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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 23:46

 

 

L'histoire de Rennes à la fin du Moyen Age revit à travers une série exceptionnelle de comptes municipaux, commençant en 1418 et se poursuivant pratiquement sans interruption jusqu'au début au xvi" siècle. A travers ces registres, bien conservés, nous pouvons suivre, presque année par année, le développement d'une vieille cité médiévale, longtemps sans importance, mais qui, à l'aube des temps modernes, avec ses 62 hectares circonscrits et une population que nous estimons à environ 12 000 habitants, arrive au second rang des villes bretonnes, immédiatement après Nantes. Rien ne permet de mieux apprécier cette croissance que de brosser au préalable un tableau de Rennes au début de la période que nous allons étudier. Vers 1418, la ville est enserrée dans le carcan d'une vieille enceinte, formant un hexagone irrégulier, d'une superficie de 8 à 9 hectares. Quatre portes y donnent accès dont la plus prestigieuse, celle qui vit passer au cours de l'histoire maintes têtes couronnées, est la Porte Mordelaise, un des vestiges du passé médiéval, encore visible dans notre L'enceinte est renforcée par plusieurs bastions dont seront reconstruits au cours du siècle et notamment par la de la Monnaie, appelée plus tard tour Duchesne du nom de locataire, Jehan Duchesne, Grand-Portier de Rennes de 1467 1499. Le « Vieux Chastel » protège le saillant nord de six grosses tours massives reliées par une courtine et de donjon. Mais depuis la fin du xine siècle, cette mal entretenue, tombe en ruines. Dès 1405, elle est livrée à pioche des démolisseurs. 

 

 

