Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 12:17

 

 

Jacques de Dinan , cinquième fils de Charles , fut seigneur de Bodister, en Léon, de .Beaumanoir et du Guildo en 1420 et en1430, nous le voyons qualifié du titre de sire de Montafilant,et cependant il ne put posséder ce fief, puisqu'il mourut 21 jours avant son frère Bertrand. Je suppose que cette désignation lui fut donnée à cause de l'un de ces fiefs qui par leur réunion aux domaines de la maison (le Dinan-Montafilant, avaient reçu cette dénomination, comme Montafilant de Goéllo,  Montafilant au Chemin-Chaussée, etc. Peu que par analogie il y avait aussi Montafilant de Léon. Jacques épousa, le 22 février 1429, Catherine de Rohan , qui lui'apporta en dot 600 livres de rente sur les terres que le vicomte de Rohan  possédait dans les paroisses de Plouha et de Plouézec et qui lui provenaient, par héritage, de sa tante Marguerite , plus 400 autres livres sur Plounez , Plourivo et Yvias Jacques, prisonnier avec,le duc en 1410, était, l'année suivante, capitaine de 300 hommes d'armes des ordonnances, 160 archers et 47 arbalétriers; en 1421 il était à  Montoire, comme écuyer banneret, suivi de sept chevaliers bacheliers et de 12 écuyers de si chambre. Notons qu'en 1430 il était condamné à payer une amende de 80,000 écus d'or au duc d'Alençon. Il laissa une fille dont je parlerai plus

 

Aucun généalogiste n'a parlé de Jean, sixième fils de Charles de Dinan, bien que son existence  semble être clairement établie par un acte de 1550 dont je crois devoir transcrire ici un passage : «Et de la part dudit Cuengat, pour lui et sadite femme,xi aussi demandeurs et défendeurs, respectivement avoir esté dit, par représentation médiate de défunt messire Jehan de Dinan fils de défunt messire Charles de Dinan et dame ,Jeanne dei Beaumanoir, ladite de Talhoët estre la vraye et légitime héritière dudit défunt messire Jehan de Loyal en son vivant seigneur de Chasteaubriant.,.. Que ledit jehan de Laval.... fut marié avec dame Philippe de Glesquin seur de Bertrand de Glesquin connestable de France, duquel mariage fut fille dame Annette de Dinan mariée à un messire Jehan de la Rochefoucault seigneur de Lescorlouen , erc » L'existence de Jehan de Dinan est encore établie par un titre très-lacéré dont je dois la communication à M. Quesnel, archiviste d'Ille-et-Vilaine: Par nostre court de Reynes en dreit estabti monsour Berrtran du Guerclin, chevalier requennut luy avoit donné et par nostre dite couvi.., en mariage à Jehan de Dynami escuyer o Phelippes sa sour, quatre-vingz livres de rente en terres et en hommes par chacun an et quatre-vingz livres de bonne moneye et deniers; et sera la rente assise à la Chapelle-Chaucée souz nostre seynorie, e la on y commencera y poursevra de prochein en prochein, e si les diz fez ne valoient enporsevant à la coustume de la terre: e sera ceste asyeste feite audit Johan et à  ladite Phelippes par Guillaume de Quoyquien et Guillaume du Guerclin escuiers e si ils estaient discordables à fere ladite assieste, la discorde sera portée à Monsour Bertran Guoyon chevalier et là où il s'acordera ladite assiete se tendra. Ce fut donné.. le mercredi après la Trinité nostre seynour e  l'an de grace mil treis cens et deize cyt ans

 

Thomine épousa Jean de La Haye, seigneur de Passavant en Anjou et de Mortagne en Poitou: les descendants, de Thomine eurent plus tard, par représentation, une partie de l'héritage de la maison de Montafilant.

 

 

Suivant Dupaz , une autre fille de Charles de Dinan épousa le sieur de Hambye

 

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 14:23

 

 

Les contemporains d'Anne de Bretagne ont parlé de sa beauté avec de grands éloges ; plusieurs portraits de cette princesse, parvenus jusqu'à nous, sont assez bien exécutés pour nous permettre d'en juger. Elle était d'une taille moyenne , mais sa tournure élégante lui donnait beaucoup de noblesse et de distinction ; sa démarche était vive et fière, presque impérieuse:  peut-être voulait-elle, par ce moyen , dissimuler un défaut qui la faisait boiter légèrement d'une jambe. Son teint, d'une blancheur admirable , était animé des plus brillantes couleurs. Un  front élevé donnait beaucoup de majesté à son regard. Ses yeux, grands et vifs, étaient tempérés par une extrême modestie. Elle avait le tour du visage un peu long ; le nez court, mais bien pris ; la bouche un peu fendue, mais fraîche et souriante. Dans ses portraits , quelle que soit la magnificence de ses vêtements , la reine Anne a toujours la même coiffure , une cape bretonne d'étoffe noire, ornée de pierres précieuses, sous laquelle on aperçoit la garniture à petits plis d'une coiffe blanche. Elle avait, pour les jours d'apparat , des robes et des manteaux de la plus grande richesse; mais ceux qu'elle portait ordinairement étaient  de couleur sombre et uniforme; seulement les insignes qu'elle avait pris pour devises, ou qui composaient ses armoiries, en faisaient toujours partie. Les fourrures qui garnissaient sa robe et son manteau étaient semées d'hermines. Sa taille était serrée par une ceinture dite cordelière, qui retombait jusqu'à ses pieds. Les ducs de Bretagne avaient choisi l'hermine pour armes à cause de sa blancheur, et y avaient ajouté cette belle devise : Potius mori quam fœdari, plutôt mourir que se souiller. Quant à la cordelière, François Ier, duc de Bretagne, l'avait placée, dit-on, à droite et à gauche de son écu , comme une preuve de la dévotion qu'il avait pour saint François d'Assise, son patron. En souvenir de son aïeul et de son père, Anne entoura ses armes, écartelées de France et de Bretagne, d'une cordelière; elle en avait fait sa parure habituelle : ses meubles, ses tapisseries , ses équipages, en étaient couverts. Les livres qui lui ont appartenu se reconnaissent aujourd'hui à cet ornement. Depuis elle , la cordelière est devenue l'insigne héraldique de quelques princesses françaises restées veuves 

 

Extrait de Détails sur la vie privée d'Anne de Bretagne par A. Le Roux de Lincy 1850

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 12:49

 

le vieux pont de Bonen à Rostrenen

 


C'est auprès de cet endroit bordé par le canal de Nantes à Brest que naquit Philomèna Cadoret : cette bardesse bretonne connue sous le nom chantant de Koulmig Arvor -la colombe d'Armor et que la mort a ravie trop tôt pour la gloire des lettres bretonnes

 

1.-Al laboused a gan,
    An heol a zo laouen,
    Pegen kaer ar meziou
    Gand o bleuniou melen!

2.-Pegen kaer d'ar pastor
    C'hoari el lanneg vraz;
    Pegen kaer d'an alc'hweder
    Nijal en oabl glaz!

3.-Ha d'in-me,plah yaouank,
    Kas lein d'an eosterien,
    En eur gana dibreder,
    Hed ar wenojenn.

4.-Aze,er parkad ed
    'Man Yannik va mignon,
    Eur paotrig mad ha kreñv,
    Ha leal e galon.

5.-Eno pell diouz ar bed
    Hag holl d'e harantez,
    Plah vihan Breizh Izel
    A gano noz ha deiz.

 

 

1.-Les oiseaux chantent,
    Le soleil est joyeux!
    Que la campagne est belle,
    Avec ses fleurs d'or.

2.-Qu'il est agréable au pâtre
    De jouer parmi les grands ajoncs;
    Qu'il est agréable à l'alouette,
    De voler dans le ciel bleu

3.-Quant à moi, petite servante,
    Je porte le repas aux moissonneurs,
    Tout en chantant, sans souci,
    Le long du sentier.

4.-Là Dans le champ de blé
    Se trouve mon ami Yannik,
    Un bon et solide garçon,
    (Et) au coeur fidèle.

5.-Là Loin du monde,
    Et toute à son amour,
    La petite servante de Bretagne,
    Chantera nuit et jour.

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 20:11

 

 

Robert succéda à son frère vers 1419, et mourut dix ans après sans laisser d'enfants de sa femme, Jeanne de Châtillon fille de Jean, comte de Penthièvre, et de Marguerite de Clisson dès 1417 il était à la cour du duc et se montrait fidèle à celui-ci, puisque, lors de l'attentat du comte de Penthièvre, il fut fait prisonnier avec son souverain, et dès qu'il eut recouvré la liberté, se montra l'un des plus empressés à jurer à la duchesse de délivrer son époux en 1419, un acte relatif à Bégar était passé devant sa cour en Trécorrois, et l'année précédente il assistait au mariage de Cilles de Rais. En 1421, il reconnaissait que son père avait injustement usurpé le droit de chasse sur les terres de l'abbaye de St-Jacut, et trois ans après faisait recevoir un moine A Beaulieu . Le 7 octobre 1420, par lettres datées de Vannes, le duc de Bretagne donna à Robert de Dinan les moyens de réparer la Roche-Suart et lui reconnut le droit de comparaître aux généraux- -plaids de Lannion pour ses fiefs de Loguivy, et à ceux de Lamballe pour les fiefs (le sa vicomté de Pommerit, en Plauguenoual. Je crois que c'est ici que l'on doit placer l'origine de la haute justice désignée dans la suite sous le nom de Chàteaubrïand en Planguenoual , et même sous celui de Chemin-Chaussée, parce que l'auditoire était dans ce lieu. D'après le titre de 1420, ce fief donnait juridiction sur les propriétaires nobles établis dans sa circonscription, tirait de moulin à blé et à fouler, marché et fourches patibulaires à quatre pots A la fin du siècle dernier, les agents des domaines du duc de Penthièvre reconnaissaient qu'il comprenait 101 tenues en Planguenoual et le domaine de Couldray, 5 tenues et quelques rentes en Morieux, ils constataient en outre que le seigneur était fondateurde l'église, du cimetière, du presbytère et qu'il avait droil de bris , sauf les brefs ducaux , et de guet  dans le cas où il y construirait une forteresse. - Nous verrons ailleurs que cette vicomté de Pommerit-Planguenoual donna plus tard aux sites de St-Denoual le prétexte de s'intituler vicomtes de Planguenoual

 

