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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 14:22

 

  В. Pasquiten et Gurvand (874-877).

 

La révolte qui mit fin au règne et aux jours de Salomon avait pour chef le propre gendre de ce prince, Pasquiten, et un autre puissant comte appelé Gurvand, peut-être gendre d'Erispoë. Béginon nous apprend qu'après la mort de Salomon (25 juin 874) ces deux chefs se partagèrent le royaume de Bretagne. Il ne marque point l'année de leur mort, mais seulemeut qu'ils moururent presque en même temps et eurent pour successeurs Alain, frère de Pasquiten, et Judicaël , petit-fils d'Erispoë. Or une charte de Redon, dont nous parlerons avec détail au paragraphe suivant, prouve que le 12 juin 878, Alain était déjà dans la seconde année de son principát, c'est-à-dire qu'il avait commencé de régner avant le 12 juin 877, mais certainement après le 12 juin 876. Donc Pasquiten et Gurvand moururent au p!us tard dans les cinq premiers mois de l'an 877. Les chartes, d'ailleurs en petit nombre, où figurent (ensemble ou séparément) Gurvand et Pasquiten, confirment de tout point les données fournies par Réginon. Trois de ces chartes sont de 875, une du 8 janvier 876, et une dernière n'est datée que par la mention de Pasquiten « prince de Bretagne.» Une de ces chartes (le n° '236 du Cartulaire de Redon) est datée : « Régnante Pascweten et  Worhwant Britanniam. » Une autre (le n° 243) , du Ier août 875, est une notice relatant la donation de la moitié de la paroisse de Pléchàtel, faite aux moines de Saint-Sauveur par le roi Salomon; on y lit : «Et hoc factum est in illo anno et in illo tempore quando debellabant et persequebantur Pascuethen et Gurwant ipsum Salomonem, quern et perimerunt, et posted ipsius regnum obtinuerunt et inter se diviserunt, et in ipsa divisione, dimidia pars altéra Plebis Castel (Pléchâtel) cocidit in parte Gurwant.» Gurvand était comte de Rennes, d'après Réginon (Chron., an 874), et Pléchâtel, en effet, dépendait du comté de Rennes. Hors de ce comté, la suzeraineté de Gurvand semble avoir été reconnue, au nord de la Bretagne, dans tout le pays qui jadis formait le royaume de Domnonée, et comprenait, comme on sait, les diocèses de Pol, d'Aleth, de Saint-Brieuc et de Tréguier. Le reste de la province suivait la bannière de Pasquiten, qui possédait en propre le comté de Browerech (dont il jouissait avant la mort de Salomon), et sans aucun doute aussi le comté de Nantes. Gurvand, dans l'unique charte où il figure seul (n° 243), n'a pas de litre. Pasquiten est appelé, dans deux chartes (n 05 260 et 262), «Pascwethen princeps, » et dans une autre (n° 261) «principem Britanniae, Pascweten nomine.»  

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 13:36

 

R  5. Salomon (857-874).  

 

L'avènement de Salomon eut lieu, on l'a vu, du 2 au 12 novembre 857. Quant à sa mort, Réginon, les Annales de Saint-Bertin, et en général toutes nos chroniques la mettent en 874 . Nous en savons même le jour précis, qui est le 25 juin. Ce Salomon, en effet, montra sur le trône de grandes qualités et de grandes vertus; il expia par une mort violente le meurtre qui l'avait fait roi. Finalement il fut mis par les Bretons au rang des saints, et toutes les églises sous son vocable ont constamment célébré sa fête le 25 juin, jour que son antique légende, compilée par Pierre Le Baud, indique d'ailleurs expressément comme celui de sa mort. Il n'y a donc aucune difficulté sur le règne de Salomon. Mais il importe de rechercher l'année où mourut la femme de ce prince, appelée dans nos chartes Wenbritou Guenvret, et dont nos Bénédictins mettent la mort en 869, mais, je crois, à tort. Elle vivait encore en 864, car une donation à Bedon, faite «cum auc toritate et jussu et licentia Salomonis gloriosi principis etejus conjugis Wenbriss» est datée du samedi 29 juillet, vingtième jour de la lune 6, caractères qui exigent pour lettre dominicale A ou BA, et pour nombre d'or 10. Or, sous le règne de Salomon, ce nombre d'or ne convient qu'à, une année, 864, qui a pour lettre dominicale BA. Cet acte est donc du 29 juillet 864. Mais, deux ans plus tard, Wenbrit avait cessé de vivre; car le n° 49 de notre cartulaire est une charte-notice relatant successivement deux donations faites par Salomon aux moines de Redon, la première «pré anima conjugis suze Wenbrit, dum infirmaretur,» la seconde «postquam mor tua fuit Wenbrit. » La première n'est pas datée; la seconde l'est du samedi 13 juillet, date qui exige la lettre dominicale F ou GF. Or, sous le règne de Salomon, une seule année a F, c'est 866, et une seule GF, 860. Mais cette dernière est exclue, puisqu'on vient de prouver que Wenbrit vivait encore le 29 juillet 864. Reste donc nécessairement pour date de la seconde donation du n° 49, faite après le décès de Wenbrit, le 13 juillet 866. Mais évidemment la première donation de cette même notice, faite pendant la maladie de Wenbrit, n'a dû précéder la seconde que d'assez peu. Nous pouvons donc conclure que cette reine mourut en l'an 866, avant le 13 juillet. Il y aura lieu de tirer de cette date plus d'une conséquence, Le cartulaire de Redon contient plus de soixante chartes datées du règne de Salomon, dont un tiers indiquent même l'année de ce règne. Cette indication est le plus souvent ainsi exprimée : Anno illo principalus Salomonis in Britannia. Dans un acte,principatus est remplacé par dominatus. On trouve aussi : Anno illo gubernanle Salomone Britanniam post obitum Erispoë, et : Dominante Salomone Britanniam, anno illo regni ejus .Dominante Salomone Britanniam, anno illo regni ejus. Dans les chartes qui n'indiquent que le règne de Salomon, dont un tiers indiquent même l'année du règne. Cette indication est le plus souvent ainsi exprimée : Anno illo principalus Salomonis in Britannia. D'autres fois c'est : Salomone gubernanterégnante, — et même regente Britanniam. On trouve encore : Salomon princeps, — Britanniae princeps — ou Britanniae dux, et même parfois : Salomon princeps, dux Britanniae. Bon nombre de chartes donnent aussi à Salomon le titre de rex, — rex Brilannise, — rex totius Britanniae, du 7 octobre 860, il s'intitule : Salomon gratia et beneficio Dei dux et princeps Britonum , et il souscrit : Signum Salomonis principis. Dans un autre, du 29 août 868 : S. gratia Dei Britannicae se provinciae princeps; mais il souscrit : Signum Salomon régis Britannis. Dans un troisième, du 17 avril 869. gratia Dei totius Britannise magnaеque partis Galliarum princeps; il souscrit : Salomon totius Britanniae princeps testis; mais, dans le corps de l'acte, il dit agir pro totius regni Brilannici stabilitate. On voit que, si Salomon ne prenait pas d'ordinaire le nom de roi, on le lui donnait assez souvent D'ailleurs, Charles le Chauve lui avait reconnu le droit de le prendre en lui donnant, comme autrefois à Erispoë, les insignes de la dignité royale. Quant au titre de princeps magnae partis Galliarum, ce n'est point, comme on pourrait le croire, une vaine fanfaronnade, puisque, outre la Bretagne, Salomon avait sous sa puissance l'Anjou et le Maine jusqu'à la Mayenne, peut-être jusqu'à la Sarthe, le diocèse de Coutances et celui d'Avranches, de sorte que la Mayenne et la Vire marquaient, à l'est, les limites du royaume breton. Parmi les chartes de Redon, au nombre de plus de soixante, où figure Salomon, soit comme acteur, soit comme prince régnant, il n'y en a pas plus de dix-huit qui mentionnent simultanément le règne de Charles le Chauve, et pas une seule qui mentionne l'empereur régnant.  

