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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 16:38

 

 

 

1427

 

chapitre XLI

 

Comment monseigneur le connestable vint secourir Pontorson. Et incontinent  mon dit seigneur lé connestable commencza à assembler gens de toutes pars pour venir secourir Pontorson qui estoit assiegé dès le jeudi gras. Et estoient devant ceulx qui ensuivent premier le conte de Varvic, gouverneur et lieutenant general du Roy d'Angleterre, les sires de Talbot et de Scalles et de Ros et de Ouyrebi et de Fastout et de Fuouastre et de Boursieres, et grant nombre d'autres capitaines et baillifz, et en effect toute leur puissance qui pour lors estoit en Normandie, Si voult le duc Jehan par l'avertissement d'aucuns de ses gens bailler Pontorson en la main des Angloys avant que le siege y fust mis'; mais ceulx qui estoient dedans refuserent le rendre et disoient qu'ilz tendroient pour monseigneur le connestable. Et par la  deliberacion de tous ceulx qui estoient dedans fut conclut de le tenir tant que  faire ce pourroit, excepté missire Jehan Ouschart, qui estoit capitaine des  Escossois, qui assembla toute sa compaignie. Et bientost après monseigneur le mareschal de Bretaigne fist crier que tous ceulx qui n'estoient délibérez d'attendre le siege s'en allassent. Et celui Ouschart fist crier que tous ceulx qui vouldroient s'en aller quant et luy fussent bientost prestz si s'en alla celui jour le dit Ouschart à grande compaignie. Puis tint le siege fort et ferme et y eut de belles escarmouches tousjours en attendant le secours de Bretaigne et de monseigneur le connestable, qui ne se povoit aider du Roy son maistre ne de moult de meschans gens qui estoient avecques luy toustesfois amena il beaucoup de gens de bien du païs de France, et cuidoit venir lever le siege. Si vint jusques en Bretaigne devers le duc et son frere, qui estoient à Dinan, et amena avecques lui le connestable d'Escoce, le mareschat de Bossaç et pluseurs autres capitaines, cuidant tirer avant mais le duc ne voult, et ne lui fut conseillé aventurer la noblesse de Bretaigne pour si pou de chose comme Pontorson. Et nonobstant que le duc avoit fait son arriere ban, et Dieu sceit quelle compaignie il avoit en la lande de Vaucouleur, où il fist ses monstres, toutesfoiz ceulx de Pontorson tindrent jusques à l'uytiesme jour de may tant qu'ilz n'eurent plus de vivres, et tousjours cuidoient avoir secours. Et si y eut dès le jeudi absolu ung mauveis eschet;car ceulx qui venoient pour tollir les vivres à ceulx du siege furent desconfitz à La Gaintre1; et y mourut beaucoup de gens de bien, c'est assavoir monseigneur de la Hunaudaye, monseigneur de Chasteaugiron, le baron de Coulonces, missire Guillaume Levesque, Robin de Quiste et Olivier Tomelin et pluseurs chevaliers et escuiers; et de prins le viconte de la Belliere et pluseurs autres. Puis s'en vindrenf, ceulx de Pontorson chacun ung baston en sa main.

 

chapitre XLII

 

 

Comment le siege de Montargis fut lievé. Bientost après tira mon dit seigneur le cannestable devers le Roy, et fut en l'an mil CCCC XXVI et alla par Chinon veoir madame de Guyenne. Puis vindrent les nouvelles que le siege estoit à Montargis et fut le premier jour de juillet. Et convint que mon dit seigneur se partist de Chinon pour assembler tous les gens d'armes qu'il pourroit trouver, et les fist venir à Gyen sur Laire. Et y vindrent le connestable d'Escoce et le bastard d'Orleans, Poton, et La Hyre, monseigneur de Gaucourt, monseigneur de Guitri, Giraud de la Pailliere, Alain Giron et pluseurs autres et ne vouloient tirer en avant sans argent, et convint que mon dit seigneur le connestable leur en baillast. Et pour trouver finances mist une coronne d'or bien garnie de pierrerie en gaige, laquelle on prisoit dix mille escuz et la bailla à ung homme de Bourges nommé Jehan Besson, et print de l'argent desus pour bailler aux gens d'armes pour avitailler Montargis. Et en y alant, cuidant ne faire autre chose que leur porter vivres, à la premiere foiz ne firent riens puis y retornerent une autre foiz, et fut ou dit moys de juillet et an que desus, environ medi, que plus ne faisoient de guet les ditz Angloys ne nulle garde, arriverent à Montargis ceulx qui venoient pour avitailler la ville. Si vindrent du costé où estoit logié ung capitaine nommé Henri Biset, et ne trouverent riens à la barriere et ouvrirent la dicte barriere et descendirent. Si trouverent les ditz Angloys qui dormoient et se refrechissoient pour ce qu'ilz avoient veillé toute la nuyt; et Dieu sceit s'ilz furent bien festoiés. Et en se retirant par sur ung pont qu'ilz avoient fait pour s'entresecourir, le dit pont rompit et se noyerent grant nombre, et les autres furent mors et prins; et en effect furent desconfitz tous ceulx du siege de celuy costé. Et de l'autre costé se misdrent en bataille le conte de Varvic, le conte de Soufort et le sire de Talbot et grant nombre d'Angloys. Si entrerent noz gens en la ville et se refrecherent avecques ceulx de la dicte ville, qui très bien se y gouvernerent. Puis s'en allerent les ditz Angloys en belle ordennance et ainsi fut levé le siege de Montargis'. Et n'y fut point monseigneur le connestable en personne ne le connestable d'Escoce; car tous les capitaines et gens de grant faczon l'en destournerent et luy dirent que ce n'estoit pas le fait d'ung homme de telle maison et connestable de France d'aler avitailler une place, et que quant il iroit se devroit estre pour attendre la bataille, et il n'avoit pas gens pour ce faire. Et quant le siege fut levé, comme avés ouy, mon dit seigneur le connestable s'en vint à Chinon.

 

chapitre XLIII

 

Comment La Gravelle fut assiegée des Angloys. Et bientost après, à la fin de septembre, vint le duc de Betfort es marches du Maine et envoya certain nombre de gens environ Laval qui prindrent Saint Ouen, Monsceu et Meslé, et assiegerent La Gravelle. Et quant mon dit seigneur le connestable le sceut, il assembla ce qu'il peut de gens, et vint à Angiers pour secourir monseigneur de Laval et ses places. Et y estoient avecques luy missire Guillaume d'Elbret, seigneur d'Orval, et le lieutenant du marechal de Bossac, nommé Bochardon, et l'estandart du dit marechal et tous ses gens, et toutes les basses frontieres. Et le duc de Bethfort s'en alla vers Rouen ceulx de La Gravelle avoient baillé ostages d'eulx rendre; et mon dit seigneur le connestable envoya missire Guillaume de Vendel et les archiers de son corps et firent tant qu'ilz entrerent dedans la dicte Gravelle; et ainsi elle fut sauvée pour l'eure

 

chapitre XLIV

 

Comment monseigneur le connestable gecta une masse en Chasteauleraut. Puis s'en vint mon dit seigneur à Laval et de là à Craan et à Angiers et de là à Lodun. Puis eut illecques nouvelles de monseigneur de Bourbon et de monseigneur de la Marche qui vouloient parler à luy et se devoient rendre à Chasteauleraut environ huyt jours avant la Toussains. Et lors monseigneur de la Trimouille le sceut et n'en fut pas contens; car il avoit paour de perdre son gouvernement, et conceut une hayne mortelle contre mes ditz seigneurs. Et incontinent fist defendre de par le Roy que homme ne fust si hardi de les mettre en ville ne chasteau, ne de leur faire ouverture en nulle place que ce fust. Et mes ditz seigneurs se devoient rendre au dit lieu de Chasteauleraut et y avoit monseigneur le connestable envoyé ses fourriers; et quant il arriva, encores estoient ilz à la porte, et lui fut refusée l'entrée par icelle. Et en signe de desobeissance gecta une masse par desus la barriere, puis s'en alla logier aux champs entre Chasteauleraut et Chauvigné, environ deux lieues d'ilecq. Puis en chevauchant on apparceut monseigneur de Bourbon et monseigneur de la Marche, qui chevauchoient en belle ordennance de bataille, de l'autre costé de la riviere. Si fist mon dit seigneur le connestable sonner ses trompetes affin qu'ilz les ouyssent; et lors s'aprocherent les uns des autres et parlerent ensemble de loign sur la riviere, et apointerent qu'ilz se rendroient le landemain à Chauvigné; et coucherent celle nuyt sur les champs. Et ung gentilhomme entre Chasteauleraut et Chauvigné lui ouvrit sa place et le logea très bien de sa personne. Et le landemain se rendirent à Chavigné et parlerent ensemble, et conclurent de ce qu'ilz avoient à faire. Et incontinent tous ensemble s'en vindrent à Chinon, et avecques eulx le marechal de Bossac et pluseurs autres capitaines et gens de grant faczon, et trouverent madame de Guyenne; si furent bien receuz et firent grant chiere. Et là vindrent des embassades du Roy, c'est assavoir l'arcevesque de Tours et monseigneur de Gaucourt, et autres embassades alerent devers le Roy mais nul apointement ne s'i peut trouver. Car La Trimoille ne se asseuroit en homme, et se passa ainsi celui yver sans rien faire; puis se departirent les seigneurs et chescun s'en ala à son païs



chapitre XLV

 

 

Comment monseigneur le connestable print possession de Partenay. Monseigneur le connestable s'en alla à Partenay prendre la possession du dit lieu de Partenay car monseigneur de Partenay estoit mort n'avoit gueres et avant qu'il morust il avoit fait monseigneur le connestable son heritier. Et par avant avoit fait venir tous les nobles de la seigneurie et terre de Partenay, et tous les capitaines des places, et leur avoit fait faire le serment à mon dit seigneur le connestable de luy estre bons et loyaulx, et lui obeir comme à leur seigneur naturel, et aussi luy firent comme bons et loyaulx tant qu'il vesquit. Et cependant madame de Guyenne demoura à Chinon'. Et y avoit ung capitaine nommé Guillaume Bellier ouquel monseigneur le connestable se fioit moult fort de bien garder la place de Chinon, dont il fut deceu; car environ le XIIe jour de mars le dit capitaine fist par ses gens ouverture au Roy de la dicte place de Chinon où estoit madamme de Guienne, laquelle eut grant paour d'estre maltraitée mais le Roy luy tint bons termes, et parla fort à elle devant tout son conseil et luy offrit qu'elle demourast à Chinon ou en quelque autre place de son royaume qu'elle vouldroit par ainsi que monseigneur le connestable son mari ne viendroit point devers elle. Et elle respondit au Roy que jamais ne vouldroit demourer en place où elle ne peust veoir monseigneur son mari. Et si estoient avecques le Roy La Trimouille, missire Guillaume d'Albret, l'arcevesque de Reins, Gaucourt, Herpadame, maistre Robert Le Maczon et pluseurs autres. Et lui fist le Roy faire de grans demonstrances par le chancelier, arcevesque de Reins. Et ma dicte dame lui fist respondre par maistre Jehan de Trousxi baillif de Senlis, qui parla le mieulx que oncques l'en ouyt en telle necessité. Puis eut ma dicte dame son congié, et s'en vint à Saumur, et de là à Thouars' et vindrent les Escossoys qui tenoient les chàmps au devant d'elle et la conduirent jusques à Thouars. Puis s'en vint à Partenay devers monseigneur le connestable, et fut grandement receue, et longuement furent ensemble au dit lieu de Partenay. Car mon dit seigneur fut banny de la court du Roy par le moyen de La Trimouille; et fut faicte defense à toutes les villes tenantes le parti du Roy, et es chasteaulx de ron faire ouverture à mon dit seigneur, ne à ses gens et serviteurs et lui fut cassée toute sa pansion. Et eut mon dit seigneur de grandes broulleries et guerres particulieres o les gens de La Trimouille et. avecques Jehan de la Roche et o leurs aliés en moult de manieres; et ainsi passa le temps celle année.



chapitre XLVI

 

Comment la ville de Bourges fut prinse. L'an mil CCCC XXVII, monseigneur de Bourbon et monseigneur de la Marche firent une entreprise par la soustenue de ceulx de la ville de Bourges, et prindrent la dicte ville de Bourges et ne prindrent point la tour, et là tenoit le seigneur de. Prie qui fut tué d'un trait. Si firent scavoir mes ditz seigneurs à monseigneur le connestable que le plus tost qu'il pourroit assemblast gens pour tirer vers mes ditz seigneurs et si ne povoit mon dit seigneur passer; pour ce tira il à Lymoges, cuidant aller par Auvergne. Et cependant le Roy fist diligence et assembla grant nombre de gens et tira à Bourges et là firent messeigneurs de Bourbon et de la Marche apointement avecques le Roy sans y comprendre monseigneur le connestable. Et assés tost mon dit seigneur le sceut et s'en retourna à Partenay et y sejourna celle saison.

