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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 08:27

 

 

 

 

 

Fils d'un marchand drapier émérite établi à Vitré, Pierre Landais y naquit vers 1430. Âgé de vingt ans environ, il recueilli la succession paternelle et eut l'occasion d'être présenté au duc d'Estampes cousin des ducs François Ier et Pierre II de Bretagne. Les deux jeunes gens étaient sensiblement de même âge, ils sympathisèrent et très vite cela permit à Pierre Landais d'être désigné garde-robier de ce prince très élégant. Puis adviendra ce 26 décembre 1458 à Nantes : la mort du vieux duc Arthur III, jadis titré comte de Richemont, puis connétable de France. C'est son petit neveu François d'Etampes qui recueilli la succession, permettant ainsi à Landais son protégé d'accéder à la charge de grand trésorier  de Bretagne et de receveur général en 1460. Une opportunité pour le puissant drapier ambitieux, de bénéficier ainsi d'un poste si convoité. Cependant le nouveau duc, François II n'accordait guère d'intérêt aux affaires d'état, rares furent ses présences au Conseil ducal. On prétend que de 1481 à 1485 il n'aurait pris part à ces assemblées que trois fois, se tenant au courant des décisions prises par ses collaborateurs : le chancelier Guillaume Chauvin et le trésorier général Pierre Landais. En réalité deux adversaires n'eurent de cesse de s'entre-déchirer ! Il est vrai que Landais n'hésitait pas à augmenter ses avantages en accomplissant d'autres charges temporaires fiscales : recette générale des fouages, recette ordinaire de Rennes, trésorerie des guerres.

 

   

 

C'est au château de l'Hermine à Vannes -ci dessus, que  ce 5 avril 1484 Landais fit périr dans une extrême misère le chancelier Chauvin, malgré l'intérêt que le roi de France et tous les honnêtes gens prenaient à son sort : ce magistrat ajoute Jean Ogée était probe, savant et vertueux. On dit que, dans une dispute, ces deux ministres s'étaient mutuellement prédits la fin malheureuse qu'ils eurent. Tout opposait effectivement les deux adversaires, l'un issu de la vieille noblesse soutenait les prétentions françaises, alors que l'autre considéré comme rôturier, n'avait que pour seul objectif de marier la jeune héritière du duché à un prince anglais ou au duc d'Orléans. Avide de puissance, Landais entretenait une flotte imposante sans oublier les possessions immobilières dont maisons à Vitré, hôtels à Rennes et à Nantes, manoirs et châteaux dans les sénéchaussées de Rennes et de Nantes, îles en Loire et marais salants en Vannetais. A la mort de Pierre Landais, la plupart de ses biens échurent à la fille unique qu'il avait eue de Jeanne de Moussy, Françoise Landais qui avait épousé Arthur L'Epervier, seigneur de la Bouvardière, grand-veneur de Bretagne. (Données fournies par Loire Atlantique département). Landais était disent ses adversaires un homme faux, impérieux ou rampant, selon l'intérêt du moment. Menacé par les seigneurs bretons qu'il humiliait, il avait pensé marier la jeune duchesse Anne au duc d'Orléans et l'avait appelé à son secours. Le puissant duc Jean de Rohan ne l'entendait pas ainsi et souhaitant recueillir le trône ducal pour sa postérité, il mit en place le projet que la jeune duchesse épousa son fils aîné.  Le maréchal de Rieux, neveu de Rohan, soutenant ce projet de même que d'illustres seigneurs rassemblèrent les troupes favorables à cette décision et s'en furent combattre les troupes misent en place par le duc de Bretagne.  Mais au moment où ces troupes bretonnes allaient se battre, les chefs presque tous apparentés furent pris de remord : le  favori du faible maître devait être livré aux tribunaux. Le duc François II fut impuissant à pouvoir sauver son protégé et  des seigneurs lassés de la tyrannie de Landais et assistés du nouveau chancelier François Chrétien se rendirent au château de Nantes, y entrèrent et pénétrèrent jusque dans la chambre ducale. Le peuple s'assembla alors dans la cour du château pensant que leur duc était menacé, mais quand celui ci déclara par une fenêtre qu'il ne courait aucun risque, et apprenant que c'était son trésorier qui était recherché, ce même peuple cerna le château manifestant alord une grande joie. Pendant ce temps Landais terrorisé se réfugia dans l'appartement du duc qui l'enferma dans une armoire dont il prit la clef, mais face aux exigences de son peuple il livra son trésorier. Une commission fut nommée pour le juger. Tous les crimes qu'on lui imputait furent consignés et le 19 juillet 1485, il fut condamné à être pendu en prairie de Biesse à Nantes. (Anquetil). Quoi qu'on pense du personnage, un fait est avéré, grâce à lui,  la Bretagne prospéra économiquement et devint au cours de cette période l'état le plus opulent d'Europe avec les Flandre... et un pays abondant est forcément convoité....        ,

 

      

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 21:04

 

 

 

Il devenait difficile, dans ces conditions, de leur refuser l'appellation sinon la qualité de noble. Ils ne se firent d'ailleurs pas faute de se les attribuer eux-mêmes suivant une progression connue ailleurs. Dès 1462, Jamet Thomas, rendant un aveu pour les terres qu'il possédait à Nantes, se qualifiait de noble homme» et moins de dix ans plus tard ce n'était plus Jamet Thomas, bourgeois de Nantes, qui siégeait au milieu de ses collègues du conseil de la ville, -mais le prestigieux «monseigneur du Saz», titre qui désigna aussi son fils après 1487. Et si à la génération suivante François Thomas abandonna le titre de «noble homme» pour celui, combien plus avantageux, d' écuyer il ne faut voir là que l'aboutissement logique d'une évolution aussi naturelle qu'irrésistible. Restait pourtant à régler la question du patronyme. Thomas fleurait le roturier et rappelait plusieurs générations de manieurs d'argent, antécédents fâcheux pour un «seigneur du Saz et de la Chollière». Thomas d'Orson flattait davantage, le second membre du nom finissant par étouffer en quelque sorte l'inélégant Thomas. C'est, avons-nous dit, l'explication la plus probable de la requête de François Thomas, dont les arguments nous ont paru bien minces pour être pris au pied de la lettre. Nous avons tenté de retrouver aux Archives départementales de la Loire-Atlantique et aux Archives municipales de Nantes les documents originaux susceptibles de vérifier le bien-fondé de la requête de François Thomas. Ces recherches nous ont amené à des constatations pour le moins troublantes. Il est vrai que la plupart des pièces relatives à l'activité des premiers Thomas ont aujourd'hui disparu : aucune trace de Georges, le fondateur de la lignée; disparu (?) le contrat de mariage de Jean et de Guillemette Barbe auquel fait allusion François; perdus les comptes de la ville de Nantes à l'audition desquels assistait vers 1420 Jean Thomas, tout comme le «contrat d'acquest» passé par lui et signé du notaire nantais Jamet Lamoureux. Mais deux découvertes intéressantes sont venues récompenser nos efforts : un contrat par lequel Jean Thomas et Jeanne, sa femme, prirent à ferme une écluse et sa pêcherie à Nantes en 1409, d'une part; le procès de 1412 auquel notre attente, et aux affirmations de son descendant, dans aucun de ces documents Jean ne «s'intitule en sournom Thomas d'Orson». De plus, si le premier acte a perdu son sceau, ce qui nous prive d'un renseignement de premier ordre, il nous a conservé, très lisible, le «signe manuel» du personnage, dans la formule «Jean Thomas voir est» qu'il n'est pas possible de confondre avec Jean Thomas d'Orson. Or cet homme et le «bezaieul» de François Thomas ne font qu'un, nous l'avons fermement établi. Que le doute subsiste malgré tout en raison du caractère fragmentaire de la documentation, c'est certain; mais ces constatations n'en demeurent pas moins troublantes et nous conduisent à juger avec beaucoup de scepticisme la poursuite de l'argumentation de François Thomas. Il n'est pas impossible en soi que l'incurie d'un tuteur malveillant ait laissé se perdre le second membre du nom de son pupille, mais on comprend mal que Jamet Thomas, par ailleurs si attaché à recouvrer tout ce qui lui venait de ses ancêtres et si soucieux de ses intérêts matériels, n'ait pas songé à revendiquer le nom de son propre père. Comment expliquer d'autre part que pendant deux générations, les Thomas, à l'apogée de leur gloire, n'aient pas même pensé à fonder, sur ce qui aurait été leur patronyme d'origine, des prétentions à la noblesse qu'ils affirmaient avec force par ailleurs ? Le souvenir de la forme véritable de ce nom était-il encore trop récent pour qu'une supercherie fût possible ? Car nous sommes tenté de conclure dans ce sens : la requête  de François Thomas reposerait en fait sur une mystification montée et réussie par un personnage soucieux de donner une allure plus aristocratique à son nom. Les exemples ont existé ailleurs de procédés semblables. Que le roi affirme dans son mandement, avoir fait examiner à la chancellerie de Bretagne les pièces justifiant les prétentions de son « ame et féal » sujet, n'exclut pas une telle hypothèse. La place occupée par les Thomas dans l'administration bretonne et les appuis dont ils y disposaient ne purent-ils contribuer à tourner cette difficulté ? Au demeurant, le pouvoir central n'avait-il pas intérêt à se montrer bienveillant envers les fidèles serviteurs de l'Etat breton ralliés à la monarchie française... surtout quand celle-ci leur était redevable de plusieurs milliers de livres tournois ? Le destin anéantit les espoirs de François Thomas d'Orson en lui refusant la descendance capable d'illustrer le glorieux patronyme. François vivait encore en 1524, année où il rendit un aveu pour les rentes qu'il possédait à Nantes. Mais, quelques années plus tard, les biens des Thomas étaient passés aux mains d'autres lignages, sans que nous ayons pu déterminer la façon dont s'est opéré le transfert. La famille Thomas d'Orson paraît s'éteindre naturellement avec François, leur nom disparaissant totalement des documents après 1524. Etrange destinée que celle des Thomas, retournés au néant d'où ils étaient sortis un siècle et demi plus tôt, après cinq générations d'ascension sociale ininterrompue. Mais le sort final de la famille ne modifie en aucune manière les conclusions que nous inspire son étude. Nous voulons voir en elle l'image même de bien des familles d'officiers, aussi bien en Bretagne que dans le royaume voisin. Sorties de l'ombre au cours de la seconde moitié du XIVe siècle, au temps où les administrations princières réclamaient de plus en plus d'hommes aussi solvables que compétents, ces familles, enrichies par le négoce et la spéculation, virent leur fortune s'accroître en même temps que s'élevaient les responsabilités auxquelles elles étaient appelées. L'exemple des Thomas nous a montré le rôle capital joué par les relations d'affaires et de parenté dans la réussite de ces familles d'officiers; il nous a permis de mesurer aussi l'extrême densité de leurs activités et le labeur quotidien qui leur a valu de s'affirmer ; un labeur inséparable des efforts déployés par elles pour faire consacrer officiellement une promotion sociale indissociable de leur réussite économique et professionnelle.  

