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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 17:23

 

 

En ce moment, est commémoré le 950e anniversaire de la Bataille d'Hastings, que nos voisins Normands livrèrent Outre-Manche aux Saxons et à leur Suzerain Harold. Ainsi, Guillaume le bâtard, s'étant vu dépouiller du sien héritage que lui avait promis son parent Edouard le Confesseur -mort le 5 janvier 1066, décida de chasser l'usurpateur après l'avoir en vain prier de lui restituer son royaume. C'est à Lillebonne en Pays de Caux, que celui qui allait devenir pour la postérité, le Conquérant, décida de rassembler ses hommes, de tout statut, au cours de l'été 1066, avant de se lancer dans cette véritable aventure. Près de sept à huit mille hommes acceptèrent de relever le défit et d'accompagner le dit Normand dans sa conquête. Beaucoup de ces mercenaires étaient des puînés, issus d'illustres Maisons, et, plusieurs contrées y étaient représentées. Bien évidemment, il y avait des Normands, des Manceaux, des Angevins, des Poitevins, des Flamands, des Siciliens, mais aussi des Bretons, des Ecossais….La flotte, composée d'environ 650 navires, quitta le rivage normand, depuis Saint-Valery, ce 27 septembre 1066 et débarqua dans le Comté de Sussex en la baie de Pevensey le 28 septembre. Nous ne poursuivrons pas le récit de ces batailles décisives qui permirent à Guillaume, duc de Normandie de conquérir l'Angleterre, mais nous nous intéresserons à quelques unes de ces figures bretonnes qui l'assistèrent pour la circonstance -il est généralement admis que l'armée bretonne composait l'aile gauche des troupes, et que submergée par une contre-attaque saxonne, elle demanda le secours de la cavalerie de Guillaume ; on sait que les chevaliers Bretons attaquèrent et tombèrent en grand nombre. Mais combien de fiefs étaient entre les mains de ces guerriers bretons ? Certains avancent un pourcentage de 5 %, d'après une estimation effectuée un siècle après Hastings -soit près de deux-cent-cinquante fiefs. La plupart de ces soldats venaient de Haute-Bretagne, et s'ils étaient aussi nombreux, celà pourrait s'expliquer par le fait que Guillaume le Conquérant préférait les voir près de lui, en Angleterre, plutôt qu'en train de menacer la frontière de son duchié de Normaundie. Il est vrai aussi que Hoël de Cornouaille, nouveau duc de Bretagne, contrairement à son prédécesseur, Conan II, entretenait de bons rapports avec le duc de Normandie, et il lui envoya des fantassins, mais aussi des cavaliers, tous placés sous le commandement de son héritier, le futur duc breton Alain IV Fergent. On sait que Guillaume le Conquérant se réserva ainsi qu'à sa famille, près de la moitié des terres enlevées aux adversaires, le reste fut accordé aux guerriers qui l'avaient soutenu. Nous avons vu, avec l' « honneur » de Richmond, comment Alain le Roux, alias, Alan Rufus, fils cadet de Eudon de Penthièvre fut récompensé par attribution de ce comté, pour services rendus. En son temps, il fut assurément l'un des plus riches barons d'Angleterre ! Ses frères : Alain le Noir et Etienne furent aussi détenteurs de terres en la perfide Albion -on cite aussi leur frère illégitime Briend (voir le premier comté de Penthièvre, page n° 2). Un autre personnage dont nous avons brièvement abordé le sujet, joua également un rôle prépondérant Outre-Manche, avant d'en être chassé avec quelques uns de ses compatriotes, en l'an 1075, pour rébellion à l'encontre du tout puissant maître, Guillaume le Conquérant : le sire Raoul de Gaël -alias Ralph staire ou Englishman (voir les défenses des sires de Gaël, page n° 1 - les défenses des sires de Gaël, page n° 2). Du pays de Dol étaient originaires les dénommés Guihénoc -alias Wihenoc ou Guiethenauc, fils de Caradoc de la Boussac, et, Badon -alias Baderon de la Boussac son frère. Une décennie s'étant écoulée depuis la conquête, l'aîné de la fratrie se vit récompenser du château de Monmouth en Pays de Galles et fonda tout près du castel « Monmouth Priory », dédicacé à Saint-Cado.

 

 

Monmouth castel

 

 Après la conquête normande, la terre autour Monks Kirby située dans le Warwickshire, est entrée dans la propriété de Geoffroy de la Guerche, un chevalier breton qui épousa Aelgifu, fille de Leofwin de Newnham, le dernier seigneur saxon. Manifestement le dit Geoffroy était un cadet de la famille de La Guerche (voir Quelques notes sur les seigneurs de la Guerche de Bretagne). Giron, fils d'Anquetil, seigneur de Châteaugiron, fut aussi du nombre des chevaliers bretons présents à Hastings. Quoi de plus naturel, quand on sait que le dit Anquetil avait sans nul doute du sang normand dans les veines comme le suggère son identité (voir quelques notes sur l'endroit : Chateaugiron, extrait par François-Alexandre Aubert de La Chesnay). Juhel de Totnes, mort vers 1123-1130 -alias Juhel fitz Alfred, est semble-t-il, d'après son patronyme, issue d'une famille ayant des liens tant en Bretagne qu'en Mayenne. Après la conquête normande, il devint Baron de Totnes & de Barnstaple dans le Devon et disposait d'un certain nombre d'autres propriétés en ce même comté, mais tout comme le puissant Raoul de Gaël, il fut expulsé d'Angleterre et ses biens furent confisqués. Un récent ouvrage de Pierre Hillion, consacré aux Bretons présents à la Bataille d'Hastings évoque deux frères : Hervé de Hillion & Tihel de Hillion  :  Dans le Domesday Book (Great Domesday, p.117), au chapitre XLV, sont détaillées les possessions anglaises attribuées après la bataille de Hastings par Guillaume, nouveau roi d'Angleterre, à Hervé de Hillion : Ashton, Hackworthy, Chilton, trois domaines tous situés dans le Devonshire, près d'Exeter, dans le sud-ouest du pays. En examinant les cartes du Devon et en effectuant une visite dans ces villages de l'Angleterre, l'auteur a retrouvé, 949 ans plus tard, les anciens domaines attribués à Hervé de Hillion, dont celui de Upton Hellions, écrit aussi Upton Hillions, situé à 6 km de Chilton. Les propriétaires actuels de ces domaines, dont la propriété appelée "Hellions Barton", à Upton Hellions, savaient que les origines du village remontaient à Guillaume le Conquérant et que des "Hillion" s'y étaient établis à cette époque. Mais ils ignoraient qu'il existait une commune française, de l'autre côté de la Manche, baptisée Hillion. Un village armoricain que Hervé de Hillion, et d'autres combattants bretons, avaient quitté en 1066 pour tenter de trouver une vie meilleure en Angleterre (sources Agence Bretagne Presse)Enfin, Michael Jones, dans son ouvrage :  The Creation of Brittany : A Late Medieval State, évoque la présence des Bretons sur le sol anglais au XIIe siècle :  -Roald, Harscouët, Hasculf, Rualent, Gurvant et Guiomar, autant de noms patronymiques très fréquents, et de poursuivre :  l'origine bretonne de beaucoup de chevaliers au recensement de 1166, en sus de ceux seulement dénommés Brito (Walter Brito), avec des noms tels que Alured, Hervé, Jordan, Hoël, Morvan et Jarnogan, est une présomption sérieuse...Sans oublier les William Fitzalan, Brien Le Chen, Herbert fils de Gurand, Gwomar le Rotur, et Gwido Extraneus, Baderon de Monmouth *, Ranulfus Brito, Jordanus Elveredus, Neuham et Ywain filius...Etaient-ils, eux-mêmes Bretons ? Ou comptaient-ils des Bretons parmi leurs aïeux ? Un extrait du roman de Rou et des ducs de Normandie par Robert Wace mentionne aussi Raoul de Fougères, fils de Méen,  -alias Raoul Fildemen : Grant pris en out cil de Felgieres, Ki de Bretaigne out gent mult fieresRaoul de Fougères aurait accompagné Alain IV Fergent au cours de cette expédition et prit le commandement des troupes Bretonnes. Alain IV Fergent et Raoul de Fougères se connaissaient, le dit Fougères, cadet de cette Maison ayant été élevé auprès du prince Breton (voir Notice historique et statistique sur la baronnie, la ville et l'arrondissement de Fougères par MM. Amédée Bertin & Léon Maupillet, page n° 2). Le sire de Fougères  épousa Avitie, fille de Richard de Bienfaite, et fonda l'abbaye de Savigny. La charte de cette fondation est de 1112 ; ce qui nous rend suspecte sa présence à Hastings. Un certain Robert de Vitré fut aussi du nombre des guerriers présents à Hastings, ainsi que Judicaël de Lohéac, Guyon de Châteaubriand et le vicomte de Dinan. Cette famille de Dinham -alias Dynham à laquelle nous consacrerons notre prochaine page, et qui puise ses origines au sein de la famille de Dinan  (voir Les Sires de Dinan, page n° 3.). * Badon ou Baderon de Monmouth, probable frère de Guihénoc. 

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 13:47

Epilogue :


 


 

Les derniers temps de l' « honneur » de Richmond (1398-1485).


 


 

Jeanne de Drayton, titulaire de l' « honneur » depuis 1398, est remplacée dès l'année suivante, le 20 octobre 1399, par Ralph de Nevill, comte de Westmorland, auquel le nouveau roi Henri IV concède Richmond pour la durée de sa vie. Le faible lien, qui rattachait encore d'une manière lointaine le « comté » de Richmond à la Bretagne, est complètement brisé. Ralph de Nevill conserve l' « honneur » jusqu'en 1425. Entre temps, Jean V, duc de Bretagne, qui a succédé à son père Jean IV en novembre 1399, a envoyé une ambassade en Angleterre sous la conduite d'Armel de Châteaugiron, au mois d'octobre 1409, pour prêter l'hommage du « comté ». Cette démarche a complètement échoué au point de vue du résultat cherché, à savoir la restitution de l' « honneur » au duc de Bretagne. Aussitôt après la mort de Ralph de Nevill, Henri VI, le 26 février 1426, ordonne à son « eschaetor » de remettre le « comté  » à son oncle Jean, duc de Bedford, qui le garde jusqu'à son décès survenu en 1435. Richmond étant alors revenu à la couronne, Henri VI se borne à le retenir en sa « main » pendant une quinzaine d'années. Une fois avoir donné partiellement le château de Richmond, vers 1450, à Richard de Nevill, comte de Salisbury, le même roi confie l' « honneur » à son demi-frère Edmond Tudor -en 1453. Edmond prend le titre de comte de Richmond, que continuent à usurper les ducs de Bretagne depuis Jean V ; ceux-ci, en particulier le valeureux duc Arthur III de « Richemont », connétable de France, qui a rendu célèbre le nom de Richmond, ne cesseront de porter ce titre jusqu'à Anne de Bretagne inclusivement. Edmond Tudor, père de Henri Tudor (le futur Henri VII étant mort en 1456, le « comté », pensons-nous, retourne à Henri VI qui ne s'en sépare plus. Edouard IV, monté sur le trône d'Angleterre en mars 1460, imite tout d'abord son prédécesseur immédiat, on ne se dépouillant pas de Richmond. Pais, en 1462, il donne l' « honneur » à son frère George, duc de Glarence ; seize ans après, en 1478, Clarence est exécuté. Richard (le futur Richard III), duc de Gloucester succède immédiatement à George, duc de Glarence. Il continue à détenir Richmond après son ascension au trône d'Angleterre en juin 1483, sous le nom de Richard III. Henri Tudor, déjà cité, s'intitule, cependant, comte de Richmond en se considérant comme l'héritier de son père Edmond Tudor. Henri Tudor, à son avènement en 1485, sous le nom de Henri VII, fait rentier définitivement l' « honneur » de Richmond dans les domaines de la couronne anglaise. Plus jamais le vieux « comté » quadri-centenaire n'appartiendra à des particuliers. Tout au plus, le titre sera-t-il employé, et cette fois uniquement par des anglais , à partir du XVIe siècle. Ainsi, en 1525, Henri VIII créera son fils naturel Henri Fitzroy,duc de Richmond. Le duché, disparu à la mort de ce dernier à 17 ans. en 1536. sera ressuscité, en 1623, en faveur de Ludovic Stuart, qui mourra la même année, ensuite, de nouveau, en 1641, en faveur de Jacques Stuart, comte de Lennox. Charles, cinquième duc de Richmond décédera en 1672 et, en 1675, le roi Charles II conférera le duché à son fils naturel Charles Lennox, d'où descendront les ducs de Richmond existant encore de nos jours.


