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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 18:31

Tethwiu n'était que simple clerc, quand Dieu lui fit la grâce de l'appeler à la retraité; mais il fut ordonné prêtre fort peu de temps après. II s'occupait uniquement de plaire à Dieu et de le louer. Il fut inquiété de plusieurs tentations , dont il trouva le remède dans la prière, et dans une abstinence si rigoureuse, qu'elle faisait l'admiration de la communauté, qui s'étonnait qu'il pût vivre avec aussi peu de nourriture. Quelques-uns pensaient même qu'il poussait trop loin ses austérités. Un homme riche, nommé Ronwallon, avait donné à la communauté sa maison, qui était construite en grandes pièces de bois, pour servir au bâtiment du monastère, Convoïon envoya Tethwiu pour enlever ces matériaux et les faire conduire à l'abbaye. Tout était chargé sur des charrettes attelées de boeufs ; et, comme on approchait du monastère, une des charrettes roula avec tant d'impétuosité à la descente d'une montagne voisine, qu'un serviteur de la maison, nommé Joucom, en eut le corps tout meurtri, les bras cassés et les cuisses rompues. Ce que voyant, l'homme de Dieu ne pouvait s'attendre à autre chose qu'à la mort de son valet. II se mit néanmoins en prière ; et l'effet en fut si prompt, que le domestique se leva dans l'instant, sans mal ni douleur., et, continuant de guider l'attelage, arriva sain et sauf au monastère. La douceur et la patience du saint homme furent mises a une longue et rude épreuve; car, après avoir vécu pendant assez longtemps en bonne santé, il devint muet et paralytique, et le fut cinq ans entiers. II mourut enfin, le 5 janvier ; et l'un de ceux qui portaient son corps au tombeau nous assure, dans son histoire, qu'il en sortait une odeur si agréable, qu'il semblait qu'on eût entassé dans le cercueil tous les parfums les plus délicieux Outre ces miracles, par lesquels Dieu voulut faire voir la sainteté de chacun des religieux dont nous avons parlé, il y en eut d'autres qui furent opérés, pour ainsi dire, par l'intercession de»la communauté toute entière. Ainsi on rapporte que, dans le temps où, par suite de l'accroissement considérable du nombre des religieux, il était devenu nécessaire de construire un plus vaste dortoir, un jour qu'un grand nombre de moines et d'ouvriers étaient réunis dans le nouvel édifice, occupés à y placer le plancher et la charpente, les pièces d'appui manquèrent, et toutes les poutres et chevrons tombèrent à l'intérieur avec un fracas épouvantable. Chacun, étourdi par ce bruit terrible, croyait que tous les autres avaient péri; mais par une protection toute spéciale du Seigneur, personne ne reçut aucune blessure, et tous se retirèrent sans dommage de cette périlleuse rencontre. Il arriva une autre fois qu'un vassal de l'abbaye, qui était honnête homme et cultivait fort bien sa terre, s'étant rendu aux champs avec sa charrue et ses boeufs, fut saisi tout à coup d'une paralysie qui lui enleva tout à la fois l'usage de ses membres par quelques signes et par des sons inarticulés, qu'il voulait être porté dans l'église de l'abbaye. On le plaça donc sur un brancard, et on le porta au monastère. Les moines, apprenant ce qui était arrivé, s'empressèrent de prier pour lui ; et la nuit suivante, selon son désir, on le plaça dans la basilique du Sauveur, dans cette illustre basilique où, dit le chroniqueur ancien, se sont accomplies tant.de merveilles, comme nous l'ont rapporté ceux qui en ont été les témoins. Or, comme déjà l'aurore commençait à paraître, et que les moines, chantant les Laudes, louaient Dieu comme d'une seule voix, quand on fut arrivé au Psaume qui commence par ces mots : Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo; au moment où le choeur entonnait ce verset, le paralytique se sentit guéri subitement. U courut d'un pas rapide vers le saint autel, se servant pour louer Dieu, de sa langue dont l'usage venait de lui être rendu. II quitta le nom qu'il portait auparavant, et en prit un autre qui rappelait le souvenir de sa délivrance par les prières des moines ; puis, accompagné de tous les religieux, il alla au lieu où l'on conservait les saintes reliques, et les toucha de ses mains, en signe de la consécration spéciale qu'il voulait faire de l'ayant porté à se lier par voeu au service de l'abbaye, il ne cessa plus de demeurer avec les religieux jusqu'au temps où le Seigneur l'appela à lui. Les bornes de cette Histoire ne nous permettent pas de citer aucun des miracles opérés par les reliques des saints Marcellin et Apothème, dont le récit touchant forme le troisième livre de la vieille chronique latine de Redon. Déjà peut-être on trouvera que nous nous sommes longuement arrêté sur les détails de la vie de nos premiers Saints; mais nous avons pensé que la pieuse curiosité du lecteur accueillerait volontiers ces antiques légendes. Nous nous empressons de terminer la vie de saint Convoïon en racontant les malheurs qui, dans ses derniers jours, vinrent fondre sur sa chère abbaye. Les invasions des Normands commençaient vers cette époque, et les côtes de la Bretagne eurent tout d'abord à souffrir de la rage de ces barbares. Ils se présentèrent une première fois à l'embouchure de la Loire en 854, sous le règne d'Érispoé, fils et successeur de Nominoé. Cette première fois, l'abbaye fut préservée des insultes des Barbares du Nord par une marque visible de la protection divine. En effet, les Normands, ayant été repoussés des environs de Nantes par l'armée d'Érispoé, se rembarquèrent, et, remontant la Vilaine tandis qu'on les croyait bien loin en pleine mer, ils se présentèrent tout à coup en vue de Redon. Us descendirent et campèrent à deux milles environ de l'abbaye. Les moines, apercevant de loin cette nuée de barques guerrières, supplièrent la Majesté divine de préserver le lieu saint des outrages des païens et de l'incendie qu'ils allumaient partout sur leur passage. Un des prêtres du monastère, nommé Hinconan, célèbre par ses vertus, ne craignit, point de s'écrier, dans la sainte hardiesse de sa foi « C'est maintenant, ô Sauveur du monde, que nous allons voir comment vous saurez préserver des Barbares le lieu qui vous est consacré. Montrez à cette heure votre puissance, et notre salut est certain. » A peine avait-il fini de parler, qu'un orage terrible se forme aussitôt. Le ciel se couvre de ténèbres épaisses; les éclairs sillonnent la nue ; la foudre éclate de toutes parts, et les Normands effrayés reconnaissent les marques de la colère du Seigneur. Ils épargnent le monastère, et, b'.en loin de le livrer au pillage, ils y envoient des offrandes et font allumer des cierges sur tous les autels, après avoir placé des gardes à la porte pour empêcher toute profanation. II est vrai qu'ils se vengèrent sur les cantons voisins qui entouraient les domaines de l'abbaye. Ils y commirent mille excès, et parvinrent à faire prisonniers le comte de Vannes, Pascweten, et l'évêque intrus de la même ville, nommé Courantgen. Plusieurs des habitants du pays échappèrent à la captivité en se retirant dans le monastère de Redon, qui fut pour eux comme un asile inviolable. Les religieux, peu touchés sans doute du malheur d'un évêque qu'ils regardaient comme usurpateur de son siège, ne firent rien pour sa délivrance ; mais ils traitèrent avec les Normands pour la rançon du comte, et lui procurèrent la liberté au prix d'un calice d'or avec sa patène de même métal. Après la mort d'Érispoé, les Normands, continuant leurs courses, attaquèrent encore plusieurs fois l'abbaye de Redon, ce qui obligea saint Convoïon d'avoir recours à Salomon, cousin et successeur d'Érispoé, pour lui demander un lieu de refuge. Le roi, cédant à ses prières, prit la résolution de bâtir un nouveau monastère, auprès de Piélan, dans un lieu nommé depuis Maxent, parce qu'on y transféra, sous le règne de Salomon, les reliques Poitiers. Ce fut dans cette nouvelle maison que saint Convoïon se retira avec ses frères, tandis que l'abbaye de Redon subissait une ruine qui devait durer jusqu'après la mort de son fondateur. Lors donc que, par un secret jugement de Dieu, le vénérable monastère qui avait brillé jusque-là avec tant de gloire, enrichi somptueusement par les rois et les plus magnifiques seigneurs, eut été ravagé et détruit, Convoïon, cherchant la solitude et non la foule, se retira à Plélan avec ses frères, macérant son corps jusqu'à la fin par les veilles et les jeûnes, pleurant sans cesse la défaite des chrétiens et les désastres de sa patrie, à l'exemple de Jérémie dans ses Lamentations sur la ruine d'Israël. Après avoir passé plusieurs années dans cette douleur amère, il connut par révélation que son heure était arrivée, et mourut à l'âge de quatre-vingts ans, fut enterré avec une grande dévotion par l'évêque d'Alet (au diocèse duquel appartenait ce territoire), et placé auprès de saint Maixent, Abbé du pays de Poitiers, dont le corps avait été déposé dans la magnifique église construite par le roi Salomon. Les reliques de saint Convoïons furent rapportées à Redon par son successeur, l'abbé Ritcandus, et sa fête fut toujours célébrée solennellement dans l'église de l'abbaye, le 5 janvier de chaque année, depuis cette époque jusqu'à la Révolution française de 1789. Elle a été interrompue depuis ce temps ; mais on sait que Sa Grandeur Mgr Godefroy Saint-Marc, premier archevêque de Rennes, dans le diocèse duquel est maintenant comprise la ville de Redon, s'occupe activement de faire rétablir cette fête par l'autorité du Saint-Siège. Nous appelons de tous nos voeux le jour où les habitants de Redon pourront de nouveau rendre leurs hommages solennels au saint fondateur de la cité.

 

 

Cliché extrait de Wikipedia

 

Cette première partie consacrée à Conwion est extraite de  Histoire abrégée de la ville et de l'abbaye de Redon par un prêtre, ancien élève du collège Saint-Sauveur-Dom P. Jausions

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 13:20

II avait d'autant plus besoin d'un tel appui, que plusieurs des évêques de ses états, attachés à la France et au siège de Tours, dont ils reconnaissaient la suprématie, s'opposaient au vœu de la nation bretonne et aux projets de Nominoé. Le prince voulut se débarrasser de ces évêques, et trouva bon de leur imputer le crime de simonie, qui consiste en un odieux trafic des choses saintes. Sans doute ces évêques paraissent avoir été réellement simoniaques; il fut prouvé, par leur propre aveu, qu'ils avaient acheté leur siège à prix d'argent, abus trop fréquent à cette époque, et qu'ils exigeaient des présents de ceux à qui ils conféraient les ordres. Saint Convoïon, qui gémissait de ces abus et qui ne savait point s'en taire, les avait déjà dénoncés plusieurs fois à Nominoé, mais sans succès. II fut plus heureux lorsque les intérêts de la politique se trouvèrent à concorder avec ceux de la discipline. Nominoé rendit publique l'accusation portée contre ces évêques, et leur signifia qu'ils eussent à se disculper à Rome, où deux d'entre eux allèrent avec saint Convoïon, pour que la cause fût débattue contradictoirement. Nous ne rapporterons pas tous les détails du procès qui se jugea dans le consistoire de Latran ; disons seulement que le saint Abbé confondit publiquement les évêques simoniaques, et les obligea à confesser leur crime; mais qu'il implora tout aussitôt pour eux la clémence du Pontife; en sorte qu'après avoir été sévèrement avertis de changer de conduite à avenir, ils reçurent l'absolution pour eux et pour leurs confrères Le Souverain Pontife, qui était S.Léon IV, témoigna du reste une bienveillance insigne envers le roi de Bretagne et son envoyé. Comme le saint Abbé était chargé de lui demander des reliques, il lui donna le corps de saint Marcellin, Pape et Martyr, trentième successeur de saint Pierre, afin de satisfaire la piété de Nominoé. Puis, voulant donner à saint Convoïon une marque personnelle de son estime, il lui fit présent d'une chasuble dont il avait coutume de se servir lui-même pour la célébration du saint sacrifice. Le corps de saint Marcellin fut déposé dans l'église de l'abbaye, où beaucoup de miracles furent opérés par sa présence. Déjà une autre relique insigne reposait dans cette illustre église : c'était le corps de saint Apothème, évêque d'Angers, que saint Convoïon s'était procuré quelque temps auparavant. Cette translation est l'un des principaux exemples de la facilité avec laquelle on se permettait, au moyen âge, d'enlever par surprise les corps des Saints pour se les approprier, lorsqu'ils étaient devenus célèbres par leur vertu miraculeuse. C'est ce que firent en cette occasion saint Convoïon et ses moines ; désespérant d'obtenir du clergé d'Angers la cession volontaire de ce dépôt précieux, autour duquel se faisait un immense concours du peuple, ils parvinrent à l'enlever une nuit, et rapportèrent secrètement à Redon. On a coutume de dire que ces sortes d'enlèvements, assez fréquents à cette époque, ne peuvent s'expliquer que par une simplicité très grande de la part de ceux qui se les croyaient permis ; mais nous devons observer que, dans le cas présent, le Ciel favorisa clairement l'entreprise. Car, déjà auparavant, d'autres clercs étrangers avaient voulu enlever ces reliques, et toujours ils avaient été repoussés par une force surnaturelle. Au contraire, le saint Abbé et ses frères levèrent tout d'abord, sans difficulté et sans bruit, l'énorme dalle qui couvrait le sépulcre ils purent sortir ensuite de l'église avec leur précieux fardeau sans éveiller les soupçons des gardiens; ce qui peut passer à bon droit pour une marque certaine que Dieu avait sinon inspiré, du moins approuvé cette translation. Le monastère de Redon, enrichi de trésors si grands aux yeux de la foi, devint l'objet d'un concours immense de peuple, et sa renommée s'accrut de jour en jour. La pieuse vie des premiers moines ne contribuait pas moins que la présence des saintes reliques à rendre ce lieu vénérable et sacré. Convoïon et ses frères rivalisaient de vertus et de miracles; et leur premier historien, qui avait connu plusieurs d'entre eux, se plaît à rapporter à leur sujet une foule de traits édifiants. Nous en placerons ici quelques-uns, d'après la traduction abrégée de Dom Lobineau, dans ses Vies des Saints de Bretagne. « Un jour que le saint Abbé, assis à la porte du monastère, s'occupait de terminer les différends et de juger les causes que l'on venait de soumettre à son arbitrage, il se présenta devant lui un aveugle nommé Goislen, du pays de Poitiers', qui lui dit qu'après avoir vainement fait plusieurs pèlerinages pour recouvrer la vue, il avait été averti en songe de venir au monastère de Redon sur le bord de la Vilaine, où un homme de Dieu, nommé Convoïon, le guérirait. L'Abbé, après avoir longtemps gardé le silence, répondit enfin au pauvre aveugle : Taisez-vous, mon frère, taisez-vous; il ne nous appartient pas de rendre la vue à ceux qui l'ont perdue»