 

chapitre XLVII

 

Comment monseigneur le connestable mist le siege à Saincte Neomaye. L'an mil CCCC XXVIII, en yver,.mon dit seigneur le connestable assembla des gens et fist mettre le siege à Saincte Neomage près Saint Maixent', pour ce que Jehan de la Roche  et ses gens faisoient de grans maulx et pilleries ou païs de Poictou, et tenoient le parti de La Trimouille. Si y envoya mon dit seigneur le connestable ung chevalier de Poictou, nommé missire Jehan Saulvestre, qui estoit lieutenant pour monseigneur et y estoit le bastard Chapelle et pluseurs autres capitaines et avoient fait ung champ. Et en effect Jehan de la Roche assembla gens et vint pour refrechir ceulx de la place et les gens de mon dit seigneur se retirerent en leur champ, et les gens de Jehan de la Roche entrerent dedans la place. Et le landemain noz gens s'en vindrent en bonne ordennance, et se retirerent es places de monseigneur, et  ne bougea toute celle saison d'entour Partenay  

 

1429

 

chapitre XLVIII

 

Comment la Pucelle arriva devers le Roy. L'an que desus, en mars', arriva la Pucelle devers le Roy et les Angloys prindrent Yanville et Boysgency et Meun sur Layre et Gerguyau, et misdrent des bastilles devant Orleans6.


   

chapitre XLIX

 

 

Comment monseigneur le connestable fut au siege à Boysgency. Et comme les Angloys furent mors à Patay. L'an mil CCCC XXIX mon dit seigneur le connestable se mist sus en armes pour aler secourir Orleans et assembla une tres belle compaignie et bonne, en laquelle estoient monseigneur de Beaumanoir, monseigneur de Rostrelen et toutes les garnisons de Sablé et de LaFlesche, de Durestal, et toutes les garnisons de ces basses marches; et de Bretagne pluseurs notables gens comme missire Robert de Montauban, missire Guillaume de Saint Gille, missire Alain de la Fueillée, missire Brangon de Herpagon, missire Loys de Secouralles et pluseùrs autres chevaliers et escuiers sans compter ceulx de sa maison, et. grant nombre de gens de bien de ses terres de Poictou jusques au nombre de cccc lances et VIIIc archiers. Et print mon dit seigneur le chemin pour tirer vers Orleans. Et aussitost que le Roy le sceut il envoya monseigneur de la Jaille au devant de luy et le trouva à Lodun si le tira à part et luy dist que le Roy lui mandoit qu'il s'en retournast à sa maison, et que ne fust tant hardi de passer en avant, et que s'il passoit oultre que le Roy le combatroit. Lors mon dit seigneur respondit que ce qu'il faisoit estoit pour le bien du Royaume et du Roy et qu'il voiroit qu'il vouldroit combatre. Lors le seigneur de la Jaille lui dist « Monseigneur, il me semble que vous ferés très bien. » Si print monseigneur le chemin et tira sur la riviere de Vienne et passa à gué; puis de là tira à Emboise; et Regnaud de Velourt, qui estoit capitaine du dit lieu d'Emboise, luy bailla le passage et là sceut que le siege estoit à Boysgency. Si tira tout droit le chemin devers la Beausse pour venir joindre à ceulx du siege. Et quant il fut près il envoya monseigneur de Rostrelen et Le Bourgeois demander du logeis à ceulx du siege. Et tantost on lui vint dire que la Pucelle et ceulx du siege venoient le combatre, et il respondit que s'ilz venoient qu'il les verroit. Et bientost monterent à cheval la Pucelle et monseigneur d'Alenczon et pluseurs autres. Toutesfoiz La Hyre, Girard de la Paglere, monseigneur de Guitri



chapitre L

 

Comment la Pucelle arriva devers monseigneur le connestable. Cependant monseigneur chevauchoit en belle ordennance et furent tous esbahiz qu'il fut arrivé Et vers La Maladerie la Pucelle arriva devers luy et monseigneur d'Alenczon et monseigneur de Laval, monseigneur de Loheac, monseigneur le bastard d'Orleans et pluseurs capitaines qui luy firent grant chiere et furent bien aises de sa venue. La Pucelle descendit à pié et monseigneur aussi et vint la dicte Pucelle embracer mon dit seigneur par les jambes. Et lors il parla à elle et luy dist « Jehanne, on m'a dit que me voulés combatre je ne scey si vous estes de par Dieu ou non si vous estes de par Dieu, je ne vous crains rien, car Dieu sceit mon bon vou loir; si vous estes de par le deable, je vous crains encores moins. Lors tirerent droit au siege, et ne lui baillerent point de logeis pour celle nuyt. Si print mon dit seigneur à faire le guet car vous scavés que les nouveaux venuz doyvent le guet. Si firent le guet celle nuyt devant le chasteau, et fut le plus beau guet qui eut esté en France passé a longtemps. Et ceste nuyt fut faicte la composicion et se rendirent au bien matin. Et le jour devant, le sires de Talbot et le sires de Scalles et Fastol et autres capitaines estoient arrivez à Meun sur Laire pour devoir venir combatre ceulx du siege à Boysgency. Et quant ilz sceurent que monseigneur le connestable y estoit venu ilz changerént propos et prindrent conseil d'eulx en aller. Et aussi à mon dit seigneur, si tost qu'il fut arrivé, on dist qu'il failloit envoyer des gens au pont de Meun qui tenoit pour les Françoys ou aultrement qu'il seroit perdu. Et incontinent y envoya xx lances et les archiers; si les conduirent Charles de la Ramée et Pierres Daugi . Et au matin, quant les Angloys s'en furent partiz de Boysgency, la Pucelle et tous les seigneurs monterent à cheval pour devoir aller vers Meun. Et lors vindrent les nouvelles que les Angloys s'en alloient et commencerent à retourner droit à la ville chacun à son logeis. Puis vint monseigneur de Rostrelen qui s'aprocha de monseigneur le connestable si l'avertit et dist II Si vous faictes tirer votre estandart en avant, tout le monde vous suivra. » Et ainsi fut fait et vint la Pucelle et tous les autres après et fut conclut de tirer après les Angloys. Et furent mis les mieulx montez en l'avant-garde et gens ordonnez pour les chevaucher et arrester et faire mettre en bataille. Si furent des premiers Poton et La Hyre, Penensac, Giraud de la Paglère, Amadoc, Setevenot et pluseurs gens de bien à cheval. Et monseigneur le connestable, monseigneur d'Alenczon, la Pucelle, monseigneur de Laval monseigneur de Loheac, le mareschal de Rays, le bastard d'Orleans et Gaucourt et grant nombre de seigneurs venoient en ordennance par ceste belle Beausse; si venoient bien grant train. Et quant les premiers eurent bien chevauché environ de cincq lieues, ilz commencerent à veoir les Angloys; et adoncques galloperent grant erre et la bataille après. Et en telle maniere les chevaucherent que les ditz Angloys n'eurent pas loisir de se mettre en bataille et furent en grant desarroy car ilz avoient mal choaisi selon leur cas car le païs estoit trop plain. Si furent desconfitz à ung village en Beausse qui ha nom Patay, et là environ. Si furent là tuez bien XXIIc, ainsi que disoient les heraultz et poursuivans, et fut en la fin du moys de may. Et furent prinsonniers le sire de Talbot, le sire de Scalles et fut Talbot prinsonnier es archiers de Poton et monseigneur de Beaumanoir eut à prisonnier missire Henry Branche et pluseurs autres prisonniers, et missire Jehan Fastot s'enfuyt, et des autres dont je ne scey pas les noms. Monseigneur le connestable et les autres seigneurs coucherent celle nuyt à Patay sur le champ car bien estoient las et avoient eu grarit chault. Et bientost après comme ilz cuidoient tirer en avant, le Roy manda à monseigneur le connestable qu'il s'en retournast à sa maison. Et mon dit seigneur envoya devers lui lui supplier que ce fust son plaisir qu'il le servist, et que bien et loyaulment le serviroit luy et le Royaume. Et y envoya monseigneur de Beaumanoir et monseigneur de Rostrelen, et prioit à La Trimouille qu'il luy pleust le laisser servir le Roy et qu'il feroit tout ce qu'il lui plairoit; et fut jusques à le baiser à genoulz et oncques n'en voult riens faire. Et lui fist mander le Roy qu'il s'en allast, et que mieulx ameroit jamais n'estre coronné que mon dit seigneur y fust. Et en effect convint à mon dit seigneur s'en revenir à Partenay à toute sa belle compaignie; dont depuis s'en repentirent, quant le duc de Bethfort leur offrit la bataille à Montepilloy. Et aussi envoierent monseigneur de la Marche qui cuidoit venir servir le Roy et avoit très belle compaignie; dont puis, ccmme dit est, en eurent bien afaire. Si s'en vint monseigneur à Partenay et en s'en venant, on lui ferma toutes les villes et passages, et lui firent tout le pis qu'ilz peurent, pour ce qu'il avoit fait tout le mieulx qu'il avoit peu. En l'yver emprès mon dit seigneur fist une entreprinse et cuida prendre d'emblée Fresnay le Viconte 1 et la faillit puis s'en revint à Partenay, et passa le temps. Et en s'en venant du dit Fresnay, il vint ung homme du pays de Picardie qui chevauche le plus près de mon dit seigneur qu'il povoit, tousjours en le regardant et luy demanda qui il estoit, et lui dist qu'il estoit Picart puis monseigneur demanda à missire Gilles de Saint Symon qui il estoit, et il luy dist qu'il ne scavoit. Et lors monseigneur lui dist qu'il lui dist verité; et lors il dist à monseigneur qu'il lui diroit verité; mais qu'il lui pleust lui pardonner. Et lors mon dit seigneur lui pardonna et luy dist adoncques celui homme de Picardie que La Trimouille l'avoit envoyé et promis argent pour tuer monseigneur. Et mon dit seigneur le mena une piece et puis luy donna ung marc d'argent, et lui dist qu'il s'en allast et que ne print plus de telle commission:





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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 13:11

 

 

 

A ! Va c’hi ! Doue ’oar pegeit zo etrezomp

 

Zo ’tre da Anien hag Ene da Vestrez

 

Eñ nemetañ a oar ha perak ha penaos

 

E vevez eus he sell, e varvez eus he marv

 

Ha dre peseurt truez ’vit hor c’halon az ro

 

Da garout c’hoazh d’ar re n’int mui karet gant den

 

Rak-se loenig uvel kousket e-harz va zreid

 

Biskoazh gant ur ger rust ne boagnis da galon

 

N ur bellaat ouzh va dorn da deod karantezus

 

Met dalc’hmat, ya dalc’hmat ennout am eus doujet

 

Madelezh ar C’hrouer da Vestr ha va Hini.

