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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 10:43

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

trimer

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 10:33

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Baussaine

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 09:33

 

 

Le Lou du Lac

 

 

 

 

 

 

 

Le château reconverti en café : du haut de ses 90 ans, Marie tient toujours cet endroit convivial

en revanche, les vaches et le reste de la ferme c'est fini 

 

 

 

Brutus le maître des lieux....

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 08:57

 

L'église de Saint-M'Hervon

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:47

 

L'Archevêque et les dignitaires ont redescendu les degrés. Jacquemine suit, soutenant sur ses épaules le devant du brancard. Un chapelain tient l'autre bout. Par la rue de l'Epicerie, la Calende et la rue au Change, la procession gagne le grand parvis. Sur le pavé, aux fenêtres, aux échafauds dressés dans les carrefours et jusque sur les toits, partout des têtes. Au chant des antiennes, le long cortège s'ouvre un chemin parmi la foule : écoles des pauvres, portant leurs croix de bois et leurs pains de 12 livres; paroisses avec leurs bannières, leurs clergés, leurs châsses, leurs confréries et leurs chapelains; cinquante deniers, sergents royaux, et le dragon de Notre-Dame, au bout d'une perche, dévorant son poisson, le plus gros qu'on ait pu trouver ; choristes tenant d'énormes bouquets, clergé de la primatiale au nombre de deux cents personnes, chanoines en soie violette, conseillers clercs en soie rouge; puis l'officiant, puis l'Archevêque, suivi d'un gros de personnages de la plus haute condition; à distance respectueuse, la confrérie des gargouillards entourant la Gargouille et son cochon de lait hurlant dans la gueule du monstre, que la foule crible de quolibets; enfin la fierté, dont l'apparition provoque le silence et l'agenouillement mais sur le passage de Jacquemine, qui avance à petits pas, les yeux à terre, ne voyant rien, n'entendant rien, le corps brisé, l'âme vide, plus d'un visage se tend, plus d'un regard cherche le sien et, derrière ce front baissé, le secret du passionnant mystère qu'est une âme de femme coupable et malheureuse. et malheureuse. Par le grand portail, la procession est entrée dans l'église, y amenant comme en triomphe sa pitoyable conquête. Sur le maître-autel Jacquemine et le chapelain ont doucement posé la châsse. Malgré l'heure tardive la liturgie déploie ses rites avec la majestueuse lenteur qui en grandit la solennité. Grand-Messe au choeur, messe basse en la chapelle du Saint à l'intention de l'élue, qui en allant baiser la patène, dépose dans un bassin ses chaînes, en hommage à son libérateur. Et partout des génuflexions, des prosternements devant les dignitaires qui tour à tour l'exhortent d'amender sa vie, d'honorer le choix du chapitre, de servir chrétiennement l'auguste protecteur auquel elle doit la vie : impérieuse et benoîte sollicitude, orgueilleuse douceur cléricale. Le soleil tombait derrière les hauteurs de Maromme et la brume du soir montait de la rivière et enveloppait de sa gaze mauve le mont Gargam. Le peuple las s'était retiré. Des lueurs éclairaient faiblement les vitres étroites. Au -loin sortaient d'un cabaret des rires et des cris. Sur le grand parvis déjà sombre quelques groupes seulement s'attardaient. Quand Jacquemine, couronne en tête, écrasée de fatigue, épuisée d'émotions, mais le coeur bondissant vers la liberté recouvrée, eut franchi le portail et fait quelques pas dans la place, des archers discrètement l'entourèrent et sans esclandre la ramenèrent au Palais. C'était à un an de distance le second échec que subissait le chapitre. Le privilège était menacé; l'honneur de Messire Saint Romain était en cause. Les chanoines se plaignirent fort, écrivirent au cardinal de Bourbon; le cardinal eut recours au Roi. Le Roi dès le mois de Juin envoya des lettres patentes pour confirmer le privilège, mettre à néant les arrêts rendus par la Cour en 1575 relativement à Delaporte, en 1576 relativement à Jacquemine du Boisrioult, ordonner leur mise en liberté et la main-levée de leurs biens. Mais le Parlement s'entêta. fallut deux années pour qu'il libérât Jacquemine. Le privilège dont elle avait joui l'obligeait d'assister chaque année, un cierge', à la main, à la procession de l'Ascension. Elle s'y rendit pendant deux ans, puis s'y fit représenter par procureur. En 1582, elle envoya vingt écus, qui payèrent une croix d'argent. Jacquemine revint au Boisgerbault. Puis elle se remaria; un sieur de Chaumont l'épousa. Des trois orphelins dépouillés l'aîné mourut en bas âge. On ne sait ce que devint Jeanne. Gilles grandit. Enfance douloureuse, humiliée, qui eût pu, dans le malheur des temps, le jeter au désespoir et à la révolte. On aimerait savoir qui prit soin de cette pauvre âme à qui la vie s'ouvrait si dure. Un grand coeur, certes, et une droite raison. Gilles puisa dans le lointain passé de ses aïeux la leçon qui instruit dans l'ouragan qui avait secoué le vieux tronc et lamentablement tordu le frôle rameau, l'épreuve qui fortifie. En 1591, quand le sieur de Chaumont mourut, Jacquemine se retira à Dinan; les troubles et la guerre l'empêchèrent de toucher ses revenus; elle fit le 16 juin 1593 démission de tous ses biens à son fils, moyennant deux cents écus de rente et vingt écus pour une maison à Dinan. Les troubles passés, le bon fils reprit chez lui sa triste mère. Elle y mourut en 1602. Gilles s'était marié vers 1595. Il avait épousé Marguerite Rogon qui lui apportait La Guerrande et Bellestre. Il vint habiter la première de ces terres, en la paroisse d'Hénanbihen, sur un plateau qui domine des vallons boisés et des plaines aujourd'hui fertiles. Il y vécut simplement et pieusement, comblant de dons l'église de sa paroisse. Et dans la pureté du fils fut lavé le crime des parents. Georges ne garda pas longtemps le Plessis- Bertrand. Le 15 novembre 1586 adjudication en fut faite, d'autorité du Parlement de Paris, au profit de Charlotte de Montgomery «pour remplacer ses biens dotaux». Elle le vendit trois ans plus tard à Guy de Rieux, sire de Châteauneuf. Presque aussitôt il tomba aux mains de Mercoeur, qui en fit une des places de la Ligue. On s'y battit jusqu'à la paix de 1598 : alors, sur la demande des Etats, Henri IV en ordonna le démantèlement. Ce fut le commencement de la ruine. Remords, confus sentiment de justice, estime en une âme hautaine pour la valeur morale et l'infortune noblement supportée, ou précaution contre un retour offensif ? Georges tout puissant, chevalier des ordres du Roi, en possession des terres, titres et charges qu'avaient tenus son père et son grand-père, se rapprocha du neveu qu'il avait renié et frustré. Suivant transaction passée entre eux le 14 juillet 1602, il céda à Gilles «par héritage, pour partie de son partage et droit naturel», la baronnie de Tannay en Normandie, et promit de lui payer deux mille écus pour tous ses droits à la succession de Beaufort. Gilles accepta ce plat de lentilles, qui le relevait de l'injuste exclusive de 1574. Mais il eut quelque peine à se faire verser les deux mille écus. Le 15 janvier 1603, il dut, à raison de cette somme, faire opposition à la vente que son oncle prétendait faire de la terre de Beaufort; il eut soin de préciser que Beaufort était de la succession de son père, et lui appartiendrait sans l'accord de 1601. Beaufort resta dans la lignée de Georges. Elle ne dura pas longtemps. Son petit-fils, Gabriel, mourut sans postérité en 1654, tué «par sa faute» au logis de Coudrette, en Quitté, par le sieur Launay-Denoual qu'il avait surpris «sans défense» et voulait brûler en sa maison. Le fils de Gilles,Christophe, rentra dans les droits de l'aînesse, injustement ravis à son père Beaufort passa à une soeur de Gabriel, qui le vendit. Le 7 septembre 1669, la chambre de réformation de ia noblesse, par arrêt rendu entre le Procureur général et Messire Christophe de Chateaubriand, chevalier, sieur de la Guérande, déclara ledit Christophe, sur production de ses titres, d'ancienne extraction noble, lui permit de prendre ia qualité de chevalier et le maintint dans le droit de porter pour armes «de gueules semées de fleurs de lys sans nombre». 