Bertrand de Dinan fut d'abord sire de Beaumanoir et des Huguetières. ii parait dans sa jeunesse, avoir fait sa résidence habituelle au Guildo , au grand déplaisir de l'abbé de St-Jacut qui avait en lui un voisin peu commode. Accompagné de quelques amis,qui tous avaient fief aux environs, ainsi que de Guillaume Hue capitaine du chateau, Bertrand s'amusait à des joyeusetés qui étaient du goût de l'époque : les garennes abbatiales étaient dévastées,  les murs abattus, les genèls brûlés,, les pêcheurs dépouillés de leur poisson que, bien entendu, on oubliait de payer:sur le chemin de Montfilan et de Matignon, les hommes de l'abbaye qui allaient aux foires revenaient chargés de coups, et les pèlerins du Mont-Saint Michel n'étaient-pas à l'abri des mauvais traitements de la bande joyeuse: à l'église paroissiale de Trégon l'abbé ne pouvait installer de curé, parce que les clefs de l'église avaient été enlevées par les hôtes du Guildo. Las de toutes ces persécutions, l'abbé réclama auprès du duc qui y remit bon ordre le 15 octobre 1490

 

Marguerite de Rohan, aïeule de Bertrand, lui avait légué en 1406 «toute sa part des conquests qui ont esté faits par mon dit seigneur (Olivier de Clisson) le mariage durant d'entre nous» Le sire de Clisson confirma celle libéralité par son testament fait la même année, en y ajoutant sa terre de Lohéac, son harnais de corps «qui estait à Josselin, son roucin fauve et 300 livres» par un codicille de 1305, il donnait encore à Bertrand celle de ses jacquettes qui n'était pas armoriée à son blason, et sa houppelander onge doublée de martre. Les Anglais avaient profité des troubles qui avaient suivi le traité de Gien, conclu en 1412, pour pénétrer en France: je crois que c'est à cette occasion que les fortifications du château du Guildo furent réparées, sous la direction de Bertrand en 1417 il était A la cour du duc, puis maréchal de Bretagne et capitaine de 10 hommes d'armes. Il mourut le 21 mai 1444, sans laisser d'enfants de ses deux femmes : 1° Marie , fille de Jacques de Surgères, sire de la Floullière, Cerizay, Saint-Pol, et de Marguerite de Vivonne; 2' Jeanne, veuve de Jean de Rieux, et fille de Jean, comte d'Harcourt, Aumale, Alençon , et de Marie de Valois-Alençon. Bertrand de Dinan succéda à tous les biens de son frère Robert en 1529: il donna alors à son cousin Geoffroy de Beaumanoir «ys sududit lieu de Beaumanoir » «Deux maisons sises auprès du Champt de Dinan» 2° Les terres qu'il avait en Pleurtuit et Saint-Enogat, à cause de Plancoét 3' Quarante livres sur l'acquit de Loire «audit sire appartenant, à cause de sa terre et seigneurie de Champtoceaux » ; 4° Les terres de Citernes et de Menat situées en Saintonge, dans la châtellenie de Cognac

 

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 19:55

 

La Domus de Gradlon

 

 

Domus synonyme de résidence aristocratique La loi A 55 des Excerpta de Libris Romanorum et Francorum, textes bretons mis par écrit entre 520 et 560 selon L. Fleuriot mais plus vraisemblablement au VIIIe siècle selon David Dumville, différencie villa et domus: « si quelqu'un veut vendre sa villa à un voisin capitalis sous la menace ou de bon gré, ou sa maison ou son jardin, il a le droit de le faire, sauf pour les clôtures qui entourent les cultures ou les prairies » {Si quis uillam uendere uicino capitali ei minante aut sponte uoluerit siue domum siue ortum, potestatem habeat praeter sepes quae gignunt meses et herbam). Domus désigne la maison d'habitation et son jardin, la réserve du manse, différente des terres agricoles emblavées ou en pâture entourées de haies et de clôtures ; domus est ici synonyme de villa capitalis de la loi P 61 des mêmes « que personne ne détienne la forêt de l'habitation principale d'un autre »". Notons l'emploi du terme villa comme « domaine » et celui du mot campus comme « résidence », dans la formule terminant un diplôme du 7 octobre 860 de Salomon confirmant des biens octroyés à l'abbaye de Prym, actum villa publica sedis nostroe Bedulcampo : ce dernier lieu ne désigne pas Bédée (Ille-et- Vilaine) où existe une motte, mais Bouchamps-les- Craon (Mayenne), à la limite des territoires contrôlés par les Bretons au IXe siècle100. Le terme domus a la plupart du temps dans le cartulaire de Redon le sens de maison, comme celles de Melaine en mars 830, d'Ethlon à Maure-de-Bretagne (Ille-et- Vilaine) avant le Ier mai 834, de Ratuili un peu plus tard et de Fréoc à Augan avant 867 ; ce dernier acte est passé in domo Freoc, in Lisprat, in plèbe Alcam. Ici lis n'est probablement pas synonyme de la domus qu'il englobe, à la différence d'une autre résidence également située en Augan, appartenant à Riuualt et mentionnée en 844, domo sua Lisuisonn. Le 1er juillet 845 ce dernier donne des terres in loco nuncupante Lisbison qui désigne probablement le même endroit la polysémie du terme lis se vérifie une nouvelle fois, avec l'acception domus ou locusm. Dans les Gesta sanctorum Rotonensium une maison fabriquée de planches (domum suam ex tabulis ligneis fabricatani), est donnée à l'abbaye de Redon par un certain Ronnuallon pour y être remontée", passage révélateur de la pénurie de bois d'oeuvre dès le IXe siècle. Domus se rencontre encore dans la Vita Judicaeli, texte réécrit au XIe siècle, à propos de la résidence d'Ausoch sise en Tréflez (Finistère), ainsi que dans la Vita Goeznovi selon laquelle le comte Comore « avait une demeure à environ trois stades au sud d'Autel, dont les ruines existent encore aujourd'hui. Grande et convenant pour un monastère, il la donna à saint Goueznou » (habebat domum quasi tribus stadiis distantem ab Autello, a parte australi, cuius domus ad hue vestigia restant. Quern locum sancti Goeznouui aptum monasterio et amplum concessif). Le nom Lantel est une francisation du toponyme, le cadastre indiquant Goarem-an-Nantel, la « Garenne de l'Antel » ; le souvenir de la demeure ruinée de Conomore serait conservé par la parcelle Liors-Castel-Lan-an-Trompet, le « Courtil du Château du Monastère de la Trompette », peut-être le lieu des montres des seigneurs de Léon. Notons que la Vita Judicaeli évoque également le palais de ce roi, ad pontem prope aulam regiam, mot qui fait penser à un pont-levis médiéval ; la Vita Machutis mentionne également cette résidence royale (in palatio Judicahel régis), unique occurrence du IXe siècle breton où ce terme est employé". Deux termes celtiques : Bot et Caer Dans la partie bretonnante de la péninsule le préfixe bot ou bod, signifiant en gallois « résidence », semble l'équivalent du latin haia et connaît la même évolution sémantique. Désignant initialement un site naturel, - le sens actuel, « buisson », est peut-être dû à l'influence du gallo-roman bosc et du français « bois » —, il prend par la suite le sens de « demeure du propriétaire d'un domaine rural » protégée par des défenses végétales, avant d'être remplacé au XP-XIP siècle par le mot quinquis, « construction de branchages », rapproché du gallois cainc, « branche » et équivalent au français « plessis ». Le plus ancien bot connu semble être celui que l'on rencontre en composition dans le nom déjà mentionné de Vaula Botnumel, résidence de Nominoë en 832. Le cartulaire de Redon mentionne aux IXe et Xe siècles une vingtaine de bot, parfois associés au nom du détenteur du domaine cité, tel l'alleu de Bot Iuduuallon restitué dans les années 860 à Redon par le prêtre Juduuallon. Ils peuvent être qualifiés de locus ou de villa comme la Villa Bot Cudon du 2 mai 892 qui équivaudrait au locus nuncupante Botcuton du 2 avril 86l ou 867 et qui se trouvait en Avessac Botgarth, la « demeure de la haie », également appelé Rosgal, est le monasteriolum de Uuoruuelet qui s'y installe avant 821 et que son fils donne à Redon le 1er décembre 837 ; il comprend une maisonnette d'habitation, mansiuncula, et une église, basilica. La toponymie regorge des noms utilisant le préfixe bot ; ainsi les restes du château médiéval de Boutavant en Iffendic (Ille-et-Vilaine), nom expliqué fallacieusement comme un composé des termes « both », «butte», ou « bout», «place», et de « vam», «mère» ont été parfois considérés, bien sûr à tort, comme l'« une des résidences favorites des rois Judicaël au VIIe siècle et de Salomon au IXe siècle »m. Spécifique aux pays celtiques, apparaissant en Bretagne au IXe siècle seulement, le mot Caer signifieinitialement un « lieu fortifié » ; il ne semble pas dériver du latin castra, mais de la racine *qagh, « saisir, enclore » et désigne ainsi plus l'enclos protégeant la maison que la maison elle-mêmem. Le cartulaire deRedon connaît quelques rares formes en caer*, dont Locmariaquer (Morbihan), plebs que uocatur Chaer entre 851 et 855, Caerdivon en Silfiac (Morbihan) le 9 juillet 87 1118. Plouguer, actuellement partie de la commune de Carhaix-Plouguer (Finistère), signifiant la ploue du caer et non l'hypothétique * Plebs castri, est une très ancienne paroisse succédant à la ville antique de Carhaix en Poher ; cette région est connue le 2 août 895 sous la forme Paucar1™, équivalent au Pouchaer, le pagus civitatis cité par un poème de Liosmonoc qui écrivait à l'époque carolingienne120. Carfantin en Épiniac (Ille-et-Vilaine), résidence d'été des évêques de Dol-de-Bretagne, serait Kerfeunti au Xe siècle, Karphenton en 1266, Kerfeuntan au XVe siècle, « La Ville de la Fontaine » ; Carlan, maison-forte en Meslin (Côtes-d' Armor), serait déjà connu sous ce nom en 1089, mais est Kerlan en 1535. Caer évolue en moyen breton, au cours du Moyen Âge central en ker, utilisé en préfixe à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, signifiant alors « village », « hameau », voire « maison », et remplaçant bot m. À la même époque les noms en Ville-, héritiers du latin villa, entrent en concurrence avec Caer- qui en est l'équivalent ; ce nouveau terme signifiant « domaine avec une maison » marque bien l'arrêt de ce type d'ouvrages faiblement protégés, les mottes devenant alors les centres fortifiés. Le promontoire d'Alet en Saint-Servan-sur-Mer, actuellement en Saint-Malo, enserré par la mer et par la Rance, entouré d'une enceinte dans les années 270-280, possédait une fortification semblant avoir été construite vers 340, probablement pour abriter les Martenses de la Notitia Dignitatum ; un nouveau fortin dit castrum Aletis dans un manuscrit transcrit au XVIIe siècle s'installa à cet endroit au XIIIe-XIVe siècle, précédant la construction de la tour Solidor avant 1382. Au Xe siècle le géographe arabe Ibrahîm ben Ya'qub racontant que saint Martin serait venu évangéliser la région, situe un épisode à Krmalh, dans « un lieu fortifié (bisn), au pays des Francs » ; ce nom semble l'équivalent d'un *Kermalo. On pourrait admettre une traduction en Chastel-Malo, forteresse ainsi nommée en l'honneur de ce saint et où, d'après la Chanson d'Aiquin, Charlemagne se serait installé dans un camp fortifié, trop loin cependant pour l'assimiler avec le promontoire antique. De la domus de Lansent au chastel de Locronan Le cartulaire de Landévennec crédite l'échanson du roi, rex, Gradlon, d'une domus à Lansent, assimilé au Lanzent en Plonévez-Porzay (Finistère) où se trouvait encore à la fin du siècle dernier une chapelle dépendant de l'abbaye. Bien que cet acte invraisemblable faisant état d'un tribut de quatorze cités données par les Francs à Gradlon en échange de sa protection contre les païens soit indubitablement un « faux pitoyable », il a été proposé d'y voir l'écho des luttes entre Bretons, Normands et Francs au IXe siècle, voire d'une époque antérieure. Toujours est-il qu'un vase relativement proche de celui mis au jour dans le plus grand bâtiment jusqu'alors fouillé à Locronan (Finistère) y a été découvert en 1931, ce qui relance la réflexion sur cet acte du cartulaire. L'immense résidence aristocratique de Locronan comprenant une chapelle, des espaces publics et privés ainsi que plusieurs bâtiments en rapport avec la métallurgie de l'or, le tout ayant fonctionné au cours de la seconde moitié du IXe siècle soulève d'intéressants problèmes historiques, mais les textes qui la concernent peut-être sont malheureusement à la fois légendaires et tardifs. L'auteur de la Chanson d'Aiquin a pu conserver le souvenir d'un centre de pouvoir détruit au moins deux siècles auparavant, lorsqu'il évoque après la catastrophique destruction de Gardaine la fuite d'Aiquin, qui parvient au mens où se trouve un vieux château qu'il avait autrefois fréquenté à proximité de Nynet, actuelle forêt de Névet ; le mens semble bien correspondre à la Montagne de Locronan, en breton Menez Lokorn, appelée par P. le Baud au XVe siècle « Menetnemet /Droit aumens s'en est aiquin aie / Cest ung chastel moult riche et asure / Paens le surent deueille antiquit, / Abelles  salles defort mur quenele / Quil yauoit aultre foiz este ». Après quelques escarmouches autour du chastel Charlemagne attaque la ville à laquelle il boute le feu grégeois, ce qui rappelle étrangement les nombreuses traces de rubéfaction observées sur le site, « Moult fièrement ont la uille asaillie / O feu gredays lont arse et bruslee ».Selon la Vita Ronani, rédigée à la fin du XIIe siècle par un chanoine quimpérois, Gradlon possédait une aula ; ce « roi » mentionné par les listes comtales des cartulaires de Landévennec et de Quimperlé, recouvre certainement un personnage réel, titulaire de Y honor comtal ou vicomtal de Cornouaille à la fin  du IXe siècle. Ronan, saint personnage originaire d'Irlande ayant peut-être vécu à cette époque, est obligé de se rendre chez Gradlon ; épuisé par son grand âge il s'assoit sur une pierre sise ante atrium aulae régis, termes traduisibles par « devant l'entrée du palais du roi ». L'aula pourrait désigner soit la totalité de l'enceinte de la Montagne du Prieuré, soit une partie de celle-ci, éventuellement le bâtiment principal. La Vita Comgalli, texte irlandais du XIIe siècle, précise que castrwn a pour synonymes en latin atrium magnus et en irlandais Raith Mhor; une autre vita irlandaise romane, la Vita Curthagi, précise quant à elle que le latin atrium magnum se traduit par Less Mor, terme équivalent par ailleurs de civitas, c« monastère ». Mais atrium pourrait se traduire également par « enclos consacré » où l'on jouissait du droit d'asile et s'appliquer dans ce cas aux « terres de l'immunité du saint », omnibus terris que infra emunitatem ejusdem sancti continentur, attestées depuis le milieu du XIe siècle. Ce territoire appelé en breton le minihi est entouré par la procession dite la Troménie qui passe à côté de la Kazeg vaen, la «Jument de pierre », nommée également Kador Sant Ronan, la « Chaise de saint Ronan ».Outre les difficultés de datation et de localisation des mots désignant des résidences aristocratiques ou des fortifications, dues pour partie à l'hétérogénéité des sources employées, les résultats paraissent peu significatifs les termes cités demeurent largement stéréotypés et n'autorisent pas de généralisation permettant d'affiner leur sens. On se consolera en pensant que la pauvreté de nos sources ne reflète que la situation générale en Europe de l'Ouest, si l'on veut bien excepter les cas exceptionnels tels les palais impériaux. Les souverains et les nobles bretons vécurent dans des demeures qui ne semblent guère avoir laissé de traces dans le paysage ; aussi la recherche archéologique sur quelques sites soigneusement sélectionnés, par exemple Carentoir, Lanmeur ou Locronan, est-elle notre principal espoir d'approfondir le débat pour comprendre ce que signifiait vraiment un arx, un lis ou une domus en Bretagne à l'époque carolingienne