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 20:33

 

 

Une ascension sociale irrésistible

 

 

 

En rappelant d'entrée de jeu à Louis XII les services accomplis par ses ascendants dans l'administration bretonne, François Thomas espérait ne pas flatter en vain un ingrat. Mais l'exercice d'un office, d'un office de finances surtout, ne constituait pas en soi une référence suffisante pour se faire reconnaître une place au sein d'une aristocratie volontiers dédaigneuse envers les parvenus de cette nature. Faire sentir au roi que durant tout le siècle passé les Thomas avaient brillamment illustré le nom de leurs «ancêtres» Thomas d'Orson, et que la noblesse bretonne n'avait nullement dédaigné leur commerce, relevait d'une démarche plus élaborée, et mieux appropriée à son sujet. Tactique habile donc, mais initiative heureuse pour l'historien aussi, qui se voit offrir par François Thomas, sur le milieu social des officiers de finances, une mine de renseignements précieux, dont l'intérêt dépasse, à nos yeux, le simple cadre de la famille Thomas. Il va de soi pourtant que, recherchant un but précis, le dernier descendant des Thomas passe sous silence les détails susceptibles de contrecarrer ses plans. S'il met en avant la richesse de ses ancêtres (Jamet Thomas ne réclamait-il pas à son tuteur 20 000 francs correspondant aux détournements opérés par ce dernier pendant l'exercice de la tutelle, une véritable fortune qu'auraient enviée bien des lignages nobles ?) il se garde de préciser l'origine de celle-ci, à notre grand regret au demeurant. Car les documents restent trop imprécis dans ce domaine. Il y a de fortes chances pour que leur succès soit à mettre en relation avec leur profession de monnayeur, mais l'explication ne saurait se suffire à elle-même. Très tôt, les activités des Thomas se diversifièrent et la monnaie ne fut bientôt plus qu'une des cordes de leur arc : certains faits nous permettent de l'affirmer, sans jamais autoriser pour autant une analyse détaillée de leurs affaires Comme la plupart des officiers de finances bretons, les Thomas ne manquèrent pas de chercher fortune dans la «marchandise» et nous sommes tenté de voir dans cette activité la base initiale de leur réussite. Leur position à Nantes et à la cour ducale assurait des débouchés commodes à leur commerce qui profitait par ailleurs largement des faveurs réservées par les ducs à leurs proches collaborateurs. Les guerres soutenues par le duché à la fin du XVe leur fournirent à plusieurs reprises l'occasion de réaliser de substantiels bénéfices, dont témoignent les comptes des miseurs de la ville de Nantes. Mais les directions de leur commerce nous échappent à peu près totalement, de même que leurs relations d'affaires lointaines. Faut-il tirer quelque enseignement du mariage de Jean Thomas avec une dénommée «Jehanne de Guitres, des parties de Navarre», ou des contacts épisodiques de Jamet et Gilles avec les marchands de basse Bretagne ou avec ceux de Tours et d'Angers ? Officiers et marchands, les Thomas ne dédaignèrent pas non plus de chercher de nouvelles sources de revenus dans les possibilités' de spéculation qui s'offraient à eux. Comme bien d'autres officiers, ils s'intéressèrent aux fructueuses fermes des impôts ducaux, qu'ils prirent en association avec leurs amis nantais. Leur situation à la cour et leur réputation d'administrateurs leur valurent plus d'une fois de disposer d'importantes liquidités, qu'en banquiers ils purent même profiter de la détresse financière de l'Etat breton pour spéculer sur la monnaie et le métal précieux. En définitive, tous les moyens -commerce, monnaie, spéculation, maniement des deniers publics ou privés -paraissent avoir été jugés bons par les Thomas pour constituer et accroître leur fortune. Les alliances matrimoniales qu'ils contractaient tendaient au même but, tout en contribuant à favoriser leur ascension sociale. Qu'elle est riche d'enseignements, la série de leurs épouses, dont nous entretient François Thomas dans sa requête ! Philippée de Monceaux, qui inaugura la liste, appartenait à l'une de ces familles d'ancienne noblesse, originaires du pays nantais, dont le blason commençait de se ternir -mais c'était tout de même un blason aux yeux de Georges Thomas ! -si l'on en juge par le nombre de ses membres cherchant fortune dans les armées françaises, la carrière ecclésiastique, voire la «marchandise», à la fin du XIVe siècle. Il n'est pas surprenant dans ces conditions de les voir nouer des relations avec les Thomas. Philippée apportait à son époux, outre l'honneur d'un mariage noble, les avantages que procurait le commerce de parents influents : l'un des conseillers les plus écoutés de Jean IV et de Jean V, entre 1395 et 1416, ne fut-il pas Gacien de Monceaux, évêque de Quimper, personnage étonnant, capable à la fois de se concilier les intérêts du ciel grâce à sa réputation de sagesse et de talent, et de tirer profit malgré tout de ses dons de financier pour adoucir les conditions de son existence terrestre ! Un tel exemple ne pouvait qu'être suivi par Jean Thomas fils de Georges et de Philippée. Il dut faire la connaissance de sa première épouse, «Jeanne de Guitres des parties de Navarre» en fréquentant les milieux commerçants immigrés à Nantes vers lesquels les origines de sa famille le portaient peut-être volontiers. Le souci de ses intérêts bien compris dicta, à n'en pas douter, le choix de Jean. Le mariage avec Jeanne ouvrait aux Thomas de nouveaux horizons commerciaux, il apportait surtout à l'époux une dot si considérable qu'elle devait déchaîner les convoitises à la mort de sa femme. Veuf et sans héritier mâle, aux dires de François Thomas, Jean chercha la nouvelle épouse susceptible à la fois de lui donner une descendance et de servir ses ambitions. Il jeta son dévolu sur Guillemette Barbe, fille de Raoul, seigneur des Fossés. Là encore, le titre du père joua dans le choix de l'élue. Jeanne de Guitres avait apporté à Jean Thomas la fortune, Guillemette pouvait lui procurer la terre, les seigneuries indispensables à quiconque voulait se faire un nom. Les Barbe, en effet, avaient pignon sur rue à Nantes depuis la fin du XIVe siècle. Enrichis par le commerce , ils entretenaient aussi des relations dans les milieux de l'administration financière à Nantes et à la cour ducale. Le calcul de Jean se révéla judicieux : le hasard aidant, une partie des «héritages» qui faisaient tant défaut aux Thomas, mais dont les Barbe s'enorgueillissaient, tomba dans l'escarcelle des premiers. Les deux mariages de Jean Thomas nous paraissent décisifs pour l'avenir de la famille. L'argent apporté par l'un, les terres recueillies grâce à l'autre, accélèrent l'ascension sociale de ses descendants. Nous en voulons pour preuve la qualité des épouses de Jamet et de Gilles Thomas. Le premier demanda et obtint la main de Jeanne Le Ferron, fille de Geffroy, seigneur de Souche. Le parti en valait la peine : on ne pouvait mettre en doute l'ancienne noblesse de l'épousée qui était de plus nièce de prélat et fille d'un trésorier et receveur général de Bretagne de grande envergure. Le père de la mariée ne comptait plus les seigneuries qu'il possédait au sud de la Loire, et ses disponibilités financières étaient telles que, lorsqu'il lui fallut le rembourser des avances par lui consenties à l'Etat au temps de sa trésorerie générale, François II se vit contraint de lui livrer à ferme la riche baronnie de Fougères et les lucratives recettes d'Ingrnades et de Champtocé. Nous ignorons la date de ces heureuses épousailles qui ont précédé et favorisé l'accès de Jamet Thomas aux fonctions de haute responsabilité financière. Quant à Gilles Thomas, son mariage confirme l'impression, pour ne pas dire la règle, qui se dégage de l'étude des précédents. Il rechercha et on lui accorda la main de Jeanne du Celier, fille de Jean, seigneur du Bois. L'épouse était noble, le père illustre par ses antécédents de grand officier. Une carrière heureuse et rapide l'avait conduit à exercer successivement trois des fonctions les plus éminentes en Bretagne : celle de chancelier, celle de Président de la Chambre des comptes, celle de Président et juge universel de Bretagne enfin. De la pâle Philippée de Monceaux ou de Jeanne de Guitres l'étrangère, à la prestigieuse fille d'un chancelier de Bretagne, la progression de la qualité des alliances matrimoniales des Thomas a de quoi étonner. Elle répond en fait fidèlement à celle que nous avions constatée en étudiant leur carrière d'officiers, preuve, s'il en était besoin, du caractère indissociable des deux évolutions. Il est regrettable que François Thomas n'ait pas cru devoir rappeler l'identité de son épouse : le choix d'un homme plus soucieux encore que ses ancêtres de faire reconnaître la réussite de sa famille, ne pouvait manquer d'être révélateur. Car, en définitive, tel fut bien le fil conducteur qui sous-tendit l'activité des Thomas aussi bien dans l'exercice de leur métier que dans le choix de leurs épouses, depuis le temps de Georges, jusqu'à celui de François. Il s'agissait pour eux d'égaler en richesse et en prestige l'aristocratie de sang pour forcer ensuite les barrières qui les en séparaient. Leur démarche apparaît logique à l'historien, qui ne peut que constater le caractère irrésistible de leur ascension : la fortune, les privilèges, les rentes, les terres et les titres, telles en furent les étapes principales. Les affaires, les offices, les mariages mirent entre les mains des Thomas une fortune qui les désignait à l'attention de tous, aussi bien à Nantes qu'en Bretagne. Jamet Thomas ne réclamait-il pas, à sa majorité, 20 000 francs que son tuteur aurait détournés, profitant de la faiblesse de son pupille ? Le même Jamet ne fut-il pas le plus imposé des Nantais lors de l'emprunt de 1473 ? Gilles Thomas n'avança-t-il pas plus de 50 000 livres à l'Etat pendant les quinze mois de sa trésorerie générale ? Ne fut-il pas lui aussi le plus taxé des Nantais lors des deux emprunts forcés de 1489 ? Combien de nobles de sang pouvaient-ils fournir de telles références ? Si les Thomas ont revendiqué avec insistance à chaque génération la qualité de «monnoyer du duc», ce ne fut pas seulement pour sauvegarder un office dont la possession pouvait s'avérer lucrative, mais surtout pour rappeler les privilèges judiciaires et fiscaux dont ils jouissaient en vertu de leur statut. Dispensés de tailles et d'impôts comme tous les monétaires, justiciables d'un tribunal spécial présidé par le Général des monnaies, ils présentaient plus d'un point commun avec leurs modèles aristocratiques. Enfin, les rentes et les terres dans lesquelles ils investirent de bonne heure une partie de leur bien donnèrent vite à leur fortune une allure traditionnelle, de nature à faire oublier leurs antécédents de manieurs de deniers. Les Thomas recherchèrent de préférence les rentes nobles, celles que l'on tenait «a foy, homaige et rachat quant le cas y avient»; ils ne manquèrent pas de s'assurer la possession de droits seigneuriaux lorsque l'occasion se présentait de les acquérir et de solliciter du duc l'octroi des «franchise et exemption» nobiliaires pour les terres qu'ils achetaient. Mais ils s'efforcèrent avant tout de devenir propriétaires de domaines nobles, ceux-là même qui permettaient à leur détenteur d'accoler à son patronyme le titre de seigneur. Successivement les seigneuries de la Roche-des-Gorges, du Saz, de la Chollière et de la Chenuère vinrent s'ajouter à leur patrimoine

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 19:19

 

L'histoire a de ces caprices qui frisent parfois l'injustice. Elle nous conserve le souvenir d'hommes d'élite, politiques retors, généraux d'exception ou génies des arts et des sciences, personnages dont l'étoile, montée au firmament de la gloire, rejette dans l'ombre la figure de certains de leurs contemporains qui, s'ils n'ont pas atteint la renommée, ont malgré tout exercé une influence non négligeable dans la marche des Etats. Le duché de Bretagne n'échappe pas à la règle. Les Landais, Chauvin et autres Thierry illustrent, depuis que les travaux des historiens du siècle passé les ont tirés de l'oubli, la fin de l'indépendance bretonne. Les épisodes spectaculaires de leur existence, toute comme l'intensité dramatique des événements qu'ils ont vécus, les prédisposaient à cette destinée. On oublie volontiers, devant la personnalité des «vedettes» de l'actualité historique, l'action obscure, mais efficace, de ceux dont l'ambition a cru devoir se satisfaire de la gestion des grands offices d'administration et des avantages qui en découlaient. La famille Thomas de Nantes, que nous tenons aujourd'hui à replacer à son juste niveau, appartient à cette dernière catégorie : ses représentants ont atteint aux plus grands honneurs dans les dernières décades du XVe siècle, les historiens bretons les ont pratiquement ignorés. C'est un document en date du mois de mars 1510, un mandement du roi Louis XII, parvenu jusqu'à nous par l'intermédiaire d'un enregistrement au «livre rouge» de la Chambre des comptes de Bretagne, qui nous permet de retracer l'histoire d'une lignée d'officiers à la destinée exemplaire à plus d'un titre Ce mandement répond à une requête adressée au roi par l'un de ses sujets bretons, soucieux de retrouver, après deux générations d'oubli, ce qui aurait été le nom de ses ancêtres. Thomas d'Orson sonne incontestablement mieux que Thomas dans les milieux aristocratiques au sein desquels François Thomas entend se faire reconnaître une place. C'est sans doute là la motivation profonde d'une démarche dont il nous faudra apprécier le bien-fondé. L'impétrant se croit obligé de fournir les preuves de l'antiquité de son nom : à défaut de «quartiers», il énumère quatre générations de Thomas qui ont porté ou auraient dû porter le «sournom d'Orson». Il se trouve que ces personnages -Jean, Jamet et Gilles Thomas -du moins, sont bien connus de quiconque étudie les milieux financiers bretons. La requête de leur descendant, en confirmant la filiation des Thomas, mais aussi en détaillant avec complaisance pour chaque leurs alliances matrimoniales, invite à poser le problème de la réussite professionnelle et sociale d'une famille d'officiers de finances à la fin du Moyen Age.