 

 

Château de Richmond


 

Conclusion :


 

Créé en 1069 ou 1071, pour défendre le nord de l'Angleterre contre les Scots, l' « honneur » ou « comté » de Richmond, formé de parcelles de terres éparses dans 7 shires anglais, ayant pour centre la moitié occidentale du Norlh Riding duYorkshire, a été attribué en premier lieu à un compagnon de Guillaume le Conquérant, Alain Ier le Roux (1069/71-1089), simple seigneur breton de la famille de Pemthiêvre. Par héritage il a été dévolu successivement aux deux frères de ce dernier : Alain II le Noir (1089-1093), Etienne (1093-1137), puis à Alain III le Noir (1137-1146), fils du précédent. Un hasard successoral a fait entrer l' « honneur » dans le domaine des comtes de Bretagne, en 1148, quand Eudes II de Porhoët (1146-1154), second mari de la veuve d'Alain III, a recueilli du chef de sa femme l'administration de la Bretagne. Conan IV (1154-1171), d'abord à la fois « duc » et comte de Richmond jusqu'en 1166, n'a plus été que comte, à la fin de ses jours. Henri II Plantegenêt (1171-1183) fut le premier roi anglais qui ait mis en « sa main » le « comté » de Richmond. Son exemple devait être suivi par la suite. Constance, comtesse de Bretagne et de Richmond, en premier lieu seule (1183-1188), eut pour adjoint nominal son second mai i Ranulph de Chester (1188-1197). Richard Coeur de Lion (1198-1199) a gardé également pour lui l' « honneur » , de même que son successeur Jean sans Terre (1199-1203, 1204, en partie 1205-1212, complètement 1212-1216). Entre temps, le « comté » a appartenu à Gui de Thouars (1203-1204), régent de Bretagne, aux anglais Robert de Leicester (1204), Ranulph de Chester (en partie 1205-1212). Pierre Mauclerc (1217-1223, 1223-1224, 1225-1227, 1230-1235), prince français devenu « duc » de Bretagne en 1213, a connu bien des vicissitudes, en possédant souvent l' « honneur » de Richmond par fragments, à défaut, parfois, de la totalité. Pendant ce temps certaines parcelles ont été accordées à Ranulph de Chester ou détenues par celui-ci (1217-1225, 1227-1228, 1229-1230), quand Henri III (1223, 1224- 1225) n'a pas tout conservé. Henri III (1235-1236, 1241), après avoir dépossédé les ducs de Bretagne au profit d'un évêque (1236) et surtout de son oncle, Pierre de Savoie (1241-1266), a restitué le « comté » à la famille ducale, en faveur du futur Jean II (1268-1294, 1298-1303, 1304-1305). Edouard Ier (1294-1298, 1303-1304, 1305-1306), s'il s'est réservé peu de temps Richmond, l'a distrait des domaines de Bretagne au profit de Jean de Bretagne, puîné (1306-1326, 1326-1334). Dans l'intervalle, le détenteur fut Edouard II (1326). Jean III (1334-1341) a fait rentrer l' « honneur » dans les possessions ducales et en a joui sans aucune interruption, ce qui n'était pas arrivé depuis Conan IV, plus d'un siècle et demi auparavant. Edouard III (1341-1342), une fois avoir théoriquement accordé Richmond à Jean de Montfort (1341-1342). l'a donné à son propre fils Jean de Gand (1342-1372), et ensute, au duc Jean IV (1372-1382, 1383-1384, 1387-1391 en théorie. 1391-1398). Jean IV et Jeanne Holland ont alternativement tenu le comté entre 1382 et 1383. Richard II l'a repris, en 1384, et cédé à la reine Anne de Bohême (de 1384 à 1391) ; passé 1398, c'est-à-dire à l'époque où Jeanne d Drayton prend possession du comté, Richmond échappe définitivement aux ducs de Bretagne. Tels ont été. présentés en un schématique raccourci, les trente titulaires différents du « comté », comprenant quatre seigneurs bretons, neuf comtes ou ducs d& Bretagne, huit rois d'Angleterre, un prince breton, une duchesse de Bretagne, quatre comtes anglais, deux suzeraines anglaises et un évoque, entre la création de l' « honneur » de Richmond en 1069/71 et sa dévolution définitive à des Anglais en 1398. Comme on le voit, et contrairement à ce que l'on s'imagine, quand on pense au « comté » de Richmond, la possession de celui-ci a été très mouvementée; les ducs de Bretagne n'ont joui en réalité de l' « honneur » que pendant 125 ans sur les 250 années écoulées de 1148 à 1398. soit pendant la moitié de ce temps. D'autre part, l' « honneur » , toujours à la différence de ce. que l'on pourrait penser, n'a jamais été un beau et vaste domaine compact, analogue aux comtés traditionnels du continent, mais bien un assemblage de terres plus ou moins petites et isolées, -sauf la partie centrale de l' « honneur », -dispersées dans sept à onze ou douze comtés administratifs (shires) de l'Angleterre, principalement en bordure de la mer du Nord, au nord de Londres. Des modifications partielles survenues au cours de son existence n'ont pas altéré sensiblement les grands traits de la consistance territoriale du « comté » de Richmond. Celui-ci, productif de revenus annuels assez importants (entre 1.000 et 2.800 l. selon les époques, et généralement aux alentours de 1.200 I.), a eu une histoire vivante et intéressante, du moins espérons-nous l'avoir montré, au cours des modestes aperçus qui précèdent.

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 13:00

La fin de la possession temporaire de l' « honneur » de Richmond par les ducs de Bretagne (1334-1398).


 

Jean de Bretagne mort, l' « honneur », selon la coutume, est mis en la « main » du roi. Quelques mois après, le neveu du défunt, Jean III, duc de Bretagne, recueille en héritage le « comté », faisant ainsi rentrer de nouveau ce dernier dans le domaine ducal breton, à la fin de mars 1334, après 29 années de séparation. Aussitôt la fidélité reçue, le duc entre en possession de Richmond. Comme ses prédécesseurs, Jean III n'acquitte pas toujours ponctuellement à l'Echiquier les rentes qu'il doit en raison de ses terres. Il obtient d'Edouard III de nombreux répits, entre 1335 et 1341. D'autre part, les nécessités de la politique sur le continent l'empêchant de quitter la Bretagne pour passer outre Manche dans son « honneur », il est fréquemment autorisé à recourir à des « attournés » et il ne semble pas s'occuper beaucoup du comté. Les ménagements d'Edouard III à l'égard de Jean III, fidèle allié de la France, évitent au duc de voir confisquer son « honneur » et les biens de ses sujets bretons en Angleterre, malgré une lutte féroce que se livrent sur mer marins et marchands anglais et bretons. Il est donc inexact, ainsi que l'a répété dom Lobineau après Froissart, que le « comté » de Richmond ait été enlevé à Jean III pour être donné (même passagèrement) à Robert d'Artois. En résumé, Jean III parvient à entretenir des relations sinon très cordiales, du moins normales, avec le roi d'Angleterre, tout en prenant militairement le parti du roi de France. Le fait mérite d'être souligné, car il contraste, par exemple, avec l'attitude que nous avons vu prendre précédemment par un Pierre Mauclerc. Au décès de Jean III, le 30 avril 1341, l' « honneur » de Richmond dont le château est dans un état lamentable, faute de réparations, revient « en la main » du roi, mais celui-ci en affecte les revenus à la « soutenance » de ses enfants : Lionel, Jean (de Gand), Isabelle et Jeanne. La reine Philippa a la garde des terres, évaluées à 2.000 marcs de revenus annuels. La querelle de la Succession de Bretagne, marquée par le célèbre arrêt dit de Conflans, du 7 septembre 1341, lance le compétiteur malheureux, Jean de Montfort, contre le roi de France qui soutient la candidature de Charles de Blois. Dès le 24 septembre, Edouard III donne à Jean de Montfort l' « honneur » de Richmond, en guise de compensation pour le comté de Montfort confisqué par Philippe VI de Valois. En février 1342, Jean de Montfort et Edouard III conviennent que le premier jouira du « comté » de Richmond jusqu'à l'assignation de terres de valeur égale en France. Cet accord restera lettre morte. En effet, le 20 septembre suivant, Jean de Gand, qui n'a pas 3 ans, est investi du « comté » au moyen du ceinturon de l'épée, avec les prérogatives de feu Jean III. L' « honneur » reste en la main du roi, sous la garde de la reine Philippa jusque vers 1355-56. Jean de Montfort qui, pratiquement, n'a jamais eu entre les mains le « comté » de Richmond et, par conséquent, n'a pas eu à prêter hommage pour ce dernier, continue à porter, à côté de son titre de duc de Bretagne, les titres de comte de Richmond et de Montfort, ainsi que de vicomte de Limoges, jusqu'à sa mort en 1315. Son fils Jean (le futur duc Jean IV) est alors placé sous la tutelle d'Edouard III. Puis, en 1353, ce dernier confirme à Jean de Gand la possession de Richmond. En 1356, on voit que non seulement Jean de Gand n'est plus « underage » ou en « nonage », mais encore qu'il possède effectivement Cheshunt et Bassingbourn. Il a la « rape » d'Hastings. En 1358, il reçoit de son père le produit des fines pour réparer son château de Richmond et les murs de la ville. Des réparations y sont encore effectuées dans les années postérieures. En attendant, Edouard III donne à Jean, en 1360, le château et la ville d'Hertford pour résidence correspondant à son « état ». Quelques mois auparavant, il lui a confirmé la détention de l' « honneur » de Richmond, après que Jean IV, duc de Bretagne, eut abandonné tous les droits qu'il pouvait avoir sur le « comté ». Dès 1361, Jean de Gand est comte de Lancastre (puis, bientôt duc), de Derby et de Lincoln, voire de Leicesler, en même temps que comte de Richmond. Il est appelé à une plus haute fortune. Il devient roi de Castille et de Léon. Aussi Edouard III, le 25 juin 1372, lui échange-t-il le petit « honneur » de Tickhill contre l' « honneur » de Richmond. Ce faisant, il prépare la réalisation d'un dessein qui nous intéresse particulièrement. Le 20 juillet suivant, Edouard III donne le « comté » à Jean IV, duc de Bretagne, qui, adolescent, a vécu à la cour du roi, tel Jean II avec Henri II, et qui a épousé en premières noces Marie, fille d'Edouard; en secondes noces, Jeanne Holland, veuve de Thomas Holland et fille du comte de Kent. Jean IV, vassal du roi de France depuis son hommage de 1366, n'hésite pas à conclure, en novembre 1372, une alliance étroite avec l'Angleterre pour prix de la restitution à lui faite de l' « honneur » de Richmond. Les armées françaises et le mécontentement de ses sujets bretons obligent le duc, dès 1373, à se réfugier en Angleterre, où il vit des revenus de son « comté » de Richmond. Après de vains efforts militaires anglais, Jean IV, rappelé en Bretagne, en 1379, par suite de maladresses de Charles V, prête de nouveau hommage à ce dernier, en 1381. Mais la duchesse Jeanne Holland, soeur de Richard II étant restée en Angleterre, l' « honneur » lui est assigné par son frère, en novembre 1382, pendant tout le temps où elle demeurera en Angleterre. Cette situation dure jusqu'à la fin de 1383. II semble qu'alors Jean IV ait joui quelques mois encore, de Richmond. En tous cas, au mois de novembre 1384, le Parlement, après avoir déclaré que Jean IV a « forfait », adjuge à Richard II l' « honneur » de Richmond. Le roi aie le conserve pas longtemps pour lui : en décembre, il en fait don à sa femme, la reine Anne de Bohême, sa vie durant. A la suite de la paix survenue entre la Bretagne et l'Angleterre, le 1er mars 1387, Richard II rend à Jean IV par une nouvelle donation, au moins théorique, le « comté, la ville et l'honneur de Richemont ». Cependant, le 3 novembre 1388, la reine Anne abandonne à Henri Fitz Hugh pour 12 ans les châteaux de Richmond et de Bowes avec les terres et services. Le 20 novembre, sous l'influence de son Conseil, et pour d'autres raisons, le roi restitue l' « honneur » à Jean IV. Mais il apparaît bien que Richard II, s'il a promis, ne s'exécute pas encore facilement. Le « comté » reste pratiquement sans doute pendant quelque temps aux mains de la reine Anne, car, en juillet 1391, le duc de Bretagne envoie en Angleterre une ambassade nombreuse et importante pour demander et accepter la délivrance de l' « honneur » . Jean IV obtient probablement satisfaction, puisqu'en décembre de la même année, Richard II donne à vie à la reine Anne diverses terres situées en Angleterre et dans le pays de Galles, en remplacement du « comté » de Richmond. Jean IV ne doit plus jouir bien longtemps du domaine de ses ancêtres. Après avoir pompeusement conféré le titre de comte de Richmond à son second fils, Arthur (le futur connétable Arthur III de Richemont), en août 1393, il se voit brusquement retirer l' « honneur » en 1398, au profit de sa soeur Jeanne, femme de Raoul Basset de Drayton. Ce geste du roi d'Angleterre marque la dépossession définitive des ducs de Bretagne, au bout de quelque 250 ans de jouissance plus ou moins troublée et interrompue du « comté » de Richmond. Toutes les réclamations, qui seront adressées ensuite par les ducs bretons au roi d'Angleterre, demeureront vaines et se heurteront à l'attribution successive de l' « honneur » à divers personnages anglais. Vers 1398 environ, le livre des domaines ducaux sis en Angleterre nous l'enseigne très exactement sur la consistance de l' « honneur » et son administration, dans leur dernier état. Il faut distinguer entre les fiefs et les vassaux des fiefs. Les fiefs principaux comprennent : Arkelgarth ou la « nouvelle Foreste », Bowe, Adbrough, Forsett, Gatterick, Bainbridge, Saxby, Moulton, Gilling, la ville et le château de Richmond. Dans les biens tenus par les vassaux des fiefs figurent : Cheshunt, Darfield, Growhurst, Burghersh, Beuning-Holme, la baronie d'Hastings, Benningbrough, Badingham, Swafham, la ville de Boston, Frampton, Wisk, Washingborough, Shirbeck, Kirton, Gayton, Bonby et Leadenham. Le total des redevances dues par les vassaux, tenanciers et « hommagers » monte à 1.118 l. 8 s. 4 d. Voici schématiquement le tableau du personnel administratif du « comté » :