L'espace compris à l'intérieur de cette enceinte est restreint : environ 360 m sur la plus grande longueur et 320 m de large. Les rues sont étroites et sinueuses, les places rares. Les monuments civils et religieux, exception faite de la cathédrale achevée en 1359, sont sans importance. Tout au plus peut-on mentionner six petites chapelles, l'hôpital Saint-Yves fondé en 1358, le manoir épiscopal, la halle ou « cohue », l'hôtel des Monnaies. Mais Rennes ne possède encore ni Maison commune, ni Beffroi. En ce début du xvc siècle, tout le poids de l'administration de la ville repose sur les épaules d'un capitaine désigné par le duc ou, en son absence, d'un lieutenant. Cependant une évolution se dessine déjà. Des faubourgs actifs sont apparus : faubourgs de la Baudrairie au sud-est, de Saint-Aubin, du Bourg- L'Evêque, de Toussaints sur la rive gauche de la Vilaine. Une estimation des feux, antérieure à 1426, donne pour 8 « extra muros », 552 feux, soit, suivant l'importance à cette unité fiscale, 4 ou 5 personnes en moyenne, un d'environ 2 500 à 3 000 Le commerce et l'artisanat se développent dans ces en plein expansion. Rennes reste bien sûr encore une ville rurale. Dès que franchissons ses portes, nous un habitat dispersé, au milieu de champs cultivés, de d'oseraies, de vignes. Mais un tarif d'octrois de 1408 laisse entendre qu'un négoce prospère existe déjà, tandis qu'une bourgeoisie de marchands, les Merciers, songe à l'élaboration de ses premiers statuts. A la meunerie, à l'industrie du s'ajoute la draperie que des réfugiés normands, fuyant leur pays envahi par les Anglais, en 1415, après la bataille court, ont implanté dans la Enfin, autre signe d'évolution, apparaissent les germes vie municipale. Le capitaine prend l'habitude de convoquer temps à autre une sorte d'assemblée consultative dont les res sont choisis parmi les plus riches et les plus de ses administrés, une douzaine tout au plus. Ainsi un des premiers maillons d'une organisation communale est mis place. Nous allons précisément assister à son développement cours du Le Conseil restreint d'une douzaine de notables, réuni l'ordre du capitaine, voit ses prérogatives s'accroître au du siècle. Depuis la fin du XIVe siècle, les bourgeois sont chargés de la perception des devoirs de « clouaison », créés par Jean IV pour alimenter la caisse des travaux de défense (« clouaison » est en effet synonyme de fortification). On désigne par ce mot un ensemble d'octrois perçus sur plusieurs catégories de marchandises aux portes et aux barrières de la ville et dont la levée est confiée à des fermiers. Nous connaissons ces octrois par des documents très précieux, les Pancartes, tarifs jadis placardés aux portes de Rennes. La Pancarte de 1481, dressée par le sénéchal Maître Jacques de la Villéon, apporte des renseignements fort intéressants sur l'histoire du commerce et de l'industrie en Bretagne. A ces impositions qui pèsent sur les draps, sur les vins, sur les peaux et les laines, sur le marché à « l'avoir » ou commerce de bestiaux, sur la mercerie, terme dont la signification très large recouvre non seulement des produits textiles, mais aussi des métaux, de l'alun, des fourrures, du savon..., s'ajoutent tout au long du siècle de nouveaux revenus dont le plus connu est « l'apétissement » ou billot, levé à partir de 1424 sur les vins vendus au détail. Si nous comptons enfin diverses autres levées exceptionnelles sur les boissons, des emprunts etc., on constate que les revenus de la ville n'ont cessé de croître au cours du siècle. De 1418 à 1431, la caisse municipale perçoit en moyenne 2 400 livres par an. A partir de 1462, elle reçoit plus de 5 000 livres, dont les trois quarts proviennent de taxes frappant les vins bretons et étrangers (essentiellement angevins). Cette caisse municipale est gérée par deux bourgeois, les  Miseurs, comptables chargés de percevoir les deniers publics et de faire « les mises » ou dépenses indispensables. D'abord choisis par les autorités pour une durée d'un an, commençant le 2 février, les Miseurs deviennent les premiers officiers élus par les bourgeois. Leur fonction rénumérée 30 livres par an et par personne, modeste en  apparence bien que lourde de responsabilité en réalité, est l'apanage d'une minorité influente de riches marchands dont les membres sont étroitement solidaires et unis par des liens financiers et familiaux. La plupart appartiennent à la Confrérie des « Merciers et Espiciers » qui regroupe à Rennes les commerçants qui fréquentent régulièrement les foires et les marchés de Bretagne, de France et de Flandre. On trouve également parmi les comptables, des drapiers, des négociants en vin, des «monnoyers » des financiers. Pour eux, la « miserie » est souvent le tremplin qui leur permet d'accéder aux plus hautes charges. L'exemple le plus significatif est celui de Julien Tierry, miseur de 1464 à 1467, fondateur d'une des plus riches familles bretonnes et qui deviendra argentier de François II. Nous retrouvons encore des bourgeois parmi les personnalités qui contrôlent la gestion des Miseurs. Leurs signatures figurent à la fin des comptes, après celles du capitaine, du lieutenant ou de toute autre officiers. Ils signent également très souvent des ordres de paiement sans lesquels les miseurs ne peuvent faire aucun versement. Ainsi par le biais des institutions financières, une minorité, « la plus saine et maire partie » des habitants est amenée à dépasser le rôle de simple conseillère du capitaine. A mesure que la ville s'étend, il n'est plus possible pour ce dernier de supporter tout le poids de l'administration urbaine Le Conseil des bourgeois, on parle aussi de « congrégation », est amené à se réunir plus fréquemment et à intervenir même dans les affaires administratives et militaires. Il délègue des représentants aux Etats. Le personnel municipal s'accroît. Outre les ofïiciers précédemment cités, figurent parmi les personnalité locales gagées, un puis deux connétable chargés de la défense de la ville, un Grand-Portier, un Trompette ,un Gouverneur de l'Horloge, un Garde de l'Artillerie, un Contrôleur des comptes et son lieutenant. Mais il faut surtout mentionner, à partir des années 1421- 1433, l'apparition d'un Procureur des bourgeois, porte-parole et défenseurs des intérêts de la population. Il devient progressivement le premier magistrat de la cité, méritant ainsi l'appela- tion de « Premier des bourgeois » que l'on rencontre dès 1459. Ainsi à la fin du Moyen Age sont mis en place les premiers rouages d'une administration urbaine. Sans jouir pour autant de libertés communales semblables à celles que connaissent plusieurs agglomérations françaises ou étrangères, Rennes, par une lente évolution dont nous percevons les prémices et dont nous suivons le déroulement, se dote d'une ébauche d'administration d'où naîtra au siècle suivant le Conseil des échevins. Le XVe siècle est aussi la période de l'extension de la ville. Que la population augmente au cours du siècle, cela ne fait aucun doute. Aux immigrants normands qui s'installent à Rennes après 1415, s'ajoutent les paysans des campagnes voisines. Les constructions attirent la main-d'œuvre. La lourdeur des impôts qui frappent les ruraux, les ravages occasionnés parle passage de bandes incontrôlées, ont contribué à accélérer ce mouvement migratoire. De nouvelles familles aparaissent dans notre ville dont la plus illustre est celle des Tierry, déjà nommée. Les quartiers au sud de la Vilaine offrent un exemple très significatif de l'accroissement de cette population. Une réformation générale des feux de Bretagne contribuant aux fouages donne pour la paroisse de Toussaints, entre 1426 et 1430 les chiffres de 107 feux, de 240 contribuables, de 54 Normands sans compter une cinquantaine de personnes exemptées d'impôt. Un document fiscal des années 1448-1450 donne pour ce même faubourg un total de 453 maisons habitées par 460 contribuables, soit 189 propriétaires résidant et 271 locataires. Avec leurs familles, ils représentent une population supérieure à 1 500 personnes. La plupart des maisons sont très simples, sans étage, en torchis et en bois. Pour protéger ces quartiers en voie de développement rapide, la nécessité se fait sentir de renforcer les vieilles murailles et d'en construire de nouvelles. Deux enceintes sont ainsi levées au xve siècle, portant la superficie circonscrite de 9 ha à 62 ha. Une première, édifiée de 1421 à 1448, s'étend à l'Est de ncienne cité, englobant l'abbaye Saint-Georges, l'église et le vent des Frères Mineurs, la paroisse de Saint-Germain. délimite la « Ville neuve ». Sa construction se fait en étapes. De 1421 à 1425, ont lieu les premiers travaux qui issent à l'achèvement de la rue Neuve, au creusement des fossés et à la mise en place de palissades provisoires. La détérioration des relations entre la Bretagne et l'Angleterre dans les années 1425-1427 justifie la mise en place de 17 bastilles, petits fortins en