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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 14:16

Le type équestre, différent de celui du franc, se retrouve sur des florins et ducats italiens de la fin du XIVe siècle et du début du XVe siècle : à Milan sous les Visconti, en Savoie ... Le florin au chevalier de Gueldre se présente de manière légèrement différente. Pourtant cette monnaie bretonne n'a ni l'origine française qu'on lui a donnée, ni l'origine italienne que l'on pourrait lui attribuer : c'est en Bretagne qu'il faut rechercher le véritable prototype de cette pièce, mais en dehors du monde de la numismatique, dans celui de la sigillographie : c'est certainement le sceau équestre du duc Jean IV qui a servi de modèle au créateur du type ; les sceaux équestres de Jean V donnent une représentation du duc à cheval légèrement différente L'étude des poids d'exemplaire nous montre que c'est à un système proche de celui du florin qu'est rattachée cette espèce : ces poids s'étalent entre 2,67 g et 3,13 g; mis à part trois exemplaires, deux légers à 2,67 g et 2,76 majorité d'entre elles entre 2,92 g et 3,02 g. Le poids moyen, calculé sur trente-trois exemplaires, ressort à 2,94 g. Tout cela rend probable une taille de 80 pièces au marc de 244,75 g. Nous sommes loin du florin de Florence dont le poids varie autour de 3,50 g, mais un grand nombre de florins de la fin du XIVe siècle et plus encore du début du XVe siècle sont de poids sensiblement plus faible. D'ailleurs, ce nom de florin était donné à tant de monnaies de poids et de valeurs tellement divers qu'il faut le comprendre comme le mot denier dans le sens très général de monnaie; il se distingue de ce dernier par le fait qu'il est réservé à une monnaie d'or. Une autre constatation peut être faite au simple vu de la courbe de répartition des poids d'exemplaire :


 


 

2,66 à 2,70 g X 1

2,71 à 2,75 g 0

2,76 à 2,80 g X 1

2,81 à 2,85 g 0

2,86 à 2,90 g XXX 3

2,91 à 2,95 g XXXXXXXXXXX 11

2,96 à 3,00 g XXXXXXXXXXXX 12

3,01 à 3,05 g XXXX 4

3,06 à 3,10 g 0

3,11 à 3,13 g X 1


 


 

Nous avons affaire à une courbe de répartition typique d'une série parfaitement homogène du point de vue pondéral ; nous pouvons donc en conclure que la taille au marc de cette espèce n'a jamais été modifiée au cours de son existence, et que si cette monnaie a connu plusieurs émissions, ce ne peut être que sur le titre qu'ont porté les affaiblissements. Nous n'avons aucune analyse de ces pièces et nous sommes obligés de nous fier aux données anciennes : les textes du XVIe siècle nous donnent un titre de 22 1/2 carats (937 millièmes); un manuscrit de la seconde moitié du XVe siècle nous donne les empirances 2 s. 1 d. et 6 d., soit les titres 21 1/2 carats (895 millièmes) et 23 4/10 carats (983 millièmes); un livre d'empirance de la première moitié du XVe siècle nous donne 2 s. 3 d. et 17 d. d'empirance, soit 21 3/10 carats (887 millièmes) et 22 3/10 carats (929 millièmes). Gardons-nous bien de considérer ces chiffres comme exprimant le titre réel de ces monnaies : l'empirance n'est qu'une évaluation commerciale, faite par les changeurs d'après leur expérience personnelle, et donc très variable. Une chose est sûre cependant : il y a eu au moins deux émissions dont la seconde, affaiblie en titre, a reçu un signe distinctif que nous précise le manuscrit que nous avons cité en dernier lieu : Ni Bigot, ni Poey d'Avant ne connaissaient ce texte, publié par Saulcy et que Caron fut le premier à commenter. Il n'avait d'ailleurs rencontré aucune monnaie répondant précisément à cette description. Deux trésors récents nous ont révélé des florins de Nantes et de Vannes présentant cette particularité de l'О pointé. Une deuxième certitude est que cette espèce a été frappée dans trois ateliers bretons : les pièces issues de Nantes (lettre d'atelier N) et de Vannes (lettre d'atelier V) étaient connues depuis longtemps ; une monnaie de Vannes est au Cabinet des Médailles depuis le XVIIe siècle. Récemment les deux trésors déjà cités ont révélé des florins portant la lettre d'atelier R, qui furent frappés à Rennes. Mais auquel des ducs Jean devons-nous attribuer ces monnaies : Jean IV (1345-1365-1399) ou Jean V (1399-1442) ? Devons-nous les partager entre ces deux princes ou les attribuer à un seul d'entre eux ? Bigot les partage entre Jean IV et Jean V d'après leur style : « les monnaies de Jean V se distinguent facilement de celles de son père par leur exécution plus soignée. On les reconnaît au premier coup d'oeil. On remarquera que le nom du prince est écrit sur les dernières par un seul N et qu'elles ne portent que ADIVTORIV et GBA au lieu de GRACIA et ADIVTOBIVM. » Cette attribution n'a jamais été remise en question, bien qu'elle ne soit pas toujours suivie par les experts et marchands. Bigot fait reposer son argument stylistique sur la connaissance de six pièces. Il en attribue quatre, toutes de Nantes, à Jean IV, et deux, une de Nantes et une de Vannes à Jean V. C'est bien peu nous semble-t-il pour pouvoir juger d'une évolution réelle du style. L'attribution des monnaies d'exécution plus soignée au prince le plus récent est un raisonnement qui a déjà été utilisé pour justifier l'attribution à Charles VI de certains francs à pied. Il a été réfuté depuis : les exemplaires de facture plus soignée conviennent mieux au créateur du type qu'à son continuateur. Par ailleurs l'abréviation de la légende n'est sans doute pas étrangère à l'impression favorable que peuvent laisser les florins à légende courte : la composition est plus facile à lire et donc d'autant plus agréable à notre oeil. Les légendes de droit et de revers se présentent en effet sous leur forme complète et sous différentes formes abrégées :

