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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 20:15

 

 

1°) Approche de la flotte romaine.

 

Si l'on admet que la flotte romaine avec ses alliés ait été réunie aux abords de l'embouchure de la Loire, faut-il croire qu'elle fit route directement vers l'entrée du Golfe du Morbihan, après avoir doublé la Pointe du Croisic ? Etant donné les conditions générales de navigation dans cette région et la crainte exprimée par César à l'égard de cette «mer tempétueuse», on peut penser qu'il aura dû hésiter à faire cette route avec toute sa flotte, qui risquait d'être dispersée, surtout les galères, par un coup de temps et d'être exposée, dans de mauvaises conditions pour ses navires à rames, à une attaque en masse des forts bâtiments à voiles des Vénètes, dont un certain nombre aurait pu s'embusquer à l'abri des îles de Houat ou de Hoedic. Ne faut-il pas plutôt penser que Brutus, après avoir rassemblé son armée navale lui fit longer les côtes à petite distance depuis la Pointe du Croisic jusqu'à l'embouchure de la Vilaine, où un ultime regroupement des unités, à l'abri des côtes de Billiers, à Damgan, voire en rade de Pénerf, pût avoir lieu ? De là, longeant les côtes pour masquer ses mouvements aux guetteurs vénètes qui pouvaient être établis sur le Grand Mont actuel (et de cet endroit ils ne pouvaient distinguer ce qui se passait sur cette portion de la côte), Brutus, tout en navigant plus facilement à l'abri des vents afin de ménager ses rameurs pour l'action décisive, pouvait aisément gagner le que brusquée, il avait l'assurance de pouvoir bénéficier de l'appui des légions à terre en s'échouant en cas de danger, comme il semble bien en avoir eu l'intention. Mais il fallait que ce lieu de rendez-vous fût assez proche de l'entrée du Golfe et offrît en même temps à la flotte romaine un abri suffisamment sûr. Après un examen approfondi des cartes marines de ce secteur et en me référant aux traditions nautiques des marins de cette région, il me semble que seule puisse être retenue, comme abri sûr pour la flotte de Brutus, la baie de Suscinio. Cette région de Suscinio semble bien être effectivement le point extrême de l'avance romaine et l'occupation du territoire vénète ne devait pas se prolonger plus loin à l'Ouest, car le fait que la flotte vénète put l'emprunter pour sortir en mer, prouve que l'entrée du Golfe était incontestablement libre. De plus, César ne pouvait s'aventurer plus loin vers l'Ouest sans risquer d'être attaqué sur ses arrières par des raids rapides, comme nous en avons connus durant la dernière guerre, lancés à partir de la rive sud du Golfe du Morbihan. Ainsi, à l'abri «sous la terre», la flotte romaine retrouvait une ambiance voisine de celle de la Méditerranée et elle pouvait disposer de ses galères avec efficacité. Je ne crois pas, comme le pense M. P. Emmanuelli, que le mouillage de la flotte romaine ait été situé aux abords immédiats de l'entrée du Golfe. Cet endroit n'est pas sûr par vents de Nord-Ouest ou Ouest et ce sont là des vents fréquents dans cette région. D'autre part, le fait que César ne parle pas de bords tirés par les Vénètes ne prouve rien. César n'a pas toujours relaté avec exactitude toutes les péripéties d'une bataille, surtout lorsque celles-ci pouvaient diminuer un tant soit peu son prestige. Et ce pourrait être ici le cas. En tous cas, toute sa relation de la bataille navale est sujette à caution.

 

2°) Sortie de la flotte vénète. 

 

Les guetteurs ou les éclaireurs vénètes qui devaient certainement suivre l'approche des Romains, signalèrent probablement aussitôt à leur armée navale que la flotte de Brutus était réunie en vue de Suscinio. Et, son rassemblement sans doute effectué aux premières heures du jour, la flotte vénète profitant de l'étalé et d'une brise qui devait sans doute se situer entre le N.N.W. et le W.N.W., sortit du «Port», c'est-à-dire du Golfe du Morbihan. Laissant porter plein vent arrière vers le S.E., les Vénètes auraient pu aller tirer leur bord au large de la Pointe du Grand Mont, en un point d'où ils pouvaient découvrir la flotte ennemie rassemblée en baie de Suscinio. Bordant bâbord amures, route au N.E., ils purent faire voile vers Suscinio. Je sais bien que l'on objectera la soi-disant impossibilité pour les navires de cette époque de faire du «plus près». J'ai déjà répondu à cette objection. Et ici, il ne s'agit pas en réalité de faire du plus près, mais presque du grand largue. Il n'est pas défendu de penser que, lorsqu'il vit foncer vers lui les puissants navires vénètes avec lesquels il n'était nullement habitué à se mesurer, et cela d'autant plus qu'il était un «débutant» en matière de guerre navale, Brutus ressentit sans doute une si vive émotion qu'il eut le réflexe de se rapprocher de la terre, où les légions pouvaient lui offrir soutien et au besoin refuge. Je ne pense pas que Brutus, en opérant pareille retraite, ait eu l'intention d'attirer vers des petits fonds les navires vénètes calant plus que ses galères et de les forcer à s'échouer. S'il en avait été ainsi, César n'aurait pas manqué de s'en "vanter. Mais en se retirant ainsi vers la terre. Brutus se trouvait de plus en eaux calmes, à l'abri du vent masqué par les collines, ce qui mettait les vaisseaux des Vénètes en situation difficile. Je crois que c'est au début du combat que devrait se placer l'épisode du calme plat providentiel pour les Romains, lorsqu'un certain nombre de navires vénètes, emportés par leur élan dans la poursuite des galères se retirant vers la terre, se trouvèrent encalminés et par conséquent incapables de manœuvrer correctement. C'est alors que les galères eurent tout loisir de les attaquer à deux ou trois par navire armoricain, comme l'a noté César. La suite, pour cette partie de la flotte vénète encalminée vn'a plus rien à voir avec la guerre navale. La lutte, à partir de ce moment, se réduit à un combat d'infanterie. Quant aux autres navires vénètes, il est vraisemblable que, lorsqu'ils virent les leurs encalminés, ils n'allèrent pas, à leur tour, commettre la même imprudence. Ils se tinrent sans doute à la limite du calme, combattant sous voiles ou attaquant les galères qui se présentaient et qui, séparées du reste de la flotte au début de la bataille, tentaient de rallier le gros de celle-ci vers la terre. Mais si cet en calminage permit aux Romains de monter à l'abordage des Vénètes, il ne put être de longue durée et il est vraisemblable, si l'on examine le récit de César, qu'un certain nombre (le plus grand nombre à mon avis) réussit à se dégager. C'est alors qu'ils virent la possibilité de profiter des risées, comme il s'en produit souvent aux limites même des calmes, pour tenter les manœuvres de dégagement. C'est sans doute à cet instant que les faulx, auxquelles César accorde tant d'efficacité, entrèrent en jeu pour empêcher les Vénètes de manœuvrer pour s'échapper. Mais c'est sur les ponts des navires abordés et sur lesquels ils combattaient que les Romains utilisèrent les faulx et non pas, pour les raisons que j'ai exposées précédemment depuis les ponts de leurs galères, pour abattre les drisses maintenant les vergues. Mais quel fut le rôle des navires alliés dans la bataille ? qu'ils aient rempli le rôle imparti en général aux troupes levées dans les peuples soumis, celui de troupes de choc. Peut-être les «alliés» furent-ils les premiers à subir le choc initial des Vénètes, celui au cours duquel les pertes en navires durent être les plus lourdes pour les Romains.