bois, destinés à renforcer la première enceinte palissadée. Enfin à partir de 1427 commencent les grandes constructions en pierre, menées par étape et qui remplacent progressivement les défenses en bois. Cette période voit l'érection de 4 portes, celles de Vilaine, de Saint-Germain, de Saint-Georges et aux Foulons, d'une muraille haute de 8 mètres, plus épaisse au Nord et à l'Est qu'au Sud, et de 12 tours dont le chef- d'œuvre est la tour Le Bart. Cette dernière, véritable donjon de Rennes, domine la ville de ses 21,60 m et comprend quatre étages dont le dernier est voûté d'ogives. Ses murs atteignent l'épaisseur de 6,40 m à la base. Une autre enceinte est élevée de 1449 à 1476 au sud de la Vilaine pour protéger « la Nouvelle Ville » qui enserre notamment la paroisse de Toussaints et le Couvent des Carmes établi en 1448. Cette ligne fortifiée présente trois entrées ; les portes de Villeblanche, de Toussaints et de la rue du Champ-Dolent, et 11 tours. Les murailles ont partout la même épaisseur de 3,20 m à la base, la même hauteur de 8 mètres. Les tours atteignent environ 14,50 m de haut. Comme dans le cas précédent, le creusement des douves commence avant les travaux de maçonnerie. Contrairement à une idée longtemps répandue dans les écrits sur Rennes, les douves de la Nouvelle Ville ne sont pas un ancien bras de la Vilaine. Elles sont l'œuvre de l'homme, comme le confirme un compte de 1448-1450 qui nous apporte de précieuses indications sur le tracé et sur les expropriations nécessaires. Enfin les besoins de la défense amènent la ville à restaurer les murs de la Vieille Cité et notamment à reconstruire le portail de Mordelaise entre 1442 et 1452 et la tour Duchesne de 1447 à 1449. Les difficultés qui surgissent entre la Bretagne et là France à partir de 1464, les progrès de l'artillerie, obligent la municipalité à ordonner la mise en place d'ouvrages secondaires de défense. Des bastions avancés en terre, plus rarement en pierre et doublés de fossés, appelés « boulevards », protègent les portes des coups de boutoir des canons. Leur construction nécessite de nouvelles expropriations et entraîne la démolition de maisons pour dégager la ligne de tir. Enfin plusieurs petits éléments de protection sont élevés ici et là pour renforcer les murailles : des « mouenets » ou fortins bas et allongés percés de canonnières pour battre les fossés, des « faulces brayes », petits murs dressés sur la contrescarpe des fossés et destinés à gêner l'approche de l'ennemi, de pont fortifiés enfin. C'est avec ces remparts et ces ouvrages secondaires que Rennes résistera aux troupes françaises en 1491. Quant aux faubourgs, ils s'étendent également, atteignant Saint-Melaine, Saint-Martin, Saint-Etienne et Saint-Hélier. Evidemment, même à l'intérieur des murailles, tout n'est pas loti. Les étendues de jardin sont très grandes. La ville conserve toujours par endroits l'aspect d'un gros village. Mais la croissance rapide de l'agglomération rennaise amène en 1485 le duc François II à envisager la construction d'une plus grande ligne fortifiée. Partant du Bourg-l'Evêque pour rejoindre la porte Saint-Georges, en passant par la barrière Saint-Just, elle devait englober Saint-Martin et Saint-Melaine. Ce projet de 2,800 km de tracé, est abandonné après un début d'exécution, faute de crédits. Pendant ce même XVIe siècle, Rennes se dote d'un beffroi et d'une horloge publique dont la renommée franchit les portes de la Bretagne, de trois nouvelles halles et d'écoles. Elle assure l'entretien de 22 ponts « tant levans que dormans ». De ces nombreuses constructions civiles et militaires, on peut tirer un certain nombre d'enseignements sur les conditions de travail. Rennes utilise peut-être plus qu'ailleurs, comme matériaux de construction, le bois et l'argile de remplissage des colombages et des torchis. Elle emploie surtout comme pierre de taille, un schiste briovérien tendre, sacrifiant par le choix de cette pierre locale peu résistance, la solidité à la facilité. Ce schiste est en effet exploité à proximité des chantiers, dans d'innombrables petites carrières vite épuisées, vite abandonnées : « perrières » de la rue Hux (rue de Paris), de Saint-Cyr, d'Orgères, etc. Pour les « corbeaux », les encadrements des portes et des fenêtres, les canonnières, la ville utilise des matériaux de meilleure qualité et plus résistants : schistes de Pont-Réan, calcaires de Fontenay près de Chartres-de-Bretagne, granit de Dingé, pierre à paver des buttes de Coësmes. Viennent également des environs, le bois (forêts de Rennes et de Paimpont), la chaux (de Fontenay), le sable, les ardoises, etc.Le coût du transport, essentiellement par charrettes, élève considérablement le prix de ces matériaux. Une part très importante du budget municipal est réservée chaque année au chapitre de la main-d'œuvre. Les constructions entreprises au XVe siècle nécessitent un nombre sans cesse croissant de travailleurs recrutés selon trois méthodes. Tantôt la ville se charge elle-même d'engager des équipes d'ouvriers. Ceux-ci payés à la journée viennent parfois de très loin. des terrassiers sont loués à Lamballe et à Moncontour. la municipalité contraint les habitants des paroisses situées moins de quatre lieues de Rennes à accomplir des d'utilité publique. Mais ce travail impopulaire ne donne toujours les résultats escomptés. Aussi la troisième solution, la plus utilisée, consiste à faire appel à un « entrepreneur » qui, moyennant le versement d'une somme forfaitaire, prend l'entière responsabilité des travaux et s'engage dans un marché à recruter des ouvriers et à payer les matériaux. Que les techniques soient appropriées à la tâche demandée, il s'en faut de beaucoup. Le système des marchés pour élever les grands édifices civils et militaires n'offre pas toujours des garanties suffisantes. Des entrepreneurs mal payés ou peu consciencieux lésinent sur la qualité et la quantité des pierres, du bois, du ciment. Sur les chantiers, le travail est lent, souvent anarchique. Rennes manque d'ouvriers qualifiés. Bien que la durée des jours ouvrables dépasse souvent les 12 heures, le rythme de travail est en réalité beaucoup plus lent que le nôtre. Les jours chômés pour raisons religieuse ou pour intempéries sont nombreux, jusqu'à 142 par an ! Malgré la surveillance, les ouvriers prennent de grandes libertés avec les horaires. Enfin les gros travaux s'accomplissent surtout au printemps et en été. Les salaires, assez bas dans l'ensemble, mais stables jusqu'en 1488, subissent les contre-coups des événements politiques et connaissent, à un degré moindre que les prix, une flambée brutale de 1488 à 1492. Dans ces conditions, les constructions laissent souvent à désirer et se montrent incapables de résister à l'usure du temps. Dès le XVe siècle, parfois moins de 10 ans après leur achèvement, les murs se lézardent, des brèches apparaisent que l'on s'efforce de rapetasser tant bien que mal chaque année. Les douves mal entretenues se remplissent d'immondices. En 1460, des commissaires jugent les fortifications incapables de résister à des canons ennemis. L'artillerie occupe elle aussi une part très importante des dépenses annuelles. De 1418 à 1493, la ville construit ou achète environ 350 canons de tous calibres, des grosses bombardes à la simple « harquebuce » mentionnée à partir de 1475. Pour ce faire, Rennes fait appel à des spécialistes étrangers, des Flamands, des Anglais, des Allemands. Sans atteindre en nombre et en qualité la puissance de feu des armées françaises et bourguignonnes, l'artillerie bretonne réalise au cours du XVe siècle, un certain nombre de progrès décisifs. Sans pouvoir se comparer par son étendue, son influence, aux grandes villes flamandes, italiennes, françaises et même tout simplement à Nantes, Rennes connaît au XVe siècle un rayonnement incontestable qu'illustre l'importance de ses réceptions, de ses fêtes. Paradoxalement, elle est davantage tournée vers la Normandie, le Maine et l'Anjou que vers la Bretagne intérieure. Elle noue des contacts commerciaux avec la Flandre, l'Angleterre et l'Espagne. Des marchands étrangers fréquentent chaque année ses foires. Les quantités des métaux nécessaires à ses travaux, la venue régulière par la route de La Guerche de chargements de vins d'Anjou, la présence de bestiaux du Cotentin, de draps de Rouen, de Bernay, de Saint-Lô traduisent nettement l'éventail de ses relations. Sa zone d'influence s'étend largement sur les campagnes environnantes. La riche bourgeoisie y possède des terres et des maisons où elle se réfugie pendant les pestes et les « mortalitez » qui frappent pendant le siècle à sept reprises la population. Elle est le pôle d'attraction d'une région économique qui se limite à Paimpont à l'Ouest, à Redon au Sud, à La Guerche et à Janzé au Sud-Est, à Vitré à l'Est et aux environs de Combourg au Nord-Ouest. Sans aucun doute, le XVe siècle est une étape essentielle de l'histoire de notre ville. 