Droit : 1 IOHANNES DEI GRACIA BRITONV DVX

2 IOHANES DEI GRA BRITONV DVX

Revers : 1 DEVS IN ADIVTORIVM MEVM INTENDE

2 DEVS IN ADIVTORIVM MEVM INTEDE

3 DEVS IN ADIVTORIV MEV INTENDE

4 DEVS IN ADIVTORIV MEV INTEDE

5 DEVS IN ADIVTORIV ME INTENDE


 

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 18:27

 

 

Des deux monnaies d'or bretonnes que nous étudions ici, l'une est bien connue; il s'agit du florin de Bretagne au chevalier, qui peut être décrit ainsi : + IOHAN(N)ES DEI o GRA(CIA) o BRITONV o DVX (lettre d'atelier) Le duc, armé de toutes pièces et la visière baissée, brandissant une épée et tenant son écu, courant à droite sur un cheval caparaçonné à ses armes. + DEVS o IN ADIVTORIV(M) o ME(VM) o INTE(N)DE Croix fleurie et feuillue dans un entourage quadrilobé, avec une moucheture d'hermine à chaque angle rentrant. Cette belle monnaie, attribuée traditionnellement aux ducs Jean IV (1345-1365-1399) et Jean V (1399-1442), est rare; notre catalogue donnera au lecteur toutes indications sur les exemplaires passés en vente, conservés dans des collections publiques ou que nous avons pu voir dans le commerce. Il importe cependant qu'il sache dès à présent que deux trésors dont l'étude nous a été confiée nous ont apporté un matériel important et nouveau qu'il nous a semblé opportun d'utiliser ici. Les numismates ont baptisé cette monnaie de divers noms : Duby la nomme « écu », Aussant, « demi-écu d'or »; Bigot l'appelle « franc d'or » et en fait une imitation du franc à cheval de Charles V ; dans ses errata, il corrige en « escu d'or »; Poey d'Avant la baptise « écu » ; Garon parle de « franc à cheval » et assimile à cette pièce le «cavalier» des ducs François (1442-1450 et 1458-1488); Engel et Serrure utilisent les termes de « franc ďor », « breton d'or » ou d'« écu d'or au cavalier»; Dieudonné la nomme «cavalier ďor» ou « breton ďor », tout en précisant : « c'est un florin ». Ce terme avait déjà été employé par Bigot et par Engel et Serrure qui y voyaient une monnaie non retrouvée, et par Caron qui l'appliquait au demi-cavalier au nom de François. Ces divergences de vocabulaire marquent nettement les hésitations des numismates qui ne savaient à quel système monétaire rattacher cette espèce, ce qui les a parfois conduit à commettre à son sujet des erreurs. Ce n'est là en effet ni un franc à cheval, ni un « cavalier » comme ceux des ducs François, ni un écu, ni un demi-écu, mais bien un florin; les textes attestent le bien-fondé de cette appellation : si nous avons trouvé « breton d'or » dans des textes du XVIe siècle, « petit double » dans un texte de la seconde moitié du XVe siècle, les quelques mentions qui sont faites de cette espèce dans la première moitié de ce siècle le sont sous le nom de « fleurin de Bretaigne»; de plus c'est le terme qu'emploient les Bretons eux-mêmes dans leurs réponses à l'enquête sur les droits royaux et anciens usages du pays de Bretagne, en 1455.

