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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 08:34

 

Donjon.

 

 

Le donjon D, qui offre cette singularité de ne pas commander le côté vulnérable de la place, suffisamment défendu par la tour d'angle, élève à l'autre extrémité, en dehors de l'enceinte dont un fossé le sépare, sa masse cylindrique large de 13 m 60 hors-d'oeuvre, non compris le talus de maçonnerie qui empatle sa base, et haute de 21 mètres sous parapet. Un double pont-levis faisait, comme je l'ai déjà dit, communiquer, par l'intermédiaire d'une pile R, haute d'une dizaine de mètres, le sommet de la courtine, soit un étage au-dessus de l'esplanade, avec le second étage de la tour, cas particulièrement tardif de la persistance des traditions romanes. C'était le seul moyen d'accès du donjon qui n'avait, pas d'issue sur la campagne. Par cette poterne en arc brisé, surmontée d'une rainure verticale pour l'arbre unique de son pont-levis, fermé par un seul vantail et barricadé par un madrier dé section carrée, un passage voûté en berceau plein cintre f, et dont la largeur va en se rétrécissant de 1 m 35 à 1 m 28, conduit à la salle, hexagonale du second étage. Une porte amortie par un arc brisé, ouverte à droite dans sa paroi, donne directement sur l'escalier dont la vis, partant de fond et prise dans l'épaisseur du mur, desserties autres étages en montant ses 76 marches sans interruption jusqu'au comble. La cage est éclairée par quatre archères qui ne sont pas faites pour la défense, comme le prouvent leur angle peu ouvert et l'absence de plongée, malgré la hauteur au-dessus du sol. De l'archère inférieure on a fait, à l'époque moderne, une porte ouvrant dans le fossé. Le plancher de la salle basse repose sur un retrait de la paroi dont le tracé circulaire s'inscrit dans l'hexagone du rez-de-chaussée.C'est peut-être le témoin d'une salle ronde, souterraine, aujourd'hui comblée, comme cela s'est fait quelquefois des anciennes tours, lorsqu'il fallut compter avec l'artillerie. Pas plus que les autres étages, le rez-de-chaussée n'est voûté. Une porte g à linteau sur corbelets, au pied de l'escalier, une fenêtre au nord, i, s'ouvrent sur la salle à six pans, chauffée par une cheminée h sans saillie ni hotte, à manteau lisse en arc surbaissé. Une chaîne d'angle en pierre appareillée est noyée dans le blocage du pan qui sépare la cheminée de la fenêtre. Elle porte les marques de tâcherons particulières au donjon et ne dépasse pas les niveaux du seuil et de la clef de voûte de l'embrasure voisine. C'est donc le piédroit d'une embrasure semblable, soit repentir, soit témoin de constructions antérieures revêtues par le donjon actuel.

 

 

 

Un palier de l'escalier communique par une porte en arc brisé avec la salle du premier étage qui offre les mêmes dispositions, mais s'éclaire à l'ouest sur la vallée et est pourvue de latrines. Des colonnettes, dont les chapiteaux sont des corbeilles rondes et nues, elles bases prismatiques, avec tore et cavet réunis par un angle droit, décorent les jambages de la cheminée, placée au-dessus de la précédente, et supportent un manteau en plate-bande appareillée. La hotte repose sur un arc de décharge. Au second étage, deux fenêtres s'orientent est et ouest. La cheminée, sous un simple linteau, est plantée au sud-ouest, et un couloir coudé, débouchant dans le passage de la poterne en face de la porte de l'escalier, conduit aux latrines. Enfin, le troisième étage, desservi directement par l'escalier au moyen d'une porte à linteau sur corbelets, comporte une fenêtre à l'est, des latrines et une cheminée au sud-ouest. Toutes les fenêtres sont du même type, étroites, rectangulaires, au fond d'une large embrasure (1m 27 pour une baie de 0 m 44), profonde de toute l'épaisseur du mur (3m 60 à 3m 25), généralement garnie de bancs de pierre et voûtée en berceau surbaissé Les latrines sont groupées de façon à couvrir un secteur minimum du fossé et plantées, comme l'escalier, du côté le mieux protégé du donjon. De ses défenses, il ne reste que la ceinture de corbeaux de ses mâchicoulis ; ils se composent de quatre assises profilées en quart de rond, formant encorbellement sur les trois faces. M. E. Lefèvre-Pontalis a fait remarquer dans son cours combien ce type de corbeaux est fréquent en Bretagne et en a signalé de semblables à Bonaguil. On en trouve aussi dans divers châteaux du XVIe siècle, comme Chaumont et La Rochefoucauld. Il est probable qu'un étage en retrait el un double crénelage, comme à la tour d'angle, couronnaient le donjon. Front du nord-est. -Au moins en ce qui concerne les parements, tout le front du nord-est est du même parti que le donjon. Appareil, hauteur et pente du glacis sont rigoureusement semblables. C'est une construction homogène orientée du nord-ouest au sud-est. et composée d'une courtine flanquée d'une tour ronde à son extrémité nord K et d'une tour en hémicycle l au dernier tiers de sa longueur. On y adossa un corps de logis dont il ne reste que les soubassements et dont le pignon sud-ouest à double rampant s'est écroulé au commencement de l'année 1910. Elle est un peu plus basse que le donjon, mais, comme à La Ferté-Milon, les corbeaux de ses mâchicoulis, du même type que ceux du donjon, avec trois assises seulement, couronnent d'une ligne horizontale ininterrompue les tours et courtines qui ne se commandent pas  Au-dessus de sa base qui est pleine, un étage de plain-pied avec l'esplanade., et élevé d'une dizaine de mètres sur le fond du fossé, né comportait d'ouverture que dans les deux tours.

 

 

On y pratiqua par la suite, en divers points et notamment dans les angles, des canonnières à large ébrasement et forte plongée pour battre le pied du rempart. Un premier étage sur l'esplanade, que j'ai figuré dans le plan d'ensemble, s'ouvre largement sur le vallon. Dans la tour du nord il comporte, comme au rez-de-chaussée, d'ailleurs, une salle pentagonale K non voûtée, éclairée par une fenêtre étroite à linteau, du type du donjon, avec embrasure à berceau plein cintre, mais orientée obliquement par rapport à la courtine, de façon à découvrir le plateau et, sans doute, concourir à la défense. Bien que le revers de la tour soit abattu, on peut admettre que celte salle communiquait avec le corps de logis. 

 

Tour d'angle de l'est.

 

Pour commander les abords du château, on construisit une énorme tour d'angle E, plus haute que le donjon lui-même (22m 50 sous le chemin de ronde), de plan circulaire aussi, mais légèrement tronconique. Elle mesure 13m15' de diamètre au-dessus d'un empattement plus élevé, mais moins incliné que celui du donjon. Différence plus caractéristique encore, elle est pleine jusqu'à 10 mètres de hauteur environ au-dessus du fossé, et sa salle basse, qu'un pont-levis relie à l'esplanade, est au niveau du premier étage du donjon. Ce pont-levis, dont témoigne suffisamment la rainure verticale qui surmonte la poterne, retombait sur un fossé aujourd'hui comblé, mais dont un observateur du commencement du XIXe siècle, Freminville, nous apprend que sa contrescarpe, revêtue, dessinait un arc de cercle concentrique à sa tour et que les courtines H et Q, encore existantes, en fermaient les extrémités. Le parement interrompu de la tour bute sur le pan H qui la relie au front du nord-est et qui lui est donc antérieur, tandis que le pan Q, qui la relie à la porte fortifiée, est un simple collage postérieur. Ces deux courtines ont leurs revêtements arrachés. La poterne en arc brisé, semblable à celle du donjon, était fermée par un vantail dont on retrouve les traces de scellement, et à un mètre au-dessus du seuil, les trous carrés pour la manoeuvre de la barre transversale. Par cette porte on pénètre dans un passage voûté en berceau plein cintre qui conduit à la salle-basse et sur lequel s'ouvrent deux portes à linteau sur corbelets. Celle de gauche mène, par un couloir deux fois coudé; aux latrines, celle de droite, surmontée d'un arc de décharge, à la vis de 54 marches, ininterrompue, prise dans l'épaisseur du mur (3m 50), éclairée par trois archères, qui dessert les autres étages. Les trois salles à six pans, non voûtées, pourvues chacune de latrines et de cheminée, s'éclairent: celles du rez-de-chaussée, au sud; celle du premier étage, au sud et à l'est; celle du deuxième étage, à l'est et à l'ouest. Les baies qui s'ouvrent au sud sur le plateau sont du même type que celles du donjon. Elles étaient grillées. Celles de l'est et de l'ouest, plus largement percées, sont recoupées par un meneau cruciforme. Toutes ont de larges embrasures voûtées en berceau plein cintre ou surbaissé. Les latrines surplombent, à l'extérieur, l'angle formé par la courtine H. Les cheminées sont encadrées par un linteau en arc surbaissé, celle du rez-de-chaussée par une large et profonde voussure en plein cintre. Une ceinture de mâchicoulis, dont il ne reste que les corbeaux à quatre assises, pareils à ceux du donjon, couronne la tour. D'un étage en retraite, caractéristique de la fin de la période gothique, il nous est parvenu dé quoi reconnaître les baies qui s'ouvraient sur le chemin de ronde, les trous de la charpente qui l'abritait, et les ouvertures du crénelage supérieur. Malgré les caractères particuliers de cette tour, son appareil, le type de ses cheminées, de ses percements, de ses mâchicoulis, et même quelques marques de tâcherons se retrouvent dans le donjon.