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 19:12

 

 

 Voyage à Guenroc

 

L'administration pensa que les achats de grains, dans la campagne même, payant comptant et en espèces sonnantes, étaient un des meilleurs moyens à employer. Aussi est-ce le parti qu'elle prit; on me delégua pour aller à Guenroc, où se tenait un marché, j'emportai sacs vides et écus. L'administration m'enjoignit MM. G. M. et Lag...qui, pensait-on, à tort ou à raison, n'avaient quelques rapports avec les insurgés, et, par précaution seulement, pour maintenir l'ordre dans l'opération, les grenadiers, dont est cas ci dessus. Rendu à Guenroc, j'eus une conférence avec un nommé C. T. homme de confoance des chouans, et en même temps chef  agent secret de l'administration, qui m'assura que la contrée, tout-à-fait calme, désirait le rétablissement de l'ordre et que, tout à fait calme, désirait le rétablissement de l'ordre et que, dans un rayon de trois à quatre lieues, il n'existait aucun insurgés. D'après ces renseignements, je commençai les achats; ils se terminèrent promptement dès que le bruit fut répandu que je payais comptant en écus. Retiré avec mes auxiliaires et les officiers de la compagnie des grenadiers dans une auberge pour prendre quelques aliments avant le départ, un Monsieur, qui désirait avoir une conférence avec moi, demanda l'admission et fut reçu de suite. C'était un M. L..n, l'un des chefs des insurgés  : il débuta d'un ton brusque   se plaignit qu'on avait envahi son territoire, sans son autorisation et même sans l'en avoir avisé. Pour réponse, je lui exhibai ma commission. 