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 15:45

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 13:23

Les coqs affolent pendant les Avents


 

Quand il vente pendant les Avents, il y aura des pommes


 

Quand un chat crève dans une maison pendant les Avents, c'est rare qu'il ne suive pas un autre malheur


 

A la Saint Thomas,

tkais (cuit) du pain et lave tes draps

En tras jou's Noué tu aras


 

Quand il fait soleil la veille de Noël, il y aura des pommes l'année suivante. Le soleil rit aux pieds des entes.


 

Quand l'soula ra (luit) la veille de Noué

Des pommes à volonté

 

 

Matignon

 

Jadis à Matignon et à Ploubalay, les gars se réunissaient la veille de Noël, et portant sur l'épaule de grands bâtons et des bissacs, ils allaient frapper aux portes des métairies :

-qui est là ? demandait-on

-le hoguihanneu, répondaient les gars.

Ils chantaient quelque chose, et pour les remercier , on leur donnait un morceau de lard. Ils l'enfilaient dans le bâton pointu de l'un d'eux, et ce lard était réservé pour un repas qui se nommait le bouriho.

 

A Montauban, les enfants pauvres, allaient comme en beaucoup de localités bretonnes se présenter à la porte des personnes aisées en criant : «  au guyané, au guy l'an neuf ». Ils étaient pour leur part armés d'une longue broche en bois sur laquelle ils enfilaient les morceaux de lard ou de vache dont on faisait l'aumône.


 

A Ploërmel, on criait : « au gui gouroux »


 

Parfois les filles et les garçons montaient dans les arbres ou les piles de pailles pour chanter la nuit ; et, d'un village à l'autre, se répondaient.


 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 10:12

Au XVIIe siècle, on avait déjà vu présente à Plénée-Jugon une famille de chirurgiens (voir La famille Rochelle de Plénée-Jugon). Il y a quatre ans passés, nous avions abordé l'épidémie qui en 1758 avait ravagé le. terroir compris entre Lamballe et Dinan (voir L'épidémie de Plénée, page n° 1 - L'épidémie de Plénée, page n° 2 - L'épidémie de Plénée, page n° 3). Plénée avait été particulièrement touchée puisqu'elle avait perdu 392 paroissiens. En sachant que cette vaste contrée comptait près de quatre mille âmes, elle avait donc payé un très lourd tribu : soit 4 % de la population. C'est au cours de cette période qu'un dénommé Antoine Issaly, originaire du Quercy arriva en notre bonne vieille Province de Bretagne afin d'y poursuivre ses études en médecine. Antoine Issaly fut reçu à Rennes maître chirurgien pour Plénée-Jugon le 27 novembre 1759. Le sieur Antoine Issaly, de la paroisse de Saint-Germain de Bellaire en l'évêché de Cahors en Quercy était fils de Pierre Issaly, Maître-chirurgien et de Françoise Manié. Il épousa en l'église de Plénée le 11 juin 1759 Marie-Anne-Malterre.  -acte ci-dessous 

 

 

 

On sait que sa veuve Marie-Anne Malterre, épousa en 1775 François Cousté. Peut être une fois ses examens en poche, fut il sollicité par ses confrères afin de les seconder en donnant des soins précieux aux malades, il fut manifestement le bienvenu afin de suppléer ses confrères confrontés à ce véritable au cours duquel certains d'entre eux trépassèrent. C'est à ce personnage que la population de Plénée eut affaire quand une nouvelle épidémie la toucha de nouveau dès la fin de l'année 1773. Il s'agissait d'après les notes précieuses laissées çà et là d'une épidémie de typhus. Il est aussi mention de Jean Antoine Issaly, fils de maître Pierre Issaly, et de son épouse Françoise Manié. Ledit Jean-Antoine fut pour sa part reçu chirurgien, en 1774, à Rennes et désigné en poste à Plénée. On donne ce dernier fils et petit-fils de chirurgiens. Tout comme son prédécesseur Antoine -son frère, sa nomination après obtention d'examen arrivait à point nommé. Le sieur Bernard de l’Isle, qui vint seconder le sieur Issaly de Plénée, ne bénéficiait pas de la même confiance que celle témoignée à son confrère. En février 1784 à Plénée-Jugon  furent publiés les bans du mariage entre le dit Jean-Antoine Issaly  et  Perrine-Julienne Rebours -ci-après

