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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 14:25

 

A plusieurs reprises, en 1386, 1392 et 1394, Charles VI contesta le droit de Jean IV à frapper monnaie blanche : « Ipse пес proedecessores Ducis Britanniae non poieranl пес facere debebantnisi monetám nigram certi ponderis et valoris et nihilominus fecerat et fieri faciebat albam, quod erat in prejudicium Domini Regis et juris... » En 1392, Jean IV fit établir par une enquête que les ducs de Bretagne possédaient le droit ancestral de frapper monnaie noire et monnaie blanche. Dans toute cette contestation, et malgré certains commentateur, il n'est nullement question de frappe de monnaie d'or en Bretagne, ce que Charles VI n'aurait pas manqué de reprocher en tout premier lieu à Jean IV, et dont celui-ci aurait dû se justifier au premier chef. Il est donc établi que Jean IV n'a pas frappé de monnaie d'or, et que c'est à son fils Jean V qu'il faut attribuer cette innovation -c'est bien là le sens du mot « entreprint » dans le texte de Perceval de Cagny -que l'étude du Double-florin de Bretagne va nous permettre de mieux comprendre. Le Double-florin de Bretagne n'est connu sous ce nom que par les comptes de Jehan Mauléon que nous avons cités ci-dessus. A. de Barthélémy les commentant faisait absurdement de cette monnaie une pièce de 10 d. de cours. Il faut rapprocher le texte en question de quelques lignes d'un livre d'empirance édité par Saulcy et qu'a commenté Caron : « Doubles ďor de Bretaigne, c'est ung duc assis en chaire et a dessoubz ses pies un lion, et tient le duc en sa main dexire une espée et de l'aultre main ung escu aux hermines, sont ď empirance. »

 

 

