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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 07:42

     

 

...Parler du cidre en littérature,c'est évoquer Frédéric Le Guyader, fin lettré, souriant, philosophe. A ce fils de l'Arrée aux terribles légendes était réservée de faire voir qu'en Bretagne le rire, est souvent près des larmes et que notre Province sait être à l'occasion, truculente et robelaisienne. L'orateur cité de nombreux passages de la Chanson du Cidre, notamment des buveurs de Fouesnant luttant à coups de soupières et non plus d'écuelles... Il nous montre des buveurs plus modérés, celui de Taldir, par exemple, dont le maximum est dix pots.

 

     

 

 O cidre, ô liqueur d'or, septembrale purée,

Qu'il faut boire en son temps, par l'hiver épurée;

Salut, illustre vin des vieux vergers bretons, 

Vin que n'a point souillé la lèvre des Teutons!

 

Coule, coule à pleins bords dans les écuelles peintes;

Fais pisser les tonneaux dans les pots et les pintes!

O jus étincelant du fruit jaune et vermeil,

Ton culte est célébré de Moëlan à Beg-Meil:

 

Car tu mets en gaieté toute la Cornouaille,

Ce gras pays, nourri de bonne victuaille,

Quimperlé, Bannalec, Pont-Aven, Bénodet.

Tu règnes, triomphant, de l'Isole à l'Odet.

 

O cidre, tu rendrais les Espagnes jalouses, 

Car Gamache aurait fui les rives andalouses, 

S'il eut connu Fouesnant, pays des francs gosiers,

Digne de Rabelais et de ses Grandgousiers!

 

Pendant que l'alcool ternit les fronts moroses,

Tu changes en rubis le nez des trognes roses.

O cidre, ô grand ami! Cidre, aimé des Bretons,

Nous, soiffeurs assoiffés, soiffant nous ta chantons.

 

 

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 16:02

                                 

 

Chansons à danser le "bal"

 

Le «bal» se distingue du « rond » par le calme du mouvement. C'est une danse de repos après le trémoussement de la ronde. Aussi impose-t-elle à ceux qui l'exécutent une sorte de nonchalance cérémonieuse. Pendant la première partie de la mélodie, les danseurs forment le rond en se tenant par la main et avancent en marchant de côté ou marquent le pas; mais aussitôt que l'instrument attaque la première mesure de la seconde partie qui est une sorte de refrain, le ménétrier crie : Balancez ! A cet ordre, la chaîne se rompt et chaque danseur valse avec sa danseuse jusqu'à la reprise du couplet. Tout «bal» peut être dansé comme «dérobée». Il suffit que le violoneux en avertisse le public. Dans ce cas, on ne forme pas la chaîne comme ci-dessus; les couples se placent l'un derrière l'autre. Tant que dure le couplet, danseuse et cavalier avancent en se tenant par la main. Au cri de : Balancez ! les mains se quittent, on se mêle à plaisir et chaque danseur essaye de «dérober» la danseuse du voisin. En général, les couples se rétablissent promptement, mais quand ils sont nombreux, il arrive souvent qu'un danseur — et plus d'un, parfois — qui s'est vu enlever sa compagne ne parvient pas immédiatement à en «dérober» une autre. Exclamations, cris moqueurs, épithètes narquoises retentissent alors à l'adresse du malhabile qui, se faisant petit, circule, comme il peut, entre les couples et cherche à rejoindre au plus tôt la danseuse demeurée, elle aussi, en déroute, par suite de l'abandon de son propre cavalier. Voici quelques chansons pour le « bal » et la « dérobée ». 

 

 

 

 

1. — M'en revenant de Saint-Brieuc

 

M'en revenant de Saint-Brieuc, (bis) 

Te passis par, 

Falaridondaine, 

Nos champs de blé, 

Falaridondé ! 

 

Nos blés ne m'avons point hété <2j. 

Je m'asseyis 

Sur Féchalier. 

Voici venir trois cavaliers : 

Deux à cheval 

Et un de pied. 

Celui de pied m'a demandé : 

Donneriez-vous 

Un doux baiser ? 

— Nenni, car maman le saurait. 

— Oh ! dites-moi 

Qui lui Tdirait ? 

Oh ! dites-moi, qui lui l'dirait ? 

Le p'tit oiseau 

Qui vole au blé.

 

2. — Mal marié. 

 

Quand j'étais chez mon père, 

Garçon à marier, 

Je n'avais rien à faire, 

Laridaine, 

Qu'une femme à chercher, 

Laridé !  