le « steward » général et lieutenant ;

le « restemour » général ;

le connétable des châteaux de Richmond et de Bowes ;

le bailli errant de Richmond, avec 5 baillis sous ses ordres ;

- - « en la conté de Nicole » (Lincolnshire), en même temps « steward restemour », avec 4 baillis secondaires;

- - de Swaffham, avec 4 baillis secondaires;

- - de Badburham e! Bassingboun, avec 4 baillis secondaires;

- - de Cheshunt ;

et le bailli de Boston ;

- - du Sussex ;

le « steward » de Swafham ;

- - de Cheshunt ;

- - du Sussex ;

les 8 forestiers de Wynceldale ;

le maître mineur de plomb ;

le garennier de Moulton ;

- - de Wassingborough ;

- - du Norfolk et du Suffolk ;

le portier du manoir de Boston ;

le « parker » de Cheshunt ;

de Crowhurst ;

- - de Burghersh.

Ainsi que l'on peut s'en rendre compte, l'  « honneur » de Richmond est administré par un solide corps d'agents de tout ordre, plus collèrent, semble-t-il, qu'au temps de Jean de Bretagne, mais qui coûte vraisemblablement assez cher au comte, autant qu'il nous est permis d'en juger d'après leurs salaires.

 

 

Le duc Jean IV de Bretagne


 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 14:05

Jean de Bretagne comte de Richmond (1306-1334).


 

Arthur II, le fils et successeur de Jean II dans le duché de Bretagne, n'hérite pas de l' « honneur » de Richmond, malgré une démarche personnelle en Angleterre et contrairement à l'usage attribuant par priorité le « comté » à l'aîné de la famille. Edouard Ier lui préfère Jean de Bretagne, également son neveu et le lils de Jean II, mais qui a vaillamment combattu dans les armées anglaises tant en Gascogne qu'en Ecosse et qui fait partie du conseil du roi. Pour ces raisons l' « honneur » lui est conféré, le 15 octobre 1306. C'est Edouard If, fils et successeur d'Edouard 1er qui, en mai 1308, exécute la décision de son père. Disons tout de suite qu'étant donné ses services à la royauté anglaise. Jean de Bretagne (en réalité Jean II de Richmond) négligera souvent les devoirs qu'il est tenu de remplir dans son « comté ». L' « honneur » de Richmond est éparpillé dans 7 comtés : le Yorshire, formant traditionnellement le noyau du « comté », avec 182 villae parmi lesquelles se trouvent Richmond, Bowes, Middleham et Gilling; le Lincolnshire, avec 47 villae, dont la ville importante de Boston (St Botulph), Pulbeck, Grinsby, Leadenham; le Norfolk, avec Swafham; le Cambridgeshire, avec Bassingbourn; le Sussex, avec Hastings; le Nottinghamshire; l'Hertfordsliire, avec Cheshunt (Cestrehunt). En outre, Jean de Bretagne possède de nombreuses autres terres, les anciennes terres de Jean de Bailleul, étrangères à « l'honneur », dans le Suffolk principalement, le Derby, le Rutland, le Northamptonshire, l'Huntingdonshire, le Bedfordshire, le Middlesex, le Northumberland, reçues en 1299. A part quelques terres exploitées directement par le comte : le bourg et le château de Richmond, une partie de Gilling, Bowes et son château et 9 autres villae, toutes les terres de l' « honneur » sont aux mains de tenanciers ayant des possessions très morcelées. Les modes de tenures se ramènent à quatre types principaux : la tenure militaire (fief à charge de service militaire ); la tenure ecclésiastique en franche aumône, très multipliée ; la tenure « en socage » (tenue libre, ni militaire ni ecclésiastique), surtout dans le Lincolnshire ; enfin, la tenure non libre des costumarii, censarii, cottarii. Les principales ressources matérielles du « comté » sont constituées par l'agriculture, l'élevage du bétail et des volailles, par un peu de sel, de tourbe, de fer, de plomb, par des forêts, des parcs à daims et à biches. Des moulins à eau existent en assez grand nombre. Les redevances sont payées parfois en nature. Le commerce des bourgs fournit un profit important au comte, à Richmond et surtout à Boston, qui possède des foires fréquentées par l'étranger. Du reste, le roi a concédé spécialement à Jean de Bretagne plusieurs foires dans l' « honneur ». En revanche, le comte paie à l'Echiquier une rente de 36 I. pour le Richmondshire (North Riding du Yorkshire) et une de 30 1. pour les terres du Cambridgeshire ainsi que de l'Huntingdonshire. Ces rentes ne sont pas toujours acquittées et le roi en fait quelquefois remise à Jean de Bretagne, qui, au surplus, est propriétaire de maisons à Londres, dont une près de St Paul 's cathedral, a une « maison » princière. une suite personnelle, des serviteurs. L'administration de l' « honneur » est répartie entre les officiers suivants : Le sheriff (vice cornes), agent du roi résidant à York ; Le sénéchal ou « steward », lieutenant du comte ; Les baillis, pour l'exécution de travaux et l'exercice de certains droits de justice et de police; Les prévôts, choisis par les communautés rurales parmi les vilains. Il y a plusieurs « cours-baron » pour les tenanciers libres, siégeant toutes les trois semaines ; Plusieurs « cours-coutumières » pour les vilains et probablement une court-leet (tribunal correctionnel) à Richmond. Toutefois, « malgré le grand nombre de ces administrateurs, les terres de Jean de Bretagne ne semblent pas avoir été très bien gardées pendant ses multiples absences ». Cela posé, revenons aux vicissitudes du « comté » sous Jean de Bretagne. En 1310, Jean obtient d'Edouard II la permission de léguer le titre de comte de Richmond, les châteaux de Richmond et de Bowes, avec toutes les appartenances en Angleterre, à son frère Arthur II, duc de Bretagne. En 1322, il reçoit du roi de nouvelles terres en dehors de celles dites de Bailleuil, données en 1299. A la fin de 1325, il abandonne au prince héritier Edouard (le futur Edouard III) l'« honneur » de Richmond et toutes ses autres possessions, moyennant une rente annuelle de 10.000 l. tournois assise sur les revenus du prince en Aquitaine et les coutumes de Bordeaux, St Macaire, et autres lieux. Vers mai 1326, pour « désobéissance » de son Edouard II confisque tous les biens de Jean de Bretagne, par conséquent le « comté » de Richmond. Dès le mois de décembre suivant, il lui restitue ces biens. Comme Jean de Bretagne se trouve en France, au service du roi, des « attournés » nommés par ce dernier administrent l'« honneur » et il en sera ainsi jusqu'à la mort du comte. En 1329, Jean de Bretagne donne aux bourgeois de Richmond leur bourg avec son marché, ses assises. Séjournant plusieurs années sur le continent et étant célibataire sans enfant, il cherche, en novembre 1333, après en avoir obtenu dès mai 1331 l'autorisation du roi Edouard II, à léguer le comté à sa nièce Marie de St Pol, veuve du comte de Pembroke. Il se réserve la jouissance des forêts et des avoueries d'église, mais cède à Marie, durant la vie de celle-ci, ses autres terres anglaises (terres de Balleuil), le tout pour une rente de 1.800 l. sterling. Il meurt à l'âge de 67 ans, le 7 ou le 17 janvier 1334, à Nantes, où il est enterré au couvent des Cordeliers. Il semble bien qu'à Jean de Bretagne puisse être attribuée la construction de la grande chambre, de la chapelle adossée au mur est joignant Scolland's hall, de la base de Robin Hood et de Gold Hole towers, de la majorité des remparts, enfin de la voûte du rez-de-chaussée du donjon au château de Richmond. ci-dessous

 

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 09:45

Nouvelle dépossession, puis retour de l' « honneur » de Richmond aux ducs de Bretagne (1235-1304).