Caron ajoute : « Ce type n'a jamais été retrouvé. C'est une imitation des monnaies de Louis de Crécy, comte de Flandre » ; quelques années plus tard, il écrivait : « le double florin est le cavalier qui figure dans nos collections et dont le poids varie de 3 g 47 à 3 g 20 et tombe même à 2 g 98. Le florin est notre demi-cavalier dont l'existence ... nous est révélée par la découverte de Monheim ». Cette opinion ne peut être reçue : Garon assimile les pièces de Jean V à celles des ducs François, qui appartiennent à un système pondéral différent, et rapproche ces dernières de textes qui leur sont notablement antérieurs. Engel et Serrure reprennent à leur compte la première hypothèse de Caron : « le florin d'or et le double d'or au duc assis, imitation des monnaies de Louis de Crécy, comte de Flandre, ne sont pas encore retrouvés ». Dieudonné lui, a reconnu le florin : « les comptes mentionnent, à côté de ce florin dit Petit double, un Double d'or à la chaise », mais se garde bien d'avancer aucune hypothèse quant à cette dernière pièce. Le rapprochement fait par Caron puis Engel et Serrure entre cette monnaie -qui reste toujours à découvrir en nature -et la chaise d'or du comte de Flandre Louis de Male (plutôt que de Louis de Crécy) est tout aussi trompeur que celui du florin de Bretagne, du franc à cheval et du « cavalier » des ducs François : le poids de cette pièce ne peut convenir à l'appellation «Double-florin»; de plus un détail montre bien que cette prétendue filiation n'existe pas : il n'y a pas de lion sous les pieds du comte de Flandre. On connaît des monnaies qui présentent un souverain assis, les pieds posés sur un lion et qui auraient pu passer pour le prototype de cette imitation bretonne : ce sont le Parisis d'or et le Lion d'or de Philippe VI ; mais une simple remarque suffît pour les écarter : il n'y a sur elles aucun écu. Une seule monnaie répond valablement à la description donnée par le livre d'empirance : elle représente un roi assis sur une chaise curule, tenant l'épée et le sceptre, accosté de deux écussons ; à ses pieds, deux lions couchés Le signalement transmis par le changeur de l'imitation bretonne est légèrement différent : le type de la monnaie bretonne était-il quelque peu varié ? Nous pensons plutôt que ce manuscrit, postérieur à 1461, décrit cette pièce « de mémoire ». Cette monnaie, française, est la «chaise d'or » frappée par le Dauphin Régent Charles, dont le nom véritable, celui qui était employé à l'époque, est « Double d'or », nom donné par le livre d'empirance à son imitation bretonne, laquelle dès lors n'a pu être frappée que par le duc Jean V. Non seulement c'est la seule monnaie qui réponde assez précisément à la description, mais c'est aussi la seule qui puisse par son poids être qualifiée de Double-florin : poids droit 6 ,118 g. Cette monnaie taillée à 40 au marc était accompagnée de sa moitié, le demi-double taillé à 80 au marc (poids droit 3,059 g), dont les deux seuls exemplaires connus sont comparables en poids : 2,95 g et 3,02 g aux florins de Bretagne; ceux-ci ont bien été taillés à 80 au marc, comme nous le supposions ci-dessus. L'empirance donnée au Double-florin de Bretagne par le manuscrit : 3 s. 9 d. nous donne un titre très bas : 19 1/2 carats (812 millièmes) par rapport au prototype d'or fin à 1/2 carat de remède (1000 à 979 millièmes) et même au titre de 22 carats 1/4 (927 millièmes) donné par un texte peu sûr. Curieusement ce même changeur donne pour le florin de Bretagne des empirances moins élevées : 2 s. 1 d. soit 21 1/2 carats (895 millièmes) et 6 d. soit 23 4/10 carats (983 millièmes); il est pourtant pour le moins très vraisemblable que le titre de ces deux espèces était le même à une même date. La date de création de ces deux monnaies d'or bretonnes n'est guère difficile à déterminer : Hilaire Gillart nous avait dit en 1455 que « passé à trente ans » -donc avant 1425 -« il vit des florins d'or, qui avoient esté forgés en Bretagne ». Les comptes de Jehan Mauléon prouvent la circulation des deux espèces avant le 23 mars 1421. Un savant calcul - il faut remonter à la prise de Caen par Henri V le 4 septembre 1417 -permet de se rendre compte que Perceval de Cagny place vers 1419-1420 le moment où Jean V « entreprint et fist faire monnoye d'or ». Un texte du 16 décembre 1420 mentionne des florins d'or qui sont sans doute, mais cela n'est pas spécifié, des florins de Bretagne. Mais surtout nous connaissons une ordonnance donnée à Vienne-lès-Jargeau, par laquelle le Dauphin Charles rappelle qu'il a ordonné de faire « es monnoyes obéissant à mond. seigneur et à nous des deniers ďor fin appelez doubles ďor » et « autres deniers ďor fin, appelez demydoubles d'or », datée du 24 août 1420. Le monnayage d'or de Jean V, manifestement calqué sur celui instauré peu avant cette date par le Dauphin, n'a pu être frappé qu'après août 1420. Remarquons que le 30 septembre de cette même année, le Duc de Bretagne accorde à ses monnayeurs de nouveaux privilèges. Ce sont les réformes nécessaires des ateliers de Nantes, Rennes et Vannes pour que la frappe de l'or y soit possible qui ont entraîné la révision du statut des monnayeurs bretons. La date de naissance du monnayage d'or des ducs de Bretagne est donc septembre ou octobre 1420, selon que l'on considère que les réformes l'ont précédée ou suivie. La fabrication des doubles d'or et des demidoubles du Dauphin ne se poursuivit que jusqu'en février 1421 : fin janvier la seconde émission de l'écu d'or est ordonnée ; mais en septembre 1422 réapparaît une pièce de même poids que le demi-double, au type équestre : le « franc à cheval » de Charles VII, fabriqué jusqu'à la fin de 1423. Jean V cessa sans doute de faire frapper son double d'or au début de 1421 ; il continua à émettre des florins : il n'y a guère de place en ces quelques mois pour deux émissions. Mais pourquoi le duc de Bretagne, qui emprunte pour son double florin un type du Dauphin, crée-t-il un type original pour le florin ? Il est permis d'imaginer que dans les comptes de Jean Mauléon la mention « florin de Bretagne » recouvre une imitation du demi double d'or du Dauphin, émise jusqu'en février 1421, qui aurait cédé la placeà une pièce identique en taille et valeur, mais à un type différent, propre au duché, au moment de l'arrêt de la fabrication du prototype du Dauphin, ou quelques mois après, sur une requête de celui-ci lors de son entrevue avec Jean V à Sablé en mai 1421, ou encore au moment de l'émission du « franc à cheval » de Charles VII -si celui-ci n'a pas donné lieu à une imitation plus fidèle, comme peut le faire croire le dessin de Lautier. Il est possible que trois monnaies d'or bretonnes restent à retrouver ; ces hypothèses sont évidemment invérifiables, faute de documents ; seule l'existence du double-florin est attestée. Il reste surprenant que Jean V ait imité une monnaie aussi rare que le double-d'or. Il suffît de se replacer dans le cours de l'histoire pour que cette apparente anomalie devienne toute naturelle. Le Dauphin en créant en août 1420 ou peu avant ces deux monnaies, après une émission d'écus (juin-octobre 1419), semblait ériger, quelques mois après le traité de Troyes, un système monétaire nouveau, original, se voulant indépendant. Le duc de Bretagne a pris à ce moment la décision de frapper l'or, et ce sont évidemment des espèces se référant à ce système neuf - que l'on pouvait croire durable -qu'il a fait fabriquer, et non pas des écus. C'est dans les ateliers proches de la Bretagne qu'ont été fabriqués les doubles d'or et demi-doubles du Dauphin : on a retrouvé des doubles de Tours et de La Rochelle ; on ne connaît des demi-doubles qu'issus de cette dernière Monnaie, mais on sait qu'il en a également été frappé à Angers et à Poitiers. Cela n'est certainement pas étranger au fait que ces espèces, très rapidement entrées en Bretagne, par la voie commerciale de la vallée de la Loire et Nantes, ont été imitées en Bretagne. Cependant ce nouveau système monétaire créé par le Dauphin entrait en concurrence avec l'ancien système, reposant sur l'écu d'or et l'agnel, qui était encore en vigueur dans la France de Charles VI : la septième émission de l'écu, pour Paris, est du 26 février 1420, et dans celle de Henri V : la seconde émission de l'agnel est du 25 septembre 1419. Le choix de son système monétaire par Jean V est-il le reflet de son choix politique ? Il est extrêmement difficile de s'avancer sur ce terrain rendu glissant par la politique de non-engagement menée par le duc de Bretagne qui « ne voulut plus s'entremettre de la guerre d'entre les Françoys et les Angloys mais se délibéra de garder son pays et ses subgedz ďestre oprimez ». L'enlèvement de Jean V par les Penthièvre a été organisé avec l'appui du Dauphin, qui le considère comme son prisonnier. Jean V est délivré le 5 juillet 1420; il semble être en bons termes avec Henri V qui lui demande le 1er août de signer le traité de Troyes, qui ordonne le 29 novembre que la trêve avec la Bretagne soit respectée, qui libère Arthur de Richemont, frère de Jean V en janvier 1421, qui demande le mois suivant au duc de Bretagne de faire respecter la trêve. Le Breton Du Juch mène des négociations avec l'Anglais Colvyle. Mais pendant le même temps des négociations parallèles sont menées avec le Dauphin, qui aboutissent au traité de Sablé le 8 mai 1421, par lequel Jean V s'engage à fond aux côtés du Dauphin. Ce traité sera d'ailleurs rompu très peu de temps après et Jean V signera le traité de Troyes le 8 octobre 1422. Adopter le système monétaire du Dauphin fut-il pour Jean V un acte politique de ralliement à sa cause, en plaçant le prospère duché de Bretagne dans le même monde monétaire que la France du Dauphin ? Fut-il au contraire un acte dirigé contre le Dauphin, Jean V lançant sur le marché des pièces de même type, de même poids, voulant avoir la même valeur que celles du Dauphin, mais de moins bon titre ? Fut-il un acte à seule fin économique, le duc voulant appuyer la monnaie d'or bretonne nouvelle-née sur le système nouveau du Dauphin, qui lui paraissait plein de promesses ?