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 16:56

 

Le matin de l'Ascension, qui était cette année-là le 31 du mois de mai, après que le chapitre eut satisfait aux rites de la circonstance et ouï le rapport de ses commissaires, la confession de Jacquemine dûment couchée par écrit et scellée, fut apportée devant les électeurs, ouverte et lue, parmi les autres. Quand on vint à dépouiller le scrutin, ce fut son nom que Mgr l'Archevêque eut à inscrire sur le cartel d'élection, qu'un chapelain de Saint Romain, en robe, surplis, aumusse et bonnet, alla solennellement porter au Parlement. Depuis le matin, présidents et conseillers, qui avaient entendu en la chapelle du Palais la messe du prisonnier et pris en commun un repas magnifique, l'attendaient en robes rouges dans la chambre dorée.

 

 

Quand le Premier Président eut brisé le sceau, lu en silence et fait lire à haute voix par le plus jeune conseiller-le cartel libérateur, faute de pouvoir faire apporter sur le bureau le dossier de l'élue, il donna ordre aux huissiers de l'introduire immédiatement. Elle se jeta à genoux sur le parquet. Les huissiers la relevèrent et la tirent asseoir sur la sellette. Avec des sanglots, elle dit la contrainte de son mariage, les misères de sa vie conjugale, la mort du sire de Vaucouleurs. Quelques mois après, du consentement de ses parents et de ceux de son défunt époux, elle avait épousé Briand de Chateaubriand. Par la suite, il avait été accusé du meurtre de son premier mari; le Parlement de Bretagne lui avait fait son procès, ainsi qu'aux sieurs de Beaufort et des Noës, ses complices; ils avaient eu la tête tranchée. Mais elle avait tout ignoré. A vrai dire on l'avait soupçonnée, emprisonnée; mais élargie, elle avait trouvé asile chez les parents du sire de Vau couleurs, convaincus de son innocence. Depuis quelque temps, elle vivait en Normandie. Mais ayant appris qu'en Bretagne on était revenu à la soupçonner et que le Parlement de Rennes l'avait condamnée à mort par contumace, elle était venue à Rouen pour obtenir le privilège et éviter la rigueur de justice. Sur une dernière question, elle déclara n'avoir pas été marrie de la mort de son premier mari, qui la maltraitait; mais elle n'avait jamais connivé à cet assassinat, qu'elle détestait et qu'elle avait longtemps ignoré. La prisonnière emmenée, l'avocat général Emeric Bigot dans son réquisitoire dit que, rien ne prouvant la complicité de Jacquemine du Boisrioult en la mort de son mari, il ne s'opposait pas à ce qu'elle fût délivrée à Messieurs du Chapitre pour lever la fierté en ce jour. Le Parlement délibérait. Il penchait à un avis favorable. Mais au greffe Jacquemine se rongeait d'inquiétude, et peut être aussi de remords pour les réponses mensongères qu'elle avait faites devant la Cour, si différentes de ce qu'elle avait avoué au Chapitre. Elle perdit la tête; elle crut qu'un aveu plus sincère lui concilierait plus sûrement la bienveillance des magistrats. Elle fit appeler un huissier. Dans la chambre dorée, comme on allait opiner, l'huissier entra et, ayant humblement salué M. le Premier Président et toute l'assemblée, annonça que la prisonnière voudrait bien dire encore quelques mots à la Cour. Assise à nouveau sur la sellette, elle avoua qu'outrée de l'inconduite et des mauvais traitements du sire de Vaucouleurs, elle avait cédé à ceux qui avaient fait l'homicide. Quand le sieur de Chateaubriand lui avait demandé si elle voulait qu'il la délivrât, elle s'en était rapportée à lui et lui avait répondu qu'elle ne se souciait qui mourût du sire de Vaucouleurs ou de lui. Le sieur de Chateaubriand l'avait tué, ou fait tuer, à son insu. Depuis, elle l'avait épousé, du consentement des deux familles. Mais il avait attendu longtemps à lui dire la vérité. Emeric Bigot n'eut pas de peine à démêler dans cette nouvelle confession de persistants mensonges et des réticences inquiétantes. Il n'en retint que l'imprudent aveu et tonna contre l'épouse homicide et sans doute adultère conclut à ce qu'elle fût déclarée indigne du privilège. La Cour, dont les sentiments avaient bien changé, suivit son avocat général. Quand les chapelains et les confrères de Saint Romain vinrent retirer la prisonnière, il leur fut lu de l'arrêt seulement la clause qui ordonnait que la dame du Boisrioult leur fût délivrée «par provision». Ils s'inquiétèrent de ce terme insolite. Sans autrement délibérer il leur fut enjoint à l'unanimité de l'emmener. Etourdie, défaillante, les soldats de la Cinquantaine et les arquebusiers, à travers une foule délirante de curiosité, la conduisirent au hallage, où l'attendaient les représentants du chapitre, chapelains et dignitaires de la confrérie. Là elle se confessa et prit un rafraîchissement. Pendant qu'elle mangeait et buvait, le peuple en liesse l'entourait, se bousculait, applaudissait. Alors on lui ôta ses fers, qu'on enroula autour d'un de ses bras. A la primatiale, aux clochers des églises et des couvents, les cloches branlaient à pleine volée, et, tandis que, par dessus toutes, «Georges d'Amboise» de sa grosse voix annonçait à sept lieues à la ronde la délivrance attendue, dans la campagne Les paysans buvaient le plus vieux vin de leurs celliers. Au côté sud du marché nommé la Vieille-Tour, en avant du passage voûté qui de la Haute mène à la Basse- Vieille-Tour, s'élevait dans la fraîcheur de sa jeunesse et s'élève encore sous la patine des siècles le svelte et gracieux édifice dont la loge triomphale domine à dix-huit pieds au-dessus du pavé. Dans la place, depuis le matin, moines et chapelains se relaient à prêcher la gloire du saint. La foule est dense et recueillie, frémissante et tendue d'impatience. Un long remous fait osciller les faces levées : au perron de droite du besle, un groupe monte lentement. Une femme s'en détache, qui se tient debout face au peuple, droite et pâle sous l'arche sombre. C'est Jacquemine, qui va lever la fierté. Des chants, des éclats de cuivre, des roulements de tambour. Le piétinement des processionnaires. Une triple croix, des cierges, une crosse dominant chapes et surplis; du violet, de l'amarante, de la pourpre, de l'or, de l'hermine et du petit gris. Mgr l'Archevêque, le célébrant, les dignitaires du chapitre gravissent les marches du perron. Et la fierté paraît, éclatante, sur les épaules de deux chapelains,qui la déposent sur une table recouverte d'une nappe richement brodée. Jacquemine est tombée à genoux; elle la couvre de baisers. Le prélat la touche à l'épaule, l'admoneste en style pompeux de la grandeur du bienfait dont elle est redevable à Messieurs du Chapitre et à Messire Saint Romain. Elle récite le Conf'iteor. Le célébrant lui impose les mains, murmure le Misereatur et l'Indulgentiam, lui prend les bras, les place soùs les bouts du brancard. Trois fois Jacquemine se lève, haussant légèrement, avec respect et dévotion, le doux fardeau qui la délivre. Un confrère la couronne de fleurs immaculées, symbole de la pureté qu'elle vient de recouvrer. Sur la place une clameur éclate, gagne les rues, se répand par la ville : Noël ! Noël !

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 15:54

 