 

Breudeur eo ’n holl voudoù hag holl din a zoujañs

 

Pa vez, va c’hi Fido, da selloù war va re

 

Ar sioulded nemeti a veiz hon diviz mut

 

Pa rankan azezañ. Pa rankan pennglinañ

 

Da lagad ’zigor trumm ; te ’zilamm d’am c’hwesha

 

Te ’lenn va ankenioù e don va daoulagad,

 

E roufennoù va zal, te ’lenn va nec’hamant

 

Evit va diduiñ ha klask louzoù d’am doan

 

Te ’grog dousik em dorn, dousik hep ober poan

 

 

Ah ! Mon chien ! Dieu sait ce qui se passe entre nous

 

Entre ton Instinct et l’Ame de ta maîtresse

 

Lui seul sait et pourquoi et comment

 

Tu te nourris de son regard, tu meurs de sa mort

 

Et par quelle pitié pour notre cœur qui te porte

 

À aimer encore ceux que personne n’aime plus

 

C’est pourquoi petite bête humble endormie contre mes pieds

 

Jamais d’un mot rude je ne t’ai fait de peine

 

Éloignant de ma main ta langue charitable

 

Mais toujours, oui toujours j’ai respecté en toi

 

La bonté du Créateur, ton Maître et le Mien.

 

Tous les êtres sont frères et dignes de respect

 

Quand tes yeux, mon chien Fido, plongent dans les miens

 

Seul le silence comprend notre tête-à-tête muet

 

Quand je dois m’asseoir. Quand je dois m’agenouiller

 

Ton œil s’ouvre vite ; tu bondis à mon odeur

 

Tu lis l’angoisse au fond de mes yeux,

 

Dans les rides de mon front tu lis l’inquiétude

 

Pour me distraire et apaiser ma crainte

 

Tu me mordilles la main, sans faire de mal.

 

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 12:12

 

III -Le fragment de colonne du Buduzic en Landudal (Finistère)

 

Origine

 

La partie supérieure d'une colonne, comprenant le  chapiteau et une portion du fût (hauteur: 0,58 m), fut  mise au jour peu avant 1985 par M. Hervé Le Ster, agriculteur au Buzudic en Landudal, qui la heurtait  le soc de sa charrue (Eveillard, 1995). La découverte eu lieu à 200 m au sud du village et à une trentaine de mètres d'une chapelle disparue dont M. Le Ster a récemment retrouvé l'emplacement. Le lieu de la découverte est également situé à une cinquantaine de mètres d'une fontaine-lavoir envasée de laquelle M. Le Ster retira, vers 1977-1978, les restes d'un groupe du cavalier au géant anguipède (Sanquer, 1978; Sanquer,  1981). Aucun autre élément d'architecture n'a été retrouvé, si ce n'est quelques rares blocs parallélépipèdiques ayant pu appartenir au soubassement du monument. On peut donc tenir pour assuré que la colonne ne provient pas d'un édifice, un temple par exemple, les dimensions importantes, suggérées par le fort module du fragment mis au jour, seraient peu explicables  en ce coin de campagne retiré de tout agglomération antique. Dès le premier abord, nous avons pensé qu'il  fallait mettre ce bloc en relation avec le cavalier à  l'anguipède. Plusieurs de ses particularités confirment  ce rapprochement.  

 

 

Descriptions et comparaisons

   

 

 

fût cassé dans le sens longitudinal et un chapiteau sur lequel manque une partie de l'abaque et de l'échiné (fig.  13). La partie préservée du lit de pose étant parfait ement pane, nous pouvons penser que cet élément appartenait à une colonne taillée en plusieurs tronçons. Sous un abaque de plan circulaire, l'échiné est profilée en doucine. Une étroite rainure la sépare du fût, lequel  est sommé par un bourrelet au profil grossièrement hémisphérique. Le caractère très fruste de cette dernière moulure donne à penser que le bloc n'était pas achevé, mais simplement épannelé, au moment de sa pose (fig. 14). Le granité à gros grain utilisé ici n'aurait  de toute façon pas autorisé un travail d'une grande finesse.  L'organisation générale et le profil du chapiteau rappellent l'ordre toscan. La rainure séparant l'échiné du  fût peut être assimilée à un gorgerin, réduit, il est vrai, à sa plus simple expression, et le bourrelet couronnant le  fût à un astragale. Le sud-ouest de la civitas des Osismes a livré un nombre important de sculptures et de fragments architecturaux, ce qui laisse présager l'existence  d'un atelier de taille dans l'un des centres urbains de la  région, probablement Quimper. C'est sans doute à cet  atelier, basé à une dizaine de kilomètres, que nous  devons attribuer le bloc de Landudal, et ce même s'il présente certains traits inhabituels. Tous les chapiteaux  antiques découverts dans cette région appartiennent en effet à l'ordre toscan et sont organisés selon le même mode, avec une échine ornée de deux moulures et unabaque carré. Si la moulure unique du chapiteau de  Landudal peut être mise sur le compte d'une volonté de  simplification, le plan circulaire de l'abaque est en  revanche beaucoup plus surprenant. C'est là une pratique extrêmement rare, à laquelle nous n'avons pu en tout cas trouver d'équivalent. Ce choix résulte sans doute de la fonction particulière de la colonne. Nous avons vu que de nombreuses statues reposaient non pas directement sur l'abaque, mais sur des socles parallélépipèdiques ou cylindriques. Ces derniers surélevaient la statue, conférant à l'ensemble un aspect plus majestueux, et empêchant que les angles de l'abaque ne masquent une partie de la sculpture. Les artisans qui ont façonné le chapiteau de Landudal ont peut-être poursuivi le même but, en adoptant une solution moins contraignante et plus facile à réaliser. Quoi qu'il en soit, les abaques carrés trouvent leur justification technique dans la nécessité de passer du plan circulaire des fûts au  plan quadrangulaire des poutres d'architrave (Olivier,1992, p 312, note 16) et le tailleur de pierre a simplement abandonné ici une solution qui ne s'imposait plus. Le lit d'attente du chapiteau est percé d'un trou de  louve (fig. 15), ce qui donne une idée de l'ampleur des  moyens mis en oeuvre pour l'érection de la colonne. Cette cavité n'a pas été retaillée, mais il est possible qu'elle ait ensuite été utilisée à des fins de scellement.  Ce type de réalisation n'étant pas soumis aux règles de  proportion classiques, le bloc préservé ne nous permet  pas de restituer les dimensions d'origine de la colonne. Celles-ci devaient toutefois avoisiner, voire dépasser,  les 3,50 m.  Le groupe du cavalier à l'anguipède du Buzudic est  très mutilé (fig. 16). Il ne subsiste que le corps du cheval,  depuis l'encolure jusqu'à la croupe, sur une longueur de 1,12 m, ainsi que le bassin et les cuisses du cavalier. On  peut d'ailleurs penser qu'une chute depuis le sommet de  la colonne ne serait pas étrangère à des mutilations aussi  importantes. La plinthe sur laquelle reposait la sculpture a disparu, mais on apprend beaucoup de la comparaison avec un groupe voisin, celui de Kerlot en Plomelin,  beaucoup mieux conservé et qui devait être très semblable (fig. 17). Ici, le corps du cheval, amputé des    mêmes parties, mesure 1,20 m et la plinthe, presque  intacte, 0,79 m sur 0,51 m. Le groupe de Landudal était donc de dimensions légèrement inférieures et sa plinthe devait être en proportion. Elle pouvait par conséquent  s'inscrire dans l'abaque circulaire du chapiteau, abaque dont le diamètre avoisinait les 0,85 m. En définitive, il fait peu de doute que nous soyons en présence d'un  élément du support, ce qui nous renseigne avec précision sur la structure et l'aspect du monument.  

 

 

 

 

 

 

Conclusion  

 

La colonne complète et les deux fragments que nous  avons étudiés s'insèrent dans une série de monuments  consacrés à Jupiter, monuments qui semblent avoir été  très répandus en Gaule romaine. En 1977, G.-Ch. Picad, dans une synthèse qui nous paraît en tous points remarquable, les a classés en cinq catégories principales (Picard, 1977). La colonne du «Jardin des antiques» à Corseul et celle de Saint-Méloir se rattacheraient selon nos conclusions àla catéorie D, comprenant les «colonnes portant une image classique de Jupiter». Nous ne pouvons préciser avec certitude s'il s'agit de Dl, c'est-ài dre  avec un Jupiter en pieds, comme pour la grande colonne de Mayence sculpté par Samus et Severus sous le règne de Néron, ou de D2, oùle chapiteau supportait  une image de Jupiter assis. Toutefois, notre préférence  va à cette deuxièe solution. Il faut noter qu'à la différence des exemples rénis par G.-Ch. Picard, n'ont  pas été retrouvé àCorseul ni dans les environs les  socles paralléléipèiques qui servaient habituellementde soubassements à ces monuments. De même, alors que les colonnes de cette catégorie possèdent souvent  un fût recouvert de feuilles de laurier imbriqués (parfois qualifiés d'émaillé), celles de la région coriosolite  sont lisses. Il faut peut-êre invoquer la dureté et le grain du matériau, qui rendaient trè difficile l'exécution de ce travail de ciselage, et peut-êre aussi le manque d'expérience des sculpteurs. M. Provost s'est fondé sur ce  détail décoratif pour montrer que les colonnes de Jupiter n'étaient pas rares dans le Val de Loire (Provost, 1993, p. 343). Il en dénombre dix-huit exemplaires au  total. Sans doute faut-il utiliser ce chiffre avec prudence, toutes les colonnes à fûts décorés ne pouvant être reliées  systématiquement au culte de Jupiter, mais si l'on  retient ce critère comme hypothèse de travail, les plus  occidentales sont celles d'Angers, de Savennières (Maine et- Loire) et de Mauves-sur-Loire (Loire-Atlantique), cette dernière à 30 km de Nantes et dans les limites du  Massif armoricain. Nous serions alors tentés de voir   dans les deux exemples coriosolites le prolongement en  direction de l'ouest des monuments ligériens.   La colonne du Buzudic en Landudal supportait un  cavalier à l'anguipède. Ce monument entre dans la  catégorie Al de G.-Ch. Picard, catégorie qu'il appelle  encore «groupe du cavalier et de Phyppophore» (p. 92).  Cette conclusion ne peut êre extrapolé immédiatement aux  trois autres groupes bas-bretons. Chaque cas   doit êre examiné attentivement. Ainsi, lorsque le cavalier à l'anguipède de Briec (Finistère) fut aperçu pour la  première fois au village du Guélen, il était placé sur «un  soubassement en granit d'environ un pied de hauteur»  Trééy, 1886, p. 45). Ce socle éait-il moderne ou bien d'origine?  Le chapiteau de la colonne de Landudal est d'une   extrême simplicité comparé aux deux exemplaires des   Côtes-d'Armor et a fortiori à ceux de l'extérieur de la  Bretagne, qui sont le plus souvent corinthisants. Nous serions à nouveau enclins à mettre cette particularité sur  le compte du matériau, un granité local à grain moyen, nettement plus grossier que celui utilisé à Corseul. Mais  peut-êre n'est-ce pas là l'unique raison? Pas plus que  dans les Côes-d'Armor, il n'a été découvert aux environs de Quimper d'exemple de ce piédestal parallélépidèdique qui, selon G.-Ch. Picard, était généralement associé à la catégorie Al. Il faut cependant faire état  d'une intéressante hypothèse due à M. Immerzeel (1988).   Cet auteur a judicieusement rapproché de ces piédestaux, souvent appelés «pierre à quatre dieux», la stèle  célèbre du musée de Quimper, dite aussi «menhir de Kernuz». Cette pierre déouverte en 1878 à Kervadel en Plobannalec (Finistère), soit à 25 km au sud de Quimper,est de forme tronconique; elle est divisé en quatre  panneaux verticaux dans lesquels s'inscrivent, sculpté  en bas-relief, des représentations de divinité qui reviennent souvent sur les «pierres à quatre dieux»: Hercule, Mercure, Apollon, Mars et une divinité féminine indéterminée. Toutefois, la surface de son sommet, beaucoup trop étroite et inégale, n'a jamais pu supporter l'empilement fragile des colonnes du «cavalier à l'anguipèe». Peut-êre la stèe de Plobannalec était elle simplement associé à un monument de ce type et exposé à l'intéeieur d'un même enclos, selon une formule différante de celles envisagées par G.-Ch. Picard?  Au terme de cette étude, rappelons que nous ne nous étions pas fixé pour but de passer en revue la totalité des problèmes soulevés par les monuments à Jupiter dans  notre région. Par exemple, le facteur chronologique reste pour l'instant dans l'ombre, faute de critères de datation propres àla sculpture locale et àl'architecture. Cette première approche montre seulement l'extension en Armorique, sous des formes variés, d'un  type de monument commun en Gaule romaine, en même temps qu'elle fait déjà apparaîre certaines particularités régionales.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 08:28