-Savez vous, que c'est bien imprudent de la part de votre prétendu administration ? J'ai cinq cents hommes sous mes ordres qui cernent le bourg. Si, à mon signal, ils agissaient, où en seriez vous ? que pourrait votre faible escorte pour vous défendre

Vous et elle tomberiez victimes de cette témérité.La réplique suivit de près. M. L... n'eut l'imprudence, pour ne rien dire de plus d'ajouter quelques réflexions mal sonnantes, qui irritèrent les officiers. 

Le capitaine s'interposa entre lui et son lieutenant, qui menaçait de jeter l'imprudent par la fenêtre. Je fis des observations assez sévères sur le langage intempestif de ce chef maladroit. Je lui conseillai de se retirer, sans aucun délai; ce qu'il fit. 

 

 

Il portait l'uniforme des chouans : veste grise, parements et collets noirs, chapeau tricorne, avec ganse et large bouton à l'ancre . (M. L... avait été officier de la marine royale avant la révolution)     

 

 

 

Panique des grenadiers.

 

Les soldats répandus dans le bourg; virent passer M. L...n, mais gardèrent le silence le plus profond.Ceux disséminés dans les cabarets y entendirent les bruits les plus absurdes, publiés par des gens poussés, sans doute par la malveillance. On ne les avait, disait-on, conduits là, en aussi petit nombre, que pour les faire égorger. Ces soldats, croyant qu'un chouan était un militaire de leur sorte, exercé, discipliné, s'imaginèrent que leur compagnie a été amenée dans guet-à-pens; ils se mutinent, s'assemblent tumultuairement et arrêtent leur départ instantanné. Un sous-officier vinet donner au capitaine connaissance de tout ce qui se passait; celui ci part aussitôt. fait tous ses efforts pour calmer ses soldats irrités. Vous êtes dupes de la maveillance; c'est une fable; il n'y a pas un seul ennemi dans cette commune, et, d'ailleurs, l'armistice n'a t-il pas interdit tout conflit ? ils n'écoutent point leur chef. Les officiers voulaient rester avec moi, mais je les engageai à suivre leurs soldats, et à les rallier pour les reconduire à la garnison : ce qui eut lieu. Je me mis en route quelque temps après. Le jour commençait à baisser, l'air était froid et le chmin affreux : Toutefois nous arrivâmes, mais tadivement, à nos domiciles. Ces mêmes soldats que nous voyons ici pris de terreur panique, parce qu'ils se méprenaient sur la valeur de leurs adversaires, les redoutèrent si peu par la suite, qu'ils les affrontaient volontiers sans avoir égard au nombre. 

 

Proclamation de la paix à Guenroc

 

La paix dans les contrées insurgées venant d'être conclue, le gouvernement ordonna qu'elle serait solennellement proclamée. Pour remplir le voeu du gouvernement, l'administration directoriale désigna le bourg de Guenroc, considéré, en quelque sorte, comme le quartier général des royalistes, et elle me désigna pour remplir cette mission. Je l'acceptait avec d'autant plus d'empressement que cette paix était selon mon coeur. Je me rendis à Guenroc, plus cette fois avec attitude menaçante, maix avec l'abandon et la confiance d'un ami qui allait porter une bonne nouvelle à des amis.  D'avance j'avais invité les maires à faire en sorte que la réunion fut la plus nombreuse possible. 

Arrivé au bourg, à l'heure convenue,je me rendis immédiatement au lieu assigné (la mairie), où je ne trouvai aucun chef important, mais bien les fonctionnaires, quelques officiers subalternes, et notamment le capitaine, le lieutenant et le sous lieutenant de la compagnie du centre. La conversation préliminaire fut cordiale, expansive avec tous les symptômes d'une véritable satisfaction. On se serrait cordialement la main, on se félicitait de ce changement de choses si inopiné. J'avais l'exmplaire de la proclamation imprimée, l'unique parvenu à l'adiministration. Je le présentai au capitaine, avec invitation d'en donner lecture, afin que tous les assistants en connussent la contexture; mais je m'aperçus qu'il ne savais pas lire, car il mettait les caractères en sens inverses. Il le passa à son lieutenant, soldat déserteur de l'armée, à qui on avait donné, ou qui avait pris le nom significatif de Sans Peur. Il lut, mais en quelque sorte comme un enfant qui sait à peine épeler. Il estropiait les mots, les liait si mal ensemble qu'il dénaturait les phrases et les rendait presqu'inintelligibles. Pour le tirer d'embarras, je lui dis : Sans Peur, vous paraissez fatigué, je vais vous remplacer et lire moi même cette proclamation. Toutefois, je vous remercie de votre obligeance. La lecture procura un mouvement électrique de jubilation. Vive la concode ! vive la paix,! furent criés spontanément et unanimement. Je proposai aux fonctionnaires, aux officiers et autres chefs de trinquer, en réjouissance de cet heureux jour. Nous nous rendîmes à l'auberge, les cris de joie recommencèrent et nous ne nous séparâmes qu'après de nouveaux et énergiques serrements de main. 

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 14:22

 

Moins célèbre que la station balnéaire voisine du Val- André, Pléneuf, dans le département des Côtes-du-Nord, est le chef-lieu d'une commune littorale de 1.700 hectares, où le paysage et les traditions rurales reculent sous la poussée des villas et des exigences touristiques. Les documents écrits ne permettent de reconstituer son histoire que depuis le XVe siècle. Ses origines nous échapperaient si nous ne disposions des données de l'archéologie et surtout de la toponymie. 