 

 

Le Duc, Jean II de Bretagne et son épouse Beatrix d'Angleterre


 

Pierre Mauclerc, contraint et forcé, à la suite de son attitude turbulente vis-à-vis de la royauté française, doit en novembre 1234 se soumettre « haut et bas » à Louis IX et prendre définitivement le parti de celui-ci contre l'Angleterre. Son choix involontaire lui vaut de perdre irrémédiablement, en février 1235, le « comté » de Richmond, qui, dès lors et en 1236, se trouve dans la main d'Henri III, rapportant à celui ci 1.200 l. En septembre 1236, le roi gratifie de toutes les terres de l' « honneur » l'évêque élu de Valence. bien qu'il n'en possède pas la moindre parcelle, Jean Ier le Roux, en succédant à Pierre Mauclerc en 1237 comme duc de Bretagne, n'hésite pas à prendre lui aussi le titre de comte de Richmond. Il attendra longtemps avant de pouvoir justifier ce titre, malgré de nombreuses démarches. En effet, le 6 mai 1241, Henri III fait cadeau de l' « honneur » entier à Pierre de Savoie, oncle de la reine. Celui-ci le conservera jusqu'en 1266, sans aucune interruption. Dès la fin de 1242, Jean Ier le Roux réclame au roi d'Angleterre la délivrance du comté qui avait appartenu à son père Pierre Mauclerc. Henri III s'y refuse énergiquement, le 10 novembre. La paix étant intervenue, deux ans plus tard, Jean 1er réussit en 1245 à conclure le mariage de son fils aîné, Jean le futur Jean II), avec Béatrice, fille d'Henri III. Ce dernier, le 17 juin, accorde à son futur gendre une rente de 2.000 marcs (dont 1.200 marcs au sujet seulement des possessions du Yorkshire) pour compenser la privation de jouissance de l' « honneur », toujours entre les mains de Pierre de Savoie, auquel on ne peut l'enlever. D'autre part, tous les biens appartenant à des Français, à des Normands ou à des Bretons en Angleterre venaient d'être confisqués, en réponse à une ordonnance analogue de Louis IX pour les Anglais sur le continent. Pierre de Savoie, en dehors du « comté » de Richmond, dont il ne porte, cependant, jamais le titre, possède l' « honneur » d' « Aquila » dans le Sussex et diverses terres en Essex ou ça et là dans le reste de l'Angleterre. A diverses reprises, Henri III augmente ses domaines, en lui faisant don, par exemple, au mois de novembre 1247, du manoir d'Aldeburg. Il lui octroie des privilèges et libertés, dont, du reste, ont joui souvent les ducs de Bretagne. En 1259, aussitôt après la signature du traité de Paris entre Henri III et Louis IX, la question de l' « honneur » de Richmond reprend de l'intérêt pour Jean le Roux. Des négociations qui se sont poursuivies, il résulte, le 15 décembre, que si le jeune Jean, fils du duc, ne reçoit pas de Louis IX l'Agenais ou sa valeur, un an après la réalisation effective du mariage projeté, Henri III s'engage à lui faire toucher la valeur du « comté » de Richmond. L'Agenais donne lieu à des difficultés, que reflète une abondante correspondance anglo-franco-bretonne contemporaine et un peu postérieure. Le 17 juin 1260, le roi d'Angleterre assigne à Jean 2.000 marcs sur l'Echiquier, en échange des terres de Richmond. Cette somme est plus ou moins régulièrement payée, pendant que Pierre de Savoie se voit gratifier, le 3 juin 1262, du château d'Haslings dans le Sussex, que lui remet Edouard, fils aîné d'Henri III, et est autorisé à léguer ses terres à qui il voudra. Enfin, en juin 1266, Henri III concède à Jean Ier le Roux (pour son fls Jean, l' : « honneur » de Richmond. En compensation, Pierre de Savoie obtient des châteaux et des terres ailleurs. Il meurt peu après, léguant ses biens à la reine Eléonore. Le 7 juillet 1268, l' « honneur » est effectivement rendu, à titre héréditaire, à Jean le Roux, qui le cède immédiatement à son fils, le futur Jean II (en réalité Jean Ier de Richmond). lequel doit prêter hommage à Henri III. Jean, qui a passé son enfance en Angleterre auprès de son futur beau-père, restitue à celui-ci l'Agenais, dont les arrérages vont à la reine Eléonore, héritière de Pierre de Savoie. Après 32 années de dépossession, soit en la « main » d'Henri III, soit au profit de Pierre de Savoie, le « comté » de Richmond rentre dans le domaine des ducs de Rretagne pour près d'une quarantaine d'années. Le 20 novembre 1268 également, le roi attribue à Jean le château et la rape d'Hastings, mais, en attendant de l'en faire jouir, il lui remet les revenus de 3 manors. L' « honneur » porte alors sur les terres sises dans le Yorkshire, le Lincolnshire, le Cambridgeshire, le Norfolk, le Suffolk, l'Hertfordshire, l'Huntimgdonshire, le Nottinghamshire et l'Essex. En 1269, pendant son séjour en Terre sainte à la Croisade, aux côtés de son père Jean le Roux et du roi Louis IX, Jean afferme son « comté », avec l'autorisation d'Henri III. En 1275, le comte institue six chapelains pour le service du château de Richrnond. En 1278, il obtient le droit d'établir une foire à Richmond et, en 1279, la permission de s'absenter cinq ans pour aller en Terre Sainte. A ce moment (1280), d'après une inquisitio post mortem, l' « honneur » vaut en tout 2.843 l. 1. s. l  3 .1/2. Jean a déjà gratifié largement l'abbaye de Jorevall. Six ans plus tard, en 1285, à la. mort de son père Jean le Roux, il devient comte de Bretagne sous le nom de Jean II. La même année, pour non exécution de devoirs judiciaires, il se fait confisquer pendant peu de temps quelques terres en Essex. A partir de ce moment, ayant constamment affaire en Bretagne et ne pouvant par conséquent passer la Manche pour s'occuper directement du « comté » de Richmond, il a recours souvent à des « attournés » autorisés par le roi, qui lui accorde aussi des « protections ». La guerre entre la France et l'Angleterre provoque, en 1291, la mainmise d'Edouard Ier sur I' « honneur » jusqu'en avril 1298. Durant ce laps de temps, le roi ordonne, en 1297, de réparer et de fortifier le château de Richmond. En avril 1298, le « comté » retourne à Jean II qui, l'année précédente, a été créé pair de France par Philippe le Bel, devenant ainsi officiellement duc de Bretagne au regard de tous. Mis en « main » du roi d'Angleterre, en mai 1303, l' « honneur » est restitué en mai 1304, à Jean II, souvent envoyé en ambassade par Philippe le Bel au cours de la guerre qui vient de se clore provisoirement. Jean II, libéral pour ses fidèles anglais et bienfaiteurs des Franciscains de Londres, meurt peu après, en 1305. Durant son règne en Bretagne, il paraît avoir été fort ménagé par son beau-frère Edouard. Ier. qui lui a accordé entre autres des remises pécuniaires de common summons, de défaut d'ost, lui a attribué des droits divers et a accueilli avec bienveillance ses doléances, en procédant notamment au retour de parcelles détachées de l' « honneur », comme cela avait déjà eu lieu auparavant, à la suite de concessions fragmentaires à divers personnages.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 09:11

Pierre Mauclerc, comte intermittent de Richmond (1217-1235).

 


 

Le 2 octobre 1217, à la suite de la paix intervenue entre l'Angleterre et la France, Pierre Mauclerc obtient du nouveau roi anglais, Henri III, le fief qu'il tient « de sa femme » à Cheshunt (Cestrehunt) dans l'Essex. Le reste de l' « honneur » dans le Lincolnshire, le Cambridgeshire, le Norfolk et le Suffolk est immédiatement attribué à Ranulph, comte de Chester. Comme l'a fort bien noté M. Jacques Levron, un premier jalon était posé, qui préparait l'avenir et ne rendait pas vain le titre de comte de Richmond, dont s'est déjà paré Pierre Mauclerc depuis 1213. Mais cette restitution d'une parcelle de l' « honneur » marque le début de la politique d'Henri III qui laissera rarement jouir Mauclerc de tout le « comté » et en distraira toujours des parcelles plus ou moins importantes au profit de diverses personnes. L'exemple de Ranulph de Chester est là pour le montrer. Etant donné que ces mutations très nombreuses dépassent le cadre de notre étude sommaire, nous nous bornerons à indiquer les changements essentiels. Ainsi, en 1218, l' « honneur » se trouve divisé en deux tronçons : l'un, celui au sud de l'Humber, appartient à Pierre Mauclerc, l'autre, au nord, autrement dit dans le Yorkshire, est la possession de Ranulph de Chester. Au mois de mai, Mauclerc renonce à certaines terres du « comté ». En 1223, les biens de Mauclerc sont confisqués fort peu de temps par Henri III, pour n'avoir pas effectué de service militaire dans le pays de Galles, et, de nouveau, en novembre 1224, pour avoir pris les armes en faveur de la France contre l'Angleterre en Poitou. Mais cette éclipse est passagère, car Pierre, mu certainement par le désir de recouvrer ses terres du « comté » de Richmond, s'allie bientôt aux Anglais. Aussi, en avril 1225, Henri III rend-t-il à Mauclerc les terres en question, puis, le 5 mai suivant, y ajoute-t-il les possessions de l' « honneur » situées dans le Lincolnshire, le Cambridgeshire, l'Hertfordshire, le Norfolk et le Suffolk, en conservant dans sa main la ville de Richmond et quelques terres, qui seules manquent pour que l' « honneur » appartienne en entier au duc de Bretagne. Il est alors question de marier Yolande, la fille de ce dernier, à Henri III lui-même. Voilà d'où provient la générosité royale envers Mauclerc, dont Henri entend se faire un solide allié. Or la fortune tourne rapidement. En mai 1227, c'est au tour de Ranulph de Chester de recevoir pour ainsi dire tout le « comté » de Richmond, tandis que Cheshunt est attribué, presqu'aussitôt à un évoque, parce que Yolande a été fiancée au frère de Louis IX. Pierre Mauclerc se trouve donc maintenant dépouillé de son « honneur ». En 1228, certaines terres, sinon la totalité, sont en la « main » du roi. Le 25 octobre 1229, les possessions du Norfolk, du Suffolk, de l'Essex, de l'Hertfordshire, du Lincolnshire, du Cambridgeshire et de l'Huntingdon sont rendues encore une fois, mais en théorie seulement, à Mauclerc. Les événements diplomatiques ont évolué avec une telle rapidité depuis que Pierre Mauclerc est venu a Southampton et, le 28 octobre 1229, a prêté hommage à Henri III, que le 21 mai 1230, se trouvant à Nantes même, le roi d'Angleterre ordonne à Ranulph, resté sans doute provisoirement détenteur, de restituer à Mauclerc l' « honneur » de Richmond. Le mois suivant, l'ordre paraît complètement exécuté. Pierre n'a pas hésité à trahir le roi de France pour recouvrer son « comté » et, à cause de cela, en juin 1230, il va être juridiquement déchu de son bail de Bretagne, ce. dont il ne sera pas outre mesure ému. Pendant plusieurs années, il jouit assez tranquillement de ses possessions anglaises. On le voit, en 1232 et 1233 notamment, recevoir d'Henri III sept terres destinées à agrandir ces domaines. Un revirement rapide se produit encore. A partir de 1235, Mauclerc sera privé définitivement de son « honneur ». Une nouvelle période de l'histoire de ce dernier commence

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 06:47

L' « honneur » de Richmond aux mains des rois d'Angleterre (1171-1217).