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 13:49

 

 

On hésite à y reconnaître notre pièce tant elle présente d'anomalies : il y a des fautes d'orthographe : BRETONV pour BRITONV, IN AIVTORIV pour IN ADIVTORIV; les légendes longues et abrégées semblent s'être contaminées entre elles : on a en effet IOHANNES avec deux N et GRA, et au revers IN AIVTORIV et MEVM, au lieu des couples habituels IOHAN NES/GRACIA ou IOHANES/GRA, et IN ADIVTORIVM/MEVM ou IN ADIVTORIV/ME(V). Mais surtout le type est différent : le chevalier galope à gauche, brandit son épée de la main gauche et n'a pas de bouclier; il est revêtu d'une tunique à ses armes, portée au-dessus de son armure. S'agit-il d'un mauvais dessin, ou d'une pièce encore inconnue en nature ? Disons simplement pour l'instant que c'est de toute façon un florin de Bretagne, comme le prouve le poids donné : 2 deniers 6 grains, soit 2,87 g. Mais la liste des monnaies bretonnes ayant cours le 17 septembre 1374 ne s'arrête pas au « breton d'or » : suivent les figures de quatorze pièces d'argent ou de billon, parmi lesquelles un blanc imité de la florette de Charles VI, un double tournois imité de celui de Charles VII, monnaies dont les prototypes furent émis en 1417 et 1436 et qui ne pouvaient en aucun cas exister en 1374. Il y a eu rapprochement abusif du texte cité et des monnaies décrites. C'est sans doute à Philippe de Lautier, général des monnaies de François Ier, qu'il est imputable : les textes cités sont des copies de son manuscrit autographe de 1559, dont les figures furent éditées ensuite par J. B. Haultin, en 1619. Ce ne sont donc pas là des documents originaux, mais en quelque sorte le premier traité de numismatique française connu, qui n'est pas sans mérite, malgré quelques erreurs grossières, comme celle-ci. Les Bénédictins nous ont fait connaître le texte d'une enquête sur les droits royaux et anciens usages du pays de Bretagne, de 1455, où l'on trouve le témoignage suivant : « Jehan Orege demeurant en la ville de Dinan, âgé de 88 ans ou environ ... dit qu'il lui semble que le duc Jehan ayeul du Duc de présent fit faire monnoie ďor petite comme moutonnets ...» Il s'agit bien ici du duc de Bretagne Jean IV, grand-père de Pierre II qui régnait en 1455. Le vieux Dinannais n'est pas très précis dans sa description : sa référence à l'agnel pourrait faire croire qu'il parle de la monnaie qui nous intéresse ; mais le fait qu'il ne soit guère sûr de ce qu'il avance : « il lui semble » et que la suite de sa déposition est beaucoup plus affirmative nous amène à douter de la valeur de sa première assertion, seul témoignage qui permettrait de justifier l'attribution de monnaies d'or à Jean IV. En effet Jean Orege poursuit : « ... et sçait bien que le Duc Jehan, père du Duc de présent, en fit faire que l'on appeloit flourins de Bretagne. » Sa déposition est confirmée dans la même enquête par Maistre Hilaire Gillart, de 66 ans ou environ, qui « sçait bien que passé à trente ans, il vit des florins ďor, qui avoient esté forgés en Bretagne, et en porta ce tesmoin à Rorne dès celui temps. » Ce sont là deux témoignages très affirmatifs : l'emploi de la tournure « sçait bien » le montre assez, et concordants sur le nom de la monnaie : florin et sur le règne : celui de Jean V. Nous ne connaissons que deux mentions contemporaines de cette monnaie, en dehors des livres d'empirance. Dom Lobineau nous énumère les monnaies employées dans le compte de Jehan Mauléon, Trésorier de l'épargne et Receveur-général des profits des monnaies, depuis son dernier compte en juin 1414, jusqu'au 23 mars 1421 : « Nobles. Veils moutons. Florins de Bretaigne. Loyaux de Bretaigne. Morisques. Moutonnez. Heaumez. Doubles florins de Bretaigne ...» (suivent des noms de monnaies d'argent). Ces monnaies d'or sont pour la plupart faciles à identifier : il s'agit du noble anglais et de ses imitations, du mouton d'or de Jean le Bon, bien sûr du florin de Bretagne que nous étudions ici, du royal d'or de Charles de Blois, du dinar, de l'agnel et de l'écu ou demi-écu heaume de Charles VI ; nous reviendrons ci-après sur la monnaie mystérieuse qui se cache sous l'appellation « Double-florin de Bretagne ». La seconde mention contemporaine se trouve dans les chroniques de Perceval de Cagny. Ce personnage, qui passa toute son existence au service des ducs d'Alençon Pierre, Jean I et Jean II, non loin de la Bretagne, dicta ses précieuses chroniques entre 1436 et 1438, alors que Jean V régnait encore sur le duché de Bretagne. On y lit à propos de ce dernier : « Et après ce entreprint et fist faire monnoye d'or. Son père ne la fist oncques plus forte que blance, et leurs prédécesseurs n'avoient fait que monnoye noire. » II y a là une affirmation nette, sans équivoque, émanant d'un personnage digne de foi, chroniqueur attentif et contemporain des faits évoqués, qui infirme totalement la timide première assertion de Jean Orege. Le témoignage de Perceval de Cagny est corroboré par quelques documents qui prouvent que Jean IV n'a effectivement pas frappé l'or. Il s'agit tout d'abord de cette lettre du 1er février 138539 par laquelle Jean IV renonce à recouvrer en or certaines sommes, parce qu'on lui a fait remarquer qu'il ne frappait pas de monnaie d'or : « Et combien que puis naguères par nos autres lettres nous eussions conssanti que durant noslre plesir les procuracions, que ont acoustumé à estre levées en noslre duché par monnoie, le feussent par or, considéré la grafve complainte qui sur ce nous a esté faicle pour ce que à présent nous ne feismes monnoie d'or et qu'il ne puel bonnement estre trouvé ne recouvré en nostre pais, vous mandons que nonobstant nosd. lettres d'autrefois lesquelles nous rappelons et anullons en ce cas, vous deffendez et faictes deffendre que nuls ne aucuns ne contraignent a icelle levée ne paiement leur estre fait des dites procuracions fors en nostred. monnoie et pour le pris et cours qu'elle est ordenée. »

 

 

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 14:46

 

 