Douze jours après, un nouvel arrêt de la Cour déclarait les enfants issus de Briand de Chateaubriand et de Jacquemine du Boisrioult incapables de succéder audit défunt Briand et adjugeait à Georges tous et chacun des biens tant meubles qu'immeubles de la succession de son frère. Par un geste de tardive pitié, la Cour attribuait à chacun des trois petits orphelins 400 livres de pension annuelle et conjointement une maison pour leur logis, le tout leur vie durant, la propriété demeurant audit Georges de Chateaubriand. Etant par ces moyens devenu légalement sire de Beaufort et du Plessis-Bertrand, de Tannay en Normandie et de plusieurs autres lieux, chef de nom et d'armes de la maison de Chateaubriand en Bretagne, Georges se maria. Dans le même mois il épousa Gabrielle Brullon, fille de Pierre, sieur de la Musse, de Beaumont, etc., chevalier des ordres du Roi, président à mortier au Parlement de Bretagne et membre du conseil privé. ainsi hors de la juridiction du Parlement de Bretagne, mais sa situation n'en restait pas moins précaire. Elle trouva dans une famille alliée à Marguerite des Planches, la grand'mère de Briand, un précédent qui fut pour elle une révélation. La soeur de Marguerite, Anne des Planches, avait épousé vers le commencement du siècle Jehan des Essarts, fils du baron d'Aulnay. Ce Jehan et ses trois frères avaient pendant des années terrorisé la contrée par leurs pilleries, leurs violences et leurs meurtres : jusqu'au jour où une troupe de cinquante hommes les avait cernés dans la chapelle d'Aulnay. Mais il avait fallu un siège en règle pour s'emparer de leur personne et Anne s'y était montrée si redoutable qu'elle suffisait à effrayer les sergents; on l'accusa même d'en avoir assommé un. Amenés à Rouen et jugés, les quatre frères allaient payer leurs méfaits de leur tête, si le chapitre de Saint-Romain, qu'avaient sollicité pour eux le Dauphin, le duc d'Orléans, le Roi de Navarre et quelques autres personnages, n'eût élu Jehan pour lever la fierté (châsse) du Saint. En commémoration du miracle par lequel le saint évêque avait délivré Rouen d'un dragon monstrueux, la Gargouille, lui ravageait la rivière de Seine et mettait à mal les hommes et les vaisseaux, tous les ans, le jour de l'Ascension, une procession nombreuse et magnifique offrait à la piété des habitants la châsse, enrichie de pierres, de bijoux et d animaux d'or massif, où reposaient les vénérables restes. Un criminel, élu par le chapitre, en soutenait dévotement les bras antérieurs sur ses épaules, et, en vertu d'un privilège qu'on disait dater du roi Dagobert et de saint Ouen, par le seul l'ait d'avoir «levé la fierté», était absous non seulement du crime pour lequel il était recherché, mais de tous ses méfaits antérieurs, restitué à ses biens et héritages, à sa bonne renommée et aux offices dont il avait été pourvu, il étendue du privilège était telle que ce pardon se communiquait, avec toutes les conséquences dont l'élu bénéficiait, à ses complices quels qu'ils fussent pour le crime auquel ils avaient pris part avec lui et pour tous ceux qu'ils avaient commis auparavant. A vrai dire, le privilège avait toujours paru exorbitant aux gens de robe; l'Echiquier de Normandie n'avait pas enregistré sans réserve les lettres royales qui l'avaient à plusieurs reprises confirmé et les corps judiciaires avaient protesté contre des choix qu'ils jugeaient scandaleux. D'où conflits entre ie chapitre, qui élisait, et le Parlement qui lui délivrait l'élu. Mais le peuple de Rouen était passionnément attaché à la fierté, qui l'avait en mainte circonstance sauvé des pires calamités échauffé par l'attente, par le concours de foule qui se pressait dans les rues, excité ensous-main par les chapelains, les clercs et les confrères, c'eût été provoquer l'émeute que le priver de la cérémonie traditionnelle. Le chapitre l'emportait toujours. Un cérémonial jalousement observé donnait aux électeurs le moyen de choisir en connaissance de cause, aux coupables aucun cas. Jacquemine ne l'ignorait pas. Quand, dix huit jours avant l'Ascension 1576, «insinuation» du privilège eut suspendu la justice criminelle à Rouen, elle vint se faire écrouer à la conciergerie du Palais. Au premier jour des Rogations, amenée avec les autres prisonniers par les chapelains devant les deux chanoines commissaires assis en grande pompe au parquet, elle écouta humblement leur admonestation et déclara vouloir jouir du privilège. Le lendemain, à genoux devant le crucifix, elle jura sur l'Evangile de dire toute la vérité; puis ayant déclaré ses nom, surnom, âge, qualité, revenu, religion, celle de ses père et mère et le lieu où elle avait fait ses trois dernières pâques, elle fit sa confession avec beaucoup de larmes et de grandes marques de repentir. Gomme le choix du chapitre visait moins à satisfaire l'infirme justice des hommes qu'à exalter la gloire de Messire Saint Romain et la puissance de son privilège, le coupable avait intérêt à ne rien celer de ses méfaits et même à se noircir un peu.

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 11:17

 

Les enfants de Guy de Guitté commençaient à grandir. En .1570, Anne eut excédé ses douze ans s'était l'âge où on mariait les filles. Ses parents lui trouvèrent un parti. C'était Louis d'Espinay, sieur de la Marche, seigneur fort sage et vertueux, adroit aux armes, homme pieux et débonnaire, qui se montrait grand aumônier en ce temps d'égoïsme, d'avidité et de misère, capable d'employer ses biens et de mettre sa vie au hasard pour la conservation de ses sujets et de son pays. Le bon sire n'était plus de la première fraîcheur. La quarantaine allait sonner pour lai et il avait été longtemps homme d'église, protonotaire apostolique, chantre et chanoine de Rennes, prieur de Notre-Dame de Vitré et, de 1558 à 1567, par la faveur du cardinal de Bourbon, abbé du Tronchet, en commende, bien entendu. Mais, second fils de Guy, sire d'Espinay et de Louise de Goulaine, il était cadet d'une des plus grandes familles de la province, où l'on comptait maint vaillant chevalier, maint évêque et un cardinal, le négociateur du mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII. Race de diplomates et de courtisans, elle jouissait de la faveur royale; humaniste et lettrée, elle était en train de faire de sa célèbre collégiale de Champeaux près Vitré un des bijoux de la Renaissance en Bretagne.

 

 

