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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 13:35

 

 

 

En arrivant ici, il y a quelques jours, après une absence de trois mois, je fis prendre, au bureau du Journal de Rennes, l'exemplaire de l'ouvrage de M. de Courcy pour lequel j'avais souscrit, et que l'on m'avait averti être déposé là. J'y lus, à l'article concernant la maison à laquelle j'appartiens : « Plessis (du) ou Plessis (du), seigneur dudit lieu, paroisse de Mauron, marquis de Grenédan en 1747, seigneur du Bouessay, des Fresches, de la Ville-thual, de Launay, de la Riaie, de Bodégat, de Lestiala. Ancienne extraction ; chevalerie ; Réformation de 1668 ; 6 générations ; Reformations de 1426, 1441, 1513; paroisse de Mauron, évêché de Saint-Malo. D'argent à la bande de gueules, chargée de trois macles d'or, accostée en chef d'un lion de gueules, armé, lampassé et couronné d'or. Un abbé de Paimpont en 1500 ; cinq conseillers et trois présidents au Parlement depuis 1604. La branche aînée fondue en 1592 dans la maison de Brehan, en faveur de laquelle la terre du Plessis a été érigée en baronnie l'an 1685, et en vicomte l'an 1658, sous le nom du Plessis-Mauron. Elle a passé depuis aux d'Andigné.

 

 

On trouve Guillaume du Plessis au nombre des bannerets qui firent le siége du Mont-Saint-Michel en 1204, et qui combattirent à Bouvines en 1214, et Geoffroi, croisé en 1248 ; mais nous ne savons à laquelle des familles du Plessis ils appartenaient.

 

Afin que cet examen soit complet, je suivrai l'auteur pas à pas, et

 

1° Je ne conçois pas une seule variante a un nom qui, comme presque tous les autres, s'est écrit dans les anciens titres, dans les manuscrits de la Réformation, dans les différentes histoires de Bretagne et dans beaucoup d'actes de nos jours, de toutes les manières dont il pouvait s'écrire sans en changer notablement la prononciation ; je la conçois encore moins appliquée à une seule des maisons de même nom. Evidemment, il fallait ou donner toutes les variantes ou n'en donner aucune, et procéder uniformément.

 

2° M. de Courcy ne mentionnepas, à propos de nous, le nom composé du Plessis-Mauron. Cependant il y avait là véritablement un but d'utilité puisqu'on rencontre notre ancienne seigneurie et notre maison ainsi désignées dans d'anciens titres, dans plusieurs manuscrits de la Réformation et dans l'histoire de Bretagne. ( Et les manuscrits de la Réformation où ces deux noms sont liés n'ont fait que reproduire, en cela, ce qui se trouve dans notre arrêt). M. de Courcy ramène ainsi la confusion là où on avait voulu établir la clarté.

 

 

3° Nulle mention de la vicomte de Grenédan, bien que soient nommés tout au long, dans la Réformation de 1668, Sébastien du Plessis, vicomte de Grenédan, René du Plessis, vicomte de Grenédan, et Jean-Baptiste du Plessis, vicomte de Grenédan, et que les lettres d'union des terres et seigneuries d'Illifaut, en droit de haute, moyenne et basse justices, à la vicomte de Grenédan, et relatant que ladite terre de Grenédan avait été érigée en vicomte dès l'an 1577, aient été vérifiées et enregistrées suivant arrêt du 30 décembre 1657. ( 33e ije iiijxx ix).

 

 

4° Les lettres-patentes d'érection des terres et seigneuries de Grenédan, la Riaie et Bodegat, en marquisat, sous le nom de Grenédan, n'étaient point encore enregistrées en 1780.

 

 

5° Ce n'est point le Bouessay, mais le Broussay, et M. de Courcy a omis les noms de fiefs Quilsac, la Moltais et le Mottay, qui se trouvent dans la Réformation de 1668.

 

 

6° M. de Courcy ne nous donne que six générations, tandis qu'il s'en trouve sept dans la Réformation précitée. Je l'en avais prévenu en souscrivant à son ouvrage. Notre arrêt remonte, par une filiation non interrompue, à Jehan qui figure dans la Réformation de 1426. Si, ne trouvant pas ce degré dans ses manuscrits, il m'en avait demandé la preuve, je la lui aurais bien volontiers fournie.

 

 

7° Pierre du Plessis fut élu abbé de Paimponten 1501 et non en 1500.

 

 

8° C'est le 12 avril 1570 que François du Plessis fut reçu conseiller au Parlement, et non en 1604. (Liste de nos seigneurs du Parlement de Bretagne, depuis son érection en 1554 jusqu'en 1754, imprimée par ordre du Parlement. Rennes, Guillaume-François Vatar, 1754.)

 

 

9° C'est le 27 mai 1572 que Jeanne du Plessis épousa Jean de Brehant et non en 1592.

 

 

10° C'est en s'exprimant ainsi que M. de Courcy fait paraître, pour la première fois, le nom composé du Plessis-Mauron : « La terre du Plessis a été érigée en baronnie en 1658, sous le nom du Plessis-Mauron. » De sorte que ce nom aurait été créé, à l'occasion de l'érection en dignité de cette seigneurie, en faveur de nos descendants par les femmes. Et cependant, si M. de Courcy, comme on n'en peut douter, a pris dans l'histoire, que notre maison avait fourni un abbé de Paimpont, il ne l'a su que par ces mots : Pierre du Plessis, de la maison du Plessis-Mauron. (D. Morice, Catalogue historique des évêques et abbés de Bretagne, p. CXXXIV) ; autrement il nous eût aussi accordé Geoffroy du Plessis, abbé de Paimpont, qui figure dans notre généalogie. D'ailleurs, comme on l'aura remarqué plus haut, M. de Courcy a pu voir ces deux noms réunis autre part avant L'érection en baronnie. J'ignore sous quel nom cette érection a eu lieu en faveur de la maison de Brehant; je n'ai vu dans beaucoup d'endroits que celui de Mauron; je ne retrouve encore que lui dans la Table des mandements de la Chambre des Comptes de Bretagne, et dans Waroquier de Combles ; mais s'il y a quelque chose de certain au monde, ainsi qu'on en a pu juger, c'est que la seigneurie dont nous portions le nom s'appelait auparavant le Plessis-Mauron ; à tel titre, je le dirai surabondamment, que l'on trouve encore dans Waroquier de Combles : « Mauron,.... érigé en baronnie.... en faveur de Jean de Brehan, seigneur de Galinée et du Plessis-Mauron. » S'il était seigneur du Plessis-Mauron avant l'érection, cette seigneurie portait donc déjà ce nom.

 

 

11° Il n'est pas probable que la seigneurie du Plessis-Mauron soit passée aux d'Andigné, ayant été portée dans la maison de Richelieu par le mariage de Louise-Félicité de Brehant, héritière unique du comte de Plélo, ambassadeur en Danemarck, avec Emmanuel-Armand du Plessis-Richelieu, mariage qui eut lieu le 4 février 1740. Il est à croire que les d'Andigné ont acquis cette seigneurie.

 

 

12° C'est une tradition dans notre maison, que Guillaume du Plessis, chevalier banneret, en est le premier auteur connu, et il se trouve en tête des généalogies et mémoires de famille que nous ont laissés nos ancêtres. Pour moi, loin de rejeter les traditions qui me viennent de mes auteurs, je les recevrai toujours avec confiance et respect et les reproduirai de même. Ce que mes ancêtres m'ont légué comme certain, l'est autant, pour moi, que s'il était appuyé de titres authentiques. Me condamne qui l'osera! Si M. de Courcy, rencontrant une affirmation de notre part, m'eût demandé sur quoi, elle était fondée, il nous eût traités comme plusieurs autres quant à cette tradition, et eût peut-être reconnu que le croisé nous appartenait, après que je lui aurais eu exposé ce qui suit.

 

 