 

Porte d'entrée.

 

Tout en se rattachant à la même campagne, les défenses de l'entrée sont postérieures à la tour d'angle de l'est. En effet, la rentrée du flanc droit de l'ouvrage a dû être commandée par un plan antérieur et surtout son parement s'interrompt devant la courtine Q qui, elle-même, bute sur la tour. Pour pénétrer dans la place, on franchissait un fossé sur l'un des deux ponts-levis abaissés de la porte charretière, à gauche, ou de la poterne, à droite, l'une et l'autre amorties par des arcs en tiers-point. Les tabliers, manoeuvres l'un par deux, l'autre par un bras oscillant dans leurs rainures verticales profondes d'un mètre, venaient, en se relevant, s'appliquer dans leurs encastrements en fermant la baie correspondante. Les supports des tourillons qui faisaient pivoter les bras sont intacts. Dans les passages voûtés en berceau surbaissé, et dont il semble que le sol montait de l'extérieur vers l'intérieur, il n'y a ni herse, ni assommoir, ni trous pour madriers de barricade. Des vantaux les fermaient sommairement. Deux tours en fer à cheval flanquent cette entrée. Une ceinture ininterrompue de mâchicoulis, répétant les consoles à trois assises du nord-est, la défend. Les sept annelets du blason de Coëtmen la surmontent. A gauche, en entrant sous la voûte principale, une petite porte à linteau s'ouvre sur un escalier à vis qui descend à deux petits cachots ménagés sous le passage. Une archère pratiquée dans l'angle, à travers le glacis, éclaire les dernières marches, mais les cachots sont aveugles. Ils sont commandés l'un par l'autre et recouverts par des dalles dont les extrémités portent sur des corniches grossièrement épannelées en biseau. Au même niveau les bases des tours empattées sont pleines. À l'étage au-dessus, celui du passage, la tour de l'ouest enveloppe la salle F du XIVe siècle et utilise son archère prolongée C, comme il a été dit plus haut. Celle-ci, haute de 1m 50, large de 0m15, débouche sur le flanc gauche, à 0m 05 de l'angle formé par le collage du bâtiment de Jean II de Coëtmen. Une archère presque semblable (1 m 20 X 0 m 15) traverse le flanc droit de la tour de l'est G, malheureusement comblée par les décombres. Le mur de refend qui sépare la porte charretière du guichet se termine par deux pans dont l'un est décoré d'une tête plate. Le revers de l'ouvrage, qui s'écroule, ne permet pas d'en restituer la disposition. Une porte en arc brisé, aujourd'hui à demi enfouie dans le sol, donnait sur l'esplanade. Aux deux étages supérieurs,.correspond, dans chaque tour, une salle quadrangulaire éclairée dans l'axe et au sud par une fenêtre grillée à linteau dont l'embrasure, voûtée en berceau plus ou moins surbaissé, est garnie d'un seul banc; fenêtre analogue à celles du donjon, des tours nord et nord-ouest et de la salle basse de la tour d'angle. Des salles du premier étage, et dans chaque angle, on perça, comme dans les tours du front nord-est, une canonnière ébrasée plongeant vers le talus de la porte. Au même étage, des latrines qui pouvaient servir de bretèche surplombent le pan coupé du flanc est, dont la rentrée fait, avec-la courtine Q, un angle très aigu.

 

Tour nord-ouest-

 

La tour du nord-ouest (diamètre 10m80) ressemble à sa voisine la tour du nord. Mêmes commandement, appareil, empattement, corbeaux de mâchicoulis et type de percements. Mais l'étage inférieur étant embrasures surbaissées éclairent au nord les salles à cinq pans. Le revers s'est écroulé.

 

Courtine du nord.

 

La courtine du nord, qui relie la tour du nord-ouest à la tour du nord, a été refaite. En effet, elle bute sur le parement de ces deux tours, emboîte les latrines de la tour du nord, et contraste d'ailleurs, par sa construction en blocage, avec l'appareil voisin. Toutefois, le profil et le niveau des corbeaux de mâchicoulis est le même. La refaçon est certaine, mais peut-être pas très tardive. La courtine qu'elle remplaça devait être un peu plus éloignée du donjon. En effet, la pile sur laquelle s'abaissaient le pont-levis du donjon et celui de la courtine n'est distante de celle-ci que de 1 m 40, portée qui ne correspond guère à un support de plus de 2 mètres d'épaisseur. Une baie en tiers-point, sous un dallage grossier, la traverse aujourd'hui, et du bâtiment d'habitation qui s'y adossait, il ne reste qu'un jambage de cheminée suspendu à son revers 

 

Extrait de  - Le château de Tonquedec : notices archéologiques 

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 06:27

Le château du XIVe siècle.

 

 

Du château qui fut rasé en 1395, il ne semble rien subsister qui ne soit recouvert par celui que Rolland III de Coëtmen construisit au commencement du XVe siècle. Mais la tour semi-circulaire F qui flanque à gauche la porte C enveloppe les restes d'une autre tour de même forme, dont le rayon mesurait 4 m 30 environ et l'épaisseur des murs 2m20, et qui remonte à cette époque. Le plan de la salle intérieure à l'étage de la porte, aujourd'hui seule conservée, le prouve avec évidence: l'hémicycle, qui terminait une partie droite voûtée en berceau surbaissé, était éclairé au sud et dans l'axe par une archère b aujourd'hui bouchée par plus de quatre mètres de maçonnerie, à l'ouest par une autre archère c que l'on utilisa au XVe siècle au moyen d'une simple lumière, de même hauteur et de 0m15 de largeur, pratiquée sur 1 m 95 dans son prolongement au travers du nouveau rempart. Les défenses basses avaient cessé d'être usitées bien avant le commencement du XVe siècle. De plus, le tracé périmétrique de cette tour, dont on connaît le centre qui correspond à celui de la salle supposée concentrique et deux points au sommet des deux archères, conduit à découvrir son parement appareillé, très visible au point a, sur lequel s'appuie le flanc gauche intérieur de la porte charretière. Les assises, d'une hauteur moyenne de 0 m 25, sont parfaitement dressées sur des lits de mortier assez minces. Malheureusement l'écroulement du revers de l'ouvrage enveloppant a entraîné la ruine du revers de la lotir enveloppée et ne permet pas de voir si elle flanquait elle-même une porte antérieure. La voûte en blocage de la salle basse est aujourd'hui écroulée en arrière d'un arc-doubleau d dont le profil est un épannelage carré aux arêtes inférieures abattues. Une porte e amortie par un linteau conduisait, au XVe siècle, de la salle au passage. Le sol, terrassé, ne paraît pas recouvrir de caves. L'état actuel de la tour droite G de la porte fortifiée, symétrique de la précédente, mais comblée par les éboulements, nous prive d'y chercher d'autres restes du château du XIVe siècle. Il est possible que des fouilles bien conduites mettent au jour d'autres témoins des constructions primitives qui, peut-être, influèrent sur le nouveau plan.