 

 

 

 

Il eut au cours de sa carrière loisir de parcourir cette vaste paroisse de Plénée et fut témoin, comme nous l'avions vu de cet accouchement particulier qui se produisit l'an 1787 au lieu-dit de la Montforière (voir Accouchement de Plénée -  Un difficile accouchement à Plénée en novembre 1787....). La famille Issaly a laissé son emprunte au bourg de Plénée avec cette bâtisse des Hostieux Testart dite aussi Hôtel Issaly -ci après.

 

 

 

Jean-Antoine Issaly s'éteignit à Plénée-Jugon le juillet 1817 âgé de 74 ans. La filiation de cette famille s'est poursuivie à travers Antoine Issaly,  et Jean-Marie Issaly, fils de Jean-Antoine et de Perrine-Julienne Rebours.  Antoine épousa  à Plénée-Jugon, le 7 juin 1819 Demoiselle Hélène Veillet. Sur l'acte ledit Antoine Issaly est donné âgé de 28  ans (né le 4 février 1791), propriétaire demeurant le bourg de Plénée. De leur union naquirent sept enfants. C'est à Jugon que le sieur Antoine Issaly s'éteignit le 8 novembre 1838. Il exerçait la profession de greffier de paix. Le frère de Antoine, Jean-Marie Issaly naquit quant à lui en 1792, marié à Victoire Hamonic, leur fils Célestin exerça a profession de "docteur en médecine" à Plénée Jugon, c'est d'ailleurs à Plénée Jugon qu'il mourut le 31 juillet 1891 âgé de 67 ans. Il était marié avec Léone Gourdet.

 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:43

 

 

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 14:35

 


Le jeune héritier Jean V de Bretagne figure derrière son père Jean IV

 

 

Jean IV de Monlfort, duc du Bretagne, laissait a sa mort, de son mariage avec Jeanne de Navarre, quatre fils : Jean, Artur, Gilles et Richard. La Bretagne pleurait, certes, le prince dont elle se sentait fière et qu'elle avait surnommé le Conquérant ; elle respirait cependant, pensant qu'un nouveau règne allait assurer la paix. Elle souffrait en effet depuis de longues années. La guerre de Succession, cette lutte fratricide entre Jean de Monlforl et Charles de Blois, l'avait épuisée ; et ; si le traité de Guérande avait mis fin à ses maux, il restait encore bien des misères à soulager. L'avènement au trône ducal du fils aîné de Jean IV rendait l'espoir à tous. C'était la tranquillité revenue dans les campagnes inondées de sang, dans les villages incendiés, dans les villes saccagées et couvertes de ruinés. On oubliait les malheurs passés. Aussi, le, 22 mai 1401, la ville de Rennes avait-elle peine à contenir les populations accourues de tous les points de la Bretagne. La vieille cité bretonne était eu fête. De toutes parts se pressait une foule avide de contempler son nouveau duc, âgé de douze ans, qui allait ceindre la couronne. Jean V arrivait de Nantes et, sur toute la route, il avait été accueilli par les acclamations de sou peuple, saluant en lui le prince qui rendrait la prospérité à la Bretagne, tout en sachant maintenir l'héritage de ses ancêtres dans sa grandeur et son indépendance. La ville de Rennes n'avait pas au XVe siècle la physionomie qu'elle a aujourd'hui. C'était la cité féodale par excellence. Sa population était renfermée dans des rues tortueuses, bordées de hautes maisons de bois à pignons pointus, a étages en encorbellements. Ses places irrégulières, ses carrefours anguleux autour desquels s'élevaient les manoirs féodaux aux poutres sculptées, aux tourelles gothiques, tout donnait à la ville un cachet bizarre qu'il est impossible de retrouver aujourd'hui. L'incendie de 1720 a détruit ta vieille ville tout entière. Il épargna cependant la cathédrale du XIIe siècle, dans laquelle eut lieu le sacre de Jean V, et qui, menaçant ruine, fut reconstruite en 1756. L'ancien château fut démoli en 1497, quelques années après l'époque où commence notre histoire. La porte Mordelaize, par où les ducs de Bretagne et les évêques faisaient leur entrée dans la ville de Rennes, est le seul monument qui subsiste des temps passés. Située à rentrée d'une rue aboutissant à la place de la Cathédrale, la porte Mordelaize a conservé une rangée de mâchicoulis et les rainures de son pont-levis.