Ses alliances étaient magnifiques et, par Bonne Visconti, l'appareillaient de près aux Valois. Louis et ses frères s'honoraient d'être cousins au cinquième degré du Roi régnant Charles IX. L'aîné, Jean, sire et bientôt premier marquis d'Espinay, comte de Durtal et en partie de Rochefort et de la Rocheguyon, seigneur de Segré, etc, capitaine de cinquante hommes d'armes, chevalier des ordres du Roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre, avait suivi Henri II dans toutes ses guerres et venait de servir à Saint-Denis, à Jarnac et à Moncontour dans l'armée catholique et royale sous le maréchal de Vieilleville dont il avait épousé la fille ainée, Marguerite de Scepeaux. Le troisième, Charles, évêque de Dol depuis dix ans, avait participé au Concile de Trente aux côtés du cardinal de Lorraine et s'efforçait d'en appliquer les décisions dans son diocèse, sans cesser pour cela d'être le poète délicat qui avait écrit les Sonnets Amoureux, l'ami de Ronsard, de Rémy Belleau, de Jacques Grévin et de Jodelle. Le quatrième enfin, Antoine, seigneur de Broons et du Mollay, s'était trouvé aux mêmes batailles que son aine, comme enseigne du vicomte de Martigues ; il avait épousé en 1556 Renée Hérisson, fille de ce sieur de la Villehellouyn qui avait si âprement lutté autour de la tutelle des enfants de Guitté. Nul doute que ce ne fût lui qui ait préparé avec son beau-père et le sieur du Lupin le mariage de la jeune Anne. Il s'y leva des oppositions. Non certes en raison de la disproportion des âges : pareille idée ne pouvait naître dans l'esprit d'un homme sensé. Mais l'héritière de Vaucouleurs, Cluhunault, Yvignac, Plumaugat et autres terres, n'était pas de ces filles qu'on laisse passer de gaieté de cœur en maison étrangère. L'affaire fut portée devant le Parlement. Sur requête de Jean Lambert, sieur de Rigourdaine et de René de Saint-Meleuc, la Cour, le 17 mars 1570, commit les conseillers Jean de Langle et Guillaume Berziau pour ouïr les parents de la mineure (six de chaque côté) et la mineure elle-même sur le fait de la curatelle et du mariage. Leur enquête aboutit à l'arrêt du 4 avril suivant qui permit à Louis d'Espinay d'épouser Anne de Guitté «quand bon lui semblerait». Ce mariage était un rude coup pour Briand de Chateaubriand, et qui lui enlevait tout espoir de s'attirer la bienveillance du parti catholique. Car tous ceux de la maison d'Espinay y tenaient un rôle important, les deux aînés avec plus de piété et de modération, Antoine et l'évêque de Dol avec une passion qui allait les jeter ardemment dans la Ligue. Faut-il ajouter que la naissance de deux fils au Plessis-Bertrand contrariait beaucoup d'intérêts, décevait de grandes espérances ? Ranimée, en esprit de vengeance, par le sieur de Monmoreau ou par la famille de Guitté, ou, pour des motifs moins avouables, par quelqu'un de beaucoup plus proche, l'affaire de Broons se réveilla. Briand fut appréhendé au corps, amené aux prisons de Rennes. Son procès fut repris, contradictoire et définitif. Pourtant Louis d'Espinay n'y intervint pas, soit qu'il n'eût pas encore contracté mariage, soit qu'il ne voulût pas risquer de se trouver demandeur contre la mère de sa femme, ou qu'un tel rôle répugnât à la douceur de ses moeurs. L'accusation fui soutenue par Champion, au nom des mineures Guitté, et par demoiselle Artus de Romillé, dame du Cartier, aïeule de Claude Lenfant. Le Piocureur général se joignit à eux. L'autorité du Parlement avait été longtemps bafouée, avec éclat y allait de sa dignité, autant que de l'ordre public et de la vengeance des orphelins. Les juges furent impitoyables. Briand fut condamné à être traîné sur la claie, en chemise, la torche au poing, à faire amende honorable sur Je parvis de l'église Saint-Pierre, et à être décapité en la place du bout de cohue, son corps mis en quatre quartiers portés sur les principaux chemins de Rennes, et sa tête au bout d'une lance fichée sur la porte Saint-Michel ; en outre à six mille livres tournois envers les héritiers de Guitté, à trois mille envers la dame de Romillé et aux dépens. La Cour ordonnait enfin qu'il fût pris sur ses biens la somme d,e 1.200 livres, dont 400 pour être employés à la construction d'une chapelle sur le lieu de l'homicide et le surplus à fonder une messe qui serait dite le samedi de chaque semaine pour l'âme des défunts. La sentence fut exécutée, mais la chapelle ne fut jamais construite. iLa date de la sentence ni celle de l'exécution ne sont