 

 

L'aveugle insista, et dit qu'il ne se retirerait pas avant que Dieu n'eût accompli la promesse qu'il lui avait faite. Le Saint dit à un religieux qui l'assistait alors : « Allez, menez cet homme à la maison des pauvres, et qu'il s'y repose aujourd'hui. » Étant entré ensuite dans l'église de Saint-Sauveur, il y fit rassembler tous les prêtres du monastère, et leur dit : « Hâtez-vous : prenez vos ornements, et offrez le sacrifice à l'Éternel de mon côté, je vais en faire autant.» Ils obéirent, et, quand le saint sacrifice fut achevé, il dit à celui qui a conservé ce fait de lui apporter une cuvette de cuivre où les prêtres lavaient leurs mains à la sortie de l'autel. Il y lava les siennes et les autres prêtres se lavèrent après lui. Quand tous eurent fini, il dit au même ministre ; « Portez cette eau à l'aveugle qui est au parvis du monastère; commandez-lui d'en laver ses yeux et sa face; et dites-lui : Qu'il te soit fait selon ta foi. Le ministre obéit, et l'aveugle n'eut pas plutôt lavé ses yeux et sa face, qu'il lui sortit du nez et des yeux une grande quantité de sang, dont il eut le visage tout baigné. Aussitôt, il recouvra la vue, et rendit grâces à Dieu d'un si grand bienfait. Ce fut ainsi que saint Convoïon fit partager l'honneur de ce miracle à tous les prêtres de son monastère, afin de pouvoir dire, pour satisfaire son humilité, que c'étaient eux, plutôt que lui, qui avaient opéré cette guérison surnaturelle.  Du reste, il leur rendait justice quand il les croyait assez agréables à Dieu pour en obtenir des effets au-dessus de la nature. Le prêtre Riowen était un homme d'une simplicité et d'une pureté de vie admirables. Un jour il sortit par obéissance, avec quelques autres religieux, pour aller faner au delà de la Vilaine. Ils passèrent la rivière dans une barque, et travaillèrent jusque vers midi. Le saint prêtre, brûlé du soleil aussi bien qu'eux, demeura au travail aussi longtemps que le soin qu'il avait d'óstrir tous les jours le saint sacrifice put le lui permettre, Enfin, ne pouvant plus différer, il leur, demanda permission, avec sa simplicité accoutumée, de s'en retourner pour célébrer les saints Mystères, leur promettant de revenir ensuite pour les aider de nouveau dans leur travail. « Allez, lui dirent ses compagnons, que le Seigneur soit avec vous, et intercédez pour nous auprès du Seigneur notre Dieu.» Après avoir ainsi pris congé d'eux, il marcha vers le bord de la rivière, pieusement absorbé par la pensée de la céleste action qu'il allait accomplir, en sorte que, ne trouvant plus le bateau, il se mit à le chercher de tous côtés. II croyait marcher sur la terre dans cette recherche, tant la fervente contemplation où il était plongé relevait au dessus des sens; mais il s'aperçut enfin qu'il avait marché sur les eaux, quand il se vit de l'autre côté de la rivière. Son humble simplicité ne luisît trouver, dans cette faveur singulière de Dieu, que des motifs de veiller de nouveau, avec encore plus de sévérité, sur ses actions, pour se conserver toujours agréable à Dieu. II vécut encore longtemps après, toujours occupé de cette attention vigilante; après quoi, attaqué de la fièvre, il passa au séjour de la béatitude le 14 août. Un autre prêtre du monastère, nommé Condeloc, ne punissait point, par son austère pénitence, les désordres de sa jeunesse, qui avait toujours été chaste et innocente. II était d'une simplicité aussi grande que Riowen, et ignorant ce que c'était que tromper, il croyait tout ce qu'on lui voulait dire. Les heureuses larmes de l'amour divin coulaient fréquemment de ses yeux ; et il ne se passait point de jour qu'il n'offrit à Dieu l'hostie sainte et sans tache. Saint Convoïon lui donna le soin du jardin, et Condeloc ne se contenta pas d'en diriger le travail : il y mettait la main lui-même, par esprit d'humilité. Un jour, voyant les légumes de son jardin dévorés par les chenilles, il fut attendri jusqu'aux larmes du dommage que recevaient ses confrères. II leva les yeux au ciel, et, après avoir prié Dieu, il se tourna vers les chenilles, et leur dit : « Méchants insectes, je n'ai point assez de monde pour vous ôter du jardin des serviteurs de Dieu ; mais je vous commande, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, de sortir d'ici tout à l'heure '. Dans l'instant, les vers pernicieux abandonnèrent entièrement le jardin. Le saint religieux se prosterna par terre, pour rendre grâces à Dieu, qui fait éclater sa puissance, quand il lui plaît, dans les plus petites choses comme dans les plus grandes. Condeloc vécut encore plusieurs années, dans une grande sainteté. Dieu lui fit la saveur de lui révéler le temps de sa mort : il l'apprit à ses confrères, et leur dit qu'il mourrait un dimanche, comme il était né un dimanche, avait été baptisé un dimanche, et avait reçu le sacerdoce un dimanche. II passa, en effet, à une meilleure vie un dimanche, le 6 novembre. Il y avait dans le monastère deux autres religieux, Conhoiarn et Fidweten, qui étaient liés par l'amitié la plus étroite, en sorte que, se portant aux bonnes oeuvres avec un même zèle, on les voyait toujours saintement unis pour faire le bien. Un jour qu'ils étaient allés à l'hôtellerie du monastère pour laver les pieds des pauvres et des pèlerins, ils trouvèrent là un pauvre paralytique, qui ne pouvait faire un seul pas. Ils se mirent à prier pour lui, et puis ensuite ils lui lavèrent les pieds. Aussitôt le paralytique fut guéri; mais les deux saints lui défendirent de raconter comment il avait recouvré sa santé première. Conhoiarn était d'une beauté angélique, doux, affable, joyeux, et tout rempli de la ferveur de la charité. Dès qu'il s'appliquait à la prière, des torrents de larmes s'échappaient de ses yeux, jusqu'à ce que, une nuit, il eut une vision, dans laquelle un Ange, sous la figure d'un jeune homme, lui dit : « J'ai été envoyé par Dieu pour te dire que, par tes larmes continuelles, tu as mérité une place dans le royaume éternel, et la rémission de tous tes péchés.» Peu après, l'homme de Dieu tomba malade de la fièvre; et, après avoir été éprouvé par une longue maladie, il rendit sa sainte âme à son Créateur. Maintenant il jouit de la gloire, au ciel, avec les Anges et les Bienheureux. En effet, le Seigneur tout-puissant a daigné révéler au monde, par le miracle suivant, le rang élevé qu'il s'est acquis par ses vertus. Un jeune homme du monastère,nommé Anoworet, était tellement infirme qu'on rappelait le malade de la maison. II avait une espèce d'hydropisie, et souffrait d'une soif intolérable. Un jour qu'il s'était rendu au puits, et cherchait à tirer de l'eau, il vit auprès du puits un homme vêtu d'une longue robe blanche, et tenant à la main une coupe d'or. En le voyant, le jeune homme trembla, mais le Saint lui adressant aussitôt la parole, lui demanda : « Sais-tu qui je suis? - Non, Seigneur, répondit le jeune homme; je pense que vous êtes un Ange de Dieu envoyé du ciel.» -Mais aussitôt le Saint ajouta : « Je suis le moine Conhoiarn, qui ai naguère quitté ce monde ; et maintenant je me réjouis au ciel, pour toujours, avec Dieu et ses Saints. Et afin que tu saches que c'est bien moi qui te parle, désormais tu seras guéri, et tu te porteras bien tout le reste de ta vie. Va donc, et annonce partout la saveur que t'accorde le Seigneur Jésus-Christ. Mais surtout, je te le recommande, sois toujours fidèle et dévoué à ce saint lieu. » A ces mots, il disparut tout à coup. Le jeune homme se trouva parfaitement guéri, et il raconta partout ce qui lui était arrivé. Ce prêtre Fidweten dont nous venons de parler à propos de Conhoiarn, était l'ancien compagnon de l'ermite Gerfroi. Quand celui-ci, après avoir établi la règle de saint Benoît dans l'abbaye de Redon, se fut retiré à son ancien monastère de Saint-Maur-sur-Loire, Fidweten, qui était resté seul dans l'ermitage de la forêt de Wenoc, résolut de quitter ce pays, où il était né, et de passer le reste de sa vie en pèlerinage alla trouver Nominoé pour lui en demander la permission. On sait combien à cette époque les souverains eux-mêmes, remplis de foi comme leurs peuples, honoraient les serviteurs de Dieu, et cherchaient à les retenir dans leurs domaines, sachant que les prières de ces hommes saints attiraient sur leur règne les bénédìctions du ciel. Les exemples sont trop nombreux pour qu'il soit nécessaire d'en citer ici ; mais cela nous explique pourquoi Fidweten ne crut pas pouvoir quitter la Bretagne sans demander la permission de Nominoé, qui, du reste, lui avait sans doute donné le lieu de son ermitage. Ce prince, qui connaissait tout le mérite de Fidweten, fut affligé de la résolution qu'il avait prise, et le pria de ne point sortir de Bretagne. II lui parla avantageusement de Convoïon et de son abbaye, et lui persuada enfin de s'y retirer. Le compagnon de Gerfroi ne pouvait manquer d'être bien reçu par Convoïon et par tousses frères. II les édifia par ses vertus,et surtout par l'austérité de son abstinence, ayant été instruit à bonne école sous ce rapport, pendant le temps de sa vie érémitique. Une sainte émulation porta la plupart des religieux à l'imiter, et à se perfectionner encore dans les vertus monastiques, il donnait à tous des conseils salutaires ; et sa douceur, jointe à sa sainteté, lui gagna tous les coeurs. Cependant il n'avait pas encore quitté le dessein de voyager : il en parlait quelquefois et se disposait à prendre congé de ses hôtes. Mais l'Abbé et tous les religieux lui firent de si pressantes instances, que, touché sensiblement de voir ce concours unanime de tant de volontés pour lui marquer une tendre affection, il résolut de demeurer avec eux le reste de sa vie, et de ne s'en séparer jamais ni de corps ni d'esprit. Étant un jour à l'office divin avec les frères, il vit le démon, sous la figure d'un enfant, assis aux pieds d'un religieux nommé Orbert. L'événement justifia sa vision : car, peu de temps après, cet insensé quitta le monastère et rentra dans le siècle pour y vivre dans le désordre. Mais Dieu lui fit la grâce de le rappeler à son devoir, et nous avons appris, dit l'auteur contemporain ,que ce .pauvre égaré vivait enfin religieusement dans un monastère de Pavie, pù il s'était retiré pour expier sa légèreté criminelle. Le même auteur nous assure avoir éprouvé en sa personne quel était auprès de Dieu le pouvoir de Fidweten. Étant encore jeune enfant dans le monastère, il ressentit une douleur de dents si violente, qu'il ne pouvait ni manger ni dormir ; sa tête et son visage enflés le rendaient méconnaissable. II courut à Fidweten, pour lui demander le secours de ses prières ; Fidweten ne fit que lui toucher les joues, et tout aussitôt la douleur cessa. - Après plusieurs années d'une vie très-sainte passée dans le monastère, Fidwetenattaqué d'un cancer, fut longtemps sur le lit; il ne cessait, au milieu des extrêmes douleurs qu'il endurait, de rendre grâces à Dieu de ce qu'il avait voulu le visiter. Ceux qui passaient auprès de sa cellule l'entendaient psalmodier jour et nuit les louanges divine. Enfin, le venin montant au coeur, avertit le saint homme que sa patience allait être couronnée. II appela ses frères, et, leur ayant dit le dernier adieu, il alla régner avec Jésus-Christ. C'était le 11 décembre.