 

 

Porte Mordelaise d'après ancien plan de Rennes

 

C'est un monument historique intéressant, au point de vue de l'architecture militaire du moyen âge. C'est là que l'évêque de Rennes, à la tête de son clergé, attendait le duc Jean, devant le pont-levis dressé. Le cortège arriva précédé des hérauts d'armes et de trompettes sonnantes ; tous se rangèrent des deux côtés de la porte, laissant le duc s'avancer au-devant de l'évêque. Monté sur un cheval richement caparaçonné, il avait à sa droite, sur une haquenée blanche, la duchesse douairière Jeanne de Navarre, sa mère; dont la beauté était rehaussée par la joie qu'elle ressentait de l'accueil fait a son fils. A la gauche de Jean, grave et maintenant fièrement l'ardeur de son petit cheval, se tenait son frère cadet Artur, alors âgé de huit ans, le héros de celte histoire. Derrière lui venaient ses deux autres frères, beaucoup plus jeunes, Richard, comte d'Étampes, et Gilles, conduits par des écuyers. Enfin, se massaient a la suite princes, comtes, barons, chevaliers du plus haut lignage, toute la noblesse du duché. Quand le jeune duc fut à quelques pas de lui, l'évêque Anselme de Chantemerle éleva la voix :

« Qui êtes-vous et que voulez-vous ? dit-il.

-Je suis le duc Bretagne, répondit Jean, et je veux entrer dans ma capitale. »

L'évêque s'inclina.

« Ainsi soit, Monseigneur, dit-il ; qu'on abaisse le pontlevis et que la porte soit ouverte ! »

L'ordre aussitôt exécuté, l'évêque fit un signe et l'archidiacre s'approcha, portant de la main droite l'Evangile et de la main gauche un reliquaire.

« Monseigneur le Duc, reprit l'évêque vous jurez sur l'Évangile et les sainctes reliques à Dieu et à Monseigneur saint Pierre, que les libertés, franchises, immunités, anciennes coutumes de l'Église de Bretaigne, de nous et de nos hommes, tiendrez sans les enfreindre; et de torts, violences, inquiétations, oppressions et de toutes novalités quelconques, nous et nos hommes garderez et ferez garder, en voslre pouvoir ? »

Jean V étendit la main droite sur l'Évangile et le reliquaire, et dit : « Je le jure. » Il proclama en outre : oubliance absolue et pardon du passé en faveur des condamnés et prisonniers pour tous faits de rébellion et de guerre.