I. — Les données de l'archéologie

Avant tout, il faut se souvenir que Pléneuf touche à la commune d'Erquy qui n'est autre que l'antique Reginea des Romains. Puisque l'archéologie prouve que ces derniers ont marqué de leur influence Erquy, n'y aurait-il pas certains vestiges à Pléneuf ? La réponse est qu'il y en a bien peu. Ils existent cependant puisqu'il a été trouvé au lieu- dit Bélorient des médailles d'or avec effigies romaines et des débris de céramique. Or ce Bélorient est proche d'une ancienne voie romaine qui réunissait autrefois Aleth (Aletum) à Vorgium (Carhaix) et la présence de cette voie romaine expliquerait les vestiges. L'authenticité de la voie ne semble pas avoir été discutée, même si parfois on s'est posé des questions sur son tracé exact. Le nom populaire qui lui fut donné ensuite : le chemin de l'Estrat (latin strata), confirmerait son caractère romain. Quant à Bélorient, que peut-il apporter sur le plan agraire ? Nous avons essayé de retrouver dans la rectilignité des chemins, quelque ancienne cadastration romaine en recherchant des domaines de 71 mètres sur 71. Nous n'y avons aucunement réussi et force nous est de constater la pauvreté des renseignements apportés par l'archéologie sur le passé rural de la commune de Pléneuf . 

II. — Les données de la toponymie 

L'éminent géographe Jean Brunhes disait à propos des noms de lieux, qu'ils étaient « les fossiles de la géographie humaine ». Ces fossiles, l'historien lui aussi doit les déterrer. Les noms de lieux, ce sont ceux qui existent actuellement sur les cartes d'état-major ou les répertoires de lieux-dits, mais aussi, quand elles sont conservées, leurs formes anciennes. Gomme cela ne serait pas encore suffisant, il faut compléter ces noms de lieux par un relevé de l'état de sections de la commune étudiée ; c'est là que nous retrouvons les noms de toutes les parcelles et en particulier les noms des hameaux disparus aujourd'hui. Voyons immédiatement le nom qui nous préoccupe au premier chef : Pléneuf. Plénieuf appartient à la famille des plous (en breton « paroisse »), qui a donné Plounevez en Basse-Bretagne. La forme plé (latin plebs) est une forme périphérique (cf. Plestan que l'on prononce Plétan, Pleven, etc.) et l'aspect roman du toponyme, pourvu de l'adjectif français -neuf, évoque celui de Pléchâtel (Ille-et-Vilaine), répondant aux Plougastel des régions encore bretonnes. Cette évolution phonétique est une des conséquences du recul du breton depuis le xe siècle, évidente dans la commune de Pléneuf où les toponymes romans l'emportent sur les toponymes bretons. En bref, Pléneuf est un toponyme breton « débretonnisé », ce qui lui donne cet aspect curieux de nom de lieu français (cf. Châteauneuf). Cela dit sur le nom même de notre commune, nous pouvons établir maintenant une chronologie pour les nombreux autres noms de lieux. 

A. — Epoque gallo-romaine 

Le premier centre de défrichement est attesté par le village de Peiïlac (prononcer pia), d'origine gallo-romaine : c'est Pelliacum, formé sur le nom du maître du fundus, sans doute Pelïius, avec le suffixe -acum. En zone romane Pelliacum aurait abouti à Peilïè (Cf. Sabiniaicum = Sévigné) ; mais l'occupation bretonne a arrêté l'évolution phonétique normale du toponyme, qui s'est précocement figé. Le nom de la rivière la Flora pose un problème intéressant ; il évoque les noms de lieux gallo-romains Florac = Floracum, donc un nom de domaine, et non un hydronyme. Or il existe sur une colline dominant la rivière le hamaau de Fleur d'Aulne, rappelant Flora. Etait-ce un ancien Floracum, qui aurait donné son nom à la rivière ? Le cas n'est pas unique, mais la perte du suffixe est rare. Au total un (peut-être deux) toponyme gallo-romain. Il s'agit donc d'une région pauvre, peu mise en valeur à l'époque gallo-romaine. 

B. — Occupation bretonne 

Tout d'abord les Bretons fondent Pléneuf (voir ce mot). Par ailleurs on doit leur attribuer Dahouët, mot qui résiste à l'analyse et qui est sans doute un composé de coët = bois. Mais on peut faire aussi un rapprochement avec Dahouët, nom du premier rocher des Tas de Pois (près de Camaret, Finistère). Quinrouët a été expliqué par guin, parallèle de gwenn, au sens de « ruisseau », auquel s'est ajouté coût, coet = bois), donc Quinrouët signifierait « le ruisseau des bois ». Mais dans la commune, aucun nom en Tré (= subdivision de paroisse), en Lan- (= monastère), en Loc (= ermitage), en Ker- (= village). Les Bretons occupent le pays et leur langue a stérilisé le nom d'un vieux village gallo-romain, Peillac, qu'ils occupent, mais ils ne sont pas assez nombreux pour multiplier les centres de peuplement dans une région où les bois doivent occuper une large place. 