données dans l'arrêt de 1574 qui en a conservé le texte, Mais elles furent certainement antérieures au 6 septembre 1571. où un nouvel arrêt réunit «les biens dont mourut possesseur Christophe de Chateaubriand aux biens vacants de Briand, comme ayant été celui-ci l'héritier principal et noble de son frère». Du drame sanglant on retombait aux plus laides compétitions d'intérêt. Jacquemine était en fuite, les malheureux enfants laissés par elle au Plessis-Bertrand désertés de leurs défenseurs naturels. C'est à la requête de Jean Levesque, sieur de la Silandais, leur parent au quatrième degré, que le 17 septembre la Cour renvoya par devant les juges de Dinan et de Rennes pour le règlement de leur tutelle. L'offensive avait marché plus vite que la défense. Dès le 6 Louis d'Espinay, curateur de sa femme, et la dame de Romillé avaient mis requête pour qu'il fût pourvu au plus tôt à la tutelle des biens vacants du condamné et de son frère. La cour, raisonnablement, avait renvoyé à statuer après que les parents auraient été entendus pour pourvoir à celle des enfants. C'est alors que sort de l'ombre où elle était demeurée jusqu'alors une inquiétante figure dont l'apparition, à cette heure, jette une lueur sinistre sur cette lamentable histoire. A côté des parents des victimes, dans cette requête qui tend à dépouiller de leur patrimoine Les enfants de Briand, intervient Georges de Chateaubriand, leur oncle, troisième fils de François et d'Anne de Tréal. Il avait vu, l'âpre et jaloux cadet, passer à sa portée le riche héritage des Beaufort; il n'entendait pas le laisser s'éloigner ! Impitoyablement, sans scrupule ni vergogne, il allait pousser les choses jusqu'à la ruine totale des neveux qui l'en séparaient. La première mesure à obtenir, c'était la condamnation de leur mère. Briand, mis à la torture d'escarpins, l'avait-il dénoncée dans son testament de mort ? La tradition l'affirme. Mais elle attribue cette dénonciation aux deux frères, qu'elle fait mourir sur le même échafaud. Cette nouvelle erreur sur un point capital achève de lui ôter toute espèce de valeur. Et comme on ne possède pas le texte de l'interrogatoire et des réponses faites par Briand aux commissaires du Parlement avant son supplice, la dénonciation reste douteuse. Elle eût constitué une charge si accablante qu'il n'eût pas fallu beaucoup de temps pour qu'elle fît condamner la veuve. Or il s"est écoulé trois ans entre la mort de Briand et l'arrêt qui frappa Jacquemine par défaut et sur sa contumace. Trois ans dune féroce bataille judiciaire autour des biens de la maison de Beaufort. D'un côté, noble homme Eustache Loret, sieur du Bois, qui tâchait de sauver aux trois enfants dont il avait la tutelle, François, Gilles et Jeanne de Chateaubriand, la possession de ces biens qui leur appartenaient de la succession de leur pèr,e. De l'autre, François Piédevache, sieur du Mèsnil, curateur aux mêmes biens déclarés vacants; et derrière lui. Louis d'Espinay, au nom de sa femme Anne de Guitté; le sieur du Lupin, au nom et comme tuteur des deux autres filles du défunt sîeur de Vaucouleurs et la dame de Romillé, intéressés aux réparations auxquelles avait été condamné Briand; enfin, plus acharné encore, Georges de Chateaubriand, qui ne prétendait à rien de moins qu'à s'emparer de l'héritage. C'est pour parvenir à cette fin, plutôt que pour venger son frère en perdant à son tour celle dont l'amour l'avait perdu, qu'il osa se porter accusateur contre Jacquemine du Boisrioult. C'est entre elle et lui, le Procureur général joint avec lui, que fut rendu l'arrêt du 25 septembre 1574, qui ]a déclara «atteinte et convaincue d'avoir participé à l'homicide et assassinat fait en la personne de Guy de Guitté, son mari, et commis adultère et inceste avec ledit deffunt Briand de Chateaubriand». Pour réparation de quoi elle était «condamnée d'être prise aux prisons de la Cour par l'exécuteur de haute justice, pieds nus, ayant dans sa main une torche de cire ardant du poids de trois livres ,et conduite au devant de la principale porte de l'église Saint-Pierre, y faire à genoux amende honorable, demander pardon à Dieu, au Roi, et à justice, de là menée en la place du bout de cohue pour y être brûlée vive et son corps mis et consommé en cendres». Comme on ne put l'appréhender, ce fut par figure et tableaux attachés aux quatre principales portes de Hennés et à la potence dressée en la place du bout de cohue que l'arrêt fut exécuté, le 6 octobre 1574
  