Une rumeur d'approbation courut aussitôt dans la foule massée derrière les hérauts et tes gens d'armes. L'évêque s'écarta alors et les trompettes retentirent, pendant que le jeune duc s'engageait sur le pont-levis, suivi de sou cortège, pour pénétrer dans l'intérieur de la Ville. Au seuil de la maison de ville, attenante à la porte Mordelaize, se tenaient les échevins et les baillis. Ils s'inclinèrent devant leur nouveau souverain et le conduisirent dans une chambre préparée à cet effet, où il revêtit l'habit ducal de drap d'or. Il rejoignit alors le cortège et s'achemina vers la cathédrale au son des cloches, à travers les rues enguirlandées et pavoisées aux couleurs de Bretagne. Une foule compacte se pressait au-devant de lui, chantant Noël et l'accueillant par des cris enthousiastes. Jean V entra dans la cathédrale où, conduit par l'évêque il alla s'agenouiller devant le maître-autel de la chapelle Saint-Pierre. Suivant la coutume, il y demeura en prières jusque fort avant dans la nuit, pour se rendre ensuite au palais ducal. Le lendemain matin, dès la première heure, les cloches sonnèrent dans toute la ville, pendant que le peuple se répandait à travers les rues où devait passer le cortège. Jean V, revêtu d'une robe de pourpre fourrée d'hermine, avant le manteau ducal sur les épaules, sortit du château accompagné, comme la veille à son entrée dans Rennes, par sa mère et par ses frères, ainsi que par la noblesse du duché. Il se dirigea vers la cathédrale, accueilli par les acclamations du peuple. Il fut reçu à l'entrée de la nef par l'évêque, revêtu des ornements pontificaux et entouré de son clergé. Une députation des hauts dignitaires de la Bretagne, tant ecclésiastiques que séculiers, prélats et seigneurs, ainsi que les représentants des églises cathédrales et du tiers état, tous jaloux de saluer le successeur de Jean IV, remplissaient la nef. Une estrade, élevée à l'entrée du choeur, était ornée d'oriflammes et de bannières aux armes de la noblesse bretonne, d'écus blasonnés, de casques, d'armures, de cimiers enrichis de dorures et décorés des couleurs les plus éclatantes. Sur cette estrade se tenait debout et seul, fier et droit, un chevalier de haute taille, à la barbe grise, à la mine hautaine, que rendait presque farouche, l'oeil gauche qui lui manquait. C'était lui qui devait armer chevalier le nouveau duc et lui ceindre la couronne. C'était le personnage le plus illustre de la Bretagne, le sire Olivier de Clisson, connétable de France. Depuis son arrivée dans l'église, il était le centre de tous les regards. Ce n'était pas seulement a cause de la haute dignité militaire dont il était investi, mais aussi parce qu'il y avait autour de son nom toute une légende d'actions mémorables et d'aventures terribles. Olivier de Clisson avait été le grand ami de Bertrand du Guesclin. Il était, bien qu'élevé en Angleterre, et peut être parce qu'il y avait été élevé, le grand ennemi des Anglais. Il avait commandé l'armée de Flandre et avait gagné sur le brasseur Jacques d'Artevelde la fameuse bataille de Roscbecque. Mais sa véritable guerre avait été contre le père de Jean V, contre son seigneur, le duc de Bretagne lui-même. Jean IV, plus anglais que breton, avait pris en haine Olivier de Clisson et, a deux reprises différentes, lui avait tendu des pièges mortels. Une première fois, il l'avait attiré à Vannes au château de l'Hermine, et l'avait jeté dans un cachot, pour l'y laisser mourir. Il ne lui rendit la liberté qu'après en avoir exigé une forte rançon. Mais alors le roi de France Charles VI avait pris fait et cause pour son connétable et avait forcé le duc a rendre la rançon et à faire amende honorable. Une autre fois, à Paris même, Pierre de Craon, à l'instigation de Jean IV, attira Olivier dans un guet-apens et le laissa pour mort sur la place. Le roi de France, indigné, déclara la guerre au duc de Bretagne. C'est en marchant contre lui que, dans la forêt du Mans, il fut frappé de folie. Depuis, il y avait eu réconciliation entre le duc et le connétable, mais c'était le duc qui avait du faire les premiers pas. Ces événements faisaient l'objet des conversations autour de l'estrade. On disait aussi qtte Clisson était le plus riche seigneur du duché et qu'il avait des trésors cachés. Aussi tous les regards se portaient-ils sur lui avec une admiration où il entrait un peu de terreur. Olivier de Clisson, de son côté, en voyant venir à lui les fils de son ancien ennemi, ne pouvait manquer de se rappeler les persécutions dont il avait été autrefois victime. Bien qu'il cherchât à éloigner ces sombres souvenirs et à accueillir ces enfants avec bienveillance, ceux-ci n'en tremblaient pas moins en gravissant l'estrade et en prenant place à côté du connétable. Il se fit alors un grand silence, et le héraut d'armes Malo dit à haute voix :

« J'appelle notre Sire Jean de Montfort, fils de Monseigneur Jean IV de Monfort, duc de Bretagne; je l'appelle !

«-Me voici ! » dit une voix jeune et claire.

Le jeune duc se leva et vint plier le genou devant le connétable. Olivier de Clisson tira alors son épée et en frappa trois coups sur l'épaule de Jean V, en disant :

« Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges, je vous fais chevalier, Soyez preux, hardi et loyal. Je vous donne cette épée au nom de Monseigneur saint Pierre, comme elle a été donnée aux rois et aux ducs vos prédécesseurs, en signe de justice, pour défendre l'Église et le peuple qui vous est soumis, en prince équitable »

Puis l'évêque, après avoir béni la couronne, la remit à Clisson, qui la posa sur la tète de l'enfant, en disant :

«On vous baille ce cercle au nom de Dieu et de Monseigneur saint Pierre, qui désigne que vous recevez votre puissance de Dieu te tout-puissant qui, comme ce cercle, n'a ni commencement ni fin, duquel aurez logement et couronne perpétuelle en paradis, faisant votre devoir par bon gouvernement de votre seigneurie. »

Le jeune duc se tourna alors vers l'autel et, élevant la main, dit :

Amen.