 

 

Une lignée d'officiers de finances.  La principale raison qui décida Louis XII à exaucer les vœux de François Thomas et à lui donner la permission de se «nommer et appeller en sournom Thomas d'Orson», ce furent les «bons et agréables services que il et ses prédécesseurs ont fait a nous et aux autres roys, ducs et princes de ce pays». Ces services, le mandement royal le rappelle, ont été accomplis principalement dans l'administration financière du duché de Bretagne. Les documents que nous avons pu recueillir sur les Thomas, et qui nous permettent d'illustrer cette singulière supplique au roi, ne remontent malheureusement pas aussi loin qu'il eût été souhaitable. Georges ou Georget Thomas, trisaïeul du suppliant,, reste pour nous une énigme. Il faut reconnaître que son descendant n'a guère été loquace à son sujet, puisque, s'il a multiplié les précisions empruntées à la carrière et à la vie de Jean, Jamet et Gilles Thomas,il s'est borné à nous livrer le nom de l'épouse de Georges. Les actes relatifs aux affaires de ce dernier avaient-ils déjà disparu en 1510 ? C'est possible, en tout cas nous n'en avons découvert aucun. Nos informations ne débutent qu'avec le fils de Georges, Jean Thomas, paroissien de Saint-Saturnin de Nantes dans les années 1390-1420. Véritable fondateur de la fortune des Thomas, comme nous aurons l'occasion de le voir, il inaugura une tradition destinée à rester bien vivante dans la famille : celle de « monnoyer» des monnaies ducales. Nous ne pouvons préciser ses antécédents dans cette carrière, mais nous savons qu'en octobre 1406 il détenait la charge importante de «maître des monnaies de Nantes», et nous pensons que la qualité de monétaire a été l'un des facteurs essentiels de sa réussite et de celle de ses successeurs. Jamet, puis Gilles et même François Thomas, ne manquèrent pas de suivre les traces de leur prédécesseur. On voit le premier arguer de cette qualité en 1445 pour tenter d'échapper aux tailles que le duc levait à Nantes. L'avenir lui réservait un beau destin dans cette branche, puisque vingt ans plus tard nous le retrouvons «Général maître des monnoies de Bretagne», fonction qu'il exerça jusqu'à sa mort en 1474. Gilles Thomas, appelé dès le décès de son père à de multiples tâches, ne paraît pas avoir hérité de l'administration suprême des monnaies; il n'en négligea pas pour autant l'office héréditaire et jusqu'en 1486 remplit les fonctions de «garde de la monnoie de Nantes». Il n'est pas jusqu'à François Thomas, pourtant peu attiré par les tâches administratives, qui n'ait tenu à rappeler à ses concitoyens le statut particulier de sa famille, en se faisant nommer prévôt des monnayeurs de Nantes. Avec les profits qu'elle assurait et les avantages multiples qui en découlaient, la qualité de «monnoyer du duc» ne pouvait que servir l'ascension des Thomas. C'était un passeport non négligeable vers d'autres fonctions financières, qu'ils ne se firent . pas faute de briguer à tous les niveaux. Dans l'administration municipale d'abord. La requête de François Thomas nous apprend qu'au début du siècle Jean Thomas assistait à la reddition des comptes des miseurs de Nantes. Il était doncl'un des membres du conseil des bourgeois de la ville spécialisés dans l'audition des comptes municipaux : ses concitoyens reconnaissaient et appréciaient ses compétences financières. Jamet Thomas suivit la même filière. Entre 1443 et 1446 il fut «contrerolle des oeuvres et reparacions de la ville de Nantes», c'est-à-dire qu'il assista et surveilla le miseur dans sa gestion des deniers municipaux. Comme la charge de « contrerolle » revenait le plus souvent au miseur sortant, il y a de fortes chances pour que Jamet ait rempli ce dernier office en 1442 ou dans les années précédentes. A partir de 1443, au demeurant, il fut membre du conseil de la ville au sein duquel il exerça une influence croissante jusqu'à la fin de sa vie. Gilles Thomas ne manqua pas non plus de consacrer une partie de son temps à la gestion des affaires de sa ville natale. Il succéda à son père au conseil, dont il paraît bien avoir été, avec le procureur Jean Blanchet, le personnage le plus en vue pendant le dernier quart du XVe siècle. Comme ses père et grand-père, il participa assidûment au jugement des comptes des miseurs qui se déroulait chaque année dans sa propre maison . La charge de «maître de l'artillerie» qu'il exerça un certain temps l'amena, entre autres tâches, à ordonnancer le paiement des canonniers de Nantes. Son audience était telle parmi ses concitoyens que ceux-ci avaient tendance à voir en lui l'intermédiaire privilégié entre leur communauté et les pouvoirs publics. De tels antécédents auraient pu préparer une belle carrière municipale à François Thomas. Mais ce dernier ne fit sans doute pas honneur à la réputation de son père, ni dans ce domaine, ni dans les autres d'ailleurs. Il fut pourtant membre du conseil de la ville en 1506 et 1507, et comme ses prédécesseurs assista à la reddition des comptes des miseurs. Les documents le prouvent donc abondamment : pendant quatre générations, les Thomas comptèrent parmi les bourgeois les plus influents de Nantes. Ils mirent au service de leur ville une riche expérience et des compétences financières de premier ordre. Une telle attitude répondait, croyons-nous, à une double préoccupation que les Thomas partageaient avec la plupart des grands officiers de finances bretons. Il leur fallait tout d'abord démontrer leurs capacités d'administrateurs : c'est en faisant leurs preuves dans le cadre urbain qu'ils avaient le plus de chances d'attirer sur eux l'attention de ducs toujours en quête d'officiers capables et solvables. La gestion des deniers municipaux ouvrait bien souvent la porte à des offices d'une autre envergure. Mais, une fois parvenus à des charges de responsabilité d'Etat, nos fonctionnaires centraux ne pouvaient se passer des relations d'affaires et d'argent indispensables à la bonne marche de leur office. Comment auraient-ils pu avancer au pouvoir des sommes toujours renouvelées sans disposer de nombreux bailleurs de fonds et de garants complaisants ? Ces garants, ces fournisseurs d'espèces, ils ne pouvaient les trouver et conserver leur confiance qu'en continuant de participer avec eux à la vie de leur cité. C'est pourquoi les officiers de finances bretons ont si souvent géré les affaires de leur ville d'origine, non seulement à leurs débuts, mais une fois parvenus aux honneurs également. Les Thomas constituent un excellent exemple d'une attitude fort répandue en Bretagne.Car nos personnages ne se sont pas contentés de tenir le premier rang dans leur cité ; en gravissant peu à peu l'échelle des responsabilités, ils ont atteint les plus hautes charges financières de Bretagne. Jean Thomas, encore peu connu et tout entier absorbé à jeter les bases de la fortune de ses successeurs, ne s'est sans doute pas vu confier d'autre poste de responsabilité publique que celui de maître des monnaies de Nantes, comme nous l'avons déjà précisé. Mais à la génération suivante, avec Jamet, la progression s'amorça : l'argent accumulé par le père, les compétences affichées par le fils dans sa gestion municipale, furent des arguments suffisants pour que François II lui confiât des tâches toujours plus importantes. Une mission à Angers pour conclure des marchés intéressant le duché, une enquête sur la diminution des feux de l'évêché de Nantes en compagnie de deux officiers de finances, et sans doute bien d'autres commissions dont le souvenir s'est perdu, lui permirent de nouer des liens d'amitié avec les fonctionnaires centraux. Ces relations lui valurent de remplacer, en 1468, le trésorier de l'Epargne Jean du Bois, malade, lors de la levée d'un emprunt l'Epargne ducale : ils durent être concluants puisque, quatre ans plus tard, le 1er juillet 1472, François II l'institua Trésorier de l'Epargne, l'une des principales charges de finances du duché. Il cumula cet office avec celui de Général des monnaies, ce qui permet de mesurer la promotion étonnante du monétaire nantais. La mort qui surprit Jamet en 1474 ne compromit nullement l'ascension de la famille ; à cette date, en effet, la relève était déjà assurée : Jamet Thomas s'était en quelque sorte associé son fils Gilles qui le secondait à l'Epargne depuis un an au moins. Celui-ci succéda tout naturellement à son père en 1474, et conserva l'office jusqu'en 1491. La trésorerie de l'Epargne fut vraisemblablement supprimée à la fin de cette année-là, après le mariage de la duchesse avec Charles VIII, mais lorsque les événements historiques permirent le rétablissement de la charge, ce fut encore Gilles Thomas que la duchesse en investit. Tout porte à croire qu'il la conserva jusqu'à la fin de sa vie Grande affaire de la vie de Gilles Thomas -il la géra en définitive pendant plus d'un quart de siècle - la trésorerie de l'Epargne ne constitua pourtant qu'une étape dans sa carrière d'officier. En 1474, sa jeunesse s'ornait déjà des références suffisantes pour que le duc lui confiât le poste laissé vacant par la mort de son père. Il pouvait mettre en avant, en effet, ses antécédents de receveur du fouage et de receveur général de l'aide des villes, expérience non négligeable pour un futur responsable d'une Epargne ducale qui tirait une partie de ses revenus de ces impôts extraordinaires. On le vit d'ailleurs remplir à nouveau ces fonctions par la suite. Au cours de la période 1474-1485, Gilles Thomas travailla en collaboration avec Pierre Landais, avec lequel il paraît avoir entretenu du trésorier général lui interdisaient tout espoir de promotion. En tout cas il ne se joignit pas, à l'instar d'autres officiers de finances écartés par le favori de François II, à la coalition nouée contre Landais par les seigneurs bretons. On peut penser que ce fut cette attitude qui valut à Gilles de recueillir la succession de Pierre Landais. Le duc l'institua officiellement à la trésorerie générale le 1er octobre 1485, et pendant quinze mois Gilles Thomas réussit à cumuler les trésoreries générale et de l'Epargne. Une «cruelle maladie» le cloua au lit de douleur de l'automne 1486 au printemps 1487, et l'obligea à se démettre de l'astreignante trésorerie générale que le duc remit à Guillaume Juzel le 17 janvier 1487. S'il conserva la trésorerie de l'Epargne, ce fut sans doute pour le rembourser des avances qu'il avait consenties à l'Etat en 1485-1486, et qu'il n'avait pu encore récupérer en 1500 malgré les mandements réitérés du pouvoir ordonnant de le payer. Les profits de la trésorerie de l'Epargne, mais aussi ceux de l'office de «Garde des Chartes » de Bretagne, dont il hérita au plus tard en 1495, durent calmer son impatience. Mais surtout la charge d'auditeur à la Chambre des comptes de Bretagne, qui vint couronner que le roi de France savait se montrer reconnaissant envers les bons serviteurs des ducs bretons ralliés à la monarchie après 1491. On mesure le chemin parcouru par les membres de la famille Thomas depuis le début du XVe siècle : de la fabrication de la monnaie ducale dont semble s'être contenté Jean Thomas, à l'entrée de Gilles à la Chambre des comptes, il y eut trois générations de réussite professionnelle ininterrompue. Délivré des soucis matériels grâce au labeur de ses ancêtres, et introduit dès la mort de son père au sein de l'élite que constituaient les gens des Comptes, François Thomas pouvait se dispenser d'exercer d'autre charge administrative. Plus important à ses yeux était de faire reconnaître officiellement la promotion sociale de sa famille, promotion inséparable de sa réussite dans les offices.que le roi de France savait se montrer reconnaissant envers les bons serviteurs des ducs bretons ralliés à la monarchie après 1491. On mesure le chemin parcouru par les membres de la famille Thomas depuis le début du XVe siècle : de la fabrication de la monnaie ducale dont semble s'être contenté Jean Thomas, à l'entrée de Gilles à la Chambre des comptes, il y eut trois générations de réussite professionnelle ininterrompue. Délivré des soucis matériels grâce au labeur de ses ancêtres, et introduit dès la mort de son père au sein de l'élite que constituaient les gens des Comptes, François Thomas pouvait se dispenser d'exercer d'autre charge administrative. Plus important à ses yeux était de faire reconnaître officiellement la promotion sociale de sa famille, promotion inséparable de sa réussite dans les offices.  Jean Kerhervé