 

3°) Fin de la bataille.

 

 

César a donc, en principe, détruit la flotte vénète, dont «un bien petit nombre put, à la faveur de la nuit, regagner la terre». C'est donc avouer là que les navires ennemis n'ont pas été tous détruits et par conséquent que les Vénètes, à cette époque, ne sont pas encore totalement vaincus. C'est donc aussi reconnaître que ces rescapés n'ont pas regagné n'importe quelle terre, mais les ports de la confédération maritime vénétique et sans aucun doute le « Port » par excellence, c'est-à-dire le Golfe du Morbihan, ce qui prouverait une fois de plus que l'entrée de celui-ci était libre d'occupation romaine et que le danger d'une occupation immédiate n'était pas à redouter. S'il en avait été ainsi, les Vénètes risquaient de voir leur flotte prise dans une souricière et ils étaient sans doute d'assez bons marins pour ne pas risquer pareille imprudence. Quant aux navires vénètes pris à l'abordage par les Romains, que devinrent-ils ? Ceux-ci ne les coulèrent pas à l'éperon, puisque César reconnaît que les éperons de ses galères étaient impuissants contre les solides coques de ses ennemis. Les Romains les sabordèrent-ils ? les incendièrent-ils ? Il est permis d'en douter : c'étaient là des prises de valeur capables d'être armées par des équipages, nos pas romains, mais alliés, et d'être opposées à nouveau aux Vénètes. Encore fallait-il pouvoir les conduire en lieu sûr, dans un port assez proche pour les régréer, les réarmer. Or si les fameux ports des «cités», dont César s'était déjà rendu maître, avaient eu quelque importance, c'est vers eux que les prises auraient été conduites. Mais je pense que ces ports n'étaient en réalité que des abris précaires pour quelques barques, comme on en trouve un peu partout encore, donc impraticables pour des radoubages et des remises en état de forts navires. Au terme de cette étude, mon impression est que cette bataille navale n'a pas eu l'importance que César lui a donnée, et que son rôle dans le déroulement de la campagne contre les Vénètes est loin d'avoir été aussi décisif qu'il le prétend. Plus qu'une grande bataille de destruction comme Lépante ou Aboukir, ce fut un combat dont le nombre des navires qui y prirent part a été considérablement grossi pour les besoins du prestige de César. Les Vénètes avaient perdu effectivement une bataille, mais ils n'avaient pas encore perdu la guerre, en ce sens que toutes leurs forces ne furent pas détruites et que la lutte put durer un certain temps encore.

 

R.-Y. Creston. 

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 08:33

 

De la Manche à l'Arrée

Entre mer et montagne

Du Goëlo à Morlaix

Ce morceau de Bretagne

Ce pays tourmenté

De plis et de replis

Déroulant ses vallées

Jusqu'au Bois de la nuit

Ce diamant cette gemme

Cette perle d'Arvor

Ce doux pays que j'aime

C'est le pays Trégor

 

Un pied dans l'Argoat

Un pied dans l'Armor

Parsemé de croix

Et de genêts d'or

Et de monts émoussés

Auréolés de brumes

Et de granits rouges

Par l'embrun et l'écume

Ce diamant, cette gemme

Cette perle d'armor, etc.

 

Debout sur les talus

Des vieux chênes émondés

Pareils à des statues

De vieux druides oubliés

En des gorges profondes

Des ravins encaissés

Des écluses qui grondent

Des moulins délaissés

Ce diamant , cette gemme

Cette perle d'Arvor  etc...

 

Poétiques rivières

Adorables ruisseaux 

 Vieilles gentilhommières

Et manoirs et châteaux

Des trainées de bosquets 

Pendus à des côteaux

Comme autant de forêts

Croassantes de corbeaux

Ce diamant, cette gemme

Cette perle d'Arvor

Ce doux pays que j'aime

C'est le pays Trégor

 

Et des collines chauves

En croupe de jument

Et des fougères fauves

Couchées par le vent

Des clochers innombrables

Des bannières aux pardons

Des vierges vénérables

Qu'on porte en processions

Ce diamant, cette gemme

Cette perle d'Arvor...

Ce doux pays que j'aime

C'est le pays d'Arvor

 

Et des pâtures vertes

Et des blés ondoyants

Et des landes désertes

Où dansent les korrigans

Et des oiseaux de grève

Des sauvages goëlands

Des rivières qui rêvent

Au superbe Océan

Ce diamant, cette gemme

Cette perle d'Arvor

Ce doux pays que j'aime

C'est le pays Trégor

 

Des grèves et des plages

Et des îles dorées

Et des pommiers sauvages

Portant ce gui sacré

Et des chemins creux

Pavés d'améthystes

Et des sentiers ombreux

Propices aux rêves tristes

Ce diamant, cette gemme

Cette perle d'Arvor

 

Des sentiers de lierres

Et des fourrés d'ajoncs 

Des tapis de bruyères

Des pins en processions

Et des ifs millénaires

En sombre habit de deuil

Des chênes séculaires

Et des nids d'écureuils 

Ce diamant, cette gemme

Cette perle Trégor

 

 

Des champs délimités

De vieux talus celtiques

Et des fermes isolées

Portant des noms magiques

De vieux saints oubliés

De vieux saints oubliés

Ou de héros antiques

Et tombant des clochers

Des notes nostalgiques

Ce diamant, cette gemme

Cette perle d'Arvor, etc...