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 12:06

« II manquoit une règle à cette nouvelle communauté, et voici comment Dieu y pourvut. II y avoit, aux extrémités du pays breton, dans la forêt appelée Wenoc par le disciple de saint Convoïon qui a écrit son histoire, et qui peut être la forêt de Nouée, entre la Chèze, Rohan et Josselin, un ermite nommé Gerfroi, qui, après avoir pratiqué les observances bénédictines de la vie cénobitique à Saint-Maur-sur-Loire en Anjou, s'étoit retiré en cette solitude, où, au rapport d'Odon, Abbé de Saint-Maur, dans son livre de l'Établissement de ce monastère, ce pieux ermite avoit passé vingt ans dans les rigueurs d'une sévère abstinence. L'Abbé Odon remarque, entre autres choses, que, pendant ce temps, il n'avoit bu d'aucune liqueur qui pût enivrer. Ce saint homme n'avoit pour toute compagnie en ce lieu et pour tout témoin de, sa vie angélique, qu'un autre solitaire nommé Fidweten. Gerfroi fut inspiré d'aller trouver un troupeau servent, mais encore incertain du genre de vie auquel il devoit se fixer. II abandonna son ermitage à Fidweten, et, ne sachant précisèment où Dieu l'appeloit, il prit le chemin à Vannes, et y fut reçu par Woreteu, prêtre et homme de considération dans la ville, qui lui apprit que c'étoit à Redon qu'il trouveroit la nouvelle communauté que Dieu l'avoit chargé d'instruire des maximes et des pratiques de la règle si fameuse par la prudence qui s'y fait remarquer, et qui étoit devenue alors la règle commune de tous les cénobites d'Occident. Le saint ermite partit dès le lendemain avec un guide pour le conduire; et Convoïon, averti de son arrivée, alla au-devant de lui avec toute sa communauté. Ces hommes, qui paroissoient déjà si avancés dans la vie spirituelle, n'eurent point de honte d'avouer qu'ils étoient encore novices et de se soumettre à la conduite de celui que Dieu leur envoyoit pour les instruire de la plus parfaite de toutes les règles. Gerfroi remplit tous les devoirs de sa mission ; et après avoir demeuré deux ans à Redon, il s'en retourna dans son monastère de Saint-Maur finir ses jours dans l'obéissance qu'il avoit enseignée aux autres. » C'est ainsi que la règle du glorieux Patriarche des moines d'Occident fut introduite dans l'abbaye de Redon presque dès l'origine. Car nous lisons dans la charte de Nominoé, donnée en 834, c'est à dire deux ans à peine après le commencement de la fondation, que les moines de Saint-Sauveur pratiquaient déjà la règle de saint Benoit. C'est grâce à ces institutions fortes et pleines de sagesse que le monastère de Redon put se développer heureusement et parvenir dès le principe à un si haut degré de splendeur. »

 

 

Néanmoins ce ne fut pas sans peine que les moines réussirent à s'établir, au milieu des traverses que leur suscitaient les seigneurs voisins. Nous ne pouvons rapporter ici toutes les vexations qu'ils eurent à subir, toutes les calomnies que l'on propagea contre eux, afin de leur faire perdre les bonnes grâces des princes qui les aimaient à cause de leurs vertus. Toute noble pensée doit lutter pour se faire jour au milieu des calculs égoïstes des hommes; et cela est vrai surtout, quand il s'agit de procurer la gloire de Dieu et l'exaltation de son Église. A peine Convoïon et ses frères avaient-ils commencé à s'établir, que déjà les prétentions rivales se manifestèrent. Le saint Abbé députa son prieur Louhemel vers Nominoé, pour conjurer l'orage, car c'était devant ce prince que les envieux devaient faire valoir leurs réclamations, « Louhemel, dit le chanoine Deric, trouva Nominoé dans un palais qu'on appelait Botnumel. » Voici la remontrance qu'il lui fit: « L'abbé Convoïon et ses religieux m'ont ordonné de me présenter devant vous; ils vous supplient de protéger et de défendre, pour l'amour et le salut de votre âme, le lieu désert qu'ils ont choisi dans le dessein d'y bâtir un monastère et d'y passer leur vie dans la prière. Mais quelques seigneurs du voisinage les troublent dans leur retraite ; s'ils en agissent ainsi, c'est qu'ils ne craignent ni Dieu ni les hommes. Qu'on ne s'imagine pas que la misère ou la privation des commodités du siècle aient rassemblé cette congrégation; c'est le désir de parvenir plus facilement à la patrie céleste qui en a lié les premiers noeuds. Le Seigneur a dit dans l'Évangile : Quiconque abandonnera pour mon nom son père, ou sa mère, ou ses enfants, ou ses biens, en sera récompensé au centuple, et aura pour héritage la vie éternelle. A peine ce religieux eut-il cessé de parler, qu'Illok, l'un des ennemis les plus ardents de cette communauté naissante, s'avance au milieu de rassemblée : « Prenez garde, dit-il au prince, d'ajouter foi à ce discours ; le lieu que ces séducteurs occupent occupent : c'est mou héritage. » Ce propos, qui rappelle à Nominoé qu'Illok n'était déchu de ce bénéfice que pour avoir manqué de fidélité à Louis le Débonnaire, l'irrite contre lui,« Dis-nous, répond-il avec indignation, dis-nous, ennemi de Dieu, vaut-il donc mieux que ce coin de terre, dont tu contestes la propriété, soit occupé par des brigands ou des impies, que par des ministres du Très-Haut et par des moines, c'est-à-dire par des gens de bien qui emploient tous les jours de leur vie à prier Dieu pour le salut de l'univers ? » Cette réponse sévère ferma la bouche au calomniateur. Mais alors, se voyant repoussés par la justice de Nominoé, les ennemis des moines osèrent bien en appeler à l'empereur lui-même, dont la religion fut d'abord surprise par leurs fausses allégations. Saint Convoïon dut se rendre jusqu'à trois fois auprès de Louis le Débonnaire, et ce ne fut qu'à la troisième fois qu'il put obtenir d'être maintenu en possession du terrain qui lui avait été concédé. Du reste, plusieurs miracles montrèrent de quel côté était le bon droit ; de sorte que les envieux, persuadés enfin de la sainteté des nouveaux cénobites, furent touchés et vaincus par ces marques évidentes de l'intervention céleste, ou effrayés par les châtiments terribles qui frappèrent soudainement quelques-uns des plus acharnés. Une quatrième fois, saint Convoïon se rendit auprès de l'empereur. C'était, selon Mabillon, à la fin de l'annéé 835, Voici quelle fut l'occasion de ce nouveau voyage « En ce temps-là, dit l'historien du monastère, les Francs voulurent de nouveau pénétrer en Bretagne et y commettre toutes leurs exactions accoutumées mais le vaillant Nominoé leur résistait de toutes ses forces et avec d'autant plus d'autorité que, l'empereur ayant reconnu la nécessité de donner aux Bretons un chef choisi parmi eux, c'était lui qui, outre les droits de sa noble naissance, possédait seul le pouvoir suprême en ce pays par délégation impériale. Voyant donc les marches bretonnes attaquées à chaque instant par une foule d'aventuriers français, que le faible Louis, trop souvent à la merci des enfants, ne pouvait retenir dans le devoir, il envoya une ambassade à Aix-la-Chapelle, pour savoir ce que signifiaient ces agressions étranges, et demander si c'était par l'ordre de l'empereur qu'on en agissait ainsi 9. Car il était, comme nous l'avons vu plus haut, trop sincèrement dévoué à Louis le Débonnaire, pour rejeter sur lui la faute de ces attaques inexplicables, tandis qu'il lui était resté fidèle au temps même de la révolte de ses propres fils. Ce fut à cette ambassade que saint Convoïon se joignit, afin d'obtenir une nouvelle sauvegarde pour son monastère, puisque les pillards qui venaient de France faisaient peu de cas des précédentes ordonnances de l'empereur. Louis le reçut avec bonté, confirma les premières faveurs qu'il lui avait octroyées, et y joignit la donation d'une partie considérable des territoires de Renac et de Brain . Après la mort de Louis le Débonnaire, Nominoé, délié du serment qu'il avait prêté personnellement à ce prince, et ne se croyant pas tenu à plus de fidélité envers les fils de l'empereur que ceux-ci n'en avaient montré à l'égard de leur père; pressé d'ailleurs, et par les voeux du peuple entier, et par sa propre fierté naturelle, de délivrer une bonne fois la Bretagne des prétentions et des incursions des Francs, se proclama prince souverain. Les malédictions dont les historiens français ont chargé sa mémoire témoignent assez du mal qu'il fit aux envahisseurs et oppresseurs de la Bretagne. Pour lui, voulant se ménager, en prince pieux, l'amitié et l'appui du Saint-Siège, il députa saint Convoïon à Rome pour obtenir quelque témoignage signalé de la bienveillance du Souverain Pontife.

 

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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 09:25

 

 

Vers le milieu du IXe siècle, il y avait dans le clergé de Vannes un saint prêtre nommé Convoïon. Né d'une famille noble, au pays de Gomblessac « Filius cujusdam nobilissimi viri, nomine Conani, ex potestate sancti Melanil Redonensls episcopi, de plèbe Caliclaca, ex génère senatorio» Comblessac est un bourg situé dans la circonscription de l'ancien diocèse de Saint-Malo, actuellement du diocèse de Rennes. Ce bourg avait été donné par Eusèbe, roi du pays de Vannes, à saint Melaine, évêque de Rennes, pour ta dotation de son monastère. Ce fut donc sur un territoire appartenant à l'abbaye de Salnt-Melaine de Rennes, que naquit saint Convoïon. il s'était distingué dès sa jeunesse par ses vertus, et avait été élevé par l'évêque Rainier à la dignité d'archidiacre. Mais bientôt, intérieurement touché de la grâce divine, il résolut de se retirer en quelque endroit solitaire, pour y embrasser la vie monastique avec quelques autres vertueux prêtres de ses amis. Cherchant donc un lieu convenable pour exécuter leur pieux dessein, ils arrivèrent à l'extrémité du diocèse de Vannes, au confluent de l'Oult et de la Vilaine, où s'élève maintenant la ville de Redon. Une antique forêt couvrait tout le pays, et donnait un charme plus grand encore à cette belle solitude. Un instinct secret les arrêta dans ce lieu béni, « que Dieu, dit le pieux biographe du Saint, avait choisi de toute éternité pour y établir une maison de prière » Et comme ils hésitaient sur l'endroit précis où ils devaient planter leur tente et construire l'oratoire, ils montèrent sur le sommet de Beaumont, et se mirent en oraison pour connaître la volonté divine. Elle ne tarda pas à leur être manifestée, le Seigneur ayant pour agréable la simplicité de leur foi ; et, à l'heure de Tierce, ils virent une croix lumineuse descendre du ciel à l'endroit où se trouve aujourd'hui le maître-autel de l'église du Sauveur. C'est ainsi que Dieu manifesta par un signe visible le choix qu'il avait fait de ce lieu pour y être honoré dévotement pendant une longue suite de siècles.  Convoïon résolut aussitôt d'aller trouver le seigneur à qui appartenait tout ce canton, et qui se nommait Ratuili. II le rencontra« assis auprès d'une fontaine, en un lieu nommé Lesfau » situé dans la paroisse de Sixt, et lui présenta très-humblement sa requête afin d'obtenir, dans l'endroit désigné par le Ciel, un espace suffisant pour y construire un monastère.