 

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 18:56

 

 

 

 

 

*

 

 

Etre parrez Pouldergat ha parrez Plouare,
Ez euz tudjentil iaouang o sevel eunn arme
Evit monet d'ar brezel, dindan mab ann Dukez,
En deuz dastumet kalz tud euz a beb korn a Vreiz;


Evit monet d'ar brezel, dreist ar mor, da Vro-zoz.
Me'm euz ma mab Silvestik e ma int ouz he c'hortoz;
Me'm euz ma mab Silvestik ha n'em euz nemet-han
A ia ha heul ar strollad, gand marc'heien ar ban.


Evit monet d'ar brezel, dindan mab ann Dukez,
Evit monet d'ar brezel, dreist ar mor, da Vro-zoz.


Eunn noz e oann em gwele, ne oann ket kousket mad,
Me gleve merc'hed Kerlaz a gane son ma mab;
Ha me sevel em'chaonze raktal war ma gwele :
- Otrou doue ! Silvestik, pelec'h oud-de-breme ?


Marteze em oud ouspenn tric'hant leo deuz va zi
Pe tolet barz ar mor braz d'ar pesked da zibri;
Mar kerez bea chommet gant da vamm ha da dad,
Te vize bet eurejed breman, eurejed mad;


Achuet oa ann daou vloaz, achuet oa ann tri :
- Kenavo d'id, Silvestik, ne n'az gwelinn ket mui;
Mar kaffenn da eskern paour tolet gand ar mare,
Oh ! me ho dastumefe hag ho briatefe ...!

 

Ne oa ked he c'homz gant-hi, he c'homz peurlavaret,
Pa skoaz eul lestr a Vreiz war ann ot, hen kollet,
Pa skoaz eul lestr a Vro penn-da-benn dispennet,
Kollet gant-han he raonnou hag he wernou breet.


 

Leun a oa a dud varo; den na ouffe lavar,
Na gout pe geit zo amzer n'en deuz gwelet ann douar.
Ha Silvestik ae eno, hogen na mamm na tad,
Na mignon n'en doa, siouaz ! karet he zaou-lagad'.

 

Entre la paroisse de Pouldergat et la paroisse de Plouaré,
Il y a de jeunes gentilshommes qui lèvent une armée
Pour aller à la guerre, sous les ordres du fils de la Duchesse,
Qui a rassemblé beaucoup de gens de tous les coins de la Bretagne;


Pour aller à la guerre, par delà la mer, au pays des Saxons.
J'ai mon fils Silvestik qu'ils attendent;
j'ai mon fils Silvestik, mon unique enfant,
qui part avec l'armée, à la suite des chevaliers du pays.
 

Une nuit que j'étais couchée, et que je ne dormais pas,
j'entendis les filles de Kerlaz chanter la chanson de mon fils;
et moi de me lever aussitôt sur mon séant :

  • Seigneur Dieu ! Silvestik, où es-tu maintenant ?

 

Peut-être es-tu à plus de trois cents lieues d'ici,
ou jeté dans la grande mer, en pâture aux poissons.
Si tu eusses voulu rester près de ta mère et de ton père,
tu serais marié maintenant, bien marié

 

Deux ans s'écoulèrent, trois ans s'écoulèrent :
- Adieu, Silvestik, je ne te verrai plus.
Si je trouvais tes pauvres petits os, jetés par la mer au rivage,
oh ! je les recueillerais, je les baiserais !

 

Elle n'avait pas fini de parler,
qu'un vaisseau de Bretagne vint se perdre à la côte;
qu'un vaisseau du pays, fracassé de l'avant à l'arrière,
sans rames, les mâts rompus, se brisa contre les rochers.

 

 

Il était plein de morts; nul ne saurait dire
ou savoir depuis combien de temps il n'avait vu la terre;
et Silvestik était là; mais ni père, ni mère,
ni ami, hélas ! n'avait aimé ses yeux !