13° On ne peut nier que ceux qui partirent pour un voyage aussi long que celui de la Terre-Sainte, et pour une expédition aussi hasardeuse, ne se soient accostés préférablement de leurs amis, de leurs connaissances. Or, qui connaît-on si ce ne sont ses voisins, et avec qui des rapports fréquents et de jeunesse pouvaient-ils lier davantage dans ces temps où la noblesse n'habitait que ses manoirs? Donc, si un titre de croisade présente deux noms que l'on retrouve dans le même canton et à peu de distance, aucun doute, quand ces noms seraient communs à beaucoup d'autres familles, qu'ils n'appartiennent à celles placées dans ces conditions. Et c'est précisément ce qui arrive pour les familles du Plessis de Mauron et du Châtellier d'Éréac, le titre de croisade donnant Geoffroy du Plessis et Guillaume du Châtellier et une famille du Châtellier habitant encore, en 1426, le Châtellier sur les confins de Lanrelas et d'Éréac, et les du Plessis, le Plessis près de la petite ville de Mauron, deux endroits distants l'un de l'autre seulement de cinq lieues, tandis qu'il en faut faire huit et demie du Châtellier à Cintré, paroisse où existait aussi à ce qu'il paraît, en 1427, une famille du Plessis, et que pour les autres de même nom, il les faut aller chercher, la plus proche, à quatorze lieues, et la plus éloignée, à quarante-deux de ce même lieu. Que si, par impossible, on pouvait avoir encore quelques doutes, a quatre lieues et demie de l'un et à trois de l'autre, à Quédillac, se montrerait Macé de Quédillac pour réclamer ses compagnons. Je ne crois pas qu'il soit besoin de dire qu'il n'a jamais existé qu'une famille de ce nom, habitant à Quédillac,et qui était éteinte bien avant la Réformation de 1668. J'ajouterai surabondamment, que Denis du Plessis, que nos mémoires de famille donnent comme frère de Jehan Ier qui, en 1335, épousa Raoulette de Montfort,. et de Geoffroy, abbé de Paimpont, est encore compagnon d'un Quédillac, lorsque Philippe de Valois les fit arrêter et livrer au dernier supplice avec douze autres seigneurs bretons, et que ce pays, depuis Lanrelas et Quédillac jusqu'à Mauron, est tellement le nôtre, que Jehan 1er épousa, comme on vient de le voir, Raoulette de Montfort, fille de Raoul, sire de Montfort et de Gaël ; que Jehan III fut enterré avant 1481, dans l'église paroissiale du Loscouët. Josse, sa parente, laquelle, étant restée veuve, fonda, à perpétuité, une messe dans l'abbaye de Saint-Méen, et donna, pour cette messe, la métairie de la Fondrillais en la paroisse de Bois-Gervilly ; que François, frère du précédent, acquit la seigneurie de Grenédan près Illifaut, par contrat d'échange, du 27 octobre 1580 ; céda pour ladite seigneurie plusieurs dîmes se levant dans les paroisses de Plumaugat, de Saint-Joüan et de Montauban, et un bois taillis de cent journaux ; reçut en partage de son neveu Charles, seigneur du Plessis de Mauron, 1,600 écus et le fief et bailliage du Bois-Clairet, s'étendant dans les paroisses de Gaël et du Loscouët, à la charge de tenir ledit fief du manoir du Plessis, comme juveigneur d'aîné, et épousa en premières noces, Françoise de Mesléart, dame de la Touche, en Lanrelas etc. Que si l'on voulait encore savoir si un titre de croisade pouvait aller à notre maison, nous trouvons Jehan du Plessis, qui passa à la Réformation de 1426, comparaissant aux montres des nobles de la paroisse de Mauron, complètement monté en archer, en brigandine et avec lui un page. Nous trouvons encore un grand nombre d'aveux de ses vassaux en la même forme que celui que rendit, le 7 juin 1437, Pierre de Becmeur, de 20 sols de rente à l'obéissance qu'il tenait à foi et rachapt, au village de la Tousche, en Mauron de MonseigneurJehan du Plessis, chevalier ; Bertranne,de Bostang, sa veuve, qualifiée, dans une transaction avec Philippe de Montauban, de noble et puissante dame ; Olivier du Plessis, surnommé le prodigue, bon et preux chevalier, capitaine de cent hommes d'armes, tué à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, le 28 juillet 1488 ; un procès-verbal rapporté par les notaires de l'officialité, le 3 juillet 1496, sur le réquisitoire de Mathurin du Plessis et du général de la paroisse de Mauron, où on lit que le seigneur du Plessis avait, dans l'église de Mauron, deux tombeaux prohibitifs à la maison du Plessis, sur chacun desquels était la représentation en bosse d'un chevalier armé, tenant son écu chargé de ses armes ; que, d'après la tradition unanime, lesdites représentations étaient des ancêtres du seigneur du Plessis, de sorte que de mémoire d'homme n'étoit contraire, et qu'il y avoit, au choeur de ladite église, une représentation armoïée des armes de la maison du Plessis, ô la représentation d'un chevalier qui étoit l'ayeul dudit seigneur du Plessis ; un traité de Mathurin du Plessis avec Jean Josse, seigneur de la Boullaye, son beau-frère, en date du 2 janvier 1499, par lequel on voit que Jeanne Josse avait été avantagée, lors de son mariage avec le seigneur du Plessis, A CAUSE DE L'ALLIANCE DE LA MAISON DU PLESSIS, QUI ÉTAIT UNE DES NOBLES ET ANCIENNES DU TERRITOIRE, BIEN DÉCORÉE, ET D'OÙ SONT ISSUS PLUSIEURS CHEVALIERS ET ÉCUYERS DE RENOM ; François II, capitaine de cent hommes d'armes, commandant pour le roi dans la ville de Brest, tué à un combat qui se. livra près de cette ville, en 1591, et Charles, son frère puîné, sénéchal de Ploërmel ; sous le rapport des alliances, Jehan Ier, épousant en 1335 Raoulette de Montfort, fille de Raoul, sire de Montfort et de Gaël, et d'Aliénor.d'Ancenis ; sa fille, mariée à N. de Carné ; Jehan II, épousant Jehanne de Saint-Gilles ; Jeanne, mariée à Jean de Brehant ; Françoise, à Jean de Trécesson ; Flavie, à N. de foulas; Agathe, sa soeur, à Joseph-Victor du Breil de Pontbriand, en 1769, et leur frère Charles-Augustin-François, épousant, en 1762, Louise-Gabrielle de Maillé. Il me semble que la dernière certitude morale résulte de tout ce qui précède. Maintenant, si, dans les documents généalogiques que je possède, je trouve Geoffroy du Plessis, vivant en 1240, petit-fils de Guillaume Ier, chevalier-bannéret, père de Guillaume,II, vivant en 1280, et grand-père de Geoffroy, abbé de Paimpont en 1342, je ne pense pas qu'en disant qu'il était le même que Geoffroy du Plessis, compagnon de Guillaume du Châtellier et de Macé de Quédillac, j'aie mérité le reproche d'avoir profité de ce que les morts ne pouvaient s'inscrire en faux contre moi. Mais cette question ne saurait être posée, et le public prononcera sur celle de savoir si je me suis fait illusion. Mais, dira peut-être M. de Courcy, il peut se faire, malgré toutes ces preuves morales, que le croisé appartînt à une autre maison. A quoi je répondrai qu'il pourrait se faire aussi qu'un croisé, portant le même nom et les mêmes armes qu'une famille existante et bien certainement d'ancienne extraction, ne lui appartînt nullement ; car il pourrait y avoir eu usurpation du nom et des armes. On conviendra qu'il n'y aurait alors rien de certain. Je dirai, avant dé quitter ce sujet, que la loi de la proximité, pour le genre d'association dont on vient de parler, étant donnée par la nature de l'homme, et n'étant qu'une conséquence de celle qui l'a destiné à vivre en société, je n'hésiterais pas à regarder comme faux tous les titres du Cabinet Courtois, si elle s'y trouvait ordinairement transgressée, si ces titres réunissaient violemment ce que la nature a séparé. C'est un moyen de vérification qui en vaut bien un autre, et que je n'ai point encore vu employé par les critiques qui se sont occupés de l'authenticité de ces titres. Pourquoi ces associations de chevaliers Bretons, pour le passage de l'île de Chypre en Egypte, sont-elles invariablement carrées? C'est une question que ce n'est point ici le lieu de traiter. Cet examen ne serait pas complet, si je ne faisais maintenant connaître, afin qu'on en rapproche l'article de M. de Courcy, que, dans une note communiquée aux éditeurs du nouveau Dictionnaire d'Ogée, et que ceux ci ont bien voulu insérer dans cet ouvrage à l'article MAURON, le nom DU PLESSIS-MAURON était donné à notre ancienne seigneurie et à la maison à laquelle j'appartiens, et qu'il y était encore dit que cette seigneurie avait été possédée dès 1190 par Guillaume du Plessis, chevalier-banneret ; que son petit-fils avait été Geoffroy duPlessis, chevalier croisé, et que ces chevaliers étaient mes ancêtres ; si je n'ajoutais que, quand il serait possible de supposer que M. de Courcy n'a pas eu connaissance de cette note communiquée, la reproduction, dans son article d'une erreur de date qui ne se trouve que là (1592 au lieu de 1572) prouverait clairement le contraire ; si je ne rappelais que M. de Courcy savait parfaitement que le nom, composé du Plessis-Mauron nous appartenait tout aussi bien que le nom simple du Plessis ; qu'il n'a pu ignorer l'existence de la vicomte de Grenedan ; que je lui avais écrit moi-même, en souscrivant à son ouvrage, « que notre arrêt de Réformation remontait, par une filiation non interrompue, à Jehan, passé à la Réformation de 1426 » (ce qui donne 7 générations au lieu de 6); si je ne faisais encore observer que M. de Courcy, probablement à cause de la proximité de la terre du Châtellier, de Quédillac et de Mauron, a attribué le croisé Guillaume du Châtellier, qui figure dans notre titre, aux du Châtellier d'Eréac plutôt qu'aux du Châtellier de la Préauté, aussi d'ancienne extraction; si je ne constatais enfin que M. de Courcy donne son ouvrage, on peut dire, comme le dernier mot de la science sur ce qui en fait l'objet, bien plus, comme une réformation équitable et nécessaire. Je m'arrête, je ne tirerai pas les conséquences de ce qui précède. Je n'ai dû m'occuper aussi, dans ce moment, que de ce qui nous concernait ; je l'ai fait, du moins je crois-je, avec modération. Il ne me convenait de signaler certaine omission. Le public suppléera à ce qui manque.

 

Rennes, le 17 septembre 1848.

 

Le Cte Hpte du Plessis-Grenédan.

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 13:20

 

 

Bertrand du-Guesclin

ca 1320-1380

homme d'armes, Connétable de France

 

 


 

Gabriel de Neuville

1744-1800

Avocat au Parlement de Bretagne, Procureur fiscal des juridictions de Broons et de Limoëlan


 


 

Charles Ratier

1747-1791

Ecclésiastique, élu député du clergé de Saint Malo & de la sénéchaussée de Dinan aux Etats généraux le 20 avril 1789


 

 

Joachim Fleury

1762 1849

Ecclésiastique, curé de Broons, il participe avec les sœurs Lemarchand à la fondation de la Communauté religieuse qui porte depuis son nom.


 

 

François-Jean Mahé

Chirurgien vivant au cours du XVIIIe siècle


 


 

Louise Lemarchand

1800

Religieuse, fondatrice de la Communauté Joachim Fleury en 1826


 


 

Anne-Marie Petitbon de la Ville-Morvan

1810-1886

Religieuse, directrice la Communauté Joachim Fleury de 1838 à 1886

 

 

 

Louis Bagot

1861

Médecin, il est à l'origine du Centre de Thalassotérapie de Roscoff 


 

 

Suzy Solidor

1900-1983

Chanteuse, actrice, romancière


 


 

Florian Le Roy

1901-1959

Ecrivain breton, membre de l'Institut Celtique.

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 10:42

 

 

 

Cette voie, dont on a reconnu parfaitement la trace à sa sortie de Rennes, dans les communes de Rheu, de Moigné et de Mordelles, et dont un fragment, dans la même direction, a été observé par M. l'abbé Marot entre Plélan et Maxent ;

 

 

Rennes, Moigné, Mordelles

 

 

Plélan-le-Grand, Maxens

 

cette voie, dis-je, devait de toute nécessité avoir un prolongement dans le département du Morbihan, vers Ploërmel et Josselin, villes auxquelles la fondation d'un camp ou d'un château a donné naissance. Mais les renseignements sur sa direction ultérieure, dans toute cette partie du département, sont encore si incomplets, que je me borne à l'indiquer ici, espérant que ces renseignements seront devenus plus nombreux et plus certains, quand je donnerai la notice des voies romaines sortant de Rennes.

 

 

Ploërmel, Josselin

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 13:16

 

Cette voie a été observée et reconnue dans la lande de la Motte-du-Buc, entre les bourgs de Comblessac et de Séglin, dans le voisinage du château de la Lardais. Elle traverse cette lande pour arriver au port de Marsac, sur la rivière d'Aff. Le pont de Marsac, ainsi nommé d'un village sur la rive droite de l'Aff, est situé à une lieue au N. E. du bourg de Carentoir, et à trois quarts de lieue de celui de Comblessac ;

 

 

Carentoir  :  Marsac

 

il y paraît encore quelques faibles vestiges d'une ancienne chaussée. Du pont de Marsac la voie s'élève, par une côte assez rapide, beaucoup au-dessus des premiers fossés ou ouvrages avancés du camp ; mais elle n'atteint pas sa plate-forme, qu'elle laisse au N., pour venir pa En-deçà et au-delà du passage de l'Aff, la voie sert de limite aux communes de Comblessac et de Carentoir, jusque auprès du village de la Touche-ès-Huet, en Carentoir, qu'elle laisse à 200 pas au Sud. Là, elle commence à délimiter encore la même commune de Carentoir et celle de Guer, en passant au N. des villages du Marchis et de la Ballue en Carentoir,

 

 

Carentoir : Marchis, Ballue, Chaussée

 

et au S. de la Hayette eu Guer. Elle continue sa direction vers l'O., laissant encore au S. le château de Trélo en Carentoir, au N. la Ville-Hoius en Guer ; et elle arrive au village de la Chaussée, dont quelques maisons sont bâties sur la voie même, et qui en a reçu son nom. A un quart de lieue au-delà du village de la Chaussée, la voie sépare aussi Carentoir de la commune de Monte-Neuf, en passant très-près au N. de Langave en Carentoir, et au S. des Touschettes en Monte-Neuf ; elle arrive ensuite au village de la Ville-au-Comte. De la Ville-au-Comte, la voie continue à délimiter les mêmes communes, en laissant au Nord le village de Bessihan en Monte-Neuf, et, au Sud, celui de la Tousche-au-Roux, en Carentoir; enfin elle arrive au gué du Pont-Augier, où elle traverse un ruisseau qu'on nomme pompeusement, dans le pays, le Fleuve de Rahon, qui va se décharger dans l'Aff, au bourg de la Chapelle-Gasseline. C'est au Pont-Augier que se trouve le point de réunion de quatre communes : Carentoir, Monte-neuf, Reminiac et Tréal. On voit que pendant plus de deux lieues, du pont de Marsac au Pont-Augier, la voie n'a cessé de former la limite septentrionale de la grande commune de Carentoir. Au-delà du Pont-Augier, elle continue d'être la ligne séparative des communes de Tréal au Sud, et de Reminiac au Nord ;

 

 

Tréal, Réminiac

 