Je n'avais rien à faire 

Qu'une femme à chercher. 

Maintenant, j'en ai-t-une, 

Laridaine ! 

Qui me fait enrager, 

Laridé ! 

Maintenant, j'en ai-t-une 

Qui me fait enrager. 

Elle m'envoie-t'à la chasse 

Souvent sans déjeuner. 

Elle m'envoie..., etc. 

Et le soir quand j'arrive 

Elle a toujours soupe, 

De la bécasse grasse, 

Du pigeon fricassé. 

— Les os sont sur la table, 

Jean, veux-tu les ronger ? 

— Oh ! nenni donc, ma femme, 

Je m'en vais me coucher. 

Me tourne à la muraille 

Et me mets à pleurer. 

— Ah ! pleure, mon Jean, pleure, 

Je vais te consoler : 

Tant que je serai jeune, 

Je me divertirai. 

Et quand je serai vieille, 

Je me retirerai 

Dans quelque presbytère, 

Chez un bon vieux curé 

Qu'aura du vin en cave, 

Du grain dans son grenier. 

Qu'aura du cidre à boire, 

Du lard plein son charnier. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Bâton de vert pommier

Mon père il m'a mariée. 

La fleur du genêt s'en va voler. 

La fleur du genêt 

S'en va, vole, vole, 

La fleur du genêt s'en va voler. 

A un vieillard point à mon hé (gré). 

La fleur, etc. 

Qui va-t-aux foires et aux marchés 

Sans jamais rien m'en apporter. 

Rien qu'un bâton de vert pommier 

Qui roule sans cesse à mes côtés. 

— Si tu me bats, je m'en irai, 

Et jamais plus ne reviendrai. 

 

La visite aux cabarets s'achève. A la sortie du bourg, au débit de boissons se trouvant le dernier sur le chemin conduisant à la maison où se donne le repas, on danse un peu plus longtemps afin de permettre aux retardataires de rallier le cortège. C'est alors que les mariés doivent passer leur monde en revue et s'assurer que tel gros bonnet à ménager (parrain, marraine, oncle à héritage, propriétaire de la ferme, etc.) n'est pas demeuré en arrière. Si le retardataire se fait attendre, le marié devra partir à sa recherche à travers le bourg, jetant un coup d'œil dans les auberges visitées, le découvrir coûte que coûte et le ramener avec de multiples démonstrations de respect. Il ne saurait être question de partir avant d'avoir toute sa parenté autour de soi. Laisser un proche sur la roule serait un manquement grave aux convenances. Le cortège peut enfin se reformer. On part, et les «chansons a la marche» reprennent de plus belle. Si le trajet est long, celles que nous avons entendues reviendront, sans doute sur les lèvres des chanteurs; mais il en est d'autres plus appropriées au moment et c'est par celles-ci que l'on commencera. 

 

Mon père a fait faire un étang. 

iLa mariée s'en va' devant (bis). 

iLa mariée s'en va, s'en va, 

Son parrain, sa marraine, 

La mariée s'en va gaiement 

Et c'est moi qui l'emmène. 

Mon père a fait faire deux étangs, etc. 

 

 

 

La route que suit la noce croise peut-être celle conduisant à la maison d'où la « jeune femme » est partie le matin, les larmes aux yeux. A l'arrivée au carrefour, la mariée doit essayer de prendre la direction du logis paternel. Il se produit alors entre elle et le garçon d'honneur une lutte aimable qui se termine évidemment à l'avantage du dernier. Le cortège qui marquait le pas en attendant la fin de la lutte s'ébranle de nouveau et chante à pleine voix en guise de leçon à la mariée

 

II a fleuri l'oranger. 

C'est au Breuil qu'il faut aller. 

0 cœur volage, 

C'est au Breuil qu'il faut aller 

Tenir ménage. 