 

 

Le château de Rolland III de Coëtmen.

 

En démontrant que Rolland III de Coëtmen reçut le 22 novembre 1406 trois mille livres d'indemnité à cause de la démolition de Tonquédec, M. de La Borderie supposait qu'il se préparait à le reconstruire. L'archéologie justifie son hypothèse, mais il attribuait à cette époque toute la deuxième enceinte : c'est une erreur. Sans compter les ruines antérieures que nous venons de voir noyées dans les fortifications nouvelles, on peut distinguer au moins trois campagnes de construction. La première, comprenant le donjon D, le front nord-est avec ses tours de flanqueraient I et K, la forte tour d'angle E, la porte fortifiée G C F et enfin la tour du nord-ouest L, a pour caractères constants l'appareil, les bases pleines et empattées, l'absence de percements dans les étages inférieurs, sauf sur les flancs de la porte, et leur sobriété relative dans les étages supérieurs sous la ligne continue des mâchicoulis, car les courtines sont flanquées par des tours qui ne les commandent pas, la tour d'angle et le donjon exceptés. C'est cette campagne qui suivit l'indemnité de 1406, La refaçon de la courtine du nord qui relie les tours K et L en s'appuyant sur leurs parements, prouvée par les latrines de la tour K qu'elle recouvre en partie, peut en constituer une seconde. Des mâchicoulis absolument semblables à ceux de la première la couronnent, mais le blocage a remplacé l'appareil. Le bâtiment d'habitation qui s'y adossait est aujourd'hui complètement ruiné et il n'est pas facile de le dater avec précision. La troisième campagne, au contraire, qui comprend tout le front ouest M N 0 P, nettement caractérisée par l'absence de défenses supérieures et la réapparition des défenses inférieures, leur disposition pour de petites armes à feu, les larges percements, la beauté de l'appareil et l'amélioration des aménagements, est postérieure aux perfectionnements de l'artillerie el doil être attribuée à Jean II de Coëtmen. On sait qu'il entreprit en 1473 de fortifier Tonquédec et nous verrons d'ailleurs qu'une partie de la première enceinte fut aussi son oeuvre.

 

 

Plan.

 

Ainsi, du château de Rolland III, il nous manque la face occidentale. Mais les pentes abruptes qui la bordent en commandent le plan. Comme aujourd'hui, déduction faite de la première enceinte qui n'existait pas, Tonquédec affectait donc, au commencement du XVe siècle, la forme d'un trapèze dont la petite base faisait face au nord, la grande au sud, les côtés à l'est et à l'ouest. Le front nord, modifié par la suite, mesurait entre les tours une quinzaine de mètres, le front nord-est une trentaine, el le front sud, probablement un peu moins. Un donjon D, absolument isolé, car les courtines basses qui le relient actuellement aux tours L et K datent du XVI siècle, s'élevait au nord des tours L et K, en dehors de l'enceinte, au sommet de l'éperon qui sépare les deux vallées. Le pont-levis qui le faisait communiquer avec la place venait, en se baissant, reposer sur une pile de maçonnerie élevée au milieu du fossé. Celle-ci recevait également le pont-levis de la courtine opposée qui en était probablement plus éloignée que la courtine actuelle. Selon la coutume, la tour d'angle E, à l'est, était particulièrement forte pour commander le plateau. Elle pouvait même servir de réduit, étant séparée de l'enceinte par un fossé que fermaient aux deux extrémités les tronçons de courtines H et Q, et sur lequel on jetait un pont-levis. La porte, entre ses deux tours, occupait le milieu du front sud G C F. Enfin, le côté de l'ouest, rebâti à la fin du XVe siècle, nous demeure inconnu. Appareil et marques de tâcherons. Le château de Rolland III est construit on granit, l'extérieur est appareillé par lits d'assises dont la hauteur varie entre 01 m 20 et 0m 40. La longueur des pierres, dont la moyenne est d'environ 0 m60, atteint rarement 0m 90. Des lamelles de pierre, généralement de schiste ardoisier, sont noyées dans le mortier entre chaque assise. Ce mode de construction ne fut donc pas absolument abandonné dès le XIIIe siècle, comme l'a dit Viollet-le-Duc, ni même au XIVe siècle, comme l'a répété M. Choisy. Les parements intérieurs sont en blocage, sauf quelques chaînes, jambages de portes, embrasures, parois de passages, etc.

 

 

Extrait de  - Le château de Tonquedec : notices archéologiques 

 

 

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 13:50

Sur la rive droite du Léguer, à deux bonnes lieues au sud et en amont de la ville de Lannion et, suivant la règle, au sommet de l'éperon formé par un petit affluent, le château de Tonquédec domine de ses belles ruines un site magnifique. Son plan rappelle plutôt celui de Coucy, mais on l'a souvent appelé le Pierrefonds de la Bretagne, peut-être parce que les deux constructions sont sensiblement et en partie contemporaines. En fait, il compte parmi les plus beaux témoins de la féodalité bretonne. Nous ne savons rien de la fondation de Tonquédec.

 

 

On avait voulu voir dans ce nom l'indication d'une origine militaire (traon, vallée, gnedec, garde), mais M.Loth démontre que cette étymologie est impossible et, qu'il n'y a là qu'un nom d'homme devenu nom de lieu. Il n'a pas été signalé dans les textes avant le XIIIe siècle. Alain, vicomte de Tonquédec, paraît, en 1231, dans une donation de son père, Goslin, à l'abbaye de Beauport. Il était du sang des ducs de Bretagne, de la maison de Rennes, et juveigneur de cette célèbre branche de Penthièvre dont la puissance venait d'être abattue en la personne d'Henri d'Avaugour son cousin germain. On sait que ce malheureux prince, fiancé d'abord à l'héritière du duché, s'étant ensuite vu ravir, par le Capétien Pierre Mauclerc, la couronne et sa future épouse, était alors dépouillé de ses propres biens et réduit au Goëlo. Tonquédec, sous la châtellenie de Lannion, n'appartenait pas à ce comté, comme la seigneurie de Coëtmen, dont Alain est qualifié vicomte à partir de 1257.

 

 