G. — La mise en valeur médiévale 

Cette léthargie prend fin avec la « renaissance » du XIe siècle. Partout la mise en valeur s'accélère et la commune de Pléneuf n'échappe pas au renouveau. La couche toponymique médiévale le prouve. Voici l'abondante famille des Ville. Ce toponyme, issu du latin villa, sert à former depuis les xi et xii e siècles les noms de défrichements : la Ville-Gerbau (aujourd'hui disparu), les Villes-Gaudu (disparu), la Ville-Leux (disparu), les Villes-Quessiaux (disparu), la Ville-Nihon, la Ville- Coquin, la Villerîo (disparu), la Ville-Brica\ult, la Ville-Hatte, les Villes-Guinio. Somme toute sur dix défrichements en « ville », cinq aujourd'hui disparus, dont le souvenir ne subsiste plus que dans un nom de parcelle. Ils prouvent l'ardeur des Gerbau, des Gaudu, des Bricault, des Coquin, etc. à « gagner » de la terre. Parfois d'ailleurs, l'ardeur des défricheurs n'a pas été récompensée et les labours ont cédé la place aux bois (Bois des Sept -Sillons). La couche des noms en -qis et ière, de la même époque est plus mince : la Cornillère (domaine de Cornîller), la Fréchaudais (sans doute Ferchaudais, de Ferchaud), les Moineries (peut-être domaine de Monter), la Grenouillère (dans une région marécageuse riche en grenouilles). Remarquons que les noms des défricheurs sont français sauf deux : Rio et Quinio, peut-être trois (Nihon). La toponymie de la commune atteste bien la présence des Bretons 

cf. : les Genêts Pinga (lande), le Tertre Héligueni (lande), le Vaumadeuc (verger), le Clos de Trégo, le Courtil Héteu, Lesquen (terre)  mais ils sont une minorité et leur nom est accolé à un terme français, ce qui prouve bien qu'on ne parle plus le breton. L'afflux des défricheurs de l'est a donc transformé le peuplement de la paroisse de Pléneuf, dont le nom lui-même a été rhabillé à la française. La toponymie religieuse d'autre part confirme l'influence française et le recul breton. Un seul village porte un nom de saint breton : St-Rieul et encore est-il doté du français «Saint». Suivant J. Loth (10), il s'agit d'un saint Rîoc, qui a donné son nom à St-Rieu (commune de St-Cast) et à St-Rieul, commune du canton de Lamballe. Quant à la paroisse de Pléneuf, elle est placée sous le vocable de saint Pierre, saint éminent que l'Eglise a imposé en Bretagne pour expulser les multiples saints des microchrétientés celtiques, amenés de Grande-Bretagne. Cette offensive religieuse venue de l'est s'exprime mieux dans la dévotion à St-Symphorien, si populaire à Pléneuf, où une grande grève portait son nom, tandis qu'une chapelle lui était consacrée. Cette chapelle était un lieu de pèlerinage pour les paroisses voisines. Saint Symphorien, martyrisé à Autun en 178 sous le règne de Marc-Aurèle, est un des plus grands saints de l'Eglise gauloise. Son culte se répandit rapidement vers le nord-ouest, par la vallée de la Seine — les Parisiens le connurent dès l'épiscopat de St Germain au VIe s. — et la vallée de la Loire. De Tours, dont l'oppidum était bâti sur la colline St-Symphorien, il gagna Nantes, puis Vannes, où les premières églises lui sont dédiées. De Nantes, le culte de St Symphorien chemine vers Rennes et la côte nord de la Bretagne, où la région de Pléneuf devient le principal centre de diffusion. Récemment, l'abbé M. Mesnard  a tenté de reconsidérer le problème. D'après lui, le culte du martyr d' Autun aurait remplacé à une époque indéterminée un saint d'origine celtique introduit vers le VIe siècle par les émigrants bretons ; ce saint serait un certain Ciférian, dont les reliques étaient encore vénérées à Paris au xve siècle. Suivant le même auteur, on vénère aussi en Cornouaille britannique un saint Symphorien celtique. Ce problème hagiographique valait la peine d'être étudié de près, car St Symphorien a donné son nom et son titre à plus de 30 villages, églises, chapelles et prieurés en Bretagne, apparaissant ainsi comme un des grands saints de la péninsule. Aucun des cinq départements bretons, Finistère compris, n'a négligé son culte. S'il s'agit d'un saint celtique, c'est la preuve d'une puissante poussée religieuse des Bretons vers l'est ; s'il s'agit au contraire d'un saint gallo-franc, c'est la manifestation de l'influence française vers l'ouest. M. Guy Souillet, reprenant à son tour le problème, a pu apporter une solution définitive. Ayant retrouvé le centre principal du culte de St Symphorien celtique, dont parle l'abbé Mesnard, en Cornouaille anglaise, c'est-à-dire à Veryan, diocèse de Truro (parrochia Sancti Symphoriani en 1278), il s'est mis en rapport avec le vicaire de Veryan pour connaître la date de la fête du prétendu saint celtique, seul critère possible. La réponse est péremptoire : le 22 août, à la même date que le St Symphorien continental. St Symphorien est bien le martyr d'Autun, dont le culte à partir de la Bretagne a atteint les Iles Britanniques elles-mêmes. La paroisse de Pléneuf honore donc un saint venu de l'est; c'est une preuve supplémentaire de l'influence française, si expressive dans la toponymie des parcelles. 