Le nom en italique mis arbitrairement ici pour servir d'exemple est bien entendu celui du village où va s'établir le nouveau foyer. Pour entrer dans le vers et s'appliquer parfaitement à la mélodie, ce nom ne devrait avoir qu'une syllabe. Il est, dans la plupart des cas beaucoup plus long; mais la difficulté n'est pas insurmontable pour nos chanteurs que n'intimident ni n'embarrassent les plus audacieuses contractions

 

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 12:19

     

 

 

 

 

 

 

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 09:54

 

 

     

     

   

     

     

 

     

     

     

     

     

 

La première photo a été réalisée par les services du patrimoine de Bretagne

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 08:57

     

     

     

     

     

     

     

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 21:37

 

 

 

 

 

 

Né le 29 mars 1878 à Morlaix, M. Jules Boucherit reçoit les leçons de sa mère et de M. Lefort, entre très jeune au Conservatoire national de musique, dans la classe de M. Garcin À partir de 1915, il a joué en trio avec le pianiste Maurice Dumesnil et le violoncelliste André Hekking. En 1890, il entra au conservatoire, où il obtint son premier prix deux ans plus tard. En 1894, il devint violon solo de l'Orchestre Colonne et entame une carrière internationale qui le mène à se produire avec Alfred Cortot ou Magna Tagieferro. Nommé professeur de violon au Conservatoire de Paris en 1920, il abandonne sa carrière de soliste pour se consacrer à l'enseignement qu'il pratique également à l'Ecole normale de musique ou au Conservatoire d'été de Fontainebleau...Notes de Larousse. Durant l'occupation, il cache chez Magda Tagliaferro à Bourron-Marlotte de jeunes musiciens juifs, en 1942, les étudiants juifs vinrent tous s'installer avec le professeur dans cette résidence. Ils y demeurèrent jusqu'à la libération. Non content de leur donner des cours, Jules Boucherit leur assurait le gîte et le couvert. Fait remarquable, aucun des domestiques, aucun des voisins ne dénonça aux autorités les habitants illégaux de la villa. Après la guerre, le professeur Boucherit épousa en 1956 une de ses élèves juives, Denise Soriano, qui devint à son tour violoniste de renom et professeur ves, Denise Soriano, qui devint à son tour violoniste de renom et professeur.

 

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 19:52

 

 

Chansons à danser en rond

 

1. — L'Ermite galant. 

 

Faut-il voir dans cette chanson très curieuse une de ces compositions satiriques où Ton se gausse à peu de frais des gens d'église?... On y sent passer moins d'ironie que de méprisante et même cruelle sévérité. En tout cas, elle ne date pas d'hier : l'ermitage «Près de chez mon père», ou, comme dit une variante «Derrière chez mon père», le bûcher et l'envoi des cendres au vent nous reportent passablement loin. Pour leur rendre toute leur vie, ces couplets me semblent devoir être mis sur les lèvres d'une jeune châtelaine dont le manoir paternel couvre de la protection de ses tours quelque modeste prieuré blotti au creux d'un vallon, à la limite du domaine seigneurial. Derrière les murailles grises du couvent, des ermites de saint Antoine ou de saint Augustin préparent à la vie religieuse cinq ou six cadets de noblesse ou gentils hommes sans fortune

 

 

 

Près de chez mon père il y a, 

Près de chez mon père il y a 

Un ermitage, 

Latrala ! 

Un ermitage, 

Lanla ! 

Tous les moines qui sont dedans 

Sont des novices. 

 

L'un d'eux qui n'a pas encore beaucoup de barbe s'ennuie fort à dire des psaumes et regarde souvent le chemin du manoir. Un jour de promenade, il s'enhardit jusqu'à pénétrer chez la jeune châtelaine. 

 

Le plus jeune est venu me voir, 

Le plus jeune est venu me voir 

Dans ma chambrette, 

Latrala ! 

Dans ma chambrette, 

Lanla

II s'est assis auprès de moi. 

Et moi d'en rire. 

— Si t'as de l'amitié pour moi, 

Faut me le dire. 

— De l'amitié que j'ai pour toi 

Le cœur me brûle. 

 

Après avoir obtenu de l'imprudent un aussi condamnable aveu, la demoiselle qui n'entend pas badiner lui annonce le châtiment qu'il vient d'encourir. Elle sait que l'Eglise voue certains grands coupables au supplice du feu et à la dispersion des cendres. Alors... Pourtant ici, le cas n'est pas tout à fait clair puisque le jeune amoureux n'est encore que novice. Mais il porte déjà le froc. C'en est assez pour elle; et la belle inhumaine se débarrasse de l'importun en lui parlant comme ferait un juge de l'officialité, à cette différence près que dans la sentence inquisitoriale le four à pain de la ferme voisine ferait place à un considérable monceau de bûches et de fascines bien sèches : 

 

Je te frai mettre en un four chaud 

Par la fournière, 

Latrala ! 

La boulangère, 

Lanla ! 

Je te brûlerai si menu, 

Comme de la cendre, 

Latrala ! 

D'ia menue cendre, 

Lanla ! 