Se fondant sur ce fait el sur une enquête par témoins de la fin du XVe siècle, les historiens bretons ont admis, malgré le silence des chartes, que le père d'Alain, Geslin, avait reçu Coëtmen, en apanage, d'Henri d'Avaugour, son neveu et chef de maison, tandis qu'il aurait acquis par alliance le fief éloigné de Tonquédec. Alain, qui fut, en effet, vicomte de Tonquédec du vivant de son père, aurait hérité de Coëtihen à la mort de celui-ci. Quoi qu'il en soit, le rameau dont Alain fut la tige et qui, pendant près de trois siècles, donnera ses seigneurs au château de Tonquédec, porte dans l'histoire le nom de Coëtmen. C'est même dans l'établissement de leur chronologie une cause fréquente d'incertitude, les deux fiefs n'ayant pas été constamment réunis sur la même tête. Rolland, Prigent, Gui, Rolland II nous conduisent à Rolland III qui, tenant pour Clisson contre le duc de Bretagne, Jean IV, se vit prendre son château de Tonquédec par Alain du Perrier, maréchal de Bretagne, et « démolir et abattre ledit chastel » par ordre du duc de Bretagne, en 1395. C'est de cette place forte que j'ai retrouvé quelques restes sous les parements des constructions qui s'élevèrent au siècle suivant, mais je n'ai pu en découvrir les origines. Le traité d'Aucfer (19 oct. 1395), qui mit fin aux hostilités el ramena pour jamais Rolland III à son prince, stipulait spécialement: « le dit comte de Penthèvre obéira, nonobstant la démolition el abatue du chastel de Tonquédeuc, el sans ce que le dit comte en face jamais demande au dit Duc, ne à autre à cause de luy. Et aussi fera le sire de Cliczon. » Par cette clause, le vainqueur parait aux demandes d'indemnités futures. Pendant la minorité de Jean V, Rolland n'en obtint pas moins du duc de Bourgogne, tuteur du jeune duc, qui, lui-même, faisait réparer ses forteresses de Bretagne, trois mille livres « par cause de la démolicion de son chastel de Tronquédec » (22 nov. 1406). Rolland III dut entreprendre dès cette époque la reconstruction du château qui dura sans doute plusieurs années, et donf le plan comprenait une seule enceinte avec forte tour d'angle commandant le plateau et donjon extérieur à la pointe de l'éperon. Contrairement à l'opinion de M. de La Borderie, l'oeuvre de Rolland III ne nous est pas parvenue entière, le front ouest, comme je le prouverai, ayant fait place vers 1474, sous.le vicomte Jean II, au beau corps de logis qui borde aujourd'hui la vallée du Léguer. Ollivier el Rolland IV relient, Rolland III à ce second constructeur du château actuel, Jean II, qui profita de la trêve consécutive à la coalition féodale de 1472, pour mettre les défenses en état de répondre aux progrès de l'artillerie et le palais seigneurial au goût du jour. Par tout le duché, en ces temps relativement paisibles, les ingénieurs militaires donnaient l'exemple : à Josselin, Quinlin, Montauban, au Tiercent, à Ancenis, Kerouzéré (1458-59), à Malestroit (1453), à Rieux, Dinan, Clisson (1459) el ailleurs, à Nantes même, où Jean, membre du Conseil et chambellan du duc avait pu voir s'élever le célèbre « Grand Logis» (1465). Plus récemment encore, il avait reçu mandement d'examiner les réparations notoires à faire à la ville de Dol (1472). A son tour, il demanda el obtint, le 19 novembre 1473, l'octroi « d'un debvoir de billot au XXe sur les vins et autres bevaiges vendus et détaillez en la chatellenie et seigneurie de Toncquedec jusques au temps de trois anscommançant au Ier jour de janvier prochain venant pour en estre les deniers emploiez à la fortification et emparement de ladite place de Toncquedec et non ailleurs. » C'est alors, sans doute, qu'il fil construire, dans un bel appareil très caractéristique, sur le front occidental du château de Rolland III, le bâtiment d'habitation dont les larges baies s'ouvrent sur la vallée, avec la tour qui le termine au sud, el commencer une enceinte extérieure, basse, flanquée de tours, bordée de fossés, et destinée au tir rasant de l'artillerie. Mais cette enceinte, élevée seulement sur une fraction de son périmètre et la moitié de sa hauteur, ne fut pas terminée, comme le prouve aujourd'hui l'absence de remplois dans les parties postérieures construites en blocage. Jean II, ayant perdu son fils Louis, fut le dernier vicomte de Tonquédec du nom de Coëtmen. Il mourut en 1496, et Gilette, sa fille, porta le château à Jean VI d'Acigné, riche seigneur que ses biens de Haute-Bretagne détournèrent de Tonquédec. Son petit-fils, Jean Vlll, finit par le vendre vers 1573.

 

 Extrait de  - Le château de Tonquedec : notices archéologiques 

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 18:00

 

 

 

 

 

 

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 12:54

Memoire de René, sire de Rieux prince de la Maison de Bretagne, marquis d'Ouessant, Présenté au Roy la Généalogie de íà Maison. 1710

 

La Maison de Rieux tire son origine des anciens Roys de Bretagne dont elle descend en ligne directe, par une suite non interrompue où sans aucun changement de nom. Cela se prouve par les mesmes preuves de Cordon-bleu dans lesquelles un des faits mis en preuve est que la Maison de Rieux vient de Herec Comte de Vannes, second fils d'Audran quatrième Roy de Bretagne, ce qui ayant esté reçû par Henry le Grand il plus de cent ans, ne doit plus faire de difficulté. il se prouve encore par un acte du mois de Septembre 1574. par lequel Henry III. du nom dit que ceux de cette Maison sont issus des premiers de Bretagne. Et encore par un autre acte du 18. Decembre 1487, par lequel le Duc François second reconnoist la proximité de lignage dont l'atteint son cousin de Rieux, les termes les expressions de cet acte sont remarquables font voir la distinction dont estoient Messieurs de Rieux.. Il se prouve aussi par les Historiens tant anciens que modernes d'Aubigné Mezeray Varillas &c. reconnoissent tous cette verité le pere Lobineau mesme quelque peu favorable qu'il soit à cette Maison n'a pas laissé d'establir deux faits qui ne lais.sent gueres lieu d'en douter. Le premier au commencement de son Histoire où il dit, que le Chasteau de Rieux estoit la demeure des premiers Roys de Bretagne d'où il suit naturellement que c'est un appanage donné leurs enfans qui en ont toujours depuis porte le nom. Le second la fin du neuviéme siécle temps auquel il fixe l'Epoque des grandes maisons où il asseure qu'en ce temps-la Messieurs de Rieux tenoient une assez grosse Cour, ce qui ne se dit gueres d'une Maison particuliere. Enfin cela se prouve par les Chroniques de leur Maison redigées il cent ans dont l'original est vénerable pour son antiquité en voicy un extrait.

 

Conan Meriadec

premier Roy de Bretagne.

 

 

Gradlon son frère second Roy mourut en 402

& fut enterré à Landevenec.

 

Salomon fut le troisième Roy

il mourut en 412.

 

Audran, quatrième

Roy mourut en 422.

iì eût trois Fils-

 

1° Budic   qui conlinua la branche Royale.

 

2°  Herec Comte de Vanne, second Fils d'Audran, mourut en 446 & eut deux fils  

 

3°  Guicquel, troisième Fils d'Audran, fit la branche de Monfort suivant la Chronique.

 

Enfans de Herec Comte de Vanne

 

Cadval l'aisnè, Comte de Vannes -

 

 

I

 

Salomon second Fils de Herec, prit le nom de Rieux son appanage, il mourut en 491. Il épousa Clotilde fille de Loch de Londres

 

II

 

Audran son fils, mourut en 519.Il épousa Alix de Leon

 

III

 

Raoul de Rieux mourut en 546. Il épousa Agnes, sœur de Conobert, Comtes de Nantes

 

IV

 

Exnoc de Rieux mourut en 564. Il épousa Bérengère de Treguier

 

V

 

Raoul II. de Rieux mourut en 598. Il épousa Messandre, sœur de Guerec, Comte de Vannes

 

VI

 

Amauri de Rieux mourut en 616. & fut enterré à Rieux. Il épousa Berthe de Cornouaille

VII

 

Jourdain de Rieux mourut en 611. Il épousa Anonine fille de Judicaèl, Prince de la Grande Bretagne.

 

VIII

 

Fabien de Rieux mourut en 651. Il épousa Judic nièce du Roy de la Grande Bretagne.

 

IX

 

Eustache de Rieux mourut en 671. Il épousa Clotiíde d'Anjou tante de Foulques le bon Duc d'Anjou.

 

X

 

Juhel de Rieux mourut à Rieux le 9. Janvier 695. Il épousa Alix d'Est

 

XI

 

Hervé de Rieux mourut en 717. Il épousa Marguerite de Chartres.

 

 

XII

 

Eustache II. de Rieux .mourut en 745. Il épousa Judic de Lusignan.

 

XIII

 

Amauri II. de Rieux mourut en 765. Il épousa Jeanne, nièce du Comte de Boulogne

 

XIV

 

Salomon II de Rieux mourut à la bataille de Roncevaux en 812. Epouse méconnue

 

XV

 

Hugues de Rieux mourut en 841. Il épousa Avoise, fille d'Alienor soeur de Noëmene

 

XVI

 

Hector de Rieux mourut en 863. Il épousa Mathurine de Marthe

 

XVII

 

Hencard de Rieux fonda le Prieuré de Rieux, il mourut en 889. Il épousa Judic de Rostrenan.

 

XVIII

 

Raoul III. de Rieux, tué à la guerre des Normans en 906. ll épousa la fille d'Alain, Comte de Dol.

 

XIX

 

Hugues II.de Rieux mourut en 911. ll épousa Peronelle du Maine.

 

XX

 

Hervé II. de Rieux mourut en 941. ll épousa Alienor, seconde fille du Comte de Toulouse

 

XXI

 

Hector II. de Rieux mourut en 965. ll épousa Judic d'Aquitaine.