 

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 13:22

 

Etude d'un débris de verrière dans l'Eglise de Saint Helen (Côtes du Nord)   

par le vicomte Frottier de la Messelière

(s'adressant aux membres de la Société d'Emulation des Côtes du Nord)

Messieurs

Je ne viens pas vous refaire l'histoire de l'illustre maison de Coëtquen, dont se sont déjà occupés de nombreux historiens ou généalogistes, parmi lesquels, je me contenterai de citer dim Maurice, dom Lobineau, Dupaz, la Chesnaye des Bois, et plus récemment Mme la Comtesse de la Motte Rouge, dans les "Dinan et leurs juveigneurs" et M. de Kerviler, dans  son répertoire général de biobibliographie bretonne. Je renverrai plus particulièrement à l'étude sur les Dinan et leurs juveigneurs pour les détails concernant cette famille, dont l"origine se perd dans la nuit des temps et qui, sans compter ses nombreux et vaillants chevaliers, a donné à la Bretagne une abbesse de Saint Sulpice des Bois près de Rennes, un maréchal et un grand maître d'hôtel de Bretagne, un lieutenant-général de cette province, chevalier du Saint Esprit, plusieurs chevaliers de l'Ordre du Roy ou de Saint Michel, et une longue suite de gouverneurs de cette ville de Saint Malo, la cité corsaire. Son nom est intimement lié à l'histoire de Bretagne; elle a contracté dans son pays d'origine, comme à la cour de France, d'illustres alliances et possédé dans le territoire d'Ille et Vilaine, le marquisat de la Marzelière en Bain de Bretagne, les baronnies de Bonnefontaine en Autain, d'Aubigné près de Rennes, l'immense comté de Combourg dont la juridiction s'étendait dur 34 paroisses, dont 16 relevaient presqu'entièrement, et dans les Côtes du Nord, le marquisat de Coëtquen s'étendant ès paroisses de Saint Helen, Pleudihen, Saint Pierre de Plesguen, Evran, etc..., la baronnie du Vauruffier, comprenant l'ancien château en Plouasne, les vicomtés d'Uzel, près de Quintin, et de Rougé en Tréfumel, et les importantes seigneuries du Bois-de-la-Motte en Trigavou, de Trémereuc près de Dinan, du Quélennec en Merléac, maintenant Saint Gilles du Vieux Marché. De l'antique forteresse rebâtie de 1439 à 1449; et si pittoresquement décrite par Raoul de Navery dans "Patira", il ne reste que des ruines, au milieu desquelles, au XVIIe siècle, on a construit une grande maison sans style, mais imposante par sa masse et son cadre féodal. Trois tours à demi rasées et divers  travaux de défense flanquent encore l'ancienne enceinte, couverte d'un épais manteau de lierre à travers lequel on voit paraître çà et là de vastes cheminées, cramponnées aux murailles branlantes, ou le pignon aigu d'une gerbière du XVe siècle. Les grands étangs qui l'entouraient sont presque tous convertis en prairie, mais ce qui reste de Coëtquen, avec son château, ses ruines, sa vieille place entourée de maisons anciennes, son cadre de bois, de prairie et de vergers, en fait encore un des plus jolis sites des environs de Dinan. Le manoir du Vauruffier a été plus ravagé par le temps et surtout par les hommes. Quand je l'ai visité en 1896, il ne restait du XVe siècle, qu'une porte en ogive, accostée des ruines d'une tourelle à archère. Dans le mur d'une construction datée de 1748 a été replacé à l'envers, un écu en bannière aux armes des Coëtquen et Ruffier : parti bandé de six pièces et un semis de billettes; les mêmes armoiries se remarquent à l'intérieur de l'église de Tréfumel. Près du Vauruffier on trouve aussi une chapelle, au bord d'un joli étang; elle ne semble pas antérieur au XVIIe siècle et ne sert plus au culte, maos on en sonne encore la cloche chaque fois qu'il décède quelqu'un, mais qui, malgré sa grande fragilité, a déjà traversé quatre siècles; à part trois ou quatre fenêtres et une porte des XIVe et XVe siècles, très sobres d'ornementation et perdues dans une construction sans style, ou du moins si remaniée qu'elle n'en a plus, elle ne tente guère par son intérieur la curiosité du touriste. A l'intérieur, de nombreuses pierres tombales, les unes ornées d'écussons ou frustes, les autres chargées d'épitaphes, recouvrent pour la plupart les sépultures des anciens officiers de la juridiction du marquisat de Coëtquen. Mais si on entre dans le choeur on se trouve, derrière le maître-autel; en présence des débris, car plus de la moitié des peintures de cette maîtresse vitre a disparu. Des sujets principaux, on ne connaît guère qu'une grande figure du patron de la paroisse : Saint Helenus, évêque, terrassant un dragon. c'est la partie inférieure du vitrail qui a été la plus épargnée et dont je vous apporte aujourd'hui la fidèle reproduction. Si peu importante qu'elle paraisse par ses petites proportions, elle est d'un grand intérêt pour l'iconographie bretonne. La grandeur réelle de chacun des quatre fragments ici reproduits est en moyenne de 60 centimètres de hauteur sur 50 de largeur. C'est à tort que Gaultier du Mottay *, en 1883, et d'après lui, M. Kerviler, en 1897, y ont signalé la présence du portrait de Raoul IV de Coëtquen, maréchal de Bretagne.Ce seigneur vivait à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle; il occupa une des plus importantes charges de la Cour ducale, où il tenait rang de banneret, et son mariage avec Philippotte Ruffier fit entrer dans  sa famille les seigneuries du Vauruffier en Plouasne, du Boisruffier, de la Ville-Anne et de Rougé. Il ne faut pas non plus y voir la figure de son fils Raoul V, sire de Coëtquen et du Vauruffier, chambellan du duc Jean V et l'un de ses ambassadeurs en Angleterre, à la suite du prince Gilles de Bretagne, en 1431. De 1439 à 1449 Raoul V reconstruisit et fortifia son château de Coëtquen avec l'autorisation des ducs Jean V et François Ier, et malgré les violentes récriminations du sire de Châteauneuf, son voisin et suzerain immédiat. L'arrestation de l'infortuné Gilles de Bretagne, son ancien chef d'ambassade, décida peut être Raoul de Coëtquen à chercher asile en France, en 1416, car on le trouve peu après au service du roi Charles VII dont il était chambellan dès 1450.  Le vitrail de Saint Helen, par les personnages qu'il représente, a du être placé dans cette église entre 1486 et 1502, c'est à dire longtemps après la mort de Raoul IV et de Raoul V; après le mariage d'Hardouine de Surgères avec Jean IV de Coëtquen et avant a mort de ce dernier. La partie inférieure est divisée en quatre panneaux, renfermant chacun un personnage : du côté de  l'évangile, Jean III, sire de Coëtquen, et Jacquemine Tournemine, son épouse, et du côté de l'Epitre Jean IV, leur fils, et leur belle-fille Hardouine de Surgères. Jean III, sire de Coëtquen et du Vauruffier, était fils de Raoul V et de Marguerite de Malestroit. Il apparaît pour la première fois dans l'histoire de sa famille, à propos d'un procès contre Gilles Tournemine, son beau-frère, au sujet de la dot de sa femme, en 1448. En 1453, il fut nommé, par le duc Pierre II, capitaine du château de Léhon, près Dinan; avait, en 1474, droit de guet et garde pour son château de Coëtquen, et rendit de si importants services au duc François II, que ce prince exempta de tous impôts ou subventions quelconques les habitants du village de Coëtquen. Après le désastre de Saint Aubin du Cormier, en 1488, Jean de Coëtquen occupait déjà une place prépondérante à la Cour de Bretagne. En 1489 il fut, avec le chancelier Philippe de Montauban et François de Pontbriand, l'un des adversaires les plus déterminés du projet d'union de la duchesse Anne avec Maximilien d'Autriche, roi des Romains. Lors de l'abandon par ce prince de la cause bretonne, les mêmes conseillers, sans doute, poussèrent leur souveraine à demander en Cour de Rome, l'annulation de ce mariage fictif et à donner enfin sa main à son ancien adversaire Charles VIII, Jean de  Coëtquen figure en effet avec Jean de Ponbriand, frère de  François, pari les seigneurs bretons qui accompagnèrent la bonne duchesse à Langeais et y assistèrent, le 13 décembre 1491, à son mariage avec le roi de France. Voir au sujet du rôle des sires de  Coëtquen, de Pontbriand et de Montauban, dans l'union définitive de la Bretagne à la France : "Deux Bretons à la Cour de France avant l'annexion de la Bretagne" : par Ch. d'Ebbo. Vannes -Lafoye, 1893. Dès 1490 Jean de Coëtquen est qualifié grand maître d'hôtel de Bretagne; à partir du mariage de la reine Anne il prit aussi la qualité de maître d'hôtel du Roi de France en Bretagne. Il y a deux testaments; les 21 mars 1493 et 2 mai 1502, dernier après la mort de son fils Jean; lui même était mort avant avant 1511. Dans le vitrail de Saint Hélen, Jean III de Coëtquen est réprésenté à genoux sur un prie-Dieu. Il est revêtu d'une armure d'acier bruni recouverte d'une cotte armoriée, bandée de six pièces d'argent et de gueules, que dépassent un peu le col et le bas d'un haubergeon doré. Ses cheveux ont déjà blanchi; sa tête est couverte d'un riche tortil à torsades d'or et de pierreries. Il ne porte pas d'éperons, peut être à cause de sa charge de maître d'hôtel, qui implique surtout un service dans l'intérieur du Palais. Près de lui est posé son heaume. Un tapis d'étoffe brochée d'or, recouvre presqu'entièrement son prie-Dieu, lequel supporte un livre d'heures. La partie inférieure du tableau représente un carrelage uni  et sur le fond bleu de la partie supérieure flotte une banderolle blanche portant le premier verset du psaume Miserere...