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 13:30

 

 4. Erisроё (851-857).

 

Erispoë succéda immédiatement à son père dans le royaume de Bretagne, comme le prouve, entre autres, ce passage des Annales de Saint-Bertin : «851: Nomenogius Brittomoritur... Respogius (c'est Érispoe), filius Nomenogii, ad Carolum veniens in urbe Andegavorum datis manibus suscipitur, et tam regalibus indumentis quam paternse potestatis ditione donatur, additis insuper Redonibus, Namnetis, et Ratense.» Réginon dit de son côté : «Nomenoius rex Brittonum moritur... Filius Nomenoii Herispoius regnum paternum obtinuit.» Et quoiqu'il mette cela à tort sous l'an 862, cette erreur de date n'empêche point ce passage d'établir clairement la transmission immédiate du sceptre breton des mains de Nominoë à celles de son fils. On a vu plus haut que cette transmission, c'est-à-dire l'avènement d'Erispoë, eut lieu dans l'espace de temps compris entre le 8 juillet et le 22 août 851. Erispoë ne régna guère plus de six ans. Il fut tué en l'an 857 par son cousin Salomon : «Respogius dux Britonum a Salomone et Almaro nibus, diu contra se dissidentibus, interimitur» disent les Annales de Saint-Bertin sous l'an 857. Et d'autre part, Reginou, quoiqu'il mette à tort cet événement en l'an 866, prouve nettement que Salomon succéda immédiatement à Erispoë sur le trône de Bretagne, quand il dit : «Herispoius rex Brittonum a suis interfîcitur, et Salomon dux in loco ejus subroga tur.» Donc, s'il était possible de découvrir le jour ou tout au moins le mois de l'avènement de Salomon, ou aurait par là même le jour ou le mois de la mort d'Erispoë. Or le n° 254 du cartulaire de Bedon est une charte ainsi datée : «Factum est hoc die dominico, IIII. non. novembris, anno AT, dominante Salomone Britanniam, anni Domini DCCC.LXXII.» (Cartul. de В., р. 205.) Donc le 2 novembre 872 appartientà la 15e année du règne de Salomon ; d'où il suit nécessairement que ce règne n'avait commencé qu'après le 2 novembre 857 car, si le 2 novembre 857 eût fait partie de la 1ere année de ce prince, le 2 novembre 872 appartiendrait forcément, non à la 15e, mais à la 16e année de son règne. D'autre part, le n° 213 du même cartulaire porte cette date : «Factum est hoc pridie idus novembris, III. feria, IIII. anno gubernante Salomon Britanniam post obitum Erispoë. » (Cartul. de R., 164.) Il s'agit de savoir si cette date représente le 12 novembre 860 ou le 12 novembre 861. Si c'est 861, Salomon n'a commencé de régner qu'après le 12 novembre 857 ; si c'est, au contraire, 860, l'avènement de ce prince sera antérieur au 12 novembre. Or, mardi 12 novembre (pridie idus nov. III. feria ) = lettre domin. F ou GF; 861 a pour lettre domin. E, 860 a GF. Donc c'est bien du 12 novembre 860 qu'il s'agit ici; donc Salomon était déjà roi de Bretagne le 12 novembre 857; donc son avènement, et par suite la mort tragique d'Erispoë, eut lieu dans l'un des dix jours compris entre le 2 et le 12 novembre 857. Quant aux formules employées pour indiquer dans nos chartes le règne d'Erispoë, elles ressemblent beaucoup à celles de Nominoë depuis la déclaration d'indépendance. Ainsi nous trouvons Erispoë dominante, — gubernante, —possidente Brilanniam; Erispoë régnante in Britannia; et Erispoë duce, ou principe in Britannia. Ce qui est nouveau, c'est une notice où ce prince est appelé roi de toute la Bretagne, totius Britannim regem, et un diplôme solennel où il s'intitule lui-même roi de la nation bretonne : Herispogius genlis Britannicaга. Cette dernière pièce ne fait pas partie de notre cartulaire; elle concerne l'église de Nantes ; mais il n'y a aucune raison d'en suspecter l'authenticité. Il est vrai que, dans deux au très diplômes, Erispoë se contente d'un titre moins haut et se dit seulement, dans l'un, «Erispoë, gratia Dei, provinciae Britannia? princeps; » dans l'autre, «E. princeps Britannise provincias et usque ad Medanum flumen.» Sur les vingt et quelques chartes de Redon où figure Erispoë, il y en a quinze qui mentionnent en même temps le règne de Charles le Chauve 10, deux l'empire de Lothaire, et deux autres tout à la fois l'empire de Lothaire et le règne de Charles

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 19:05

 

 

 

Mathurin Louis Joseph Meheut naquit à Lamballe le 21 mai 1882 de l'union de Mathurin Julien, âgé de 34 ans, menuisier et de Jeanne Marie Hello, âgée de 40 ans, aubergiste en cette même ville de Lamballe. Cette famille Méheut était originaire des environs de Jugon. Il devint à l'âge de 14 ans apprenti peintre -en bâtiment mais parvint à persuader son père de l'inscrire à l'école des beaux arts de Rennes, ce sera chose faite en 1897, cinq ans plus tard il intègrait l'école des Arts décoratifs de Paris. Peintre de talent, nombre de ses tableaux représentent la Bretagne avec des scènes aujourd'hui disparues. Lamballe a rendu hommage à son enfant illustre disparu en 1958, en lui dédicaçant un musée.

 

 

 

 

 

 

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 18:03

 

§ 3. Nominoë, prince indépendant (841-851).