 

 

C'est ce que nous apprend le premier acte placé en tête du Cartulaire de Redon. Ratuili, à qui l'acte précité donne le nom de tirannus, terme qui désigne ordinairement à cette époque un petit prince subalterne, écouta favorablement cette prière. Avec le consentement de son fils Catworet, il donna aux nouveaux serviteurs de Dieu le lieu qu'ils demandaient, et qui était appelé communément Ros ou Rotont où l'on a fait plus tard Redon, selon la prononciation moderne. La date de cette première fondation, qui est la dix huitième année de Louis le Débonnaire, se rapporte à l'an 832, ou, selon Mabillon, 831. Plus tard, quand le monastère fut établi, Ratuili y vint en personne, et confirma solennellement la donation qu'il avait faite.  Or, à cette époque, la Bretagne obéissait aux ordres de Nominoé, qui fut plus tard le héros de indépendance armoricain. Les chefs bretons, ayant été vaincus peu auparavant (826) par les troupes impériales, s'étaient vus contraints de faire leur soumission à Louis le Débonnaire ; et Nominoé, choisi personnellement par l'empereur, gouvernait le pays comme délégué du monarque franc. Mais, sous ce titre modeste, il y possédait déjà réellement l'autorité suprême; c'était donc par lui que la fondation nouvelle devait être confirmée en dernier ressort. Voilà pourquoi, dès l'année 834, Nominoé voulut intervenir. Précisant et déterminant les limites de la donation première, il conféra aux religieux les droits de seigneurie temporelle aux yeux du pouvoir civil, de même que Ratuili leur avait déjà donné, comme par une transaction privée, la propriété foncière. C'est cette charte de Nominoé qui doit être considérée comme l'acte définitif de la fondation de l'abbaye de Saint-Sauveur. Aussi mérite-t-elle bien que nous en donnions le texte intégral à la fin de cette Histoire, et que nous insérions, ici même, quelques remarques à ce sujet. Nous ne dirons rien de la forme solennelle que nous présente le début de cet acte : La fin du monde approche; les ruines s'amoncellent, et déjà des signes trop certains se manifestent de toutes parts» La croyance universelle de l'époque désignait l'an mil comme devant être le terme de l'inexistence du monde. On a trop souvent parlé des causes et des effets de cette pieuse erreur, pour que nous nous y arrêtions ici davantage. Sans doute rien n'autorisait l'interprétation matérielle que l'on donnait alors à une parole des Livres saints ; mais au moins la préoccupation générale des hommes de ce temps nous fait voir combien ils jugeaient nécessaire, dans la simplicité de leur foi, de se préparer à l'avènement du Christ par les oeuvres de charité. Eussions-nous réellement à cette heure la certitude qu'ils croyaient avoir, produirait-elle hélas la même impression salutaire sur nos esprits aveuglés et nos coeurs endurcis? C'était donc pour alléger le fardeau pesant de ses fautes, en vue du suprême jugement qu'il croyait prochain ; c'était aussi pour appeler le secours du Ciel sur la personne de l'empereur Louis, dont il se déclarait le lieutenant, missus et auquel il restait fidèlement attaché, tandis que les fils dénaturés du Débonnaire venaient de lever l'étendard de la révolte c'était, dis-je, par ce double motif de piété et de loyauté que le prince breton se décidait à ratifier la donation de Ratuili et à l'augmenter encore généreusement. II est curieux de noter les limites données, dans l'acte susdit, au territoire de la nouvelle abbaye. Le domaine monacal devait se composer de tout l'espace compris entre les deux rivières de l'Oult et de la Vilaine, depuis leur confluent jusqu'à une ligne assez bien déterminée, qui forme le troisième côté d'un vaste triangle entre les deux cours d'eau. Cette ligne, partant de la Vilaine et coupant le territoire de l'antique église de Bains, passe au lieu nommé Spiluc, que l'on croit être Saint-Jean des Pileurs (ou peut-être mieux d'Espileurs). De là elle va rejoindre la rivière d'Oult en passant par le village de Mutsin, que l'on nomme aujourd'hui Mussain ou Mussan. Nous avons cru devoir appeler l'attention sur ces limites, parce qu'elles sont encore actuellement celles de la commune de Redon, Cette terre était donnée aux moines en toute propriété et seigneurie, c'est-à-dire avec tous les droits que Nominoé lui-même avait pu y exercer jusque-là, même comme délégué de l'empereur, au nom duquel était faite cette pleine et entière donation. Les religieux acquéraient par suite les droits les plus étendus sur les habitations construites dans ces domaines, ainsi que' sur les manants qui y résidaient et qui, selon l'usage du temps, devaient changer de maître en même temps que la terre à laquelle ils étaient attachés. Les colons, du reste, étaient sans doute fort peu nombreux, malgré la vaste étendue du terrain dont il s'agit. Car l'acte que nous continuons d'analyser, décrivant en détail les propriétés concédées, ne fait mention d'aucune terre labourable, mais seulement de bois et de pâtures. On n'y voyait en effet, de toutes parts, qu'une immense forêt et quelques prés dans les clairières ; ce qui fait supposer que les premiers tenanciers de l'abbaye n'étaient que de pauvres bergers. Convoïon s'établit paisiblement dans cette solitude, avec ses compagnons qui étaient au nombre de cinq : Louhemel, Wincalon, Condeloc, Conhoiarn et Tethwiu. Tous étaient honorés du sacerdoce. Au bout de très-peu de temps le nombre des religieux se trouva doublé. Les nouveaux prosélytes étaient Riowen, Wetenwion, Artwolau, Riwelen, Cumdelu et Cunneur. Bientôt se joignit à eux le prêtre Budworet, qui était riche en biens allodiaux, dont il fit cession au monastère. Ainsi se trouva complété le nombre de douze moines, requis ordinairement pour la fondation canonique d'une abbaye. « Cette sainte communauté, dit le chanoine Deric, commença de prendre une forme régulière la veille dela fête de saint Martin. Avant la messe, qui fut célébrée à l'honneur de ce saint qui avoit fait la gloire de l'épiscopat et de l'ordre monastique, tous reconnurent Convoïon pour leur Abbé. Ils s'engagèrent de ne rien posséder qu'avec sa permission, de mettre en commun ce qu'ils avoient, et ce qu'ils pourroient acquérir par leur travail. Ils abandonnèrent toute propriété particulière ! »

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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 05:36

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 18:22

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 16:35

Bez fur!

 

« Lavar d'in, main, daoust piou e vent,

An dud a weliz, kaer divent,

En hon iliz uhel savet,

En o daouarn bodou bleunvet? »

« Ar re-ze, gwisket ker skeduz,

Eo ar zent mignouned Jezuz.

Bez fur, va mab, hag ez pezo

Leun a draou kaer eveldezo. »

 

« Mar gwezfez peger kaer e oant

Gant o saeiou gwenn-kann, ker koant,

Stered alaouret warnezo

Ha tro-war-dro dantelezo.

Va mam, va mam, mar am c'harez,

Eur zae else d'in a rofez. »

« Bez fur, va mab, hag ez pezo

Eur zae wenn-kann eveldezo. »

 

En-dro d'o fenn, ya, tro-war-dro,

E oa leun leun, leun a vleuniou ;

Euz ar bleuniou-ze en hor bro

Biskoaz me ne weliz al liou.

Va mammik keaz, da blec'h ez in

Da gutuilh bleuniou ken lirzin? »

« Bez fur, va mab, hag ez pezo

Bleuniou lirzin eveldezo. »

 

O fenn a yoa laouen d'ar zent

Hag holl ouzin e vousc'hoarzent,

Ha, seul vui e sellen outo,

Seul laouennoc'h e teuent ato.

Penaoz, va mam, penaoz miret

Eul levenez ken didorret ? »

« Bez fur, va mab, hag ez pezo

Eun tâl laouen eveldezo. »

 

« Ar re-ze 'yoa savet uhel

Ha pep tra d'eo a yoa a wel ;

Dre douez an dud, bihanik,

Me n'hellen gwelet netraïk.

Va mam, daoust petra d'in d'ober

Evit kaout eur skabel ker kaer? »

« Bez fur, va mab, hag ez pezo

Skabel en env tostik d'ezo. »

 

Sois sage!

 

Dis-moi donc, mère, qui sont-ils ceux

que j'ai vus si beaux, ce matin dans notre

église, et tenant en mains des rameaux

fleuris ?

Ceux-là si brillamment vêtus, ce sont

les saints, les amis de Jésus. — Sois sage,

mon enfant, et tu auras tout plein de belles

choses comme eux.

 

Si tu savais combien ils étaient beaux,

avec leurs robes neuves toutes blanches,

parsemées d'étoiles d'or, et bordées de dent

elles... Oh! ma mère, ma mère, si tu

m'aimes, tu me donnerais une robe pareille.

Sois sage, mon enfant, et tu auras une

robe toute blanche comme eux.

 

Autour de leurs têtes, oui tout autour,

il y avait plein, plein, plein de fleurs, de

ces fleurs dont par ici je n'ai jamais vu la

couleur... Ma bonne mère, où dois-je aller

cueillir des fleurs aussi riantes ?

Sois sage, mon enfant, et tu auras des

fleurs riantes comme eux.

 

Leurs têtes, ô ma mère, étaient sou

riantes; tous en me regardant me souriaient,

et plus je les regardais, plus ils me sou

riaient. Comment donc, ô ma mère, comment

peut-on garder un sourire aussi inaltérable?

Sois sage, mon enfant, et tu auras un

front toujours souriant comme eux.

 

Ils étaient haut placés, ils pouvaient

tout voir, et moi tout petit, au milieu de la

foule, je ne puis presque rien voir. O ma

mère, que me faut-il faire pour avoir un

pareil escabeau ?

Sois sage, mon enfant, et au ciel, un

escabeau tu auras à côté d'eux.

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 19:33

Chateaubriant, une cité implantée au sein du Pays de la Mée, en cette contrée limitrophe du territoire franc. C'est vers l'an 1055, alors que la Bretagne était sous le joug de la maison comtale de Rennes qu'émergea en cette cuvette une imposante seigneurie entre les main d'un dénommé Brient. Lorsque nous avons abordé pour sujet cette page consacrée au premier comté de Penthièvre, il a été mention de Eudon de Penthièvre, frère puîné du duc Alain III. Eudon de Penthièvre s'était vu gratifier d'un vaste territoire qui  regroupait quatre évêchés : Tréguier, saint-Brieuc, Alet et Dol. Personnage puissant et craint, Eudon de Penthièvre épousa Orguen de Cornouaille dont il eut dix enfants. Brient était l'un d'entre eux, le septième de la fratrie selon les spécialistes. C'est lui qui fut à l'origine de l'aménagement d'une forteresse qui emprunta son nom : Castro-Brientinum -alias Castellum Brientilii; retranchement probablement assis à l'emplacement d'un antique catrum romain, au temps où l'endroit se nommait Cadetes. La fortification reposait sur un éperon rocheux dominant les vallées environnantes. Le possesseur du lieu disposait aussi de la terre sise alentour. Il fonda sur cet apanage, à proximité de sa défense, un prieuré : saint-Jean-de-Béré, connu aussi sous le nom de Béré-lès-Châteaubriant,  qu'il confiera à l'Ordre de Marmoutiers. Ses successeurs :  Geoffroy son fils  et Goscho son petit-fils confirmèrent cette fondation.

 

 

 

 

Sceaux de Geoffroy de Châteaubriant

 

Le premier acte concernant Saint-Jean-de-Béré que nous rencontrons dans les Preuves de l’Htstoire de Bretagne, réunies par les vénérables Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, porte la date, contestable peut-être quelques années près, de 1050. D’après cet acte, extrait du riche chartrier de l’abbaye de Marmoutiers, Briand, voué la milice séculière, conformément la volonté, avec l’assentiment et de l’autorité de sa mère Innoguent, de son épouse Adèle et de ses trois fils, Geoffroy, Thierry et Guy, donne aux frères cénobites du grand monastère de Tours le lieu de Bairé ou plutôt Béré, non loin de son château, avec ses constructions, en l’honneur du saint Sauveur. Tel est en substance l’acte de fondation du prieuré de Béré qui se subdivisa par la suite. On en détacha l’église paroissiale de Châteaubriant, sous l'invocation de Saint-Jean; et le couvent de Saint-Sauveur conservant le domaine utile, resta jusque vers le milieu du dernier siècle en la possession de l’abbaye de Marmoutiers. Ci dessous l'église romane de Saint-Jean-de-Béré.  Un procès étrange s'éleva, au sujet de ce prieuré, entre les moines de Redon et ceux de Marmoutier, et ne fut terminé que vers 1104, au concile de Nantes. Béré fut donné définitivement à l'abbaye de Marmoutier, « qui pour se réconcilier avec celle de Redon,dit le chroniqueur, lui céda l'île Darré dans la Loire, et une chapelle sacerdotale de vingt livres. Goscho fit terminer la chapelle de Béré, telle qu'on la voit encore aujourd'hui. « Estant tombé en langueur de maladie, il alla en Gascogne en espérance de médecins qui lui pussent apporter du soulagement à son mal: mais ce fust pour néant» car il y mourut, et ordonna par son testament que son corps fut déposé, dans les caveaux de Saint-Jean-de-Béré 1114.