Nous n'avons trouvé que les couples suivants : 1/1, 1/2, 1/3, 2/3, 2/4, 2/5. Il y a donc des monnaies qui associent un droit à légende longue avec un revers à légende courte, pièces en quelque sorte hybrides qui seraient frappées avec un coin de droit de Jean IV et un coin de revers de Jean V, évidemment au début du règne de celui-ci. Cependant la complexité des liaisons de coins retrouvées ne permet pas de penser à une succession chronologique simple : on a l'impression d'être en présence d'un certain nombre de coins utilisés en même temps et sans appariement préconçu. Le fait que les coins de droit à titulature longue ne sont employés que lors de la première émission n'a pas de véritable signification chronologique : Nantes et Vannes emploient la titulature courte pour la première émission également, et ce dernier atelier n'a jamais employé, semble-t-il, la titulature longue. L'abréviation des légendes, que Bigot présente comme une simple « remarque », se gardant bien d'en faire un argument pour justifier sa classification et ses attributions n'a pas de valeur signifiante; sans doute cette simplification a-t-elle été utilisée d'emblée par le graveur de Vannes et après la fabrication d'un certain nombre de coins par le graveur de Nantes, dans le seul but de faciliter leur tâche. Une autre hypothèse, assez séduisante, peut venir à l'esprit : celle qui consiste à attribuer à Jean V les florins à l'О pointé, en laissant à Jean IV tous les autres. Elle présente l'avantage de reposer sur l'absence ou la présence d'un signe particulier qui ne peut pas ne pas avoir de signification. Mais le changeur qui a rédigé le livre d'empirance qui nous a donné ce précieux renseignement nous a également appris que les pièces à l'О pointé étaient d'un titre inférieur à celui des autres : il faut donc voir dans ce signe particulier non pas l'indice d'un changement de règne, mais -ce qui est beaucoup plus conforme aux habitudes monétaires de l'époque -la marque d'un affaiblissement de la monnaie. Bien sûr, il est possible d'imaginer que cet affaiblissement a pu coïncider avec le changement de duc; mais rien n'empêche de penser qu'il soit survenu sous le règne de Jean IV, qui aurait frappé aux deux titres et son successeur au seul titre affaibli, ni de croire qu'il ait été décidé au cours du règne de Jean V, auquel cas son père n'aurait frappé qu'aux bonnes conditions, et lui même aux deux titres différents. Rien ne permet d'éliminer l'une ou l'autre de ces trois hypothèses, s'il est bien prouvé que Jean IV et Jean V ont frappé l'un et l'autre cette monnaie d'or. Car c'est bien là qu'est le problème; il est curieux qu'aucun auteur ne se soit penché sur cet aspect de la question : il a été implicitement admis par Bigot et par ses successeurs que cette monnaie a été frappée par les deux ducs Jean, sans que l'un ou l'autre de ces érudits numismates ne cherche à prouver ce qui n'est après tout qu'une hypothèse. Sans doute ont-ils été induits en erreur par le texte suivant, dont la date ne doit pas être prise à la lettre : « Le 17e jour de septembre 1374, la monnaie cy après déclarée avoit cours en la duché de Bretaigne. Portraict des monnoyes de Bretaigne ausquelles fui donné cours, en attendant la monnoye ordonnée estre faicte par led. sr. Roy, en laquelle la légende auroil seullemenl ces mots : Moneta Britanniae au lieu de Johannes dux Britanniae, et fut ordonné que, incontinent que lad. nouvelle monnoye le pais seroit remply, la vieille précédente monnoye cy après portraicte, seroit descriée et mise au feu pour billon, le tout ainsi que s'ensuit : Bretons d'or à 22 caratz et demy, de deux deniers 6 grains de poids chacune pièce, valiant 14 s. 3 d. tz.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 14:16

Le type équestre, différent de celui du franc, se retrouve sur des florins et ducats italiens de la fin du XIVe siècle et du début du XVe siècle : à Milan sous les Visconti, en Savoie ... Le florin au chevalier de Gueldre se présente de manière légèrement différente. Pourtant cette monnaie bretonne n'a ni l'origine française qu'on lui a donnée, ni l'origine italienne que l'on pourrait lui attribuer : c'est en Bretagne qu'il faut rechercher le véritable prototype de cette pièce, mais en dehors du monde de la numismatique, dans celui de la sigillographie : c'est certainement le sceau équestre du duc Jean IV qui a servi de modèle au créateur du type ; les sceaux équestres de Jean V donnent une représentation du duc à cheval légèrement différente L'étude des poids d'exemplaire nous montre que c'est à un système proche de celui du florin qu'est rattachée cette espèce : ces poids s'étalent entre 2,67 g et 3,13 g; mis à part trois exemplaires, deux légers à 2,67 g et 2,76 majorité d'entre elles entre 2,92 g et 3,02 g. Le poids moyen, calculé sur trente-trois exemplaires, ressort à 2,94 g. Tout cela rend probable une taille de 80 pièces au marc de 244,75 g. Nous sommes loin du florin de Florence dont le poids varie autour de 3,50 g, mais un grand nombre de florins de la fin du XIVe siècle et plus encore du début du XVe siècle sont de poids sensiblement plus faible. D'ailleurs, ce nom de florin était donné à tant de monnaies de poids et de valeurs tellement divers qu'il faut le comprendre comme le mot denier dans le sens très général de monnaie; il se distingue de ce dernier par le fait qu'il est réservé à une monnaie d'or. Une autre constatation peut être faite au simple vu de la courbe de répartition des poids d'exemplaire :


 


 

2,66 à 2,70 g X 1

2,71 à 2,75 g 0

2,76 à 2,80 g X 1

2,81 à 2,85 g 0

2,86 à 2,90 g XXX 3

2,91 à 2,95 g XXXXXXXXXXX 11

2,96 à 3,00 g XXXXXXXXXXXX 12

3,01 à 3,05 g XXXX 4

3,06 à 3,10 g 0

3,11 à 3,13 g X 1


 


 