 

 

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 15:06

 

     mardi 01 janvier 1980 00:00

 

    mardi 01 janvier 1980 00:00

    mardi 01 janvier 1980 00:00

    corseul

 

    mardi 01 janvier 1980 00:00

 

    mardi 01 janvier 1980 00:00

    mardi 01 janvier 1980 00:00 

 

    mardi 01 janvier 1980 00:00 

 

  mardi 01 janvier 1980 00:00 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 13:33

  

 

Les Lis de Salomon

 

Définition

 

Les termes pan-britonniques lis en vieux breton ou les, lez en moyen breton, avec des variantes en H ou le par suppression du 5 final, ont le sens général de «résidence seigneuriale», mais aussi de «cour de justice», «cour de maison», «cour d'un palais », avec le sens figuré de «puissance d'un prince»". Dans ce dernier cas ils peuvent être associés au terme «castel», lequel possède une signification plus matérielle. Jean-Yves Le Moing cite les exemples de Licastel en Saint-Père-Marc-en-Poulet (Ille-et- Vilaine), Lycastel en Plerguer (Ille-et-Vilaine) et Lescastel en Elven (Morbihan), où il existe un établissement fortifié à proximité de la voie romaine de Vannes à Angers, un carré de 100 m de côté délimité par un talus et un fossé externe, peut-être bordé par une contrescarpe de faible dimension, avec l'entrée originelle percée au milieu du côté nord. La forme de l'enceinte et ses dimensions suggèrent une datation romaine qu'aucune découverte mobilière ne vient cependant corroborer; André Chédeville remarque justement que l'emploi du terme « castel » en composition dans le nom de Lescastel suggère que cette fortification était exceptionnelle, à la différence des autres résidences employant ce terme et mentionnées dans les sources documentaires anciennes, où castellum désigne fréquemment une résidence aristocratique. Dans le cartulaire de Redon " lis peut avoir comme synonyme villa et plus fréquemment encore d'aula. Oliver J. Padel* note que le vieux gallois llys est glosé en curia, cl ignitas curie, id est, breynt llys. En 1085- 1087 lis a le sens de villa pour des terres situées en Plouhinec (Morbihan), septem villas quas vulgus Les Clenic appellat par un acte faux prétendument rédigé en avril 1027 et qui s'inspire peut-être du précédent, le cartulaire de Redon traduit villa par Kaer pour désigner ces sept terres. Peu de temps avant 1091 lis signifie terra pour désigner un écart de l'ancienne paroisse de Beuzec-Cap-Caval, actuellement Plomeur (Finistère), terram illam que dicitur Lesiunadoit\ Lis ou les sont assez fréquemment associés au nom de la paroisse ou de son éponyme, ce qui démontrerait l'incompatibilité entre le centre religieux et le centre du pouvoir temporel du machtiern dans 33 cas (2 en Côtes-d'Armor, 26 en Finistère, 1 en Ille-et-Vilaine. 4 en Morbihan) des toponymes en lis ou les doublent le nom de la paroisse mais seules deux d'entre elles présentent un intérêt particulier. Licellion en Hillion (Côtes-d'Armor), Lissillion en 1436", tire son nom de Xaula, qualifiée par ailleurs de domus, donnée par Riwal à saint Brieuc ; mais la Vita Brioci, rédigée par un clerc angevin vers 1050, n'a aucune valeur historique. Lisranac ou Lisrannac en Renac (Ille-et-Vilaine) est un nom disparu cité à plusieurs reprises par le cartulaire de Redon entre les années 831 et 844 '3 de ce lis qui pourrait être à l'origine de la paroisse, rien ne subsiste. Roger Gargadennec suppose que les points stratégiques tenus par les Romains, puis par les Bretons, ont empêché, aux mêmes endroits, la formation des paroisses, les ploues; cette opinion a été reprise par Noël-Yves Tonnerre", remarquant autour de Vannes l'abondance des noms en lis comparée à la relative absence de noms en lan-, «monastère», ou en pion-. Les noms en lis ou en les sont fréquemment associés à un toponyme végétal comme coit, «bois»,donnant en Haute-Bretagne la forme Les Couettes, celli, «bosquet » ou «bocage», parfois descriptif de l'essence des arbres tels bedu, «bouleau», colroet, «coudrier», fau, «hêtre», uuern, «aulne». Ces associations évocatrices des défrichements interviennent dans 9 cas, soit la moitié des occurrences en lis du cartulaire de Redon'"; Lisprat en Augan (Morbihan), la «Cour du pré», pourrait signifier que le défrichement était achevé avant le 22 décembre 866. Parfois lis rentre en composition avec un nom d'homme propriétaire de cette résidence telle Lis-Iarnuuocon en Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine) le 6 mars 8634~ ou avec un terme topographique tel Lisros en Médréac (Ille-et-Vilaine), la « Cour de la hauteur », possible résidence qu'un certain Riduueten donne à Redon le 28 février 844. Deux lis sont accolés à un minihi, « lieu d'asile », terme en usage semble-t-il surtout après le haut Moyen Age, Lesminihy en Plougonvelin (Finistère) et Lisminihi en Plouézec (Côtes-d'Armor)49 ; dans ce dernier cas il est question d'une villa donnée en 1254 à l'abbaye de Beauport, encore notée en 1271 Les Menehy. J.-Y. Le Moing dénombre pour la Haute-Bretagne un total de 576 noms en lis, 246 pour l'INSEE, et 330 pour le cadastre; la densité, forte en Vannetais, diminue au nord de l'ancien évêché de Saint-Malo et est encore importante dans le pays de Guérande (Loire-Atlantique). Par contre au nord de Guémené-Penfao (Loire- Atlantique), et plus encore dans l'évêché de Saint-Brieuc, cette densité s'affaiblit ; ces variations seraient dues aux rivalités entre les Francs et les Bretons et marqueraient les zones les plus âprement disputées, le Vannetais et le pays de Guérande, alors que la région de Saint-Brieuc, à part Licellion en Hillion, resterait vierge. Ceci sous-entend que les lis seraient des créations du VIe- VIIe siècle, ce qui reste loin d'être prouvé ; par ailleurs l'ouest de la Bretagne en recèle également beaucoup ; selon Francis Gourvil51 il y en aurait plus de 400 en Finistère contre 120 dans les Côtes-d' Armor et 86 dans le Morbihan. L'âge des lis reste le point le plus controversé mais il paraît certain que ce nom restait vivace à l'époque romane ; déjà en juillet 826 Lisnouuid en Carentoir (Morbihan)52 et Lesneuueth en Pleucadeuc (Morbihan) 53 désignaient des « cours neuves », peut-être en opposition avec des résidences plus anciennes. Les termes henlis, «vieille cour», dont L'Enelais en Pléchâtel (Ille-et-Vilaine) semblent, par définition même, antérieurs J.-Y. Le Moing suggère, sans preuve archéologique cependant, qu'ils marqueraient des réoccupations de bâtiments gallo-romains. Le 31 mars 846 il existe, apparemment en Ruffiac (Morbihan), une villa Renhenlis; en 863 Henlis-Aladin en Carentoir est qualifié de locus. En finale, en prononciation romane, les perd son 5 ce qui donne Hinlée à Maxent (Ille-et-Vilaine), Le Heinleix en 1618, et à Trévé (Morbihan), Hanlée ou Henlée à Ménéac (Morbihan), Henlée à Taupont (Morbihan), Henleis en 138955, Le Henlé à Guer. Cependant les formes anciennes conservent ce s ou un x Hinlex en Allaire (Morbihan), Henles en 1427, Hinlais en Plessé (Loire- Atlantique), Henleix en 1437, Le Hanlay en Questembert (Morbihan), Henleix en 1513, Henleiz en 1536, Heinleix Rohan en Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Hanlees au XIVe siècle. Selon J.-Y. Le Moing56 Henles est un nom plus récent que Hendré, « la Vieille Trêve », ce qui traduirait une structure militaire plus bretonne que romaine, et la nécessité de conquête vers l'est de la Haute-Bretagne. Les noms en lis semblent plus anciens que les noms en les, même si l'une des deux formes les plus âgées conservées est un les l'évolution en e est très bien attestée, en breton, autour du Xe siècle". L'hypothèse selon laquelle ces noms remonteraient à l'arrivée des Bretons qui auraient réoccupé tout d'abord les lieux les plus déshérités, ou plus avant, à l'Antiquité tardive, ne paraît pas fondée ; au contraire une installation en rapport avec le défrichement et échelonnée sur l'ensemble du haut Moyen Âge et du Moyen Âge central semble plus probable. Quelle est la réalité archéologique de ces lis ? R. Gargadennec a noté à juste titre qu'il y avait trop de lis en pays bigouden pour que chacun d'entre eux fût une résidence seigneuriale ; le lieu fortifié est loin d'être une évidence et sa datation, dans quelques exemples connus, est médiévale. À Leslouc'h en Plouédern (Finistère) une motte à basse-cour rectangulaire datant peut-être du XIIe siècle succéda à une salle mesurant 16 m sur 6 m avec des murs épais de 0,75 m58 ; à Lesquelen en Plabennec (Finistère) un bourg castrai se développa à l'intérieur de la basse-cour d'une motte chapée surmontée d'une tour mesurant 6,50 m sur 5,50 m, avec une chapelle dont l'état le plus ancien remonterait au XIIe siècle. Lis synonyme de villa Le loco nuncupante Liscbelli, situé in pago trans silvam, in condita plèbe Uuern, Guer, est mentionné lors d'une donation effectuée à Redon le 18 janvier 839 par un certain Haeldetuuido ; entre 843 et 849 Conwoïon obtient en ce lieu la restitution d'une terre, in loco qui dicitur Liscelli in placito publico ante Gradlon machtiern. Entre 992 et 1008 un acte donne quelques informations topographiques sur la villa de Liskelli, située à proximité de l'Aff Cujus mox fauentes voto, moti verae cognationis