 

XXII

 

Robert de Rieux mourut en 999. ll épousa Batilde de Saxe-Anjou.

 

XXIII

 

Jean de Rieux mourut en 1040. ll épousa Judic d'Ancenis.

 

XXIV

 

Alain de Rieux mourut en 1071. ll épousa Maurice de Touteville

 

XXV

 

Josselin de Rieux mourut en 1099. ll épousa Anselme de Frise

 

XXVI

 

Amauri llI. De Rieux mourut en.1112. ll épousa Avoise Fille d'Alain Cagnart, Comte de Cornouailles.

 

XXVII

 

Michel de Rieux mourut en 1145. ll épousa Berthe de Dol.

 

XXVIII

 

Eustache III. de Rieux. mourut en 1177. ll épousa Alienor de Montfort.

 

XXIX

 

Roland de Rieux mourut en 1205. ll épousa Marguerite de Luxembourg.

 

XXX

 

Alain II. de Rieux mourut en 1125. ll épousa Berthe de Leon.

 

XXXI

 

Gilles de Rieux mourut en 1255. ll épousa Marguerite d'Amboise.

 

XXXII

 

Raoul IV. de Rieux mourut en 1296. ll épousa Nicole le Boeuf de Chasteaubriant.

 

XXXIII

 

Guillaume de Rieux fonda les Cordeliers de Nantes & mourut en Espagne en 1310. ll épousa Louise de Machecou.

 

 

XXXIV

 

Jean II. de Rieux fonda la Trinité de Rieux, il mourut à la bataille d'Auray en 1364. ll épousa Isabeau de Clisson soeur du Connestable. ;

 

XXXV

 

Jean III. de Rieux mourut en 1417. ll épousa Jeanne de Rochefort.

 

XXXVI

 

Jean IV. de Rieux fonda les Cordeliers d'Ancenis, & mourut en 1431. ll épousa Jeanne d'Harcourt

 

XXXVII

 

François de Rieux mourut en 1458.  ll épousa Jeanne de Rohan

 

XXXVIII

 

Jean VI. de Rieux.  ll épousa Isabeau de Bretagne. (trois enfants)

 

1° Claude de Rieux

 

2° François de Rieux-Asserac

 

3° Jean VII de Rieux mort en 1562

 

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 04:13

 

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 18:51

La seigneurie de Rieux, et ses potiers.

 

Les trois belles seigneuries de Rieux, de Rochefort et de l'Argoet, qui ont été assez souvent possédées par les mêmes maîtres et qui se touchent entre elles, comprennent ensemble une large bande de pays courant de l'Est à l'Ouest, depuis la Vilaine jusqu'à la rivière d' Aurai; au Nord, les rivières d'Evel, de Glaie et d'Oust, en forment la limite naturelle, tes seigneuries de Rohan, de Porhoet et de Malestroit la limite féodale; au Sud, pas de limites naturelles, puisque la frontière méridionale de cette large bande se tient toujours assez éloignée de la mer, sauf à l'angle Sud-Ouest, qui s'en va baigner dans le Morbihan vers Baden et Aradon ; pour limite féodale le domaine royal ou ducal de Vannes-Musillac. Du territoire que l'on vient de décrire, l'Argoel occupait l'Ouest, Rochefort le centre et Rieux l'Est. Je parlerai d'abord de Rieux. Rieux (dans les titres anciens Reus et quelquefois Rex est l'un des plus anciens châteaux et des plus vieux fiefs de notre province. La première mention que je me souvienne en avoir vue est dans un titre du cartulaire de Redon, de l'an 861 ou 862, imprimé par D. Morice, Preuves 1, 30 t. Alain-le-Grand, comte de Vannes et ensuite roi de Bretagne de 879 à 907, résida fréquemment au château de Rieux. Après avoir délivré son peuple des incursions normandes et de la guerre civile, ce glorieux père de la patrie, comme l'appellent les chartes de Redon, aimait à venir s'y reposer de ses vaillantes luttes. Il y était dans les premiers jours de novembre 888 . quand on lui annonça tout-à-coup que son fils Guéroch, subitement frappé de maladie, se mourait dans la maison d'un Breton appelé Linworeth, au village de Bren-Hermelin, paroisse d'Allaire. Le pauvre père vole aussitôt près de son fils. Il y trouve Foucheri (Fulchericus), abbé de Redon, qui s'était empressé de porter au jeune prince tous les soulagements en son pouvoir. Alain supplie l'abbé de prier pour son fils, et afin de fléchir le courroux de Dieu, il donne aussitôt à Saint-Sauveur les deux paroisses de Marsac et de Macerac. On était alors au milieu de la nuit: l'abbé, néanmoins, revient de suite à Redon, et rassemble la communauté dans l'église, où tous les moines, prosternés la face contre terre, adressent au Seigneur de ferventes supplications pour la vie de Guéroch ; les cloches sonnent en même temps à toute volée pour annoncer cette prière solennelle et inviter le peuple à s'y joindre. La paroisse d'Allaire n'est pas loin de Redon, et le son des cloches, au milieu du silence de la nuit, parvient sans peine aux oreilles des gardiens placés près du lit de Guéroch ; au même instant ils voient une sueur abondante baigner le corps du malade, qui, rappelé des portes de la mort par cette crise salutaire, est bientôt rendu à la santé et aux embrassements de son père (Cartul. Redon. ap. D. Morice, Preuves I, 331 et 332). Ogée (l'ancien), à l'article Rieux, a trouvé moyen de travestir cette simple et pieuse histoire, pour avoir l'occasion de se moquer philosophiquement des faux miracles. Selon lui, en effet , «l'ancien cartulaire de l'abbaye de Redon dit que le fils aîné d'Alain étant à l'extrémité, le père se rendit avec toute sa cour à Saint-Sauveur de Redon pour y faire sa prière devant le grand crucifix ; que, pendant qu'il en était occupé, toutes les cloches de l'abbaye se prirent à sonner d'elles-mêmes , et que, s'en retournant à Rieux, il trouva des gens qui venaient lui annoncer la parfaite guérison de ce cher fils. La démarche peut être vraie (conclut Ogée) ; elle est même naturelle ; mais on désirerait savoir quels bras invisibles pouvaient être soupçonnés d'avoir mis les cloches en braule. » Curiosité fort légitime assurément dans un philosophe, s'il n'était certain que le cartulaire de Redon ne renferme point, sauf la maladie de Guéroch, une seule des circonstances qu'Ogée affirme avec tant d'assurance en avoir extraites. On regrette que le nouvel éditeur du Dictionnaire de Bretagne n'ait point relevé la licence que prend ici son auteur. Après la mort d'Alain-le-Grand en 907, il y a lieu de croire que le château de Rieux, avec une partie du comté de Vannes, forma le partage de l'un des fils de ce roi. Ce n'est toutefois ici qu'une conjecture; et pour rencontrer avec certitude des seigneurs particuliers de la terre de Rieux, il nous faut encore attendre une centaine d'années. Voici ceux que j'ai trouvés dans les actes authentiques du XIe siècle :

 

Rouaud Ier et son fils Alain , en 1021 (D. Morice , Preuves I, 362). Ogée a d'autant plus tort de l'appeler Raoul, que le nom de Rouaud (Rodaldus ou Rudalt) a une physionomie très-bretonne, tandis que celui de Raoul (Radulfas ou Rodulfas) est tout germain.

Alain Ier, fils de Rouaud Ier, en 1026, 1027 ou 1037, et dans un acte sans date qui doit être de 1050. (D. Mor., Ibid., 357, 3C2, 364, 384.)

Durei de Rieux, probablement frère puiné d'Alain Ier, en 1026. (Ibid., 357.) Rouaud II, (fils d'Alain Ier, dans un acte sans date, probablement postérieur de quelques années à 1050. (Ibid., 404.)

Auffroid, fils d'Alain Ier, apparemment frère puiné de Rouaud II, en 1065. (Ibid,, 409.)

Goscelin, probablement fils d'Auffroi ou de Rouaud II, en 1089. (Ibid., 466.)