 

Après la mort de Conan IV, Henri II Plantegenêt, qui s'estime gardien seigneurial de la Bretagne au nom de son fils Geoffroi, fiancé à l'héritière Constance, applique le même principe de droit normand à l' « honneur » de Richmond et le conserve donc en sa « main ». On trouve des traces de cette situation jusqu'en 1183, c'est-à-dire jusqu'après la réalisation effective du mariage de Geoffroi avec Constance, survenue vers juillet 1181. Pendant qu'il administre l' « honneur », Plantegenêt achève le donjon du château de Richmond, en 1172, puis, poursuit la construction du château et de bâtiments : en 1175 notamment et, semble-t-il, ensuite, il fait édifier la façade sud des remparts ou front sur la Swale, la porte d'entrée située à côté du donjon, les murs du « cockpit » et un bâtiment faisant actuellement corps avec Scolland's hall, qui est postérieur. En 1174, le château sert de prison au roi d'Ecosse, Guillaume le Lion. Tous les ans, de 1171 à 1183, d'après les Pipe rolls, les comptes de l' « honneur du comte Conan » ainsi qu'on l'appelle, sont régulièrement rendus à l'Echiquier. A partir de 1183, si on ne trouve pas trace de Geoffroi II devenu effectivement comte de Bretagne on 1181, du moins rencontre-t-on plusieurs actes mentionnant sa femme Constance à propos de l' « honneur » de Richmond dont elle est, la légitime héritière. Geoffroi II ne paraît pas avoir été considéré comme comte de Richmond au droit de son épouse, contrairement à ce qui se passe pour la Bretagne. Constance administre sans doute directement le « comté » de Richmond. En 1183, elle donne des villas aux religieux de Quiniperlé. Vers 1183-84, le scrvitium debitum est représenté par 63 fiefs de veteri feulant ento et la valeur de 5 fiefs 1/2 de novo jeoffamento, soit en tout 08 fiefs et demi. Après la mort de Geoffroi II en 1186, pendant quelque temps Constance continue à exercer seule ses droits, en rendant chaque année des compte duc Arthur Ier, à Ranulph Blundevill, comte de Chester, auquel il donne, au moins théoriquement, l'administration de la Bretagne et celle de l' « honneur » de Richmond. Aussi Ranulph s'intitule-t-il duc de Bretagne, comte de Chester et de Richmond. Son pouvoir, en ce qui concerne ce dernier « comté », est probablement nominal, car l'Echiquier ne connaît alors que la « comtesse de Bretagne », parfois citée sous son véritable nom de Constance. Vers cette époque, le nombre des fiefs qui doivent la garde au château de Richmond s'élève à 60 et quelques fractions, le tout représentant une somme mensuelle de 20 l. 6 s. 3 d. 1/4 ob. ou un total annuel de 242 l. environ. En dépit des affirmations de Gale, la mort d'Henri II Plantegenêt en 1189, suivie de l'avènement effectif de Richard Coeur de Lion, à sa rentrée d'Autriche en 1194, ne provoque pas le retour de l' « honneur » en la « main » du roi d'Angleterre qui, s'il enlève en théorie le « comté » à Ranulph de Chester, à la suite des dissentiments violents (lisez : divorce) survenus entre celui-ci et la duchesse Constance, semble bien avoir laissé à cette dernière l'administration de l' « honneur ».  Ci-dessous armoiries de quelques uns des possesseurs de l' « honneur » de Richmond : à gauche, celles de Arthur de Bretagne, au centre, celles de Ranulph de Chester et à droite celles de Pierre de Dreux. 

 

 

Constance continue, en effet, comme par le passé à figurer dans les Pipe rolls pour ses comptes. Son fils Arthur ayant été proclamé duc de Bretagne et les Bretons résistant aux prétentions de Richard Coeur de Lion, elle est faite prisonnière en Bretagne par le roi, en 1196, et libérée en 1197. Ces incidents, pas plus que son remariage en 1197 avec Guy de Thouars, ne dépouillent, croyons-nous, Constance de son « honneur ». Elle ne cesse de rendre des comptes à l'Echiquier jusqu'à Noël 1197 au moins. Son fils Arthur 1er, duc de Bretagne, commence à administrer lui-même son duché. Il demeure absolument étranger à l' « honneur » de Richmond. En 1198-99, Richard Coeur de Lion crée un archidiaconé à Richmond, ce qui permet de déduire qu'à partir de cette date approximativement le roi garde l' « honneur » pour lui. Contrairement à l'opinion de Gale, il n'en aurait donc pas joui pendant tout son règne. Quoi qu'il en soit, en mourant (1199) il lègue le « comté » de Richmond à son frère Jean sans Terre. Celui-ci conserve I' « honneur » en sa possession, ainsi que le prouvent la reddition de comptes par des gardiens au roi, en 1200 et 1201, la garde du château de Richmond confiée par Jean sans Terre à Alain, fils de Roald, en 1201, etc. Ranulph de Chester a renoncé définitivement au titre ducal de Bretagne en même temps qu'au titre de comte de Richmond. Constance vient alors de mourir, Arthur 1er, duc de Bretagne, lutte contre son oncle Jean sans Terre, qui le fera périr en 1203, sans lui avoir, bien entendu, restitué le « comté » de Richmond, lequel lui revenait par droit héréditaire. Il a dû se contenter de la satisfaction platonique de porter le titre de comte de Richmond dans ses actes diplomatiques. Si étrange que cela puisse paraître, Gui de Thouars, régent de la Bretagne à la suite de la mort d'Arthur Ier, mais par ailleurs « fidèle » de Jean sans Terre dès 1202, paie en 1203 un droit annuel pour l' « honneur » de Richmond. Gui, par conséquent, en est alors le titulaire. Sa situation en Bretagne ne lui permettra pas de le demeurer longtemps. En 1204, parce qu'il a porté les armes contre Jean sans Terre, il se voit retirer l' « honneur », qui est donné à Robert de Beaumont, comte de Leicester. Toutefois, le château de Richmond semble rester à la couronne. Robert étant mort aussitôt, le « comté » revient en la « main » du roi qui, en janvier, a donné aux habitants de Boston (St Botulph) le droit d'élire un bailli. L'année suivante, en 1205, Jean sans Terre attribue le Richmondshire à Ranulph, comte de Chester, en conservant, pense-t-on, les « extenta » du comté de Richmond. C'est ce qui explique sans doute que, en 1206-1207, le roi confère à Hugue Nevill le commandement du château de. Richmond. Et il est plus que probable que Ranulph ne jouit pas très longtemps du don royal. En tous cas, on constate que, en 1212 et 1213, il est toujours question de l' « honneur de Bretagne » a recouvré complètement la possession du « comté » de Richmond. A ce moment, le Liber Feudorum ou Testa de Nevill nous renseigne minutieusement sur la consistance exacte de « l' honneur ». Sans entrer dans les détails, on s'aperçoit, en comparant la composition du « comté » d'après le Domesday book avec la composition d'alors, que l' « honneur » de Richmond a subi des modifications notables. Il est permis de croire, malgré le silence du Liber Feudorum sur cette région, qu'aucun changement important n'est survenu dans le North Riding du Yorkshire. Les possessions du Lincolnshire sont soigneusement réparties dans les différentes parts du shire : Lindsey, Kesteven, Holland et ne paraissent guère avoir varié. Il n'en est pas de môme pour le Norfolk et le Suffolk, où plusieurs manors et de très nombreuses terres semblent avoir irrémédiablement cessé d'appartenir ; l' « honneur ». Les domaines de l'Essex et du Dorset ont complètement disparu. Si les possessions de l'Hertfordshire, du Nottinghamshire, du Northamptonshire et de l'Hampshire ne présentent pas de changement, dans le Cambridgeshire l' « honneur » a perdu l'important manor de Swavesey et quelques autres terres. Par contre, autant qu'on en puisse juger par un examen superficiel, le « comté » de Richmond ne s'est pas encore enrichi dans d'autres shires. Après avoir administré la Bretagne sous l'influence plus ou moins directe du roi de France, en janvier 1213, Gui de Thouars cède la place au français Pierre Mauclerc, que Philippe-Auguste vient de mettre à la tête du duché au moyen du mariage de Pierre avec Alice, héritière de la Bretagne en tantque fille de Constance et de Gui de Thouars. L'avènement du prince français, qui est obligé de combattre aussitôt les Anglais, n'est nullement fait pour modifier l'attitude de Jean sans Terre au regard de l' « honneur de Richmond. Aussi le roi d'Angleterre persiste-t-il à détenir le « comté » jusqu'à sa mort en octobre 1216. Cependant, le 12 août 1215, Jean sans Terre, obligé de se défendre contre ses barons révoltés, sollicite Pierre Mauclerc de venir à son secours moyennant la promesse d'obtenir l' « honneur » après avoir prêté l'hommage. En octobre 1216, le prince Louis de France, placé à la tète d'une expédition, -dont fait partie Mauclerc, - contre le roi d'Angleterre, concède fictivement au duc de Bretagne « toutes les terres qu'il devait tenir en Angleterre du chef de sa femme », c'est-à-dire, l' « honneur » de Richmond, encore aux mains de Jean sans Terre, qui, pour éviter de ses ennemis ne s'emparent du château de Richmond, a ordonné, mais vainement, de le détruire. Les actes successifs de Jean sans Terre et du prince Louis marquent un grand pas vers le retour du « comté » aux ducs de Bretagne. Dès 1217, un commencement d'exécution va se produire au bénéfice de Pierre Mauclerc, dont nous allons suivre maintenant les vicissitudes en qualité de comte de Richmond.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 12:32

L'entrée de l' « honneur » de Richmond dans le domaine des comtes de Bretagne (1148-1171).