Je t'enverrai venter au vent 

Par mes servantes, 

Latrala ! 

Sur les grand' landes, 

Lanla 

Je t'enverrai vers ton pays 

Chercher tes rentes, 

Latrala ! 

Tes menues rentes, 

Lanla ! 

 

La chanson s'achève par ce vilain reproche fait au malheureux de n'avoir que de «menues rentes». Comme le folkloriste supprimerait ou modifierait volontiers cette fin triviale s'il n'était tenu par loyauté professionnelle à livrer tout ce qu'il recueille et à le livrer tel qu'il le rencontre ! 

 

2. — Le Fils du Roi s'est endormi. 

 

Chanson de soldats composée, sans doute, pour la marche et appliquée par la suite à un air de danse. Le premier vers de chaque couplet emprunte la mélodie de la chanson qui précède. 

 

 

 

Le fils du roi s'est endormi (bis), 

(Lan la, la tir, lan la, 

Là haut sur ces montagnes. 

Mais il n'a pas toujours dormi (bis), 

iLan la, etc. 

Il a pris une ville. 

Dedans la ville qu'il a gagnée, 

L'y a des jolies filles. 

L'y en a une, l'y en a deux, 

La troisième est gentille. 

iLe roi l'a-t-envoyée chercher 

Par quatre de ses gens d'armes. 

La belle n'a pas voulu venir 

Ni pour trois, ni pour quatre. 

)Le roi l'a-t-en envoyée chercher 

Par un beau capitaine. 

— Buvez, la belle, buvez-en donc 

Du vin de nos armées. 

— Oh ! nenni, je n'en boirai pas, 

Je s 'rais fille abusée. 

— Fille abusée vous n'serez pas, 

Vous serez mariée. 

Mon père a bien cinq cents moulins, 

J'en serai la meunière. 

Mon père a bien cinq cents moutons, 

J'en serai la bergère. 

Mon père a bien cinq cents maisons, 

J'en serai l'héritière. 

M'en aller avec des soldats, 

Ce n'est poïnt mon affaire. 

 

3. — La Bergère et le Forestier. 

 

Voici maintenant une pastorale bien naïve, non dépourvue cependant de quelque fraîcheur. Elle n'aboutit malheureusement pas où l'on voudrait. A l'entrée en scène du «forestier», on s'attend à une idylle. Rien de tel. Ce qui suit est parfaitement dénué de tout relief. A noter que les deux derniers couplets seulement abandonnent l'assonance en ette maintenue jusque-là. N'auraient-ils pas remplacé des vers d'une galanterie un peu trop franche ?

 

 

Mon père il m'a louée, 

0 gai ! le roulanla, 

Le roulanla, la diguedou, 

A garder brebiettes. 

Je n'pouvais les garder, 

0 gai ! etc. 

Car j'étais trop jeunette. 

Ont passé dans le bois 

Par une brèche ouverte. 

Je m'en fus les chercher, 

Cueillant la violette. 

Je n'en pris que trois brins, 

Je n'savais où les mettre. 

Je les mis dans ma main, 

Ma main dans ma pochette. 

iLe forestier du bois 

M'a bien vu les y mettre. 

« Bergère, m'a-t-il dit, 

Tu m'y paieras dommage. 

— Hé ! comment le payer ? 

Je n'ai point d'héritage. 

« Mon père ne m'a laissé 

Qu'un chat borgne et sauvage 

Qui court par ces villages.

 

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 17:59

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 06:17

La comtesse Geneviève de Méhérenc de Saint-Pierre naquit à Pléguien  le 14 mai 1872, fille du vicomte Henri de Méhérenc et de dame Marie Mathilde d'Espivent de La Villesboisnet, qualifiée d'anticonformiste, cette passionnée de culture bretonne envisagea dans un premier temps de rentrer dans les ordres mais y renonça et elle finit par se marier le 9 janvier 1910 à Plouagat avec Joseph Marie Potiron de Boisfleury. Voici la biographie que nous laisse Claire Arlaux, Une amazone bretonne, Vefa de Saint-Pierre (1872-1967), Coop Breizh / Keltia graphic, Spézet, 2000

 

   

 