 

Louis le Débonnaire étant mort le 20 juin 840, et ses fils ayant commencé leurs querelles dès le lendemain de sa mort, Nominoë garda quelque temps une attitude indécise et expectante. Mais en 841, Charles le Chauve vint au Mans, et de là envoya demander au gouverneur de Bretagne quel parti il comptait prendre ; celui-ci, après quelque délibération , envoya au roi, par députés, des présents et des assurances de soumission. Cela dut se faire dans les premiers jours d'avril 841; car, selon la chronique de Fontenelle , Charles passa le 31 mars sur le rive gauche de la Seine, à la hauteur de l'abbауе de Saint- Wandrille; puis, d'après Nithard, il se rendit à Orléans, à Nevers, à Bourges, au Mans, comme on vient de le dire, et de là étant revenu vers la Seine qu'il repassa près de Rouen, il était à Troyes le vendredi saint, c'est-à-dire le 15 avril 841. Donc, jusqu'au mois d'avril de cette année, Nominoë était resté, au moins en paroles, soumis aux Francs. moins en paroles, soumis aux Francs. Mais Lothaire ne s'étant pas trouvé le 7 mai à la diète ď Attigni, où il avait rendez- vous avec ses frères pour tâcher d'accorder leurs différends, ceux-ci (Charles le Chauve et Louis le Germanique), qui savaient ses manoeuvres hostiles, se préparèrent de leur côté à la guerre, rassemblèrent leurs partisans, atteignirent Lothaire à Fontanet (dans le pays d'Auxerre), et l'y battirent complètement le 25 juin 841. On devine aisément que, pour soutenir une telle lutte, chacun des trois frères avait fait appel à tous ses adhérents. Mais loin d'y répondre, «Nominoë, qui était alors prince des Bretons, dit la chronique de Nantes, refusa de prêter aide à aucun des rois francs, et se mit à ravager les pays de Nantes et de Rennes.» C'est bien là assurément la déclaration d'indépendance de Nominoë, et comme la chronique de Nantes place ce fait avant la bataille de Fontanet, on ne se trompera guère, je crois, en le mettant vers la fin de mai ou le commencement de juin 841. Voilà donc le commencement du règne de Nominoë, comme prince indépendant et chef souverain des Bretons. Selon la plupart des chroniques, entre autres la chronique de Fontenelle et les Annales dites de Saint-Bertin, il mourut en 851, et cette date est confirmée par les actes de notre cartulaire; aussi n'y a-t-il pas lieu de s'arrêter à celle de 862 donnée par Réginon. Mais quel jour, ou tout au moins en quel mois de l'an 851 est mort Nominoë? Personne jusqu'ici n'en a fait la recherche, et il faut avouer d'ailleurs que cette recherche présente quelque difficulté. Avant de nous y engager, rappelons brièvement ici les principaux événements de notre histoire qui occupèrent cette année 851. Selon les anciennes chroniques bretonnes, compilées par l'historien Pierre Le Baud, Noininoë, dans la dernière année de savie, dévasta les territoires d'Anjou, du Maine « et de Neustrie,parvint à Vendosme où il s'arresta, attendant y recueillir ses osts, qui estoient espandus par lesdits territoires, afin d'assaillir le pays de Chartres ; mais comme jà partie de son exercite commençast à gaster celle grande plaine qu'on appelle la Beausse, il devint soudainement infirme, et par gravité de douleur finit dedans briefs jours sa vie Lambert, ami et allié de Nominoë, ramena l'armée bretonne en Bretagne, non sans avoir à livrer de rudes combats. Charles le Chauve était alors avec ses deux frères à l'assemblée générale de Mersen ; il y apprit la mort de Nominoë, la retraite des Bretons, et, de retour dans ses États, il rassembla à son tour une grande armée et marcha contre la Bretagne. Il y entra, livra bataille à Érispoë, fils de Nominoë, fut battu à plate couture, et ne se sauva qu'à grand'peine. D'Angers, il entama avec son vainqueur des négociations dont le résultat fut une paix, conclue à ces conditions: qu'Érispoë serait reconnu pour roi, qu'outre les Etats de son père il jouirait tranquillement des pays de Rennes, de Nantes et de Retz; qu'à son tour il reconnaîtrait, au moins de nom, la suprématie de Charles le Chauve. Il vint à Angers jurer cette paix entre les mains de ce dernier, et retourna chez lui chargé de présent lui chargé de présents. La chronique d'Aquitaine, fort ancienne et jadis fort répandue, met positivement au 22 août 851 la bataille entre Charles le Chauve et Érispoë; et la chronique d'Angoulême, qui, d'ailleurs, n'est qu'un décalque de celle d'Aquitaine, met au 7 mars précédent la mort de Nominoë. D'autre part, le cartulaire de Redon a deux actes, inscrits sous les nos 26 et 162, qui ne s'accordent point avec ces dates. Le n° 26 place en effet le 8 juillet 857 dans la sixième année du règne d'Érispoë ce qui renvoie nécessairement le commencement de ce règne à une date postérieure au 8 juillet 851; et le n° 162, allant plus loin, met le 7 décembre 854 dans la troisième année de ce même prince, ce qui en retarderait l'avènement jusqu'après le 7 décembre 851. Mais, même en supposant la mort de Nominoë du 8- décembre 851, comment faire tenir en vingt-trois jours tous les événements qui se placent entre cette mort et le Ier janvier 852, c'est à-dire, comme on l'а vu, le retour de l'armée bretonne dans ses foyers, la convocation de l'armée de Charles le Chauve, sa marche jusqu'en Bretagne, sa déroute, les négociations qui la suivirent, et enfin le voyage d'Érispoë à Angers pour conclure définitivement la paix? Et encore, comment admettre que Charles le Chauve ait entrepris, au coeur de l'hiver, une expédition contre la Bretagne, dans un siècle où, sans une nécessité absolue, on ne faisait point la guerre en hiver? Aussi n'hésitons-nous pas à croire que le texte du n° 162 de notre cartulaire est légèrement altéré, et que, dans la date de cette charte , «anno III. gubernante Erispoe Britanniam » doit être corrigé en «anno IIII.» La seconde raison alléguée contre la date qu'indiquerait ce n° 162 pour la mort du roi Nominoë, se retourne, à la vérité, contre celle assignée à cet événement par la chronique d'Angoulême. Une campagne où les Bretons avaient successivement parcouru et dévasté l'Anjou, le Maine, la Neustrie et la Beauce, pour se rabattre ensuite sur l'Orléanais et de là menacer Chartres, une telle campagne ne pouvait, au plus bas mot, demander moins de deux mois. Si donc Nominoë était mort à Vendôme le 7 mars , comme l'affirme la chronique d'Angoulème, c'est au commencement de janvier qu'il aurait dû quitter la Bretagne pour se lancer, en dépit des glaces, des pluies, des chemins défoncés, impraticables, tout au travers d'un pays hostile, où son armée, loin de faire du butin, aurait eu bien de la peine à trouver de quoi vivre. Évidemment cette campagne d'hiver est encore plus impossible que celle de Charles le Chauve, partant à la mi-décembre pour conquérir la Bretagne Rejetons donc sans hésiter du passage de la chronique d'Angoulème concernant Nominoë, les deux mots nonis marlii, — d'autant mieux que cette chronique n'étant qu'une copie presque littérale de celle d'Aquitaine, et aucun des manuscrits de cette dernière n'offrant ces deux mots, nous avons tout lieu d'y voir l'interpolation de quelque scribe étourdi ou malavisé. Mais je ne vois, je l'avoue, aucune objection sérieuse contre les données fournies par la chronique d'Aquitaine et par le n° 26 du cartulaire de Redon. D'après ce n° 26, Érispoë ne succéda à son père que postérieurement au 8 juillet 851, et, selon la chronique, c'est le 22 août suivant qu'il battit si complètement Charles le Chauve. Donc, la mort du roi Nominoë dut avoir lieu entre le 8 juillet et le 22 août 851, et c'est aussi, croyons -nous, tout ce qu'on en peut affirmer avec certitude. nous, tout ce qu'on en peut affirmer avec certitude. Un mot maintenant des titres et des formules dont usent les chartes de Redon à l'égard de Nominoë depuis sa déclaration d'indépendance, c'est-à-dire du mois de juin 841 au 8 juillet -22 août 851. Ces formules ne diffèrent pas extrêmement de celles employées à son e'gard de 826 à 841. Quoique plusieurs chroniques quasi contemporaines, entre autres celles de Réginon, de Nantes et de Valdieu \ donnent à Nominoë le titre de roi, quoique suivant les Annales de Saint-Bertin , Charles le Chauve ait accordé les ornements royaux au fils et héritier de Nominoë (voir ci-dessous, § 4), nulle part, dans notre cartulaire, on ne voit le titre de roi donné à ce dernier. Le titre qui revient le plus souvent est celui de duc : Nominoe dux Britonum dux totius Britanniae, — dux in Britannia. On trouve aussi : Nominoe principe totius Británnia ou principe in Britannia; et dans une seule charte : Nominoe comes in tota Britannia . Ces deux formules sont encore très usitées : Nominoe possidente, ou dominante Britanniam. Celles-ci sont plus rares : Nominoe tenente, — gubernante, — Parmi les chartes de Redon postérieures à la déclaration d'indépendance et datées du principát de Nominoë, il en est neuf qui mentionnent en même temps l'empire de Lothaire, quatre le règne simultané des trois fils du Débonnaire , une seule le règne de Charles le Chauve. De 841 à 851, nous n'avons qu'un seul diplôme émané directement de Nominoë; c'est une donation à Redon du 26 janvier 842, bien voisine par conséquent de la déclaration d'indépendance Ce. prince n'y prend aucun titre; il n'avait pas encore remporté les grands succès qui affermirent sa souveraineté; il gardait encore quelques mesures de bienséance vis-à-vis de Charles le Chauve, car il a soin de faire sa donation « in elemosina régis et mea (dit- il); » mais il évite avec non moins de soin tout ce qui marque une sujétion effective, comme de se dire le missus du roi Charles ou de dater par les années de son règne. C'est justement ce qu'il faisait sous Louis le Débonnaire : on voit que la situation a changé. Quelques années plus tard, après sa grande victoire de Ballon, Nominoë se fera sacrer roi dans la cathédrale de Dol . Il est, on le voit, assez difficile de distinguer entre elles, aux seules formules, les chartes bretonnes antérieures à la déclaration d'indépendance de Nominoë et celles postérieures à cet événement. Voici cependant une règle que l'on peut poser et qui sera d'un bon usage : c'est que toute charte où Nominoë figure sans aucune mention de Charles le Chauve doit être réputée appartenir à la période de l'indépendance, et placée dès lors nécessairement entre le commencement de juin 841 et le 8 juillet-22 août 851