 

 

 

 

 

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 19:00

 

 

 

 

 

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   Parole Yann Ber Calloc'h 1888 1917

Poête de l'ïle de Groix, mort fauché par un éclat d'obus

Jeffe Le Penven 1919 1967

 comositeur originaire  de Pontivy

 

Me zo ganet e-kreiz ar mor  
Teir leo er-maez ; 
Un tiig gwenn du-hont am eus, 
Ar banal 'gresk e-tal an nor 
Hag al lann a c'hol' an avaez. 
Me zo ganet e-kreiz ar mor 
E bro Arvor. 

Ma zad a oa 'el e dadoù, 
Ur martolod ; 
Bevet en deus kuzh ha diglod 
- Ar paour ne gan den e glodoù - 
Bemdez-bemnoz àr ar mor blot. 
Ma zad a oa 'el e dadoù 
Stlejour rouedoù. 

Ma mamm ivez a labour(a) 
- Ha gwenn he bleo - 
Ganti ar c'hwez àr hon taloù, 
Desket em eus, bihanik tra, 
Medi ha tenni avaloù. 
Ma mamm ivez a labour(a) 
D'ounit bara. 

O deizioù mam bugaleerezh 
Pand aen, dilu(i) 
Gant mamm da redek an irvi 
Pe gant ma zad d'ar beskerezh 
Men ez oc'h-c'hwi ? 
O deizioù mam bugaleerezh 
Na dous e oac'h! 

C'hwec'h 'oamp neuze, santez Mari, 
Ar-dro d'an daol; 
Yac'h ha laouen e vevemp holl. 
Da Zoue ha deoc'h e tougemp bri. 
Bremah ema kemmet an taol. 
C'hwec'h 'oamp neuze, santez Mari : 
N'omp mui 'met tri... 

Ar Maro àr an nor 'n deus stoket, 
Deuet eo a-barzh : 
Hon eurvad zo aet kuit 'n un arc'h 
Er vered parrez da gousket... 
Hag ennon e c'hanas ur barzh. 
Maro àr an nor 'n deus stoket... 
Ne ouelin ket! 

Ne ouelin ket! Re 'm eus gouelet 
Neuze, siwazh! 
Ha c'hoant em behe d'ober c'hoazh, 
D'ar glac'har zo tro da'm oaled! 
Met ret eo bout kreñv e'it arc'hoazh. 
Ne ouelin ket! Re 'm eus gouelet : 
Eurioù kollet. 

Daroù a zic'hoanag divent 
Em eus taolet 
En devezhioù-hont ken kalet; 
Ra viot benniget 'elkent, 
Rak roet ho peus din ar Gweled! 
Daeroù a zic'hoanag divent 
Ma amzer gent!... 

Ha bremañ petra 'lârin-me, 
Pa oarit holl? 
Ma eurvad douarel aet da goll, 
Bet on er c'hloerdi, en arme, 
Baleet 'm eus e-dan Ho Heol. 
Ha bremañ petra 'lârin-me 
Dirak man Doue ? 

Petra 'lârin Deoc'h, o Doue strizh, 
Mor madelezh? 
Ar baourentez zo c'hwerv he laezh; 
Ar bleuñv disec'het 'c'houlenn gwlizh; 
An douar-mañ zo lous he follezh. 
Petra 'lârin Deoc'h, o Doue strizh, 
'Met ez on skuizh! 

Deuet on davedoc'h arselin; 
Doc'h Hoc'h aoter 
E klaskan dibun ma fater : 
Sklaerderait-me hag e welin, 
Komzit, ma tañvain Ho touster. 
Deuet on davedoc'h arselin 

Ar man daoulin...

   

En pleine mer où je suis né
Trois lieues au large.
J'ai ma fruste et blanche maison
L'alentour est couvert d'ajonc
Sur le seuil pousse le genet
En pleine mer où je suis né,
Un fils d'Armor.

Mon père, comme ses aïeux,
Etait marin;
Une vie sans gloire et obscure
-La gloire, un pauvre n'en a cure-
Nuit et jour sur l'océan bleu
Père fut comme ses aïeux
Traîne-filets.

Ma mère travaille elle aussi
-Malgré son âge-
D'elle, à la sueur de nos fronts
J'ai appris, tout petit garçon,
A glaner et tirer les fruits.
Ma mère travaille elle aussi
Pour se nourrir.

O, jours bénis de mon enfance
Où sans entrave
De ma mère dans les sillons
De mon père près du poisson
Je goûtais la chère présence,
O, jours bénis de mon enfance,
Pleins de douceur!

Nous étions six, Sainte Marie,
Assis à table:
Tous nous étions sains et heureux.
Te portant respect, comme à Dieu.
La table a changé, aujourd'hui.
Nous étions six, Sainte Marie.
Nous sommes trois...

A la porte a frappé la mort
Elle est entrée;
Notre bonheur dans un cercueil
Partit dormir au champ du deuil...
0ù un barde chantait encore
A la porte a frappé la mort...
Assez de pleurs!

Assez de pleurs! Ils étaient vains
Alors, déjà:
Et je voudrais faire une place
Au chagrin autour de mon âtre?
Il faut être fort pour demain.
Assez pleuré! Ces pleurs sont vains:
Du temps perdu!

Les pleurs d'immense désespoir
Que j'ai versés
Au cours des épreuves amères
Qu'ils soient bénis, bien au contraire:
Car sans eux je ne pourrais voir!
Ces pleurs d'immense désespoir.
C'était avant!...

Et maintenant que vous dirai-je?
Vous savez tout!
Mon bonheur terrestre effacé.
Le séminaire, puis l'armée,
J'ai marché sous Votre soleil
Et maintenant que vous dirai-je,
A Vous, mon Dieu?

Que Vous dirai-je, Dieu sévère,
Mer de bonté?
Qu'il est aigre le lait du pauvre;
Que sans rosée sèche la rose;
Que sa folie salit la terre.
Que dire d'autre, Dieu sévère?
Que je suis las!

Je viens vers Vous prendre serein.
A votre autel
Je veux réciter mon pater.
Je verrai, si mon Dieu m'éclaire.
Parlez, Votre douceur m'étreint.

 

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 15:53

 

 

1425

 

 

Chapitre XXXI

 

 

Comment monseigneur le connestable fist venir le duc Jehan devers le Roy à Saumur. En celuy an ou moys de septembre, monseigneur le connestable se tira devers le Roy à Poictiers pour le faire venir à Saumur et là apointa que le duc Jehan viendroit devers lui à Saumur; et si ne fut que une nuyt à Poictiers. Et le Roy partit le landemain pour tirer au dit lieu de Saumur et mon dit seigneur le connestable s'en vint couscher à Chinon, là où madame de Guyenne estoit, et ne fut que une nuyt avecques elle et tira devers le duc à Angiers. Et le landemain se partit le duc pour aller à Saumur, et venoit du cousté devers Saint Florans pour veoir madame de Guyenne qui y estoit venue et s'entrefirent si grant chiere que homme ne sçauroit penser et s'en alla coucher sur les ponts de Saumur. Et si avoit en sa compaignie monseigneur d'Estempes, monseigneur de Laval, monseigneur de Porhoet, monseigneur de Chasteaubrient, monseigneur de Rieux, monseigneur de Guémëné, monseigneur de Rays, monseigneur de Beaumanoir, monseigneur de Montauban, monseigneur de Combour, le viconte de la Bellière, monseigneur de Malestroit, monseigneur de Porhoet, le viconte du Fou, Raoul de Coetquen et pluseurs autres, qui trop long seroient à nommer.

 

Chapitre XXXII

 

Comment le Roy receut le duc Jehan, et la grant chiere qu'ilz s'entrefirent. Et le landemain après disner arriva le Roy à Saumur, et si alla le duc au devant près. d'une lieue françoyse, acompaigné de très noble compaignie, comrr.e dit est. Et s'entretrouverent aux champs; et le Roy embrassa le duc deux foiz; et si s'entrefirent la plus grant chiere du monde; et le duc conduisit le Roy jusques au chasteau, puis le laissa et s'en alla à son logeis. Et le landemain vint le duc devers le Roy et besoirignerent ensemble de leurs affaires. Puis après le landemain, qui fut le mardi, le duc vint à Saint Florans1 veoir madame de Guyenne, et l'amena devers le Roy au chasteau de Saumur; et vint au devant monseigneur de Bourbon et pluseurs autres seigneurs et gens du Roy; et Dieu sceit s'il y avoit belle compaignie. Et la Royne de Cecille vint au devant bien avant en la court du chasteau et s'entrefirent grant chiere, et furent longtemps en prière à qui yroit devant. En la fin la Royne et madame de Guyenne monterent en la salle devers le Roy qui marcha bien près de l'uys au devant, et lui fist grant chiere et furent assés longtemps à deviser. Puis s'en alla madame de Guyenne à Saint- Florans et fut conduite de la seigneurie.