vinculo, villam Liskilli assenserunt (...) datur hoec villa fossato undique obtime divisa, pars cujus extrema Avi fluminis rivulo dirimitur, cujus diremptione insuie fiunt petparvae ad Aeff flumen usque tendentesoe. Le talus divisant la propriété doit être interprété comme une limite juridique et non comme une ligne de défense ; le site n'est pas localisé précisément, pas plus que la villa quoe dicitur Lisbedu - peut-être en Pleucadeuc ou en Ruffiac - mentionnée sous ce nom avant 821, dite entre 821 et 826 loco nuncupante Lisvedu et encore Lisbebu [sic] le 18 janvier 839. Lis synonyme & aula  Aula est un terme employé à treize reprises par le cartulaire de Redon pour désigner une résidence aristocratique ; ainsi Salomon fait le 17 avril 869 une donation fastueuse aux moines de Redon réfugiés à Maxent et confirme la fondation du monastère installé devant son aula, in monasterio meo quod est in plèbe Lan, ubi ego antea meam aulam habui, qu'il donne également aux religieux. L'identification de cette résidence avec Schiriou ou Scriou, mentionné par des actes des années 863-865, semble raisonnable en raison de sa proximité avec l'ancienne église abbatiale puis paroissiale dont le plan est typique d'une construction des années 860w ; on a voulu voir les vestiges de la résidence royale « dans les fossés situés au sud-est de la place du bourg, au Préroué, Préloué ou Prélouais ». Cette enceinte rectangulaire conservée sur trois côtés est délimitée par un fossé large de 2 m, partiellement en eau, et un talus large de 2 m ; la différence de hauteur entre le fond du fossé et le sommet du talus atteint environ 3,50 m. L'ensemble paraît relativement moderne et évoque un établissement de la fin du Moyen Âge plutôt qu'un enclos de l'époque carolingienne". Dans deux cas seulement le cartulaire assimile lis et aula comme à Lisnouuid en Carentoir, mentionné le 10 mai 844 lors d'une vente de terres, factum est hoc in loco super viam publicam confinium ipsius alodis (...) et antea (...) in loco non ignobili nuncupante Lisnouuid, nom signifiant le «Château neuf» comme Lesneuueth en Pleucadeuc. Cette résidence avait déjà été évoquée dès juillet 826 sous la forme in loco nuncupante Lisnouuid, puis en 829 ou 830 ; le 6 avril 851, à l'occasion d'une vente de terres, locus et aula sont équivalents, factum est hoc in aulam Nouuid, ante Ratuuili, machtiern. Dans les années 952-960 le cartulaire de Landévennec évoque la Tref Neuiied, peut-être le même lieu qui a pu ultérieurement donner son nom au manoir de Villeneuve, à 1 500 m au sud-ouest du bourg ; Hubert Guillotel propose de l'assimiler au village de La Tresnelais (1. La même équivalence entre lis et aula se retrouve à Liscolroet. Entre novembre 857 et avril 858 Salomon fait comparaître Ratfrid devant lui in aula Colroit; le 6 mars 863 cette résidence est dite in loco nuncupante Liscolroet alors que le 22 mai 865 une donation est effectuée in aula quoe dicitur Colruit. A. de La Borderie signale en Guignen (Ille-et-Vilaine) des « bois et fiefs de Courouët ». En Mernel (Ille-et-Vilaine) une seigneurie portait ce nom, Courrouet au XIe siècle, Courroet en 1438, Le Gué du Commit en 1672, ainsi qu'un bois, un écart et un moulin ; J.-Y.Le Moing signale un lieu-dit Le Courrouët en La Chapelle-Bouëxic (Ille-et- Vilaine), commune limitrophe de Mernel'*. Une légende fondée sur une fausse étymologie situe en Lesneven (Finistère) un combat contre les Normands selon la Vita Golveni, rédigée au XIIe ou au XIIIe siècle, le prétendu « comte » de Léon Even aurait bâti son aida en ce lieu nomine Lesnevum quasi aida Eveni, dit également par ailleurs oppidum quod ab ejus nomine Lesnevenum. On a supposé que cette résidence se situerait en Plouider (Finistère) au lieu-dit Run-Even, le « tertre d'Even », mais où il n'existe pas de traces d'une fortification quelconque qui aurait pu donner naissance à cette tradition ; en outre le premier vicomte de Léon, Guiomarc'h, est mentionné seulement entre 1034 et 1040<r. Le loco nuncupante Henlis-Aladin (...) in plèbe Carentoer évoqué à plusieurs reprises en 86368 pourrait être conservé par le toponyme Henleix, village au sud-ouest de Carentoir ; plutôt que d'attribuer au célèbre personnage des Mille et Une Nuits « Le vieux château d'Aladin », on pourrait voir dans ce dernier terme le mot din, « forteresse », qui rentre en composition à deux autres reprises dans les sources documentaires bretonnes du haut Moyen Âge. Ainsi Brondin, le « mamelon de la forteresse », expression du cartulaire de Redon à l'époque d'Erispoë, est une glose vieilleirlandaise transformée sur le terme celtique original dun. Le nom Brehant dincat, lieu de naissance de saint Paul-Aurélien, en Cambrie, est glosé guttur receptaculi pugnae, « entrée de la place forte », par suite d'un contresens". Dincat, connu par une inscription du VIe siècle sous la forme Dunocati, signifie « refuge, forteresse de combat », et Brehant dincat désigne une forteresse dans le « pays de Brochann », le Brecknockshire du Pays de Galles. Dans cette région au moins deux célèbres sites de hauteur ayant connu une fréquentation durant le haut Moyen Âge ont un nom commençant par le radical Din-, Dinas Powys et Dinas Emrys"0. Dinard (Ille-et- Vilaine), fortifié au XIIe siècle à en croire la Chanson d'Aiquin, est un probable din, de même que Dinan (Côtes-d'Armor) dont le castrum, peut-être différent de la motte figurée sur la Tapisserie de Bayeux, est attesté vers 1070"1. Lis synonyme de castettum ou de castrum Castellum entre en composition dans le nom de trois paroisses bretonnes, Plogastel-Saint-Germain (Finistère), Plougastel-Daoulas (Finistère), et Pléchâtel (Ille-et- Vilaine), cette dernière mentionnée le leraoût 875 sous la forme Plebis Castel; le 29 août 1086 une église Saint-Martin est mentionnée in plèbe Ploicastel  mais le castellum éponyme n'a pas laissé de traces archéologiques, pas plus que pour les deux autres paroisses finistériennes. Des cinq noms employant le terme castellum cités par le cartulaire de Redon~ il ne subsiste pratiquement rien, ainsi pour le castellum non daté et installé près d'une écluse au-dessus de la Vilaine, Nonn, et qui donna le nom de Portus castelli'^, parfois assimilé au port de Bainssur- Oust (Ille-et- Vilaine) à côté duquel existe une écluse dite du Chastel ; on ignore également tout de la terra Castelliso en Savenay (Loire-Atlantique) vendue à Redon en mars 848 ~\ Le 9 février 842 le prêtre Ricoglin donne à Redon un monasteriolum quod vocatur Castel-Uuuel sitam super ripam Visnonici fluminis, in plèbe nuncupata Avizac; ce nom, «Château élevé», permet de supposer qu'il y avait à Avessac (Loire-Atlantique) une résidence antérieure à l'oratoire, assimilable au Lis-Penfau, le lis « de la lisière du bois de hêtres » mentionné dans une donation du 17 juin 862. Les lieux-dits Painfaut et Le Couvent de Painfaut, à 2 km au nord du bourg, sont implantés sur un site de hauteur entouré sur deux côtés par la Vilaine ; l'ensemble fait penser à un promontoire occupé depuis la protohistoire". Quelques textes des IXe et Xe siècles évoquent des résidences qualifiées alors de castellum. Ainsi la Chronique de Nantes, rédigée au XIe siècle et reprise par la Chronique de Saint-Brieuc au XIVe siècle, de cette province par trop exposée aux menaces des turbulents Bretons du comte Lambert qui occupent la cité nantaise. Bégon, désireux de chasser les envahisseurs, « forma un chastel sur la rive du fleuve de Loire, assez près de la cité de Nantes, auquel chastel il imposa son nom, Bego » (...) {qui supra ripam Ligeris recenter non longe ab urbe Namnetis castellum construxerat et nornen suum imposuerai). Mais il fut occis avant de réaliser son projet et son rival Gunferius, neveu de Lambert, s'empare du château « et l'habita jusques à ce que les Norwégiens peu après retournèrent par Loire à gaster les citez voisines des rives d'iceluy fleuve, qui par long siège prindrent violentement ledit chastel »~. Les commentateurs supposent que le « chastel » était la motte de Bougon en Bouguenais (Loire-Atlantique), voisine d'une « enceinte romaine » fouillée par H. Van Iseghem qui l'attribuait au Bas-Empire"8. À Noël 1050 ou 1051 le nommé Glevian, qui donne à Redon l'église Sainte-Marie, est qualifié de Beconensis princeps'"' , sans doute du nom de cette ancienne seigneurie. L'ancien nom de l'aéroport de Nantes/Atlantique, naguère Nantes/Château-Bougon, conservait seul le souvenir de ce château perdu corps et biens. Le cartulaire de Redon contient le texte de la donation faite le 28 août 903 par Alain le Grand au moines de Redon in castello quod dicitur Sei, quod est in Plebe-Sei ; une autre mention de ce château, actum Sejo Castro, se trouve dans l'acte de cession par Alain de l'abbaye de Saint-Serge d'Angers en faveur de Raimon, évêque de cette ville. La Chronique de Nantes fait résider le duc in loco ac castello nomine Seio cum militum multudine consistentes, mais cet acte semble un faux ultérieur. Plessé est la plus orientale des paroisses en plou- ; ce nom ne dérive donc pas du français « plessis ». C'est le seul exemple d'une fortification éponyme d'une paroisse apparemment primitive, mises à part les trois Plougastel