il en est de même pour les communes de Ruffiac et de Caro. Du Pont-Augier au Manoir de Bodel en Caro, il y a 7000 mètres. Je n'ai point le nom des villages par lesquels passe la voie. Je soupçonne qu'elle ne doit pas s'éloigner beaucoup de la chapelle de St.-Fiacre. A Bodel, elle coupe, à angle très aigu, la grande route de Malestroit à Guer, et de là, se dirigeant à l'Ouest, entre Caro qu'elle laisse à 2400 mètres au Nord, et Missiriac à un quart de lieue au Sud, elle passe au Bois-Rouauld, à la Guyondais, au Fresne, descend ensuite le côteau, passe à la métairie du Prest, traverse la grande route de Malestroit à Ploërmel, et arrive au bord de la rivière d'Oust, au petit village de Croheneuc, situé dans l'espace étroit qui sépare cette rivière de la route moderne, et non marqué sur la carte de Cassini. La voie délimite encore ici les communes de Missiriac et de Caro. Depuis Bodel jusqu'à Croheneuc, elle sert de chemin vicinal. Au Nord de ce trajet, nous avons à signaler, dans la commune de Caro, près du village de Lagajac, à 1500 mètres N. de la voie, dans un landier, les fondations d'un édifice en briques avec moulures et frises, à peu de distance duquel on trouve beaucoup de tuiles à rebords éparses ça et là. La lande couvre tous ces débris. La voie aborde à la rivière d'Oust, sous la forme d'une chaussée de 5 à 6 pieds d'élévation qui paraît être un reste de la culée d'un ancien pont. Depuis le pontde Marsac sur l'Aff, jusqu'à la rivière d'Oust, la voie est connue des paysans sous le nom de Chaussée ou chemin d'Ahès. On a cru qu'il n'y avait qu'un seul chemin d'Ahès, parcourant la Bretagne d'un bout à l'autre ; c'est une erreur. Cette dénomination s'applique à un grand nombre d'embranchements des anciennes voies. Nous la retrouvons dans la Bretagne bretonnante, aux environs de Quimper et de Ker-Ahès, où plusieurs voies romaines sont nommées Hend-Ahès, chemin d'Ahès. Nous avons vu au chap. 1. que la voie de Vannes à Corseul était connue, au sortir de la forêt de La Nouée, sous le nom de Fossé-Ahès; que si l'on demande quel était ce nom d'Ahès donné à ces voies, et à une ville où il existe encore beaucoup de débris romains (Ker-Ahès), la tradition répond que c'était celui d'une princesse, d'une fée. On lui fait honneur de tous ces grands ouvrages, comme, en Poitou, on les attribue à Mélusine ; au Nord de la France, à Brunehauld ; dans le Maine, à la fée Jouvence ; en Aquitaine, à Aliénor; en Angleterre, à sainte Hélène, etc.; toujours à une femme. Cette princesse Ahès était-elle la même que Dahut, fille de Gralon ? Je n'en sais rien, et ceux qui l'ont dit n'en savent probablement pas davantage. Ceux encore qui dans Ahès ont cru retrouver Actius, ont montré peu de critique en attribuant à un général romain du 5e. siècle, des voies sur lesquelles nous trouvons des colonnes milliaires de Septime-Sévère, de Gallien, de Tétricus et de Victorinus, qui l'ont précédé de deux siècles. La princesse Ahès n'est pas la seule grande dame bretonne à qui l'on fait honneur du fragment de voie que nous venons de parcourir; une tradition nomme encore la Rohanne ou, pour parler plus respectueusement, la dame de Rohan. Cette dame, dit-on, ayant partagé la Bretagne par moitié avec son frère, voulut poser une limite entre les deux lots, et fit construire pour cela la Chaussée-Ahès. Un jour qu'elle se promenait en carrosse sur ce chemin, elle aperçut à terre une pie sans mouvement; elle demanda à son cocher ce que c'était et pourquoi cet oiseau gisait ainsi. Le cocher lui répondit : madame, c'est une pie : elle est morte, et le même sort nous attend. La Rohanne qui, toujours suivant la tradition, était une grande pécheresse, fut frappée de cet avertissement et se convertit. La Rohanne porte aussi le nom de Madame Aléno, dans le voisinage du château de la Chèze en Porhoët, où l'on raconte aussi l'histoire de la pie, et comment après sa conversion, madame Aléno fit bâtir, près de ce château, l'abbaye de Lantenac. Après cette petite digression, revenons à la description de la voie qui nous occupe. Au-delà de la rivière d'Oust, sur sa rive droite, sont des prairies dans les alluvions desquelles la voie a disparu, mais bientôt on la retrouve au village des Haies, en la commune de Sérent, où elle est très-visible et très-solide, quoique dans un terrain assez fangeux. Elle est aussi, dans ce voisinage, souvent coupée par les clôtures des champs ; mais, dans ces champs mêmes, les laboureurs la reconnaissent par une petite élévation du sol et l'abondance de pierres qu'ils y rencontrent. Des Haies, où la voie fait son entrée dans la grande commune de Sérent, qu'elle traverse de l'E. à l'O., elle va passer aux villages de la Tousche-Morgan, du Lévy, de la Ville-au Rouge, et vient couper la grande route royale de Vannes à Ploërmel, près du village du Croüezio et du Petit-Rocher, où se trouve un camp entouré de gros fossés, et d'environ 15 ares d'étendue, au-dessous duquel est une fontaine. A un quart de lieu à l'E. du Petit-Rocher, entre la chapelle Sainte-Geneviève, marquée sans désignation sur la carte de Cassini, et le village de la Ville-au-Rouge, conséquemment à une très-faible distance de la voie romaine, vers le S., existe un autre camp de l'une des entrées duquel un petit chemin bien empierré conduit à une fontaine voisine.

 

 

Sérent : Le Levy, Ville-au-Rouge, Bot-Hurel

Un autre camp se trouve encore sur le territoire de Sérent, à 2000 mètres au N. E. du bourg, près du manoir de Bot-Hurel.

 

 

Détail du village de Bohurel

 

Il forme un trapèze presque régulier de 116 mètres de base sur 32 mètres de hauteur. Il est entouré de fossés qui ont encore 1 mètres d'élévation ; il a une sortie à l'Ouest. Non loin de ce monument, on remarque trois gros sillons de terre de 20 mètres en ligne droite, allant de l'Est à l'Ouest. C'est entre ce camp et le bourg de Sérent, que M. l'abbé Marot, desservant de la paroisse et zélé explorateur des antiquités du pays, a découvert, en faisant défricher une lande, une quantité considérable de tuiles à rebords, de vases funéraires encore remplis de cendre et d'ossements calcinés, de fragments de verre antiques de diverses couleurs, de morceaux de faîtières, de grands vases en terre grossière, de goulots de différents genres ; enfin de cette poterie fine et rouge sur laquelle on voit des dessins en relief et la fin du nom du fabricateur, placé au fond extérieur d'une sorte de soucoupe et qui se terminait en RVS. C'est encore dans le voisinage de Bot-Hurel, et dans une pièce de terre en pré et pâture dépendant de cette propriété, que le même observateur a remarqué, au bas de la lande de Lan-Fouan, dans un fond près du chemin vicinal de Sérent au Roc-Saint-André, vingt-quatre tombes ou tumuli sur quatre rangs parallèles allant du N. au S., à distance égale de 6 pas. Ils sont tous en terre et d'environ 2 mètres de haut. A partir du Croüezio, point d'intersection de la voie et de la route royale de Vannes à Ploërmel, il y a quelque incertitude sur la véritable direction de la voie romaine, à raison de l'état de culture des terres qui avoisinent le bourg de Sérent. M. l'abbé Marot a cru la reconnaître à quelques cents mètres du bourg vers le Sud, près de la chapelle de la Magdeleine. Il pense que de là elle allait traverser le ruisseau, puis, remontant le côteau, passait dans le voisinage de la chapelle de Chef d'Asne et de la maison du Pont-Hémery et de celle du Najo, pour arriver au château de Calac, dans l'une des avenues et la cour duquel elle passe. Le château de Calac est dans la commune de Plumelec ;

 

 

Plumelec : château de Calac

 

mais avant de quitter le territoire de celle de Sérent, il faut parler de l'embranchement sortant à peu près vers cette localité de la voie Ahès, et se dirigeant sur Vannes, embranchement dont nous avons parlé dans notre chapitre V. Nous l'amenions du château de Ker-Fily à travers la forêt d'Elven au pont de Bovrel, sur la route royale de Vannes à Ploërmel ; mais un examen des abords de ce pont nous a fait penser que cet embranchement devait franchir un peu plus haut la rivière de Claye, comme, par exemple, sous le vieux château-fort de Brignac, et aller de là rejoindre la voie Ahès dans un voisinage très-rapproché du bourg de Sérent. C'est ce qu'éclaircira certainement M. l'abbé Marot, qui a remarqué sur une hauteur en face de la maison de Rohian, à 200 mètres au S. du clocher, et sur le bord opposé du ruisseau, une enceinte fortifiée dont les fossés ont encore 5 mètres d'élévation, et qui semblerait avoir un rapport direct avec l'embranchement que nous cherchons. Au-delà du château de Calac, la direction de la voie est incertaine. Je ne puis mieux faire que de suivre la ligne indicative que M. Ch. Gaillard a bien voulu, à ma prière, tracer sur la carte de Cassini, depuis l'endroit où nous sommes parvenus jusqu'à celui où la voie coupe la grande route royale de Baud à Locminé, pendant environ 8 lieues. Cette ligne traverse la rivière de Claye à la chaussée du moulin de la Ville-Hellec, à 2000 mètres au N. du bourg de Trédion, suit pendant un kilomètre les pentes du côteau et la rive droite de la rivière, monte à la forêt de Trédion dont elle traverse la pointe septentrionale, passe au N. du manoir de Penquelen, et, 2000 mètres au-delà, à la chapelle de N.-D.-de-Lorette, elle elle coupe la route départementale de Vannes à Josselin.

 

 

Trédion : Ville-Hellec

 

A partir de la chapelle de Lorette, la ligne indicative de la voie passe au nord des villages du Bodan, de Coët-Morvan, de la maison du Men-Guen, au sud de Ker-Turnier, et au village de Ker-Nicol. C'est vers ces localités que la chaussée Ahès coupe la voie de Vannes à Corseul ; mais, comme je l'ai déjà fait observer en traitant de cette dernière voie au chap. I., on n'a pas encore bien reconnu le point d'intersection. La ligne passe ensuite au nord des villages de Ker-Iber et de Ker-Allen, au sud de la maison de Pery et au village à la chapelle de Ker-Droguen, ancien prieuré, où la voie est fort apparente. De là elle se rend au village de Ker-Mahon, et va couper à angle très-aigu, la route de Vannes à Locminé, au nord et au-dessous du village et de la chapelle de Colpo, à l'endroit où cette route est traversée par un petit ruisseau qui sort de la forêt de Colpo et s'écoule dans la rivière de Claye. Jusqu'ici la voie se dirige à l'Ouest, mais, à partir de Colpo, elle remonte au N. O. pour aller au village de Saint Jean-du-Botteau coupe la route royale de Baud à Locminé. Dans ce trajet de trois lieues, elle passe près du village de Ker-Spernec, aux maisons de Roch-Glas et de Couëhouët, traverse un vallon au-dessous et à un quart de lieue à l'Ouest du clocher du Moustoir de Locminé. Au haut du côteau, au-dessus du village de Ker-Bernard, la voie décrit une double courbe, d'abord en se rejettant au N. E. et passant entre les villages de Pen-Mané au sud, et de Bezoüet, au Nord, puis, contournant ce dernier et reprenant la direction N. O. par le moulin à eau de Kerbourdal, où elle traverse la petite rivière de Locminé.

Ce détour, assez rare dans le tracé des voies romaines, fut probablement nécessité par le profond encaissement de cette rivière au-dessus du bourg de Plumelin, près duquel devrait passer la voie, et que cette déviation lui fait laisser à plus d'une demi-lieue à l'O. Du moulin de Ker Bourdal, elle va passer aux villages de Krec'h-Nuch, de Ker-Rolland, de Cornahoüet, de Ker-Bredic, et va couper la route royale de Baud à Locminé à peu de distance à l'Ouest du village à chapelle de Saint-Jean-du-Poteau ou Boteau, comme l'écrit la carte de Cassini. A 2 kilomètres S. O. de ce village, près de la chaussée de l'étang et du moulin de Téléné, est une enceinte fortifiée de fossés et attenant à cette chaussée. Elle a été observée par deux membres de la Société polymathique de Vannes. Du point d'intersection avec la route royale, traversant la grande lande de Coët-Coët, Cocoüet ou Coz-Coüet, la voie se rend au pied de la montagne du Mané-Guen (montagne blanche), qu'elle contourne pour aller passer la rivière d'Evel, au pont de Ker-Chassic et sortir de la commune de Guénin au-delà du village de Ker Danielo, après avoir coupé la route royale de Baud à Pontivy, entre ce dernier village et celui de Kernichet. Dans ce trajet, la voie a laissé à 1000 mètres à l'Ouest le clocher de Guénin , et à pareille distance au Sud, le village de Loc Miquel, position très-élevée sur le bord de l'Evel, où l'on trouve de nombreux fragments de briques. De semblables débris se rencontrent au village de Ker-Albaud, situé plus loin sur la même rivière, dans une position analogue. « Sur l'autre rive, entre ces deux villages, on voit sur une hauteur, auprès de Kerival, une ancienne fortification en rejets de terre, d'une petite dimension, en forme de carré-long. Devant son entrée, qui se distingue encore très-bien, se trouve un autre fossé avec rejet de terre, placé de manière à masquer l'ouverture de l'enceinte et probablement destiné à en défendre l'approche. ». Ce camp et ces gisements de débris romains ont certainement un rapport direct avec la voie ; mais un monument qui en est en quelque sorte une dépendance, et qui est d'autant plus curieux que les analogues en sont plus rares, c'est une colonne milliaire placée sur la voie près de la maison de Guer-Goan (écrit Guer Goret sur la carte de Cassini), au pied de la montagne du Mané-Guen. Cette colonne a dû être surmontée d'une croix. Il conviendrait de s'assurer si elle ne porte pas d'inscription, et dans tous les cas, de prendre les moyens de la conserver dans son emplacement actuel, et d'empêcher qu'elle soit détruite par le marteau du maçon ou du cantonnier. Au sortir de la commune de Guénin, la voie entre dans celle de Baud, dont elle traverse la pointe N. E. Elle y est parfaitement conservée, et passe au village du Hen-Ven, lequel tire probablement son nom de celui de la route elle même : Hend-Men, en composition ven, chemin-pierre, chemin empierré, pavé. La voie traverse ensuite la lande située à l'O. de ce village , passe au-dessous du moulin de Pen-Mané, et se dirige de là sur le hameau de Tal Forest, auprès duquel elle entre dans la commune de Plu-Méliau. « A peu de distance de ce village de Pen-Mané, et assez près de la route romaine , on trouve, dans un champ, un retranchement en rejet de terre dont une partie a été détruite en labourant ; le reste est planté en bois-taillis. Dans la portion conservée, les fossés sont encore profonds. Sans doute ces retranchements avaient pour objet de servir à protéger les communications, car nous avons trouvé sur toute cette voie comme sur les autres, et à des distances assez rapprochées, des travaux du même genre et toujours placés comme celui-ci sur des points qui dominent le pays. » Après son entrée dans la commune de Pluméliau, près du village de Guer-Vaud, la voie passe à ceux de Ti-Avel, et de Ker-Maniec, qu'on ne trouve pas marqués sur la carte de Cassini. Bientôt elle descend au village de Saint-Nicolas des-Eaux, sur la rive gauche du Blavet, en face de la montagne de Castennec, et pénètre dans la commune de Bieuzy par le pont fort ancien et fort délabré jeté sur la rivière au dessous de St.-Nicolas, et qui va être reporté un peu plus bas pour donner passage au chemin de grande communication de Locminé au Guémené.