1425-26

 

 

Chapitre XXXIII

 

Comment le Roy et le duc vindrent veoir madame de Guienne à Saint Florans. Puis vindrent le landemain le Roy, le duc et monseigneur de Bourbon à Saint Florans veoir ma dicte dame, et chanterent et dancerent dedans le cloaistre et firent grant chiere, et puis s'en retournerent. Le Roy ala au chasteau de Saumur et le duc s'en vint à son logeis sur les ponts, et furent bien huyt jours à Saumur1; et firent et apointerent ensemble ce que bon leur sembla. Puis s'en vint le duc en Bretaigne, et print son congié du Roy; et monseigneur le connestable le conduisit, puis s'en retourna devers le Roy, lequel s'en alla en Auvergne et en Bourbonnays, et mon dit seigneur  quant et luy; et y furent jusques à karesme prenant.  

 

 

1426

 

 

Chapitre XXXIV

 

Comment le siege fut mis à Saint James de Beuvron. L'an que desus mil CCCC XXV fut mandé monseigneur le connestable en Bretaigne devers le duc, pour ce que l'armée du duc estoit toute preste d'entrer en Normandie. Et le plus tost qu'il peut s'en vint et trouva le duc à Rennes, et toute l'armée de Bretaigne sur les marches de Normandie. Et quant il fat devers le duc ilz conclurent de mettre le siege à Saint James de Beuvron, et tout l'ost s'assembla à Entrain, et de là alerent mettre le siege au dit lieu de Beuvron, et fut en caresme, et ne dura le dit siege que huyt ou dix jours. Et disoit-on que le chancelier de Bretaigne fist retarder le paiement des gens d'armes et aultres gensVde guerre; et à l'occasion de ce ilz n'avoyent de quoyVpaier les marchans qui leur amenoient les vivres et pour ce fut conclut l'assault par grande deliberacion. Et quant ceulx qui estoient au dit assault devers l'estangc montoient pour combatre main à main à ceulx de dedans, ilz virent une grande compaignie de gens d'armes qu'on avoit ordennez à faire les courses durant le dit assault; car le conte de Sonfort et le sire de Scalles estoient à Avranches; ainsi cuiderent noz ditz gens que ce fussent les ditz Angloys, et se commencerent à retirer. Et alors les ditz Angloys saillirent sur eulx et en tuerent et firent noyer grant nombre en l'estangc du dit lieu; et ceulx qui estoient de l'austre cousté n'en scavoient riens. Et toutesfois se convint-il retirer, et y eut grande multitude de gens mors et prins; entre lesquelz furent mors monseigneur de Mollac, monseigneur de Coitivi, missire Alain de la Mote et Guillaume de la Mote son filx, et Guillaume Eder et pluseurs aultres. Et à ceste cause se retirerent tous ceulx du siege au siege de monseigneur le connestable et s'i retirerent les gens de monseigneur de Porhoet, qui lors estoit admiral de Bretaigne, et tous les autres. Et ceste nuyt commencerent à desloger pluseurs sans congié, les ungs bleciez et les autres pour les conduire. Et bientost après misdrent le feu es logeis du dit siege de Beuvron et tantost l'en vint dire à monseigneur lé connestable et à monseigneur d'Estempes son frere qu'ilz seroient bruslés s'ilz ne se sauvoient, et que tout le monde s'en alloit. Et ainsi monterent les ditz seigneurs sur petis chevaulx pour cuider faire demourer ceulx qui s'en vouloient aler; mais homme ne vouloit arrester et tant que mon dit seigneur le connestable en la presse fit abatu, cheval et tout, et passoient par desus lui qui ne l'eut secouru et convint malgré lui s'en venir quant et les autres, ou demourer bien seul'. Et pensez que c'est grant chose quant ung desarroy se met en ung grant ost et de nuyt. Et croyés que ce lui fut ung des plus grans desplaisirs que mon dit seigneur eut en sa vie; car c'estoit grant pitié de le veoir et tousjours vouloit recouvrer qui l'eut voulu croire. Et furent, environ le point du jour, à Entrain et de là tirerer.,et devers le duc à Rennes, et misdrent frontieres en Bretaigne. Puis se departirent; et tout le monde disoit communement que ce avoit esté le chancelier qui avoit eu argent des Angloys pour lever le siege. Et pensés que monseigneur le connestable ne l'oblia mye.

 

1426

 

 

Chapitre XXXV

 

Comment monseigneur le connestable fist prendre le chancellier de Bretaigne. Car en retournant devers le Roy, les feries de Pasques, il fist prendre devant luy le dit chancelier à la Tousche près Nantes, et mener à Chinon pour soy descharger de ce que on le chargeoit; car il n'en povoit mais. Et fut le dit chancelier ung peu de temps au dit lieu de Chinon; puis fut traictée sa delivrance, et fut tenu bien aise et promist de faire merveilles devers monseigneur de Bourgoingne et ailleurs, et devoit du tout faire la paix mais il n'en fist riens, car elle n'estoit pas si aisée à faire. Et s'en ala du consentement du Roy devers monseigneur de Bourgoingne, et puis en Savaye, et s'en revint par Normandie en Bretaigne où il se demoura.

 

 

 

Chapitre XXXVI

 

 

Comment monseigneur le connestable fist prendre monseigneur de Gyac et en fist justice L'an mil CCCCXXVI mon dit seigneur le connestable tira devers le Roy2 et trouva monseigneur de Gyac qui bien lui avoit haulcé son chevetz devers le Roy, et ne vouloit point que nulle paix se fist entre le Roy et monseigneur de Bourgoingne, de paour de perdre son gouvernement, et ne vouloit que nulz des seigneurs approchassent devers le Roy, exceptés monseigneur de Clermont à qui il fist donner la duché d'Auvergne et monseigneur de Fouyers à qui il fist donner la conté de Bigorre, lequel avoit admené troys mille Biernoys, qui devoient faire merveilles; et si firentilz sur le pouvre peuple; car oncques ne passerent la Croix Verte à Saumur. Et pour revenir au fait de Gyac qui tant avoit fait de maulx, entre les autres avoit fait mourir sa femme, laquelle estoit bonne et preude, comme l'on disoit; il la fist empoisonner, et quant elle eut beu les poisons, il la fist monter derriere lui à cheval, et chevaucha xv lieues en celui estat; puis mourut la dicte dame incontinent. Et le dit de Gyac faisoit ce pour avoir madame de Tonnairre, qui après la mort du dit Gyac fut dame de la Trimouille. En après monseigneur le connestable vint devers le Roy à Yssoulzdun, et par le conseil de la Royne de Cecille et de tous les seigneurs ou la pluspart, reservés Bourbon et Fouyers, il print le dit Gyac en la ville d'Issoulzdun, et se fist apporter les clefz, et dist qu'il vouloit aller à Nostre Dame de Bour de Dieux dès le point du jour. Et comme son prestre vouloit commencer la messe tout reveistu, on lui vint dire qu'il estoit temps et laissa le pretre tout seul, et s'en vint luy et ses gens de sa maison et ses archiers, là où estoit le dit Gyac couchié et monterent contre mont, si rompirent l'uys. Et le dit Gyac demanda que c'estoit l'on dist que c'estoit monseigneur le connestable et lors il dist qu'il estoit mort. Et madame sa femme se leva toute nue; mais ce fut pour sauver la vaisselle. Et incontinent on fist monter le dit Gyac sur une petite hacquenée; et n'avoit que sa robe de nuyt et ses botes et fut tiré à la porte. Et incontinent le bruit fut devers le Roy si se leva, et vindrent les gens de sa garde à la porte, et mon dit seigneur le connestable leur dist qu'ilz ne bougeassent, et leur commanda s'en aller et que ce qu'il faisoit estoit pour le bien du Roy. Si se rendit à lui à la porte Alain Giron, qui avoit cens lances, et estoit assés près en embusche, et s'en alla conduire Gyac, et aussi missire Robert de Montauban et beaucoup d'autres gens de mon dit seigneur; et fut mené à Dun le Ray, qui pour lors estoit en la main de mon dit seigneur. Puis après tira mon dit seigneur le connestable à Bourges et monseigneur de la Trimouille avecques lui. Et incontinent mon dit seigneur fist faire le procès du dit Gyac par son baillif de Dun le Ray, et autres gens de justice. Et confessa tant de maulx que ce fut merveilles entre lesquelz la mort de sa femme toute grosse et le fruit dedans elle; et oultre confessa qu'il avoit donné au. Deable l'une de ses mains affin de le faire venir à ses intencions. Et quant il fut jugié, il réqueroit pour Dieu qu'on luy coupast la dicte main avant le faire mourir, et offroit à monseigneur le connestable, se il luy plaisoit lui sauver la vie, de lui bailler content cent mille escuz, et lui bailler sa femme, ses enfans et ses places à ostages, de jamais ne aprocher du Roy de XX lieues. Et mon dit seigneur respondit que s'il avoit tout l'argent du monde qu'il ne le laisseroit pas aller, puisqu'il avoit deservi mort et envoya ung bourreau de Bourges pour l'executer; et le mena Jehan de la Boessiere. Ne demandés pas si le Roy fut bien courroucé; puis après tout le monde estoit embesoingné à faire l'apointementnmais le Roy bien informé du gouvernement et vie du dit Gyac fut très content. Et entra en gouvernement Le Camus de Beaulieu, qui se gouverna aussi mal comme les autres. Et s'en vindrent le Roy et la Royne, et la Royne de Cecille, et mon dit seigneur le connestable en Touraine.

 

1427

 

 

Chapitre XXXVII

 

Comment monseigneur le connestable vint emparer Pontorson. Pour ce que les Angloys faisoient de grans courses et de grans maulx en Bretaigne, monseigneur le connestable vint emparer Pontorson et fut environ la Saint Michel, et y vint des Françoys et des Escossoys avecques lui. Et y estoient le connestable d'Escosse et missire Jehan Ouschart qui avoient bonne compai-gnie de gens d'Escosse, et Gaultier de Brusac' et pluseurs. autres capitaines; et de Bretaigne monseigneur de Loheac, monseigneur de Chasteaubriend, monseigneur de Beaumanoir, monseigneur de Montauban, monseigneur de Rostrelen, le viconte de la Belliere, missire Robert de Montauban, Jehan Tremederne, missire Jehan Le Veer, monseigneur de Beaufort, Marzeliere, missire Roland Madeuc et missire Roland de Saint Paoul. Et durant ce vindrent les Angloys ung peu avant soleil couchant, qui estoient en nombre bien huit cens et saillit-on hors aux champs, et se mist-on en bataille oultre le marays devers le Mont Saint Michel et ne scavoit-on quelle puissance les ditz Angloys avoient. Si fist le connestable d'Escosse descendre tous les gens d'armes et archiers à pié puis vindrent les ditz Angloys jusques au trait de l'arc, et en y eut deux ou troys qui se vindrent faire tuer en nostre bataille et y fut fait deux ou troys chevaliers. Et quant les Angloys virent la bataille, ilz s'enfuyrent en grant desarroy, et en fut prins et tué pluseurs; mais par ce que tout estoit à pié ne peurent estre si fort chacez comme ilz eussent esté, qui eut esté à cheval. Après que la place fut ung peu fortifiée, monseigneur le connestable et le connestable d'Escosse, et toute la pluspart des seigneurs et cappitaines s'en allerent, exceptés ceulx que mon dit seigneur y laissa, c'est asçavoir monseigneur de Rostrelen, capitaine du dit lieu, monseigneur de Beaufort, missire Jehan Ouschart, et les gens de Brusac, Jehan de Tremederne, missire Jehan Le Veyer, Marzeliere et pluseurs autres, et s'en alla mon dit seigneur devers le Roy.