déjà évoquées on pourrait admettre soit que les noms en plou- ont continué à être créés jusqu'au début du Xe siècle, soit plus probablement que le site avait une existence antérieure à l'époque carolingienne. Châteaucé ou Chasteau-Sei est le nom du promontoire dominant l'Lsac et barré par un talus en terre rappelant étrangement un oppidum protohistorique. Au XIXe siècle le talus atteignait encore une hauteur de 3 à 4 m et une largeur de 10 à 15 m des coffres d'ardoise et des sarcophages en calcaire coquillier furent exhumés autour d'une chapelle peut-être romane et bâtie sur le promontoire qui abritait une foire annuelle. La route de Plessé à Guenrouët (Loire -Atlantique) traverse le site dont la ruine fut achevée par des bombardements durant la seconde guerre mondiale ; une statue de saint Clair, prétendu le premier évêque apostolique de Nantes, est installée au bord de cette route. On peut suggérer que l'oppidum servit de refuge durant le haut Moyen Âge pour les populations voisines et leurs défunts comme à Louvigné-du-Désert (Ille-et-Vilaine) ou à Vieux-Vy-sur-Couësnon (Ille-et-Vilaine). Trois monnaies de Charles le Chauve ont été trouvées, sans localisation précise, dans la commune de Plessé*. En Plélauff (Côtes-d'Armor) le site de Castel Cran a fait l'objet de fouilles en 1890 et 1891. Le 9 juillet 871 le roi de Bretagne Salomon redonne aux moines de Redon les terres du petit monastère de Sent- Ducocan qui leur avaient auparavant été concédées par le machtiern Alfrit ; pour s'opposer aux religieux, ce dernier avait fait creuser un fossé sur la lande de Perret (Côtes-d'Armor), fossata per landam Penret contra uoluntatem monachorum. En général les textes ne donnent pratiquement aucun renseignement sur les défenses artificielles établies pour parachever une fortification, talus et fossé ; la quasi-totalité des mentions d'ouvrages de ce type s'applique en réalité à des limites de parcelles bordées par un fossé, ce qui suppose logiquement un talus. Les termes fossa, fossela, fossatela, avec les qualificatifs magna, maxima ou nova sont les équivalents anciens des « kleuziou » du pays bretonnant81 ou des « fossés » du pays gallo, c'est-à-dire le talus. Dans les actes anciens les fossés servent de localisation8-, mais ne sont plus repérables actuellement ; dans beaucoup de cas ces limites sont avant tout juridiques, exceptionnellement militaires. Un autre exemple de fossé à usage défensif se trouve peut-être dans l'acte aux soi-disant d'avril 1027 du cartulaire de Redon, vraisemblablement échafaudé par cette abbaye pour Belle-Île. Le texte décrit la partition de la presqu'île du Plec en Locoal-Mendon (Morbihan) Gurki, vir férus, génère Normannus, retient pour lui l'extrémité d'un promontoire et se retranche derrière un vallum et un fossé ipartem insuie quam vallo etfossato ab alia parte insuie divisit, quamdiu viveret, retiniuitf' À Plélauff, Salomon doit délimiter lui-même le domaine contesté partant du monasteriolum peut-être situé à l'emplacement actuel de l'église paroissiale de Sainte-Brigitte (Morbihan), reconstruite au XVIIIe siècle, il se dirige vers le nord puis l'est, redescendant enfin vers le sud en laissant Castel Cran à sa gauche, transit in valle que vadit substus Castel Cran usque in Blavet ; ce nom, évocateur d'une résidence en rapport avec un défrichement, cran, est mentionné dans un aveu de mai 1471 sous la forme Chasteau Cren. Celui-ci occupe une pointe rocheuse en pente raide ; une coupure pratiquée dans le schiste, large de 4 m, isole l'extrémité du reste du promontoire, et les matériaux extraits furent probablement utilisés pour les murettes du « donjon », des différentes pièces, et des « courtines ». Celles-ci affectent la forme d'un polygone à cinq côtés inégaux, le « donjon » occupant le côté ouest à l'endroit le plus exposé, en face d'une salle rectangulaire dominant le Blavet. Formée de plaquettes de schiste épaisses de 10 à 15 cm disposées horizontalement, la « redoute » carrée mesurant 4 m de côté à l'intérieur, est accolée à la muraille ; ses murs atteignent de 1 à 1,50 m d'épaisseur et sont constitués de deux parements relativement bien mis en oeuvre, avec des trous de boulins carrés d'environ 20 cm de côté encadrant un blocage de schiste et de terre. La pièce rectangulaire plaquée contre la muraille orientale, aux murs bâtis suivant la même technique, mesure 8 m sur 4 m; les « courtines », épaisses d'environ 1 m, sont conservées sur 1 m de hauteur en moyenne, le « donjon » atteignant intérieurement 3 m. Le matériel mis au jour, essentiellement des armes et des pièces de harnachement, ne semble pas remonter au haut Moyen Âge ; une monnaie d'argent attribuée fautivement au roi breton Erispoë par suite d'une lecture fautive du monogramme carolin est en fait un denier manceau, inscrit en écriture rétrograde CIOMANSCIITAS et attribuable au Xc-XIe siècle. L'hypothèse d'une fortification carolingienne, cependant plus probable qu'une ruine romaine ou qu'un château du légendaire Conomore mentionné par plusieurs Vitae armoricaines, paraît difficile à soutenir, du moins en ce qui concerne les restes actuellement visibles qui évoquent des techniques en vigueur au Moyen Âge central. Le 8 novembre 888 le duc Alain le Grand réside à Rieux (Morbihan), in castello Reus quietissime habitans ; ce castellum est encore mentionné le 15 janvier 895 et le 28 août 903. Cette concentration dans le temps des actes suggère qu'Alain le Grand avait choisi cet emplacement comme résidence principale en raison de sa grande importance stratégique de surveillance de la Vilaine, similaire à celle de Châteaucé en Plessé, dominant l'Isac. Probable oppidum protohistorique réutilisé sans doute à l'époque romaine, c'est le Duretia de la Table de Peutinger ; le site du château aurait peut-être connu une occupation au haut Moyen Âge à en juger par la pendeloque anthropomorphe qui y fut découverte en 1980, similaire à celles du Croisic (Loire- Atlantique), de Lanmeur (Finistère) et de l'île Lavret (Côtes- Armor). Rudalt, le premier seigneur de Rieux apparaît comme témoin en 10218\ Des fortifications durant les raids vikings Selon un texte du XVe siècle des « châteaux », castella, furent anéantis « les Danois et les Normands brûlent les villes, les châteaux, les églises, les monastères, les maisons, ravagent la campagne, dévastenttoute la Bretagne en long et en large, jusqu'à ce que le pays entier ne soit qu'une solitude, un vastedésert »86. Flodoard mentionne en 919 la destruction d'un castellum des Normands par les Bretons(Brittones, cum Nortmannis confligentes, victoria potiuntur, et quoddam Nortmannorum castellum cepisse feruntur) Pierre Le Baud, historiographe de la duchesse Anne de Bretagne, raconte la bataille définitive menée dans les années 936-940 par le comte de Rennes, Juhel Bérenger, avec l'aide du comte de Nantes, Alain Barbetorte, et du comte du Maine, Hugues ; il évoque l'extermination totale des Normands in plèbe quoe vocatur Trant gallice, latine vero Tridencium, c'est-à-dire Trans (Ille-et- Vilaine). Un sondage archéologique a été mené en cette commune dans la petite enceinte sub-circulaire d'environ 30 m de diamètre dite Les Haies, constituée d'un talus entouré d'un fossé. Au centre de l'enclos la fouille a mis au jour deux murs en pierre sèche disposés en L et larges de 0,70 m en moyenne ; la céramique recueillie dans les comblements des fossés et à l'intérieur est attribuée au Xe siècle. Les auteurs de la fouille en concluent que l'enclos des Haies servit aux troupes d'Alain Barbetorte lors de la reconquête de la Bretagne. À 500 m au sud de cet enclos se trouve l'enceinte du Vieux M'na, le « Vieux Manoir », de forme trapézoïdale et délimitée par un talus et un fossé, mesurant 90 m du nord au sud sur 60 m en moyenne d'est en ouest ; elle possède une entrée large de 8 m percée au côté ouest, près de l'angle nordouest. Le tiers sud-ouest est délimité par un mur en pierre sèche ; les talus situés sur ces côtés sont empierrés. D'après les fouilleurs l'enceinte du Vieux M'na serait antérieure à celle des Haies, implantée à l'abri d'une crête ; par comparaison avec l'enclos proche de Rigourdaine en Saint-Suliac-sur-Rance (Ille-et-Vilaine), ils supposent que le Vieux M'na fut occupé par les Scandinaves et que les Bretons vinrent s'installer aux Haies pour les en chasser8". Les indices chronologiques semblent trop ténus pour conclure avec une si grande précision ; la toponymie n'est pas très fiable en l'espèce puisque le mot « haie » ne fut pas spécifiquement utilisé à l'époque carolingienne. Le rapprochement effectué avec Rigourdaine ne semble par ailleurs pas probant. Selon la Chanson d'Aiquin, rédigée à la fin du XIIe siècle, Charlemagne et ses troupes se déplacent à Gardaine, une « ville » servant de repaire des Normands et qui fut engloutie par la mer salée (« Et uoit gardoyne la mirable cite / La uille est belle et lemur quennele. Dehors lesmurs abuoit ung grant fouce »). Dans l'anse de Vigneux, une zone du lit de la Rance découverte à marée basse, il existe une enceinte en terre sub-rectangulaire, avec deux angles abattus et les autres bien marqués, longue de 150 m du nord au sud, de 125 à 165 m d'est