 

 

Pluméliau, St-Nicolas, Bieuzy

 

Le nom de Castel se retrouve encore ici comme dans tant d'autres lieux où constamment il désigne une fortification romaine ; enfin autour de cette maison de ferme placée au centre de la presqu'île, et nommée la Couarde, près des ruines de la vieille chapelle, on rencontre beaucoup de tuiles à rebords ; on y a trouvé aussi plusieurs pointes de lances en bronze, et une borne milliaire portant une inscription latine. J'ai dit ailleurs combien ces inscriptions sont rares dans notre Bretagne, moins rares peut-être par le fait que par le défaut d'exploration des antiquités. On doit une véritable reconnaissance au savant M. de Penhoüet qui a découvert celle-ci. Voici comment il rend compte de cette heureuse trouvaille. « En 1811, je fis retourner un long pilier grossièrement arrondi, autrefois debout et alors renversé sur le sol, près d'un autre, en un lieu qu'on nomme Castel-Noëc, commune de Bieuzy, arrondissement de Pontivy, département du Morbihan. Cet endroit est remarquable par sa défense naturelle ; des circonstances qui s'y rattachent témoignent qu'il fut jadis une de ces positions occupées par les Romains pour s'y retrancher. Le pilier cachait, depuis des siècles, une inscription romaine, que je m'efforçai de copier. Je dois prévenir que sur cinquante-cinq lettres qui la composent, je me trompai à l'égard de deux, c'est-à-dire qu'au lieu de lire le mot MORORVM, je lus celui de MANORVM. Cette méprise apporta une grande différence au sens à donner à l'inscription, et m'empêcha de deviner de suite tout l'intérêt dont elle était susceptible... Je retournai sur les lieux en 1813 , et je constatai qu'il y avait bien réellement le mot MORORVM. Je suis revenu une troisième fois, mais alors la pierre avait été partagée dans sa longueur, et une moitié employée dans une construction. L'autre, restée sur le sol, avait conservé quelques lettres, entre autres celles-ci : MORO, ce qui serait suffisant pour la garantie de ce que j'avance, si ce bloc épargné n'a pas été morcelé depuis. Voici l'inscription rétablie :

 

 

IMIP

CAES

-CVIBIO.

TREBO

NIANO. C. XII

VF AVGVS

IMP. CAES C. XIII

T. D. v. MORORVM

ANO III AVG.

 

 

Les cohortes XII et XIII ont dédié le cinquième terme des Maures à l'empereur Caïus Vibius Trebonianus, victorieux, heureux, et à Volusianus trois fois auguste. » ( Dissert. insérée dans la Gazette de Bret. Du 6 nov. 1831 ). M. de Penhoüet attachait une très-grande importance à ce mot MORORVM, qui venait confirmer, par un témoignage contemporain, la présence des soldats Maures en Bretagne, déjà attestée par la Notice de l'empire. Près de la maison de ferme de la Couarde, et tout à côté de la vieille chapelle, je trouvai deux blocs de granit d'environ 2 mètres de longueur ; ils me parurent être les mêmes que ceux signalés par M. de Penhoüet, mais ce fut en vain que j'y cherchai des caractères. Un jeune homme, M. Belour, piqueur attaché à la nouvelle route qui passe à Castennec, eut l'obligeance de faire retourner l'un des blocs, et ce fut alors que je commençai à distinguer quelques lettres, car le granit fort grossier qui forme ce bloc, rend, par ses rugosités, très-difficile la lecture de l'inscription. M. Belour m'avertit que ce bloc, de 1 mètre 60 de longueur et de 60 centimètres de diamètre, avait été fendu dans sa longueur, et me montra au-dessus de la porte de la maison de la Couarde, l'autre moitié servant de linteau. L'inscription, comme l'a observé M. de Penhoüet, n'est donc plus entière. La fin de plusieurs lignes a disparu. M. de Penhoüet avait trouvé neuf lignes ; je n'ai pu reconnaître les deux premières, où il lisait :

 

IMP

CAES

 

Voici ce que j'ai pu déchiffrer après un examen très-attentif J'ai eu soin de placer les lignes et les lettres dans l'ordre qu'elles observent sur la pierre. -

C V

TRE

INO

F

IM1P CAE

TDVNC

NOP

On voit que je n'ai plus retrouvé que le C et le V de la 3e. ligne de M. de Penhoüet; les trois premières lettres TRE de la 1e. ; une leçon différente à la 5e. ; une seule lettre, F, à la 6e ; six lettres conformes, à la 7e.; les trois premières lettres de la 8e. et deux autres lettres que j'ai prises pour un A et pour un G, tandis que M. de Penhoüet y a vu un M et un O, commencement de ce mot MORORVM, auquel il attachait tant d'importance ; enfin j'ai trouvé à la 9e. une leçon différente. Mais je dois répéter que la grossièreté du grain de la pierre, et la terre dont il a fallu la débarrasser, ont rendu pour moi la lecture de l'inscription fort difficile. Au reste, comme je n'ai eu d'autre thèse à appuyer par cette inscription que le passage de la voie par la Couarde et Castel-Noëc, et la présence des Romains en ce lieu, il me semble que ce qui en reste est plus que suffisant à cet égard. Voici donc encore une borne milliaire du 3. siècle, comme celles que nous avons rencontrées sur les voies de Vannes à Corseul et de Blain à Port-Navalo. Caïus Vibius Trebonianus, plus connu par son surnom de Gallus, à qui elle est dédiée, proclamé empereur après la mort de Décius, vers les premiers mois de l'an 252, fut tué, après dix-huit mois de règne, par ses propres soldats, sous les murs de Rome, à la vue de l'armée d'Emilien, qui lui succéda. L'érection de ce petit monument en l'homneur d'un prince qui régna si peu de temps, et qui ne parut jamais dans les Gaules, est assez remarquable ; mais l'époque de l'occupation romaine dans notre province est encore couverte d'épais nuages. On ne saurait recueillir et conserver avec trop de soin tout ce qui nous rappelle cette époque, plus heureuse peut-être pour nos aïeux qu'on ne le croit communément. Ce fut avec regret que je laissai encore gisante sur le sol la colonne milliaire de Castel-Noëc. Je la recommandai vivement au jeune et obligeant M. Belour, qui me promit, autant qu'il serait en son pouvoir, de la sauver de la destruction. Il me semblé que dans un temps où l'autorité parle si souvent de la conservation des monuments historiques, et où l'on rétribue si chèrement certains archéologues, on pourrait bien dépenser quelques francs pour redresser notre malheureuse colonne à la place même qu'elle occupe depuis près de 1600 ans ! D'autres débris romains se remarquent en grande quantité au village de Castennec. De nombreux fragments de briques et de tuiles à rebords couvrent tous les environs à une assez grande distance, et beaucoup de pierres, amoncelées qui décèlent des ruines, font supposer que tout ce terrain fut autrefois couvert d'habitations. Toutes ces preuves du séjour des Romains en ce lieu, n'ont point échappé à l'attention de M. Ledéan, ancien directeur des constructions navales et membre du conseil général du Morbihan. Fort de sa connaissance des localités, et laissant de côté tous les calculs et les vains rapprochements synonymiques de Danville et des autres dissertateurs, il est venu dire : Ici était la station de Sulis ou Sulim , mentionnée par la Table théodosienne et placée sur la voie de Portus Nannetum à Gesocribate, à 20 lieues gauloises de Dartoritum, et à 23 de Vorgium. La dissertation dans laquelle il traite ce point de géographie antique , et que nous avons citée précédemment, est remarquable par la lucidité des idées, la variété de l'érudition, la force du raisonnement : c'est une pièce qui prouve combien d'excellentes choses restent enfouies dans les portefeuilles de la province. M. Ledéan ne s'est pas contenté d'établir à Castel-Noéc la station de Sulis; il a prouvé en outre que tous ceux qui ont parlé de la statue qui est restée placée dans le voisinage de la chapelle de la Couarde jusque vers les dernières années du 17e. siècle, se sont étrangement mépris en la désignant sous le nom de groah hoarn, ou la femme de fer , et sous l'épithète injurieuse de vieille-couarde, prétendue traduction des mots bretons groeck coard ; qu'au contraire elle a toujours été nommée groech ar goard, ou la femme de la garde, ou du camp. Ce n'est ni la seule ni la plus grave erreur qu'on ait commise en s'occupant de cette statue ; et comme, pendant un temps immémorial, elle a été à la Goard l'objet d'une sorte de culte de la part des habitants des cantons voisins, je crois ne pas m'écarter de mon sujet en en disant quelque chose après tant d'autres. Je commencerai par donner la copie d'une sorte de rapport sur les transports de cette statue au château de Quinipily, pièce entièrement inédite, et qui fait partie d'un inventaire général des titres des seigneuries de Camors et de Quinipily, déposé chez M. Blaise, notaire à Baud.

 

 

Vénus de Quinipily

 

« Dans la paroisse de Bieuzy, évêché de Vennes, proche du pont de Saint-Nicolas-des-Eaux, il y a une petite mo tagne qui est presque entourée de la rivière de Blavet. Il y avait sur cette montagne une statue antique, grossièrement taillée, qui représentait une grosse femme d'environ sept pieds de hauteur. Le vulgaire l'appelait en breton groahoart, qui veut dire en français la vieille gardienne. Il y avait auprès de cette statue une fort belle pierre ou bassin, qui peut contenir près de deux pipes d'eau, ce qui fait croire que les anciens ont fait des sacrifices et célébré des fêtes en ce lieu, à quelques-unes de leurs divinités, représentées par cette statue on a remarqué de temps immémorial, que le peuple grossier des environs avait beaucoup de vénération pour cette statue, et qu'il y avait recours dans les nécessités. Les hommes se voyant atteints de maladies, comme catharres et rhumatismes, allaient y toucher les membres infirmes. Les femmes, relevées de couche, s'y faisaient faire des bains dans le bassin pour être rétablies. Les filles qui avaient envie de se marier, faisaient aussi des offrandes d'une manière indécente à cette statue pour obtenir leurs souhaits. L'an 1661, il y eut une mission dans la paroisse de Baud, qui n'est éloignée que de deux lieues de cette montagne. Les missionnaires y apprirent les abus qui se commettaient au sujet de cette statue, et prièrent feu M. le comte de Lannion (Claude) de les faire cesser en la faisant renverser dans la rivière. Ce qu'il fit, y étant allé lui-même à cet effet. Peu de temps après, il y eut de grosses pluies, qui causèrent quelques dommages aux biens de la terre. Ces paysans, persuadés que c'était en punition de ce qu'on avait jeté leur statue dans la rivière, la retirèrent et remirent en sa place. Les recteurs des paroisses voisines en donnèrent avis au seigneur Ch de Rosmadec, évêque de Vennes, qui pria le seigneur comte de Lannion de vouloir bien la faire mettre en pièces, pour faire entièrement cesser ce désordre. Il y envoya des maçons escortés de tous ses domestiques ; mais ces maçons, soit qu'ils fussent remplis de vénération pour cette statue, soit qu'ils craignissent l'arrivée des paysans du voisinage, se contentèrent de lui entamer un bras et une mamelle, et la renversèrent dans la rivière. Peu de temps après, feu M. le comte de Lannion ayant eu une chute de cheval à la chasse, dont il fut vingt quatre heures sans parler, tous ces paysans dirent que c'était une punition de ce qu'il avait fait faire à leur Groa Hoart ; elle demeura dans la rivière depuis ce temps-là. Mais M. le comte de Lannion étant de retour de la guerre, après la paix de Riswick, l'a fait retirer à son château de Quinipily, comme une pièce curieuse et une antique. Il l'a fait depuis retailler et ôter ce qu'elle avait d'indécent dans sa forme. Quand on retira cette statue de la rivière, il s'y trouva beaucoup de paysans qui comblèrent M. de Lannion de louanges, lui promettant beaucoup de prospérités pour un si grand bienfait, qui allait rendre les peuples heureux par de bonnes années et par la guérison de leurs maux. Mais voyant depuis, qu'il l'avait fait mettre dans un endroit où ils ne pouvaient point avoir d'accès, ils persuadèrent au procureur fiscal de Pont-Yvy, de faire un procès à M. de Lannion pour la remettre en sa place. M le duc de Rohan prétendit que cette statue avait été prise dans l'enclave de sa seigneurie ; il en demanda le rétablissement. Pierre, comte de Lannion, acheta, le 5 juin 1698, de Charles Carion, notaire et procureur de l'abbaye de Lanvaux, au prix de 28 l., la statue de la Groa-Hoart, qui avait été jetée dans la rivière de Blavet, et le grand bassin, qui était encore sur son champ dépendant de sa métairie noble de la Couarde, qui n'est pas sous la mouvance de M. le duc de Rohan. M. le duc de Rohan s'opposa à l'enlèvement du bassin, et ce ne fut qu'après jugement des requêtes du palais à Rennes, du 21 janvier 1701, que M. le comte de Lannion fut paisible possesseur de la statue et du bassin. Il l'a fait élever sur un piédestal à quatre faces, et le bassin au-des sous. On employa quarante paires de boeufs pour traîner, sur de gros rouleaux, le bassin, depuis le domaine de la Couarde à Quinipily, ce qui forme une distance de deux lieues. » Suivent les inscriptions placées aux quatre faces du piédestal.vCôté de l'Ouest, Veneri victrici, Vota C. J, C, Côté du Sud, Venus Armoricorum oraculum. Duce Julio. C. Claudio Marcello. L. Lentulo Css. ab n. C. Dccv. Côté du Levant, Gallia tota subacta, dictatoris nomine inde capto, advBritanniam transgressus, non se ipsum tantum, sed patriam victor coronavit. Côté du Nord, Petrus, comes de Lannion, paganorum hoc numen, populis huc usque venerabile superstitioni eripuit, idemque in hoc loco jussit collocari, anno dni 1696 Il faut ajouter à ces inscriptions les trois lettres iit placées sur la bandelette qui serre le front de la statue.