Nous avons affaire à une courbe de répartition typique d'une série parfaitement homogène du point de vue pondéral ; nous pouvons donc en conclure que la taille au marc de cette espèce n'a jamais été modifiée au cours de son existence, et que si cette monnaie a connu plusieurs émissions, ce ne peut être que sur le titre qu'ont porté les affaiblissements. Nous n'avons aucune analyse de ces pièces et nous sommes obligés de nous fier aux données anciennes : les textes du XVIe siècle nous donnent un titre de 22 1/2 carats (937 millièmes); un manuscrit de la seconde moitié du XVe siècle nous donne les empirances 2 s. 1 d. et 6 d., soit les titres 21 1/2 carats (895 millièmes) et 23 4/10 carats (983 millièmes); un livre d'empirance de la première moitié du XVe siècle nous donne 2 s. 3 d. et 17 d. d'empirance, soit 21 3/10 carats (887 millièmes) et 22 3/10 carats (929 millièmes). Gardons-nous bien de considérer ces chiffres comme exprimant le titre réel de ces monnaies : l'empirance n'est qu'une évaluation commerciale, faite par les changeurs d'après leur expérience personnelle, et donc très variable. Une chose est sûre cependant : il y a eu au moins deux émissions dont la seconde, affaiblie en titre, a reçu un signe distinctif que nous précise le manuscrit que nous avons cité en dernier lieu : Ni Bigot, ni Poey d'Avant ne connaissaient ce texte, publié par Saulcy et que Caron fut le premier à commenter. Il n'avait d'ailleurs rencontré aucune monnaie répondant précisément à cette description. Deux trésors récents nous ont révélé des florins de Nantes et de Vannes présentant cette particularité de l'О pointé. Une deuxième certitude est que cette espèce a été frappée dans trois ateliers bretons : les pièces issues de Nantes (lettre d'atelier N) et de Vannes (lettre d'atelier V) étaient connues depuis longtemps ; une monnaie de Vannes est au Cabinet des Médailles depuis le XVIIe siècle. Récemment les deux trésors déjà cités ont révélé des florins portant la lettre d'atelier R, qui furent frappés à Rennes. Mais auquel des ducs Jean devons-nous attribuer ces monnaies : Jean IV (1345-1365-1399) ou Jean V (1399-1442) ? Devons-nous les partager entre ces deux princes ou les attribuer à un seul d'entre eux ? Bigot les partage entre Jean IV et Jean V d'après leur style : « les monnaies de Jean V se distinguent facilement de celles de son père par leur exécution plus soignée. On les reconnaît au premier coup d'oeil. On remarquera que le nom du prince est écrit sur les dernières par un seul N et qu'elles ne portent que ADIVTORIV et GBA au lieu de GRACIA et ADIVTOBIVM. » Cette attribution n'a jamais été remise en question, bien qu'elle ne soit pas toujours suivie par les experts et marchands. Bigot fait reposer son argument stylistique sur la connaissance de six pièces. Il en attribue quatre, toutes de Nantes, à Jean IV, et deux, une de Nantes et une de Vannes à Jean V. C'est bien peu nous semble-t-il pour pouvoir juger d'une évolution réelle du style. L'attribution des monnaies d'exécution plus soignée au prince le plus récent est un raisonnement qui a déjà été utilisé pour justifier l'attribution à Charles VI de certains francs à pied. Il a été réfuté depuis : les exemplaires de facture plus soignée conviennent mieux au créateur du type qu'à son continuateur. Par ailleurs l'abréviation de la légende n'est sans doute pas étrangère à l'impression favorable que peuvent laisser les florins à légende courte : la composition est plus facile à lire et donc d'autant plus agréable à notre oeil. Les légendes de droit et de revers se présentent en effet sous leur forme complète et sous différentes formes abrégées :

Droit : 1 IOHANNES DEI GRACIA BRITONV DVX

2 IOHANES DEI GRA BRITONV DVX

Revers : 1 DEVS IN ADIVTORIVM MEVM INTENDE

2 DEVS IN ADIVTORIVM MEVM INTEDE

3 DEVS IN ADIVTORIV MEV INTENDE

4 DEVS IN ADIVTORIV MEV INTEDE

5 DEVS IN ADIVTORIV ME INTENDE


 

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 18:27

 

 

Des deux monnaies d'or bretonnes que nous étudions ici, l'une est bien connue; il s'agit du florin de Bretagne au chevalier, qui peut être décrit ainsi : + IOHAN(N)ES DEI o GRA(CIA) o BRITONV o DVX (lettre d'atelier) Le duc, armé de toutes pièces et la visière baissée, brandissant une épée et tenant son écu, courant à droite sur un cheval caparaçonné à ses armes. + DEVS o IN ADIVTORIV(M) o ME(VM) o INTE(N)DE Croix fleurie et feuillue dans un entourage quadrilobé, avec une moucheture d'hermine à chaque angle rentrant. Cette belle monnaie, attribuée traditionnellement aux ducs Jean IV (1345-1365-1399) et Jean V (1399-1442), est rare; notre catalogue donnera au lecteur toutes indications sur les exemplaires passés en vente, conservés dans des collections publiques ou que nous avons pu voir dans le commerce. Il importe cependant qu'il sache dès à présent que deux trésors dont l'étude nous a été confiée nous ont apporté un matériel important et nouveau qu'il nous a semblé opportun d'utiliser ici. Les numismates ont baptisé cette monnaie de divers noms : Duby la nomme « écu », Aussant, « demi-écu d'or »; Bigot l'appelle « franc d'or » et en fait une imitation du franc à cheval de Charles V ; dans ses errata, il corrige en « escu d'or »; Poey d'Avant la baptise « écu » ; Garon parle de « franc à cheval » et assimile à cette pièce le «cavalier» des ducs François (1442-1450 et 1458-1488); Engel et Serrure utilisent les termes de « franc ďor », « breton d'or » ou d'« écu d'or au cavalier»; Dieudonné la nomme «cavalier ďor» ou « breton ďor », tout en précisant : « c'est un florin ». Ce terme avait déjà été employé par Bigot et par Engel et Serrure qui y voyaient une monnaie non retrouvée, et par Caron qui l'appliquait au demi-cavalier au nom de François. Ces divergences de vocabulaire marquent nettement les hésitations des numismates qui ne savaient à quel système monétaire rattacher cette espèce, ce qui les a parfois conduit à commettre à son sujet des erreurs. Ce n'est là en effet ni un franc à cheval, ni un « cavalier » comme ceux des ducs François, ni un écu, ni un demi-écu, mais bien un florin; les textes attestent le bien-fondé de cette appellation : si nous avons trouvé « breton d'or » dans des textes du XVIe siècle, « petit double » dans un texte de la seconde moitié du XVe siècle, les quelques mentions qui sont faites de cette espèce dans la première moitié de ce siècle le sont sous le nom de « fleurin de Bretaigne»; de plus c'est le terme qu'emploient les Bretons eux-mêmes dans leurs réponses à l'enquête sur les droits royaux et anciens usages du pays de Bretagne, en 1455.

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 15:45

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 13:23

Les coqs affolent pendant les Avents


 

Quand il vente pendant les Avents, il y aura des pommes


 

Quand un chat crève dans une maison pendant les Avents, c'est rare qu'il ne suive pas un autre malheur


 

A la Saint Thomas,

tkais (cuit) du pain et lave tes draps

En tras jou's Noué tu aras


 

Quand il fait soleil la veille de Noël, il y aura des pommes l'année suivante. Le soleil rit aux pieds des entes.