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 11:08

 

 

 

Il trouvait dans la mort de son frère l'avantage de devenir un puissant seigneur, chef de nom et d'armes de sa maison, et de disposer personnellement de ressources qui augmentaient singulièrement sa force. Mais par ailleurs il s'affaiblissait. D'une part, en effet, beaucoup des complaisances qu'il avait trouvées dans le parti huguenot, au temps où sa perte pouvait entraîner celle de son frère, se tournèrent ,en franches inimitiés. D'autre part, la mort de Sébastien de Luxembourg, vicomte puis duc de Martigues, gouverneur de Bretagne, tué à Saint- Jean-d'Angély, le 19 mai 1569, mit l'administration de la province aux mains du lieutenant-général Georges de Bueil, homme d'humeur âpre et sévère. En même temps la victoire des catholiques amenait des changements dans le haut personnel administratif et dix conseillers au Parlement étaient contraints d'abandonner leur charge. C'est dans ces conditions que le Parquet général commença à s'émouvoir de la tranquille audace avec laquelle Jacquemine et son époux bravaient le Parlement. Il obtint le 19 décembre un nouvel arrêt qui déclara acquises au Roi les dix mille livres de sa caution et condamna René de Tournemine à payer cette somme. La vie n'en fut pas pour cela troublée au Plessis-Bertrand,où naquit un second fils, baptisé comme son frère en la paroisse de Saint-Coulomb, le 14 mai 1570, en présence de Messire Jean de Québriac, seigneur du Flachet, et de Anne de Lescu, dame de la Motte, qui était la femme de Gilles le Ghauff, témoin au baptême de François. Le parrain fut Gilles Gouyon, seigneur de la Bouëtardaye, qui donna son nom à l'enfant. Il devait naître encore une fille, nommée Jeanne. . Elle ne figure pas au registre baptistère de Saint-Coulomb. Entre temps les affaires de Briand et de Jacquemine s'étaient irrémédiablement gâtées. Philippe Le Noir, sieur de Crevain, pasteur de l'église de Blain de 1652 à 1682, a donné dans son Histoire ecclésiastique de la Bretagne depuis la Réformation jusqu'à Edit de Nantes, une version de la chute de Briand qui n'a jamais été mise en lumière le point comme un garnement qui, tapi dans le Plessis-Bertrand, y ramassait le butin de ses brigandages. Mais le fanatique pasteur se plaît à noircir les gentilshommes catholiques, sans jamais souffler mot des méfaits de ceux de son parti. Il y avait autant de brebis galeuses dans l'église de Dieu que dans celle du Pape. Le grand grief du pasteur contre Briand, c'est d'avoir chassé la Réforme du Plessis-Bertrand. Christophe avait retiré chez lui, pour former une église domestique, le sieur Mahot, qui appartenait aux Montgomery et qui avait été le premier ministre de l'église de Saint-Malo et de Dinan. Briand le trouva au Plessis-Bertrand, en mars 1569. Il l'aurait, au dire de Crevain, tenu en prison au pain et à l'eau, se proposant de le donner en victime à M. de Martigues, «comme à un boucher cruel et impitoyable». Mais le gouverneur était mort, il Le promit à l'évêque de Saint-Malo, «afin qu'il le fît arquebuser à la garnison». Et il était près de le lui donner, si ce n'est qu'un gentilhomme à qui il avait volé des chevaux, assisté de M. de la Hunaudaye, lieutenant pour le roi en Bretagne au lieu de M. de Martigues, l'alla surprendre chez un prêtre où il entretenait une créature, et tira de lui un ordre à sa femme de rendre les chevaux ; ce qu'elle fit. Elle fut même forcée de rendre M. Mahot : tant eut de bonté pour lui M. de la Hunaudaye, qui, le tirant de sa prison, l'emmena sur un des chevaux ; et bien loin de lui faire payer rançon, ou de le mener à la boucherie, à quoi Chateaubriand l'avait destiné, il le fit conduire là où il voulut, ,et lui donna même six écus. M. Mahot sagna bien vite Blain, où Henri de Rohan offrait asile à tous les huguenots de la région, et réjouit beaucoup ses frères en leur racontant ses périls et sa délivrance. A quelque temps de là le sire de Chateaubriand fut puni de son sacrilège. Un oncle de M. de la Hunaudaye,nommé M. de Monmoreau, qui avait épousé Mlle de Laval, sut que Chateaubriand avait volé sa soeur, Mlle de Bazouges, en sa maison de la Corbonnais, femme d'honneur et de mérite autant qu'aucune de son siècle, et apparemment celle qui faisait prêcher chez elle les pasteurs de Rennes en 1560. Ici malheureusement le manuscrit de Crevain est altéré. Mais des quelques mots qu'à pu y lire l'éditeur, on devine que Monmoreau se serait procuré les informations précédemment faites contre le meurtrier de Guitté et aurait déterminé la reprise du procès. Il  y a dans ce récit des erreurs manifestes. René de Tournemine, par exemple, ne devint lieutenant-général qu'en 1575 et le rôle qu'il tint dans le premier procès de Jacquemine ne permet guère d'admettre qu'il soit venu chez elle en ennemi. Mais si Crevain est tendancieux, il est honnête : il n'invente pas des mensonges. Il y a sûrement une part de vérité dans l'aventure du pasteur Mahot. Si on la rapproche de la présence du théologal de Saint-Malo comme célébrant au baptême du fils aîné de Biïand, on devine ce. qui s'est passé. Sous le coup de sa condamnation, Briand, une tête folle assurément, qui devait avoir plus d'un péché sur la conscience, ne pouvait se passer d'un puissant appui. Quand la mort de son frère et l'éloignement de Montgomery l'eurent privé de celui du parti huguenot, il se tourna vers les catholiques et crut bon de leur donner des gages. Il le fit sans discernement et avec la brutalité qui lui était coutumière. Le pauvre Mahot entre ses mains faisait un excellent otage pour maintenir les religionnaires en état de neutralité et une monnaie d'échange encore meilleure si sa tête se trouvait menacée par la réaction catholique. Ses prétendus brigandages, qui n'ont que des Reformés pour victimes, peuvent bien n'avoir été que de ces brimades qu'on échangeait sans vergogne d'un camp à l'autre, avec le double avantage de témoigner d'un zèle louable pour la bonne cause et de procurer des profits appréciables. René de Tournemine, homme sage, esprit pondéré, catholique de profession, mais qui fréquentait à Blain dans la maison de sa soeur, et que le service précédemment rendu autorisait à parler haut au Plessis-Bertrand, se chargea de délivrer le prisonnier et par la même occasion essaya de modérer les démonstrations du sire de Chateaubriand. Mais l'écervelé s'était fait des huguenots des ennemis irréconciliables. Ils guettaient l'occasion de venger leurs «martyrs». Elle vint, hâtée par un événement qui apporta une force nouvelle à d'autres vengeurs, ceux des victimes de Broons.