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 17:28

 

Ce moment ne me semble pas impossible à déterminer. Nous avons vu en effet, au § précédent, que les chartes de Redon, qui donnent d'abord à Gui {Wido) le titre de comte sans indication de territoire, lui attribuent, depuis le mois de juillet 826, le titre mieux déterminé de comte de Vannes. Mais il ne pouvait y avoir à la fois deux comtes de Vannes; donc Nominoë, qui avait cette charge depuis l'an 819, devait avoir cessé de la tenir en juillet 826. Pourquoi? Parce que, sans aucun doute, il l'avait échangée pour une plus haute, c'est-à-dire pour le duché ou gouvernement de toute la Bretagne. Or l'assemblée d'Ingelheim, où parurent, après la mort de Wiomarch, les principaux chefs bretons est justement du mois de juin 826. Une telle coïncidence ne peut être un pur hasard; c'est évidemment dans cette assemblée que Nominoë fut promu au gouvernement de Bretagne. Il nous est aisé maintenant de nous rendre compte du texte de Réginon. Nominoë fut nommé comte de Vannes à l'assemblée d'Ingelheim de juillet 819, peu de temps après la mort de Morvan, et gouverneur de Bretagne à l'assemblée d'Ingelheim de juin 826. Réginon a confondu ces deux assemblées, ainsi que les deux circonstances, diverses quoique analogues, qui s'y rattachent, et il a rapporté à la seconde de ces circonstances la coïncidence avec la mort de Morvan, qui ne convient réellement qu'à la première. Mais le même fait qui, en juin 826, élargissait la sphère des fonctions de Nominoë, produisait nécessairement dans celles du comte Gui un changement inverse. Avant cette époque, Gui n'était pas comte de Vannes, puisque Nominoë avait cette charge; sous le simple titre de comte sans attribution précise de territoire, il administrait toute la Bretagne, avec l'aide de quelques comtes assesseurs ou auxiliaires, comme Frodoald, Rorigon, Nominoë; mais en juin 826, les rôles changèrent, le Breton Nominoë monta au grade de gouverneur général, et Gui descendit à celui de comte particulier du pays de Vannes. Ce changement de rôles, qui soumettait en quelque sorte le vainqueur au vaincu, semble étonnant au premier abord, mais il est facile à expliquer, et même de plus d'une manière. Peut-être était ce une disgrâce : cinq révoltes en huit ans, et dont deux avaient nécessité l'intervention de l'empereur en personne, prouvaient assez que Gui, habile conquérant, était beaucoup moins habile à tenir en paix sa conquête. Ce pouvait être aussi la vieillesse, car le vainqueur de 799 devait être passablement vieux en 826; peut-être lui-même, trouvant le fardeau trop lourd, avait-il sollicité un poste moins fatigant, et la confiance de l'empereur l'avait laissé à Vannes comme un guide, sinon comme un surveillant du nouveau gouverneur. Ce qui est sûr, c'est que, — soit mort, soit retraite définitive, — il ne paraît plus chez nous d'aucune façon après 831 ou 832. Ainsi, tous les actes où il figure avec le titre de comte de Vannes doivent être rapportés à l'époque comprise de 832 à 826. C'est un principe dont nous aurons lieu d'user dans l'examen détaillé des chartes de Redon. Quant aux titres que nos actes donnent à Nominoë, les uns se rapportent à Nominoë, comte de Vannes, les autres à Nominoë,g ouverneur de Bretagne. Parlant en cette dernière qualité, lui-même, dans un acte du 18 juin 834, s'intitule : «Ego missus imperaloris Lodovici Nominoë.» (Cartul. de R. n° 2, p. 2.) imperaloris Lodovici Nominoë. » (Cartul. de R. n° 2, p. 2.) Plusieurs autres chartes le citent encore avec le même titre : Nominoë misso in Britannia, — misso imperaloris in Britannia. D 'autres portent : Nominoë duce, — duce in Britannia ni* a. D 'autres portent : Nominoë duce, — duce in Britannia. Plusieurs énoncent le fait et non le titre : Anno ïllo imperii Hlodowici, gubernante Nominoë Brilanniam. Voici maintenant quelques désignations moins usitées, qu'on ne trouve que dans des actes isolés : Nominoë magistro in Britannia — Nominoe dominante ou possidente Brilanniam — et même : Anno XX. imperii Hlodowici,... régnante Nominoë in Britannia. Je crois d'ailleurs que, dans l'intention des scribes, ces trois dernières formules n'ont guère que la signification de gubernante Britanniam. Des titres donnés à Nominoë comme comte de Vannes, nous n'avons qu'un mot à dire, car on ne le rencontre avec cette qualité que dans deux actes de notre cartulaire, les nos 250 et 252. Le premier est ainsi daté : «Régnante Ludovico imperatore anno VII, Nominoë princeps Venetice civitatis, Reginario episcopo, « sub die III .ante kal. julii, II. . » Cette date répond, on а déjà dit, au 26 juin 820. Le n° 252 est daté : «VIII. idus junii, V. feria..., régnante Ludovico imperatore, anno XIIII. imperii ejus, Nominoe comité Venelicecivitatis, Reginario episcopo.» Cette dernière date correspond exactement au 6 juin 827. Donc la qualification donnée ici à Nominoë est irrégulière, puisqu'il n'était plus comte de Vannes depuis juin 826, mais duc ou gouverneur de Bretagne. Toutefois il nous semble aisé d'expliquer cette irrégularité, non-seulement par cette raison générale que, Nominoë étant depuis un an à peine investi de son nouveau grade, il pouvait bien arriver encore qu'un scribe, par simple méprise, lui donnât son ancien titre; mais il y a déplus ici cette raison spéciale, bien déterminante, que le n° 252 n'est, en réalité, qu'une seconde édition un peu modifiée du n° 250, et ainsi le scribe du n° 252, ayant sous les yeux le n° 250 pour dresser son acte, aura été amené tout naturellement à conserver à Nominoë, dans sa seconde rédaction, la qualité qu'il avait dans la première Quoi qu'il en soit, on peut poser en principe que toute charte compte des Francs, ne peut être plus vieille que le mois de juin 826, ni (ainsi que nous allons le montrer de suite) plus jeune que le mois de juin 841. Nécessairement elle se place dans ces quinze ans.