 

 

Michel Brand'honneur nous fournit ses analyses sur cette période féodale dans son ouvrage La motte et le clocher : l'affrontement des symboles : Parfois, de véritables réseaux de milites possédant des droits sur des églises peuvent être mis en évidence, comme dans le secteur de Châteaubriant. J.-P. Brunterc'h a montré que les biens constituant la base foncière d'une importante parenté, dont les premiers membres connus vivaient pendant la première moitié du XI e s., provenaient en partie du temporel des évêques de Nantes. Il s'agit de Rivallon de Soudan et de son frère, Tudual ou Teher. Rivallon de Soudan était basé dans la paroisse de ce nom où se dressait une motte. Les fils de Teher sont bien connus. Merihen de Moisdon était implanté dans la paroisse de ce nom, à la Chaussée, un site à motte. Main Bitto semble s'être ancré à Ercé où il avait une motte et des biens. Hervé de Rougé et sa descendance ont deux mottes, à Soulvache, une trêve de Rougé, et à La Chapelle-Glain ; ils possèdent des dîmes dans ces paroisses ainsi qu'à Vouvantes. Guidenoc, fils de Teher, eut deux enfants, Brient Bovos et Bovus de Coësmes. Le premier et sa descendance pourraient avoir eu une motte à Châteaubriant au Bois Briant et avaient des droits en Ercé, Juigné, Moisdon et à Issé. Bovus de Coësmes s'établit dans le Rennais, à Coësmes où il avait une motte, au Bois de Sainte-Christine. Ce dernier, ou ses successeurs, possédait des biens à Ercé-en-Lamée, Juigné, Fercé, dans la paroisse de Saint-Jean de Béré et à Châteaubriant. Moyses d'Erbray, dont aucun indice n'indique qu'il était apparenté à ce premier groupe, habitait à Erbray où il avait une motte aux Châtellier et possédait des dîmes à Saint-Julien de Vouvantes et à La Chapelle-Glain et des terres et des droits sur l'église de Juigné. Or, presque tous ces biens et les localisations des mottes de ces milites appartenaient à la mense épiscopale des prélats nantais sous les règnes de Louis IV et de Lothaire. Il s'agit d'Issé, Nozay, Béré, Ercé-en-Lamée, Fercé, Soudan, Erbray, Juigné-les-Moutiers, Saint-Julien de Vouvantes et des villae de Courjon et de la Brée en Soudan

 

 

Sous le règne de Conan IV, -duc de Bretagne, Châteaubriant fut érigé en Baronnie en faveur de Briant II (voir le premier comté de Penthièvre, page n° 2). Son fils Geoffroi III, fonda le prieuré de Saint-Michel-des-Monts.1204. Ce baron mourut en 1206, et fut inhumé dans la chapelle du prieuré. Fidèle à la cause de la duchesse Constance et d'Arthur, Geoffroi s'était rendu à Saint-Malo-de-Beignon, le jour de l'Assomption (1196), avec un grand nombre d'autres seigneurs, pour s'y préparer à la guerre contre Richard-Coeur-de-Lion, et prêter serment de fidélité au jeune duc Arthur, que la Bretagne saluait avec transport; mais hélas! quelques années plus tard, un sort fatal devait livrer ce prince infortuné à la fureur de Jean-sans-Terre. 1203. Les privilèges exorbitants des évêques. Mais bientôt il se vit excommunié, et condamné par le pape à des restitutions énormes envers les prêtres, abbés, chapitres, -etc.  Geoffroi III succède ensuite à la Baronnie de Châteaubriant, et fonde de concert avec Guillaume de la Guerche; le prieuré de la Primaudière, dans la forêt de Juigné. 1207. L'abbaye de Saint-Martin, dans la forêt de Teillé, est également fondée par lui -1221. Geoflroi fit don de la chapelle primitive aux Jacobins qui y bâtirent un monastère au commencement du quinzième siècle, et le cédèrent aux Cordeliers. au milieu de la forêt, -non loin de la Roche-Giffard, charmante habitation bâtie dans un site admirable -les ruines du couvent de Saint-Martin. Nous arrivons à cette fameuse bataille, livrée auprès de Châteaubriant, sur les hauteurs de Béré, le 3 mars 1223. Exposons d'abord les causes de cette guerre civile: On sait que Philippe- Auguste, après le meurtre d'Arthur, avait marié Alix, fille de Constance et de Guy de Thouars, à Pierre de Dreux, prince Français, arrière petit-fils de Louis-le-Gros. A peine monté sur le trône de Bretagne, Pierre de Dreux, surnommé Mauclerc, redoutant la puissance du clergé, résolut de détruire

 

 

Pierre de Dreux & Alix de Thouars

 

Pierre de Dreux craignait également la noblesse Bretonne qui ne pouvait oublier son origine Française. Il voulut abattre « ses deux ennemis l'un par l'autre, et souleva la noblesse contre le clergé. Il eut l'adresse de faire entrer tous les Barons dans ses vues, et les usurpations ecclésiastiques furent combattues pied à pied.» Il confisqua les régales, défendit la perception de la dîme, et suspendit les évêques de Dol, de Rennes et de Tréguier. Alors les anathèmes fondirent sur les rebelles; les églises furent fermées, les sujets déliés de leur sarment, Le duc et les Barons résistèrent d'abord aux foudres de Rome; tout-à-coup, effrayé du péril où son audace précipitait la Bretagne, Pierre de Dreux finit par céder aux évêques et leur rendit presque tous leurs privilèges. Mais son esprit remuant et ambitieux le jeta bientôt en des embarras plus graves peut-être. Il voulut s'arroger les droits maritimes de brefs et de bris, ou de sauvetage, que les comtes de Léon percevaient depuis Hoël. Ceux-ci défendirent leurs droits les armes à la main, et entraînèrent dans leur parti un grand nombre de seigneurs, jaloux de leurs prérogatives: c'étaient les Rohan, les Penthièvre,le comte de Vendôme, Soudan du Faou, Hervé du Pont, Hardouin de Maillé, Amaury de Craon, etc. Cette ligue étant formée, ils prirent les armes sur le champ, ravagèrent la Bretagne pendant deux ans, et s'emparèrent des terres, villes et châteaux des Barons de la Guerche et de Châteaubriant. Plusieurs seigneurs de l'Anjou, du Maine et de la Normandie vinrent se réunir aux Bretons révoltés; lorsque Pierre de Dreux, qui comptait dans son armée les Barons de Fougères, de Châteaubriant, de Vitré, de Dol et d'Avaugour, marchait leur rencontre et vint leur présenter la bataille sur les hauteurs de Béré. Le combat fut sanglant et opiniâtre; bon nombre de braves chevaliers y perdirent la vie: « C'estoient, dit d'Argentré, mêmes armes, même sang, même coeur; la terre fust incontinent couverte d'hommes morts.» La victoire semblait indécise, alors Pierre de Dreux, dont la valeur égalait l'impétuosité, fondit sur la cavalerie des Normands, la repoussa, la mit en fuite, et fut vainqueur. Les rebelles posèrent les armes, et se soumirent. Les Sires de Léon, de Craon et de Vendôme, furent faits prisonniers et conduits au' château de Touffou, paroisse de Bignon, où ils demeurèrent longtemps. Geoffroi de Chàteaubriant rentra en possession de ses domaines. Telle fut l'issue de cette bataille, qui affermit Pierre de Dreux sur le trône de Bretagne. Mais continuons l'histoire de ce prince; Châteaubriant s'y trouve encore mentionné plus d'une fois. La paix ne fut pas de longue durée: Menacé par la France à cause de ses vues ambitieuses, Mauclerc s'unit aux ennemis de la régente Blanche-de Castille, mère de Saint-Louis. Une conspiration s'était formée contre la Reine : On devait lui ravir le jeune monarque et la régence en même temps, lorsque Thibault, comte de Champagne, fit échouer le complot en le dévoilant à Blanche de Castille qu'il aimait secrètement. -1228. Oubliant alors qu'il devait à la France demanda des secours à Henri III, roi d'Angleterre. Les Barons, offensés de cette alliance, de leur duc refusèrent de le servir. Geoffroi de Châteaubriant prit avec eux les armes pour le roi de France; tant était violente la haine des Bretons contre les Anglais ! Il mourut pendant cette guerre, sans laisser d'enfants de son mariage avec Béatrix vicomtesse de Monte-Rebelli. -1233., Ces pieux époux firent des dons considérables aux abbayes de Saint-Michel et de Béré, comme on le voit en la curieuse donation dont voiçi quelques mots : « ego Beatrix dômina Montis rebelli vidua et in viduitate me a plenaria potestate existens confirmo ».

 

Geoffroi IV, neveu du précédent, selon le cartulaire du prieuré de Béré, recueillit les domaines et baronnie de Châteaubriant, à l'âge de dix-sept ans. Il termina d'abord le différend qui existait entre sa famille et la maison de Candé, à cause des bois de Juigné. Entr'autres conditions, il fut dit que si les Seigneurs de Châteaubriant «mettaient trois forgerons ès forges de ladite forest, le Baron de Candé mettroit le quatrième. » Ce titre est de 1237. Cependant la guerre continuait entre le duc de Bretagne et le roi de France. Geoffroi de Châteaubriant entra sans doute dans le parti de Mauclerc, car les auteurs rapportent que «Louis IX envoya dans le comté de Nantes une armée qui s'empara de Châteaubriant et ravagea tous les environs. 1235. » Mais bientôt le duc de Bretagne, ayant perdu la plupart de ses défenseurs, dut implorer la clémence de Saint-Louis. Après avoir donné sa couronne à son fils Jean Ier, Pierre de Dreux partit pour l'orient et commanda la quatrième croisade.1239. « Ne pouvant vivre en repos» il retourna en Palestine avec Geoffroi de Châteaubriant. Ils allèrent combattre les infidèles sous la bannière de Saint-Louis. 1250. Pierre reçut une glorieuse blessure à la bataille de Mansourah, où les croisés furent défaits: Saint-Louis fut chargé de chaînes avec ses chevaliers. Ce monarque, ayant payé pour sa rançon et celle de ses barons « un million de bezants, revint en France avec notre Geoffroi» et lui permit, en récompense de ses services et de son courage, de remplacer sur son écu ses pommes de pin par des fleurs de lis d'or. 1254.

 

 

Cependant, ajoute la chronique, sans nouvelles de Geoffroi, après une si longue absence, la baronne Sybille de Châteaubriant pleurait sa mort, avec tant d'amertume et de désespoir, que le retour inattendu de son mari la fit mourir de joie en l'embrassant. Voici comment le révérend Augustin Dupaz, docteur en théologie (notre guide en ce travail), rapporte ce fait dans son histoire généalogique des illustres maisons de Bretagne: « Estant près de son chasteau, nostre Geoffroi le fist scavoir à sa femme, laquelle alla promptement au devant de luy, et à la rencontre et accolade cette bonne dame trespassa de joye entre ses bras. Tesmoignage de la vraye parfaite et intime amitié qu'elle portait à son seigneur, mary et espoux. Cela estoit représenté au vitrail de l'Eglise priorale de la Trinité, ou Rédemption des captifs, fondée depuis par ledit Geoffroi.» en mémoire de sa captivité et de son infortune.

 

 

Geoffroi V succède à son père, en 1263, et gouverne ses seigneuries durant l'espace de vingt-un ans. Il avait épousé en premières noces Belleassez de Thouars, et en secondes, Marguerite de Lusignan. Son fils aîné, Geoffroi VI, fut ensuite Baron de Châteaubriant. 1284. Jean II, duc de Bretagne, ayant fait alliance avec Henri III, roi d'Angleterre y convoqua ses chevaliers à Ploërmel. Nous lisons sur l'état de son ost (armée) donné par Lobineau, page 282: « On y vit donc comparoitre, du diocèse de Rennes, Guy de Laval, seigneur de Vitré, le Baron de Châteaubriant,.etc.,. Du bailliage de Nantes, les Seigneurs de Bougé, L'Ancenis, de Clisson, de Guérande, Geoffroi de la Tour, les sires de la-Muce, de Sion, de Rézé, etc.» 

 

Geoffroi VII, fils de Geoffroi VI, et d'Isabeau de Machecoul. 1301. Il épouse Jeanne de Belleville qui lui donne deux enfants, Louise et Geoffroi VIII. Il mourut en 1326; sa veuve se remaria avec le sire de Clisson, « duquel mariage issit Olivier de Clisson, qui fust connestable de France. » En ce temps, la terrible lutte des deux maisons de Blois et de Montfort couvrait la Bretagne de sang et de ruines. Le comte Jean de Montfort, en mourant, avait légué à Jeanne de Flandre, sa veuve, son courage héroïque et la cause de son jeune fils à défendre contre des forces Françaises, Espagnoles, Génoises et la moitié de la Bretagne coalisées. Jeanne de Montfort, il est vrai, comptait des Anglais parmi ses défenseurs, mais elle était réellement la tête et le bras de son parti. « Elle se couvrit de l'armure des chevaliers, et, tenant son fils dans ses bras, parcourut les villes de Bretagne, qu'elle enflamma par son héroïsme et sa beauté.»