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 06:11

 

Mais Jacquemine, sur sa requête, fut autorisée à poursuivre l'avocat qui l'avait diffamée. Jusqu'alors Briand et ses complices n'avaient pas été sérieusement inquiétés. François de Chateaubriand mort au château du Plessis-Bertrand le 13 octobre 1562, Christophe, héritier principal et noble, avait tranquillement réglé les partages. En dépit de son ban, Briand avait encore, le 15 avril 1504, passé avec lui par devant notaire un acte par lequel l'aîné désignait à son frère, pour le remplir de son droit naturel dans la succession de leur père et dans la future succession de leur mère Anne de Tréal, la terre et seigneurie de Beaufort, à charge de la tenir de lui comme juveigneur d'aîné. Sis en la paroisse de Plerguer, à une lieue et demie environ de Dol, sur le bord septentrional du plateau de Combourg, dans un site sauvage et romantique, le donjon patronymique des Chateaubriand de Beaufort n'était guère moins solide et sûr que le Plessis-Bertrand. Au sommet de son rocher abrupt sur un ruisseau et sur un vaste étang enfermés de bois séculaires, il n'est plus aujourd'hui qu'un médiocre las de pierres croulantes dans des douves envahies de lierre et de ronces. En ce temps-là, sa masse carrée, flanquée de quatre, tours et précédée d'un vaste bayle, faisait une forteresse redoutable, qui dominait une partie des marais et commandait le chemin de Châteauneuf et de Dinan. A Rennes cependant, sous l'énergique impuIsion de Champion et depuis qu'il y avait de l'argent pou, soutenir le zèle et répondre des frais, les choses allaient le train, rondement n'y avait pas encore de Tournelle au Parlement de Bretagne. Ce fut la Cour en grand chambre, siégeant à l'extraordinaire, qui prononça sur le fait du meurtre et, par arrêt rendu le 16 juilet 1565, déclara Briand atteint et convaincu d'avoir occis défunt Guy de Guitté, sieur de Vaucouleurs, et le condamna à être décapité et en neuf mille livres de réparation envers les héritiers. Mais Beaufort ou le Plessis-Bertrand n'étaient pas des demeures où il fût aisé d'appréhender un gentilhomme résolu et bien apparenté.