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 16:55

   

Avant de passer à Nominoë et à ses successeurs, dont l'autorité sur la Bretagne fut reconnue non-seulement des Bretons, mais aussi des Francs, disons quelques mots des comtes de race franque,chargés par Charlemagne et Louis le Débonnaire de gouverner noire province, après sa conquête en 799. C'est Gui, comte de la marche franco-bretonne, qui soumit la Bretagne il était tout naturel qu'on lui en donnât le gouvernement : aussi le voit-on figurer, dans les chartes de Redon, comme représentant de l'autorité impériale, non-seulement sous Charlemagne, mais encore sous son fils Louis le Débonnaire jusqu'à l'an 831 ou 832 semble avoir eu d'ailleurs pour auxiliaires, dans son difficile gouvernement, d'autres dignitaires francs, qualifiés aussi du titre de comte, mais qui lui étaient sans doute subordonnés. Ainsi, en l'an 801, à Langon, diocèse de Vannes, on voit un plaid tenu par les délégués d'un certain comte Frodoald. L'acte de vente d'une terre située en Lanouée mentionne, en 819-820, un autre comte appelé Rorigon. Enfin nous verrons, au § 2 de la présente section, que le Breton Nominoë commença lui même par être un des auxiliaires ou assesseurs du comte Gui. Le titre donné le plus souvent à Gui par les chartes de Bedon est simplement celui de comte, sans aucune attribution de territoire. Quelques-unes cependant, en l'intitulant comes Venediae ou in Venedia, cornes in cîvitate ou in раgо Venedie, restreignent a pays de Vannes l'étendue de son commandement; mais il faut noter que, de toutes les chartes où l'on trouve cette restriction, pas une ne peut être datée avec certitude d'un temps antérieur au mois de juin 826. Nous aurons lieu, au § suivant, de tirer quelque conséquence de cette remarque. — Pour le moment, nous nous bornerons à conclure que les actes de notre cartulaire où figure le comte Gui sont certainement postérieurs à l'an 799, et ne doivent l'être que de très-peu à 831. 

 

§ 2. Nominoë , gouverneur de la Bretagne pour les Francs (826-841).

 

Nominoë a gourverné la Bretagne pendant vingt-cinq ans (de 826 à 851), dont quinze au nom des rois francs, et les dix dernières années à titre indépendant. Pour la chronologie des chartes de Redon, il importe de déterminer autant que possible : 1° le commencement de son gouvernement; 2° l'époque où il se déclara indépendant; 3° le jour ou tout au moins le mois de sa mort. En 822, quatre ans après la mort de Morvan, les Bretons se soulevèrent de nouveau contre les Francs sous les ordres d'un chef appelé Wiomarch, contre lequel l'empereur vint en personne, en septembre 824, faire une campagne qui dura plus de 40 jours. Après quelques mois d'une soumission apparente, Wiomarch éclata de rechef en 825; mais sa défaite et sa mort, en cette même année, amenèrent la soumission définitive des Bretons; et l'année suivante (826), au commencement du mois de juin, Louis le Débonnaire ayant tenu à Ingelheim l'assemblée générale de l'empire, les principaux chefs bretons, conduits par les comtes des marches franco-bretonnes, y vinrent renouveler aux pieds de l'empereur leurs serments de fidélité. Je ne fais guère ici que traduire Eginhard, qui nous dit dans ses Annales, à l'année 826 : «Imperator... circa kalendas junii ad Ingilunheim venit, habito que ibi non modico conventu, multas... legationes audivit et absolvit Venerunt et ex Brittonum primoribus, quos illius limitis custodes adducere voluerunt. » D'autre part, dans ce passage de sa chronique dont nous avons cité une partie au § précédent, Béginon écrit : « An. 837, «Murmanus rex Britannorum moritur, et Numenoio apud Ingelnheym ducatus ipsius genlis traditur. » Depuis Lobineau, tous nos historiens ont pris pour certain que le fait mentionné ici par Réginon, c'est-à-dire la promotion de Nominoë au gouvernement de la Bretagne, avait eu lieu dans l'assemblée d'Ingelheim de 826, et par conséquent après la mort non de Morvan, mais de Wiomarch. Pourtant la chose n'est pas sans difficulté. Tout en rejetant la date de 837, évidemment fausse, on ne conçoit guère pourquoi Réginon serait venu, sans aucun fondement, lier la promotion de Nominoë à la mort de Morvan. D'autre part, il est certain que, peu de temps après ce dernier événement, Louis le Débonnaire tint à Ingelheim, en juillet 819, une assemblée politique indiquée dans les Annales d'Eginhard. Enfin, une charte de Redon, du 29 juin 820, prouve authentiquement que Nominoë était dès-lors comte de Vannes; et comme il ne pouvait tenir cette charge que de l'empereur, il semble clairement démontré qu'il avait dû y être élevé à l'assemblée d'Ingelheim de 819, peu de temps, par conséquent, après la mort de Morvan. Réginon n'a donc pas tout à fait tort dans la coïncidence qu'il indique. Il n'a pas non plus cependant tout à fait raison, car, selon lui, Nominoë aurait été investi, peu de temps après la mort de Morvan, du gouvernement de toute la Bretagne (ducalus ipsius gentis),et notre charte du 29 juin 820 prouve qu'il n'était encore à cette date que comte de Vannes, ce qui est assez différent. Pourtant il est sûr que Nominoë exerça aussi, au nom de Louis le Débonnaire, le gouvernement de toute la Bretagne, car dans nombre d'actes, de 830 à 840, onle trouve ainsi nommé à la date : Nominoë guberrnante Britanniam, — Nominoë misso imperatoris in Britannia, duce in Britannia, etc. Il s'agit donc de savoir à quel moment Nominoë devint, de comte de Vannes, gouverneur des Bretons.