 

Debout en sentinelle

Aux frontières de Kernev

Coiffée de la chapelle

Murmurant des complaintes

Dans le vent déchaîné

Notre montagne sainte

Le Menez Bré sacré

Ce diamant, cette gemme

Cette perle d'Arvor

C'est ma montagne que j'aime

Le trésor du Trégor

 

25 octobre 1965

 

Anjela Duval

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 20:10

Le bagne de Brest pouvait contenir jusqu'à 4.000 forçats. Depuis le 30 mai 1749, époque de l'arrivée de la première chaîne au port de Brest jusqu'au 1er septembre 1836, il a été admis au bagne 47.505 forçats français, ce qui donne un terme moyen annuel de 546. 2.754 forçats  y étaient internés dont 1.382 à vie et 1.371 à temps. 1.647 ne savaient pas lire, 83 ne savaient pas lire imparfaitement, et 273 savaient lire. 30 avaient reçu de l'éducation. Ainsi près des trois quarts étaient plongés dans la plus grossière ignorance, parmi eux 1.700 étaient condamnés pour vol.

 

 

Ce qui prouve que les principales causes des crimes étaient l'ignorance et la misère. Ainsi s'exprimait Emile Souvestre au sujet du bagne de Brest. Et celui ci ajoute : de 1830 à 1836, il y eut 360 évasions, 14 évadés seulement ne furent pas repris.

 

 

C'est l'ingénieur Choquet Lindu qui construisit ce bagne achevé en 1752. Il occcupe, dans le port de Brest, un lieu élevé; domine les corderies, divers magasins placés sur la rive gauche de la Penfeld, et présente une longueur d'environ 260 mètres.  Ce vaste bâtiment est convenablement approprié à sa destination, suivant les idées qui y président, et réunit toutes les conditions de salubrité et de propreté. Il a 78 pieds de long, et présente à l'intérieur l'aspect d'un assez bel édifice, toutefois sans ornemens. Un pavillon s'élève à chaque extrémité et au centre. Le bâtiment se divise en six grandes salles superposées : deux au rez de chaussée, deux au premier étage et deux dans les combles. Elles sont commandées par un pavillon du centre. De ce pavillon la surveillance s'exerce au moyen d'une vaste grille de fer, qui ferme l'entrée e chaque salle, et on peut opérer une répression immédiate en cas de révolte, au moyen d'embrasures qui reçoivent la mousqueterie  et l'artillerie suffisante dans toute leur longueur par un mur de refend, qui de quatorze à quatorze pieds, est percé d'une large ouverture en arcade, correspondant à une fenêtre, et facilitant la circulation de l'air, que l'on a soin de renouveler fréquemment. Dans l'épaisseur de ce mur sont pratiquées les cuisines, fontaines, tavernes, engermées de grilles. On y a aussi placé des lieux d'aisance, auxquels les condamnés peuvent parvenir sans quitter leurs chaines. Les lits de camp ou tolards sont appuyés au murs de refend, de chaque côté, de manière à laisser entre eux et le mur extérieur un couloir où circulent les gardes et les condamnés. Les salles sont éclairées pendant la nuit; chacune peut contenir sept cents hommes; les lits de camp en reçoivent vingt-quatre. Tous les soirs, ils y sont enchaînés à la grande chaîne, qui parcourt toute la longueur de la salle. Le matin, au moment du départ pour lestravaux, on les détache, mais on les laisse enchaînés par couples. Dans cet accouplement, on pren ordinairement soin d'associer des intérêts contraires pour neutraliser les tendances d'évasion ou d'insubordination; calcul de bonne police peut être, mais, à coup sûr de détestable morale. Cet accouplement est odieux; aucune raison de pénalité salutaire ne l'explique.

 

 

Il force un malheureux, que le remords atteindrait dans l'isolement, au contacet le plus immédiat d'un homme pervers et blasé sur tous les châtiments. Il faut qu'il mange, qu'il travaille, qu'il se couche à ses côtés; qu'il soit son complice, qu'il écoute ses discours,les plus obscènes, ses blasphèmes les plus impies. Il faut qu'il se corrompe autant que lui pour vivre à l'unisson; et le supplice de la vue qu'on lui a faite serait plus grand avec un reste de moralité, qui n'est après qu'il a, comme son compagnon, abjuré tous les principes, toutes les craintes. S'il persiste à résister à cette funeste influence, il devient souvent la victime du misérable auquel il est accouplé... Quand la justice a prononcé son arrêt, que la condamnation est irrévocable, le condamné est virtuellement retranché de la société; il cesse de faire partie du monde dont il a méconnu les lois, et dès lors il appartient au bagne pour un temps plus ou moins long. La veille encore il avait une famille, des parents, des amis. Le lendemain, il ne rest plus rien....C'est ce qu'on appelait autrefois la mort civile ! Dès ce moment, une autre vie commence pour lui....

 

 

C'est dans une autre monde qu'il va entrer, ce sont des sensations toutes différentes...Bien que des détenus fussent encore enfermés et gardés à vue dans les cabanons, les portes s'ouvraient et se refermaient à chaque instant avec force et fracas; les guichetiers allaient et venaient d'un air affairés; dans la grande cour, on déchargeait des fers dont le bruit sinistre arrivait jusqu'aux oreilles des prisonniers, en leur disant assez que c'est d'eux que l'on s'occupait. En effet, à onze heures dumarin, deux hommes vêtus d"un uniforme bleu pénètrent dans les cellules, c'est le capitaine de la chaîne et son lieutenant qui viennent faire connaissance  avec leur marchandise et s'assurer su parmi ces malheureux bannis de la société il ne trouve pas d'anciennes connaissances, autrement dit des chevaux e retour ou forçats évaés. Après cette première inspection, on fait descendre les condamnés dans la cour dite ; des fers, le médecin de la prison passe une visite afin de vérifier si tout le monde est à peu près en état de supporter les fatigues de la route. Chaque condamnés quittait alors la livrée de la maison pour revêtir ses propres habites, c'est à dire ceux qu'il portait au moment du crime, et jusqu'au jour de sa condamnation. Ceux qui n'avaient point de vêtements recevaient un sarrau et un pantalon de toile grisâtre, bien insuffisant pour se défendre des froids et de l'humidité. Les chapeaux, les habits un peu propres laissés aux condamnés étaient lacérés sans pitié et mis en lambeaux....