 

 

C'est par défaut et sur sa contumace que sentence fut donnée contre Briand. Son frère Christophe avait-il été compris dans la poursuite ? La tradition le veut, et l'auteur des Mémoires d'Outre-Tombe le croyait avec elle. Mais la tradition est fausse sur ce point, comme sur beaucoup d'autres en cette affaire. En revanche, accusée par la voix publique, dénoncée par les avocats de ses enfants, Jacquemine avait été arrêtée. Il faut croire que les charges contre elle ne parurent pas suffisantes, car un nouvel arrêt, donné le 29 novembre suivant entre elle et le Procureur général, l'élargit de la prison où elle était détenue. Elle élut domicile à Rennes, fit au greffe la soumission accoutumé et bailla caution de dix mille livres. Messire René de Tournemine, sieur de la Hunaudaye, accepta de lui servir de pleige. Le répondant était de poids. Chef d'une maison dont l'origine remontait aux Plantagenets, et que son ancienneté, ses alliances et les hommes de valeur et de réputation qu'elle avait produits mettaient parmi les plus illustres de la province, René, deuxième du nom, baron de la Hunaudaye, était un important personnage. La cour l'avait en haute estime. Catholique loyaliste, mais d'une famille qui comptait beaucoup de calvinistes, beau-frère de Henri de Rohan, lui même suspect de tiédeur, ses qualités d'intelligence et de bravoure, sa prudence et sa modération commandaient le respect aux deux partis devait être nommé en 1575 lieutenant-général de Sa Majesté pour la province de Bretagne et comme tel gouverner sous le nom du jeune prince de Dombes jusqu'à l'arrivée de Mercoeur, devenir un des plus sages et des plus populaires adversaires du néfaste duc et mourir regretté de Henri IV, au début de 1591, d'une maladie contractée au siège de Rouen. Qu'un tel homme ait alors accepté de répondre pour la dame du Boisgerbault en dit long sur les obscurités qui entourèrent dès l'origine la sanglante tragédie de Broons. Ces satisfactions données aux parents et aux amis des victimes autant qu'à la justice, l'affaire s'assoupit. Christophe de Chateaubriand, veuf de Jeanne de Sévigné, avait épousé, on ne sait à quelle date, Charlotte de Montgomery. Charlotte était fille de Gabriel, comte de Montgomery, seigneur de Lorges, qui avait mortellement blessé le roi Henri II au funeste tournoi du 29 juin 1559. Ce fui, semble-t-il, à l'occasion de son second mariage que Christophe embrassa la Réforme et l'établit au Plessis-Bertrand. La reine Catherine poursuivait de sa haine celui qui l'avait faite veuve. Mais retiré dans ses domaines, à Ducey, sur la Sélune, et chef des religïonnaires de l'Avranchin et du Cotentin, Montgomery était une force avec laquelle il fallait compter. Quelque part qu'il ait eue à la mort du misérable Quitté, cette alliance mettait Christophe au moins momentanément à l'abri. On peut croire que l'effet s'en étendait jusqu'à Briand qui menait joyeuse vie dans la sécurité relative de son château de Beaufort. Jacquemine était de son côté bien tranquille. En août 1567, demanderesse avec ses soeurs Jeanne et Catherine contre Champion et contre Lupin, elle obtenait du Parlement mainlevée de ses biens en Bretagne.   Avait-elle alors épousé le meurtrier de son mari ? La chose ne paraît pas probable. L'arrêt du 18 octobre 1574, la pièce la plus importante actuellement connue de cette affaire, cite «le contrat du prétendu mariage fait entre Briand de Chateaubriand et Jacquemine du Boisrioult, du 25 juin 1570». Mais la date est manifestement fausse, puisque le 3 avril 1569 fut baptisé, en la paroisse de Saint-Coulomb, leur premier enfant, François de Chateaubriand, «filius nobilissimi viri Brianti, domini temporalis de Chasteaubriand et illustris feminae Jacqueminae du Boisrioult, ejus uxoris et sponsae». L'enfant, qui eut pour parrain Christophe de Tréal, cousin germain de Briand du côté maternel, reçut le sacrement des mains de Vénérable Messire Julien Brisorgueil, docteur en théologie, religieux dominicain et théologal de Saint-Malo, en présence de Messire Gilles le Chauff, seigneur de la Motte aux Ghauffs et de dame Nicole de Hindré. Tout témoigne ici d'une naissance légitime, fruit d'une union régulière, célébrée comme une fête de famille avec l'éclat qui convenait au rang des parents et la sympathie de leur entourage. Il peut paraître étrange à nos moeurs qu'un condamné à mort, fût-ce par contumace et pour un crime passionnel, et une femme en rupture de ban, sa complice probable, aient à quelque vingt lieues et dans le ressort de la cour souveraine dont ils étaient justiciables, pu vivre sans être inquiétés dans le domaine héréditaire, s'y marier, y procréer, y accomplir les divers actes de la vie civile et religieuse avec le concours d'officiers publics et de dignitaires ecclésiastiques. Mais le fait est là, constaté dans les registres paroissiaux de Saint-Goulomb. Aussi bien au XVIe siècle, et même beaucoup plus tard, quand la famille avait la force du nom, du nombre et des possessions territoriales, et quelque protection puissante, l'impunité, avec ou sans lettres d'abolition, était chose ordinaire et de nature à n'étonner personne. L'enfant qui venait de naître était l'héritier présomptif non plus seulement de Beaufort en juveignerie, mais aussi du Plessis-Bertrand et de tous les droits attachés à l'aînesse. Quand Andelot avait, en août 1568, appelé aux armes les gentilshommes bretons de la Religion, Christophe de Chateaubriand avait rejoint son beau-père Montgomery. Il était à la journée de Saint-Mathurin, le 15 septembre, et le 13 mars suivant on le compta parmi les morts que la noblesse de la province laissa sur le champ de Jarnac. Montgomery passa pour mort, en réalité réfugié en Albigeois et en Navarre, où il allait jouer un grand rôle. Charlotte, qu'on continuait d'appeler Mme de Beaufort, s'était retirée près de sa mère. Réfugiés au château de Miniac, que les Rieux avaient mis à leur disposition, Mme de Montgomery et ses enfants attendaient l'occasion de passer en Angleterre. 13 mars-3 avril : Briand de Chateaubriand n'avait pas tardé à prendre possession du Plessis-Berlrand. Christophe mort, sans entants, la coutume l'en faisait maître, comme de tous les biens du défunt. Il paraît bien pourtant qu'en raison de sa contumace, sa possession, toute légitime qu'elle fut, n'eut pas alors de sanction juridique et qu'à Rennes on ait affecté de considérer les biens de Christophe comme vacants. Ce dont Briand, qui les tenait, n'avait cure.

 

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