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 Jeanne Tournemine, fille de Jean II, baron de La Hunaudaye en Plédéliac, Côtes du Nord, seigneur de Botloy, Leshardré et Jacson, et de Jeanne de Saffré, dame dudit lieu et de Syon, avait épousé Jean III de Coëtquen par contrat du 19 novembre 1438 et reçut, à cette occasion, en dot, 400 livres de rente. Le procès de 1448, dontnous avons précédemment parlé, permet de croire que ce contrat ne fut pas exécuté  à la lettre. Les généralogistes ne disent pas grand chose de cette dame de Coëtquen, sinon qu'elle appartenait à l'une des premières familles féodales de Bretagne. Elle était morte dès le 4 novembre 1471. Jacquemine Tournemine est représentée à genoux devant un prie-Dieu recouvert d'une tenture verte, damassée, supportant un livre d'heures à peu près disparu. Elle porte une cotte armoriée, parti de Coëtquen, parti de Tournemine, qui est : écartelé d'or et d'azur. Son surcot, gris clair, est orné sur ledevant d'une large broderie d'or enrichie de pierreries et laisse paraître les manches bouffantes en drap d'or broché, de son corsage. Ses cheveux disparaissent presqu'entièrement sous un riche réseau de fils d'argent. et de perles d'or surmonté d'un splendide escofion au bourrelet tortillé d'or et de pourpre et constellé de pierreries. Le carrelage de ce panneau est composé d'un damier dont chaque carreau, divisé en diagonale, est moitié gris foncé, moitié gris clair. La partie superieure du fond est d'un rouge presque noir; une banderolle porte pour inscription : O fili praecor miserere mei, invocation qui semble indiquer que le vitrail, postérieur au mariage de Jean IV, est antérieur à sa mort, la mère défunte se rappelant aux miséricordieuses prières de son fils. 

 

 

 Jean IV de Coëtquen, qualifié seigneur dudit lieu et du Vauruffier, mourut avant 1502, suivant le second testament de son père et les actes passés par sa veuve comme tutrice de ses enfants mineurs. Le testament d'Hardouine de Surgères nous apprend que son mari avait été inhumé au couvent des Cordeliers ou Frères Prêcheurs de Dinan. Jean IV est représenté avec le même costume militaire que son père, mais a de plus des éperons d'argent à molettes dorées et une épée à pommeau et garde d'acier, dans un fourreau blanc à bouterolle d'or. Le haut d'une cotte de mailles dorée dépasse, en s'élargissant, le col de sa cotte d'armes et retombe légèrement sur ses épaules. Ses cheveux sont noirs et il porte surla tête un turban ou tortil analogue à celui de Jean III. Son prie-Dieu, sculpté, est recouvert en partie d'une draperie blanche et supporte également un livre d'heures. Son casque de même modèle que celui de son père, est en acier bruni, en forme de salade, àvisière mobile baissée. Un gorgerin renforcé, enserrant le couvre-nuque; un sous gorgerin de mailles dorées en dépasse de plusieurs rangs de maillons lapartie inférieure. Le pavage de ce panneau est ausssi simple que celui du premier, mais la partie supérieure en est rouge et porte une banderolle avec l'invocation : S(ancte) J(o)h(ân)nes batista oea me.

 

 

Hardouine de Surgères, mariée à Jean IV de Coëtquen, seigneur du Vauruffier, le 16 novembre 1486, appartenait à une illustre et puissante famille du Poitou, alliée à la maison ducale de Bretagne. Jacques de Surgères, son père, chevalier, seigneur de la Flocellière, St-Pol et de Cerisay, chambellan des rois Charles VI et Charles VII, né vers 1370, mort en 1436, veuf de Marguerite de Vivonne et de Marie de l'Isle-Bouchard, et de sa troisième femme, Marie de Sillé, veuve elle même de Jean de Champagne. Hardouine de Surgères avait pour mère Renée de Maillé, mariée en 1452, fille de Hardouin, sire de Maillé  et de Beaussay, et de Pernelle d'Amboise, et cousine-germaine, par sa mère, de la bienheureuse Françoise d'Amboise femme de Pierre II duc de Bretagne. Le peintre verrier semble avoir voulu rappeller ces illustres origines dans le détail du costume et des accessoires du portrait de la dame de Coëtquen. Le prie-Dieu qui supporte son livre d'heures disparait entièrement sous un tapis armorié d'un mi parti Maillé : fascé nébulé d'or et de gueules, et un mi parti coupé : a : taillé de gueules sur azur, à la fasce vivrée dor brochant sur le tout; blason que nous n'avons pu déterminer; et : palé de 6 pièces d'or et de gueules, qui est : d'Amboise. .

Hardouine de Surgères porte un escofion, un réseau et un surcot aussi riche que ceux de sa belle mère, mais les manches de son corsage sont rouge foncé et la partie senestre de sa cotte, la seule visible, porte un mi parti coupé : d'or au semis de 6 lions de gueules, qui est : de Sillé; et de gueules fretté de vair, qui est : de Surgères. La mosaïque du carrelage est beaucoup plus riche que les précédentes et composée de petits triangles en girons noirs et gris-jaunâtre. Le fond du tableau, d'un rouge très foncé, est chargé d'une banderolle où j'ai cru reconnaître ces paroles du Magnificat Quia fecit mibi magna..., à demi effacé. Hardouine de Surgères, veuve dès 1502, figure comme tutrice de ses enfants mineurs dans divers actes de 1502 à 1512. Le 24 mai 1514 elle fit son testament au château de Coëtquen, donnant son âme à Dieu, son père et Créateur, et la recommandant à la benoiste Vierge Marie, à Monseigneur Saint Michel, à son bon ange, aux benoitz Saint Pierre et Saint Paul, à Monsieur Saint Dominique, à Monsieur Saint-François, à Madame Sainte-Claire et à  toute la benoiste compagnie du Paradis. Par le même acte, elle veut mourir en l'habit de Saint-François, auquel est sa dévotion, et son corps être ensépulturé au cueur de l'église des Frères prescheurs de Dinan, au plus haut près de son feu mary. Elle recommande à son fils François et à ses exécteurs testamentaires de lui faire funérailles selon l'honneur et estat de noblesse, de faire dire ensuite quatre messes avec diacre et surdiacre, et quatre annuels; le permier audit couvent des Frères prescheurs de Dinan, le second dans l'église de Saint-Hélen, le troisième à Plouasne et le quatrième au couvent de Monsieur Saint François en l'isle de Sezambre. Elle fait à ces intentions diverses fondations et donne de plus 50 livres pour prier Dieu pour elle et ses amis trépassés. Elle vécut encore quelques années, mais mourut avant 1529. Son fils aîné, François, servit avec distinction comme capitaine d'une compagnie de cent lances des ordonnances du Roi François Ier et commandant de la noblesse des évêchés de Dol et de Saint Malo. De son mariage avec Françoise de Malestroit, dame d'Uzel et de La Soraye, naquit Jean V, marquis de Coëtquen, comte de Combou, vicomte d'Uzel et de Rougé, baron du Vauruffier, lieutenant-général du Roi en Bretagne et chevalier du Saint-Esprit, avec lequel lamaison de Coëtquen atteignit l'apogée de sa gloire et de sa puissance, qui ne devait s'éteindre qu'avec son nom à la fin du XVIIIe siècle. Ces quatre petits panneaux de verre, malgré leur humble apparence, rappelle la page la plus importante de l'histoire de Bretagne, celle de la réunion de cette province à la France : Jean III de Coëtquen, fils d'un breton passé au service du Roi Charles VII, marie son fils Jean IV à une française et travaille de tout son pouvoir à la réunion des deux parties après avoir rendu à la dynsatie de ses ducs les plus éminents services. Comment ces fragiles portraits ont-ils échappés à la destruction pendant quatre siècles ? Les guerres de la Ligue ont renversé ls tours de Coëtquen; les révolutionnaires de 1789 ont brisé la partie supérieure de la maîtresse vitre de Saint Hélen, mais leur rage aveugle ne reconnut sans doute pas les emblèmes féodaux des cottes d'armes des chevaliers et des robes armoriées des châtelaines en prière. Les images des sires de Coëtquen ont courru un bien réel danger, à une époque où l'archéologie était peu en honneur chez les architectes et le clergé, et où la horde des vendeurs dinnanais s'abattait, sans scrupules, sut tout les vestiges d'art qu'on voulait bien leur vendre pour les expédier à l'étranger. On a voulu en effet reconstruire entièrement l'église paroissiale de Saint Hélen, et on avait réuni dans ce but une simme de 40,000 francs. Des difficulté imprévues dans l'établissement des fondations de la tour absorbèrent dans le seul clocher toutes les ressources de la paroisse,  et, avec la nef et le choeur de la vieille église les intéressant vestiges dont je viens de vous entretenir ont, eux aussi, été épargnés. Mais le vitrail des sires de Coëtquen est encore menacé, cette fois par le manque d'entretien. Comme je l'ai dit, plusieurs parties de la verrière ont entièrement disparu; d'autres sont à demi-brisées, le vent l'a beaucoup endommagée et elle n'a jamais été l'objet que de maladroites restaurations. La figure de Jean II de Coëtquen, grand maître d'hôtel de Bretagne et conseiller de la Reine Anne, a été, à la suite d'une chute, replacée à l'envers, de telle sorte que la peinture, placée à l'extérieur, est exposée à toutes les intempéries, ce dont elle a déjà un peu souffert. Les autres personnages, en particulier Hardouine de Surgères, ont aussi eu à subir de dangereuses reparations, le verre et les plombs absents ayant été remplacés avec du mortier par un maçon du village. Indépendamment de la partie supérieure, la plus endommagée, mais encore cependant intéressante, de la maîtresse vitre de Saint Hélen, ne serait-il pas désirable, dans un double but, historique et artistique, de prier la Société des Monuments historiques de classer et, si j'osais dire, de restaurer, les quelques vestiges venus jusqu'à nous du vitrail des sires de Coëtquen.
Saint Brieuc, le 18 avril 1907
Vte Henri Frotier de La Messelière

* Répertoire archéologique du département des Côtes du Nord, par Gaultier du Mottay-Prud'homme, Saint Brieuc,1883-1884

 

Ci dessous armoiries Ruffier / Coëtquen    

    163vv001

Ci dessus armoiries Maillé / d'Amboise

    Ci dessous armoiries de Surgères  / Sillé

  

 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:13

        

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     248_001

 

 Vers la fin du Xe siècle, à l'entrée d'une grande forêt, dans la commune de Saint Hélen, à huit kilomètres de Dinan, surgissait un gothique castel que les chroniqueurs Latins désignent sous le nom de Castellum silvae albae, du mot celtique Coët-guen, Bois blanc. Ce château, construit sur une élévation rocheuse, servait de rendez-vous de chasse à ses nobles possessseurs, les vicomtes de Dinan. Au commencement du XIIe siècle, le territoire de Coëtquen fut assigné en apanage à un juveigneur de cette maison, qui l'abandonna presqu'aussitôt pour en faire construire un autre sur la rive opposée de l'étang, où l'on voit encore les restes, et auquel fut donné le même nom qu'au précédent. Ce noble sire fit bâtir celui-ci en homme habile à profiter de la nouvelle situation pour rendre son pouvoir redoutable, en rajoutant, au prestige de la naissance et du rang, l'appareil des tours et des murailles crénelées. Il fit plus : il jeta dans ce territoire, qui dès ce moment reçut le titre de baronnie, les fondements de l'église de St-Hélen, qui, aujourd'hui encore sert d'église paroissiale aux habitants de la commune de ce nom. Ce haut baron, ce chef de nom et d'armes, que les archives de cette ancienne juridiction, une des plus grandes de Bretagne, nomment Rivallon, devint aussi le chef d'une famille qui, plus tard devait se retrouver liées à toutes les plus grandes époques historiques de l'ancien duché. Les alliances qu'elle forma dans la suite avec les sires d'Avaugour, de Beaumanoir, de la Hunaudaye, et dans les siècles derniers avec les Rohan, les Noailles et les Duras, la rendirent encore plus puissante. La bannière a ramage de la maison de Dinan, portait : bandé d'argent et de gueules à six pièces.    

