on retrouvait bien souvent en filigrane la pré sence sous-jacente de lignages ou réseaux familiaux, et jusque dans ses prolon gements extérieurs qui s'appuyaient eux aussi fréquemment sur des réseaux familiaux. Plus profondément, on peut considérer qu'un nombre restreint de familles - une vingtaine de lignages, de dynasties marchandes implantées par fois depuis le XVe siècle ont constitué pendant deux voire trois siècles l'épine dorsale du capitalisme malouin comme supports essentiels de l'accumulation, non seulement du capital monétaire mais surtout d'un capital de savoir-faire, d'expérience, de réseaux relationnels au moins aussi précieux. Ces grandes dynasties marchandes - les Magon, Eon, Le Fer, Grout, Picot, Trublet, etc. - n'ont pu jouer ce rôle jusqu'en 1700 qu'en garantissant les conditions de leur pérennité et de leur reproduction (éventuellement élargie) par la mise en œuvre de stratégies sociales adaptées et cohérentes : stratégies démographiques fortement natalistes durant tout le XVIIe siècle ; stratégies d'alliances privilégiant l'endogamie socio-professionnelle ; stratégies éducatives enfin visant à assurer la continuité dans le commerce et privilégiant la formation « professionnelle » de leurs fils par la pratique dès un âge précoce, soit par l'expérience de la navigation et du commandement de navires, soit par celle de longs « stages à l'étranger » dans les comptoirs espagnols. Parce qu'il a su pendant deux siècles produire et renouveler en son sein, de génération en génération, des entrepreneurs efficaces, ce noyau de grandes dynasties marchandes étroitement apparentées qui dominait la cité a été la véri table matrice du capitalisme malouin, sa condition première de possibilité. Mais le facteur sociologique nous paraît avoir été aussi en aval un élément d'explication essentiel de la trajectoire ultérieure du pôle capitaliste malouin au-delà de 1720, qui est bien une trajectoire descendante, même si nous avons été amenés à la nuancer en parlant d'engourdissement et de recul relatif, non pas d'effondrement ou de véritable déclassement avant 1793. Une large gamme de facteurs géographiques, économiques et politiques (notamment leur éviction en mai 1719 du contrôle de la Compagnie des Indes au profit du groupe de Law) peut être invoquée pour rendre compte de ce recul ; et parmi ceux-ci les erreurs de stratégie des négociants eux-mêmes, qui, obnubilés par les mirages de l'Eldorado péruvien et du Golconde indien ont trop tardé à prendre le tournant vers les « Iles », ce commerce antillais qui allait devenir le secteur majeur d'accumulation pour le capitalisme commercial français au XVIIe siècle. Mais, pour paraphraser en la prolongeant la réflexion de F. Braudel « il y a - aussi - des conditions sociales à l'engourdissement et au déclin du capitalisme », comme le « cas » malouin au XVIIIe siècle nous paraît en offrir une illustration exemplaire. Ce qui nous paraît avoir compté, fondamentalement, c'est une inflexion majeure de la « stratégie sociale » des grandes familles de l'élite négociante malouine, observable dès 1700-1720, et qui ne fera que s'amplifier au long du xvnr siècle. Jusqu'à la fin du xvne siècle le projet social de promotion de la famille marchande, qu'exprimait une expression - leitmotiv - « avancer ses enfants » - s'inscrivait fondamentalement dans une logique de reproduction socio professionnelle - « la continuité dans le commerce » - que garantissaient un ensemble de choix cohérents en matière d'orientation, d'éducation, d'alliances que nous avons évoqués plus haut. A partir du tournant du siècle - 1695-1710 - au point haut de leur réussite économique, et dans une conjoncture globale d'« ouverture » sociale que facili tait objectivement la politique de la monarchie, une fraction majoritaire de nos grandes familles marchandes a senti que le moment était venu pour elles de poursuivre jusqu'à son terme le processus d'ascension sociale déjà amorcé de longue date, en visant cette fois l'intégration aux véritables élites de la société de leur temps, aux élites nobiliaires cumulant le statut, le pouvoir et le prestige. Appuyées sur une accumulation de richesse mobilière qui atteignait désormais des niveaux sans précédent - avoisinant ou dépassant franchement le seuil du million - ces grandes familles ont pu et su mettre en œuvre des stratégies cohérentes d'affirmation sociale et de promotion dont l'investissement dans la pierre - hôtels qui bouleversent le paysage urbain entre 1708 et 1730, semis de « malouinières » dans le Clos-Poulet - et dans la terre ne constituent que les aspects les plus visibles, mais superficiels. C'est sous formes plus subtiles d'« investissement social » que plusieurs de ces grandes familles ont pu dans une large mesure atteindre leur objectif : en effectuant - sans grande difficulté et au moindre coût - le « passage de la ligne » juridique de l'anoblissement entre 1695 et 1715, à travers la chasse aux grandes alliances nobles, en Bretagne et jusqu'à la cour, fort coûteuses cette fois, mais grosses d'une plus-value sociale inestimable ; enfin - et peut-être surtout - à travers l'investissement éducatif dans la formation de leurs fils, poussés désormais vers les meilleurs collèges du Royaume - Louis le Grand ou Juilly... - pour qu'ils puissent dès lors s'orienter vers d'autres carrières plus prestigieuses que la marchandise et plus susceptible de faciliter leur pleine intégration aux élites nobiliaires, des grands offices de jus tice ou de finances aux carrières dans l'armée. Avec bien sûr comme conséquence logique et contrepartie de ce processus d'intégration aux élites nobiliaires, une tendance progressivement accentuée au cours du xvme siècle à la « sortie du commerce » de ces grandes dynasties mar chandes qui avaient fait la puissance du capitalisme malouin durant les deux siè cles précédents. C'est dans ce découplage entre la logique de la promotion sociale de la famille bourgeoise et la logique de l'accumulation marchande que l'on peut trouver, à notre sens, une clé essentielle d'explication du déclin du pôle capitaliste malouin au cours du XVIIIe siècle. Faut-il pour autant interpréter ce processus, somme toute classique, en termes de « trahison bourgeoise » selon la formule braudé- lienne aussi célèbre que discutable ? Nous y verrions pour notre part le couronnement logique d'un parcours ascensionnel suivi pendant plusieurs générations, un accomplissement « normal » - ce qui ne veut pas dire inévitable - dans le cadre d'une société dont ces familles ne remettaient pas en cause les structures hiérarchiques ni les valeurs qui les sous-tendaient. Au terme de cette recherche au long-cours sur la trajectoire complexe de l'élite négociante malouine aux Temps Modernes, nous espérons ainsi avoir atteint deux objectifs complémentaires. Nous pensons en premier lieu avoir éclairé et expliqué dans sa singularité historique irréductible le destin exception nel de ce groupe social, et, à travers lui, du pôle marchand dont il était l'âme et le moteur principal. Nous espérons surtout, à travers l'analyse de ce cas limite que constituent nos « Messieurs de Saint-Malo », avoir contribué à éclairer les conditions de développement du capitalisme marchand dans la France des Temps Modernes, et tout particulièrement mis en évidence le poids des condi tions sociales qui pouvaient s'avérer un frein majeur à son développement dans une société traditionnelle où, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle au moins, il faisait très largement figure de corps marginal, sinon étranger. 

 

 

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