 

 

Baud : Quinipily

 

Le document que je viens de transcrire, et qui fut rédigé dans les premières années du XVIIIe. Siècle, peu de temps après la décision du procès entre M. le comte de Lannion et M. le duc de Rohan, contient l'histoire toute simple de la statue nommée Groek ou Groac'h ar Goar, la femme ou la vieille de la goard. On peut la résumer en très-peu de mots : Une vieille et grosse statue de femme nue, d'environ sept pieds de hauteur, existait depuis un temps immémorial sur la montagne de Castennec, dans un champ dépendant de la métairie de la Couarde ou Goard. Près d'elle était un grand bassin de pierre de granit, comme la statue. Là venaient de nombreux pélerins faire des offrandes pour différents vœux Celles des filles se faisaient d'une manière obscène, manière qu'elles avaient pu croire autorisée par les formes indécentes données originairement à cette statue.

On ne peut dire précisément aujourd'hui quelles étaient ces formes, ni leur degré d'indécence, depuis que, pour les ôter, le comte de Lannion a fait retailler la statue tellement et si bien qu'on lui a refait dans le bloc même, un bras tout neuf à la place de celui qui avait été entamé par les maçons, et que la mamelle pareillement entamée par eux, et qui conséquemment devait être très-proéminente, a été réduite, ainsi que l'autre mamelle, à à des proportions si faibles, qu'un coup de marteau ne les entamerait nullement aujourd'hui. Il résulte de tout cela que la statue que le comte de Lannion a fait enlever de la Goard, et poser sur un piédestal dans les dépendances de son château de Quinipily, est bien le même bloc de granit dans lequel avait été taillée l'antique Groac'h ar Goard, mais que, retaillée par un maçon aux ordres du comte, elle a perdu toute cette teinte d'antiquité qui pouvait lui donner de l'intérêt; que, retouchée à fond dans toutes ses parties, toutes ses formes indécentes qui pouvaient être caractéristiques ont tellement disparu, qu'on ne peut être nue plus modestement, et que, sous ce rapport, les Vénus pudiques n'en approchent pas plus que sous celui de l'art ; que cette étole dans laquelle on a cru voir un attribut égyptien, me semble indiquer que cette prétendue restauration a été faite d'après les idées de cet ecclésiastique collégien auquel sont évidemment dues les pédantesques inscriptions du piédestal, ainsi que le sigle I IT de la bandelette frontale, gravé en relief comme les inscriptions, et dont les lettres ont une forme tellement identique avec celles de ces inscriptions, qu'il n'est pas douteux qu'elles sont de la même main. Et c'est ce grotesque morceau de sculpture, exécuté en son entier par un maçon de village à la fin du XVIIe. Siècle, qui a occupé tant de savants, dont les uns y ont vu une Venus victrix, les autres une déesse arabe ou syrienne, érigée par des soldats maures en garnison chez les Vénètes; d'autres encore une Isis pleurant la mort d'Osiris, dont le bassin ou cuve était le tombeau. Enfin, de tant de dissertateurs, aucun ne semble avoir élevé le moindre doute sur l'antiquité des ornements de la statue, quand ils avaient près d'eux, dans le bourg de Baud, la preuve irréfragable que ces ornements, qui leur paraissaient si caractéristiques, étaient dus à l'imaginative du comte de Lannion ou de son chapelain, et exécutés sous leur direction. Que d'érudition perdue ! On a voulu aussi mettre en rapport direct la statue de Quinipily et deux autres statues d'hommes barbus et à ceinture de feuillage, trouvées dans les ruines de ce château, et transportées, en 1805, au village du Bocoüet, près de Locminé. Ces statues qui ne sont autre chose que des cariatides de quelque niche, porte ou cheminée, sont encore plus grossièrement exécutées que la moderne Groac'h ar Gouard, avec laquelle elles n'ont eu aucun rapport, tant que celle-ci est demeurée sur la montagne de Castennec. Le mémoire que nous avons transcrit n'en parle nullement ; et puisqu'il fait mention de la cuve qui était près de la vieille déesse, il n'aurait point passé sous silence deux statues de cette dimension qui l'auraient accompagnée. Elles ne peuvent donc pas même prétendre à l'antiquité d'emplacement et de vénération qui appartient sans contestation à la Groac'h ar Goard non retouchée et dans son état primitif Après cette longue digression, justifiée peut-être par la célébrité de la prétendue Vénus de Quinipily, revenons à notre objet principal, la voie ou chaussée Ahès. Nous avons dit que de nombreux fragments de briques et de tuiles romaines jonchaient le village de Castennec et ses abords. A 2 ou 3 kilomètres de là, vers l'O., une quantité prodigieuse de pareils débris se trouve parmi des ruines que la tradition dit être celles du château de Kerven, placé sur la limite entre la commune de Mel-rand et celle de Bieuzy, mais sur le territoire de celle-ci. On en trouve pareillement dans toute l'étendue du champ qui entoure ces ruines. « Comme cette position est sur le bord d'un ruisseau, et près de la voie romaine, il se peut que ce lieu ait été l'emplacement d'un fort construit par les Romains, soit pour faciliter les communications, soit comme accessoire du camp retranché de Castennec, dont il n'est qu'à une faible dis tance. » Au sortir de ce village de Castennec ou de Castel-Noëc, que la tradition dit avoir été une ville et un lieu de marché considérable, la voie est très-reconnaissable, comme presque partout où elle passe sur le territoire de Bieuzy. Il s'y embranche une autre voie qui vient en direction du bourg de Melrand, mais bien moins large que celle-ci. Nous manquons de renseignements sur cette voie secondaire. Quant à la chaussée Ahès, elle se dirige de Castennec sur le village de la Motte, et va passer la petite rivière de Noüé, vers le moulin de Kern-Alain, à 1,000 ou 1,200 mètres au N. du bourg de Bieuzy. Elle entre ici sur la commune de Melrand dont elle traverse la pointe N. E., en passant aux villages du Roc, du Lain, de Kerprat, de Saint-Fiacre et de Kerhol ; puis, pénétrant dans la commune de Guern, elle passe entre le village de Ker-Audic et un mamelon fort élevé nommé le Mont-Guern, sur lequel était autrefois une justice patibulaire, à 2 kilomètres au S. du bourg de Guern. Au-delà, je ne saurais préciser la direction de la voie ; on sait seulement qu'elle tend vers la petite ville de Guémené. De là, pour la conduire à Ker-Ahès (Carhaix), nous avons encore moins de renseignements. La ligne directe serait de passer vers Langoëlan, Mellionec et Glomel. A Langoëlan est un monument indiqué par Ogée et nommé dans le pays, Ti doué Baris, ou Maison du dieu de Paris. C'est un bâtiment circulaire en pierres de taille. Il n'a pas été observé. M. Habasque (Not. des C.-du-Nord, t. 3, p. 98) indique près de Glomel un petit pont de construction romaine, sans autre renseignement; et enfin le président de Robien, qui probablement n'a pas eu dans le voisinage de Carhaix, l'occasion de bien observer, se borne à dire que le chemin « qui prend à l'orient de Carhaix, est fort entrecoupé et est bientôt perdu. » Il est à croire, au contraire, que la voie serait plus facile à reconnaître dans ce pays-là que dans aucun autre. La continuation de la voie Ahès au-delà de Carhaix, sera traitée sous le titre de Voie de Carhaix vers Plouguerneau, dans la notice que je publierai sur les voies romaines sortant de Carhaix

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Published by poudouvre
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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 16:11

 

Cette voie part de Blain par la petite rue de l'École. Le mur du jardin du presbytère a été bâti dessus. De là, après avoir traversé plusieurs prairies qui en ont retenu le nom de Prés de la Chaussée, elle passe au village de la Paudais et va à la Croix-Morin couper, à angle très-aigu, la route royale d'Ancenis à Redon, à mi-distance entre la 19°. et la 50°. borne. Elle prend le bord septentrional de la route, jusqu'à la 50°. borne, se confond avec elle pendant 200 mètres, entre les maisons éparpillées du village de la Chaussée, auquel la voie a aussi domné le nom.

 

 

Blain : Chaussée, la Masséais 

 

A 8 ou 900 mètres au N. de ce village, près d'une vieille gentilhommière nommée la Masséais, est un camp de forme circulaire, entouré d'un fossé de 12 à 15 pieds de profondeur et de 20 à 24 pieds de largeur, dont le bord extérieur a à peu près 100 toises de périmètre. L'enceinte est en outre défendue par un talus de 1 à 5 pieds d'élévation et d'environ 50 toises de tour; sa superficie intérieure est d'environ 10 ares. Elle n'a qu'une seule entrée située à l'Ouest. La déclivité du coteau étant très-faible, la seule défense de cette enceinte consistait dans ses fossés. Après la chaussée, la voie se rejette au bord méridional de la route moderne, montre encore son sillon peu marqué dans quelques prés en descendant au ruisseau de l'Angerais : se réunit encore à la route à 200 mètres au-delà de la 51e. borne, continue avec elle jusqu'à la 52°., prend encore la parallèle au Midi vis-à-vis la Riellière, et se réunit de nouveau au-delà de l'Abboüie, vers la 53°. borne. C'est ici qu'avant la clôture des landes de chaque côté de la route, et le récent empierrement, on pouvait juger de la largeur et de la beauté de l'ancienne voie. Sa chaussée ou agger, formée d'un massif de gravois parfaitement solide, présentait encore une surface unie large de 36 à 40 pieds, dans laquelle le temps et l'intempérie des saisons avaient à peine creusé quelques ornières. Là, on aurait pu se convaincre que la manière d'empierrer les routes à laquelle Mac Adam a donné son nom, si elle n'est pas renouvelée des Grecs, l'est, à coup sûr, des Romains, qui l'ont employée dans toutes leurs voies que j'ai vues en Bretagne, se servant surtout de ces cailloux roulés de quartz, macadamisage naturel, dans tous les endroits où ils ont pu en rencontrer, et allant souvent même les chercher fort loin. De chaque côté de la chaussée était un espace de 25 à 30 pieds de largeur, qui ne paraissait pas empierré ; en sorte que la largeur totale de la voie entre les contrefossés, était de 90 à 100 pieds. Ces contrefossés avaient eux-mêmes 12 à 15 pieds de base. Nous retrouverons ces mêmes dimensions dans les landes de Guenrouet, de St.-Gildas et de Missillac,

 

 

Guenrouet, Saint-Gildas-des-Bois

 

où la culture ne les a pas encore fait disparaître. A 200 mètres au-delà de la 51°. borne, à 100 pas à peu près vers l'O. de la barrière à laquelle vient aboutir la petite ligne de Curun, la voie entre dans la forêt du Gavre et en traverse la pointe nommée Coin de Curun, que contourne la route moderne sur laquelle vient sortir la voie à 250 mètres au-delà de la 55°. borne. On peut suivre encore pendant ce trajet, de moins d'un quart de lieue, la voie romaine dans la forêt. Elle y franchissait le ruisseau du Fresne vers la chaussée d'un vieil étang depuis long-temps desséché. On dit qu'il y existait une ancienne forge.