 


 

Moins de deux ans après la mort d'Alain III le Noir, le « duc » de Bretagne Conan III meurt en 1148, laissant pour héritière légitime sa fille Berthe. Par suite des règles en usage, Eudes II, mari de Berthe, devient également administrateur de la Bretagne. Ainsi se trouvent réunis dans la même main le gouvernement de la Bretagne et celui du « comté » de Richmond. Désormais, pendant 250 ans exactement, exception faite de multiples et plus ou moins longues séparations, l'« honneur » constituera une partie intégrante du domaine des comtes de Bretagne. Outre l'importance territoriale et matérielle de l'événement de 1148, il convient de souligner son intérêt politique et diplomatique. Détenteurs de domaines en Angleterre, les comtes bretons, voisins immédiats de la France, ne pourront s'empêcher, quelles que soient les nécessités de leurs relations internationales, d'avoir un regard fixé sur leurs terres anglaises et de manoeuvrer, en conséquence, pour les conserver ou les recouvrer. Eudes de Porhoët et sa femme Berthe, ne tardent pas à rencontrer en Bretagne même des résistances sérieuses de la part d'Hoël de Nantes, fils désavoué de Conan III, et du jeune Conan (le futur Conan IV). Ce dernier, vaincu en 1154 doit se réfugier dans « son » « honneur » de Richmond, dont il devient alors réellement comte. Il ne quitte le « comté » que l'année suivante, en 1155, pour revenir en Bretagne avec l'aide du roi d'Angleterre, Henri II Plantegenêt, cousin germain de sa mère, et pour se faire proclamer « duc » sous le nom de Conan IV. Pusillanime en Bretagne, par tempérament et, sans doute, par crainte de perdre son « honneur » de Richmond, qui représente plus d'un millier de livres de revenus, Conan IV cède toujours sans résistance à son protecteur Henri II, en raison de la situation du « duc ». Ayant consenti, en 1160, aux fiançailles forcées de Constance, sa fille âgée de 5 ans, avec Geoffroi, troisième fils du Plantegenêt, il est obligé d'abdiquer en Bretagne, ne conservant que Guingamp et, bien entendu, le « comté » de Richmond. Il y marque son administration par la mise en d'un haut donjon à l'entrée du château de Richmond, au bord de la Swale. Ce donjon, bel édifice normand, encore debout de nos jours et l'un des plus magnifiques spécimens du genre, est situé sur un petit plateau quasi-imprenable du côté des Scots, niais communiquant facilement avec le reste de l'Angleterre -château de Richmond, ci-dessous

 

 

. D'autre part, Conan IV dispense des dons et des faveurs à l'abbaye de Fors, qu'il a transférée à Joreyall, aux abbayes de St Mary d'York, de Kirkestede dans le Lincolnshire, de Dennian dans le Cambridgeshire, de St Martin près de Richmond, de N.-D. de Warwick. Il a fondé le monastère de Rowney dans le Hertford, etc. D'après les renseignements postérieurs, le « comté » ne semble pas avoir subi de modifications sensibles dans sa consistance par rapport au Domesday book. La ville de Boston (St Botulph) existe déjà et dépasse peut-être au point de vue économique la ville bourgeoise de Richmond. La mort de Conan IV, le 23 janvier 1171, marque une nouvelle période dans l'histoire de l' « honneur », en faisant passer ce dernier aux mains du roi d'Angleterre.

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 14:19

 

 

Lorsque l'on prononce le mot de « Richemont » devant des personnes un peu averties, immédiatement celles-ci songent au brillant connétable de la guerre de Cent ans, Arthur de Richemont, qui a illustré le nom, et l'a, en quelque sorte, rendu familier aux oreilles. Mais, si poussant plus avant, on se hasarde à demander ce que représente exactement le nom de « Richemont » ou Richmond, on peut être assuré, dans la plupart des cas, que l'interlocuteur reste muet, avouant ainsi son ignorance. Bien peu de gens, en effet, excepté toutefois en Bretagne, savent que jadis les ducs bretons ont possédé on Angleterre, principalement dans le Yorkshire, des terres assez étendues, appelées improprement « comté de Richemont ». Quant à essayer de faire préciser l'époque pendant laquelle a existé ce « comté » et les grands traits de son histoire, on ne saurait y songer, quelques tares spécialistes des institutions anglaises ou de l'histoire bretonne mis à part. Cette ignorance est d'autant plus extraordinaire que le « comté » ou plutôt, selon l'expression anglaise classique, « l'honneur » de Richmond a joué un rôle de tout premier ordre dans les relations entre la Bretagne et l'Angleterre et, par voie de conséquence, dans les rapports de la Bretagne avec la France. D'un autre côté, les documents anglais du XIe au XVe siècle mentionnent très fréquemment « honneur » de Richmond. A notre connaissance, aucun historien français, pas même Arthur Lemoyne de la Borderie, malgré quelques efforts, n'a tenté de retracer brièvement la physiononiie exacte et l'histoire des vicissitudes du « comté » de Puchmond pendant tout le temps où celui-ci a appartenu aux ducs de Bretagne. Aussi, pour combler dans une certaine mesure celte lacune importante, nous proposons-nous de donner aux cours des pages qui vont suivre, un bref aperçu de l'histoire de l' « honneur », du XIe à la fin du XIVe siècle, période pendant laquelle les ducs de Bretagne ont été étroitement mêlés à sa vie. Nous étudierons à la fois, dans l'ordre chronologique, les « comtes » de Richmond, l'étendue et la consistance de leurs possessions, à chaque époque, et les principales institutions connues du comté, de manière à brosser à grands traits un tableau aussi exact que possible. Avant, de passer successivement en revue les différentes périodes de cette histoire, il nous faut expliquer ce qu'est un « honneur » anglais. Celui-ci peut être défini : un ensemble de terres rarement groupées, mais la plupart du temps très dispersées dans plusieurs « shires » ou comtés administratifs et réunies sous la seigneurie d'un seul personnage qui en a été gratifié par le roi d'une manière essentiellement révocable. Ce personnage prend le nom de l' « honneur » avec le titre de comte. La dispersion des terres a pour but d'empêcher la formation en Angleterre de puissantes seigneuries. Le titulaire possède des prérogatives seigneuriales très variées, limitées, cependant, par les interventions multiples du roi ou de ses officiers qui agissent souvent par voie d'ordres impératifs, le roi restant le souverain maître et passant fréquemment par dessus la tête du seigneur. En un mot, le titulaire, juridiquement, est plutôt un détenteur qu'un possesseur, bien qu'il puisse faire des actes de disposition restreints sans l'approbation royale. Toutefois, dès qu'il s'agit de donations importantes, d'inféodations même qui ne touchent pas à la consistance matérielle de « l'honneur », le roi intervient pour donner l'autorisation. Tels sont les principaux traits caractéristiques des « honneurs » comme le « comté » de Richmond

 

 

 

Alain Le Roux de la Maison de Penthièvre
 

La création de l'« honneur » de Richmond et les premiers comtes bretons (1069/71-1148). Quand Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, entreprend, en 1066, la conquête de l'Angleterre, il est aidé dans son expédition par un certain nombre de Bretons. Parmi ceux-ci figurent cinq fils d'Eudes de Penthièvre, frère du duc de Bretagne Alain III : Alain le Roux, Alain le Noir, Etienne, Brient et Thibaud, tous cousins au 7e degré de Guillaume (voir le premier comté de Penthièvre, page n° 2). En effet, leur grand-mère Havoise, femme du duc Geoffroi Ier de Bretagne, était la fille de Richard Ier de Normandie. A côté de ces parents du Conquérant, on note la présence du vicomte de Léon, de Robert de Vitré, de Raoul de Fougères, du fils du sire, de Dinan, du sire de Châteaugiron, de Raoul de Gaël, de .ludicaël de Lohéac, etc. Alain Ier le Roux, simple seigneur breton, occupe un poste militaire important : le commandement de l'arrière-garde normande à la bataille d'Hastings. Il semble avoir ensuite participé à d'autres opérations militaires des envahisseurs. En tous les cas, au cours du siège d'York par Guillaume le Conquérant, avant Noël 1069, contre les rebelles du Nord ou, au plus tard en 1071, sur les instances de la reine Maud, il reçoit des mains du roi l'« honneur » de Richmond, que le souverain crée pour protéger le Yorkshire contre les attaques des Ecossais dans le nord, le long des anciennes routes septentrionales passant par Durham et venant de Carlisle par le Westrnorland et Brough-under-Stainmoor. L' « honneur » se compose d'abord des terres prises sur Edwin, rebelle réfugié en Ecosse. Ces terres sont situées dans le North Riding du Yorkshire. Ensuite, en 1075, les nombreux inanors d'Edwin ou d'Algar, pore de ce dernier, devenus le domaine du comte Ralph the Staller (le Maréchal) confisqué en raison de la forfaiture de celui-ci, et situés dans les comtés de Lincoln, de Norfolk et de Suffolk, viennent augmenter le noyau initial du North Riding. A l'époque du Domesday book. c'est-à-dire vers 1086, l' « honneur » de Richmond (Richemont) porte sur onze comtés anglais et constitue le plus grand « honneur » d'Angleterre après celui du comte de Mortain, le demi-frère du Conquérant. L'ensemble comprend, selon nos calculs :


 

63 hundreds et 21 wapentakes. 46 églises 1/2.

606 localités distinctes. 94 localités avec forêt.

226 manors. 69 moulins.

45 berevicks. 8 pêcheries.

127 sokes. 14 salines 1/2.

1 villa.

 

Hundreds : Division principale à l'intérieur de chaque comté administratif, sauf, en ce qui concerne l' « honneur », dans le Yorkshire et le Lincolnshire.

Wapentakes : Division principale à l'intérieur du Yorkshire et du Lincolnshirc analogue aux hundreds des autres shires.

Berevicks : Village, détaché du manor, où probablement le seigneur a quelques terres et quelques fermes, une grange ou un objet semblable, mais où il n'a pas de maison

Sokes : Lieux, où le seigneur a la justice ou des droits de justice, par opposition aux lieux, où il n'a pas de maison


 