Qualifier de personnage anticonformiste cette aristocrate de vieille souche bretonne n’a rien d’un euphémisme. Née en 1872 dans une famille de la noblesse légitimiste – son père est alors un proche du comte de Chambord, le prétendant au trône de France après la chute du Second empire -, Geneviève (Vefa) de Méhérenc de Saint-Pierre se distingue très vite par un fort caractère et se rêve en aventurière. Sa gouvernante de Pléguien, où se trouve le château familial, devra ainsi user de moult stratagèmes pour la dissuader, à dix ans, d’embarquer comme mousse sur un cargo de Pontrieux. Mais, dans son milieu, lorsqu’on est une femme, on n’a guère le choix qu’entre les ordres et le mariage. Vefa de Saint-Pierre se laisse d’abord séduire par le service de Dieu et rejoint les Oblats de Saint-François de Salles. En 1899, elle fait partie d’une mission en Équateur. Mais la grâce se faisant attendre, elle ne prononcera jamais ses vœux définitifs. En 1905, elle renonce à sa vocation religieuse. Dans son milieu, ce genre de décision a un parfum de scandale. Pourtant, Vefa de Saint-Pierre rebondit. Elle publie ses premiers articles, des souvenirs de l’Amérique du Sud. L’année suivante, elle traverse à nouveau l’Atlantique avec, dans ses bagages, son fusil. Car Vefa De Saint-Pierre est une passionnée de chasse et une fine gâchette. Arrivée aux USA, elle y rencontre d’ailleurs le président Théodore Roosevelt, lui aussi grand amateur de vénerie. C’est lui qui la conseille sur les calibres à employer pour tirer le gibier local. Notamment contre les orignaux et les ours que Vefa s’en va ensuite traquer dans le grand Nord canadien. Elle en abattra quelques uns, dont un orignal qui la chargeait. La presse américaine s’intéresse à cette étonnante comtesse, qu’elle qualifie de «modern Diana». Par la suite, Vefa de Saint-Pierre continuera d’assouvir sa passion des voyages à l’occasion de reportages pour des revues catholiques. Elle effectuera même un tour du monde. Des périples au cours desquels elle ne manque jamais de rencontrer les communautés bretonnes éparpillées sur le globe. Car, outre la chasse, Vefa de Saint-Pierre a une autre grande passion : la Bretagne. Elle lui est née lors de ses années d’adolescence à Paris, lorsqu’elle ne supportait pas les quolibets adressés à de jeunes immigrées bretonnes de condition plus modeste. Bien plus tard, elle apprend le breton, rentre au gorsedd de Bretagne comme bardesse sous le pseudonyme de Brug ar Menez du « la bruyère des Montagnes noires », et soutient activement le mouvement catholique Bleun brug de l’abbé Perrot. Un engagement breton qui prenait parfois des aspects plus militants. Ainsi, elle effectuait des dons importants aux écoles catholiques de la région de Châteauneuf-du-Faou, à la condition que la langue y soit enseignée. En cachette, elle subventionnait aussi le mouvement laïc Ar Falz, qui travaillait à l’enseignement du breton dans les écoles publiques. Après guerre, Vefa de Saint-Pierre soutint activement le cercle celtique de Spézet, baptisé « Brug ar menez » en son honneur.

 

   

 

Elle est aussi à l’origine du premier acte notarié bilingue, en 1949, la vente d’une parcelle contenant un menhir à la Société d’histoire et d’archéologie du  Dans ce pays de centre Bretagne, où le mythe ne cesse d’affleurer et où la légende ne tarde jamais à s’accaparer les meilleures histoires, Vefa de Saint-Pierre ne pouvait passer inaperçue. La plupart du temps vêtue de vêtements masculins, coiffée d’un chapeau qu’elle ôtait comme un homme pour saluer les passants, munie d’une voix de stentor, elle impressionnait dans le bourg de Spézet. Son côté masculin lui valut d’ailleurs le surnom imagé de c’hillcoq, «demi coq» et son mariage malheureux – il ne dura que quelques semaines, avant d’être annulé pour incompatibilité d’humeur -, continue d’alimenter toutes les spéculations. Ses exploits de chasseresse ont également marqué les esprits et, dans le pays de Spézet, on se raconte toujours cette fois où elle aurait tué un sanglier à la dague. Ou cette fameuse journée d’octobre 1910, lorsqu’elle fit face à quatorze sangliers et en tua trois ! Personnalité généreuse et parfois excentrique, Vefa de Saint-Pierre était aussi une maîtresse femme…

 