 

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 12:03

 

Section IL — Princes bretons.

 

Les princes d'origine bretonne qui ont exercé en Bretagne la puissance souveraine, et que nous trouvons mentionnés dans les chartes de Redon, sont: Jarnhitin, Morvan, Nominoë, Erispoë, fils de Nominoë, Salomon, cousin d'Érispoë, Pasquiten et Gurvand, qui se partagèrent la Bretagne après Salomon, Alain le Grand, qui rétablit dans ce pays l'unité monarchique, et enfin Gourmaëlon. Quant aux titres attribués à ces princes, ils varient beaucoup, comme nous le verrons; mais, comte, duc, roi, quel que soit leur titre, tous ces princes ont été reconnus par les Bretons pour chefs souverains. Et aussi faut-il noter que les titres de duc et de comte, appliqués au neuvième siècle à des Bretons, impliquent toujours l'idée d'une puissance propre , héréditaire, souveraine ou quasi souveraine, tandis que parmi les Francs, à la même époque, ils n'indiquent qu' un pouvoir délégué, temporaire, viager au plus, d'ailleurs toujours révocable par le délégant. Nous devions faire ici cette observation pour bien distinguer nos ducs et nos comtes bretons de certains comtes francs, dont nous aurons à parler , chargés par Charlemagne et Louis le Débonnaire du gouvernement total ou partiel de la Bretagne Jarnhitin n'est mentionné comme souverain qu'une seule fois, dans le n° 135 du cartulaire, dont on a parlé ci-dessus (sect. I, § 1er), et qui, comme on Га vu, est daté : « ... In ipso anno [quo] emisit spiritum Karolus imperalor, régnante Jarnhitino, Wido comité, et Isaac episcopo» (Cartul. de R., p. 102-103). Sans doute, les Bretons voulurent profiter, pour recouvrer leur indépendance , du moment d'incertitude qui suivit immédiatement la mort du grand empereur; Jarnhitin fut le chef qu'ils se donnèrent; mais fut-il reconnu de tous les Bretons, cela est incertain. En tout cas, son règne fut des plus courts, et si nous trouvons ensuite ce Jarnhitin dans les chartes de Eedon, ce n'est plus comme chef souverain, mais comme l'un des principaux machtyerns ou seigneurs bretons du pays de Vannes. Toutefois la date du n° 135 présente une autre singularité. A côté du chef breton, dont le règne atteste à coup sûr une rébellion plus ou moins grave contre l'autorité impériale, elle nomme et place le comte Gui {Wido), agent de cette dernière : soit qu'à un certain moment il y ait eu entente ou compromis entre le comte franc et le chef breton , soit — ce qui semble plus probable — que le rédacteur de la charte ait tenu à ne choquer personne, en mentionnant côte à côte les chefs dont l'autorité était reconnue par chacun des deux partis Morvan est beaucoup plus connu que Jarnhitin. Éginhard dans ses Annales, l'Astronome dans sa vie de Louis le Débonnaire, rapportent, sous l'année 818, qu'il se souleva contre les Francs, prit le titre de roi, força l'empereur à diriger en personne une expédition contre la Bretagne, fut tué dans cette expédition et mit fin par sa mort à la révolte { . Ermold le Noir, dans ses Gestes de Louis le Pieux, raconte toute cette histoire en grand détail 2. Ces écrivains francs appellent le chef breton Murman, Morman ou Marmon, mais la forme bretonne est Morvan. Une seule charte de Redon mentionne ce prince; c'est un acte de vente ainsi daté : «actum est hoc III. nonas februarii, I. feria, III. anno postquam exivit domnus Hlodowicus de Вritanmachliern 4 et filius Porliloë et Wrbili, Wido comité, Winhaelhoc episcopo, luna XXVI. » (Carlul. de R., n° 146 , p. 112.) — Dimanche 3 février = let. domin. F ou FE. Sous Louis le Débonnaire (de 814 à 840) FЕ convient à l'an 816, F à 821, 827 et 838. Mais le 3 février 26e jour de la lune = nombre d'or 5, qui ne convient qu'à l'an 821. Donc cet acte ne peut être que du 3 février 821. La difficulté est dans la noie historique : «Tertio anno postquam exivit domnus Hludowicus de Britannia ante Morman» qui nous montre Louis le Débonnaire battu par Morvan, justement en cette année 818, où Éginhard, l'Astronome et Ermold le Noir n'ont trouvé à raconter que la défaite du Breton. Cependant on lit dans la chronique de Réginon : « An. 836. Britones foedera violant, et rebellare incipiunt «cum duce suo nomine Murmano; contra quos imperator exer- « citum producit, sed non adeo pra-valuit. — An. 837. Murmanus rex Britannorum moritur .» II n'y a pas lieu de tenir compte des dates, qui sont fort troublées dans cette partie de la chronique de Réginon. est clair que ce passage concerne la révolte de Morvan, dont la date de 818 est incontestable. Mais il est tout aussi clair que, d'après les i informations de Réginon, Morvan, avant de succomber, fit éprouver à l'empereur une échec notable (sed non adeo praevaluii), et l'accord de ce renseignement avec la mention contemporaine du n° 146 de notre cartulaire ne permet pas de douter que Louis le Débonnaire n'ait été une première fois rejeté par Morvan hors des frontières de Bretagne. Il y eut donc, en l'an 818, deux expéditions des Francs contre les Bretons : la première avait échoué, la seconde réussit. 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 11:47

 

§ 2. Successeurs de Charlemagne.    