Guethenoc, surnommé Mauvoisin, probablement fils de Goscelin, en 1112 et 1127. (Ibid., 526, 527, 557.) Etc.

 

Les archives de la Chambre des Comptes de Nantes ont conservé plusieurs aveux de la seigneurie de Rieux, entre autres, des années 1532 et 1542, et un compte des revenus de cette même seigneurie tombée en rachat l'an 1430. Il faut y joindre les aveux de la terre de Fégréac membre de Rieux, mais qui relevait de la juridiction de Nantes, au lieu que le reste de la seigneurie dépendait de celle de Ploërmel. Par ces documents, l'on voit que la seigneurie de Rieux, qui porta le litre de comté dans les derniers temps, comprenait les paroisses suivantes, savoir : sur la rive gauche de la Vilaine, Fégréac et une bonne partie d'Avessac, qui composaient la terre ou seigneurie de Fégréac ; et sur la rive droite du fleuve, Rieux et St Jean des Marais, sa trève, Dégarnie, Allaire et Saint-Gorgon sa trève, Saint- Jacut, St Vincent-sur-Oust et St Perreux sa trève, Peillac, Glénac, Les Fougerets, St Martin-sur-Oust, St Gravé; la seigneurie de Rieux partageait avec celle de Malestroit les paroisses de Pleucadeuc ct de St Congar, et elle avait enfin quelques petites pièces en Malensac, qui cependant dépendait presque entièrement de la seigneurie de Rochefort. Le comté de Rieux, à cause de son étendue, avait été partagé entre trois sièges de juridiction, savoir : Rieux à Rieux, Rieux à Peillac, et enfin Fégréac, qui fut supprime dans la seconde moitié du siècle dernier, peu de temps avant l'époque où Ogée publia son Dictionnaire. L'une des curiosités historiques de la seigneurie de Rieux, ce sont ses potiers, dont je crois cependant que personne n'a encore parlé. Il existe dans la paroisse de Rieux , ou plutôt, si je ne me trompe, dans la trève de Saint-Jean-des-Marais, qui est aujourd'hui succursale, un village considérable appelé la Poterie, à cause du métier qu'exercent de temps immémorial tous ses habitants. Ce village de potiers formait, avant 1789, une sorte de corporation industrielle, soumise à des règlements spéciaux, et ayant vis-à-vis du sire de Rieux, dont elle dépendait, des droits et des devoirs particuliers. Tous les habitants dudit village, usant du métier de poterie, rendaient en commun à leur seigneur un aveu où ces droits, devoirs et règlements, étaient décrits. J'ai trouvé, il y a quelques années, chez un relieur de Redon, un de ces aveux qui est de l'an 1701 ; je me bornerai à le résumer. Tous les potiers devaient en commun au seigneur, au jour de la mi-carême, une livre de poivre et une rente de dix sous, appelée garde. En outre chaque mariage, c'est-à-dire chaque ménage où il y avait mari et femme, devait annuellement seize sous et deux pots de rente, plus deux journées d'août ou de corvée, l'une à faner et l'autre à battre blé; chaque veuf, veuve, ou fille tenant ménage séparé, devait par an huit sous, un pot et une journée d'août. Les rentes se payaient le 2 mai, devant la chapelle, Saint- Jacques, qui était celle du village de la Poterie. En considération de ces devoirs, lesdits potiers avaient seuls droit «de tirer des lizes et sablons propres à faire pots aux environs du lieu de la Potterie,» et semblable droit sur les terres et domaines dépendant du château du Plessix, qui appartenait au sire de Rieux. Toutefois, l'industrie des potiers de Rieux était soumise à certaines entraves ayant pour but, ce semble, de remédier aux abus de ce que l'on nomme aujourd'hui la concurrence illimitée. Il y avait interdiction absolue de fabriquer des pots depuis le 10 décembre de chaque année jusqu'au 1er mars suivant. Dans les neuf autres mois où la fabrication était permise, chaque ménage ne pouvait faire, au plus, que trois douzaines et demie de pots par jour, et en sus de ce nombre, trois pots par enfant, tant que les enfants n'étaient pas capables de travailler eux-mêmes; ce moment venu, chaque enfant ne pouvait faire par jour qu'une douzaine de pots. Pour veiller au maintien de ces prescriptions, le seigneur ou ses officiers désignaient chaque année, parmi les potiers, six anciens, dont quatre compteur» et deux revoyeurs ou contrôleurs, qui entraient dans chaque maison compter les pots et dénonçaient les contraventions, dont chacune entraînait une amende de 60 sous 1 denier, applicable, tiers par tiers, an seigneur, aux compteurs et revoyeurs, et à l'entretien de la chapelle Saint-Jacques. La Poterie, en effet, n'était ni trève ni paroisse; mais elle possédait une chapelle desservie par nn chapelain particulier, et entretenue à frais communs par les habitants. Cette chapelle, outre son chapelain, avait son abbé, qui n'était autre que l'un des potiers, choisi par ses confrères à chaque fête de Noël, pour exercer pendant un an la charge d'abbé, en vertu de laquelle il était it obligé de nettoyer ladite chapelle, y apporter de l'eau de temps en temps pour faire de l'eau bénite, et, lorsqu'il sera décédé quelqu'un desdits usants du droit de potterie, de sonner la cloche pour avertir d'aller à l'enterrement. Le tout à peine d'une amende de 60 s. 1 d. par chaque défaut, applicable comme ci-dessus. La chapelle était le coeur du village; c'était là que les potiers payaient leurs rentes le 3 mai, là qu'ils s'assemblaient en corps pour rendre l'aveu général à chaque mutation de seigneur, là enfin, que les compteurs et revoyeurs rendaient compte chaque année des amendes qu'ils avaient levées pendant la durée de leur charge. N'était pas d'ailleurs admis qui voulait à user du droit de poterie et à jouir des bénéfices de cette rustique corporation industrielle. Chacun des seigneurs de Rieux ne pouvait établir, durant toute sa vie, qu'un seul nouveau potier. Hors ce cas exceptionnel, quand un étranger désirait user du droit de poterie, l'agrément du sire de Rieux ne suffisait point, car le postulant devait être reçu, dit l'aveu de 1701, « du consentement de mondit seigneur et du general (c'est-à-dire de la généralité) des dits habitans, et non autrement. » Si le candidat était admis, il payait un denier d'entrée de 90 livres, dont un tiers pour l'entretien de la chapelle, un tiers au seigneur et le dernier tiers « au general des habitans. » A quelle époque remontent ces curieux usages? Je l'ignore. Ils existaient, je pense, dès le XVe siècle, car j'ai mis un acte de ce temps où il est déjà question de la livre de poivre et des dix sous de garde dus en commun au seigneur par tous les habitants de la Poterie.

 

Arthur de la Borderie

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 18:03

 

 

 

Ruines du château de Rieux

(cliché édition Le Flohic)

 

Rieux étoit une ville considérable autrefois, & par ses fortifications, & par l’avantage de sa situation, avec un château très-ſort qui dominoit sur la Vilaine. ll n’y a plus. qu’un des fauxbourgs qui porte le nom de ville : la charrue pisse main tenant sur les anciens murs. Il y avoit un pont de bois sur la riviere, qui apparemment se rompoit pour le passage des navires. On tient que des frégates de trente pieces de canons pouvoient monter jusqu’à Rieux, qui avoit un autre ſauxbourg au bout du pont, dans la Paroisse de Fégréac ; ſauxbourg dont on apperçoit encore des vestiges & du tuilage des maisons. Dom Maurice a donné une Géographie ancienne ou l’on voit que Rieux portoit un autre nom dans des temps plus reculés; nom plutôt celtique que latin, & que je ne me rappelle pas.

 

 

Jean IV de Rieux

 

Ce qui est certain, c’est que cette ville portoit son nom actuel dès le huitieme siecle. Je n’en parlerai ici que d’après des historiens dignes de foi, les titres originaux, 8: les cartulaires. En 1490, la Reine Anne, pour se.venger, selon toutes les apparences, du Maréchal de Rieux, ordonna de démolir les châteaux d’Elven, de Rochefort , d’Ancenis, & de Rieux, qui appartenoient à ce Seigneur, auquel elle accorda pour indemnité une somme de cent mille écus : il ne paroît pourtant pas que ces ordres aient été exécutés quant au château de Rieux, qui ne ſut commencé à démolir que du temps de la Ligue.