 

 

     

 

 

Chapitre XXXVIII

 

 

De la prinse de monseigneur de Rostrelen. Assés tost après, sur l'yver, monseigneur de Rostrelen entreprint d'aler courir devant Avranches et mena belle compaignie. Et en passant au desoubs du Pont Aùbaud se noya ung gentilhomme de sa compaignie, et autres beaucoup s'enlizierent, et convint faire ung peu de demeure illecques. Si saillirent les Angloys sur les coureurs et mon dit seigneur de Rostrelen arriva et incontinent l'en chargea sur les ditz Angloys et furent reboutez jusques bien près de la porte; et en y eut bien xxx que mors que prins. Et comme monseigneur de Rostrelen vouloit descendre à pié arriverent environ cccc Angloys, dont estoit chief le sire de Fuouastre et si ne scavoient riens les ditz Angloys de la ville de celle venue, et non faisoit mon dit seigneur de Rostrelen. Et vindrent les ditz Angloys tellement frapper au dos de noz gens et en telle maniere qu'il convint desemparer. Et bientost après fut prins mon dit seigneur de Rostrelen, et bien VIIxx et dix de ses gens, et n'en y eut que deux mors; et ceste prinse fut ung très mauveis bout pour Pontorson Si y vint pour garder la dicte ville monseigneur de Chasteaubriend; puis après y vint monseigneur le mareschal son frere qui firent fortifier la ville le mieulx que faire se povoit; mais on ne sceut tant faire qu'elle valist gueres.

 

 

Chapitre XXXIX

 

 

Comment Le Camus de Beaulieu fut tué. Et mon dit seigneur le connestable estoit allé devers le Roy, et là lui furent remonstrés les termes que tenoit Le Camus de Beaulieu car il gastoit tout et ne vouloit que home aprochast du Roy, et faisoit pis que Giac. Si en estoit la Royne de Cecille et tous les seigneurs mal contens pour ce en fist monseigneur le mareschal de Bossac la raison car il le fist tuer. Et celuy mesmes qui le gouvernoit l'amena au tiltre en ung petit pré prés le chasteau de Poictiers sur la riviere. Et deux compaignons qui estoient au dit mareschal de Bossac lui donnerent sur la teste tant qu'ilz la luy fendirent, et lui couperent une main tant que plus ne bougea. Et s'en alla celui qui l'avoit amené et mena son mulet au chasteau là où estoit le Roy qui le regardoit; et Dieu sceit s'il y eust beau bruyt quand il fut aporté sur ung panier 

 

Chapitre XL

 

Comment La Trimouille fut mis en lieu du Camus de Beaulieu. Si vint à l'eure monseigneur de la Trimouille devers le Roy; puis s'en vint le Roy à Chinon, et la Royne avecques luy. Et n'estoit pas le Roy content que La Trimouille demourast avecques luy; et monseigneur le connestable lui dist que c'estoit un homme puissant et qui bien le pourroit servir. Et le Roy lui dist « Beau cousin, vous le me baillés, mais vous en repentirés; car je le cognois mieulx que vous. » Et sur tant demoura La Trimouille, qui ne fist pas le Roy menteur; car il fist le pis qu'il peut à monseigneur le connestable.

 

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 12:54

II Colonne de Saint-Méloir (Côtes d'Armor)

 

Origine

 

   

 

 

II ne reste de cette colonne que la partie supérieure, haute de 1, 25 m, placée sur un petit socle de granité. Elle est exposée sur le placître situé au sud de l'église de Saint-Méloir, à droite de trois autres tronçons (fig. 8), dont l'un avait été réutilisé comme borne milliaire sous  le règne de Victorin (Eveillard et Maligorne, 1995). Aussi loin que l'enquête dans les écrits permette de remonter, l'enquête orale ne pouvant plus rien nous  apprendre, elle est associée aux trois autres éléments.Les auteurs se sont avant tout intéressés à la borne milliaire et c'est incidemment qu'ils mentionnent notre  colonne. Le premier d'entre eux fut Dom Lobineau, dans son Histoire de Bretagne, parue en 1707. «Nous avons trouvéun autre monument qui peut apporter quelque lumièe àl'ancienne histoire des Gaules», écrit-il. «Ce sont quatre piliers ronds, que Von voit dans Saint-Méloir-des-Bois, paroisse du diocèse de Dol» (tome II, Preuves, col. 2). Aprè avoir donnésa lecture de l'inscription du milliaire, il ajoute: «Du reste, le haut de ce pilier est creuséen forme de bassin, et l'on y voit quelques trous, destinez apparemment àlaisser couler le sang des victimes et les libations. Il y a quelque sujet de croire que ce pilier a servi d'autel et que les trois autres ont porté des statues» (ibid). On constate que, de manièe surprenante puisqu'il semble les avoir vus, Dom Lobineau confond le milliaire avec notre colonne qui présente en effet la particularitéd'avoir été creusé à son sommet  d'un bassin quadrangulaire. Vers le troisième quart du   XVIIIème siècle, M. Déric reproduit telle quelle cette erreur dans son Introduction à l'histoire ecclésiastique de  Bretagne (1777, livre I, p. 43-47). Il faut attendre J. Gaultier du Mottay en 1867 pour que la vérité soit rétablie (1867, p. 113-114 et note 1). Cet auteur est aussi le premier à avoir érit que les quatre colonnes se trouvaient antéieurement «au village de la Barbottais»  (p. 112). Comme nous l'avons déjà démontré (Eveillard  et Maligorne, 1995, p. 19), cette indication est erroné et   résulte sans doute d'une lecture fautive de la notice consacrée à Saint-Méloir-des-Bois dans le Dictionnaire d'Ogée (1853, tome II, p. 84). Le texte est le suivant: «On  y connaît la maison noble de la Barbotays; on y voit un monument des Romains, qui s'est trè bien conservé Ce sont quatre pierres anciennes, en forme d'étoiles, dont  l'une est creuse et percée pour laisser couler la liqueur des  libations que les Païens faisaient en l'honneur des morts». Rien dans cette phrase grammaticalement correcte  n'autorise àr elier le «monument des Romains» au nom  de «la Barbotays». Nous avons, depuis notre précédent article, retrouvéla preuve incontestable de la justesse de notre interprétation: il n'y a aucune trace de maison noble ni de lieu-dit de ce nom en Saint-Méloir-des Bois. Ogée a confondu cette commune avec l'une de ses homonymes en Ille-et- Vilaine, Saint-Méloir-des-Ondes, où il existait effectivement un «manoir de la Barbottais»(B anét, 1927, tome IV, p. 48).  Par conséquent, tout laisse penser que le bénédictin  Dom Lobineau vit, dès le début du XVIIIème siècle, notre colonne à côté des trois autres, devant l'église de  Saint-Méloir-des-Bois, où elle se trouve toujours. La cavité quadrangulaire n'est pas d'origine comme le croyait Ogé. Elle indique simplement un remploi comme  bénitier, dans une église ou chapelle, selon une habitude assez souvent observé dans cette partie nord-orientale  du département des Côes-d'Armor (Amoureux et Clément, 1993) ou dans l'église-même de Corseul, où deux bénitiers sont des blocs d'époque gallo-romaine  remployé. Où se fit ce remploi? Dans l'église-même de  Saint-Méloir, dans une chapelle situé sur le territoire  de la commune ou encore dans un édifice hors de ses limites? L'origine des trois blocs qui l'accompagnent  peut-elle nous éclairer sur ce point? On sait que la borne  milliaire de Victorin s'élevait au bord de la voie Corseul-Vannes, vraisemblablement à deux lieues (on hésite  entre les chiffres II et III), soit 4444 m du chef-lieu des  Coriosolites (Eveillard et Maligorne, 1995). Quant aux deux autres tronçons, leur module important induit  qu'ils faisaient partie d'éifices urbains plutô que ruraux. Il n'est donc pas impossible, sans que nous puissions l'affirmer, que l'ééent qui nous intéresse provienne lui aussi de la même agglomération antique, qui  n'est distante que de 3,5 kilomères. Quelqu'un aura pris l'initiative de rassembler des blocs épars et de les exposer près de l'église de Saint-Méloir-des-Bois, en tout état de cause à une date antérieure à 1707. Il ne faut pas  voir dans cette exposition la seule intention de les mettre en valeur, mais aussi la volonté de les christianiser,  christianisation déjà réalisée une première fois pour  notre colonne, qui fit office de bénitier dans un édifice religieux.  

 

Desciptions et comparaisons

 

   

 

 

Ce bloc comporte un fragment de fût lisse et un chapiteau très endommagé un astragal formé d'un  tore sur un filet assurant la transition entre les deux éléments (fig. 9 et 10). La partie inférieure du chapiteau est taillé en gorgerin tronconique surmonté d'une moulure très proche du  quart-de-rond portant une torsade orienté de droite à gauche. Il faut noter que le  tailleur de pierre a tenté d'animer le motif: ses différernts brins ont en effet une largeur croissante de bas en haut, ce qui indique un  effort pour représenter les effets de la perspective (15)   Le registre supérieur du bloc est organisé par des  cornes d'angle formées chacune par deux crosses se  joignant au niveau des axes diagonaux de l'abaque. Les  enroulements terminaux ont tous été abattus et ne  subsiste dans le meilleur des cas que la partie inférieure des crosses. Les auteurs qui se sont intéressés à ce bloc  pensaient que les angles étaient occupés par des «mascarons» (De La Borderie, 1896, p. 125; Harmois, 1909,  p. 78). L'interprétation traditionnellement admise du chapiteau de la colonne du «Jardin des antiques» a sans  doute fortement influencé ces observations. En fait,  c'est entre les volutes qu'il faut chercher la représentation fignurée. Les quatre faces du calathos sont en effet  occupés par des bustes masquant en grande partie l'abaque. Un seul est intact (fig. 11), deux autres étant  endommagé et le dernier ayant été complèemen bûché (fig. 12).