Le héraut d'armes s'avança et dit :

« Je proclame Monseigneur Jean V de Montfort duc de Bretagne, je le proclame ! »

L'assistance unanime, debout, les mains levées, sacra une seconde fois le jeune duc par ses acclamations. Comme Jean V retournait à sa place, il fut arrêté par son frère Artur, qui lui dit :

« Mon frère, notre père nous disait que l'on peut bailler aux autres l'épée de chevalier quand on l'a reçue ; or donc, je vous prie de me la bailler, afin que je l'emploie à la défense de notre beau pays de Bretagne. »

Des applaudissements éclatèrent de toutes parts, et le jeune duc, soulevant à grand'peine la lourde épée, arma son frère chevalier. Jean V descendit alors de l'estrade et vint se placer au bas du maître-autel de Saint-Pierre, où il se tint debout, l'épée nue à la main, pendant la durée de la grand'messe, que l'évêque célébra pontificalement. Un Te Deum fut ensuite entonné et tes voûtes de l'église retentirent des accents de la musique sacrée et des cantiques d'actions de grâces en l'honneur du nouveau duc. Après la cérémonie, Jean V se rendit en procession à l'église Notre-Dame de la Cité. Il marchait sous un dais porté par les quatre bacheliers de Bretagne ; le grand écuyer marchait en avant, tenant l'épée ducale renfermée dans un fourreau garni de pierreries. Arrivé a l'église, le duc retira sa couronne et la déposa sur un coussin de drap d'or; pendant que les cantiques étaient entonnés de nouveau. II reçut ensuite les seigneurs vassaux à l'hommage. La journée se termina par une fête à la Cohue. Des tables furent dressées pour le peuple dans les salles d'en bas, tandis que, dans les salles d'en haut, le duc et les grands vassaux étaient servis. Des largesses furent faites dans la ville. A l'issue du repas, les convives s'entretenaient des événements de la journée. Chacun commentait l'audace du jeune Artur, sa hardiesse à venir réclamer l'épée de chevalier. Chacun prédisait toute une carrière de gloire à cet enfant ; fier de penser qu'il saurait un jour tenir haut le drapeau de la Bretagne. A l'époque où se passaient ces.événements, Artur n'avait pas encore huit ans et déjà, comme nous venons de le voir, battait dans son coeur l'amour de la patrie. Il était le digne fils de Jean IV de Montfort qui, par son énergie et sa valeur, sut conquérir la couronne à la pointe de son épée.  

 

 

Jean V de Bretagne

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 15:53

 

Moncontour

 

 

Dinan

 

 

Montfort-sur-Meu

 

 

Montauban de Bretagne

 

 

Pontivy

 

 

Cesson

 

 

Le Guildo

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 15:38

Le siège, par jugement prévôtal en dernier ressort, a déclaré la contumace bien inscrite contre ladite Catherine Legoff, dûment atteinte et convaincue d'avoir,le douze du mois de février dernier, grièvement maltraité, sur le grand chemin de Carhaixà Château-neuf, la dame de Kerléon, douairière de Porsmoguer, de lui avoir volé, après lesdits mauvais traitements, quelques hardes, nippes et autres effets et environ cent sols en argent, de l'avoir laissée en l'endroit en danger et risque de périr, pour réparation de quoi a condamné ladite Legoff à être fustigée nue sur les épaules et battue de verges par l'exécuteur de la haute justice, aux carrefours et lieux accoutumés de cette ville, pendant trois jours de marché consécutifs, et ensuite flétrie sur les épaules d'un, fer chaud marqué de la lettre V passé de quoi la bannit pour dix ans de cette province et lui enjoint de garder son ban, sous lesdites peines portées par les déclarations du royr, a condamné ladite Legoff en 20 livres, d'amende au roy. et ordonné que le présent jugement sera transcrit sur un tableau attaché par ledit exécuteur à la potence et lieu ordinaire en la place publique de cette ville, et l'a condamnée aux dépens. Fait et arrêté en la chambre du conseil du siège présidial de Quimper, au raport de Maître Jean- François Le Forestier, doien des conseillers dudit siège, le huit juin mil sept cent cinquante et trois. » (Suit la signature du lieutenant général de la maréchaussée. Regnoult Demarest)


 