Un foyer breton et européen

Passionnée, voir exaltée, lorsqu’elle évoquait son pays, Vefa de Saint-Pierre fut une véritable dame patronnesse pour le mouvement breton. Elle recevait régulièrement des intellectuels bretons dans son «hôtel celtic» de Saint-Brieuc et son manoir de Spézet. Elle avait pour confesseur l’abbé Louis Le Floch, recteur de Louannec. Docteur en philosophie, licencié en théologie, cet ecclésiastique était alors un des meilleurs poètes de langue bretonne sous le nom de plume de Maodez Glanndour. Il était aussi un ardent défenseur du breton. C’est donc à lui qu’elle confia, à la fin des années 1950, la tache d’animer de Menez Kamm où, l’âge faisant, elle ne se rendait plus guère. Selon sa biographe, Claire Arlaux, Vefa de Saint-Pierre songeait en effet « à laisser derrière elle une trace concrète, une pierre à l’édifice culturel, une œuvre utile pour les générations futures. De son manoir, elle rêvait de faire un lieu de rencontre où toute la jeunesse du pays pourrait séjourner pour apprendre et parler les langues celtiques. Où l’on accueillerait des groupes venus de tous les pays du monde pour s’enrichir de leurs différences. »

 

   

 

Vefa de Saint-Pierre exige qu’on ne chante pas la Marseillaise ou qu’on ne hisse jamais le drapeau français sur son domaine

 

La tache avait de quoi effrayer pourtant, car l’état général du manoir est mauvais faute de réparations depuis la guerre. Dans un premier temps, les visiteurs n’y séjournent d’ailleurs que l’été. Le domaine accueille les camps d’été interceltiques de Skol ar Vretoned, puis des scouts Bleimor, parmi lesquels figure un jeune sonneur, Alan Cochevelou, qui se fera bientôt connaître sous le nom d’Alan Stivell et reviendra y jouer dans les années 1970. En 1961 est créé Kedevrigeh vreizhat a Sevenadurezh, l’association bretonne de culture dont la présidence est confiée à l’abbé Le Floch, assisté de Per Denez, Madeleine de Saint-Gal et Jeanne Quiellé. La comtesse leur loue Menez Kamm pour un loyer symbolique - un franc par an ! – et renouvelable pendant trente-huit ans. Vefa de Saint-Pierre y a cependant mis quelques conditions : interdiction de toucher à la cheminée sculptée, d’utiliser la chapelle à d’autres fins que le culte catholique. Elle exige aussi qu’on ne chante pas la Marseillaise ou qu’on ne hisse pas le drapeau français sur son domaine. Hormis ces détails, les responsables de l’association ont toute latitude pour aménager le lieu. Ils vont s’y atteler et faire appel à toutes les bonnes volontés pour restaurer le manoir, avec des soutiens venus parfois de loin. Dès 1965, un groupe de jeunes Flamands, encadrés par Pol Van Caeneghem, viendra ainsi donner un fort efficace coup de main annuel pendant plus d’une dizaine Nous venions ici pour découvrir la culture bretonne, la langue et la musique de ce pays, rencontrer des gens, expliqua ce dernier à Yannig Baron. Pour un Flamand, ce lieu était très exotique. D’ailleurs, pour nous qui venons du plat pays, les Montagnes noires, c’était un peu l'Himalaya»

Dès cette époque, en effet, le plrojet n’a pas seulement une vocation bretonne, mais aussi européenne. Une inflexion due, en grande partie, à Per Lemoine, un jeune militant breton, ancien résistant et engagé dans la défense des minorités en Europe. Cet architecte quimpérois va s’investir avec passion dans le projet culturel de Menez Kamm. « Au début des années 1960, se souvient ce dernier, la comtesse m’a demandé un jour : « Mon petit, est-ce que vous pourriez faire quelque chose pour Menez Kamm ? ». J’ai eu l’idée de créer une sorte de centre des minorités européennes. Je voulais construire un village international, avec des pavillons financés chacun par une minorité. Cela aurait constitué une belle vitrine pour tous ces peuples. La comtesse était prête à nous vendre sept hectares, en bordure du domaine. Nous avons donc monté une société civile immobilière. J’avais récolté le financement nécessaire pour trois pavillons. Nous devions lancer le projet lorsque nous aurions eu un accord pour six, mais la mort de la comtesse a hypothéqué le projet, d’autant que le domaine devait revenir à sa famille. »

 

 

La comtesse Vefa de Saint-Pierre s’éteint en 1967. Chez les responsables de l’association KVS, le découragement pointe alors face l’ampleur de la tâche, à savoir entretenir et animer cet important bâtiment sans la moindre subvention.

 

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 19:26

 

 

 

 

 

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