 

 

Forêt du Gâvre

 

Ce qu'il y a de certain, c'est que vers la fin du siècle dernier, quand on a abattu les admirables futaies qui garnissaient toute cette petite vallée, les ouvriers ont trouvé une assez grande quantité de fragments de tuiles à rebords et de briques ; j'en ai recueilli moi-même quelques-unes dans le ruisseau, dont on venait d'élargir le lit. A l'endroit où la voie, sortant de la forêt, coupait la route moderne, il existe un embranchement dont j'ai parlé, en terminant mon chapitre de la voie de Vannes à Blain par Rieux. En effet, les deux voies, après n'en avoir formé qu'une depuis Blain jusque là, se séparent en ouvrant un angle de 10 à 15 degrés, La raison pour laquelle je fais sortir directement de Blain la voie de Port-Navalo, et non celle de Vannes, c'est d'abord qu'à l'embranchement dont je viens de parler, la première continue son tracé sans la plus légère inflexion, tandis que le détour formé par la voie de Vannes est très-sensible ; en second lieu, les dimensions très-remarquables pour la largeur, que j'ai expliquées ci-dessus, se retrouvent sur le prolongement de la voie de Port-Navalo, et non sur celle de Vannes, qui n'a guère qu'une largeur moyenne de 50 à 60 pieds.Je dois ajouter que la largeur de la voie de Port-Navalo se retrouve sur celle de Blain vers Angers, ce qui, indépendamment de leur direction, les mettrait en rapport l'une avec l'autre. Les points d'intersection ou d'embranchement des voies sont assez difficiles à bien déterminer. Il serait à propos de marquer celui du Coin de Curun, par une croix de pierre avec une inscription qui indiquât la séparation des deux routes antiques. De ce point, la voie prend la direction des moulins à vent du Haut-Breil, près et au N. desquels elle passe. Elle était très-bien marquée jusqu'au ruisseau qu'on trouve avant d'arriver à ces moulins. Elle était difficile à suivre en remontant le coteau et en se rendant des mêmes moulins à la rivière d'Isar, même avant que la culture d'une grande partie des landes qu'elle traversait eût augmenté cette difficulté. A 400 mètres de la rivière, la voie sépare plusieurs prés, et entre autres les parcelles 152 et 15h du 8°. bief du canal de Nantes à Brest. On lui a donné ici une élévation de 1 à 5 pieds, et on l'a formée d'un massif de pierres dont la grosseur va toujours en diminuant de la base à la superficie. On en a tiré une quantité considérable, et malgré cela la chaussée est encore parfaitement solide. Sa largeur a été fort resserrée, elle n'est pas de plus de 8 mètres. En arrivant dans le lit de l'Isar, elle disparaissait entièrement, soit qu'il ait existé en cet endroit un pont de charpente, soit qu'il y eût un gué sans pont dont le pavé aura été détruit par les eaux. On n'en a retrouvé aucun vestige en creusant le canal. L'Isar était très-peu large dans l'endroit où la voie romaine le traversait. Le coteau de la rive gauche a une pente très rapide, que les ingénieurs romains avaient adoucie par une forte échancrure creusée dans le coteau, et qu'on aperçoit fort bien en descendant des moulins du Haut-Breil vers la rivière. Après avoir gravi le coteau de l'Isar par l'échancrure dont nous avons parlé, la voie suit le fossé du bois-taillis de la Joussais placé au N.; passe à 200 mètres vers le S. du village de l'Epault, sur une petite lande où elle est encore très visible ; entre dans une grande gagnerie nommée Coz-Cazel. Les vestiges de la voie ont disparu dans cette gagnerie, au moins à l'oeil ; mais les laboureurs en retrouvent l'empierrement avec la charrue, et savent fort bien indiquer sa direction vers la chapelle de N.-D.-de-Grâce, qui n'en est éloignée que de 3 ou l100 mètres. La voie laisse cette vieille chapelle à 100 mètres au N., en passant au travers de prés et de champs dans lesquels on la suit encore facilement. La voie se retrouve à la sortie du petit chemin venant de la chapelle. Elle est fort rompue, mais fort reconnaissable depuis ce point jusqu'à la Née euret, bas-fonds ou noë par où s'écoule un petit ruisseau. Mais après l'avoir franchi, elle se présente dans toute sa largeur en remontant la pente douce du coteau, et c'est là qu'entre ses contrefossés très-apparents j'ai retrouvé cette largeur de 90 à 100 pieds, que j'ai déjà remarquée entre l'Abboüie et le Coin de Curun. On trouve bientôt une croix de fer, plantée sur son milieu, et c'est à partir de cette croix, jusque vis-à-vis des moulins à vent de Bothet, qu'on peut juger encore de la beauté primitive de ce grand ouvrage. Le chemin vicinal, depuis la chapelle de Grâce, existe sur la voie même et s'y continue presque sans interruption jusque dans la commune de Missillac.

 

 

Missillac

 

La voie laisse les moulins de Bothet, Botehel, vers le S., à un demi-quart de lieue. A la hauteur de ces moulins, la voie forme rampe sur la pente septentrionale du mamelon sur lequel ils sont placés. On remarque ici un affouillement de cailloux roulés au bord même de la voie, vers le N. Ces cailloux, comme je l'ai déjà fait remarquer, sont presque partout la matière dont les ingénieurs romains ont formé l'agger de leurs routes, et souvent même leur massif tout entier. Ici, la voie est assise sur un lit de dalles brutes assez larges, et comme les pierres sont rares dans le canton, les paysans ont fouillé la voie en beaucoup d'endroits pour en arracher ces pierres. La voie descend au ruisseau de Brivet, le traverse à 500 mètres au N. du village du même nom, passe à 100 mètres pareillement au N. de la ferme du Grenic, et poursuit, en laissant aussi vers le S., les villages de Botdelo et de Trigodet. A partir du Grenic, elle est resserrée entre des clôtures sous lesquelles ont disparu ses contrefossés. La partie convexe de la chaussée forme un chemin vicinal très-solide. Ce chemin vicinal conduit au bourg de St.-Gildas-des-Bois, et un embranchement qui se rapproche davantage du marais, conduit à divers villages dont nous allons parler. Ce dernier chemin est la voie elle-même réduite encore à la partie la plus convexe de sa chaussée. Mais avant cette bifurcation, elle quitte le chemin vicinal, se jette à gauche dans une châtaigneraie dépendant de la ferme de Botdelo, puis dans une pièce de terre labourable, et sort à 100 pas du détour sur une petite lande, tout à côté d'une petite maison nommée la Bozardière ; de là elle passe successivement aux villages de la Rivière, de la Barre, de Goura, et arrive à un ruisseau qui sort des étangs du Pas-Hervé et du Gué-aux-Biches. Ici, la voie laisse à un quart de lieue au N. l'ancienne abbaye de St.-Gildas-des-Bois, fondée en 1026 par Simon, fils de Bernard, seigneur de la Roche, en un lieu nommé Lan Pridic. Une grande partie de l'église est de cette époque ; il y a lieu de croire que le choix de cet emplacement est dû, pour cette abbaye comme pour un grand nombre d'autres que nous remarquerons en Bretagne, au voisinage de la voie romaine.

Arrivée au ruisseau dont j'ai parlé, elle n'est plus reconnaissable, et pour la retrouver, il faut continuer la ligne droite en affrontant un chemin très-étroit et plein d'eau, et aller jusqu'au village de Pont-Nault, où recommence un chemin vicinal tracé sur la crête de la voie, lequel se continue jusque vis-à-vis le village de la Toulardais. Là, la voie poursuit sa direction au travers des champs, passe très-près et au S. de ce village, et sort aussitôt sur la lande en remontant une longue côte jusqu'au moulin à vent de Prenic. C'est encore ici qu'elle a conservé une grande beauté et toute sa largeur avec les contrefossés. Les paysans la nomment la Vieille-Chaussée. Elle sert de chemin presque jusqu'au moulin, au pied duquel elle passe, et de là elle va, en formant une courbe douce, passer à 30 pas au N. d'un cabaret nommé la Croix-de-Haut, à cause d'une croix de granite placée à côté, et qui paraît anciènne. De cette croix la voie se rend en droite ligne à la Maison du-Siége. Elle est encore très-marquée et bien entière, si ce n'est que dans une grande longueur elle a été fouillée pour en tirer les larges pierres qui en forment la base, et dont on a bâti plusieurs maisons qu'on aperçoit à peu de distance vers le Sud. La Maison-du-Siége est un petit manoir à un quart de lieue au N. du bourg de Missillac. La voie passe dans la cour et descend au ruisseau qui alimente l'étang de la Brétesche, le traverse, pénètre dans la partie de la forêt la plus rapprochée du château qu'elle laisse à 500 mètres au S.; coupe ensuite une longue prairie marécageuse nommée la Noüette, dans laquelle la voie forme un sillon très-marqué ; de là elle parcourt le bord méridional de la forêt, jusqu'à un chêne assez vieux nommé le chêne criminel, placé à peu de distance de la route royale de Nantes à Vannes. Elle traverse encore une sorte de marécage, gravit le coteau, et va couper la grande route à angle fort aigu au S. et très-près du cabaret nommé Bellevue. Le château de la Brétesche, que j'ai indiqué comme très rapproché de la voie, présente de nombreux souvenirs féodaux et historiques, dont ce n'est pas ici le lieu de parler. De Bellevue, la voie descend au village et à l'ancien manoir du Bois-Marqué. Dans ce trajet comme au-delà, c'est un chemin vicinal très-fréquenté. La culture, les haies et fossés ont fait ici disparaître la voie, et pour la retrouver, il faut traverser un vallon qui sert de limite aux communes de Missillac et d'Herbignac, et arriver à un autre manoir nommé la Ville-Henor, qui, comme le Bois-Marqué, n'est pas indiqué sur la carte de Cassini.

 

 

Herbrignac

 

Là, on découvre parfaitement la voie et sa direction vers le moulin du Fauzo, qu'elle laisse à 100 mètres à l'O. Un quart de lieue plus loin, la voie coupe la grande route de Guérande à la Roche-Bernard, à environ une lieue au S. de cette petite ville, passe entre les villages de Caron et de Kermahé,

 

 

 

La Roche-Bernard : Caron et Ker Mahé

 

 

et commence à descendre vers la Vilaine, en laissant le bourg de Férel à une demi-lieue au S. O. et passant au village de Ker-Talet d'où, par une pente très-douce, elle arrive sur le bord de la rivière, en face du manoir et du village de la Noie, placé sur la rive droite. Depuis une lieue à peu près, la voie parcourt la commune de Férel, et a fait son entrée dans le département du Morbihan. Mais avant de passer la Vilaine et de quitter l'ancien territoire du diocèse de Nantes, qui s'étendait jusqu'à cette rivière, je dois faire mention d'un embranchement à la voie que je décris, se dirigeant sur le pays guérandais par Herbignac et St.-Liphard, embranchement que je n'ai pas encore assez étudié pour en rendre compte, mais duquel j'ai parcouru un fragment de plus d'une lieue entre les deux bourg que je viens de nommer. Le président de Robien s'est beaucoup occupé de la voie que nous parcourons. Je citerai au fur et à mesure les pas et sages de son manuscrit qui concernent les portions que je vais successivement observer, en les accompagnant de remarques critiques quand il sera nécessaire de redresser quelques erreurs de ce savant magistrat. « On peut suivre l'espace de 12 lieues un chemin romain qui conduit de Pont-Chasteau, diocèse de Nantes, aux environs de Vennes, Ce chemin passe dans la paroisse de Pont-Chasteau à la droite de la forest (de la Magdeleine) après quoi il entre dans la paroisse de Missillac, et laisse à la droite le bourg de Missillac et le château de la Brétesche. Là, il rencontre le chemin de Nantes à Vennes. Il le laisse sur la droite. Il passe dans la paroisse d'Herbignac, entre les maisons de Ker-Robert et de Ker-Éric à droite, et les moulins à vent du Fozeau et du grand Tregu à gauche; ensuite il se rend en droiture à la rivière de Vilaine dans le seul endroit propre à former une descente aisée... Ce chemin de Pont-Chasteau à la Vilaine est assez droit ; il fait un coude sensible à l'extrémité de la forêt de la Brétesche, entre les paroisses de Missillac, Nivillac et Herbignac, et que le grand chemin de Nantes à Vennes laisse sur la gauche. » La route de Nantes à Vannes passait à Pont-Chasteau du temps du président de Robien, comme elle y passe encore aujourd'hui.