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 18:38

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 13:20

 

 

Un meurtre est commis, la scène se passe dans un cabaret; un consommateur se débarrasse un peu brutalement d'un ivrogne dangereux :

"....Au tablier du greffe de la juridiction du marquisat de la Moussaye, Jean Roussel revenant le 23 octobre dernier de Lamballe, avec son harnois, de conduire les bagages de la troupe de soldats, qui passa le jour précédent entra au passage de Langouhèdre, chez un hôte débitant boire une bouteille de cidre, y trouva Louis Le Feuvre; sans aucune dispute; celui-ci prit une pelle à feu et lui en dégagea un coup sur la tête au côté gauche du visage dont il lui creva l'os du crâne, de laquelle opération ledit Jean Roussel est décédé le sept de ce mois. Nicolas Goudelin, avocat au parlement se transporte à cheval au cimetière de Broons, accompagné de deux chirurgiens; il se fait indiquer par le recteur et le fossoyeur le lieu où a été inhumé Roussel, serment préalablement prêté; fait procéder à l'exhumation et enlever le suaire; les témoins disent le reconnaître. Les chirurgiens font l'autopsie et on inhume de nouveau le cadavre; "fait et conclu à la porte de l'église paroissiale dudit Broons, 12 novembre 1774."

Voici le procès-verbal de l'autopsie : "....Champion, chirurgien juré de plusieurs villes de cette province de Bretagne et s'étant fait agréer par devant messieurs les juges de la juridiction du marquisat de la Moussaye, me suis transporté dans la ville de Broons, au lieu du cimetière, accompagné du sieur Jan Evrand Jegu, chirurgien juré pour la ville de Broons, pour voir et visiter défunt Jean Roussel, laboureur mort et enterré le 8 de ce mois, à la suite d'une contusion qu'il reçut le 23 octobre dernier à la partie moyenne du temporal gauche, lequel mourut et étant enterré le 8 de ce mois, après nous l'avoir  fait représenter pour en instruire M. le Procureur fiscal des causes de la mort.  Après l'avoir examiné dans les parties extérieurs, dans lesquelles  nous n'avons rien trouvé d'altéré qu'une playe ou solution de continuité à la partie moyenne et inférieure du temporal gauche transversalle d'environ un poulce de longueur et environ deux lignes de large, laquelle étant pénétrante et pour en connaître les suittes, nous avons jugé à propos d'en faire l'ouverture environ les trois heures du soir, après quoy avoir enlevé la calotte du crâne nous avons remarqué à la partie moyenne et inférieure latéralle gauche du cerveau, environ trois poulces de circonférences à l'endroit de ladite conclusion, laquelle nous a paru avoir été faite par un instrument contondant, laquelle partie du cerveau nous a paru avec épanchement et tombée dans une entière corruption, qui certainement a provoqué la mort udit Roussel. De là nous avons passé du vantre supérieur au vantre moyen, et après avoir examiné tous les viscères de la poitrine nous n'avons rien trouvé d'extraordinaire que les poulmons très tendus et tombés dans une grande altération avec adhérance de corruption; nous n'avons rien remarqué d'extraordinaire au vantre inférieur."  Les témoins déposent que Roussel étant ivre, donna un coup de fourt à Le Feuvre, qui tranquillement se chauffait sans rien dire; celui-ci riposta par un coup de pelle à feu et va se rassoir, croyant n'avoir pas fait de mal à Roussel, puis il disparaît sans doute du pays. Le 28 avril 1775, ordre est donné de saisir et d'appréhender au corps Le Feuvre. Remarquons en passant avec quelle magistrale lenteur se déroule cette affaire. Le 16 août 1777, l'huissier Debon fait une première descente infructueuse à Langouhèdre. Trois mois après, il recommence, accompagné, cette fois, du tambour Lécuyer, qui bat de la caisse, puis l'huissier lit son factum "à haute et intelligible voix", tant à Langouhèdre qu'à Jugon".  Nous trouvons enfin cette supplique, datée du 4 février 1785 (plus de dix ans se sont  écoulés depuis le meurtre) :

Messieurs,

Messieurs les juges de la sénéchaussée royalle de Jugon, supplie humblement Louis Le Feuvre, détenu volontairement aux prisons royaux de cette ville...Disant qu'après cet exposé sincère et véritable des circonstances et du fait, la clémence du prince lui aurait, au mois de novembre dernier, accordé des lettres de grâce, rémission et pardon de la mort de Jean Roussel, par lui involontairement et sans aucun dessein prémédité occasionné, et lui aurait remis toutes  les peines, amandes et offenses pour ce encourues, à la charge de les faire entériner en cette sénéchaussée."

A l'interrogatoire du 5 janvier, Le Feuvre répond qu'il est forgeron à Rochefort, en Aunis, et qu'il s'est librement constitué prisonnier. Roussel est entré en état d'ivresse dans l'auberge et lui a donné un coup de fouet, auquel il a eiposté par un coup de pelle à feu. Roussel est parti et son "état d'yvresse l'a empêché de songer à se faire panser".

"...Nous, juges et assesseurs susdits, jugeant définitivement les interrogatoires dudit Louis Le Feuvre, en ce qu'il résulte de l'état des charges et informations, des lettres de rémission et pardon luy accordées au mois de novembre dernier, et faisant droit sur les conclusions du subtitut de M. le procureur général du roy, avons entériné et entérinons lesdittes lettres de grâce, pour avoir leur effet et exécution sans préjudice toutes fois aux droits du roy, du public et de la partie civille, et néanmoins condamnons ledit Louis Le Feuvre aux dépends liquidés sur la vue du procès, 44 livres 9 sols en ce qui concerne ceux faits en cette sénéchaussée seulement. Corvoisier, av.; Rebours, av.; Neuville; épices 72 liv.; conclusions, les 2/3."