 

 

Pour autant qu'on puisse en juger, ces   bustes sont très fortement stylisé : la tête est représenté avec un disque en relief, auquel sont accolés deux  protubérances figurant les oreilles, mais sur lequel les  traits du visage n'ont sans doute jamais été sculpté. Le torse n'a pas de bras et sa largeur est équivalente à celle  du visage. Il est fortement incliné vers l'avant, semblant  surgir du calathos, ce qui peut passer pour une tentative d'imitation de certaines compositions plus abouties. Ce bloc est, comme le précédent, issu d'un atelier peu  familier du corinthien, même si les emprunts à cet ordre sont ici plus conscients et plus perceptibles. Il n'est qu'à se reporter au plan de l'abaque, courbe et non plus carré ainsi qu'à la présence des crosses, qui justifient  l'existence des cornes du chapiteau. Néanmoins, ces  mêmes crosses sont réduites à des filets, qui soulignent  le profil du chapiteau plus qu'elles ne le dictent. Elles  sont en outre traitées comme des éléments isolés et  totalement indépendants du reste du décor. Les caulicoles  et calices d'où elles surgissent sur les chapiteaux  corinthiens sont absents et leur tracé n'est pas issu de la moulure torsadée, ce qui donne à penser que le souvenir de l'origine du motif est ici complètement perdu. L'abaque lui-même a perdu toute importance structurelle,  réduit qu'il est à un simple bandeau en très faible saillie. Il intervient plus comme composante du décor, représentée par pure convention, que comme élément fonctionnel. La présence de la torsade est tout aussi significative. Si, par nature, il est impossible de définir un type canonique pour les chapiteaux figurés, leur composition  est généralement régie par certains traits caractéristiques avec au premier rang desquels on trouve un rang de motifs végétaux, généralement des feuilles d'acanthe, d'où surgissent les bustes ou les têtes. Nous pouvons  certes citer un chapiteau nîmois de très belle facture sur lequel trois têtes émergent d'une moulure en quart-de rond, d'ailleurs ornée d'oves et de fers de lance, motifs généralement associés à ce profil. Néanmoins, ce  bloc fait lui-même figure d'exception dans la production  de la Narbonnaise et tout ornement végétal n'en est pas  absent puisqu'une grosse feuille remplace la tête sur  l'une des faces. Il semble en fait que la feuille d'acanthe  se soit très tôt imposée dans ce type de réalisation. Nous avons donc quelque raison de penser que ce motif était  étranger au tailleur de pierre qui a façonné la colonne de  Saint-Méloir ou, pour le moins, qu'il se sentait incapable   de le réaliser. Il est bien sûr tentant d'étendre la remarque au bloc de Corseul, les torsades figurant sur les deux éléments témoignant d'un effort d'ornementation extrêmement rare dans la cité des Coriosolites.  Néanmoins, sur la colonne de Corseul, la torsade appartient extrémités supérieure, tandis que sur le bloc de Saint-Méloir, elle fait partie du chapiteau. Dans le premier cas, il y a   simplement volonté de décorer l'astragale, alors que  dans le second, il s'agit de substituer une moulure ornée  au rang de feuilles d'acanthes figurant traditionnellement sous les bustes. On peut d'ailleurs penser que le  choix du motif a été dicté par sa simplicité et par la  relative facilité d'exécution qui en découle.  A côté de ces emprunts manifestes subsistent, avec  l'astragale et le gorgerin, des traits toscans. Ces derniers  éléments nuisent quelque peu à l'équilibre de l'ensemble ne donnant au chapiteau un aspect très élancé. Il  semble en fait que le lapicide n'a pas su se départir de  certaines de ses pratiques habituelles. La colonne a été  taillée dans un granité de Languédias, comme celle de  Corseul, mais, plus qu'aux contraintes imposées par le   matériau, c'est sans doute à la formation d'un tailleur de  pierre peu rompu au travail de certains motifs qu'il faut  imputer son caractère peu orthodoxe.  La réalisation du bloc a visiblement été confiée tout  entière à un artisan spécialisé dans la taille des éléments  architecturaux et la présence des bustes n'a pas entraîné  l'intervention d'un ouvrier plus qualifié. Si, comme nous  allons nous attacher à le démontrer, cette colonne  supportait une statue, nous aurions là une illustration  d'un partage des tâches qui présidait par ailleurs à  l'ornementation des édifices, les lapicides se voyant  confier les chapiteaux, l'architrave et la corniche, les  sculptores étant en charge de la seule frise, partie noble  par excellence (Gros, 1979, p. 156 et note 259).   Les données techniques qui nous ont permis d'affirmer que la colonne exposée à Corseul supportait une  statue font ici totalement défaut, le lit d'attente du  chapiteau ayant été creusé d'un bassin pourvu d'un petit  canal d'évacuation. Il nous faut donc recourir à d'autres  indices pour tenter de déterminer la fonction de cet  élément.  Si certains chapiteaux quadricéphales étaient intégrés  à des édifices, possédant le plus souvent une vocation  cultuelle, il nous semble difficile d'imaginer que tel ait  pu être le cas ici. La perte d'importance structurelle de  l'abaque, relevée plus haut, semble lui interdire d'exercer un rôle porteur réel. En outre, ce bloc ne semble  pas avoir été soumis à des règles de composition très  strictes et le chapiteau devait occuper une place disproportionnée dans la colonne, ce qui, sur un plan esthétique rendrait problématique son insertion dans un ensemble architectural. En fait, l'hypothèse d'une colonne  isolée supportant une statue semble la plus vraisemblabe. La comparaison avec le bloc de Corseul s'impose et Il est tentant d'assigner à ces deux éléments si singuliers une signification et une fonction identiques.   Les spécialistes s'accordent maintenant à reconnaître  dans les bustes ou têtes qui ornent certains chapiteaux le  symbole des saisons (Sterckx, 1994, p. 29; Benoît, 1970, p. 91-92; Walter, 1970, p. 24-27). Le caractère très fruste  du bloc de Saint-Méloir donne à penser que ce sens   pouvait être aisément perçu par tous, sans qu'il soit   besoin de recourir à des artifices tels que la représentation  des attributs des dieux qui personnifiaient généraement les saisons. Ce symbolisme renvoie au culte de  Jupiter. Ce dieu était en effet invoqué comme le garan  des bonnes conditions météorologiques et donc, en  premier lieu, de la succession régulière des saisons (CIL  XIII, 6; Hatt, 1989, p. 188; Sterckx, 1991, p. 52). L'association fréquente, en Germanie et dans les Trois-Gaules,  des chapiteaux à bustes avec les groupes de Jupiter   à l'anguipède n'a donc rien d'étonnant (Benoît, 1970, p.87-88). Cependant, pour les mêmes raisons que celles  déjà invoquées pour la colonne du «Jardin des antiques», en particulier l'étroitesse de l'abaque, nous ne  pensons pas que ce bloc ait pu supporter autre chose   qu'une statuette de Jupiter debout ou trônant.  

 

 

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 07:16

 

 

Jean de Châlons, prince d'Orange, était fils de Catherine de Bretagne, sœur du duc François II. Venu négocier le mariage de sa cousine avec Maximilien d'Autriche, roi des Romains, il s'acquitte  scrupuleusement de sa mission, malgré l'amour qu'il éprouve pour Anne. Le maréchal de Rieux et Mme de Laval sont favorables au  mariage d'Anne avec le seigneur d'Albret, demi-frère de Mme de Laval. Landais, grand trésorier de Bretagne, intrigue avec le duc d'Orléans qui, quoique marié, songe à épouser Anne. Il vient à Nantes,  ainsi que le comte de Richemont (Richmond), chassé d'Angleterre  et qui, lui aussi, s'éprend d'Anne. Celle-ci « encore qu'elle fût fort jeune », décèle l'amour du prince d'Orange, pourtant tout dévoué à la candidature de Maximilien. Grâce à d'Albret et à Mme de Laval qui l'aime, Richemont échappe aux manœuvres de Landais acheté par le roi Edouard d'Angleterre. Anne éprouve de l'inclination pour le duc d'Orléans. Richemont devient roi outre-Manche. Le roi de France intervient en Bretagne. Le prince d'Orange sauve à Vannes François II et ses deux filles et les ramène à Nantes. Le nouveau roi d'Angleterre écrit à Mme de Laval, en lui demandant de faciliter son union avec Anne. Charles VIII assiège Nantes. Mme de Laval, sacrifiant son amour et délaissant les intérêts de d'Albret, répond favorablement au roi d'Angleterre. Mais le faible secours qu'il envoie arrive trop tard, après la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier, où Orléans et Orange ont été faits prisonniers. Rendu à la liberté, le prince d'Orange incite le duc à conclure la paix et poursuit son action en faveur de Maximilien. Anne aime toujours Orléans ; d'Albret se fait pressant. François II meurt. Comme les chances de Maximilien lui semblent faibles, Orange ose se déclarer, sans succès. A la suite d'une explication orageuse avec Anne, d'Albret prend les armes contre la duchesse : Coëtmen sauve la situation. Après son échec personnel, Orange a rallié Mme de Laval à la cause de Maximilien. De Flandre arrive un envoyé du roi des Romains pour conclure le mariage. « La Duchesse qui était embarrassée d'affaires de tous côtés, persuadée par le Prince d'Orange et par Mme de Chateaubriant, y consentit. La cérémonie s'en fit, et l'Ambassadeur épousa la Duchesse au nom du Roi des Romains ». Il en résulte des complications diplomatiques avec la France. Le duc d'Orléans « affigé au dernier point d'avoir perdu l'espérance de voir au moins quelquefois une Princesse qu'il adorait », instruit des possibilités d'annulation d'un mariage par procureur, pousse Charles VIII à épouser Anne. Lesconvel précipite le récit des événements. Orange, malgré son chagrin, se rallie au mariage français et lève les scrupules de la duchesse sur son mariage antérieur. Charles VIII épouse Anne : « II y a eu peu d'occasions où la raison ait mieux triomphé de la puissance de l'amour qu'en celle-ci. La Duchesse était touchée du mérite du Duc d'Orléans, qui adorait la Duchesse ; le Prince d'Orange n'avait jamais pu vaincre la grande passion dont son cœur était plein pour la Duchesse ; et cependant ces trois personnes ne suivent en cette occasion que la pure raison, sans qu'il leur soit échappé une seule parole qui ait pu marquer la moindre faiblesse ; elles passèrent toutes les années de la vie de Charles Huit avec les mêmes sentiments et la même conduite ». C'est sous le titre de l'Amour sans foiblesse que, un quart de siècle plus tôt, Montfaucon de Villars avait raconté, à sa manière, les amours d'Anne de Bretagne. Malgré les différences considérables qu'on relève entre les deux récits, Lesconvel avait peut-être lu   l« historiette » de son prédécesseur. Quatre pages suffisent à Lesconvel pour évoquer le second mariage et la vie avec Louis d'Orléans devenu Louis XII. « Si les impressions que le mérite du Duc d'Orléans avait faites s'étaient affaiblies, la constance de Louis XII les fortifia », puis « le Roi perdit cette Princesse accomplie de qui il était parfaitement aimé, et qu'il aimait passionnément, et fut longtemps sans pouvoir s'en consoler ». Marie d'Angleterre et les impertinences de Fontenelle sont ignorées. Tel est, dégagé du fatras qui l'environne, le récit confus des amours d'Anne de Bretagne. La narration s'égare, avec des redites et des reprises maladroites. « II faut après cette petite digression revenir aux progrès que faisait le Roi dans le Duché », écrit ingénument l'auteur. En termes presque identiques, il nous est dit, à deux reprises, que le prince d'Orange, amoureux transi et sans espoir de sa cousine, souhaite du moins qu'elle fasse un mariage sans amour. Le récit s'encombre de réflexions politiques incidentes. La gouvernante des princesses, Françoise de Dinan, est successivement désignée sous les noms de Mme de Laval et de Mme de Chateaubriant, sans que le lecteur soit informé qu'il s'agit de la même personne. Ailleurs, le comte de Richemont, qui succéda à Richard III sous le nom d'Henry VII, signe la lettre adressée à la gouvernante des princesses : « Edouard, Roi » ! L'histoire véritable des intrigues matrimoniales autour de la jeune Anne de Bretagne est loin d'être simple : Lesconvel se plaît à compliquer et à embrouiller encore les diverses combinaisons. Aux manœuvres politico-sentimentales dont Anne est l'enjeu, s'ajoutent des amours parallèles, notamment, occupant près d'un tiers du volume, celles qui concernent Mlle de Laval, Coëtmen et l'amiral de Bretagne, vicomte du Fou (Faou).  

 

Extrait de Anne de Bretagne, Nouvelle historique, par Hervé Pezron de Lesconvel

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 13:07

La colonne du jardin des antiques à Corseul


II s'agit d'une colonne monolithique, haute de 2,07 m et qui, fait assez exceptionnel, est conservée dans son intégralité, si ce n'est une légère épaufrure à un angle de l'abaque. Elle est exposée aujourd'hui sur un piédestal moderne, au centre d'un massif gazonné, sur le côté ouest du bâtiment de la mairie de Corseul (fig. 2).