 

 

 

Pont-Château

 

C'était un chemin très-fréquenté, auquel les ingénieurs du duc d'Aiguillon ont donné la forme d'une grande route ; mais jamais dans ces parages, que j'ai maintes fois parcourus, je n'ai rencontré vestige de voie dans les marécages de la forêt de la Brétesche, et n'en retrouvant plus la suite, il aura cru la reconnaître dans le chemin qui conduisait à Pont-Chasteau et qui à cet endroit-là même, faisait avec la voie un coude sensible, comme l'a fort bien remarqué M. de Robien. Comme j'ai suivi la voie pas à pas, et que je l'ai amenée à Bellevue en sens inverse de la direction prise par notre auteur, il m'a été impossible de tomber dans la même erreur, et au point d'intersection de la route moderne et de la voie, celle-ci ne m'a présenté aucune inflexion, et au contraire partout les courbes les plus moelleuses à admirer. « Il y a bien de l'apparence qu'on passait la rivière dans un bac; il ne reste aucune trace du pont. La rive opposée, dans la paroisse d'Arsal, est aussi d'une pente facile, et sur le fond même du chemin est bâtie la maison noble de Noe (la Noie). De là le chemin quitte le bourg d'Arzal, le laissant sur la gauche (à un demi quart de lieue) de même que le village de Lan-Tiern, et traverse le chemin de Nantes à Vennes à un cabaret nommé la Croix-du-Serf Après quoi il (le chemin romain) entre dans la paroisse de Noyal-Mézuillac, laisse sur la gauche la maison de Kerven , et la chapelle de N.-D.-de-Grâce, passe entre les moulins à vent et la maison de Linéac, laisse le moulin à vent et le château de Keralio sur la droite, et va trouver l'étang de Pen-meur, paroisse de Bourg-Péaule, dans un lieu où, vraisemblablement, il n'y avait autrefois qu'un ruisseau peu considérable qu'on passait à gué. Le chemin remonte par une pente assez douce au côté occidental de l'étang, toujours dans la paroisse de Bourg Péaule, traverse le village de Bois-Horty, bâti sur ses ruines (et qui ne se trouve pas sur la carte de Cassini), laisse la chapelle de St.-Gourlay, sur la droite, traverse le chemin de Nantes à Vennes, pour entrer dans la paroisse d'Ambon, passe au milieu du village de Born, bâti sur le chemin même ; poursuit entre le moulin à vent et la maison de Renoyal, descend dans des marais et des prairies, où sans doute il y avait autrefois un pont et une chaussée dont il ne reste aucun vestige. De là, il pénètre dans la paroisse de Surzur, laissant les moulins à vent de Kerguisec et de Vaujours, sur la droite, et le bourg de Surzur sur la gauche. C'est près du village de Lezcorno, à un quart de lieue à l'Est du bourg de Surzur, au bord de la voie romaine, qu'un laboureur découvrit, en 1835, « une pierre monumentale haute de 3 pieds environ, cylindrique, légèrement amincie inférieurement en forme de bouchon, et dont le diamètre supérieur est à peu près d'un pied. La curiosité, ou plus probablement un vague espoir de riche trouvaille, porta ce cultivateur à fouiller dans l'endroit où cette pierre était à demi enfouie ; mais ses recherches n'eurent d'autre résultat que de mettre à découvert quelques fragments de briques et de poteries romaines, il transporta la pierre dans le jardin de sa ferme, à Lezcorno, où elle fut trouvée gisante par M. Cayot-Délandre, et deux autres membres de la Société polymathique de Vennes, qui s'y transportèrent pour lire l'inscription gravée sur cette pierre, » et qu'ils ont copiée ainsi :

 

IMP CAES

PIAVONIO

VICTORINO

PIO FELICI

AVG

 

Cette inscription est contemporaine de celle qui existe à St.-Meloir-des-Bois, près de Corseul, et de laquelle j'ai parlé à la fin de mon chapitre, sur la voie de Vannes à Corseul. Toutes deux sont dédiées à M. Piavonius, lieutenant et successeur de Posthumus à l'empire des Gaules, et gravées sur deux colonnes milliaires, qui ont été érigées en l'an 268 de J.-C. Indépendamment de ces inscriptions, curieux monuments du règne si court de Victorinus, on doit rappeler ici les médailles de cet empereur, en petit bronze, trouvées, depuis quelques années, à Berric, à 2 lieues N. E. de Surzur, et portant en légende :

IMP. C. PI VICTORINVS. AVG.

 

 

Suzur

« A l'endroit même où la pierre a été trouvée, le simple aspect des lieux nous fit apercevoir de nombreux vestiges d'une station romaine. Les fragments de briques et surtout de vases en terre cuite y abondent. Quelques coups de pioche donnés à peu près au hasard nous en fournirent d'assez grande dimension, ainsi que des cendres, des parcelles de charbon et des matières calcinées. Ces produits de la combustion forment dans le talus qui borde la voie romaine, convertie aujourd'hui en chemin vicinal sur ce point, une zône noirâtre qui tranche vivement sur le fond sablonneux du sol » Dans la commune de Surzur et dans son voisinage, la voie est connue sous le nom de Chemin Conan. M. de Robien ne rappelle point ce nom, et dans son exploration il ne paraît pas avoir rencontré la colonne milliaire dont je viens de parler ; mais il donne à notre vieux chemin une direction qu'il a bien réellement et sur laquelle cependant il y a plusieurs observations à faire. « Il entre enfin dans la paroisse de Noyalo, laissant l'étang du Granel sur la droite, et rasant le clocher et les maisons du bourg de Noyalo qui restent à la gauche ; on pourrait le suivre plus loin. »

 

 

Noyalo, étang de Granel

 

Il est fort à regretter que M. de Robien n'ait pas poursuivi son investigation ; elle nous eût appris où allait la voie dans cette direction N. O. Quelqu'un qui l'a reconnue au bourg de Noyalo, comme M. de Robien, croit qu'elle allait rejoindre la route de Nantes, et se rendait à Vannes ; cela n'est pas impossible. Alors deux routes romaines, partant de Blain, seraient arrivées à Vannes en suivant deux directions différentes ; ou plutôt cette voie de Blain, en se rendant au Port-Navalo, comme nous le verrons tout-à l'heure, réunissait pas ses embranchements d'Herbignac sur Guérande, et de Surzur sur Vannes, cette ancienne capitale avec tout le littoral du Morbihan et de la Loire-Inférieure. La question sera résolue quand on aura pris la peine de suivre la voie au-delà du bourg de Noyalo, comme M. de Robien assurait qu'on le pouvait faire. Il y a encore à Surzur une autre vérification à faire ; c'est de s'assurer si la voie qui nous occupe, tout en poussant un embranchement vers Noyalo, n'en a pas un autre qui se détourne au S. O. pour gagner Sarzeau et Port-Navalo, en parcourant la partie la plus élevée de la presqu'île de Rhuis ; on verra par ce qui va suivre que l'existence de cet embranchement est très-probable. Une voie romaine a été observée au village de la Lande, commune de Sarzeau, à une lieue et demie de Surzur, et situé sur le bord oriental de la grande route de Sarzeau à Vannes. De ce village jusqu'à la chapelle de Saint-Colombier, la voie semblerait tenir la parallèle à l'Est, et très-près de la route moderne, avec laquelle elle se confondrait ensuite jusqu'à Sarzeau ; car, comme l'observe très-bien M. Cayot-Délandre (Ann. du Morb., 1838, page 116), « partout ailleurs elle aurait eu à traverser des bas-fonds qui étaient toujours soigneusement évités dans le tracé de ces chemins. Arrivée à Sarzeau , elle prend la direction des Quatre Vents, de Coët-Dihuel, et se rend ensuite à la limite de « la commune de Saint-Gildas, où elle est mieux conservée que dans tout le reste du canton ; elle fait limite avec Sarzeau, au-dessus et au-dessous du village de Largueven, traverse ensuite le village de Net, passe au pied du moulin à vent de ce même village, et entre dans la commune d'Arzon, par le village de Tumiac, se dirige sur le bourg et se rend ensuite à Port-Navalo, bourg situé vis-à-vis de Loc-Maria-Ker, au fond d'une petite baie en forme de fer à cheval, dont les côtes élevées forment un excellent abri aux nombreux navires qui s'y réfugient dans les mauvais temps. Il est situé près de l'entrée du Morbihan. Evidemment il y eut là autrefois un port dont il apparaît encore quelques vestiges ; son nom, de racine latine, et la voie romaine qui y aboutit, nous font penser que son établissement remonte à l'époque de la conquête du pays par les Romains. » (Annuaire du Morbihan, 1838, pages 129à 137.) Je pourrai revenir sur Port-Navalo, en parlant de Locmaria-Ker, au chapitre de la voie de Vannes à cet antique établissement romain. Ces deux localités maritimes, séparées seulement par le goulet du Morbihan, et auxquelles viennent aboutir des voies romaines, doivent avoir eu entr'elles des rapports qu'il ne sera pas sans intérêt de rechercher. Je terminerai ce chapitre en reproduisant les observations générales du président de Robien, sur la voie que nous venons de parcourir. « Dans les endroits conservés tels que les landes, ce chemin a environ 30 pieds de largeur. Il est élevé au-dessus du rez-de-chaussée, de la hauteur de 3 pieds, bien comblé au milieu avec une pente insensible vers les bords qui se terminent à 6 pouces de hauteur. Il paraît que, en plusieurs lieux, on a creusé le terrain à dessein de le rendre plus solide. Communément le dessous est formé par des assises de grandes pierres bien unies surmonté d'un cailloutage mêlé de sable, mais si bien joint que le tout ne forme qu'une superficie propre à faire rouler les voitures avec facilité. En beaucoup d'endroits il ne se voit plus ; on ne le reconnaît qu'à un sable blanc ou rougeâtre, reste des pierres que les voitures et les animaux ont broyées. Ce sable n'a rien d'analogue à celui du terrain où il se trouve. Dans les terres labourables, ce chemin ne se reconnaît qu'au terrain plus élevé que le reste du champ. Dans les prairies il n'en reste aucuns vestiges, les propriétaires ont ôté les pierres et les cailloux qui pouvaient nuire à la faulx. Ce chemin n'est proprement entier que dans les landes et les lieux qui ne sont point fréquentés. Ce qui s'en est le mieux conservé se trouve dans les paroisses d'Arzal et de Surzur. En beaucoup d'endroits il est construit purement de cailloux, en d'autres de cailloux mêlés de grosses pierres, en d'autres enfin de petits cailloux et de gros sable rougeâtre et blanc. » (Robien).

 

 

Arzon : Port-Navalo

 

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 12:37

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 09:35

 

Cette voie sort de Vannes par la route d'Auray, qu'elle suit pendant à peu près 2,000 mètres; puis, elle prend à gauche et va traverser l'étang du Vincin, après lequel elle entre dans la commune d'Arradon,

 

 

Vannes, étang de Vicin et Arradon

 

dont elle laisse le clocher à 1,500 mètres vers le Sud ; passe aux villages de Loc-Gueltas, de Lan-gat, du Narboutte, du Moustoir, de Greverden ; pénètre dans la commune de Baden par la chaussée de l'étang de Pont-per, de là se dirige sur les villages de Ker-Hervé, de Tourlarec, et sur le bourg de Baden,

 

 

Baden

 

qu'elle traverse ; enfin elle entre dans la commune de Plou-gou-melen, à 3,000 mètres au Sud du clocher, et passant par les villages de Ker-Léan, de Mané-Guen, du Mané ou de la Montagne et de Ker-bihan ; elle aboutit à celui du Bono, situé à la hauteur du confluent des rivières du Sal et de Tréauray, où nous supposons que se trouvaient deux ponts qui joignaient la pointe de Kerisper aux deux rives opposées, et complétaient ainsi la communication entre Vannes et Loc-maria-Ker (Ann. du Morb., 1837, p. 105).

 

 

Plougoumelen : Kerléan, Manéguen

 

Le président de Robien est le premier qui ait appelé sur ce point l'attention des antiquaires. On voit, dit-il, dans la rivière d'Auray, vis-à-vis la pointe du bois du Plessix-Caèr, entre celle du bois de Ros-nerho et la pointe de Kerisper, les restes d'un grand pont dont on aperçoit encore à basse marée quelques piles qu'on a bien de la peine à détruire pour nettoyer cette rivière. Ce pont, qu'on appelle sans fondement Pont-des-Espagnols, paraît d'une fabrique trop ancienne pour n'être pas plutôt l'ouvrage des Romains.