 

Charlemagne étant mort le 28 janvier 814, le commencement ordinaire du règne de son fils, Louis le Débonnaire, doit être pris de ce jour ou, si l'on veut, du lendemain 29 janvier. Il mourut lui-même le 20 juin 840, laissant pour héritiers trois fils : Lothaire, qui lui succéda dans l'empire, Charles le Chauve dans la monarchie des Gaules, et Louis clans le royaume de Germanie. Ce dernier n'est nommé qu'incidemment dans notre cartulaire, mais les deux autres reviennent souvent dans nos dates. Charles le Chauve régna en Gaule du 20 juin 840 au 6 octobre 877, date de sa mort; de plus, il porta la couronne impériale du 25 décembre 875 au 6 octobre 877; mais le cartulaire de Redon ne le mentionne nulle part avec le titre d'empereur. D'ailleurs, pour ce prince comme pour son père, nos chartes suivent l'usage commun, comptant les années du règne de Charles le Chauve à partir du 20 juin 840, et celles de Louis le Débonnaire à partir du 28 janvier 814. Il en est autrement de l'empereur Lothaire, qui régna effectivement depuis la mort de son père (20 juin 840) jusqu'à la sienne, arrivée le 28 ou le 29 septembre 855. C'est du 20 juin 840 que, dans l'usage ordinaire, on fait partir les années de son règne ;mais les chartes de Redon lai donnent deux autres commencements. En effet, notre cartulaire contient, sous les nos 6 et 123, deux versions d'un même acte de donation faite à l'abbaye de Redon par un seigneur breton appelé Rhvalt. Le n° 6 est daté « in IIII. idus decembris, anno XX. imperii Hlodowici» (p. 7), c'est-à dire du 10 décembre de la vingtième année de Louis le Débonnaire, soit incontestablement 10 déc. 833; et le n° 123 : «In III. feria, III l. idus decembris, in I. anno imperii Hlotharii» (p. 94). Cette date est l'équivalent de la précédente, d'autant que mercredi 10 décembres lettre domin. E ou FE, et 833 a E. On sait d'ailleurs que, Louis le Débonnaire ayant été déposé le 1er octobre 833 1 et rétabli seulement le 1er mars suivant, c'est Lothaire qui, durant cet intervalle, exerça plus ou moins légitimement la puissance impériale. Son usurpation fut donc reconnue dans quelques parties de la Bretagne, et servit même de date à quelques actes authentiques. Toutefois nous n'en trouvons dans notre cartulaire que ce seul exemple, et encore eut-ou soin, peu de temps après, de dresser un double de l'acte daté du règne de Louis le Débonnaire. Et cela est-fort naturel, car Nominoë, qui gouvernait alors la Bretagne pour les Francs, ne semble pas avoir reconnu l'autorité de Lothaire (voir Cart. de R., n° 2, p. 2). D'autre part, notre cartulaire a deux actes (n° 20, p. 17 et n° 35, p. 29], datés m natale S. Mathei apostoli, II II. Feriu... anno nono régnante Hlothario imperalore, Erispoë duce in Britannia.» La Saint-Matthieu tombe le 21 septembre; le mercredi 21 sept. = let. doni. В ou CB, et sous le règne d'Érispoë, qui commença en 851 pour finir en 857 (voir ci-dessous, sect. I f, § 3), une seule année convient, 852, qui a CB. Mais, pour que l'an 852 puisse être pris pour la neuvième année de l'empereur Lothaire, il ne faut faire commencer le règne de ce prince ni au 1er octobre 833, ni, selon l'usage ordinaire, au 20 juin 840. Il faut remonter tout au plus à 843, date du troisième et dernier partage de Louis le Débonnaire, arrêté à Verdun entre ses trois fils. C'est donc là évidemment , — comme M. de Courson l'a fait remarquer avec raison , — l'époque adoptée par le rédacteur des nos 20 et 35 du cartulaire de Redon. Toutefois le compte n'est pas fort exact , car, le partage de Verdun ayant eu lieu au mois d'août 843 (voy. les Annales de Metz, an 843), le mois de septembre 852 appartient rigoureusement non à la neuvième, mais à la dixième année du règne de Lot.haire, en partant de cet événement. Mais, dès 843, la Bretagne était entièrement séparée de l'empire; on pouvait fort bien, dès lors, s'y tromper d'un mois sur la date d'un fait relatif à la monarchie des Francs et aux querelles de leurs princes. D'ailleurs, le jour de la semaine et le quantième du mois, la mention d'Érispoë, duc de Bretagne, ne permettent pas de douter qu'il ne s'agisse de l'an 852. Enfin, on trouve le roi Louis le Bègue cité à la date de l'une des chartes de Redon ; mais le débat de son règne est pris de l'époque ordinaire, c'est-à-dire du 6 octobre 877, date de la mort de son père Charles le Chauve (voir le n° 235 du Cartul. de R., p. 183, et ce que nous disons plus loin de cette pièce dans notre section II, § 7).  

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 09:34

 

Observations générales.

 

Avant d'en venir à ce détail, il faut établir les bases nécessaires de notre travail et résoudre certaines difficultés, dont la solution préliminaire est indispensable. En conséquence, nous allons examiner, dans ses rapports avec notre cartulaire, la chronologie des princes, des évêques et des abbés des neuvième et dixième siècles qui y sont nommés, savoir : 1° les empereurs et les rois francs; 2° les princes bretons; 3° les évêques de Vannes, dans le diocèse desquels était située l'abbaye de Redon; 4° les abbés de Redon. Nous nous occuperons ensuite de certains événements qui servent de dates ou de points fixes dans la chronologie du cartulaire. — Nous parlerons des diverses formes de dates, notamment des années de l'Incarnation. — Et enfin nous indiquerons les règles que nous avons cru devoir suivre, là où il a été nécessaire de faire, dans le texte de nos dates, quelque correction. Section I. — Empereurs et rois francs. Nous trouvons cinq princes francs mentionnés dans les dates de notre cartulaire, trois empereurs et deux rois. Les empereurs sont Charlemagne, Louis le Débonnaire et Lothaire; les rois, Charles le Chauve et Louis le Bègue.   

 

§ 1er. Chartes du règne de Charlemagne.

 