Extrait de Documents de criminologie rétrospective (Bretagne, XVIIe et XVIIIe ... Armand Corre, ‎Paul Aubry.  Ledit Jean Roussel âgé e 53 ans était originaire du village de Penhoët à Broons.    

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 20:02

   

 

   

 

      

 

                     

   

 

   

 

   

 

   

 

En 858, devant la menace des raids normands, des moines de l'Abbaye  Saint-Sauveur de Redon se réfugièrent dans la résidence du roi Salomon et y fondèrent un monastère. Son église, après le retour des moines à Redon au milieu du Xe siècle devient le chef-lieu de la paroisse de Maxent. Les fouilles archéologiques menées en 1991 et en 1992 ont mis à jour les vestiges de l'édifice carolingien transformé entre le XVe et le XVIIe siècle, puis remplacé par l'église actuelle consacrée en 1897 et due à l'architecte Arthur Regnault (traces de l'édifice carolingien ci dessous, idem plan ancienne église et dessin de cet ancien édifice)

 

 

 

   

 

   

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 19:11

 

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 08:31

 

 

La famille Helory de Ker Martin portait pour armoiries "D'or à la croix engreslée de sable cantonnée de quatre alérions de même" . Elle comptait parmi ses membres Tanioc le père de Saint Yves mais également un évêque du diocèse de Tréguier sous le règne du Duc Jean III : Alain Helory, en 1330. Le dit Tanioc Hélory fut marié avec Azou du Plessix, elle même issue de la d'une famille de petite noblesse. Ce que nous savons, c'est que le seigneur Helory de Kematin était fils de Tanoic ou Tancrède de Kermartin, chevalier, qui avait acquis une haute réputation de capacité et de bravoure dans les guerres de Pierre de Dreux. Dans les nobiliaires Armoricains, il est précisé que cette famille fut admise aux réformations de 1427, 1513 et de 1543. Sa devise : "A tout dix" . Quant à Saint Yves, on lui connaît  deux sœurs et un frère cadet. Le manoir de Kermartin,  détruit au XIXe siècle, était implanté sur l’actuelle commune de Minihy-Tréguier. Il n’était pas qu’une résidence aristocratique, mais comme tous les manoirs, le centre d’une propriété foncière. La fortune familiale constitua pour Yves  un héritage suffisant lui permettant de vivre très décemment et lui fournir une éducation solide. (archives des Côtes d'Armor).  L'ancien manoir de Kermartin, qui ne fut démoli qu'en 1824 et qui tombait en ruines, était une lourde maison à un étage comprenant seulement deux chambres immenses, comme le rez de chaussée. Ce manoir resta dans la famille Helory jusqu'au XVe siècle, époque au cours de laquelle Olivier de Kermartin épousa Plessou de Quélen. Jeanne leur petite-fille épousa Thebaut Berard, et la fille dudit Berard épousa Maurice de Quélen, seigneur de Locquevel. Les hagiographes évoquant la famille Helory de Kermartin évoquent Saint Yves sans parler des autres membres de la fratrie. Mais les actes authentiques de la canonisation révèlent l'existence de trois soeurs et d'un frère du Bienheureux. Catherine, qui épousa Yves Alain, de la paroisse de Hengoat, et qui déposa comme témoin dans l'enquête, était née trois ans avant Saint-Yves, puisqu'elle était âgée de 20 ans en 1330 lorsque les commissaires apostoliques vienrent en Bretagne : " Quo facto Yvoni Alani marito Catharina Haelorii, sororis dicti Domini Yvonis- Testis CXXVII. Catharina Haelorri soror bonae memoriae dicti D. Yvoni s Haelorii, parochia de Hengoat Trecorensis diocesis aetis 80 an. En revanche nous ne savons rien des deux autre soeurs dudit Yves, ni l'âge ni le nom. L'une épousa Rivallon Yves Traquin, bourgeois de Tréguier "Test. XXXII. D.Yvo venir ad civitatem Trecorensem ad quemdam burgensem vocatum Rivallo Traquin, qui sororem ipsius habebat uxorem", et l'autre Yves Conan " Test XLI. Cum cameram ubi erat D. Yvo intrare non posset Yvo Coram sororius ipsius D. Yvonis fregit fenestram ".

Histoire de Saint Yves: patron des gens de justice  Par Sigismond Ropartz

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 20:57

 

 

 

Le lendemain, saint Yves se trouva en l'Audiance avec son hostesse, & après que la cause eust esté par ordonnance du Juge apellée, saint Yves, pour la veuve defenderesse, requist de voir en face son adverse partie, lequel ayant comparu, & l'estat auquel estoit le procez recité (car plus ne restoit qu'à prononcer la sentence), S. Yves, parla pour son hostesse, disant : "Monsieur le Juge, nous avons à vous montrer un nouveau fait qui est peremptoire à la decision du procez; c'est que la defenderesse;  a fait telle diligence & si bonne poursuitte depuis le dernier apointement prins en la cause, que la bougette dont il est question a esté trouvée, & l'exibera quand par Justice il sera ordonné." L'Advocat du demandeur requist que, tout presentement, elle exhibast la bougette en jugement, autrement qu'il ne servoit de rien d'alleguer ce nouveau fait, pour empescher la prononciation de la Dentence : "Seigneur Juge (dit S. Yves) le fait positif du demandeur  est, que luy & son compagnon, & bien volontiers la defenderesse exhibera la bougette   à la defenderesse, leur Hostesse, la chargerent de ne la bailler à l'un d'eux que l'autre ne fust present, &, pour ce, fasse le demandeur venir son compagnon, & bien volontiers la defenderesse exhibera la bougette, tous deux presents.". Sur quoy le Juge apointa, & declara que l'Hôtesse ne seroit point obligée de rendre la bougette que tous deux ne fussent prensents. La Sentence ainsi donnée, le demandeur se trouva bien etonné, devint pasle & commença à trembler: dequoy toute la compagnie resta fort etonnée; ce que voyant le Juge, par soupçon, le fit saisir & serrer en prison, où il fut si-bien poursuivi contre luy, qu'ayant trouvé que c'estoit un piqueur, qui, pour tromper & voller cette pauvre veuve, luy avoit baillé une bougette pleine de vieux clous et de ferrailles, qu'il fut, à trois jours de là, pendu & étranglé au gibet de Tours. 