en ouest. L'entrée, large de 5 m environ et donnant sur le fleuve, est récente. Les talus, variant de 1 à 2 m au-dessus du niveau moyen de l'eau, sont constitués par un mélange de terre et de moellons de petit module. L'enclos est divisé transversalement en deux parties par une légère levée isolant presque entièrement la partie opposée à l'entrée ; un deuxième enclos aux angles également bien marqués et bâti suivant les mêmes techniques se greffe à l'est et au sud-est du précédent. Loïc Langouët suggère que ces enceintes en terre constituent un poste de surveillance de la Rance et propose de les dater du Xe siècle ; nous proposons plutôt de l'interpréter comme une structure destinée à quelque activité en rapport avec le fleuve, peut-être une pêcherie déjà existante dans laseconde moitié du  IXe siècle. Le nom « guerche » qui se rencontre en toponymie dans la partie orientale de la Bretagne et sur ses marches, Anjou, Maine, Vendée et Touraine, a une origine controversée et témoigne peut-être des relations compliquées opposant les Bretons aux Saxons ou les Bretons aux Francs ; la plupart des auteurs s'accordent à penser que ce terme vient du francisque *werk, «fortification», dérivant du prototype germanique *werki, « oeuvre ». Paul Quentel suggère que ce mot trahit plutôt les conflits opposant Bretons et Vikings. Pour Jean-Pierre Brunterc'h les « guerches », plus tardives que l'époque franque, remonteraient pour la plupart au IXe-Xe siècle celles établies dans le bassin de la Loire seraient des fortifications servantà lutter contre les Normands, postérieurement à l'édit de Pitres, alors que celles de Bretagne, d'origine bretonne, auraient été réoccupées par les Francs. Mainguené, premier seigneur de La Guerche-de- Bretagne (Ille-et- Vilaine) n'apparaît qu'au début du XIe siècle ; à proximité de sa motte, qui n'a pas été fouillée, on trouva en 1903 les restes d'une « tour » ou d'une salle carrée de 7 m de côté d'âge indéterminé.Castellum synonyme de castrum ? Pour Adémar de Chabannes, peu après l'an Mil, castrum et castellum ont pratiquement la même signification, le premier terme désignant plus spécifiquement le « château-fort », un donjon en bois sur une motte, le second ayant un sens plus général ; si l'enquête archéologique en Aquitaine montre que ces mots s'appliquent à la fois à des sites de hauteur et à des mottes92, la situation n'est pas aussi nette en Bretagne. La liste comtale de Cornouaille citée par le cartulaire de Sainte-Croix de Quimperlé mentionne Budic Castellin, mort entre 1008 et 1019. La précision de cette dénomination, inexistante chez les cartulaires de Landévennec et de Quimper qui évoquent la même liste, aurait été rendue nécessaire pour éviter des confusions avec des homonymes nantais connus des moines de Quimperlé. À Châteaulin (Finistère) le site implanté sur la « montagne appelée Nin », montaneum qui vocatur Nin, à l'extrémité d'un promontoire délimité par l'Aulne et par une vallée sèche, évoque toujours de nos jours un « nid d'aigle », en dépit de l'urbanisation croissante et de la construction sur la plate-forme sommitale d'un hospice. Des « tuiles » et des « médailles » gallo-romaines auraient été trouvées au « vieux château » ; il est tentant d'admettre que l'endroit marque l'emplacement de la résidence de Budic, son castrum, même si aucun texte contemporain du comte ne mentionne ce terme. Par contre un acte inclus dans le cartulaire de Landévennec, datable selon son écriture du XIIe siècle, mentionne la donation par le comte de Bretagne Alain d'un pomarium quod habebat, situm juxta castrum, quod vocatur Castellin ; en 1240 lechâteau est dit Castrum Lini. La commune de Lanmeur abrite un important retranchement en terre à 1500 m à l'ouest de l'église paroissiale et de sa crypte attribuable au XIe siècle, connu sous le nom de Castel-Veuzit, « Château de La Boissiere » ou de Douvejou Sant Melar, « Douves de Saint Melar », qui aurait donné son nom au territoire dit le pagus Castelli ; la tradition locale indique que Melar, jeune prince héritier de Cornouaille, y fut abrité par le comte Conomore. La Vita Melori rapporte cet épisode dans sa version du XIIe siècle, fugit (...) in pago Castelli quod Bocciduus appellatur (...) Commorus cornes, dixit ei : castellum istud in quo nunc habito dabo. La version du XIVe siècle reprend pratiquement les mêmes termes, fugit usque in Domnoneam in Pago Castelli in castellum quod vocatur Boxidus, ubi erat amita vel matertera illius, filia fortunati, eum Commore comité. Cerialtan et son fils Justin, sbires de Rivod, oncle de Melar, poursuivirent ce dernier jusque dans la résidence de Conomore, castellum au XIIe siècle, castrum au XIVe siècle, et l'assassinèrent. Vers 1480 P. Le Baud commenta ainsi cet épisode « mais, comme ils cuidassent fuir les plaines voyes et suivir les nouveaux sentiers, ils trébuchèrent es fossez du chasteau et, au cheoir, (...) Justin se brisa le coul ; si furent toute nuyt le père et la mere [de Justin] es fossez sans en povair issir, pour cause que les portes estoient fermées ». Cette chute mortelle fut peut-être inspirée à l'hagiographe par la pente raide des fossés, rendus de surcroît humides et glissants en hiver ; une « chapelle de Monsieur Saint-Melar» est attestée au XVIe siècle mais n'est plus mentionnée dans un aveu de 1667. L'enclos rectangulaire mesure intérieurement 40 m de largeur d'est en ouest sur 80 m de longueur du nord au sud ; il est bordé sur trois côtés d'un système d'au moins deux talus séparés par deux fossés, un chemin le jouxtant vers l'est. La présence de nombreux fragments de tuiles et la toponymie ont fait cataloguer ce site comme antique ; cependant, les prétendus « camps romains » ne possèdent de façon générale qu'une seule ligne de défense, un talus et un fossé, encore ce dernier n'est-il pas systématique. Il se pourrait qu'une fortification du haut Moyen Âge se soit installée à l'emplacement d'un établissement antique ; les mentions par les différentes Vitae Melon9*, la chapelle dédiée à saint Melar et des traditions locales permettent d'estimer que l'enclos a pu être en rapport avec le saint éponyme de la paroisse. Cette réutilisation se serait effectuée dans le dernier tiers du Xe siècle lorsque, selon un acte faux du cartulaire de Redon, le comte de Rennes Juhel Bérenger tenait sa cour in plèbe que vocatur Lanmurmeler. et semble d'un usage plus fréquent au cours du Moyen Age central ; cependant la Vita prima Melanii, antérieure au X1 siècle, contrarie cette hypothèse. Eusèbe, dux ou rex du Vannetais fait appel au saint évêque de Rennes pour le guérir miraculeusement ainsi que sa fille Aspasie ; il réside alors à Comblessac (Ille-et- Vilaine) dans un « château » appelé Marciacus dominant la rivière Aff, limite des civitates puis des évêchés de Rennes et de Vannes, enfin des départements de l'Ille-et- Vilaine et du Morbihan {castrum (...) quod vocatur Marciacus super rivulum Ava nominé). Marsac est noté Marczaten 1419, Marczacen 1447, Marczat en 1541 ; la dénomination de l'ancien cadastre, Les Murs de Marsac, rappellerait les duobus villariis Macoer, peut-être en Carentoir (Morbihan), donnés à Redon le 24 mars 861. Aspasie aurait fait donner à saint Melaine ipsam villam Cambliciacum ; ce passage de la Vita Melanii rend compte de l'appartenance au XIIIe siècle de Comblessac à l'abbaye Saint-Melaine de Rennes. Une chapelle dédiée à saint Melaine entourée d'un petit cimetière et encore mentionnée dans un aveu de 1763 existait à l'ouest du château actuel, dans le bois du même nom. La situation géographique et politique de cette fortification explique son intérêt depuis la protohistoire et pendant tout le haut Moyen Âge ; en 1513 la seigneurie du Mur est installée sur ce promontoire. Un château du XIXe siècle est bâti sur le rempart haut de 6 m et bordé d'un fossé externe délimitant l'extrémité du promontoire dominant l'Aff ; un fanum avec son péribole se trouve à 500 m à l'ouest du retranchement, sur le plateau et à proximité d'une voie romaine ; des fouilles ont mis au jour du mobilier allant du Ier au IVe siècle. À l'extrémité du promontoire existent deux mottes, l'une joliment dite La Butte aux Fées explorée en 1845, on y trouva des cendres et des débris d'ossements et de poteries. Une enceinte ovalaire repérée d'avion par Maurice Gautier, au diamètre voisin de 100 m, délimitée par un talus haut d'environ 2 m, est implantée en contrebas du Mur dans la vallée de l'Aff elle appartient vraisemblablement au Moyen Âge central9'1. La Chronique de Nantes est la seule source indiquant en 983 la fondation du château d'Ancenis (Loire- Atlantique), castnim Ancenisii composuit, par Aremburge, épouse du comte de Nantes Guérec, alors en voyage à la cour du roi de France Lothaire, pour tenter de s'émanciper du comte d'Anjou Geoffroy Grisegonelle'r. Vers 1036 l'abbesse de Saint-Georges de Rennes, Adèle de Bretagne, autorise un certain Donoal à construire un château à Tinténiac (Ille-et- Vilaine), me permisse Donoalo castrum sibi agere in Tinteniaco\ ce castrum se trouvait peut-être en fait à l'emplacement du château de Montmuran-aux-Iffs (Ille-et- Vilaine), dont une tour remonte probablement au XIIe siècle.