 

Quand l'soula ra (luit) la veille de Noué

Des pommes à volonté

 

 

Matignon

 

Jadis à Matignon et à Ploubalay, les gars se réunissaient la veille de Noël, et portant sur l'épaule de grands bâtons et des bissacs, ils allaient frapper aux portes des métairies :

-qui est là ? demandait-on

-le hoguihanneu, répondaient les gars.

Ils chantaient quelque chose, et pour les remercier , on leur donnait un morceau de lard. Ils l'enfilaient dans le bâton pointu de l'un d'eux, et ce lard était réservé pour un repas qui se nommait le bouriho.

 

A Montauban, les enfants pauvres, allaient comme en beaucoup de localités bretonnes se présenter à la porte des personnes aisées en criant : «  au guyané, au guy l'an neuf ». Ils étaient pour leur part armés d'une longue broche en bois sur laquelle ils enfilaient les morceaux de lard ou de vache dont on faisait l'aumône.


 

A Ploërmel, on criait : « au gui gouroux »


 

Parfois les filles et les garçons montaient dans les arbres ou les piles de pailles pour chanter la nuit ; et, d'un village à l'autre, se répondaient.


 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 10:12

Au XVIIe siècle, on avait déjà vu présente à Plénée-Jugon une famille de chirurgiens (voir La famille Rochelle de Plénée-Jugon). Il y a quatre ans passés, nous avions abordé l'épidémie qui en 1758 avait ravagé le. terroir compris entre Lamballe et Dinan (voir L'épidémie de Plénée, page n° 1 - L'épidémie de Plénée, page n° 2 - L'épidémie de Plénée, page n° 3). Plénée avait été particulièrement touchée puisqu'elle avait perdu 392 paroissiens. En sachant que cette vaste contrée comptait près de quatre mille âmes, elle avait donc payé un très lourd tribu : soit 4 % de la population. C'est au cours de cette période qu'un dénommé Antoine Issaly, originaire du Quercy arriva en notre bonne vieille Province de Bretagne afin d'y poursuivre ses études en médecine. Antoine Issaly fut reçu à Rennes maître chirurgien pour Plénée-Jugon le 27 novembre 1759. Le sieur Antoine Issaly, de la paroisse de Saint-Germain de Bellaire en l'évêché de Cahors en Quercy était fils de Pierre Issaly, Maître-chirurgien et de Françoise Manié. Il épousa en l'église de Plénée le 11 juin 1759 Marie-Anne-Malterre.  -acte ci-dessous 

 

 

 

On sait que sa veuve Marie-Anne Malterre, épousa en 1775 François Cousté. Peut être une fois ses examens en poche, fut il sollicité par ses confrères afin de les seconder en donnant des soins précieux aux malades, il fut manifestement le bienvenu afin de suppléer ses confrères confrontés à ce véritable au cours duquel certains d'entre eux trépassèrent. C'est à ce personnage que la population de Plénée eut affaire quand une nouvelle épidémie la toucha de nouveau dès la fin de l'année 1773. Il s'agissait d'après les notes précieuses laissées çà et là d'une épidémie de typhus. Il est aussi mention de Jean Antoine Issaly, fils de maître Pierre Issaly, et de son épouse Françoise Manié. Ledit Jean-Antoine fut pour sa part reçu chirurgien, en 1774, à Rennes et désigné en poste à Plénée. On donne ce dernier fils et petit-fils de chirurgiens. Tout comme son prédécesseur Antoine -son frère, sa nomination après obtention d'examen arrivait à point nommé. Le sieur Bernard de l’Isle, qui vint seconder le sieur Issaly de Plénée, ne bénéficiait pas de la même confiance que celle témoignée à son confrère. En février 1784 à Plénée-Jugon  furent publiés les bans du mariage entre le dit Jean-Antoine Issaly  et  Perrine-Julienne Rebours -ci-après

 

 

 

 

Il eut au cours de sa carrière loisir de parcourir cette vaste paroisse de Plénée et fut témoin, comme nous l'avions vu de cet accouchement particulier qui se produisit l'an 1787 au lieu-dit de la Montforière (voir Accouchement de Plénée -  Un difficile accouchement à Plénée en novembre 1787....). La famille Issaly a laissé son emprunte au bourg de Plénée avec cette bâtisse des Hostieux Testart dite aussi Hôtel Issaly -ci après.

 

 

 

Jean-Antoine Issaly s'éteignit à Plénée-Jugon le juillet 1817 âgé de 74 ans. La filiation de cette famille s'est poursuivie à travers Antoine Issaly,  et Jean-Marie Issaly, fils de Jean-Antoine et de Perrine-Julienne Rebours.  Antoine épousa  à Plénée-Jugon, le 7 juin 1819 Demoiselle Hélène Veillet. Sur l'acte ledit Antoine Issaly est donné âgé de 28  ans (né le 4 février 1791), propriétaire demeurant le bourg de Plénée. De leur union naquirent sept enfants. C'est à Jugon que le sieur Antoine Issaly s'éteignit le 8 novembre 1838. Il exerçait la profession de greffier de paix. Le frère de Antoine, Jean-Marie Issaly naquit quant à lui en 1792, marié à Victoire Hamonic, leur fils Célestin exerça a profession de "docteur en médecine" à Plénée Jugon, c'est d'ailleurs à Plénée Jugon qu'il mourut le 31 juillet 1891 âgé de 67 ans. Il était marié avec Léone Gourdet.

 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:43

 

 

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 14:35

 


Le jeune héritier Jean V de Bretagne figure derrière son père Jean IV

 

 