 

 

Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de cette guerre étonnante « presque fabuleuse; » un seul combat va nous occuper en ce moment, parce qu'il rentre dans notre sujet -Les meilleures places de la Péninsule Armoricaine étaient tombées au pouvoir des Anglais, qui combattaient pour Montfort. Charles de Blois résolut de leur enlever La Roche-Derrien, que gardait Thomas d'Agworth, «l'Achille Anglais.» Charles avait encore quinze mille hommes dans son armée: Les -Barons.de Derval, de Châteaubriant, et nombre d'autres chevaliers, renommés par leur valeur, le suivirent dans cette expédition. L'assaut fut rude et terrible; d'Agworth y fut pris et délivré;et Blois s'y couvrit de gloire, La nuit même ne put interrompre l'action; la victoire était indécise., lorsque cent armures de fer, envoyées d'Hennebont par Jeanne de Montfort, tombèrent comme la foudre sur les assiégeants,surpris par cette attaque nocturne. Alors, couvert de blessures, Charles, forcé de reculer, s'adossa contre un moulin à vent et se défendit comme un lion. Enfin ses forces l'abandonnèrent; accablé par le nombre, il succomba et se rendit. A ses côtés, furent tués les seigneurs de Rohan, de Laval, de Rougé, de Derval et Geoffroi de Châteaubriant, deux cents chevaliers et quatre mille hommes d'armes. 20 juin 1347. Geoffroi VIII fut inhumé à l'abbaye de la Meilleraye. Ce Baron, le dernier de la maison de Brient, étant mort sans enfants, de son union avec Isabeau d'Avaugour, la Baronnie échut à Louise de Châteaubriant, sa soeur. L'année suivante, elle épousa Guy de Laval; mais leurs enfants moururent jeunes, si l'on en croit le docteur Dupaz. Cependant, lorsque le duc Jean IV, après avoir fui en Angleterre, rentra triomphalement dans son duché (1379), les premiers seigneurs qui, d'après les Bénédictins, « vinrent lut jurer de vivre et de mourir avec lui, furent Brient de Chàteaubriant, sire de Beaufort, Vauclerc de Lamballe, le vicomte de Dinan, Penguilly, Jean-du-Mur. ». Charles de Dinan seigneur de Montafilant, recueillit l'héritage de Louise et de Guy, par représentation de son aïeule maternelle, Thomase de Chàteaubriant, fille de Geoffroi VI. 1383. « Ses gestes seroient longs à raconter. » D'Argentré nous apprend qu'au siège de Brest, que le connétable de Clisson voulait enlever aux Anglais, « estoient chefs Charles de Dinan, Jean de Malestroit, le capitaine Morfoace, le vicomte de la Bellière, tous vaillants capitaines, envoyéz par Clisson pour assiégercette place. Le combat dura longuement -et fust très vaillamment assailly. » En 1408, Jean V, dit le Sage, duc de Bretagne, partit de Rennes pour se rendre à Paris,: à la tète d'une armée. Il s'arrêta quelques jours à Châteaubriant, où Charles de Dinan et Jeanne de Beaumanoir sa femme, « le festoyèrent grandement..» Puis, continuant sa route, en compagnie du Sire de Châteaubriant, le duc se rendit à Melun; «là,il fust recueilly de grande volonté par la Royne Ysabeau, qui n'avoit autre, fiance que sur luy» pour apaiser les démêlés sanglants des Armagnacs et des Bourguignons. Charles de Dinan étant mort en 1418, eut pour successeur Robert son fils, qui prit en mariage Jeanne de Blois, fille du comte de Chatillon-Penthièvre et de Marguerite de Clisson. N'ayant pas d'enfants, après la mort de Jeanne, Robert se fit moine au couvent de Saint-Martin.

 

 

Bertrand de Dinan, son frère., lui succède en 14.30; le duc Jean V le nomme ensuite maréchal de Bretagne. Il meurt en 1444,.sans héritier de ses deux femmes, Marie de Surgères et Jeanne d'Harcourt, Sous François Ier duc de Bretagne, Châteaubriant passe, pour quelque temps, dans la famille ducale, par le mariage de Gilles frère de ce-duc, avec Françoise de Dinan ; elle était fille unique de Jacques de Dinan (cinquième fils de Charles), et de Catherine de Rohan. Devenu seigneur de Châteaubriant, de Beaumanoir, de Bain, de la Hardouinaye, et de Montafilan, Gilles réclama de nouveau pour son apanage, fit au duc des menaces de guerre, et s'enferma au château fort du Guildo, où François, dans sa colère, le fit arrêter par quatre cents lances françaises. 1446. Traîné de cachot en cachot, Gilles fut enfin emprisonné au château de la Hardouinaye,et livré à des gardiens cruels,qui allaient être ses bourreaux: c'étaient Olivier du Méel, Rageart, Oreille-Pelue, Bréron, dignes affidés d'Arthur de Montauban, que Gilles avait supplanté auprès de Françoise de Dinan. On dit que Rageart alla en Italie, « y quérir du poison dans cette académie des empoisonneurs. » Mais comme Gilles résistait trop longtemps à leurs tentatives, ils résolurent de le l'aire mourir de faim, « Il se trouva un jour une pauvre femme, voisine du chasteau, qui passant sur le fossé, ouit la clameur de ce pauvre homme de pitié; et se laissant couler dedans la douve, posa sur la fenestre de sa chambre basse du pain, tel qu'elle avoit; tellement qu'il en fust nourri le temps de six semaines. Voyant à la fin qu'il ne pouvoit plus se soutenir, et que sa mort estoit délibérée, il pria cette pauvre femme, de luy faire venir quelque homme de religion. Ce qu'elle fist, luy menant à heure secrète un religieux cordelier, auquel par le travers de la grille il se confessa. » Peu de temps après, on trouva Gilles étranglé dans son cachot . Un jour que François Ier chevauchait par les grèves du mont Saint-Michel, un cordelier se présenta devant lui, disant qu'il était chargé par messire Gilles de Bretagne de l'appeler au juste jugement de Dieu, et qu'il l'ajournait au quarantième jour, à ce tribunal suprême. Le duc en fut tellement épouvanté, il en qu'au jour fixé, il succomba sous le poids de ses remords. 1450. Leçon terrible de l'histoire, et qui, selon le chroniqueur, « doit servir d'exemple à tous princes d'estre sages et modérés.» Après la triste fin de Gilles de Bretagne, Françoise de Dinan, sa veuve, épousa Guy de Laval, vicomte dé Rennes, qui devint ainsi Baron de Châteaubriant. 1451. Dans la suite, quand les grands vassaux du royaume de France eurent formé contre Loùis XI la célèbre ligue,.connue sous le nom de ligue du bien public, Châteaubriant vit les principaux ligueurs dans ses murs.1465. Le duc de Bretagne, François II s'unit aux mécontents, de l'avis des états, et en obtint des subsides pour commencer la guerre. La ligue avait pour chefs le frère du roi, Charles de France duc de Berry, le comte de Charolais,fils de Charles-le-Téméraire, duc-de Bourgogne;les comtes d'Albret et de Dunois. Le 28 juin 1465, le duc de Berry et une foule de ses partisans vinrent à Châteaubriant : les prisons furent ouvertes, et de brillantes fêtes furrent donnnées en l'honneur de ce Guy.de Laval mourut à son château, le 2 septembre 1486: François de Lava], son fils, hérita de ses titres, mais Françoise de Dinan, sa veuve, conserva la jouissance de la seigneurie jusqu'à sa mort arrivée à Nantes, en1499. Le maréchal Jean de Rieux, François de Laval, songendre, seigneur de Montafîlan et de.Châteaubriant, les sires de Derval, d'Avaugour, dé Kerguézengor, et autres seigneurs Bretons, formèrent à Châteaubriant une ligue contre FrançoisII (1487); mais craignant que Charles VII n'en profitât pour s'emparer de la Baronnie, Jean de Rieux se réconcilia avec le duc, et se mit à la tête de ses troupes unies aux partisans du duc d'Orléans; la cour de France venait de condamner ce prince, à cause de son alliance avet François II, qui lui promettait la main d'Anne de Bretagne à sa fille. On sait que cette jeune princesse était déjà promise à Maximilien d'Autriche, roi des Romains. Le maréchal marcha sur Châteaubriant qui lui ouvrit ses portes sans défiance, et se rendit. au château, « où il trouva François de Lavai dînant avec quelques autres gentilshommes, il leur déclara qu'il s'empamit de la place, au nom du duc de Bretagne; mais qu'il y était entré comme ami, et qu'il permettait à tous ceux du parti contraire d'en sortir avec armes et bagages.» Dès le printemps de l'année suivante. le duc de la Trémouille, à la tête de douze mille hommes et d'une artillerie formidable, vint mettre le siège devant Châteaubriant la place ne put tenir bien longtemps contre dé telles forces, et, malgré leur.courage,ses défenseurs capitulèrent, après huit jours, de résistance. Alors, La Trémouille fit démolir, par ordre du Roi, le vieux château et les remparts. Avril 1488. Trois mois après, le 25 juillet, jour à jamais fatal, la Bretagne joua, conire la France, sa dernière partie, dans la grande bataille de Saint-Aubin-du-Cormier : l'armée Bretonne avait à peine huit mille fantassins, deux mille chevaux, et quelques lansquenets d'Autriche, envoyés par Maximilien; l'avant-garde était commandée par le.maréchal de Rieux; le corps de bataille et l'arrièrë-garde étaient sous les ordres des sirés d'Albret et de Châteaubriant. Là Trémouille commandait l'armée Française. Après une canonnade meurtrière, les lansquenets prirent la fuite et mirent le désordre parmi les Bretons; le sire.d'Albret et le baron de Châteaubriant « furent entraînés dans la déroute de leurs soldats.» La bataille était perdue-. Deux:mois après ce grand désastre, le dernier dur de Bretagne reposait dans la tombe. Jean de Laval, fils aîné de François de Laval, mort en 1503 ; et de Françoise de Rieux, épousa « au désir de la reine Anne de Bretagne »la belle Françoise de Foix. Il suivit à la guerre François Ier roi de France, et s'y couvrit d'honneur et de gloire. En récompense de sa valeur, le roi lui donna le colliei de son ordre, et le gouvernement duduché de Bretagne. « Jean de Laval fit bâtir ce beau et excellent chasteau-de Chasteaubrient auprès des ruines de l'ancien. 1524. C'est une des plus belles, plaisantes, agréables et salutaires demeures qui se puissent trouver et qui toutefois tombe déjà en ruines et décadence» ,Françoise, soeur du maréchal de Foix et du brave Lautrec, était fille de Phébus de Fois. Son père la maria, dès l'âge de douze ans, au comte Jean de Laval-Montmorency : ensevelie, après son mariage, au fond de son château, la comtesse dont la vertu égalait la beauté, vivait en ces lieux, tranquille et ignorée; contente des premières caresses d'un époux, elle ne regrettait pas la liberté, et se croyait heureuse « parce qu'on lui avait dit qu'elle devait l'être. »

 

 