    Coëtquen

 

Cette famille s'est éteinte au cours du XVIIIe siècle en la personne de Louise-Françoise-Maclovie-Céleste de Coëtquen, épouse d'Emmanuel-Félicité de Durfort, duc de Duras. La maison de Coëtquen puisait elle ses origines à partir de Rivallon de Dinan, mais rien n'est certain. Ainsi dans leur publication dans la Revue des questions historiques, Volume 12 Gaston Louis Emmanuel Du Fresne marquis de Beaucour, Paul Allard et Jean Guiraud considèrent que la maison de Coëtquen qui se croyait issue de Rivallon de Dinan, mais rien n'indique que cette prétention fût fondée.Ogée pour sa part donne Olivier de Dinan, fils de Rivalon le Roux, & frère de Godefroi -Geoffroy, comte de Dinan. Et d'ajouter : cet Olivier vivoit à la fin du douzième siècle selon Dupas, mais ce dernier se trompe ajoute-t-il puisque les titres de cette maison prouvent que Raoul de Coëtquen vivoit l'an  1130. & qu'Olivier, son petit-fils, se trouva aux Etats assemblés à Vannes en 1203. Ce seroit donc Raoul & non Olivier qui auroit pris le premier le nom de Coëtquen; mais ceci est fort différent, dès lors qu'on prouve que les seigneurs de cette maison tenoient un rang distingué en Bretagne dès le douzième siècle; Jean de Coëtquen mourut prisonnier en Angleterre pndant les guerres entre le Comte de Montfort & Charles de Blois, au service duquel il étoit attaché.

 

Les notes généalogiques fournies sur cette famille par François-Alexandre Aubert de La Chesnaye des Bois sont intéressantes et semblent pouvoir être attestées. Précisément selon lui, le fondateur de la maison de Coëtquen serait un cadet de la maison de Dinan, issu de Olivier II de Dinan & Agnorie de Penthièvre fondateurs diu prieuré de Jugon en 1109 et de l'abbaye de Boquen en 1136. Ce cadet se prénommait Raoul *  et comme le précise Ogée, Raoul premier de Coëtquen vivait en 1130 et serait décédé vers 1156. Il est cité chevalier en 1140 dans la Revue de Bretagne de Vendée & d'Anjou, et eut pour fils et  successeur Guillaume  de Coëtquen époux de Denise de Dol,  fille de Jean de Dol mort en 1162. Olivier de Coëtquen, fils des précédents mourut vers 1202, il contracta aliance avec la puissante maison de Rostrenen en épousant Jeanne de Rostrenen, soeur de Pierre II. Il donna à l'abbaye de Vieuville deux mines de froment et se trouva aux Etats tenus à Vannes en 1202. De l'union de Olivier de Coëtquen & Jeanne de Rostrenen naquit un fils : Olivier, Seigneur de Coëtquen, deuxième du nom, se ligua en 1230  contre Pierre de Dreux duc de Bretagne. Il vivait encore en 1259. Guillaume III de Coëtquen  donna une pièce de terre aux Cordeliers de Dinan en 1263. Guillaume IV  transigea avec les Chanoines de Dol en 1269 & 1270.  La génération suivante nous fournit Raoul II, marié à Margirie et père de Guillaume de Coëtquen, cinquième du nom vivant en 1329 épousa Delice Goyon. Raoul III de Coëtquen, mort en 1348 laissa de N. de Plezou un fils : Jean qui suit. Jean de Coëtquen mort prisonnier en Angleterre comme dit ci dessus. Le dit seigneur Jean de Coëtquen était marié avec Marguerite de Rougé veuve de Olivier de Tournemine, sieur de la Hunaudaye. Raoul III de Coëtquen, fils des précédents fut gouverneur de la ville de Redon et du château de Léhon, marié avec Marguerite de Quédillac, il mourut à la fin du XIVe siècle laissant pour héritier Raoul IV. Ce dernier assista comme banneret aux Etats de Vannes en 1418. Raoul V de Coëtquen épousa Philipotte Ruffier, dame héritière de la Ville Anne. Ci dessous le Vau Ruffier en Plouasne.

* une autre source donne le prénom de Olivier en précisant qu'il avait épousé l'héritière du lieu : Havoise de Coetquen, une seconde source voit Havoise de Coëtquen mariée à Olivier premier de Coëtquen.  

 

    vau ruffier 

           

 

Raoul VI de Coëtquen fut Maréchal de Bretagne et Gouverneur de Dinan il fut marié avec Marguerite de Malestroit. Il fut mis à la tête de 50.000 hommes levés pour la délivrance du duc Jean V retenu captif à Chantoceaux par Margot de Clisson, duchesse de Penthièvre. Sa soeur Marie de Coëtquen épousa Jean, Sire de d"Acigné. Raoul VII de Coetquen mort vers 1452, puis son fils Jean de Coëtquen se succédèrent à la tête de la baronnie de Coëtquen.

 

 

f115

 

Dans la verrière de l'ancienne église de Saint Helen se voyaient les portraits des anciens sires de Coëtquen : en haut de gauche à droite : Jean II de Coëtquen et Jacquemine de Tournemine et en bas de gauche à droite : Jean IIII de Coëtquen et Hardouine de Surgères  (d'après dessins du vicomte Frottier de la Messelière)

Ce dernier : Jean II fut grand-maître de Bretagne, marié à Jacquemine de Tournemine, il laissa pour héritier Jean III lui même uni avec Hardouine de Surgères. Jean IV de Coëtquen, conseiller fut chambellan du Duc de Bretagne, ambassadeur extraorinaire en France, gouverneur de Dol et de Dinan, puis conseiller de Charles VIII et de Louis XII. Il prit une part active au mariage de Charles VIII avec la duchesse Anne, et signa au contrat, le 16 décembre 1491, immédiatement après sa souveraine. François de Coëtquen recueilli l'héritage familial, pour sa part il contracta alliance avec Françoise de Malestroit. Leur fils : Jean IV de Coëtquen, baron du Vauruffier  épousa en 1553 Philippette d'Acigné comtesse de Combourg devint un personnage très important : devint marquis de Coëtquen et comte de Combourg; nommé lieutenant de sa majesté en Bretagne, il participa à de nombreuses batailles (P. Belorde). Il mourut le  29 juin 1604 et fut inhumé dans l’enfeu familial à Dinan. Jean V de Coëtquen fils des précédents épousa Renée de Rohan. Il fut inhumé le 29 juillet 1602 à St Meloir des Ondes. Louis de Coëtquen épousa Henriette d'Orléans, et eut pour fils Malo premier de Coëtquen. Malo, premier,  Marquis de Coëtquen, Marquis de Coëtquen, Comte de Combourg, Gouverneur de Saint Malo & Capitaine de la Compagnie des Gendarmes du Cardinal de Richelieu, se maria avec Françoise Giffard de la Marzelière.  

  248_001 - Copie 

Malo, Marquis de Coëtquen, deuxième du nom, mourut le 24 avril 1679, il fut gouverneur de Saint Malo. Marié à Marguerite de Rohan-Chabot, il laissa pour héritier Malo Auguste. Malo-Auguste, Marquis de Coëtquen, Lieutenant général des armées du Roi, épousa le 2 novembre 1696 Marie Charlotte de Noailles, seconde fille d'Anne Jules, Duc de Noailles, Maréchal de France et de Marie Françoise de Bournonville. Veuf en 1723, le marquis de Coëtquen épousa une demoiselle Loquet de Granville dont il eut une fille Louise Françoise Maclarie Céleste Jules-Malo, marquis de Coëtquen, mourut le 11 janvier 1721. Il épousa le 29 octobre 1721 Marie Charlotte Elisabeth de Nicolai, fille du marquis Nicolas de Presle et de Marie Louise e Brion. La fille unique de Malo-Auguste et de Marie Charlotte de Noailles était prénommée Augustine. Elle épousa d'abord en mars 1735 Charles Auguste, Duc de Rochechouart, tué le 27 juin 1743 à la bataille de Dettingen, ne laissant qu'un fils mort âgé de quatre ans le 11 décembre 1743. Le 29 décembre 1744, elle épousa Louis Charles de Lorraine, Comte de Brionne, Grand Ecuyer de France (portrait ci dessous). Ce second mariage fut sans postérité. Augustine de Coëtquen s'éteignit le 3 juin 1746 *

 

*1742-1767. Mainlevée de la succession de dame Augustine de Coëtquen de Combourg, épouse de haut et puissant pince Louis-Charles de Lorraine, pair et grand écuyer de France, accordée à sa tante Louise de Coëtquen, épouse autorisée d'Emmanuel Durfort, duc de Duras, etc.
 
 

 

    _Prince_of_Lambesc_ 

 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 15:05

 

 

S'il faut croire la chronique, plus d'un drame terrible eut pout théâtre ce vieux château de Coëtquen perdu dans le bois. On raconte entre autres, qu'une des jeunes marquises de Coëtquen, enfermée au fond d'une tour sombre, sur l'ordre de ses beaux-frères, y serait morte de faim. Des soldats étant descendus d'aventure dans la basse-fosse où la châtelaine, avait été abandonnée, y trouvèrent dit-on, son squelette. Une légende mystérieuse, bien connue au pays de Dinan, rapporte l'histoire suivante. Nous traduisons d'après un vieux grimoire.

 

335_001

 

Ruines de Coëtquen à Saint Hélen

 

 

La dame de la forêt blanche

par J. Bazouges

 

légende Bretonne

 

De Coëtquen la châtelaine

 Se promène

Au bras d'un noble seigneur;

Elle échangea rotutière

Riche et fière,

Pour les titres... le bonheur !

 

Depuis deux mois mariée,

Adorée

D'un beau marquis, son époux,

Tout lui sourit, tout l'enchante,

Elle chante

La châtelaine aux yeux doux.

 

Mais voici que pour la guerre

Qu'il va faire,

Guesclin assembla des preux :

Noble sire, prend ta lance,

Pour la France,

Vole aux combats glorieux.

 

Raoul soudain court aux armes...

Tout en larmes

La Dame rentre au château:

Las ! comme un jonc elle tremble,

Il lui semble

Qu'il deviendra son tombeau.

 

A peine sont terminées

Dix journées

Que la châtelaine en pleurs

Voit arriver sur ses terres

Deux beaux-frères

Qui vont causer ses malheurs.

 

Ils gagnent Simon le traître,

Que son maître

Au crime, hélas ! croyait sourd;

L'eau d'une coupe perfide

Qu'elle vide

La plonge en un sommeil lourd.

 

Or, Simon la nuit suivante,

Se présente

Dans la chambre du manoir

Où sa maîtresse repose;

Lâche, il ose

La traîner au cachot noir.

 

On annonce qu'elle est morte

Et l'on porte

Sa châsse aux caveaux bénits

Autour on dit les prières

Funéraires,

On chante un des Profundis.

          

Au fond d'une tour obscure,

Sur la dure,

Pleurant, hélas ! mais en vain,

La châtelaine, ignorée,

Torturée,

Mourut de froid et de faim.

 

voilà le récit qu'aux veilles,

Bonnes vieilles

Content le soir longuement,

Quant l'hiver sur la campagne

De Bretagne

Jette son grand linceuil blanc.

 

Alors dans la forêt Blanche,

Chaque branche

Sous le vent semble frémir,

Et l'on voit sur la bruyère

Qui s'éclaire

Une ombre pâle surgir.

 

On dit tout bas que c'est l'âme

De la Dame

Rappelant aux amoureux

Que les grandeurs, la jeunesse,

La richesse

Ont des revers douloureux.

 

 

chateau de Coetquen

 

  La dame de la forêt blanche.... 