 

 

Pluneret : pointe de Kerisper

 

On n'a même aucune tradition sur sa construction et sur son usage, ce pont est détruit depuis trop longtemps. Quelques restes de bâtiments de briques, de pierres et de ciment très-blanc que l'on voit sur la pointe de Kerisper, feraient juger que ce pont était défendu ; mais comme on ne remarque point de chemin qui y aboutisse, que d'ailleurs la côte de Kerisper est fort escarpée, on comprend avec peine l'ancienne destination de ce pont, à moins que, dans l'antiquité la plus reculée, ce ne fût un passage pour aller à Dariorigum, capitale des Venètes (Locmariakaër, suivant l'auteur). Suivant l'Annuaire du Morbihan pour 1837, la route romaine qui sortait de ce pont se dirigeait sur Locmariakaër. On la reconnaît encore dans quelques-unes de ses parties, mais principalement sur le territoire de la commune de Locmariakaër, à partir du pont de Lenn jusqu'au bourg. Voilà, ce me semble, l'existence du pont vis-à-vis Kerisper bien constatée. Celle de la voie romaine, du chemin que le président de Robien demandait pour utiliser le pont antique qu'il avait observé, n'est pas non plus douteuse depuis Locmariakaër, jusqu'à la culée de ce pont, sur la rive droite de la rivière d'Auray.

 

 

Locmariaquer

 

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 12:07

 

Vannes et Rennes, comme toutes les autres anciennes capitales, ont dû, sous l'occupation romaine, être liées entre elles par une route directe, et pourtant, jusqu'à ce jour, le tracé de cette route n'est pas parfaitement connu. Une grande voie nommée la Chaussée Ahès, parcourt de l'E. à l'O. les départements d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan. Je la connais d'après des renseignements certains, depuis les environs de Maure et de Lohéac jusqu'à Castennec ou St-Nicolas-des-Eaux, sur le Blavet ; elle fera l'objet du Ch. VIII. Une autre voie, celle de Vannes à Corseul, que j'ai décrite au Chap. I, se dirigeant du Sud au Nord, coupe la chaussée Ahès entre Plaudren et St.-Jean-Brevelay, vers les landes de Lanvaux. Or, comme il ne me paraît pas douteux que la chaussée Ahès arrive de Rennes, j'établissais la communication entre Vannes et Rennes par la route de Corseul, jusqu'au point d'intersection, et de ce point par la chaussée Ahès. Une étude plus approfondie de cette direction, m'a fait voir que je parcourais ainsi les deux côtés d'un triangle à peu près rectangulaire, et que ce n'était pas ainsi que les ingénieurs romains établissaient le tracé de leurs communications ; que, au lieu d'aller trouver la voie Ahès au Nord de Vannes, il fallait se rejeter au N. E., vers Sérent, par exemple, pour s'embrancher et tendre avec elle vers Rennes, en suivant la même direction N. E. Ceci, au reste, n'est pas une simple conjecture. Quelques observations, recueillies par MM. Cayot-Délandre et Ch. Gaillard, viennent nous donner un commencement de preuve que des explorations ultérieures, faites sur cette ligne, viendront probablement compléter. On ne sait pas bien si cette voie sortait de Vannes avec celle de Corseul. S'il en était ainsi, elle devait s'en séparer au village de St.-Guen, et de là gagner le Bourg d'embas de St.-Avé, soit par la route actuelle de Josselin,

 

 

Saint-Guen-Saint-Avé

 

soit dans son voisinage. A peu de distance de ce bourg, on a remarqué, sur la lisière du bois de Beauregard, les vestiges d'une voie romaine. On l'a indiquée comme passant à Bélair, sur la même route de Josselin ; puis au Sud du village de Cambrigo, à celui de Pal-Houarn, au Nord de Kergo, et sur la chaussée du petit étang de Kerfleac'h. Dans ce trajet, la voie passerait à 1,600 mètres S. E. du bourg de Monterblanc, et à 3pt de lieue au N. du clocher de St.-Nolff. La chapelle de St. Amand ne doit pas être fort éloignée de l'étang de Kerfleac'h. En continuant la direction N. E., la voie passerait assez près du village de Ker-an-derf,

 

 

Cambrigo, Palhouarn, Kerfléac'h, Saint-Armand, Keranderf

 

 

Détail du village de Keranderf

 

au Nord duquel est un retranchement en terre, au bord de la grande lande située près de ce village, qui fait partie de la commune d'Elven, et se trouve à une demi-lieue N. O. de la tour d'Elven ou château de l'Argoët, dont on ne connaît point l'origine.

 

 

Tour d'Elven

 

Une autre fortification qui me paraît aussi ne pas lui être étrangère, c'est une enceinte placée sur une éminence, à un quart de lieue du bourg de St.-Nolff, près du moulin à foulon, ayant remparts et fossés de 5 mètres de profondeur, avec un donjon féodal de 12 à 1 mètres de hauteur, entouré de douves. Un peu au-delà de Ker-an-derf, dans le quartier de Camarec, en la commune d'Elven, l'abbé Mahé signale encore une enceinte de 16 pas de longueur, sur 8 de largeur, ayant la forme d'une ellipse allongée dont les parapets sont hauts de deux ou trois pieds. Au-delà de Ker-an-derf et de Camarec, en continuant la direction N. E. pour joindre la chaussée Ahès, on arriverait dans le voisinage du bourg de Sérent, au S. ou au S. E. de son clocher. Il me semble, d'après la carte de Cassini, que la voie traverserait la rivière d'Arz, sous le château de Ker-Fily,

 

 

Sérent : voie traversant la rivière d'Arz

 

passerait aux chapelles de St.-Germain et du Panistret, à égale distance des bourgs d'Elven et de Trédion, traverserait la forêt d'Elven, et irait aboutir au pont de Bovel sur la Claye, pour de là suivre la route moderne de Vannes à Ploërmel jusque vers le village du Clezio, près duquel cette route est coupée par la chaussée Ahès. Mais tout cela n'est que conjectures, et ne peut tout au plus servir qu'à mettre les explorateurs à même de s'assurer si mes prévisions ont quelque réalité.

 

 

Rennes

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 06:11

 

Cette voie sort de Vannes par la route d'Auray, qu'elle quitte à la sortie de la ville, près de l'ancienne chapelle de la Magdeleine.

 

 

Vannes : La Madelaine

 

Là même elle commençait à séparer les paroisses de Plescop et de Ploeren

 

 

 

Plescop : Béléan-Ploeren

 

jusqu'à un quart de lieue au-delà de la chapelle de Bethlehem, dont le nom est écrit Béléan sur la carte de Cassini, et ainsi prononcé dans le pays, C'est près de cette chapelle, vers le sud, qu'on remarque, au village de Kermeurier, en Ploeren, une enceinte entourée de gros fossés, qui est évidemment un camp romain.

 

 

Détail du plan de Kermurier en Ploeren

 

De Bethlehem, la voie laisse au Lezoïreh, traverse la petite rivière du Sal à quelques cents mètres au-dessus du manoir de Coët-Sal ; jusque-là elle délimite les communes de Plescop et de Plou-gou-melen. Elle arrive ensuite au village de Mériadec, où l'on remarque sur le bord de la voie, dans le fossé d'un jardin, une pierre de granit, taillée de forme cylindrique, qui pourrait être le débris d'une colonne milliaire.

 

 

Mériadec

 

Elle présente une cavité à sa partie supérieure, qui paraît avoir été creusée pour recevoir le pied d'une croix. Noyée dans le talus du fossé, cette pierre pourrait bien, dans sa partie cachée, receler une inscription romaine. Il en coûterait peu pour s'en assurer. La voie forme ici et jusqu'à la rivière de Tréauray, limite entre les communes de Plumergat au N., et de Pluneret au S. Le village de Mériadec se trouve ainsi coupé en deux et dépendre de deux communes.

 

 

Sainte-Anne d'Auray

 

La voie atteint bientôt la chapelle de Sainte-Anne, célèbre pélerinage en Bretagne, qui, quoique située sur le territoire de la commune de Pluneret, est beaucoup plus connue sous le nom de Sainte-Anne d'Auray. Ce lieu se nommait Ker Anna, ou Ville d'Anne, avant qu'en 1625 on y eût construit la chapelle actuelle. Ce lieu de Ker-Anna, situé sur une voie romaine et où l'on trouve de nombreux fragments de tuiles à rebords et autres débris antiques, a été fort anciennement habité. Au-delà de Sainte-Anne, on n'a pas de documents bien certains sur la direction de la voie. Si elle continue à former la limite des communes de Pluneret et de Plumergat, elle doit aller traverser la rivière de Tré-auray, à la chaussée d'un moulin situé au-dessous de la maison de Ker-an-Ber. De là traversant de l'E. à l'O. la grande commune de Brech, elle irait passer à la chaussée de l'étang du Cranic,

 

 

Plumergat : Kerambert, Brech : étang de Cranic

 

où on a trouvé des tuiles romaines, et se confondrait avec la route royale de Vannes à Hennebont jusqu'au bourg de Landévant, et peut-être jusqu'à cette dernière ville, dont le nom Hen Pont suivant les uns, ou Hend-Pont selon les autres signifierait en breton le vieux pont ou le pont du chemin. Cette direction conduirait à Quimperlé et à Quimper, ville où arrivent d'autres voies romaines, et près de laquelle on a trouvé des constructions antiques. Il serait d'autant plus curieux de bien suivre la voie depuis Ste.-Anne, qu'il doit, à la hauteur de Landévant, en exister un embranchement vers le bourg de Nau-Stang, localité où M. Ch. Gaillard a découvert de très-nombreux débris romains, et qui a dû être un port au fond de cet autre Morbihan, dont le goulet forme ce qu'on nomme la rivière d'Intel.

 

 

Hennebont

 

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 11:47


 

Je lie ces deux localités par un moyen bien simple : d'abord en suivant la voie de Corseul depuis Vannes  (voir Notes sur les voies romaines de Bretagne, par M. Louis-Jacques-Marie Bizeul, page n° 1 de Vannes à Corseul) jusqu'à son point d'intersection avec la chaussée Ahès, ou voie de Rennes à Carhaix par Castel-Noëc, puis en suivant la chaussée Ahès elle-même, ainsi que nous le verrons dans le chapitre VIII. Cependant ce point d'intersection qui n'est pas encore parfaitement déterminé, et qu'un renseignement place dans le voisinage du village de Kerturnier, à peu près à égale distance des bourgs de Plaudrain et de Saint-Jean-Brévelay ;

 

 

Saint-Jean-Brévelay : Kertumier

 

ce point, dis-je, qui se trouverait alors au Nord-Nord-Est de Vannes, m'inspirerait quelques doutes sur l'exactitude de la direction que je donne à la première partie de la communication entre Vannes et Carhaix. En effet, au lieu d'incliner à l'Est, cette direction devrait le faire à l'Ouest, à peu près comme la route moderne de Vannes à Locminé, pour rencontrer la chaussée Ahès quand elle se rejette au Nord-Ouest, entre Plumelin et Locminé,

 

 

Plumelin-Locminé

 

pour aller passer le Blavet à Saint-Nicolas-des-Eaux, sous Castel-Noëc.

 

 

Bieuzy : Saint-Nicolas-des-Eaux

 

La courbe serait infiniment plus douce ; mais, à moins de reconnaître une voie romaine dans la route de Locminé depuis Vannes jusqu'au-dessous de la chapelle de Colpo,

 

 

 

Colpo : Notre-Dame-de-Kerdroguen

 

où cette route coupe la chaussée Ahès, je crois qu'on aurait de la peine à lui trouver une autre direction à travers les communes de Plescop, Grand-Champ et Plumelin, où il ne paraît pas qu'on en ait reconnu jusqu'ici aucun vestige. J'ai peu parlé jusqu'à présent, et je ne parlerai guère plus des anciens itinéraires romains ; mon étude n'est pas là ; elle est sur notre sol, et quand j'aurai terminé la carte de nos anciennes voies, on pourra voir si elle a quelque rapport avec celle de Peutinger, ou avec l'Itinéraire d'Antonin, dont je me garderai d'entreprendre l'explication avant d'avoir bien reconnu tout ce qui reste de nos antiques chemins. Cependant je dois dire ici que s'il est vrai que Dartoritum soit Vannes, et que Vorganium soit Ker-Ahès, la communication que nous cherchons entre ces deux points ne laisse pas que d'offrir un certain intérêt, car nous voilà placés précisément sur la grande voie armoricaine indiquée par la carte de Peutinger. Cet intérêt augmente encore quand on pense que, entre ces deux localités et sur cette même voie, nous devons trouver la station de Suli

 

 

Carhaix

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