 

Ainsi Saint Yves, fut suscité de Dieu pour garantir cette pauvre veuve & faire punir ce volleur, comme jadis Daniel pour délivrer la chaste Suzanne & châtier ces impudiques vieillards. Si est-ce qu'il s'en trouva quelques uns qui méditent du Saint; mais ceux qui avoient le palais de l'Ame plus sain & les yeux moins chassieux, en faisoient tout autre jugement. Par ces oeuvres d'extrême charité, qu'il exerçoit à l'endroit des pauvres miserables, il s'asquit ce beau & glorieux titre de Pere & Advocat des pauvres miserables, il s'asquit ce beau & glorieux titre de Pere & Advocat des pauvres veuves & orphelins. Son patrimoine se montoit bien à soixante liv. de rente (qui en ce temps-là faisoit une bonne somme), lequel il distribuoit entierement aux pauvres. Quand il estoit Official de l'Archidiacre de Rennes, il entretenoit à ses prpres frais deux ecolliers aux études, l'un nommé Derien, & l'autre Olivier; &, à Pasques, la Pentecoste, la Toussaints, Noël & autres Frestes soleennelles, il les daisoit disner à sa table, avec un grand nombre de pauvres gens. Dans sa maison Prebendale à Land-Treguer, & en ses Presbytaires de Tre-trez & Lohamech, quand il y estoit, il les faisoit loger les pauvres; &, dans son manoir de Ker-Martin, il bastit un Hôpital; en tous lesquels lieux ils recueilloit les pauvres; non seulement ceux qui y venoient ou qu'il y rencontroit dans son chemin; mais même il les alloit chercher & les emmenoit chez luy, leur donnoit l'eau à laver, les servoit à table & graissoit leurs soulliers. Il donnoit à plains boisseaux son bled aux pauvres, tanr du revenu de son patrimoine que de son Benefice; il leur donnoit mesme jusques au pain disposé & apresté pour sa propre refection; &, se trouvant, une fois, prié d'un pauvre sans le pouvoir soûlagé, il mist son chapperon ou cuculle en gage pour du pain, quil print en une maison prochaine, lequel il bailla incontinent à ce pauvre.de Saint Yves

 

 

Il nourrissoit beaucoup de pauvres enfans orphelins; instruisait les uns en  sa maison, mettoit les autres en pension chez des Maistres ouvriers pour apprendre mestier, lesquels il salarisoit de son propre atgent. Il ne pouvoir endurer de voir les pauvres nuds; un jour estant allé (selon sa coutume) visiter les pauvres à l'Hôpital de Land-Treguer, voyant plusieurs pauvres fort mal vêtus, il leur bailla la plupart de ses habites de sorte qu'il luy fallut s'envelopper,dans un loudier, attandant qu'on luy en eust apporté d'autres. Une autre fois, il fit la même chose; &, comme un jour son couturier luy fit vestir une robbe & capuchon gris, il apperceut en la court un pauvre à demy nud; il ne le peut endurer; mais, retenant ses vieux habits, luy donna cet accoustrements neufs. Allant une fois à l'Eglise, disant son Breviaire, un pauvre, luy demanda l'aumône, n'ayant que luy donner, tira son capuchon & luy donna. Il visitoit souvent les malades, nommément les pauvres & necessiteux, les consoloit & assistoit, il leur administroit les Sacrements, les y disposant avec grand soin & charité. Il ensevelissoit de ses propres mains les corps des pauvres qui decédoient tant en l'Hôpital que chez luy & ès maisons particulieres, les enveloppant en des suaires blancs siens, les portoit à la sépulture, aidé de quelques autres pieuses personnes.  

 

 

 

Enfin Saint Yves tout cassé & usé, plus de travaux & austeritez que de vieillesse, tomba malade après Pasques; & connoissant que Dieu vouloit mettre fin à ses travaux & donner commencement à son repos, il se disposa à ce passage, quoy que toute sa vie n'eust esté qu'une continuelle préparation à la mort. Le Mercredy, quinzième de May, Vigile de l'Ascension, il se sentit si faible & debile, qu'à peine se pourvoit-il tenir sur pieds; il celebra la Messe en sa chapelle de Ker-Martin, l'Abbé de Beauport le soustenant d'un costé, & Messire Alain, Archidiacre de Treguer, de l'autre. La Messe estant finie, il entendit de confession ceux qui se presenterent, puis se coucha sur sa claye ordinaire. Les nouvelles de sa maladie divukguées, plusieurs personnes de qualité le visiterent, tant Ecclesiastiques que Laïcs : entr'autres, s'y rendirent l'Official (qui luy avoit succedé en cet Office) & un Recteur nommé Jean, lesquels, le voyant de cette trop grande austerité, disant, qu'à tout le moins il devoit avoir davantage de paille sous soy; mais il leur repondit doucement 'qu'il estoit bien ainsi, & qu'il n'en meritoit pas d'avantage'.