D. — Les noms des parcelles 

1 . — Noms exprimant le relief : 

Cargrée : nom formé de grée, vieux mot d'origine préindo-européenne désignant une hauteur stérile (gras en Basse-Bretagne).  Le Carhu : contient, comme le précédent, un autre nom primitif des hauteurs rocheuses « car ». Le Cas ; identique au précédent avec adoucissement de la consonne finale (dans la prononciation le s ne se fait pas entendre). Les Ventoirs : désigne sans doute une hauteur où souffle le vent. Le Péhouet ; peut contenir la forme haute-bretonne du latin podium qui signifie hauteur et qui a abouti à puy, puech, etc. dans la France méridionale, et à pé, altéré localement en pied dans l'Ouest. Le second élément est le breton coet = bois, terme botanique ou nom d'homme. Le Bignon : mot de la France de l'Ouest désignant de menues éminences.  Les Miellés : mot pré-latin désignant des dépressions humides, surtout littorales. L'existance de ce terme dans la toponymie de Pléneuf a de l'intérêt, car il repousse vers l'ouest la limite des Miellés. La Noë Heufsée (=Heuzé) Les Noëes viennent du gaulois nauda = dépression humide. Les Patouillards : = endroit humide où l'on « patouille » (terme dialectal). Lai Goule du Val : « l'entrée de la vallée ».  La Goulette : diminutif du précédent. Le Chauchix : terrain riche en chaux. 

 

2 . — Noms exprimant la végétation : 

Les Ossières : terre plantée d'osiers. La Saudraie : terrain humide planté de saules. Le Chesnay : terrain planté de chênes. Le Clos du Feu de Noël: Feu = fagus, hêtre d'un nommé Noël. La Jaunaie : lieu riche en genêts (de jan, jannick d'origine bretonne = genêts). Le Clos des Joins, les Jans Piles : cf. supra. La Landelle : petite lande. Clos du Houssard : riche en houx. Les Frèches : les friches. L'Ecaubue : terre « écobuée », défrichée. L'Etouble du Pont-Ruault . Etouble = guérets. Les Garennes : synonyme de Varenne, terre sablonneuse pauvre ? ou riche en terriers ? La Champagne du Fost : Champagne = terre sans clôtures. Les Brégeons : labours aux sillons courts. Les Courbes : labours aux sillons courbes. Bien-y -vient : bonne terre où tout vient bien (appartient à la famille des noms populaires dans le genre de Brâme-faim, Maurepas = mauvais repas, donc terre sans valeur). 

3. Noms évoquant l'industrie locale : 

Les Forges. Les Effourniaux : les fourneaux, désignant généralement des amas de scories, souvenir parfois d'une forge antique. Les Perrières : les carrières.— La Noë Heufsée (=Heuzé) Les Noëes viennent du gaulois nauda = dépression humide. Les Patouillards : = endroit humide où l'on « patouille » (terme dialectal). Lai Goule du Val : « l'entrée de la vallée ». La Goulette : diminutif du précédent. Le Chauchix : terrain riche en chaux. .

4. Noms évoquant les coutumes féodales : 

La Franchise : terre sans impôts. La Sensève : (= la censive) terre soumise à un cens, à une imposition. L'Aire de Dîme : l'aire où l'on apportait les gerbes de la dîme. Le Haut Pendu : gibet seigneurial. Landes de Pendïarron : même explication que supra. Le Temple : peut-être ce nom évoque-t-il un établissement des Templiers, servant d'hôtellerie et de banque locale. Nous n'avons pas voulu allonger cette nomenclature en citant tous les courtils et les clos qui abondent et sont accompagnés de qualificatifs divers pouvant être le nom de leur propriétaire (Le Clos Martin, Le Clos Hervé), ou indiquer l'usage qu'on en faisait (Le Clos* Moutons, Le Clos es Viaux), ou encore une position topographique (Le Clos de Devant, Le Clos de Derrière). Concluons cette étude sur les origines et le Moyen Age, en considérant les importantes précisions que nous devons à la toponymie. Pléneuf a été fondé par les Bretons et on y a parlé breton. Mais, à partir du xe siècle, rien hormis quelques toponymes n'a résisté devant l'infiltration française. La puissance de cette influence permettait même, en suivant l'avis de M. Guy Souillet, de parler d'une véritable, quoique pacifique, « invasion » française, qui aurait été à l'origine de l'éclosion de la plupart des hameaux qui gravitent encore de nos jours, quand ils n'ont pas disparu, autour du bourg de Pléneuf. 

 

 

 

 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 20:07

                             

 

                                             Dès que la grive est éveillée,

Sur cette lande encor mouillée 

Je viens m’asseoir

Jusques au soir;

Grand’mère de qui je me cache,

Dit: Loïc aime trop sa vache. 

Oh! Nenni da! 

Mais j’aime la petite Anna. 

 

A son tour Anna, ma compagne, 

Conduit derrière la montagne, 

Près des sureaux,

Ses noirs chevreaux;

Si la montagne où je m’égare,

Ainsi qu’un grand mur, nous sépare, 

Sa douce voix 

Sa voix m’appelle au fond du bois. 

 

Oh! Sur un air plaintif et tendre, 

Qu’il est doux au loin de s’entendre, 

Sans même avoir

L’heure de se voir! 

De la montagne à la vallée 

La voix par la voix appelée 

Semble un soupir 

Mêlé d’ennuis et de plaisir. 

 

Ah! retenez bien votre haleine, 

Brise étourdie, et dans la plaine, 

Parmi les blés

Courez, volez!

Dieu! la méchante a sur son aile 

Emporté la voix douce et frêle, 

La douce voix 

Qui m’appelait au fond du bois. 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 19:05

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 13:39

 

 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 13:30

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 13:17

 

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 19:30

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 18:59

 

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