 

 

Sous le ministere du Cardinal de Richelieu, on commanda dix-sept Paroisses pour le faire sauter, mais tout cela n’aboutir qu’à faire tomber quelques pans de murailles dans les fossés, Où ils ſont encore, & à faire pencher le donjon, qui est resté dans la même attitude, sans qu’il s’en détache une seule piece. Il y avoit autrefois un port ou bassin sous le château, mais ce n’est, depuis bien du temps, que marécages & prairies. Une Vieille chronique imprimée, qu on lit à Redon, dit que le bateau que l’on conserve précieusement dans l’Eglise de Saint-Sauveur, se présenta, poussé par la marée, dans ce port, il y a environ dix siecles n’ayant pour nautonnier, que le Cruciſix, plus que de grandeur naturelle, & couvert d’une feuille d’argent, qui occupe le retable du maître-autel, mais que des lavandieres le repousserent avec leur battoir , & qu’ainsi renvoyé il monta jusqu’à Redon. Où les Religieux le reçurent : il avoit donné sa malédiction au port de Rieux; & dès-lors de pieux Anachoretes, qui ne meurent point & qui sont toujours mineurs sans l’être jamais, ont si bien tiré Parti de ce prétendu miracle, qu’ils ont attiré à Redon tous les navires & le commerce, & que le port de Rieux est devenu désert; -en quoi ils ont été bien secondés par la négligence des Seigneurs de Rieux, beaucoup plus occupés alors de guerre & du Gouvernement féodal que du bien-être de leurs vassaux.

 

Alain Rebré ou le Grand, fils de Pasquíten, Comte de Vannes, fut d’abord, à la mort de son pere, Comte de Vannes autrement Broherec, & Seigneur de Rieux, l’une des principales forteresses de ce Comté. Il fut élu Duc de Bretagne, par toute la nation après la mort de Judicaël, en 879 : son séjour ordinaire étoit le château de Rieux, qu’il avoit fait rebâtir vers l’an 870, & dans lequel il venoit se délasser de ses expéditions militaires. L’ancien cartulaire de l’Abbaye de Redon dit, que, le fils aîné de ce Prince étant à l’extrêmité, le pere se rendit, avec toute ſa Cour, à Saint-Sauveur, pour y faire sa priere devant le grand Crucifix dont je viens de parler ; que, pendant qu’il en étoit occupé, toutes les cloches de l’Abbaye ſe prirent à sonner d’elles-mêmes & que, s’en retournant à Rieux, il trouva des gens qui venoient lui annoncer la parfaite guérison de ce cher fils. Sa démarche peut être vraie, elle est même naturelle mais on desireroit sçavoir quels bras invisibles pouvoient être soupçonnés d’avoir mis les cloches en branle. J’ai ra porté cette anecdote d’une autre maniere, & avec des circonstances différentes à l’article Allaire. Les historiens ne s’accordent pas sur ce prétendu prodige. Alain chassa les Normands qui infectoient tout le pays, où ils s’étoient rendus redoutables par leurs cruautés, & les repoussa si vivement que, tant qu’il vécut, on n’en vit plus reparoître : il mourut l’an 907, & on s’apperçut bientôt que ce Prince n’étoit plus. Les Normands reparurent en si grand nombre & avec tant de fureur, qu’ils resterent les maîtres, avec d’autant plus de facilité , que de tous les Princes voisins, occupés eux-mêmes à s’en défendre, aucun ne put donner secours. La famille d’Alain ſur obligée, comme les autres, de céder au torrent des Barbares , de passer la mer, & de se réfugier dans la Grande-Bretagne ; elle y resta pendant tout le temps de ces désolations, qui durerent bien des années, & repassa enfin: mais nous ne voyons pas qu’aucun des fils d’Alain ait occupé le Trône du pere. Raoul I, l’un d’eux & peut-être l’aîné de tous, ſut Comte de Vannes & Seigneur de Rieux; Terre qui fit ensuite tout le patrimoine de sa famille. Il prenoit le titre de Prince, & le premier qui prit le nom de Rieux fut son fils, Raoul II, qui paroît, avec Alain, son fils, dans une charte de l’Abbaye de Redon, de 1021 : il avoit un autre fils, nommé Raoul, comme lui, qui paroît dans les actes de ce temps. Dom Lobineau & Dom Maurice après lui, font remarquer que, dès le dixieme siecle, les Seigneurs de Rieux paroissoient avec éclat a la Cour des Ducs, & qu’ils en tenaient une considérable chez eux. Guethenoc de Rieux comparut, en 1112, avec plusieurs Chevaliers de sa suite, feré cum omnibus suis militibus, à la donation que le Duc Conan lI fit à l’Abbaye de Redon , pour l’entretien d’Alain Fergent, son pere, qui s’y étoit retiré. Les Seigneurs de Rieux ont un droit de coutume sur les marchandises, bateaux, & barques qui montent & descendent la riviere de Vilaine. L’acquit de ces droits se faisoit anciennement vis-à-vis le château de Rieux, Où le bureau étoit établi; il se fait présentement à Redon, pour la commodité des marchands. Autrefois , vis-à-vis ce château, étoit un pont, auquel aboutissoit un chemin pavé qu’on apperçoit encore par intervalle : il conduisoit de Fégréac à Rieux. Il ne reste plus que des débris du pont, qui subsistoit encore l’an 1543. Les marchandises voiturées par terre, payoient, en passant dessus, un devoir ou coutume, dont les deniers étoient employés à son entretien. Quelques-uns prétendent que l’origine de ce droit est de 1281, & que les Seigneurs de Rieux ne se chargerent des réparations à faire à ce passage, que moyennant certaines redevances, qui leur furent accordées par le Duc Jean I. On trouve, dans les archives du château de Nantes, un acte du lundi d’après la Conversion de Saint Paul, qui dit que Geoffroi de Rieux avoit été en procès avec le Duc, à l’occasion du pont de Rieux, que Geoffroi ne vouloit point entretenir & qu’il avoit remis au Duc. Par le même acte il le rend à Guillaume, fils de Geoffroi, qui promet de s’oblige, sur tous ses biens, de le tenir en bon état; mais cette piece ne parle point des droits exigibles pour ce passage. Quoi qu’il en soit, en 1543 , ce pont ayant été détruit , on y substitua un bac, qui est encore affermé au profit des Seigneurs de Rieux. Le passage d’Auqueferre, sur la riviere d’Oust, dans le territoire de Rieux, fait partie de cette Seigneurie. Anciennement il avoit été afféagé aux habitans du village de son nom, sous l’obligation d’y entretenir des bateaux, & de payer au Sire de Rieux une rente annuelle de quatre deniers; rente dont ils rendirent des aveux aux années 1407 & 1504. Ce passage fut ainsi possédé par les habitants jusqu’à l’année 1542, qu’ils l’abandonnerent : il retourna donc à la disposition du Seigneur de Rieux, qui le donna, aux mêmes conditions, au Sieur du Plessis Limeur, qui en rendit incontinent aveu à la Seigneurie. Ses descendants le possederent jusqu’en 1670, que, la maison du Plessis ayant été vendue judiciairement, le Seigneur de Rieux retira le tout par droit de fief. En 1672, on proposa de construire un pont dans cet endroit: la pierre étoit déja taillée & les matériaux tous préparés pour l’exécution de l’entreprise, lorsque l’on sentit que cet établissement nuiroit à la navigation, & le projet fut abandonné. Ce passage est encore affermé à un particulier, qui, en conséquence de sa ferme, est obligé à une redevance dont l’acquit se fait .d’une maniere bizarre. La nuit de Noël, ce passager est obligé de se trouver à la Messe de minuit, dans l’Eglise de Saint-Sauveur de Redon, & il se place à l’entrée du choeur. Entre les deux élévations, les Diacres lui crient à haute voix, par trois fois : Passager d’Auquefèrre, payez le droit que vous devez au Seigneur. Le fermier obéit , & met sur l’autel quelques pieces de monnoie. Cette cérémonie, aussi ridicule qu’indécente, feroit croire que les Moines de Redon seroient les Seigneurs de ce passage. J’ai demandé à ce sujet des instructions que je n’ai pu obtenir. Roland de Rieux avoit amené des Religieux Trinitaires de la Terre-Sainte ſur la fin du douzieme siecle; ils furent entretenus dans le château, où ils firent l’Office pendant plus d’un siecle, & jusqu’en 1345. On voit même que, vers la fin du treizieme siecle, Anne de Rieux, fille de cette maison, morte en 1318, le 19 Avril, leur avoit déja donné des rentes & une Chapelle garnie, Capella munita. Le 16 Janvier 1345, Jean de Rieux, premier du nom, fonda & fit bâtir à, ses frais auprès de son château, l’Eglise & le Couvent de ces Religieux, & dota leur Monastere de terres, prairies, rentes, fournitures de poisson & bois, pour la subsistance de neuf Religieux, à la charge d’acquitter les prieres portées dans l’acte de fondation, de tenir de lui & de ses successeurs tous ces-biens, & de ne poursuivre, en premiere instance, ses vassaux, que par sa Cour. Sa seconde fondation, qui est un supplément à la premiere, fut faire par Jean de Rieux, fils du précédent, le 26 juin 1416: ce Seigneur ajouta de nombreux revenus aux anciens, aux mêmes conditions, & les Religieux se soumirent à lui obéir comme les vassaux sont remis de ſaire à l’égard de leur Seigneur, & même ils s’obligerent à lui présenter, chaque année, une paire de gants blancs, & à l’appeller aux assemblées pour l’élection des Ministres; assemblées dans lesquelles son suffrage vaudroit deux voix. Les Seigneurs de Rieux ont toujours joui de ce droit. Il y avoit jadis un ancien Prieuré de Bénédictins, au bout du ſauxbourg de Rieux: ce Prieuré n’existe plus (que pour le produit, l’Eglise ayant été abandonnée à la Paroisse. La Terre de Rieux a titre de Comté, & releve du Roi : elle s’étend dans les dioceses de Vannes & de Nantes; quinze Paroisses, la plupart très-grandes, en relevent, & cinq rivieres navigables la traversent. La Justice s’y rendoit dans trois Sieges, qui sont ; Rieux, Peillac , & Fégréac : ce dernier vient d'être réuni à celui de Rieux. Lobineau dit que Peillac portoit titre de Comté dès le dixieme siecle: ce qui le persuaderoit encore, c’est que deux Terres, qui en étoient dérivées très-anciennement par inféodations, ont toujours porté titre de Vicomté, & qu’elles le portent encore. J’ai fait quelques voyages dans ce pays, mais peu de séjour; je n’y ai rien remarqué plus ancien que le château de Rieux, si ce n’est le grand chemin qui doit être de construction romaine; il ressemble parfaitement aux autres ouvrages qui nous restent de ces conquérants. Je ne l’ai vu que dans la forêt de Rieux, & ne l’ai suivi qu’une demi-lieue de chemin n’ayant point eu d’occasion de le suivre, ni en avant, ni en arriere. On dit qu’'il partoit de Nantes, passoit le pont de Rieux, & aboutissoit à Vannes. Le vulgaire, pour qui tous ouvrages sont égaux, veut que ce soit la Reine Anne qui ait fait contruire celui-ci, pour voyager d’une de ces villes à l’autre, sans penser combien cette contruction étoit au dessus des forces d’une Souveraine de Bretagne. D’ailleurs, dans quel temps cette Princesse aurait-elle fait exécuter cette construction ? Auroit-ce été pendant une minorité orageuse, & troublée sans cesse par mille traverses & par des armées étrangeres ! car c’est l’unique temps qu’elle ait habité la province. Une autre raison contre cette idée, c’est que les annales & les archives de la nation auroient conservé le souvenir d’une consruction de cette nature, & il ne se trouve aucun monument qui en fasse mention. Avouons donc que c’est une erreur d’attribuer à la Reine Anne ces ouvrages, & les autres de la même espece qui se trouvent dans la province. Sur les bords dela Vilaine, du côté opposé & pour ainsi dire en face de la ville, est une butte de terre très-élevée; ouvrage des hommes plutôt que de la nature. On ne sçait à quel usage elle étoit destinée, mais il est à croire qu’elle est d’une grande antiquité. Les ténebres qui couvrent l’origine de la ville de Rieux, qui peut-être étoit une ville considérable des Celtes, rendent inutiles toutes les conjectures que l’on pourroit faire sur cette montagne. J’aurois desiré joindre ici la généalogie de la maison de Rieux, qui n’a point encore été imprimée exactement; mais, comme mes connoissances sur cette famille n’étoient point assez étendues, j’aurois craint de joindre des inexactitudes à celles qui se trouvent dans les historiens qui nous ont précédé : je me bornerai à dire qu’elle a l’avantage de tirer une origine de la maison souveraine de Bretagne; elle réunit la gloire d’être alliée à l’illustre maison de Bourbon, & d’avoir produit des Maréchaux de France &de Bretagne. Certainement il est peu de familles, dans l’Europe, qui puissent lui disputer pour l’ancienneté. Ses armes sont : contre-écartelé de Bretagne, sur le tout de gueules à deux faces d’or qui est Harcourt ; &, pour devise, a toute heure, Rieux. Outre la haute-Juſtice du Seigneur, on connoît encore dans le territoire de Rieux celles de Commenant, haute-Justice, à M. de la Bedoyere; de la Jouardais - Beaulieu, moyenne-Justice, & des Allaires, moyenne-Justice, à M. de la Houssais; & de la Tabariais, moyenne-Justice, à M. de Folval. En 1530, on voyoit dans cette Paroisse les maisons nobles des Grais, au Sieur de Carmenan : de Launay & de la Bourrelais, à Marie de la Bourrelais; (cette maison s’appelle aujourd’hui la Bousselais, & appartient à M.. de Forge : ) la Lande appartenoit au Sieur de Helfau; Guengo, au Sieur de Guengo; Limeur, au Sieur de Limeur; la Ricardais, à François de Chambalan; la Villeneuve, au Sieur du Plessis -Saint-Dolai ; la Terre, à Jean Gaberit; & Rohedas, à N.... de la Pommeraye.