 

 

 

Le lendemain, Jeudy, seizième de May, jour de l'Ascension, il se confessa & se fist revêtir deses habits Sacerdotaux; &, voyant sa Chappelle pleine de peuple, qui de toutes parts le venoir visiter, il leur fit une belle exhortation, laquelle leur tiroit les larmes aux yeux; &, voyant qu'un grand nombre de ses Paroissiens de Lohanech le venoir voir, il y envoya Jacques, son erviteur, pour les remercier de sa part & leur dire qu'il estoit en bon estat, graces à ieu. Le Vendredy, dix-septième May, un Prestre, nommé Messire Derien, luy ayant dit,entre'autres propos, qu'il devoit faire venir le Médecin, le Saint, levant les yeux & les bras vers un Crucifix qu'il avoit devant soy, lui dist qu'il n'avoit affaire d'autre Médecin que de celuy-là. Le Samedy, dix-huitiesme jour de May, il fut mis en Extrême-Onction, presens le Grand Vicair & Official de Treguer, Messire Geffroy et Alain Prestres; le Prestre qui loignoit s'appelloit Messire Hamon, auquel il répondoit & aidoit, ayant passé la veüe portée sur le Crucifix. Après, il s'affoiblit fort & perdit la parole, & ayant passé le reste de ce jour & toute la nuit suivante en veilles, prieres & contemplations, le lendemain, Dimanche après l'Ascention, dix-neufième de May, au Crepuscule, cette sainte Ame s'envola au Ciel, où elle joûit de celuy, à qui elle avoit si fidellement servy en ce monde. Il deceda le cinquantième an de son âge, cinq mois moins, & de Nostre Seigneur l'an 1303, le dix-huitième du regne de Jean II, du nom, Duc de Bretagne. 

 

 

Pèlerinage de Tréguier

 

Le jour mesme, le Corps fut porté  de la chappelle de Ker-Martin où il estoit ans la grande Eglise de Treguer, où se rendit une innombrable multitude de peuple de toutes parts; les uns baisoient ses pieds, autres ne pouvant approcher de si près, y faisoient toucher leurs Chapelets, Heures ou Medailles, lesquels ils retenoient puis après en grande reverence; mais la piété estoit e voir les pauvres veuves, orphelins, mendians & autres miserables, qui, allans à trouppes se jetter devant le Cercueil du defunt, déploroient la perte qu'ils faisoient de leur Pere nourrissier, Avocat & Consolateur.  Il fut dépoûillé de ses pauvres baillons & revêtu d'autres habits; les siens furent serrez revermment, hormis une partie qui fut ravie par le peuple. L'enterrement fuct solemnellement celebré, & le Saint Corps mis en terrre, où il ne fut gueres que Dieu ne l'honotast de grands miracles.

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 16:28

 

 

 

L'heureux Saint Yves, Miroir des Ecclesiastiques, ornement de son siècle, Advocat & Pere des pauvres veuves & orphelins, Patron universel de la Bretagne Armrique, mais spécialement de l'Evesché de Treguer, nasquit au Manoir de Ker-Martin, en la paroisse de Menehi, Dicoese de Treguer, distant de la ville de Land-Treguer d'un quart de lieuë. Son pere s'appelloit Helory de Ker-Martin, Sr. dudit lieu, & sa mere Azo du Kenguis, fille de la Maison de Kenguis, c'est à dire en François le Plessix, en la Paroisse de Pleu-meurit-jaudy, près la Ville de la Roche-Derien. Il vint au monde le 17 Octobre l'an de salut 1253, seant en la Chaire Apostolique le Pape Innocent III, sous l'Empereur Conrad, & le 17. du regne de Jean Ie du nom, surnommé Le Roux, Duc de Bretagne.

 

 

Kermartin

 

Ses parents furent soigneux de l'élever, nommément sa Mère, Dame fort pieuse, laquelle avoit eu spéciale de sa future Sainteté; &, aussi tost qu'il eut passé ses premiers ans, le pourveurent d'un Precepteur, lequel, en la Maison paternelle, luy donna les premières impressions de la piété, & luy enseigna aussi les premiers Rudimens des sciences, à quoy l'enfant se portoit de grande affection. Il frequentoit les Eglises, écoutant attentivement le service Divin, pendant lequel, il disoit ses Heures de N. Dame lesquelles il recitoit tous les jours sans y manquer. 

 

 

Vie de Saint Yves

 

Ayant suffisamment étudié au Païs, son pere, le voyant désireux de continuer ses études, l'envoya à Paris, l'an de salut 1267, & de son âge le 14.; il s'habitua en la Rüe au Fèvre, & s'adonna à l'étude de la Logique & des Arts, esquelles sciences il profita si bien, qu'il fut passé Maistre ès Arts. Alors, il changea de logis & alla demeurer en la rüe du clos-Buneau, s'occupant  à entendre le Texte des Decretales, la Theologie Scolatique, & le Droit Canon. Ayant consommé son cours en ces sciences, il alla de Paris à Orleans, l'an de grace 1277, le 24. de son âge, où il  etudia en Droit Civil, sous le fameux Juriconsulte Maistre Pierre de la Chappelle, lequel depuis, pour se merites, fut fait Cardinal de l'Eglise Romaine. Ayant achevé son cours en Droit Civil, il vint en Bretagne et s'arresta en la ville de Rennes, où il frequenta les colles d'un docte & pieux Religieux de l'Ordre de S. François, sous lequel il oüit le quatrieme livre des Sentences & l'interpretation de la sainte Escriture; enflammant sa volonté en l'Amour de Dieu, à mesure que son beau jugement le luy daisoit connoistre, &., par la familiere frequentation qu'il avoir avec ce Pere Cordelier, qui estoit tenu en reputation de grande Sainteté, il conceut un saint mepris du monde et se résolut de le quitter tout à fait & de se ranger au service de Dieu & de l'Eglise; ce que longtemps auparavant il avoit projetté.

 

 

 

Il print les Ordres de rang jusqu'à la Prestrise inclusivement, menant une vie si sainte & si édificative, que l'Archidiacre de Rennes, en estant informé, l'apella près de soy& le fit son Official, Charge qu'il exerça avec reputation de grande integrité, mais, voyant que le Peuple Rennois estoit fort litigieux, il quitta son Officiauté qui luy valoit cinquante livres de rente (grosse somme en ce temps-là), & s'en vint au Païs, au grand contentement de tous ceux qui le connoissoient. L'achidiacre, le congédiant, luy donna un cheval pour le porter au Païs; mais il le vendit dès Rennes & en donna l'argent aux pauvres, puis s'en vint à pied au païs, où il ne fut gueres, que Messire Alain de Bruc, Evesque de Treguer, jugeant que Dieu le lut envoyoit pour le service de son Eglise, le fit Official de Treguer & Recteur de la Paroisse de Tré-Trez, lequel Bénéfice, il posseda huit ans. Il se comporta n cet office de Juge Ecclesiastique avec une si grande intégrité, qu'il ravissoit tout le monde en amiration de sa vertu, & remarqua-t'on que jamais il ne prononça Sentence, qu'on ne luy vist les larmes couler le long des jouës, fausant réflexion sur soy-mesme & considerant qu'un jour il devoit luy-mesme estre jugé.