Appelé à la cour de François Ier, Jean de Laval résolut à tout prix d'en éloigner sa femme; et prévoyantes instances qui lui seraient faites à ce sujet, il songea aux moyens de les éluder. Il fit graver deux bagues semblables, en laissa une à la comtesse, et lui défendit de jamais quitter sa retraite, lors même qu'il viendrait à lui en donner l'ordre par écrit, « à moins que cet ordre ne fut accompagné de la bague qu'il gardait. » Françoise promit. Cependant le bruit de sa beauté merveilleuse parvint jusqu'à François Ier; « ce prince, qui détournant le mot de Périclès, disait qu'une cour sans femmes est un printemps sans roses, voulut orner sa Cour de la rose prisonnière. » Les courtisans partageaient le désir du monarque; ils raillèrent longtemps le comte de sa conduite singulière à l'égard de sa femme, si bien que; poussé à bout, Jean de Laval écrivit à la comtesse une lettre pour la prier de venir à la cour. Sa bague lui fut; dit-on, dérobée par son valet de chambre, et mise dans la lettre. Bientôt Françoise de Foixparut à Fontainebleau. Le comte anéanti de surprise et de douleur, s'éloigna tout-à-coup abandonnant sa femme aux séductions d'une cour galante: « elle fut aimée de François Ier, et céda à sa passion après. une assez longue" résistance.» Pour réparer la perte du Milanais, le chevaleresque monarque repassa les monts, en 1525, et fut fait prisonnier à la bataille de Pavie. Françoise alors revint à Châteaubriant, et sut se réconcilier avec son mari, qui s'occupait d'embellir le château neuf. En 1532, François Ier, voulant obtenir des états assemblés à Vannes l'union de la Bretagne à la France, se rendit à Châteaubriant, et fut accueilli par Jean de Laval; le roi revit sa belle maîtresse, et, lorsqu'après un séjour de six semaines il retourna à 'Paris, la comtesse ne put résister au désir de le suivre et de briller encore à la cour. Elle y demeura plus de deux ans, jouissant de la royale faveur. Mais le prince inconstant ne tarda pas à l'abandonner pour Anne d'Heily, duchesse d'Etampes. « La duchesse, nous dit Brantôme, pria le roy de retirer à sa rivale les beaux joyaux qu'il lui avoit donnés, non pour le prix et valeur, mais par amour des belles devises qui estoient mises et engravées. Pour lors madame de Châteaubriant envoya quérir un orfèvre, lui fist fondre tous les joyaux, et les rendit convertis en lingots. « Allez répondit-elle au gentilhomme du roi, et dites-lui que, puisqu'il lui a plu me révoquer ce qu'il m'avoit donné si libéralement, je le lui rends en lingots d'or. Quant aux devises, je les ai si bien empreintes en ma pensée, et les y tiens si chères, que je* n'ai pu souffrir que personne en disposât, et en eust plaisir que moi-même. » Ne craignant plus la colère du roi, le mari offensé résolut de punir l'épouse coupable, et se livra aux transports de sa fureur jalouse. Il enferma la malheureuse comtesse, avec sa petite fille âgée de sept ans, dans une sombre tour, tendue de noir, éclairée par des cierges funèbres, au milieu de laquelle s'élevait un tombeau..» Elles furent oubliées six mois dans cette lugubre retraite : La petite fille mourut au bout de ce temps. Ce fut alors, selon Varillas, que le cruel Bacon ne se voyant arrêté par aucun obstacle devint, pour ainsi dire, le bourreau de sa femme : Il entra dans sa chambre avec quatre hommes et deux chirurgiens; » les larmes et la beauté de la victime ne firent qu'augmenter sa fureur. Il rappela dans sa jalousie, à la maîtresse de François Ier, le déshonneur qui couvrait le blason des Laval; puis, sourd à la voix de la pitié, il ordonna aux chirurgiens de lui ouvrir les veines. Françoise expira quelques heures après 1536-1537. Cette triste aventure a été démentie, ou du moins controversée mais ce.serait, il faut en convenir, peine perdue que de vouloir réhabiliter Françoise « la coupable et peut être la victime.» On peut toutefois révoquer en doute l'assassinat commis par Jean de Laval, quoiqu'une erreur de chronologie (dans le récit d'un chroniqueur qui tout en disant des vérités, a brouillé bien d'autres dates) ne nous semble pas donner un démenti suffisant à la tradition. Ainsi, n'osant admettre l'assassinat, nous croyons à la violence; et les mémoires inédits du doyen Blays, qui vivait cent ans plus tard, nous portent à le croire. Voici ce qu'il écrit à cette occasion: « L'ancienne tradition du pays est qu'après là mort de Françoise de Foix, arrivée peu après son retour de Paris (où des historiens disent qu'elle avoit vescu deux ans avec François Ier) laquelle.mort n'estoit pas arrivée sans quelque soupçon de violence Jean de Laval avoit ordonné a Angelot Blanchet, son tailleur et favori, de jeter au feu tous les vestements qu'elle avoit apportez de la cour. Angelot, au lieu de brûler ces vestements de drap d'or, les reserva adroitement, et les donna à la paroisse qui enfist faire une chapelle entière, scavoir : Chasuble, tunique, chappe et devant d'autel » Ces lignes d'un auteur presque contemporain, d'un prêtre qui-n'ose se porter garant d'un scandale, semblent attester encore les malheûçs de Françoise de Foix; soit qu'elle ait été assassinée, soit qu'on l'ait fait,mourirde chagrin, de privations,ou par un traitement cruel et prolongé. Meurtre pour meurtre, nous éprouvons moins d'horreur pour le crime commis par les chirurgiens du comte à l'aide d'une lancette ou d'un poignard, que pour cette mort affreuse et l'attente, causée par six mois de tortures, d'angoisses et de supplice ! Le lecteur choisira. M. de Chateaubriand, dans ses mémoires d'Outre-Tombe, relate ce tragique récit:« Quand on tient, nous dit-il, de l'imagination de Varillas, et qu'on remarque les transformations qui s'opèrent dans le cerveau de cet écrivain, on est disposé à croire que les aventures du prince Gilles, frère de François Ier, duc de Bretagne, de Françoise de Dinan, comtesse de Châteaubriant, épouse du comte de Laval, sont devenues, sous la plume de l'historien-romancier, les aventures de François Ier, roi de France, de Montmorency-Laval et de Françoise de Foix. Ajoutez à ceci que peu de temps après les malheurs de Gilles, François II, duc de Bretagne, épousa Marguerite de Foix. C'en était assez pour queVarillas, au moyen d'une nouvelle confusion, fit de François II, duc de Bretagne, François Ier, roi de France, et de Marguerite de Foix, Françoise de Foix. » Le grand nom de Châteaubriand nous impose silence et nous défend de nous récrier;.. Il faut avouer cependant qu'il accorde bien peu d'esprit à Varillas. Jean de Laval, n'ayant pas d'enfants, donna, par acte du 5 janvier 1539, au connétable Anne de Monmorency la Baronnie de Châteaubriant; celles de Derval, de Jans, de Beauregard, de Chanveaux, de Candé et de Guémené-Penfao; et les châtellenies de Nozay, de la Villeau-Chef, de Rougé, de Teillé et de Vioreau. Il en est qui pensent encore que ces dons furent consentis poùr arrêter des poursuites que le meurtre de Françoise de Foix allait soulever. Trois ans après, Jean de Laval mourut.  Vers le milieu du XVIe siècle, le calvinisme avait fait de rapides progrès en Bretagne; on comptait déjà dans les diocèses de Rennes et de Nantes vingt huit églises réformées. Espérant arrêter cette funeste contagion, Henri Il rendit à Châteaubriant un édit qui renouvelait tous (1561); ce qui n'empêcha point les calvinistes de Bretagne de tenir, la même année dans cette ville, leur premier synode provincial.

 

 

En ce temps-là, il y avait des ministres protestants à Sion, à Blain, à Châteaubriant au Croisic, à Vieiller Vigne, etc. Le calvinisme toutefois fil peu de prosélytes dans le peuple, mais il entraîna la noblesse; beaucoup de châteaux devinrent des huguenoteries ; et., de nos jours, lorsque parcourant la campagne, vous apercevez de vieilles tours en ruines : interrogez les laboureurs, ils vous diront en se signant que c'étaient des maisons de huguenots. En 1565, Charles IX vint, avec toute la cour, à Châteaubriant; il y demeura quelques semaines, s'occupa de l'administration du pays, et réunit plusieurs juridictions royales aux sièges présidiaux de la province. Il y revint en 1570 et fit appeler près de lui Bertrand d'Argentré, jurisconsulte et historien célèbre dont s'honore la Bretagne. Cependant Anne de Montmorency., blessé à la bataille de Saint-Denis, qu'il remporta sur les Huguenots, était mort a Paris 1567.  Henri Ier, son fils, connu d'abord sous le nom de Damville, et marié à une héritière d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, hérita de la Baronnie de Chàteaubriant. Mais, depuis la mort du connétable Anne de Montmorency, ce séjour abandonné de ses seigneurs se trouva déchu tout à coup de son antique splendeur. Nous entrons dans une phase nouvelle de l'histoire de Châteaubriant : Tombée du rang de résidence féodale de premier ordre, à celui d'une simple place de guerre,cette ville, veuve de ses Barons, ne verra plus dans ses murs que quelques troupes de soudards.. Plus de carrousels, plus de fêtes royales ou princières, car voici venir la ligue qui ensanglante déjà la Bretagne, la ligue sainte dont le duc de Mercoeur se fait proclamer chef. Presque toute la province se déclarait pour lui dans l'espoir de recouvrer son ancienne indépendance. Alors la place de Châteaubriant, où Mercoeur avait des partisans nombreux tomba au pouvoir des troupes de Henri IV. 1589. A quelques mois de là, les ligueurs furent sur le point de reprendre le château, grâce à la trahison du commandant Goderest. Comptant donc sur cette perfidie, les gens du duc de Mercoeur se présentèrent aux portes. La nuit était sombre, tout semblait favoriser leur attaque; mais on avait découvert la trahison. Les ligueurs, étonnés d'être reçus à coups de hallebardes et d'arquebuses, ne purent soutenir ce choc inattendu, et s'éloignèrent avec de grandes pertes. Le traître Goderest fut tué pendant le combat. Châteaubriant faillit encore retomber entre les mains du duc de Mercoeur, le 10 février 1595 « par une trahison des habitants qui avaient promis d'ouvrir leurs portes au capitaine de Coëtquen «Enfin le 16 avril 1597, la ville et le château, dont les partisans de Mercoeur avaient fini par s'emparer furent repris par Saint-Gilles qui commandait les troupes de Henri IV. Jacques de la Courpéan était alors gouverneur de Châteaubriant. Vers cette époque, les principales fortifications furent démolies ou démantelées, en grande partie, mais on ne toucha point à l'habitation seigneuriale. Henry II de Montmorency , amiral et maréchal de France, gouverneur du Languedoc, succéda à son père (1614); il entra dans le parti de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII;. Gaston, lors de son mariage avec mademoiselle de Montpensier, se rendit à Nantes avec la cour. Ce fut alors que le cardinal de Richelieu, voulant épouvanter les conspirateurs, fit trancher la tète au comte de Chalais, sur la place du Bouffay, à Nantes, « par le, bourreau novice,» qui le frappa de trente-cinq coups de hache. Indigné de ce supplice cynique et cruel, Gaston d'Orléans s'enfuit de la cour, et vint à Châteaubriant avec sa jeune femme.1626. Dans la suite, pour continuer la guerre contre Richelieu, il alla dansle Languedoc demander secours à Henri de Montmorency. Le maréchal n'y était pas préparé, et fut effrayé de l'arrivée du prince; il rassembla pourtant quelques troupes à la hâte, se mit en campagne avec Gaston, et rencontra le général Schomberg, près de Castelnaudary (sept. 1632). Le vaillant Montmorency se précipita dans l'armée ennemie,«et tomba, criblé de blessure. sous son cheval mort: il fut pris. Le prince, au lieu de l'aider, jeta ses armes et fit sonner la retraite:il se réfugia à Béziers et se hâta d'envoyer sa soumission. Il connaissait la terrible maxime du cardinal : «Croire que pour être fils ou frère du roi on puisse impunément troubler le royaume, c'est se tromper:les princes du sang sont sujets aux lois comme les autres, principalement quand il est question du crime de lèse-majesté.» Le mois suivant (30 oct.), le dernier Baron de la branche ainée de Montmorency fut condamné à mort à Toulouse, et décapité malgré les larmes de toute la province., Ses biens, confisqués par arrêt du parlement, rentrèrent dans le domaine de la couronne. Marguerite de Montmorency, sa soeur, épousa le duc de Bourbon,

 

 

Henri prince de Condé; le roi lui donna en dot la baronnie de Châteaubriant. Enfin cette ville eut l'insigne honneur de compter au nombre de ses Barons, Louis de Bourbon, que l'histoire appelle Le Grand-Condé. Pendant la terrible époque de 1789 à 1793 alors que l'ouest se soulevait tout entier pour repousser les excès de la révolution, le district de Châteaubriant, quoique moins agité pourtant que beaucoup d'autres, eut ses fureurs républicaines et ses sans-culottes. On connaît les causes de cette explosion populaire: il fallut toute la persévérance ,que les Terroristes mirent à torturer nos provinces, à persécuter les ministres chrétiens et nos pieux paysans, dans leur foi forte et naïve, pour les tirer de leur repos naturel et de leur indifférence ordinaire en matière de politique. Mais attaquer la religion, c'était renverser le Palladium de la Bretagne....

 

Extraits de Histoire de Châteaubriant et de ses barons : suivie d'une notice sur la ville et ses environs, sur Derval, la Meilleraye, etc, Nort et les bords de l'Erdre par Dulaurens de La Barre               

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 18:38

Robert IV de Dreux, fils de Jean Ier et de Marie de Bourbon, mourut le 14 novembre 1282 après un règne de quarante deux ans. Peu brillant, une épitaphe, composée de huit vers en latin loue cependant sa justice, sa piété et l'austérité de ses mœurs. Il avait épousé très jeune -en 1260, Béatrix de Montfort, fille et héritière de Jean, comte de Montfort l'Amaury et seigneur de Rochefort en Yveline. Cette princesse lui donna cinq enfants : deux fils et trois filles : 

 

-Marie 1261 1276 unie avec Mathieu IV de Montmorency

 

-Yolande (ci après)-

 

Jean II  comte de Dreux 1265 1309

 

-Jeanne, comtesse de Braine ép. 1° Jean IV de Pierrepont 2°Jean de Bar

 

-Béatrice, 1270 1328, abbesse de Port-Royal

 

-Robert de Dreux, seigneur du Château du Loir

 

 

C'est probablement au château de Dreux, l'an 1263 que naquit Yolande, puisnée de la fratrie. Par son père, la jeune femme appartenait à la dynastie capétienne, tandis que sa mère Béatrice était la seule enfant du comte Jean Ier de Montfort l'Amaury dont l'aïeul Simon s'était distingué dans la lutte contre les Albigeois. Yolande était donc un beau parti...