 

 

Extrait du Dictionnaire Historique & Géographique de la Province de Bretagne par Jean Ogée 1780

 

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 06:07

Le chef-d'oeuvre

 

Un seul poème au monde a mérité sa gloire...

Un seul poème a valu d'être; un seul est beau :

C'est un petit enfant, tout nu, dans son berceau,

Fruit rose, mûrissant dans sa coupe d'ivoire !

Ce chef-d'oeuvre, plus vrai que tous, je l'aurai fait.

Son petit chant aigu de roue et de crécelle,

Qui tient de la grenouille et de la tourterelle,

J'en ai signé la strophe tendre avec mon lait.

Laisse-moi t'écouter, t'admirer, te redire,

Toi, seul hymne parfait, et seul vers sans défaut,

Toi, ma page de chair, toute vierge de mots,

Et qui n'as pour parole, encor, que le sourire !

Ecrit avec mes jours de détresse ou de foi,

Ecrit avec toute ma puissance de vivre,

Livre de Poésie, unique entre les livres,

Je voudrais tant n'avoir jamais écrit que toi !..

 

Marie Paule Salonne

1902-1947

 

 

 

 

Ici avec sa mère

( édition Le Flohic)

 

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 20:37

 

 

Mélaouache Fanch ! 
Si tu cherches un peu de gaieté 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si aux exams tu t'es planté 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si t'as quelque chose à  fêter 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Y a du chouchen à  volonté 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si t'as rien trouvé pour squatter 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si ton mec vient de te plaquer 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si du Bouguen tu veux te jeter 

 

Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si pour le mélo y a plus d'entrées 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si t'en a marre de galérer 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si dans le bus tu t'es fait choper 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si dans le bus tu t'es fait pécho 
Deus da Lambé d'ober un dro 
Si t'as de la beuh à  partager 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Et si t'aimes bien la marche à  pied 
Viens donc faire un tour à  Lambé

 

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