 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 11:15

 

 

L'église de Langast près de Moncontour conserve des éléments remontant en partie aux XVe & XVIe siècles, cependant il semblait à des spécialistes que l'ensemble reposait sur des éléments du Haut Moyen Âge, ce qui fut confirmé au début des années 1980 quand des travaux furent entrepris. Des traces de peintures apparurent sous plusieurs couches de chaux. La surprise fut totale quand les restaurateurs découvrirent après sondages des traces de fresques. En réalité la quasi totalité des murs intérieurs. Au cours de l’époque féodale et antérieurement, les édifices religieux étaient ainsi décorés tant intérieurement qu'extérieurement afin d'expliquer à des paroissiens illettrés les chapitres bibliques. Langast offre ainsi aux visiteurs les personnages tels que Meldisedech ou saint Michel qui y apparait nimbé et ailé.  Dans un linge qu´il tient devant lui se trouve un autre personnage, de petite dimension, les mains jointes à hauteur de son visage. Il s´agit de la représentation de l´âme. Melchisédech est également nimbé, vêtu d´une chasuble aux manches très amples, il lève ses mains à hauteur de ses épaules et les tend paumes en avant. Ci dessous 

 

 

aaazzaasz

 

 

Ces peintures murales apparaisent sur les intrados des arcades de la nef ainsi que sur les piliers. Initialement ces fresques devaient décorer l'ensemble de la nef, mais seuls les parties les mieux protégées ont conservé leur chef d'oeuvre. Les autres arcades présentent toutes des anges sauf la quatrième, qui fut reconstruite et se retrouve dépourvue de décoration.    Les fresques découvertes à Morieux près de Lamballe datent aussi approximativement de même époque que celle de Langast, elles sont estimées datant du XIe siècle. C’est vers la moitié des années 1990 que l’église saint Gobrien révéla ses peintures murales. Parmi les scènes représentant essentiellement la vie de Jésus Christ, on observe la décapitation de saint Jean Baptiste sur ordre d’Hérode -ci dessous avant et après restauration

 

 

  aaazzaasz 

 

 

A saint André des Eaux près d’Evran, les ruines de l’ancienne église voisine avec l’étang de Bétineuc. Ici aussi un édifice roman hélas à présent en ruine présentait tout comme les deux autres édifices précédemment évoqués des peintures murales. Mathias Dupuis écrit au sujet de cet édifice qu’il était surtout réputé pour sa grande crucifixion, peinte sur la paroi ouest du mur de séparation entre la nef et le chœur, au sud de l’arc triomphal. Ci-dessous relevé des peintures au nord de l’arc triomphal par Charles Chauvet en 1916.

 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 09:12

 

Effectivement, Euric attaqua ces Bretons quelques mois plus tard (en 469), et l'emporta à Déols, près de Chateauroux, ce qui lui permit de se rendre maître des villes de Tours et de Bourges, et avec celles-ci d'une grande partie de l'Aquitaine première. Un autre récit de ces événements se trouve chez l'historien du VIe siècleJordanès ou Jomandès :

«Apprenant cela, l'empereur Anthémius demanda aussitôt le secours desBretons. Leur roi Riotimus, arrivant avec 12 000 hommes, vint sur des vaisseauxpar l'Océan, débarqua et fut reçu dans la cité de Bourges. Euricus, roi des Wisigoths, vint vers eux conduisant une armée innombrable, et combattant longtemps, il vainquit Riotimus, le roi des Bretons, avant que les Romains ne se joignent à lui. Ce dernier ayant perdu une grande partie de son armée, arriva chez les Burgondes, nation voisine alors fédérée des Romains». Les Bretons évoqués par Sidoine ne font probablement qu'un avec ceux du contingent mené par Riotime en 469. Il y a alors contradiction apparente entre les deux textes :

- L'un décrit les Bretons déjà bien implantés sur la Loire dès l'été de 468 (Sidoine Apollinaire),

- l'autre des Bretons n'arrivant dans cette région qu'en 469, sur des bateaux par l'océan (Jordanès). La desccription de Sidoine qui cadre bien avec notre thèse d'une implantation bretonne sur la Loire vers 465 après l'élimination des Alains, doit être préférée pour deux raisons :

1 - d'abord, et cela suffirait, en tant qu'irréfutable témoignage d'actualité (Sidoine est strictement contemporain des faits)

2 - d'autre part, Riotime étant connu des sources bretonnes armoricaines comme le petit-fils du fondateur du royaume brito-armoricain de Domnonée, cela semble assurer sa présence en Armorique (et selon Sidoine sur la Loire), avant 469 : Ce deuxième point sort de la solution du problème chronologique suivant : Alors que le «Chronicon Britannicum» prétend qu'en 513, au temps de Clotaire (roi des francs successeur de Clovis), les Bretons (du roi Riwall) vinrent par mer en petite Bretagne», la «Généalogie de saint Winnoc» ajoute que ce «Riwall engendra Deroch, qui engendra Riatham, qui engendra Iona, qui engendra Judual »24. Or, d'après la, vie de saint Samson (la plus ancienne des vies de saints armoricains connues, et d'un intérêt historique réel), c'est à l'époque, ou même avant, du roi franc Childebert (511-558) que serait mort, assassiné, l'arrière petit-fils de Riwall, Iona. Childebert aurait ensuite gardé quelques années à sa cour le descendant à la quatrième génération de Riwall, Judual, fils de Iona, avant de le libérer sous l'influence de l'évêque Samson de Dol, présent au troisième concile de Paris (vers 555) : Judual put alors combattre et tuer de sa main le meurtrier de son père. Si la date de 513 du «chronicon Britannicum» était bonne; alors il faudrait croire qu'en, à peine quarante ans, de 513 à 555, cinq générations de princes domnonéens (Riwall, puis Deroch, puis Riatham, puis Iona, puis Judual) se seraient succédées. À moins de supposer à ces Bretons de l'ancien temps d'excessivement précoces facultés de géniteurs, en même temps qu'une méritoire constance à trépasser dans l'enfance, c'est impossible. Il faut considérer plutôt que Judual, homme mûr qui tue le meurtrier de son père vers le milieu du VIe siècle, a pu naître vers 510 ; ce qui place la naissance d'Iona vers 480, celle de Riatham vers 445 (il aurait eu environ 25 ans en 469), celle de Deroch vers 410, celle de Riwall enfin dans le dernier tiers du IVe siècle (ce qui lui aurait fait un peu moins de 150 ans lors de son débarquement supposé de 513 !) C'est Riatham, né vers 445, qui importe ici : on s'aperçoit qu'entre ce Riatham et le Riotimus, roi des Bretons, connu de Jordanès par les événements de 469, il y a de très fortes ressemblances, car ils portent le même nom (deux variantes, selon L. Fleuriot, d'un celtique /Righodamho/, ou Riotham26 et se situent dans la même tranche chronologique. Nous pensons qu'il s'agit du même personnage. Mais alors le Riotimus de Jordanès, rendu à son identité de petit-fils de Riwall, le premier immigrant domnonéen, devait sans aucun doute en 469 résider depuis quelque temps déjà en Armorique. Ainsi peut-on modifier le récit de Jordanès pour l'accorder au témoignage de Sidoine Apollinaire : dès l'été 468, des Bretons avec leur roi Riotham se trouvaient cantonnés sur le Loire comme auxiliaires de Rome, là même où sévissaient naguère les bandes Alaines. b) deuxièmement, un passage des «chroniques des comtes d'Anjou» (encore appelées « Liber de compositione castri Ambaziae ») : «Le cinquième roi des Francs fut Clodoveus (Clovis), roi grand et catholique, qui, la dixième année de son règne (en 491), chassa de l'oppidum de Blois, les Bretons qui infestaient les rives de la Loire entre Tour et Orléans... ». Les auxiliaires Bretons paraissent donc être restés dans leurs cantonnements longtemps après la disparition de l'empire d'occident. De fait, nous savons que malgré sa défaite en 469, Riotham s'était échappé avec une partie de son armée, et que le roi Burgonde Gondioc l'avait accueilli. Après ce passage en Lyonnaise première, sans doute Riotham revint-il sur la Loire, mais suffisamment affaibli pour ne plus pouvoir jouer aucun rôle, entre les Wisigoths au sud, et les Francs Saliens vainqueurs des Gallo-romains de Syagrius en 486 au Nord. Un texte très commenté de l'historien grec Procope de Césarée au VIe siècle, pourrait s'appliquer à ces Bretons de la Loire : «D'autres soldats des Romains avaient été postés aux extrémités du pays des Galli pour les garder. Ces soldats, ne pouvant revenir vers Rome, et ne voulant pas céder à leurs ennemis qui étaient Ariens (les Wisigoths), se donnèrent, avec leurs étendards militaires et la terre qu'ils avaient longtemps gardée pour les Romains, aux Arborykhes (les Armoricains ?) et aux Germains (les Francs Saliens ?). Ils transmirent à leurs descendants, qui aujourd'hui encore les gardent avec respect même en mon temps (milieu du  Ve siècle) toutes les coutumes de leurs pères qui furent ainsi préservées. Car, même maintenant, on les reconnaît clairement comme appartenant aux légions dont ils faisaient partie autrefois, et ils apportent leurs propres étendards quand ils arrivent au combat, observant toujours les lois de leurs pères. Ils gardent le costume des Romains, en tout jusqu'aux chaussures elles-mêmes». Ceci permettrait très bien d'expliquer la troisième et dernière pièce de notre dossier : c) La vie de saint Dalmas (évêque des Rutènes, mort vers 580). On y lit que :«Après que la domination des Francs, pieuse, illustre et cultivant la religion chrétienne, eût subjugué la Cité des Rutènes, la faveur du peuple aidant, le pontife (Dalmas) voulait avec ardeur voir le roi chrétien Theudobertus. Comme il se hâtait avec zène vers lui dans les régions d'outre-Loire, en un certain lieu où, dirai-je, demeure tout près une légion de Bretons («legio Britonum»), on dit qu'il reçut l'hospitalité d'un soir. » Au retour par le même lieu, le saint trouva édifiée une haute basilique en mémoire d'un miracle qu'il avait fait là, et peu de temps après, arriva à Orléans. En conclusion, Sidoine Apollinaire, les « Chroniques des comtes d'Anjou»,  voire la vie de Saint Dalmas, attestent la présence sur la Loire, entre Tours et Orléans, d'auxiliaires bretons recrutés dès avant l'été 468, pour remplacer les Alains éliminés vers 465. Même si Grégoire de Tours ne le dit pas, la vraisemblance voudrait que ceux-là qui- soumirent vers 465 les Alains, c'est-à-dire l'officier «romain» Odoacre allié au franc Childéric, aient aussi été ceux qui pro cédèrent à la substitution. Notre hypothèse semble trouver sa confirmation dans un passage obscur de la source B de Grégoire de Tours, le seul que nous n'ayions pas encore commenté. 6. Le contexte de l'installation des Bretons dans la vallée de la  Loire Des Francs, associés à des «Romains» (les troupes d'Odoacre, ou ces Gallo romains qu'avait commandés Aegidius, puis le comte Paul), nous sont montrés pourchassant dans leurs îles des Saxons (II, chapitre XIX). «Après ces exploits, une bataille eut lieu entre Saxons et Romains, mais les Saxons, tournant le dos, abandonnèrent beaucoup des leurs au glaive des Romains. qui les poursuivaient. Leurs îles furent prises et saccagées par les Francs, avec une nombreuse population qu'ils firent périr.» Quelles îles ? Quels Saxons ? Jusqu'à présent, tout le monde les a recherchés sur la Loire, cadre du reste du récit de Grégoire. Rien n'y oblige : - ni le texte de Grégoire de Tours, qui parle d'îles sans préciser. - ni l'archéologie et la toponymie qui n'ont gardé absolument aucune trace de tels établissements dans cette région. La logique voudrait plutôt qu'on recherchât ces « îles des Saxons» là où ceux ci étaient au mieu du ve siècle, c'est-à-dire dans les îles britanniques. Il faudrait alors suppposer un raid romano-franc en Grande-Bretagne vers 465. C'est poser une double question : qu'est-ce que des Francs seraient allés faire de l'autre côté de la Manche ? Quels témoignages, archéologiques ou autres, pourraient corroborer l'idée d'un tel raid ? a) des Francs en Grande-Bretagne au V siècle ? Les témoignages sur leur présence en Grande-Bretagne dans la première moitié du Ve siècle, puis dans la deuxième, sont en fait très nombreux : «La découverte d'objets significatifs, analogues à ceux découverts dans leNord de la Gaule, dans les fortins côtiers» du Litus Saxonicum et dans les régions littorales entre la Tamise inférieure et l'île de Wight (Kent, Sussex, Surrey et Southampton) amène à supposer l'envoi, probablement entre 418 et 421, de colons militaires issus de Belgique seconde, essentiellement des Francs Saliens, « pour assurer les communications entre les côtes bretonnes sud-orien taies et le continent (ainsi que) pour aider les Britanno-Romains contre les pirates Saxons. » (E. Demougeot) 2. Des nécropoles de Francs Saliens datées de la seconde moitié du Ve siècle ont également été trouvées dans ces même régions, établissant leur présence aux côtés des colonisateurs Saxons et Jutes. Les Jutes du Kent semblent avoir été très mar qués par ces apports francs, que l'on détecte chez eux aussi bien dans le mobilier funéraire (poteries, armes. . .) que dans le système social, ou encore la toponymie. b) La raison d'un raid franc dans les îles britanniques vers 465? On peut trouver plusieurs justifications : - auxiliaires du gouvernement impérial, les Francs ont appuyé les efforts de celui-ci en faveur des Britanno-romains, dont les précédents appels à l'aide étaient restés vains (par exemple, à peine une douzaine d'années auparavant, au temps d'Aetius trois fois consul, entre 446 et 454). Il se peut que le gouvernement impérial ait été poussé à l'intervention par des Bretons déjà passés en Armorique. Constatons que le fondateur présumé du clan royal de Domnonée armoricaine n'est pas Riotham, mais son grand-père Riwall, né dans le dernier tiers du IVe siècle). - les Francs sont intervenus, sinon pour prêter main forte à leurs parents établis dans les îles avant les Saxons au début du Ve siècle, du moins parce que le vaste mouvement de colonisation que leurs cousins germaniques étaient alors en train de mener avec succès, ne pouvait les laisser indifférents : la position géographique du royaume de Childéric, face au Kent, et ses liens avec les pays du Rhin inférieur - sur les routes commerciales entre l'île et le continent -, entraînaient pour les Saliens la nécessité de participer aux affaires de la Bretagne insulaire. - il y avait enfin tout intérêt pour les Romains et pour les Francs, à recruter parmi les Bretons romanisés des auxiliaires supplémentaires capables de tenir face aux Wisigoths la région de la Loire moyenne, à la place des Alains à la fois inefficaces et incontrôlables. c) Conclusion Ces raisons nous font croire qu'un raid romano-franc dans les îles britanniques vers 465 accompagna l'installation des Bretons sur la Loire avant l'été 468, que les Romano-francs aient ramené l'ensemble de ces Bretons dans leurs bagages, ou qu'ils aient simplement augmenté de quelques insulaires un contingent tiré d'un groupe national déjà solidement implanté en Armorique. Bilan Au terme de ce commentaire du texte de Grégoire de Tours, nous pensons avoir montré l'existence d'une tentative de reprise en mains par le gouvernement de Ricimer des forces romaines en Gaule du Nord après la mort d'Aegidius en 464. Un système défensif nouveau fut bâti alors, avec comme privots l'alliance avec le roi franc Childéric et la présence sur la Loire des Bretons. Ce système était fragile, et il s'effondra rapidement : car, tandis qu'après la mort de Libius Sévère en 465, Ricimer dut accepter de Constantinople l'envoi d'une forte armée avec un nouvel empereur, Anthemius, et modifier sa politique, Euric, roi des Wisigoths à partir de 466 en profita pour prendre ses distances avec Rome. Et Euric fut assez heureux de triompher dès 469 des auxiliaires bretons installés en 465 par Odoacre, ce qui dénoua très largement les liens établis par Ricimer entre lui et la Gaule du Nord. Ces péripéties eurent au moins pour mérite de mettre en valeur le jeune roi Scyre nouvellement rallié. Et l'on comprend peut-être un petit peu mieux la carrière brillante qui attendait Odoacre.  J.M. Ropars  