 

 

Robert IV de Dreux & Béatrix de Montfort

 

Le 15 Octobre 1285 en l'abbaye de Jedburgh, Yolande de Dreux épousa le roi Alexandre III d'Ecosse, un homme de vingt et un an son aîné, veuf de Marguerite d'Angleterre dont il avait eu trois enfants. Tous étaient morts quand l'union eut lieu, cependant, cinq mois après la cérémonie, le roi d'Ecose trépassait laissant une jeune veuve. La jeune femme était enceinte, mais une fausse-couche survint et l'aventure écossaise cessa...

 

 

Alexandre III d'Ecosse & Yolande de Dreux

 

 

Lettres de Biétrix comtesse de Dreux et de Montfort, par lesquelles d'accord avec Jean, son fils aîné, comte de Dreux, elle assigne à sa fille Yolande reine d'Ecosse , et à ses hoirs, le manoir de Gambes et tous les pourpris qui en dépendent, tous deux se reconnaissent encore de lui assoir un manoir convenable, pour raison de frérage de la descendüe de père et de mère. Ce fust fait au chasteau du Loir, le vendredy devant la feste de S. André l'apostre en l'an de grace MCCXCIV

 

C'est dans le courant du mois de mai 1292 que Yolande de Dreux se remaria avec le duc Arthur II de Bretagne, de deux ans son aîné, lui-même était veuf de la vicomtesse Marie de Limoge dont il avait eut trois fils :

 

-Jean, futur héritier 1286-1341 marié successivement avec Isabelle de Valois, Isabelle de Castille et Jeanne de Savoie (les trois unions sans postérité)

 

-Guy comte de Penthièvre 1287-1331 marié à Jeanne d'Avaugour, parents de Jeanne de Penthièvre

 

-Pierre, seigneur de Dol, Combourg et Saint Malo 1289-1312

 

Six enfants couronnèrent cette union, à savoir :

 

-Jean comte de Montfort, 1295-1345 épousa Jeanne de Flandre

 

A Jean puifné Comte de Montsort , le Duc Artur pour son,partage paternel , bailla la terre & Seigneurie de Guerrande, rachetable dedans cinq ans, de .la somme de douze mille livres: & outre cinq cens livres par héritage en la terre du Perche , Sc de Montfaucon , comme il se trouve aux Chartres.

 

-Béatrix 1295-1384 épousa Guy X de Laval

 

Cy gist noble Dame Biatrix de Bretaigne , Dame de Laval & de Vitré , fille du Duc Artur, jadis Duc de Bretaigne , & de la Roine d'Escollè ; laquelle Biatrix deceda le VIII. jour de Décembre l'an MCCCLIV. Epitaphe de Ladite Dame , dans l'Abbaie de Clermont prêt de Laval, de l'Ordre de Cisteaux.

 

-Jeanne 1296-1364 épousa Robert de Flandre

 

En 1324 Jeanne de Bretagne épousa Robert de Flandre et lui apporta en dot une somme de 10.000 livres tournois. Par contrat de mariage il lui avait assigné en douaires les terres sises dans le Perche, c'est à dire Alluyes, Montmirail, et leurs dépendances. A sa mort, en 1331, il laissait de ce mariage deux enfants : Jean alors âgé de 8 ans et Yolande âgée de 5 ans.

 

 

-Alix 1297-1377 épousa Bouchard VI de Vendôme

 

-Blanche 1300, morte jeune

 

-Marie 1302-1371, religieuse à Poissy

 

Mais Yolande, ayant conçu quelques craintes pour l'avenir de ses enfants, parce qu'elle était parente au quatrième degré avec Artus, son mari, voulut , du vivant de celui-ci , assurer l'état de leurs dits enfants, qui étaient Jean surnommé de Montfort, que nous allons voir seigneur de l'Aigle, et quelques filles. Artus, et Jean, son fils du premier lit, y donnèrent les mains; ils assurèrent à la duchesse-reine et à ses enfants plusieurs terres, tant en Bretagne qu'ailleurs, et entr'autres celle de l'Aigle , pour leur tenir lieu de partage. La duchesse accepta cette assignation de biens par acte passé le samedi d'après la Saint-Lucas, 25 octobre 1311.

 

 

Yolande de Dreux

 

Lettres accordées par Philippe le Bel à l a duchesse douairière Yolande de Dreux, par lesquelles il assure que l'érection de la Bretagne en Duché Pairie ne pourra préjudicier à ses enfants, ni les empêcher de jouir entièrement de tous les avantages fondés sur la Coutume de Bretagne. 1309

 

Philippes par la grâce de Dieu Roi de France. Nous faisons assavoir touz que comme nostre chiere amée Jolent de Dreux Duchesse de Bretaigne nous ait signifié en compleignant que par ce que nous avons fait la Duchée de Bretaigne Pairie de France, que aucunes genz li ont donné en tendre que aucuns domages li en pourroient estre, aucun préjudice li ses enfanz ou temps venir âpres la mort de nostre amé féal Artus Duc de Bretaigne son Seigneur pour cc que la coustume de la Duchée de Bretaigne en pourroit estre estrecie en aucune choses. Et ù ce nous est requis humblement nous veullons pourvoir que par nostre fait domage n'en puist venir à li ne à ses enfanz. Et nous qui avons resgardé diligianment avons en grant conseil seur ce que sa requeste est de bonne foi & de équité ne voudrions que par nostre 'fait nul fust deceuz ne dommagié, qui savons que le mariage de li & du Duc Artus se fist grant piece avant nostre Ordenance de ladite Pairie pourvoions sadite requeste déclarons déterminons que se il avenoit âpres la mort dudit Duc, que nul se veusist efforcier à amenuisier liu son droit ne de ses enfans que elle a du Duc ou auroit, par le fait de ladite Pairie que ìl ni soient de rien oyz que la coustume de la Duchée de Bretaigne ne leur soit gardée en toutes choses en la manière en la condicion que elle estoit leure au jour que nous en feismes Pairie, que il prengnet tel profit en toutes choses comme il fesoient ou temps devant non contrestant ladite Pairie. Et ce voulons ordenons establissons dé terminons nous de nostre auctorité pouair Roial, ne voulons que nul en puist aler encontre ne fait oi au contraire nul temps. Et pour que ce soit en core plus ferme miex gardé tous temps nous l'aprouvons par l'autorité de nostre décret. En temoing, &c. Donné à Poissì le XXIIII. jour de Septembre l'an de grâce mil CCC &. nuef. Pris sur l'original par feu M. Herouval.

 

Le duc Arthur survécut huit mois seulement à cette disposition; il mourut au château de l'Isle, près la Roche-Bernard, le 27 août 1312. Ci-dessous

 

 

 

Jean, son fils aîné, lui succéda au duché de Bretagne et fut le troisième du nom. Ce duc, en 1318, quitta les armes de la maison de Dreux, et prit le plein écusson d'hermines, pour Bretagne, tel que l'ont gardé les autres ducs après lui. Etait ce par rejet de Yolande de Dreux que Jean III quitta les armes de la dite Maison pour adopter celles pleines d'hermines.  Voici un acte par lequel Yolande de Dreux rappelle au duc Jean III les engagements pris quelques années plus tôt :

 

Sachent touz que nous Yolent Duchesse de Bretaigne , avons volu e otré , e volons e otrons encore que en lassiette de XX mil livres de rente que davent avoir nostre fauz Johan e nos filles, pour lor portion des terres de nostre chier Seignor e espous le Duc de Bretaigne pere desdiz enfanz, segont la forme d'unes covenances fêtes entre nous e nosdiz enfanz d'une part e nostte chier fiuz Johan fiuz aesné de nostredit chier Seignor d'autre part, o l'assentement e l'ordenement de nostredit chier Seignor e de nos autres amis , íègont qu'il est plus plenement contenu en la lettre desdites covenances L'assiepte que ledit Johan fiuz esné nòstredìt Seignor a íète à nous ou nom de nos enfanz , en nous baliant toute la terre que nostredit chier Seignor tient au Perche e au Maine e en Normandie, tant à l'Egle que à l'Echequer de Roen , pour le pris de trois mil e trois cenz liv. desquels MMMCCC liv nous nous tenons a paiée ou nom de nos enfanz, fauve lefchaete de costé à nos enfànz, se elle avenoit , segont la forme contenue ez lettres de ladite convenance, en decheant de ladite somme des XX. mil liv. de rente ; e se ledit Johan tient à nous e à nos enfanz toutes les convenances contenues ez autres lettres , nous promettons tenir cestes chouíès e les garder segont reson, sur les poines, obligations, e lians qui font contenues ez autres lettres , e par nostre serment corporel. Ce fut fet à Succeniou , présent nostre davant dit chier Seignor e espous, Monsour Johan de Biaumanoir, Monsour Olivier de Montauban, Mons. Thomas de Quebriac, Mons. Gieffroy d'Anast, Mons. Guillaume Giírart, e pluseours autres. Le Semadi emprez la saint Lucas , l'an de grâce mcccxi. tefmoin nostre Seaul. Ch.de Nantes arm. A cassette F. n. 20. Voiez.le sceau MM.CIX .

 

 Mais devenu duc, Jean III tenta d'abord de faire annuler la seconde union de feu son père le duc Arthur II, car selon lui consanguinité il y avait avec Yolande de Dreux.

 

Clemens Epifcopus fervus fervus. Dei vener. fratri Roberto Episcopo Constantiensi & dilecto filio magistro Gaufrido de Plexeio Archidiacono Vallis Virie in Ecclesia Constantiensi notario nostro sal. & ben. Petitio dilecti filii nobilis viri Johannis Ducis Britannie nobis exhibita continebat, quod quondam Arturus Dux Britannie pater suus dum viveret, & nobilis millier Yolendis de Drocis Carnot. Dioc. non ignari quod gradibus consanguinitatis & affinitatis prohibitis estent conjuncti, matrimonium invicem, de facto, cum de jure non postent, dispensatione super hoc à sede apostolica légitime non obtenta, clandestine contraxerunt, & in hujusmodi matrimonio, imo verius contubernio diutius, minus légitime permanentes, ex illo filios & filias procréarant Cum autem iidem filii & filie sic suscepti se liberos legitimos dicti Arturi allèverent, in ipsius Johannis prejudicium non modicum & gravamen; Roberidem Johannes nobis humiliter supplicavit ut providere sibi super hoc paterna diligentia dignaremur. Nos igitur qui sumus omnibus in justitia debitores, leipsius Johannis supplicationibus inclinati, ac de cir- cumspectione vestra plenam in Domino fiduciam obtinentes, discretioni vestre per censuram Ecclesiasticam, firmiter observari ; non obistantibus constitutionibus de duabus dietis edita in stentes diruerant, dictosque fratres & eorum soro- Concilio generali & sel. record. Bonifacii Pape VIII. predec. nostri , qua cavetur ut aliquis ultra unam dictam extra suam civitatem & Diocesim ad judicium non trahatur. Datum A vinione V II. id. febr. Pontif. nostri anno VII. Ch. de Nantes, arm. R. cassette E.n.9      

 

Voyant que la consanguinité présentée devant l'Eglise ne fut pas reconnue, le duc Jean III, mit en place une commission composée d'experts nobles dans la prisée des biens attribués à Yolande de Dreux et l'argent versé à celle-ci par le duc Arthur II. N'ayant pas eu d'héritier malgré ses trois mariages, Jean III désigna sa nièce Jeanne de Penthièvre comme son héritière, sans doute par haine vis à vis de sa marâtre Yolande de Dreux et de son fils Jean de Montfort. Le 11 juin 1321, à Vannes fut signé un acte entre le duc Jean III et Yolande de Dreux, mais celle ci n'allait guère profiter de la paix revenue puisqu'elle trépassa le 2 août 1322.

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 18:44

Langue bretonne ? !

 

« Parler breton aux petits ?

Ah bien oui ! Dites donc, je ne suis pas folle !

Bon !… Parlez-leur le français des vaches

Je m’en fiche. Vous ferez comme vous voudrez.

Attendons…

 

Il n’a pas fallu attendre longtemps

Les enfants vite fatigués

De voir leurs amis se moquer

De leur français de cuisine

Hors d’eux reprochent

Aujourd’hui à leurs mères

De leur avoir refusé

         La langue de leur pays. »

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