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 13:05

La fille Legoff a été décrétée de prise de corps, et la compétence prévôtale ayant été déclarée le 2 mars, son jugement est imminent. Elle ne l'attendra pas. -Le 5 mars, vers les 7 heures du soir, messire Hervé Gabriel de Silgu, sénéchal et premier magistrat .de Cornouaille au siège présidial, était chez lui, s'entretenant avec le sieur Huchet d'Angeville, avocat du roi au même siège et procureur du roi à la maréchaussée, quand on vint le prévenir d'un tumulte aux prisons et dans l'étroite : et sombre rue (rue Obscure) où elles étaient situées. Les deux magistrats requièrent à la hâte un sous brigadier et un cavalier de la maréchaussée et se dirigent avec eux du côté où on leur a signalé le tapage. Ils trouvent en effet un rassemblement de personnes, -qui leur disent que depuis 6 heures, on n'entend que cris et bruits dans la maison. Ils frappent à la porte et après quelque attente, ils voient paraître à la fenêtre delà cuisine la femme du geôlier, toute échevelée et animée de colère, trop hors d'elle-même pour parler. Sur sommations répétées, le geôlier se décide à ouvrir la porte, et les magistrats accompagnés des hommes de la maréchaussée,.de l'individu qui est venu les prévenir (le facteur de la messagère) et par un clerc tonsuré qui s'est rencontré là, se trouvent en face d'un couple en état singulier ! « Allés, messieurs, leur crie la geôlière, leur indiquant son mari, vous allés voir sa fille, sa gueuse; il l'a mise dans la cour, entrez, vous l'y rencontrerez» « à quoy le geôlier a répliqué: Messieurs ne l'écoutez pas, elle est soûle, je l'ai corrigée, elle m'a dépensé beaucoup aujourd'huy et je la corrigerai, elle m'a soté à la fasse et aux cheveux. Sur quoy la femme répliquât : Comment, misérable, vous verres. » Tout s'éclaircit bientôt. Il y a dans la chambre civile, sept prisonnières dont les dépositions vont aider la vérité à se dégager. Le renfermement n'est pas bien sévère, les femmes ont voulu boire du cidre, et la fille. Legoff, malgré qu'elle soit placée dans un cachot à part, avec une autre détenue, s'est offerte pour en aller demander au geôlier. Celui-ci probablement l'a suivie jusqu'à la chambre, et se laissant aller à des galanteries que la bonne peste n'avait garde d'écarter, il l'aurait embrassée. La femme défiante et jalouse, avait justement l'oeil à la serrure : brusquement elle se présente, administre un soufflet à la fille, prend aux cheveux son mari, et le tapage commence. Pendant ce temps, la fille Legoff sortait, remarquait d'un coup d'oeil un coin de bâtiment ruiné, d'où il était assez facile de grimper sur un toit, pour de là se laisser choir dans un jardin voisin, proche d'une route, et elle prenait son élan vers la liberté, Ce fut en vain qu'on la rechercha, on ne la rattrapa pas. Cette jeune-personnes bien douée arrêta-t-elle là ses prouesses? Nous l'ignorons. Peut-être la retrouvera-t-on plus tard en quelque dossier encore non dépouillé. Mais l'aventure de son évasion n'est pas sans être instructive sur les moeurs des prisons du siècle dernier. Il ne semble pas que le geôlier ait été remplacé ou puni pour sa négligence. La procédure ne continua pas moins contre l'évadée, et sur les conclusions du procureur du roi à la maréchaussée, sentence définitive fut rendue le 8 juin 1753.

 

 

Ancienne prison de Quimper

 

« De par le Roy, Messire Guy Alexandre Piquet, chevalier, seigneur de Melesse, -prévôt général commandant la maréchaussée de la Bretagne. Entre le.procureur du Roy de la maréchaussée de Bretagne, au département de Quimper, de son office demandeur et accusateur, et Catherine Legoff, deffenderesse et accusée de vol et attaque sur le grand chemin. Vu par nous, escuyer François Begnoult, sieur Desmarets, lieutenant général de la maréchaussée de Bretagne au département de Quimper, et les gens tenans le siège présidial, ordonné et établi par le Roy notre sire à Quimper, air procès criminel instruit et poursuivi à la requête du procureur du Roy de la maréchaussée, de son office demandeur et accusateur contre ladite Catherine Legoff, deffenderesse et accusée, -lettre missive du 13 février 1753, adressée de la part du sieur de Muzillac à Recourt, brigadier de Carhaix, -autre lettre missive écrite par le sieur Lenevez, prêtre, à la dame de Muzillac, dudit jour 13 »


 

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