Le cartulaire de Redon contient cinq chartes du temps de Charlemagne. Ce sont les plus anciennes de tout le recueil; plusieurs d'entre elles présentent dans leur date quelque singularité; et enfin, par un hasard assez malheureux, nous sommes en désaccord, sur les dates de ces cinq chartes, avec le docte éditeur du cartulaire. Par tous ces motifs, nous croyons devoir procéder immédiatement à l'examen chronologique de ces pièces, publiées dans le cartulaire sous les nos 33, 135, 166, 168 et 191. № 191. C'est la pièce la plus ancienne du cartulaire avec une date fixe; elle renferme la notice d'un procès, ainsi datée : «Factum est hoc in vico Landegon* ...., in anno XXXmo régnante domno nostro Karolo imperatore, III. kal. octobris, Isaac episcopo in Venelis civitate. «(Cartul. deB. p. 148.) L'éditeur date cette charte du 29 septembre 797. Et, en effet, si l'on compte les années du règne de Charlemagne en partant de la mort de Pépin le Bref, advenue le 24 septembre 768,1e 29 septembre de la trentième année de Charlemagne est justement le 29 septembre 797. Toutefois, comme dans cette pièce Charlemagne a déjà le titre d'empereur, qu'il prit seulement le 25 décembre 800, cette date de 797 ne peut convenir. Mais on compte encore assez souvent les années du règne de Charlemagne en par tant du 4 décembre 771, date de la mort de son frère Carloman, après laquelle Charlemagne réunit dans sa main toute la monarchie des Francs. Dans ce système, le 29 septembre de la trentième année de ce prince répond au 29 septembre 801, époque où en effet Charlemagne jouissait du titre d'empereur. Ici donc, évidemment, on a suivi ce système; dès-lors, la difficulté disparaît; il ne reste, dans le style de notre date, qu'une petite irrégularité, en ce que, tout en donnant à Charlemagne le titre d'empereur, on compte les années de sa royauté et non celles de son empire. Mais, comme en ce moment l'empire n'avait pas encore un an d'existence, cette légère irrégularité s'explique aisément. № 33. Acte de vente ainsi daté : «Âctum Nanmetis civitate, in anno V1II. régnante dómno nostro imperatore Karolo, in mense octobris.» (Cartul. de R.,,p. 27.) Il ne peut s'agir ici que de Charlemagne, car Charles le Chauve porta moins de deux ans la couronne impériale (du 25 déc. 875 au 6 oct 877), et Charles le Gros sept ans à peine (de janvier ou février 881 au 12 janvier 888) ; l'autorité de ce dernier ne fut d'ailleurs jamais reconnue à Nantes. Or, Charlemagne ayant été couronné empereur le 25 décembre 800, le mois d'octobre de la huitième année de son règne comme empereur est justement octobre 808. — L'éditeur du cartulaire de Bedon, n'ayant pas apparemment pris garde au titre imperatore, a cru qu'il s'agissait du roi Charles le Chauve, et il a daté cet acte d'octobre 847. № 135. — Vente à réméré, ainsi datée : «Fuit hoc factum in VI. feria a Nativilate Domini, et fuit Nativilalem (sic, leg. Nativitas) Domini die dominica, in ipso anno [quo] emisit spiritum Karolus imperator, régnante Jarnhitino, Wido comité, et Isaac episcopo.» (Cart, de R., p. 102.) L'éditeur date cette charte de 814, sans indiquer le jour du mois. — Qu'il s'agisse de Charlemagne, nul doute; c'est plus que prouvé par la présence de cet évêque Isaac qui figure en 801 dans le n° 191 (voir ci-dessus), et par celle de ce comte Gui (Wido), qui, en 799, avait triomphé des dernières résistances de la Bretagne (voy. Annales d'Éginard, à l'an 799). Quant à ce Jarnhitin dont on annonce ici le règne, nous nous expliquerons sur lui en parlant des princes bretons, ci-dessous, sect. II, § 1er. — Mais, quoiqu'il s'agisse incontestablement de Charlemagne, il n'y en a pas moins ici une difficulté ; car l'acte est daté du vendredi après Noël, Noël étant dimanche; et dimanche 25 décembre = lettre domin. В ou СВ. Or Charlemagne, comme on sait, est mort le 28 janvier 814, et en l'an 8l4, qui a pour lettre dominicale A, Noël fut un lundi. Corriger, dans notre texte, die dominica en feria  est un changement trop fort pour y recourir avant d'avoir épuisé tout. autre moyen de sortir d'affaire. Or l'an 813 a pour lettre dominicale В et par conséquent il a aussi Noël dimanche ; le vendredi après Noël dimanche , c'est le 30 décembre ; essayons donc d'expliquer notre date, en admettant que notre acte est du 30 décembre 813. Il s'agit pour cela de résoudre deux difficultés. — 1° Puisqu'en l'an 814 (dans notre manière actuelle de compter) Noël fut un lundi comment notre charte peut-elle dire qu'en l'année de la mort de  Charlemagne, Noël était un dimanche? Réponse. Il faut admettre, ce qui n'a rien d'impossible, que, pour le rédacteur de cette charte, l'année commençait à Noël, en sorte que ce qui, dans notre style actuel, est Noël 813 était pour lui Noël 814, et par conséquent la Noël de l'année même où mourut Charlemagne—. 2 ° Mais si notre charte est du 30 décembre 813, c'est-à dire antérieure de près d'un mois à la mort de Charlemagne, comment ce dernier événement peut-il y être mentionné? Réponse. La convention relatée dans cette charte aura été conclue le 30 décembre 813, mais on n'aura écrit l'acte qui la constate que postérieurement , comme deux ou trois mois après, dans un temps par conséquent où la mort de Charlemagne était connue. Cet intervalle entre la conclusion d'un contrat et la rédaction de l'acte qui le constate n'a rien d'étonnant , et se voit encore de nos jours. — Nous pensons donc que la date précise du n° 135 du cartulaire de Redon est le 30 décembre 813.    166. — Notice d'une vente ainsi datée : « Fuit hoc factum de verbo Jarnhilin et filioli sui Wrbili et de verbo Tanetwiu, in tempore Karoli imperaloris, et in tempore Widonis comitis, et in tempové Isaaco episcopo (sic), in mense aprilis» La mention du comte Gui et de l'évêque Isaac ne permet pas de douter qu'il ne s'agisse ici de Charlemagne et, à cause du titre imperaloris, de Charlemagne empereur. Par conséquent, cette charte se place entre le 25 décembre 800, date du couronnement impérial de ce prince, et le 28 janvier 814, date de sa mort. Mais puisque l'acte relaté dans cette notice fut fait au mois d'avril, il ne peut être ni de 800 ni de 814, puisqu'en avril 800 Charlemagne n'était pas encore empereur, et ne l'était plus en avril 814. Notre charte doit donc être datée du mois d'avril 801 à 813. — L'éditeur du cartulaire de Redon la date : « Ann. 797-814.» № 168. — Fragment d'un acte de vente ou de donation, ainsi daté : « Factum est hoc ex verbo Jarnhitin, régnante Karolo imperatore, [Isa]ago episcopo in Venetis civitale.» La présence de Jarnhitin, ce même seigneur breton que nous avons vu figurer dans les noe 135 et 166, prouve clairement qu'il s'agit encore ici de l'empereur Charlemagne ' . La mention de ce prince, avec son titre impérial, oblige donc de placer cet acte entre le 25 décembre 800 et le 28 janvier 814. — L'éditeur le date ainsi : «Ante annum 797.» De l'examen chronologique de ces cinq chartes, il résulte donc entre autres choses : 1° que, même après le couronnement impérial de Charlemagne , on continua en Bretagne, pendant quelque temps, à dater par les années delà royauté de ce prince, tout en lui donnant le titre d'empereur (n° 191); — 2° que l'on comptait le s années du règne de Charlemagne en partant du 4 décembre 771, date de la mort de son frère Carloman (même n°); — • 3 qu'en Bretagne, au commencement du neuvième siècle, on commençait quelquefois l'année à Noël (n° 135).  

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