le tout représentant une valeur globale variant de 1.011 livres 7 sols 5 deniers à 1.354 livres 19 sols 4 deniers. Dans le Yorkshire qui, à lui seul, constitue 16 % environ de la valeur pécuniaire et plus de 35 % de l'étendue territoriale du « comté », se trouve le centre politique et géographique, occupant complètement et sans aucune enclave à peu près la moitié ouest du North Riding. Ce groupe très compact et très vaste est composé presque uniquement de manors. Au nord et au sud d'York qu'ils enserrent, existent deux groupes secondaires de manors, dont l'un dans l'East Riding. Toutes ces possessions ont beaucoup souffert pendant les diverses révoltes, qui suivirent la conquête. Elles sont dévastées. Le Domesday book les répartit en deux portions : la châtellenie de Richmond et les terres situées hors de la châtellenie.  Presque toutes les terres du Lincolnshire (21 % de la valeur de l'« honneur ») sont situées à la périphérie. On en rencontre dans le Lindsey, où elles forment un groupe important flanqué de deux ou trois groupes secondaires et de quelques parcelles, le long de la mer. Dans le Kesteven, il n'existe que trois groupes secondaires et quatre localités isolées. Enfin, dans le Holland, s'étend une longue bande parallèle à la côte, accompagnée d'un groupe secondaire au sud-est. Par contre, les possessions du Norfolk, soit 11 % de la valeur du « comté », sont éparpillées en une trentaine de tronçons, le plus souvent poussière de terres isolées un peu partout, si on excepte trois tronçons principaux : deux au centre et un en bordure de la mer. Le Suffolk, qui représente 13% de la valeur, comprend deux ilôts principaux de manors et de terres, l'un englobant Ipswich, l'autre au nord-est; quatre autres ilôts plus petits, vers l'est, et cinq localités isolées, le tout, sauf une de ces dernières, dans l'East Riding du Suffolk. En Cambridgeshire (26 %) les possessions forment une sorte de vaste demi-cercle ou plulnt un grand autour de Cambridge, d'une manière continue, avec plusieurs ilôts solitaires. Elles ont fait partie jadis du douaire de la reine Edith. Dans le Hertford (4 %), l'Essex (2 %), le Nottinghamshire (l %) se trouvent quelques terres absolument isolées. Quant au Dorset (moins de 2 %), au Hampshire (1 %) et au Northamptonshire (nul), il s'agit d'un unique petit ilôt. La localité de Richmond n'existe pas encore. Le manor de Neutone en occupe l'emplacement. Le centre de l' « honneur » ost Gilling, qui, de 205 1. T. R. F. (au temps du roi Edouard le Confesseur) est tombé à 44. l. 10 s. Les futures villes de Swafham, Cheshunt ne sont que de simples manors. On ignore à peu près complètement quelle est l'administration du « comté », excepté en ce qui concerne les 127 sokes déjà mentionnés et, d'après Round 12, les 50 chevaliers existant dans le Yorkshire, sans compter les chevaliers plus nombreux dans le reste de l' « honneur ». L'examen des diverses sortes de tenanciers et d'habitants ainsi que des redevances ou droits nous obligerait à entrer dans des détails qui dépassent le cadre de notre étude. Aussi avons-nous jugé préférable d'y renoncer. Toutefois, selon les rolls des sheriffs 13, le danegeld, ordinairement de 2 s. par hide ou carucate, est plus élevé dans le Yorkshire. Alain Ier le Roux, que les historiens anciens ont souvent confondu avec le duc de Bretagne Alain Pergent, en faisant épouser au premier Constance, fille de Guillaume l Conquérant et en réalité femme d'Alain Pergent, vit pour ainsi dire exclusivement en Angleterre avec ses frères et les principaux des siens, attestant très fréquemment de sa souscription de nombreux actes royaux. Il apparaît comme le comte de l'Angleterre orientale, en jouant un grand rôle à la cour du roi, notamment comme intendant de l'armée anglaise dans le Maine, vers 1083-1086, et dans les débats du procès fait à l'évêque de Durham, Guillaume de St Calais, en 1088, etc. Il donne des biens aux monastères de Swavesey, de St Edmund, de Whitby et fonde le monastère de St Mary d'York. Il meurt sans enfant, en 1089, d'après les Margani annales et aurait été enterré à St Edmund. Mais, contrairement aux affirmations de W. Page, on n'est nullement certain qu'Alain ait construit immédiatement un château au centre de son « honneur ». A Alain le Roux succède son frère Alain II le Noir. On sait peu de chose de ce personnage, sinon qu'il réside constamment en Angleterre. Son nom figure au bas d'une charte de donation à l'abbaye d'Akar et, selon une vieille chronique de St Edrnund, il décède sans enfant, en 1093. Son corps repose également à l'abbaye de St Edmund. Etienne, frère d'Alain le Roux et d'Alain le .Noir, mais, semble-t-il, plus jeune que ceux-ci, hérite en 1093 de l' « honneur » de Richmond. A la différence de ses deux prédécesseurs, il passe presque toute sa vie en Bretagne, car il est comte de Tréguier depuis 1079 et de Penthièvre depuis 1093. Cependant, il comble de nombreux dons les monastères de St Edmund, de Swinshed, de Swavesey, de N.-D. de Warwick et surtout de St Mary d'York, dont il est le deuxième fondateur. Vers le 20 avril 1137, date de sa mort à l'âge de plus de 90 ans, il est enterré à Begar en Bretagne, tandis que son coeur repose à St Mary d'York. Trois fils et une fille lui survivent. Son fils aîné et successeur, Alain III le Noir, qui, du vivant de son père, a épousé Berlhe, fille du duc de Bretagne Conan III le Gros, a passé son enfance en Angleterre. Partisan fidèle du roi Etienne d'Angleterre, il reçoit de celui-ci le soin d'administrer le comté de Cornwall en plus de l' « honneur » de Richmond, qu'il détient à titre héréditaire. Peu après avoir réussi à échapper au désastre essuyé par le roi Etienne à Lincoln, il est capturé par ruse, au cours d'une conversation, par Ranulph, comte de Chester. Pour obtenir sa liberté, il est obligé d'abandonner à son ravisseur le comté de Cornwall. Pendant sa captivité, un moine de Savigny en Normandie lui a prodigué des soins. En récompense, Alain donne Englebi à l'abbaye de Savigny, tout en gratifiant largement le monastère de Fors situé dans la région de Richmond. Ces derniers dons le font passer pour le second fondateur du monastère. Avec munificence, il multiplie également les privilèges, en accordant notamment aux bourgeois de Richmond. De retour en Angleterre, en 1145, il meurt bientôt en 1146, en Bretagne, où il est inhumé au monastère de Bégar, non sans laisser trois enfants, tous en bas âge, et un fort mauvais souvenir en Angleterre. Le jeune Conan, son fils, ne se trouvant pas dans un état physique suffisant pour assurer les services de fief, l'administration du « comté » de Richmond paraît avoir passé à sa mère, Berlhe, laquelle se remarie promptement à Eudes II, vicomte de Porhoët, qui devient ainsi le comte effectif de Richmond. Un concours de circonstances va faire entrer presqu'immédiatement l' « honneur » dans le domaine des comtes de Bretagne.

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 18:00

 

 

Selon la tradition, saint Clair, l'apôtre des Nannètes, aurait jeté les premières semences de foi chrétienne sur le sol des Rhedons. Toutefois, la fondation de l'évêché de Rennes ne remonte pas aussi haut que celle du diocèse de Nantes. Le premier des évêques rennois dont l'existence soit attestée par l'histoire est Febediolus qui souscrivit, par procuration, au concile de Fréjus vers 439. Viennent ensuite Athenius qui assista aux conciles de Tours et de Vannes, en 461 et 465 ; saint Amand, dont Rennes possède les reliques, mais ignore absolument les actes; et enfin saint Melaine, le conseiller du roi Clovis, le prélat le plus influent au concile d'Orléans, en 511, auquel revient le double honneur d'avoir effacé, dans son diocèse, les dernières traces de l'idolâtrie et d'avoir converti au christianisme les habitants encore païens d'une grande partie de la Vénétie. Ci-dessous, la cathédrale de Rennes

 

 

L'ancien évêché de Rennes était circonscrit dans les limites que voici : au nord, il avait les mêmes bornes que le département actuel d'Ille-et-Vilaine, jusqu'auprès de Pleine-Fougères. De ce point la ligne de délimitation suivait un petit affluent du Couesnon, qui coule au sud de la paroisse; elle prenait, entre Trans et la Boussac, la direction du midi jusqu'à la forêt de Tanouart qu'elle laissait au nord; puis, descendant vers Hédé, elle venait rejoindre le Flusel, un affluent du Meu. Le cours de ces deux rivières dessinait la limite du diocèse jusqu'au confluent du Meu avec la Vilaine, sous Blossac: à partir de là, c'était la Vilaine qui bornait l'évêché, jusque vis-à-vis de Saint-Ganton et un peu au-dessus de Port-de-Roche. Ci-dessous, abbaye Notre-Dame-du-Nid-au-Merle à Saint-Sulpice-La-Forêt

 

 

De là, une ligne à peu près droite allait rejoindre la limite actuelle du département d'Ille-et-Vilaine, non loin de Saint-SuIpice-des-Landes. En avançant vers l'ouest, les bornes du département sont exactement celles de l'ancien diocèse, dont on a seulement détaché les trois paroisses de Fercé, Noyal-sur-Bruz et Villepôt, pour les réunir au département de la Loire-Inférieure. La délimitation orientale du département d'Ille-et-Vilaine, en remontant au nord jusqu'à Louvigné-du-Désert, reproduit exactement l'ancienne frontière du diocèse de Rennes, du côté de l'Anjou et du Maine. Il résulte donc de ce qu'on vient de lire que l'antique cité des Rhedons renfermait un territoire plus vaste que l'ancien diocèse de Rennes, et que celui-ci n'avait pas, à beaucoup près, l'étendue du diocèse constitué par le Concordat. En effet, à ce dernier l'on a ajouté non-seulement l'ancien évêché de Dol presque en entier, mais encore une bonne partie de l'évêché de Saint-Malo, c'est-à-dire les doyennés de Bécherel, de Montfort et des portions notables des doyennés de Guer et de Lohéac, sans compter le Poulet (Pou-Alet) et un certain nombre de paroisses du Poudouvre. Mais ce n'est pas tout : dans sa région méridionale, l'évêché de Rennes a conquis sur celui de Nantes la paroisse de Fougeray, et sur l'ancien diocèse de Vannes la portion de territoire située au nord du confluent de la Vilaine et de l'Oust. L'évêque de Rennes était, on s'en souvient, l'un des trois prélats de la péninsule armoricaine auxquels n'appartenait pas la seigneurie universelle de leur ville épiscopale. Voici quelle était l'étendue de son regaire, ou domaine temporel. Ce domaine se composait de deux membres: le regaire de Rennes et celui de Rannée. Le regaire de Rennes comprenait, outre le manoir épiscopal, quelques maisons dans la ville, le faubourg et un certain nombre de villages hors des barrières, les paroisses rurales de Saint-Grégoire, de la Chapelle-des-Fougerais, de Saint-Laurent, de Cesson, de Saint-Jacques-de-la-Lande, de Chartres, de Noyal-sur-Vilaine, de Chantelou, de Nouvoitou, de Bruz, et enfin de Poligné où l'évêque possédait un fief. Le regaire de Rannée se composait exclusivement des dépendances du manoir de ce nom et d'un certain nombre de maisons situées dans le bourg. La cour des regaires de l'évêque de Rennes était une haute justice comme toutes les juridictions séculières attachées aux évêchés bretons: les appels en ressortissaient directement au parlement de Bretagne. Hévin, dans ses questions féodales, fait observer que la justice temporelle des évêques était une éclipse de la souveraineté, et que c'est pour cela qu'on l'appelait régale. Indépendamment de tout ce qui a trait au droit de haute, moyenne et basse justice, attribué au regaire de Rennes, l'évêque possédait diverses prérogatives découlant de sa qualité de seigneur féodal. Il était, par exemple, seigneur châtelain de Bruz, de Rannée, de Saint-Jacques-de-Ia-Lande, et, à ce titre, fondateur des églises paroissiales de Bruz, de Saint-Jacques et de Rannée.  Ci-dessous, église de Rannée

 

 

L'évêque de Rennes avait un prévôt féodé, ou officier de police, chargé des exécutions de la justice des regaires. C'était à la seigneurie de Carcé, en la paroisse de Bruz, qu'était attaché cet office dont le titulaire était toujours de race noble. Avant de clore ce paragraphe, je dois rappeler une observation, déjà consignée plus haut, au sujet de la partie du doyenné de Bain située au midi du Samnon. Cette rivière, nous l'avons dit, marquait, avant le IXe siècle, la frontière méridionale de l'ancien diocèse de Rennes, car le pays nommé la Mée (Media) renfermait tout le territoire compris entre la Vilaine et l'Erdre, de l'ouest à l'est, entre la Loire et le Samnon, du sud au nord. Les paroisses du doyenné de Bain situées sur la rive gauche du Samnon dépendaient donc, à l'origine, de l'évêché de Nantes, dont la Mée, on s'en souvient, formait l'un des archidiaconés. Mais il est à présumer que l'annexion de ces paroisses à un autre diocèse s'accomplit pendant la période de guerre où les troupes des comtes et des évêques de Rennes et de Nantes en venaient si souvent aux mains dans les campagnes qu'arrosent le Samnon, le Cher, le Don et l'Isac, et qui formaient alors comme une sorte de territoire contesté. Quoi qu'il en puisse être, l'histoire atteste, du moins, que, dès le XIIe siècle, les paroisses de Pléchâtel, Messac, Bain, Saint-Sulpice, Ercé-en-la-Mée et Teillé, sa trêve, faisaient partie du diocèse de Rennes. Ci-dessous, Abbaye-de-Saint-Georges.

 

 

 

 

Subdivisions ecclésiastiques -Archidiaconés et doyennés du diocèse de Rennes.