 

 

 

Il taschoit à pacifier ceux qu'il voyoit en discorde, sur le point d'entrer en procès; &, lors qu'il ne les pouvoit mettre d'accord, il assistoit ceux qui avoient le bon droit, spécialement les pauvres qui n'avoient les moyens de poursuivre leur droit; ausquels il fournissoit liberalement de l'argent pour leurs frais; même poursuivoit les appellations des Sentences iniques & jugements pervers donnez contr'eux; comme il fit pour une pauvre veuve nommée Levenez, de laquelle il entreprit la defense contre un gros usurier, plaida sa cause & la gagna; & fit de mesme pour un pauvre Gentil-homme, nommé Messire Richard le Roux, chicané par l'Abbé du Relec, ayant premièrement fait jurer audit le Roux, qu'en sa conscience il croyoit avoir le bon droit. Et encore bien qu'il prist plus gayement en main la defense des miserables & pauvres gens, dénuez d'assistance & faveur, que des grands Seigneurs, & que mesme, en faveur de ceux là, (quand ils avoient bon droit) il faisoit décheoir ceux-cy de leurs prétentions, neanmoins jamais on ne s'est plaint qu'il ait donné jugement inique, ny entrepris la defense d'aucune cause qui ne fut bonne & juste.

 

 

Cénotaphe de Saint Yves à Tréguier

 

Il jugea, un jour, une cause de Mariage en faveur d'un jeune homme qui revendiquoit une fille pour femme, laquelle n'y vouloit consentir; toutesfois, S. Yves, sur les preuves qu'il trouva contr'elle, la condamna; elle en apella à Tours, où le Saint se rendit pour soutenir sa Sentence. L'Official de Tours, ayant fait seoir S. Yves près de soy, fit visiter le procès; &, d'autant que les enquestes il ne paroissoit rien du Mariage, l'Official de Tours demanda à S. Yves qui l'avoit meu de donner la Sentence comme il l'avoit donnée; "parce (dit-il) que la fille m'a confessé le Mariage." Alors, l'Official de Tours interrogea publiquement la fille, laquelle nia le fait; & S. Yves, l'ayant, en presence de l'Official de Tours, interrogée, elle le confessa de rechef. L'Official de Tours la reprenant d'Inconstance de ce qu'elle avoit nié que ce fust son mary, aussi le nié-je (dit-elle). S. Yves, reprenant la parole, l'interrogea de rechef en cette sorte : "Venez-àa, ma Fille, m'avez-vous pas confessé que vous l'aviez pris en Mariage ?" "Ouy, (dit-elleà il est mon mary & je suis sa femme, &, tant qu'il vive, n'auray autre mary que luy." L'Official de Tours, voyant ce mystere, resta tout étonné; &, averty de la grande Sainteté de S. Yves, luy ceda la Chaire pour confirmer sa Sentence. 

 

 

Saint Yves entre le riche et le pauvre

 

Ce qui luy arriva, une autre fois, en la mesme ville de Tours n'est pas moins remarquable. Y estant allé pour une autre cause de Mariage, qui avoit esté poursuivie par devant luy, entre un Gentilhomme & une jeune Damoiselle, laquelle se portoit apellante de certaine Sentence donnée par S. Yves, Oficial de Treguer, par devant l'Official de Tours; le Saint y alla soûtenir sa Sentence. Il avoit de coûtume de loger chez une honneste riche veuve, laquelle, dès qu'elle le vid, commença à pleurer & luy dire : "Ha ! Monsieur mon cher hôte, je suis ruinée sans remede, par un mechant garnement qui a plaidé contre moy, & seray demain condamnée à luy payer douze cens écus f'or, à tort & sans cause." S. Yves la consola, l'exortant d'avoir sa confiance en Dieu, lequel ne l'abandonneroit pas en son affiction, & la pria de luy faire entendre son affaire, luy promettant de l'assister en tout ce qu"il pourroit. "Monsieur, (dit-elle) il y a environ deux mois que deux hommes, accoustrez en Marchands, vinrent loger ceans, &,d'arrivée  me donnerent à garder une grande bougette de cuir fermée à clef, fort pesante, & me dirent que je ne la baillasse à l'un d'eux que l'autre ne fust present; ce que je leur promis faire. A cinq ou six jours de là, comme j'estois à la porte de ceans ils passerent par la rüe, avec trois ou quatre autres Marchands, & me dirent : adieu mon hostesse, accommodez-nous bien à soupper et devalerent la rüe.

 

 

 

chasuble de Saint Yves

 

Peu après, l'un d'eux s'en retourna àmon logis & me dist : Mon hostesse, baillez-moy un peu la bougette, car nous allons faire un payement avec ces marchands que vous voyez là; moy, qui ne pensois qu'à la bonne foy, luy baillai la bougette, laquelle il emporta & jamais epuis ne le vis; l'autre Marchand s'en retourna ceans, le soir, & me demanda si j'avois veu son compagnon ? Non (dis-je), je ne l'ay point veu depuis que je luy ay baillé la bougette. Comment (dit-il) la bougette ! la luy avez vous baillée ? Ha ! me voilà ruiné & rendu pauvre pour jamais; ce n'est pas ce que je vous nous aviez promis, quand nous vous la baillasmes; je m'en plaindray à la Justice; &, de fait, (Monsieur) il m'a fait adjourner devant le Lieutenant du Baillif de Touraine, & a, par serment, affirmé qu'en sa bougette y avoit douze cens pieces d'or & quelques lettres & cedules de consequence quand elle me fut baillée, & est le procez en tel terme que, demain, je dois avoir Sentence.". S. Yves l'ayant paisiblement ecoutée, luy dit :"Mon hostesse, faites-moy venir vostre Advocat et que je parle à luy." L'Advocat venu raconta le tout au Saint, ainsi que la famme luy avoit dit; ce qu'ayant entendu & conferé là-dessus, S. Yves obtint de l'Advocat qu'il plaideroit cette cause pour son hostesse.

 

 

Chef de Saint Yves

 

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