 

 

 Elle occupe cet emplacement depuis 1977, soit un an après qu'ait eut lieu le transfert du siège de la mairie depuis ce que l'on a coutume d'appeler localement le «Château de Lessart», situé à 200 m de là, en direction du sud-ouest et en plein centre-bourg. Selon le témoignage que nous avons recueilli auprès de Madame de Porzemparc, elle fut découverte par son trisaïeul, Monsieur Dubreil de Ponbriand, propriétaire-président de Lessart, en agrandissant le potager. Cet emplacement est localisé à une cinquantaine de mètres, au sud-ouest du bâtiment. La généalogie de la famille nous renvoie pour la date de la découverte à la première moitié du XIXème siècle, sans plus de précision. Quelques années plus tard, la colonne fut dressée sur un socle dans le parc de la propriété, à l'initiative de Madame Le Provost de la Voltais, grand-mère de Madame de Porzemparc. C'est là qu'elle se trouvait en 1890 (Guennou, 1965, p. 20). Le château de Lessart ayant été vendu à la commune de Corseul, la colonne fut cédée en 1952 au musée de Rennes. Le docteur Guidon, fondateur de la société archéologique de Corseul, en obtint le retour dans sa commune d'origine trois ans plus tard. Elle fut installée en grande cérémonie, le 19 octobre 1955, à l'endroit où elle s'élevait déjà précédemment, endroit devenu désormais espace municipal (renseignements Mlle S. Guidon). Elle y resta jusqu'en 1977, entourée de nombreux autres blocs d'architecture, dans ce qui fut appelé le «Jardin des antiques» (Guennou, 1965, fig. 3, p. 27). En résumé, et si l'on se replace dans le contexte spatial de l'agglomération romaine, chef-lieu de la civitas des Coriosolites, la colonne fut exhumée à l'intérieur du périmètre urbain, près de sa limite sud-ouest. On ne peut évidemment pas dire si elle gisait près de son emplacement d'origine, ou si elle avait été déplacée.

 

Description et comparaisons

 


Cette colonne monolithique en granité, avec base et chapiteau, a été découverte intacte, fait unique à Corseul. La base est composée d'un tore surmonté d'un filet  et d'un cavet renversé (fig. 3).

 

 

 

 

Nous corrigeons ici la description de L. Pape (1971, p. 56), qui voyait dans la composante inférieure une plinthe circulaire. Non seulement ce type de plinthe, caractéristique saillante de la base toscane vitruvienne (Vitruve, IV, 7, 3), est extrêmement rare, mais une telle définition reviendrait à réduire la base proprement dite à un filet et un cavet renversé, ce qui serait pour le moins inhabituel. Le fût est court et très fortement galbé, ce qui donne à la colonne un aspect trapu et massif. Uentasis est d'autant plus remarquable qu'il ne s'accompagne pas d'une diminution très importante du diamètre du fût. Ce dernier est couronné par un bandeau orné d'une torsade orientée de droite à gauche. Le chapiteau est divisé en trois registres (fig. 4 et 5). Sa partie inférieure est taillée en gorgerin tronconique tandis qu'au sommet se place un abaque bipartite. Cette  division de l'abaque en deux bandeaux, celui du dessus présentant une légère saillie, est un raffinement unique à Corseul. C'est toutefois l'échiné qui mérite l'attention la plus soutenue. Ses angles sont occupés par des consoles qui occupent la position réservée aux volutes sur les chapiteaux corinthiens et composites. Elles sont le soutien fictif de l'abaque, mais surtout elles divisent l'échiné en quatre faces. De même que les volutes des chapiteaux corinthiens permettent la reproduction d'un décor identique sur toutes les faces, ces consoles délimitent quatre champs, chacun frappé d'un cercle en relief. Tous les auteurs qui ont décrit ce bloc ont vu dans ces consoles les témoins de masques qui auraient occupé les angles du chapiteau (Guennou, 1965, p. 28; Pape, 1971, p. 56; Sterckx, 1994, p. 60; Aumasson, 1987, p. 85). La pierre étant très érodée, rien ne subsiste de ces éventuelles sculptures. Seule la console située aujourd'hui à l'angle nord-ouest présente des aspérités dans lesquelles on croit deviner, sous un éclairage rasant, un oeil, un nez et une bouche, mais on ne peut être totalement affirmatif. Le bloc coriosolite doit être rattaché à la série des chapiteaux figurés, au sein de laquelle la production la plus abondante est constituée par les chapiteaux à bustes ou à têtes. Si, dans ce dernier groupe, la tête figure le plus souvent au centre du calathos, il n'est pas rare qu'elle en occupe les angles. Nous disposons même d'un parallèle très frappant, avec un chapiteau espagnol dont Tune des faces porte un cercle et dont les angles sont ornés de masque en faible relief (fig. 6).

 

 

Nous pouvons imaginer qu'une solution similaire ait été adoptée à Corseul, l'usure du granité ayant fait disparaître les traits du visage. Il convient cependant de noter que le profil des consoles, affecté d'un fort renflement antérieur, évoque moins des têtes que des volutes maladroitement traitées. En outre, le parti adopté privilégie les motifs centraux: toute la composition semble en effet avoir pour but la mise en valeur des cercles. Ces derniers ont été rapprochés par L. Pape (1971, p. 56) de la roue, symbole de Jupiter-Taranis. Il est vrai que le motif ne comporte pas de rayons, mais cette absence trouve peut-être son explication dans le double symbolisme revêtu par la roue. Que celle-ci soit le symbole du tonnerre est un fait depuis longtemps admis et clairement attesté, notamment par la fréquente association de la foudre et de la roue sur des autels dédiés à Jupiter (Espérandieu n°6849). Si H. Gaidoz (1884), le premier a proposé une autre interprétation en voyant dans la roue le symbole du soleil, il  revient à J.-J. Hatt d'avoir concilié les deux hypothèses. Selon cet auteur, en effet, les Celtes auraient perçu la foudre comme une émanation du soleil, un fragment de feu céleste (Hatt, 1951). Dans cette optique, les cercles sculptés sur le chapiteau de Corseul peuvent être perçus comme des symboles solaires, et être effectivement rattachés au culte de Jupiter. Cette colonne est manifestement l'oeuvre d'un atelier local. Son aspect est entaché de plusieurs malfaçons affectant notamment les consoles, qui n'ont pas toutes un profil identique, ni le même développement en hauteur. Ainsi, la hauteur du gorgerin, mesurée sommet de l'astragale au bas des consoles, est comprise entre 6,8 et 9 cm. Ce sont là des irrégularités minimes mais nettement perceptibles. En outre, si nous avons cru déceler dans le profil de l'échiné des emprunts aux ordres à volutes, ils sont tellement maladroits et mal maîtrisés qu'ils dénoncent des artisans peu familiers de ce type de réalisation. Enfin, et cela nous paraît être l'argument essentiel, le bloc présente certaines caractéristiques propres à l'ordre toscan, ordre auquel appartient la quasi-totalité des éléments architectoniques de Corseul: la base est toscane et doit être rattachée à l'un des deux types utilisés dans l'agglomération; quant à l'absence de plinthe, elle est l'un des traits saillants de la production coriosolite et ce, quel que soit le profil considéré, attique ou toscan. L'astragale et le gorgerin renvoient eux aussi à l'ordre toscan, tout comme le plan carré de l'abaque, qui diffère radicalement des abaques courbes des chapiteaux corinthiens et composites. Il convient d'ajouter que le matériau, un granité de Languédias, est celui qui a été utilisé pour l'immense majorité des blocs de grand appareil de Corseul. Ces différentes remarques permettent, sans doute possible, de rattacher la colonne aux autres éléments conservés sur le site et d'en attribuer la taille à un même atelier. Ainsi, les tailleurs de pierre qui se sont vus confier cette commande ont expérimenté des schémas qui leur étaient de toute évidence étrangers, tout en puisant largement dans leur répertoire habituel. Nous verrons plus loin que la même remarque vaut pour le bloc de Saint-Méloir. Le décor du chapiteau comme son caractère unique dans l'agglomération semblent indiquer que cette colonne avait une fonction différente de celle des autres éléments conservés sur le site. En la matière, cependant, ce sont des critères d'ordre technique et non stylistique qui constituent les indices déterminants. Le lit d'attente de l'abaque n'est en effet parfaitement travaillé qu'en sa partie centrale, c'est-à-dire un carré de 22 cm de côté, percé au niveau de l'axe du fût d'un trou de scellement quadrangulaire (fig. 7).

 

 

Cette surface plane est entourée d'une bande de pierre simplement dégrossie, formant un cadre en léger relief et large de 9 cm. Autour de celui-ci, le lit d'attente est mieux travaillé, sans être parfaitement dressé. Un tel aménagement se laisse expliquer sans peine et permet d'exclure l'hypothèse d'une colonne supportant un ou plusieurs blocs d'architrave. La partie centrale de l'abaque recevait sans aucun doute une plinthe de statue dont la stabilité était assurée à la fois par un scellement vertical et par le cadre qui en enserrait la base . Notons qu'il était fréquent de surélever la statue par un dé. Les exemples de cette pratique ne manquent pas, depuis la colonne découverte près du port romain de Mayence, qui pourrait constituer l'un des prototypes des colonnes de Jupiter à Panguipède, jusqu'à la colonne au génie hyppophore de Grand. Le problème qui se pose maintenant à nous est de déterminer la nature de la statue. Si, comme nous le pensons, les cercles du chapiteau figurent des roues solaires, il nous faut nous orienter vers une représentation de Jupiter. L. Pape pensait à un groupe de Jupiter à l'anguipède. Comme nous l'avons dit, le thème est bien représenté en Bretagne occidentale, avec quatre exemplaires connus, mais il s'agit de groupes de grandes dimensions, reposant sur des plinthes rectangulaires (voir plus loin l'exemple de Landudal). Il faudrait supposer dans le cas de Corseul un groupe beaucoup plus réduit, s'appuyant sur un dé. Or, le granité ne permet pas facilement la réalisation d'une sculpture aussi complexe, comprenant de nombreux vides, dans un format restreint. Avait-on remplacé ce matériau par un autre? On n'a pas retrouvé, à notre connaissance, de cavaliers à l'anguipède façonnés dans le marbre ou dans le bronze, par exemple. Par contre, le calcaire a été très largement employé. Il n'est pas rare de trouver en Bretagne des statuettes travaillées dans ce matériau. Tout récemment, un Jupiter debout, encore inédit, qui devait mesurer environ 0,60 m de haut, a été découvert à Rennes dans les fouilles de la rue Saint-Malo. C'est une solution de ce type qui nous semble la plus vraisemblable ou, mieux encore, un Jupiter assis sur un trône,   comme pour la «petite colonne de Mayence» monument qui mesurait au total environ 3 m, dont 0,37 m pour  la seule statue, et auquel devait être apparenté celui de  Corseul (Espérandieu, VII, 5725; Walter, 1970, p. 31,   fig. 3). Le Jupiter de Corseul a pu être fabriqué en  bronze ou en calcaire, mais le granité de Languédias n'est pas à exclure. Il ne manquait pas sur place de bons  praticiens de ce matériau, comme le montre la découverte récente d'un fragment de corps masculin dénudé  (Eveillard, 1994).

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Published by poudouvre
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