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 20:24

 

 

Varx de Morvan, les Lis de Salomon et Ladomus de Gradlon

 

Ce titre ne doit pas surprendre outre mesure; si les personnages qu'il mentionne n'ont pas, il s'en faut de beaucoup, une grande réputation dans l'historiographie du IXe siècle, l'un étant un vaincu, le deuxième un ennemi des Francs et le troisième un héros de légende, ils sont tous les trois, à des degrés divers, représentatifs des carences des sources documentaires pour cette période. Les textes que nous avons choisi d'exploiter, souvent aux limites de leurs possibilités, chroniques, cartulaires, récits hagiographiques, fournissent cependant quelques informations, hélas trop lacunaires, sur les résidences où vécurent ces aristocrates; dans la mesure du possible les recoupements avec la toponymie et l'archéologie ont été employés.

 

Varx de Morvan

 

Campagnes militaires des Francs contre les Bretons

 

Plusieurs campagnes militaires furent menées par les Francs contre les Bretons à l'époque mérovingienne, sans succès durable d'ailleurs puisque la péninsule fit l'objet de nouvelles expéditions à l'époque carolingienne. Les Annales Mettenses Priores indiquent qu'entre 748 et décembre 751 Pépin III «conduisit son armée en Bretagne, conquit la ville de Vannes, soumettant tous les Bretons à la loi des Francs». Le terme Venedis castrum désigne sans doute les murailles bâties dans les années 270-275 abritant la résidence des Mauri Veneti, et qui servirent encore au XIVe siècle lors de la construction de l'enceinte urbaine entourant totalement la cité. D'après le récit fantaisiste du dominicain morlaisien du XVIIe siècle Albert Le Grand, saint Gildas ressuscita sainte Triphine, assassinée par son mari Waroch mentionné à plusieurs reprises par Grégoire de Tours en tant que comte des Bretons, dans le château de La Motte; celui-ci servit en réalité ultérieurement de résidence de passage aux ducs de Bretagne avant d'être cédé en 1287 par Jean II à l'évêque de Vannes qui en fit son palais episcopal avant de le reconstruire l'année suivante. L'ancienne demeure de l'évêque est mentionnée dans un acte du 1er mars 854, l'évêque Courantgen étant prisonnier des Normands, lorsque le roi Erispoë (851-857) rédige un acte de donation in Veneti civitate in solario Episcopi; -solarium peut désigner la partie d'un édifice exposé au soleil ou une pièce située à l'étage. Dans la légendaire Chanson de geste Charlemaigne rédigée vers 1300, Girart d'Amiens situe à Vannes la première rencontre de l'empereur et de son neveu Roland; plus tard Charlemagne vient annoncer à sa soeur la mort de son époux, qui est cette fois le duc Milon d'Angers, « Ainsi prist Challemaines vers sa suer à celer, En ung chastel où mult amoit à séjorner, Assez près de Bretaigne, Vanes l'oy nomme». L'expédition de 786 se dirigea contre plusieurs points fortifiés. Selon les Annales Regni Francorum Audulf, sénéchal de Charlemagne, et son armée «soumirent beaucoup de Bretons avec leurs châteaux et leurs forteresses défendus par des marais ou par des rocs escarpés» Ce passage insiste sur l'implantation de ces «châteaux» en des lieux défendus naturellement, mais il ne s'ensuit pas nécessairement que toutes les fortifications bretonnes étaient installées en de tels endroits. Ermold le Noir, Poème en l'honneur de Louis le Pieux Le Poème en l'honneur de Louis le Pieux d'Ermold le Noir évoque avec hargne la lutte de Morvan contre l'empereur en 818; malheureusement ce discours est par trop entaché de partialité et écrit avec une plume trempée dans le fiel, avec le souci de plaire à Louis le Pieux. De plus l'auteur ne peut s'empêcher de s'exprimer dans une langue lyrique peu explicite; son but n'est pas tant de décrire et d'expliquer des événements que de les chanter. Le texte d'Ermold le Noir ne constitue donc pas à l'évidence une source digne de foi, néglige ou ignore les coutumes spécifiques des Bretons, et les travestit à sa guise; cependant comme ce Poème évoque avec un peu plus de détails la résidence d'un chef breton, il n'est pas inintéressant de se pencher sur lui. En effet les événements de 818 ont été relatés par les annales royales franques, mais de façon beaucoup plus sèche; ainsi le récit dit autrefois Annales Laurissenses majores prétendument continué pour les années 819-829 par Eginhard, mais plus probablement par Hilduin, abbé de Saint-Denis, indique simplement que Louis le Pieux entre en Bretagne avec son armée, passe par Vannes, puis détruit le «château du rebelle» Morvan qui est tué, captis rebellium munitionibus. Les mêmes termes ou presque, captisque rebellionum munitionibus, sont employés par les Annales Fuldenses, continuation des précédentes également attribuées à Eginhard, ce qui paraît peu sûr. Il est ici à noter de façon quelque peu anecdotique que le terme promunitoria est employé par la Chronique de Saint-Brieuc, texte légendaire rédigé au XIVe siècle reprenant  Histoire des Rois de Bretagne écrite par Geoffroy de Monmouth dans les années 1135. Selon ce récit, lors de la conquête de la Petite-Bretagne, plusieurs villes et lieux furent fortifiés (munierunt civitates et promunitoria in diuersis locis statuta). Promunitoria semble un mélange de promuntoria et de munitio; plusieurs éperons barrés protohistoriques semblent avoir été réoccupés durant tout le Moyen-Âge en Bretagne, mais rares sont les textes permettant d'en acquérir la certitude. D'après Ermold le Noir, le comte de Nantes Lambert décrit la Bretagne à Louis le Pieux, la chargeant de tous les maux, surtout en ce qui concernait la religion, par souci bien évidemment d'attirer sur la Marche le bras séculier. Les Bretons, représentés comme des «bêtes sauvages» (ferae), «habitent les bois et installent leurs couches dans les fourrés» (in dumis habitant lustrisque cubilia conduni); «chez eux n'existe nul asile [aula] pour la justice». Louis le Pieux ne peut tolérer semblable mode de vie et envoie l'abbé Witchaire auprès de Morvan pour le raisonner et lui faire demander la paix. L'ambassadeur qui connaît le roi, rex, et le lieu de sa résidence, domus atque locus, se rend chez Morvan. «Au milieu des forêts, entouré d'un fleuve, retranché derrière les haies, les fossés (Vincent Audren de Kerdrel traduisait plutôt sepibus par «talus», «amas de terre»), les marécages, la demeure royale brille de l'éclat des armes et contient une garde de soldats nombreux. C'est l'endroit où Morvan se tient le plus volontiers, y trouvant sécurité et agrément ». L'épouse de Morvan s'oppose vertement à Witchaire qu'elle feint de prendre pour une femme, «parce que son visage est rasé et qu'il porte la robe des religieux»

 

     

 

«Quelle est cette étrangère et d'où est-elle venue dans ton palais ?». Le lendemain matin Morvan refuse l'ultimatum proposé par Witchaire, ce à quoi l'ambassadeur rétorque par un discours menaçant «ne mets pas ton espoir dans les fourrés ni dans la terre mouvante des marais, sous prétexte que ta résidence est environnée de bois et de fossés» La bataille entre les troupes bretonne et franque fait rage dans une région boisée et marécageuse, de surcroît accidentée «les forêts s'ouvrent à l'envahisseur jusque dans leurs dernières profondeurs, les champs sont submergés par les soldats francs. On recherche les vivres que recèlent les bois et les marais et qui ont été dissimulées dans des fosses (...). Point de salut dans les marécages; les fourrés n'offrent que de vaines cachettes». «Les malheureux Bretons jonchaient de leurs cadavres le séjour boisé des bêtes sauvages et les plaines marécageuses (...). Déjà les landes de Morvan ont été parcourues en tous sens ses fourrés impraticables et sa fière retraite n'ont plus de mystère. Lui-même, dans les vallons broussailleux, court à cheval et brandit ses armes». Morvan décide d'attaquer les Francs, avec seulement quelques guerriers; il laisse son épouse dans sa demeure, ce qui implique nécessairement que ses ennemis ne l'occupaient pas, contrairement aux allégations précédentes d'Ermold le Noir «Vous ma femme, mes enfants, mes vaillants serviteurs, gardez la maison et vos cabanes de feuilles (...). Il monte en selle, pique sa monture en retenant les rênes, la fait virevolter et caracole devant sa porte». À l'issue de cette démonstration équestre Morvan se sépare de sa famille et s'enfonce dans l'épaisseur du bois (Hic dictis celerans silvis se condit apricis). Ceci confirme que la résidence du chef breton était installée, sinon au milieu d'une forêt, dans une clairière, du moins à la lisière; l'expression «cabanes de feuilles» ne prouve pas à elle seule un environnement forestier, c'est un poncif dépréciateur qui se rencontre également sous la plume de Jordanès à propos des Goths. Après sa victoire Louis le Pieux laisse sur les lieux un petit nombre de soldats (paucis relictis). Selon l'Astronome qui reprend sans les citer les Annales Regni Francorum, l'empereur s'empare des lieux fortifiés de Morvan après sa mort (donec interfecto Marmano, dum sarcinis castrensibus) et laisse en Bretagne un «gardien» (custode equorum nomine Choslo). Ceci n'empêcha pas un nouveau soulèvement des Bretons dès 824, sous la direction de Wihomarch qui fut assassiné l'année suivante par les hommes du comte Lambert «dans sa propre demeure», in propria domo, in domo sua selon les Annalista Saxo qui s'inspirent de l'Astronome. Le souverain carolingien réside alors plus de quarante jours en Bretagne pour une campagne militaire sur laquelle Ermold le Noir reste presque muet, conservant sur place des «postes solides», custodes, dont le destin est totalement inconnu. La localisation de la résidence de Morvan n'est déterminée ni avec certitude ni avec précision  plusieurs hypothèses ont été proposées. Il y a une forte probabilité pour que les combats entre les troupes bretonne et franque se soient déroulés à proximité immédiate de Priziac (Morbihan).

 

     

 

C'est en effet en ce lieu que Louis le Pieux avait son camp où il reçut, d'après la Vita Winwaloei, écrite au IXe siècle par le moine de Landévennec Uurdisten, Matmonoc, abbé de cette abbaye contigit ut idem serenissimus imperator proedictus dum in eadem Britannia castra fixerai super fluvium Eligium, juxta sylvam quoe dicitur Brisiaa. Eligium est l'Ellé, Brisiacum est Priziac; dans cette commune, près de Kervenah, 1000 ou 2000 deniers frappés sous Charles le Chauve furent mis au jour en 1861.

 

     

 

Ce type de numéraire plus tardif implique probablement qu'un établissement continua à fonctionner dans les environs immédiats, ce que confirme l'assimilation par Bernard Tanguy de Vaula quoe dicitur Botnumel des Gesta sanctorum Rotonensium, textes écrits au IXe siècle, à Bonnevel. En effet en 832 Nominoë reçut la visite du moine Louhemel, envoyé du futur saint Conwoïon, pour plaider en faveur de la fondation nouvelle de Redon, Convoionusi...) et transmissit eum in legationem ad Nominoe principem, qui regabat Mo tempore totam pêne Britanniam, primitus ex jussime Ludovici imperatoris, postea uero suo arbitrio omnem provinciam invaserat. Pervenit itaque venerabilis Louhemel, et repent eum in aula, quoe dicitur Botnumel : stetitque coram eo, et dixit coram omnibus qui circumstabant. Bonnevel est situé à 750 m au nord de Kervenah; aucun ouvrage en terre ou aucun site naturellement protégé et aménagé n'existe dans les environs immédiats. Arthur de La Borderie situait cette «résidence champêtre» dans la région comprise entre Langonnet (Morbihan) et Priziac et supposait que le plateau de Menez-Morvan, à  1500 m au nord de l'abbaye de Langonnet, limité à l'est par l'Ellé et à l'ouest et au nord par l'un de ses petits affluents, d'une superficie d'environ 200 ha, aurait pu convenir pour abriter une armée nombreuse, des courses de chevaux, des bois, «toutes choses placées par Ermold le Noir dans l'enceinte fortifiée qu'il décrit». Obnubilé par la «grande forêt centrale de l'Armorique », l'historien vitréen imaginait que la forêt de Priziac s'y rattachait; il indiqua même le toponyme Brecelien à 750 m au nord-est du bourg en supposant que «les bords de l'Ellé étaient jadis en cet endroit couverts de marais dont on a fait de belles prairies, mais dont le souvenir et même quelques restes subsistent encore». Il croyait appuyer sa démonstration en s'aidant de quelques hameaux aux noms pour lui évocateurs de retranchements et autres lignes de défense Cleuziou, « Les Fossés », au sud-ouest du plateau, Coscleuf, «Le vieux fossé», au nord-ouest, Cosquer, «La Vieuville», sur le plateau. Malheureusement ces noms peuvent s'appliquer à beaucoup d'autres sites plutôt qu'à une fortification du haut Moyen Âge dont il n'existe du reste aucune trace au sol à Minez-Morvan; l'existence de deux mottes dans le secteur immédiat, remontant pour A. de La Borderie à l'époque carolingienne, ne permet pas de résoudre le problème. Force est de conclure que la résidence de Morvan n'était probablement pas située sur ce plateau.

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 17:49

 

 

 

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article