 

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 12:58

 

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La Gaule vers 464/465

Saliens : peuples fédérés ou alliés : limites des territoires sous leur contrôle Aquit. : provinces d'Aquitaine Première et Seconde (Domnonée) : Domononée armoricaine au Bas Moyen Âge septentrionales (Belgique seconde et première, Lyonnaise seconde, troisième et quatrième, entre Rhin et Loire) à titre de colons militaires. Un de leurs rois, Clodion, reçut en 448 Tournai comme capitale. Childéric (mort en 481/482) hérita de ce royaume et, avant de le transmettre à son fils Clovis, aurait, selon saint Rémi, officiellement reçu l'administration» (?) de la province de Belgique seconde (des bouches de l'Escaut à la Marne)16. Les Saliens restèrent donc des alliés fidèles, partenaires efficaces des Romains en Gaule. - Les Wisigoths : établis en 418 par Honorius dans le Sud-Ouest de la Gaule, en Aquitaine seconde, Novempopulanie et Ouest de la Narbonnaise première autour de Toulouse (entre Massif Central, Pyrénées, Océan et abords de la Loire), huit ans à peine après le retentissant sac de Rome par leur roi Alaric (août 410). Plusieurs « mutineries », accompagnées de vaines expéditions en Narbonnaise première, ponctuèrent le règne de Théodoric Ier (418-451). Un parti plutôt pro-romain l'emporta pourtant avec Tliéodoric II (roi de 453 à 466) ; et si celui-ci put enfin mettre la main sur les territoires convoités par son père (occupation de Narbonne en 462), ce fut grâce à la passivité du patrice Ricimer, un germain, parent de Théodoric II et le véritable détenteur de l'autorité à Ravenne de 456 à 472.

- Les Alains : peuplade d'origine iranienne, divisée en bandes errantes de cavaliers redoutables cantonnés et dans la région de Valence (440) et autour d'Orléans (442). La région d'Orléans (Aurelianis), important carrefour routier sur la Loire, semble avoir joué, dès le temps des Alains, le rôle d'une sorte de plaque tournante du système militaire romain en Gaule, si l'on se fie aux observations suivantes :

• C'est de l'Orléanais que partent en 446/447 les Alains chargés de réprimer en Armorique l'insurrection sociale des Bagaudes.

• C'est sur Orléans que, négligeant Paris, Attila se dirige en 451 escomptant peut-être le ralliement du roi alain Sangiban, au comportement déjà très suspect.

• C'est contre ces Alains de l'Orléanais que guerroie pendant son cours règne le roi Wisigoth Thorismond (451-453).

- Les Burgondes : d'abord colons militaires établis en 443 au nord et au sud du lac Léman (Sapaudia), pour protéger les routes alpines menant en Italie, ils furent autorisés en 457/458 à s'installer en Lyonnaise première. Leur roi Gondioc, un autre parent de Ricimer qui le fit en 463 «maître des soldats pour la Gaule», contrôlait ainsi les régions s'étendant du plateau de Langres au Nord à la plaine Suisse à l'Est et au Sud à la Drôme.19 Le contrôle d'une telle mosaïque de peuples

dépassait les possibilités déclinantes de l'Empire. Aegidius, le « maître des soldats pour les Gaules » nommé par l'empereur Majorien en 458, eut fort à faire pour y maintenir une présence militaire romaine, très vite isolée, après 461, par les progrès des Wisigoths et des Burgondes. En 461, en effet, l'assassinat de Majorien à l'instigation de Ricimer, scandalisa Aegidius qui refusa de reconnaître le nouvel empereur Libius Sévère imposé par le généralissime. Sans scrupules, Ricimer n'hésita pas à lancer contre le rebelle les fédérés wisigoths de Toulouse. Aegidius, avec le concours des Francs Saliens de Childéric réussit à arrêter les Goths dans une grande bataille en 463 près d'Orléans : mais il se trouvait complètement isolé, destitué officiellement de son commandement au profit de Gondioc, bloqué au nord de la Loire par les Germains Burgondes et wisigoths maîtres de la plus grande partie de la Gaule du Sud. Or, l'année suivante, en 464, tout se débloqua, à la suite de deux événements qui ne sont peut-être pas sans rapport :

• en premier lieu, un raid des Alains (y compris de l'Orléanais ?) sur l'Italie qui échoua on l'a dit, à Bergame. Comment Ricimer n'aurait-il pas alors souhaité se débarrasser définitivement de toute menace de retour offensif de ces barbares en les écrasant dans leurs campements, notamment Orléanais ? Mais il y avait Aegidius, vainqueur précisément à Orléans l'année précédente.

 • en deuxième lieu, la mort subite à la fin de l'année d'Aegidius... qui réintroduisait justement pour Ricimer la possibilité d'intervenir en Gaule du Nord ! Il ne lui suffisait que d'envoyer tout de suite au Nord de la Loire quelques troupes pour, profitant du vide laissé par la disparition du général, faire enfin reconnaître son autorité. Nous allons essayer de montrer que le texte que nous étudions, de Grégoire de Tours, décrit une telle manoeuvre. Une tentative de reprise en mains de la Gaule du Nord par Ricimer en 464/465. La source A nous montre le Scyre Odoacre, après l'annonce du décès d'Aegidius, accourant sur la Loire pour prendre le contrôle de cette région :

«Childéric livra des combats à Orléans (463). Quant à Odoacre, il vint avec des Saxons à Angers. (En effet,) une grande épidémie dévasta alors la population, Aegidius mourut alors (fin 464) et laissa un fils nommé Syagirius. Après sa mort, Odoacre prit des otages à Angers et en d'autres lieux.» Pour le détail des événements, la source B y pourvoit : un certain «comte Paul» reprit le flambeau tombé des mains d'Aegidius et fit la guerre aux Goths qui, au témoignage d'Hydace, «(avaient envahi) les régions qu' Aegidius protégeait». Malheureusement pour Paul, il n'avait pas les moyens de son ambition :

- d'abord parce qu'en prestige et donc autorité, Paul, par ailleurs tout à fait inconnu, ne pouvait rivaliser avec Aegidius, qu'avait nommé Majorien. Et rien ne le liait aux Francs Saliens; - ensuite parce qu'il lui fallut bientôt combattre, non plus seulement des Goths rebelles, mais un envoyé direct du gouvernement légitime romain, Odoacre. C'était bien suffisant pour ébranler la fidélité de ses troupes, en premier lieu des Francs Saliens, qui n'avaient probablement soutenu Aegidius qu'en tant que leur ancien «roi». Ainsi s'expliquerait l'étonnant retournement de situation qu'on voit au début de la source B : arrivé à Angers pour défendre la ville face à Odoacre, le comte Paul fut soudainement trahi par les auxiliaires francs de Childéric (encore païens : la conversion des Francs ne date que de Clovis) qui livrèrent la ville au pillage en se ralliant à Odoacre : «Quant au comte Paul, qui était avec des Romains et des Francs, il déclara la guerre aux Goths et fit du butin. De son côté, Odoacre vint à Angers, mais le roi Childéric y arriva le jour suivant et, le comte Paul ayant été tué, il prit possession de la cité. Il y eut ce jour un grand incendie dans lequel le bâtiment de l'église fut consumé.» Selon la source A, «Odoacre prit des otages à Angers et en d'autres lieux. Il valait mieux en effet s'assurer de garanties face à cette population gallo-romaine qui avait soutenu Aegidius, et ne se serait pas forcément reconnue dans ces bandes germaniques utilisées par Ricimer : Scyres, Burgondes, Wisigoths, et même maintenant Francs Saliens... C'est alors (465) que, faisant d'une pierre deux coups, selon la source B, «Odoacre conclut une alliance avec Childéric et ils soumirent les Alains (de l'Orléanais) qui avaient envahi une partie de l'Italie.». Le remplacement des Alains de l'Orléanais par des Bretons La soumission des Alains, actifs depuis 442 dans leur rôle de gendarmes de l'Armorique, mais très peu fiables, et décidément inassimilables, créait un vide dangereux sur la Loire, dont auraient pu profiter les Wisigoths pour s'étendre en Aquitaine première (Clermont-Ferrand, Bourges). Plusieurs sources permettent de penser qu'on leur substitua des Bretons : a) en premier lieu une lettre de Sidoine Apollinaire du début de l'année 469, où il rapporte la teneur d'un message daté de l'été 468 du préfet du prétoire des Gaules Arvandus au roi des Goths Euric (466-484), successeur de Théodoric II22 : « II lui déconseillait de faire la paix avec l'empereur grec (Anthémius, 466-472, successeur de Libius Sévère), lui montrait la nécessité d'attaquer les Bretons établis sur la Loire » (« supra ligerim sitos »).    J.M. Ropars

 

 

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Published by poudouvre
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