Jean IV de Monlfort, duc du Bretagne, laissait a sa mort, de son mariage avec Jeanne de Navarre, quatre fils : Jean, Artur, Gilles et Richard. La Bretagne pleurait, certes, le prince dont elle se sentait fière et qu'elle avait surnommé le Conquérant ; elle respirait cependant, pensant qu'un nouveau règne allait assurer la paix. Elle souffrait en effet depuis de longues années. La guerre de Succession, cette lutte fratricide entre Jean de Monlforl et Charles de Blois, l'avait épuisée ; et ; si le traité de Guérande avait mis fin à ses maux, il restait encore bien des misères à soulager. L'avènement au trône ducal du fils aîné de Jean IV rendait l'espoir à tous. C'était la tranquillité revenue dans les campagnes inondées de sang, dans les villages incendiés, dans les villes saccagées et couvertes de ruinés. On oubliait les malheurs passés. Aussi, le, 22 mai 1401, la ville de Rennes avait-elle peine à contenir les populations accourues de tous les points de la Bretagne. La vieille cité bretonne était eu fête. De toutes parts se pressait une foule avide de contempler son nouveau duc, âgé de douze ans, qui allait ceindre la couronne. Jean V arrivait de Nantes et, sur toute la route, il avait été accueilli par les acclamations de sou peuple, saluant en lui le prince qui rendrait la prospérité à la Bretagne, tout en sachant maintenir l'héritage de ses ancêtres dans sa grandeur et son indépendance. La ville de Rennes n'avait pas au XVe siècle la physionomie qu'elle a aujourd'hui. C'était la cité féodale par excellence. Sa population était renfermée dans des rues tortueuses, bordées de hautes maisons de bois à pignons pointus, a étages en encorbellements. Ses places irrégulières, ses carrefours anguleux autour desquels s'élevaient les manoirs féodaux aux poutres sculptées, aux tourelles gothiques, tout donnait à la ville un cachet bizarre qu'il est impossible de retrouver aujourd'hui. L'incendie de 1720 a détruit ta vieille ville tout entière. Il épargna cependant la cathédrale du XIIe siècle, dans laquelle eut lieu le sacre de Jean V, et qui, menaçant ruine, fut reconstruite en 1756. L'ancien château fut démoli en 1497, quelques années après l'époque où commence notre histoire. La porte Mordelaize, par où les ducs de Bretagne et les évêques faisaient leur entrée dans la ville de Rennes, est le seul monument qui subsiste des temps passés. Située à rentrée d'une rue aboutissant à la place de la Cathédrale, la porte Mordelaize a conservé une rangée de mâchicoulis et les rainures de son pont-levis.

 

 

Porte Mordelaise d'après ancien plan de Rennes

 

C'est un monument historique intéressant, au point de vue de l'architecture militaire du moyen âge. C'est là que l'évêque de Rennes, à la tête de son clergé, attendait le duc Jean, devant le pont-levis dressé. Le cortège arriva précédé des hérauts d'armes et de trompettes sonnantes ; tous se rangèrent des deux côtés de la porte, laissant le duc s'avancer au-devant de l'évêque. Monté sur un cheval richement caparaçonné, il avait à sa droite, sur une haquenée blanche, la duchesse douairière Jeanne de Navarre, sa mère; dont la beauté était rehaussée par la joie qu'elle ressentait de l'accueil fait a son fils. A la gauche de Jean, grave et maintenant fièrement l'ardeur de son petit cheval, se tenait son frère cadet Artur, alors âgé de huit ans, le héros de celte histoire. Derrière lui venaient ses deux autres frères, beaucoup plus jeunes, Richard, comte d'Étampes, et Gilles, conduits par des écuyers. Enfin, se massaient a la suite princes, comtes, barons, chevaliers du plus haut lignage, toute la noblesse du duché. Quand le jeune duc fut à quelques pas de lui, l'évêque Anselme de Chantemerle éleva la voix :

« Qui êtes-vous et que voulez-vous ? dit-il.

-Je suis le duc Bretagne, répondit Jean, et je veux entrer dans ma capitale. »

L'évêque s'inclina.

« Ainsi soit, Monseigneur, dit-il ; qu'on abaisse le pontlevis et que la porte soit ouverte ! »

L'ordre aussitôt exécuté, l'évêque fit un signe et l'archidiacre s'approcha, portant de la main droite l'Evangile et de la main gauche un reliquaire.

« Monseigneur le Duc, reprit l'évêque vous jurez sur l'Évangile et les sainctes reliques à Dieu et à Monseigneur saint Pierre, que les libertés, franchises, immunités, anciennes coutumes de l'Église de Bretaigne, de nous et de nos hommes, tiendrez sans les enfreindre; et de torts, violences, inquiétations, oppressions et de toutes novalités quelconques, nous et nos hommes garderez et ferez garder, en voslre pouvoir ? »

Jean V étendit la main droite sur l'Évangile et le reliquaire, et dit : « Je le jure. » Il proclama en outre : oubliance absolue et pardon du passé en faveur des condamnés et prisonniers pour tous faits de rébellion et de guerre.