 

On peut constater,à partir du XIIe siècle, la division du diocèse de Rennes en deux archidiaconés : l'archidiaconé de Rennes et l'archidiaconé du Désert. Le premier se composait de trois doyennés, plus tard réduits à deux par la réunion du doyenné de Vandel à celui de Fougères. Voici la primitive division de l'évêché, telle que la donne un ancien rentier du chapitre de Rennes, rédigé en 1450 :

I. Archidiaconatus Redonensis inter Aquas (archidiaconé de Rennes) :

1. Decanatus de Vitreyo (doyenné de Vitré);

2. Decanatus de Vandeloays (doyenné deVandelais);

3. Decanatus Filgeriarum (doyenné de Fougères). Ci-dessous, église, Saint-Exupère à Gahard (cliché Wikipedia)

 


 

Archidiaconatus de Deserto inter Aquas (archidiaconé du Désert) :

î. Decanatus de Albigneyo (doyenné d'Aubigné);

2. Decanatus Castrigironis (doyenné de Châteaugiron);

3. Decanatus de Bayno (doyenné de Bain);

4. Decanatus Guirchiae (doyenné de la Guerche). Ci-dessous, Moutiers, près de la Guerche de Bretagne.


 


 

Il résulte de ce tableau que chacun des archidiacres avait sous son inspection un certain nombre de doyennés ruraux. De l'archidiacre de Rennes relevaient les trois doyennés de Vitré, Vandel et Fougères; de l'archidiacre du Désert,les quatre doyennés d'Aubigné, de Bain, de Châteaugiron et de la Guerche. On trouve des archidiacres de Rennes mentionnés dans les actes de la première moitié du XIe siècle. Outre la juridiction sur les doyennés ruraux, chaque archidiacre avait une circonscription territoriale, qui formait son archidiaconé. Celui de Rennes renfermait vingt-trois paroisses. Borné au sud par le cours de la Vilaine, il s'étendait, vers le nord, jusqu'au Couesnon: d'où son titre « inter aquas.» Vingt-cinq paroisses étaient comprises dans l'archidiaconé du Désert, dont le territoire entourait la ville épiscopale non soumise à sa juridiction. Il occupait la portion occidentale du diocèse jusqu'aux limites de l'évêché de Saint-Malo. Ci-dessous, église Saint-Germain de Rennes. 

 

 

De même que l'archidiaconé de Rennes, celui du Désert avait des cours d'eau pour limites de plusieurs côtés : d'une part, la Meu, avec son affluent le Flusel ; d'autre part, la Seiche, qui, elle aussi, venait mêler ses eaux à celles de la Vilaine. Il est à croire que ces deux archidiaconés, l'un et l'autre bornés par des rivières (inter aquas), répondaient à d'anciennes subdivisions territoriales. Quelques mots maintenant sur les doyennés. Le doyenné de Vitré comprenait la portion occidentale du diocèse, sur les confins du Maine; borné au nord par le pays vendelais, il touchait, vers l'ouest, à l'archidiaconé de Rennes et au doyenné de Châteaugiron ; vers le sud, au doyenné de la Guerche. Il renfermait vingt-trois paroisses. Le doyenné de Fougères, auquel fut ajouté, vers le milieu du XVe siècle, le doyenné du Vendelais, était la subdivision la plus considérable du diocèse de Rennes, car il comptait soixante-trois paroisses. Avant la réunion des deux doyennés, c'est-à-dire dès le XIIe siècle, le Vendelais formait un doyenné distinct dont faisaient partie les vingt et une paroisses suivantes :

 

Vendel

Saint-Sauveur-des-Landes

Saint-Hilaire-des-Landes

Romagné

Javené

Chienne

Bille

Combourtillé

Parce

Luitre

Beaucé

Fleurigné

la Chapelle-Janson

Dompierre-du-Chemin

Princé

Châtillon-en-Vendelais

Montautour

Montreuil-des-Landes

Saint-Christophe-des-Bois

Izé

Mécé.

 

Ce pays, ce territoire vendelais, était, selon toute apparence, un pagus minor des temps anciens. Le Coglais et le Désert (qu'il faut se garder de confondre avec l'archidiaconé du même nom) formaient deux autres petits pagi dépendants aussi du doyenné de Fougères. Le Coglais occupait en grande partie le bassin de la Valaine (affluent du Couesnon), et possédait huit paroisses: Coglais, le Ferré, Montour, le Châtellier, Saint-Etienne-en-Coglais, Saint-Germain la- Celle et Saint-Brice-en-Coglais. Le Désert, placé à la pointe nord-est du diocèse, et qui, hors de ses limites, s'étendait aussi dans le Maine, comprenait les neuf paroisses suivantes : Louvigné, la Bazouge, le Loroux, Landean, Parigné, Villamée, Poilley, Mellé et Montault. Ces paroisses faisaient partie, au XIe siècle, de la Villicatio ou Viatura Lupiniaci. Le doyenné d'Aubigné, le plus petit ,de tous, renfermait dix paroisses : le doyenné de Châteaugiron, vingt et une; le doyenné de Bain, vingt; le doyenné de la Guerche, vingt-deux.On remarquera que les noms de presque tous ces doyennés, par exemple Vitré, Fougères, Aubigné, Châteaugiron, Bain, la Guerche, correspondent aux noms des principales seigneuries du comté de Rennes. Ci-dessous, église Notre-Dame de Vitré.  Extraits de La Bretagne, du Ve au XIIe siècle, par M. Aurélien de Courson


 

Diocèse de Rennes


 

Saint-Aubin

Saint-Etienne

Saint-Germain

Saint-Helier

Saint-Jean

Saint-Laurent

Saint-Martin

Saint-Pierre en Saint-Georges

Saint-Sauveur

Toussaints


 

Doyenné de Rennes

Acigné

Betton

La Bouëxière (prieuré-cure)

Broons

Cesson

Chasné (prieuré-cure)

Châteaubourg

Cornillé

Dourdain

Ercé-près-Gahard

Gahard

Gosné

Izé, Landavran, sa trève

Liffré

Livré

Mézières

Mouazé (prieuré-cure)

Saint-Aubin-du-Cormier

Saint-Jean-sur-Couesnon

Saint-Jean, Saint-Melaine, sa trève

Saint-Sulpice (prieuré-cure)

Servon

Thorigné


 

Doyenné de Vitré


 

Argentré

Balazé

Bréal (prieuré-cure)

Brielles

Champeaux

La Chapelle-Erbrée

Erbrée, Mondevert, sa trève

Etrelles

Marpiré

Montautour

Montreuil-sur-Pérouse

Le Pertre

Pocé

Saint-Aubin-des Landes

Saint-Didier

Saint-Germain-du-Pinel (prieuré-cure)

Saint-M'Hervé

Taillis

Torcé

Vergéal

Vitré-Notre-Dame

Vitré-Saint-Martin

Sainte-Croix


 

Doyenné de Fougères


 

Antrain

Baillé

Bazouge-du-Désert

Bazouge-la-Perouse (prieuré-cure)

Beaucé

Billé

La Chapelle-Janson

La Chapelle-Saint-Aubert

Le Châtellier

Châtillon-en-Vendelais

Chauvigné

Chesné

Combourtillé

Dompierre-du-Chemin

Le Ferré

Fleurigné (prieuré-cure)

Javené

Fougères-Notre-Dame de Rillé (prieuré-cure)

Fougères-Saint-Léonard

Fougères-Saint-Sulpice

Laignelet

Landéan (prieuré-cure)

Lécousse

Le Loroux

Louvigné-du-Désert

Luitré, La Selle-en-Luitré, sa trève

Marcillé-Raoul

Mecé

Mellé

Monthault

Montours (prieuré-cure)

Montreuil-des-Landes

Noyal-sous-Bazouges

Parcé

Parigné

Poilley

Princé

Romagné

Romazy (prieuré-cure)

Saint-Brice-en-Coglès

Saint-Christophe-de-Valains (prieuré-cure)

Saint-Christophe-des-Bois

Saint-Etienne-en-Coglès

Saint-Georges-de-Reintembault (prieuré-cure)

Sait-Hilaire-des-Landes

Saint-Jean-en-Coglès

Saint-Marc-Le-Blanc

Saint-Marc-sur-Couesnon

Saint-Ouen-des-Alleux (prieuré-cure)

Saint-Ouen-la-Rouërie

Saint-Sauveur-des-Landes

Selle-en-Coglès

Sens (prieuré-cure)

Sougéal

Le Tiercent

Trans

Tremblay

Vendel

Vieuxviel

Vieux-Vy

Villamée

 

 

 

 

 

 


 

Doyenné de la Guerche 

Arbrissel

Availles

Bais

La Celle-Guerchoise

Chelun

Coësmes

Domalain

Drouges

Eancé

Essé

Gennes

Martigné-Ferchaud

Moussé

Moutiers

Noyal-sur-Bruc

Rannée, La Guerche, sa trève

Retiers

Le Teil

Villepôt

Visseiche

 

Doyenné du Désert


 

Brecé

Bruz

Chartres

Châtillon-sur-Seiche

Chavagne

Cintré

Gévezé

L'Hermitage

Marcillé-Robert

Melesse

La Mézière

Moigné

Montgermont

Montreuil-le-Gast

Mordelles, La Chapelle-Thouarault, sa trève

Noyal-sur-Seiche

Noyal-sur-Vilaine

Parthenay

Le Rheu

Saint-Gilles

Saint-Grégoire, La Chapelle-es-Fougeretz, sa trève

Saint-Jacques-de-la-Lande

Vezin

Vignac

 

Doyenné de Bain

 

L'Alleu-Saint-Jouin

Bain

Bourgbarré

Bourg-des-Comptes

Brie

Chanteloup

Cornuz

La Couyère

Ercé-en-la-Mée

Laillé

Messac

Orgères

Pancé

Pléchâtel

Poligné

Saulnières, La Bosse, sa trève

Saint-Erblon

Saint-Sulpice-des-Landes

Le Sel

Thourie

Tresboeuf

 

 

Doyenné de Châteaugiron

 

Amanlis

Chancé

Chantepie

Châteaugiron

Chaumeré

Domloup

Domagné

Janzé : Saint-Martin

Saint-Pierre

Louvigné-de-Bais

Ossé

Nouvoitou

Piré, Le Bois-Trudan, sa trève

Saint-Armel-des-Boschaux

Saint-Aubin-du-Pavail

Sainte-Colombe

La Valette

Veneffles

Vern

 

Doyenné de Vendel

 

 

La Bazouge-du-Désert

Beaucé

Billé

La Chapelle-Janson  

La Chapelle-Saint-Aubert  

Châtillon-en-Vendelais

Chienné

Combourtillé

Dompierre-du-Chemin

Princé

Romagné

Saint-Christophe-des-Bois

Fleurigné

Javené

Lecousse

Luitré, La Celle-en-Luitré, sa trève

Mecé

Montreuil-des-Landes

Parcé

Saint-Sauveur-des-Landes

Vendel

 

Doyenné de Louvigné

 

Bazouge-du-Désert  

La Celle-en-Coglais 

Châtellier (Le)

Ferré (Le)

Landéan

Louvigné-du-Désert

Mellé

Montault

Parigné

Poilley

Saint-Brice-en-Coglais

Saint-Etienne-en-Coglais

Saint-Georges-de-Reintembault

Saint-Germain-en-Coglais

Saint-Jean-en-Coglais

Villamée

 

Doyenné d'Aubigné

 

 

Andouillé, Neuville, sa trève

Aubigné

Bazouges-sous-Hédé

Chevaigné

Feins

Guipel

Hédé

Montreuil-sur-Ille

Saint-Aubin-d'Aubigné

Saint-Germain-sur-Ille

Saint-Médard-sur-Ille

Saint-Symphorien

 
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Published by poudouvre
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