Une rumeur d'approbation courut aussitôt dans la foule massée derrière les hérauts et tes gens d'armes. L'évêque s'écarta alors et les trompettes retentirent, pendant que le jeune duc s'engageait sur le pont-levis, suivi de sou cortège, pour pénétrer dans l'intérieur de la Ville. Au seuil de la maison de ville, attenante à la porte Mordelaize, se tenaient les échevins et les baillis. Ils s'inclinèrent devant leur nouveau souverain et le conduisirent dans une chambre préparée à cet effet, où il revêtit l'habit ducal de drap d'or. Il rejoignit alors le cortège et s'achemina vers la cathédrale au son des cloches, à travers les rues enguirlandées et pavoisées aux couleurs de Bretagne. Une foule compacte se pressait au-devant de lui, chantant Noël et l'accueillant par des cris enthousiastes. Jean V entra dans la cathédrale où, conduit par l'évêque il alla s'agenouiller devant le maître-autel de la chapelle Saint-Pierre. Suivant la coutume, il y demeura en prières jusque fort avant dans la nuit, pour se rendre ensuite au palais ducal. Le lendemain matin, dès la première heure, les cloches sonnèrent dans toute la ville, pendant que le peuple se répandait à travers les rues où devait passer le cortège. Jean V, revêtu d'une robe de pourpre fourrée d'hermine, avant le manteau ducal sur les épaules, sortit du château accompagné, comme la veille à son entrée dans Rennes, par sa mère et par ses frères, ainsi que par la noblesse du duché. Il se dirigea vers la cathédrale, accueilli par les acclamations du peuple. Il fut reçu à l'entrée de la nef par l'évêque, revêtu des ornements pontificaux et entouré de son clergé. Une députation des hauts dignitaires de la Bretagne, tant ecclésiastiques que séculiers, prélats et seigneurs, ainsi que les représentants des églises cathédrales et du tiers état, tous jaloux de saluer le successeur de Jean IV, remplissaient la nef. Une estrade, élevée à l'entrée du choeur, était ornée d'oriflammes et de bannières aux armes de la noblesse bretonne, d'écus blasonnés, de casques, d'armures, de cimiers enrichis de dorures et décorés des couleurs les plus éclatantes. Sur cette estrade se tenait debout et seul, fier et droit, un chevalier de haute taille, à la barbe grise, à la mine hautaine, que rendait presque farouche, l'oeil gauche qui lui manquait. C'était lui qui devait armer chevalier le nouveau duc et lui ceindre la couronne. C'était le personnage le plus illustre de la Bretagne, le sire Olivier de Clisson, connétable de France. Depuis son arrivée dans l'église, il était le centre de tous les regards. Ce n'était pas seulement a cause de la haute dignité militaire dont il était investi, mais aussi parce qu'il y avait autour de son nom toute une légende d'actions mémorables et d'aventures terribles. Olivier de Clisson avait été le grand ami de Bertrand du Guesclin. Il était, bien qu'élevé en Angleterre, et peut être parce qu'il y avait été élevé, le grand ennemi des Anglais. Il avait commandé l'armée de Flandre et avait gagné sur le brasseur Jacques d'Artevelde la fameuse bataille de Roscbecque. Mais sa véritable guerre avait été contre le père de Jean V, contre son seigneur, le duc de Bretagne lui-même. Jean IV, plus anglais que breton, avait pris en haine Olivier de Clisson et, a deux reprises différentes, lui avait tendu des pièges mortels. Une première fois, il l'avait attiré à Vannes au château de l'Hermine, et l'avait jeté dans un cachot, pour l'y laisser mourir. Il ne lui rendit la liberté qu'après en avoir exigé une forte rançon. Mais alors le roi de France Charles VI avait pris fait et cause pour son connétable et avait forcé le duc a rendre la rançon et à faire amende honorable. Une autre fois, à Paris même, Pierre de Craon, à l'instigation de Jean IV, attira Olivier dans un guet-apens et le laissa pour mort sur la place. Le roi de France, indigné, déclara la guerre au duc de Bretagne. C'est en marchant contre lui que, dans la forêt du Mans, il fut frappé de folie. Depuis, il y avait eu réconciliation entre le duc et le connétable, mais c'était le duc qui avait du faire les premiers pas. Ces événements faisaient l'objet des conversations autour de l'estrade. On disait aussi qtte Clisson était le plus riche seigneur du duché et qu'il avait des trésors cachés. Aussi tous les regards se portaient-ils sur lui avec une admiration où il entrait un peu de terreur. Olivier de Clisson, de son côté, en voyant venir à lui les fils de son ancien ennemi, ne pouvait manquer de se rappeler les persécutions dont il avait été autrefois victime. Bien qu'il cherchât à éloigner ces sombres souvenirs et à accueillir ces enfants avec bienveillance, ceux-ci n'en tremblaient pas moins en gravissant l'estrade et en prenant place à côté du connétable. Il se fit alors un grand silence, et le héraut d'armes Malo dit à haute voix :

« J'appelle notre Sire Jean de Montfort, fils de Monseigneur Jean IV de Monfort, duc de Bretagne; je l'appelle !

«-Me voici ! » dit une voix jeune et claire.

Le jeune duc se leva et vint plier le genou devant le connétable. Olivier de Clisson tira alors son épée et en frappa trois coups sur l'épaule de Jean V, en disant :

« Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges, je vous fais chevalier, Soyez preux, hardi et loyal. Je vous donne cette épée au nom de Monseigneur saint Pierre, comme elle a été donnée aux rois et aux ducs vos prédécesseurs, en signe de justice, pour défendre l'Église et le peuple qui vous est soumis, en prince équitable »

Puis l'évêque, après avoir béni la couronne, la remit à Clisson, qui la posa sur la tète de l'enfant, en disant :

«On vous baille ce cercle au nom de Dieu et de Monseigneur saint Pierre, qui désigne que vous recevez votre puissance de Dieu te tout-puissant qui, comme ce cercle, n'a ni commencement ni fin, duquel aurez logement et couronne perpétuelle en paradis, faisant votre devoir par bon gouvernement de votre seigneurie. »

Le jeune duc se tourna alors vers l'autel et, élevant la main, dit :

Amen.

Le héraut d'armes s'avança et dit :

« Je proclame Monseigneur Jean V de Montfort duc de Bretagne, je le proclame ! »

L'assistance unanime, debout, les mains levées, sacra une seconde fois le jeune duc par ses acclamations. Comme Jean V retournait à sa place, il fut arrêté par son frère Artur, qui lui dit :

« Mon frère, notre père nous disait que l'on peut bailler aux autres l'épée de chevalier quand on l'a reçue ; or donc, je vous prie de me la bailler, afin que je l'emploie à la défense de notre beau pays de Bretagne. »

Des applaudissements éclatèrent de toutes parts, et le jeune duc, soulevant à grand'peine la lourde épée, arma son frère chevalier. Jean V descendit alors de l'estrade et vint se placer au bas du maître-autel de Saint-Pierre, où il se tint debout, l'épée nue à la main, pendant la durée de la grand'messe, que l'évêque célébra pontificalement. Un Te Deum fut ensuite entonné et tes voûtes de l'église retentirent des accents de la musique sacrée et des cantiques d'actions de grâces en l'honneur du nouveau duc. Après la cérémonie, Jean V se rendit en procession à l'église Notre-Dame de la Cité. Il marchait sous un dais porté par les quatre bacheliers de Bretagne ; le grand écuyer marchait en avant, tenant l'épée ducale renfermée dans un fourreau garni de pierreries. Arrivé a l'église, le duc retira sa couronne et la déposa sur un coussin de drap d'or; pendant que les cantiques étaient entonnés de nouveau. II reçut ensuite les seigneurs vassaux à l'hommage. La journée se termina par une fête à la Cohue. Des tables furent dressées pour le peuple dans les salles d'en bas, tandis que, dans les salles d'en haut, le duc et les grands vassaux étaient servis. Des largesses furent faites dans la ville. A l'issue du repas, les convives s'entretenaient des événements de la journée. Chacun commentait l'audace du jeune Artur, sa hardiesse à venir réclamer l'épée de chevalier. Chacun prédisait toute une carrière de gloire à cet enfant ; fier de penser qu'il saurait un jour tenir haut le drapeau de la Bretagne. A l'époque où se passaient ces.événements, Artur n'avait pas encore huit ans et déjà, comme nous venons de le voir, battait dans son coeur l'amour de la patrie. Il était le digne fils de Jean IV de Montfort qui, par son énergie et sa valeur, sut conquérir la couronne à la pointe de son épée.  

 

 

Jean V de Bretagne

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