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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 14:44

 

 A est une chronique très sèche, toute en phrases courtes, des événements des années 463 à 469 dans le Val de Loire.

 

B, où les phrases s'allongent et le récit se complique, présente les événements de 464/465 évoqués au début de A avec plus de détails. Quand A ne parle que de,la venue d'Odoacre à Angers, B déroule l'enchaînement des faits, avec les autres personnages qui y participèrent : le comte Paul, Childéric. Grégoire, qui écrivait une histoire de Francs, ne manqua pas de compléter A par B... sans s'apercevoir que le dernier des événements rapportés dans A (des Bretons à Déols en 469), concernait une période postérieure. Si l'on admet notre hypothèse du collage un peu maladroit par Grégoire de Tours de deux sources A et B distinctes, alors disparaît le premier problème du texte, qui est celui de sa chronologie. Et l'on comprend pourquoi la mention de la défaite des Bretons en Berry en 469 s'interpose dans un récit qui tourne essentiellement au tour des événements survenus en 464/465 sur la Loire entre Orléans et Angers. Le contenu principal du texte de Grégoire s'en trouve circonscrit aux faits et gestes d'un nommé Odoacre en 464/465.

 

2. Qui est l'Odoacre cité dans l'histoire des Francs de Grégoire de Tours ? Rien ne s'oppose à ce qu'on l'identifie au roi des Scyres qui déposa l'empereur Romulus Augustule en 476 et devint le premier souverain barbare de l'Italie :

 

a) ni ce qu'on sait de l'Odoacre «romain»

 

b) ni le texte de Grégoire de Tours

 

a) La vie du roi Odoacre

 

À vrai dire, on ignore à peu près tout de la vie de l'Odoacre romain avant sa prise du pouvoir en 476. Odoacre qui aurait eu 60 ans à sa mort en 493, paraît être né vers 433/434 d'un prince hun ou scythe du bas Danube, nommé Edico ou Edica, qui était devenu roi des Scyres, une petite peuplade germanique alors associée aux Huns. Edico appartenait à l'entourage immédiat d'Attila, qu'il représenta à Conslantinople en 848. Au décès d'Attila en 453, les Germains vassalisés par les Huns profitèrent des querelles entre ses fils pour se révolter et, vainqueurs en 455 (bataille du Nédao), reprendre leur autonomie ; ainsi des Scyres : on pense qu'ils s'établirent au centre de la plaine de la Tisza, face à la Pannonie occupée par les Ostrogoths (la Pannonie correspond à l'actuelle Hongrie occidentale, augmentée de la Slavonie yougoslave, et les Scyres étaient donc dispersés sur l'autre rive du Danube, la rive gauche). On a tendance à penser qu'Odoacre, le fils cadet d'Edico, se serait engagé au service des empereurs de Ravenne vers 469/470 seulement, après deux défaites cuisantes infligées par les Ostrogoths11 aux Scyres. Cette hypothèse n'est pas vraiment confirmée par les sources rares et contradictoires :

 

1 : Jean d'Antioche date de l'hiver 470/471 le passage d'Odoacre à Rome, à la tête des Scyres, d'Hérules et de « Scythes ». 

 

2 : La « vie de saint Séverin » (rédigée vers 511 par le prêtre Eugippius disciple du saint) situe le passage en Italie d'Odoacre vers l'époque où le roi Ruge Flaccithus, attaqué par les Ostrogoths, vint consulter le saint : dans les années 460 C'est tout, cela ne me paraît pas suffisant pour prouver la date de 469/470. Une indication de la « vie de saint Séverin » tend au contraire à montrer qu'Odoacre a gagné l'Italie au plus tard en 463/464. Avant son départ, venu cher cher lui aussi la bénédiction de l'évangélisateur du Norique, Odoacre entra dans la cellule du saint ; Séverin aurait eu tout de suite la prescience des hautes destinées qui attendaient ce grand jeune homme pauvrement vêtu de peaux : « adulescentulus» dit le texte4. Or, l'« adulescentulus » est l'individu de 17 à 30 ans. Si Odoacre est bien né en 433/434, l'épisode ne doit pas être postérieur à 463/464.La possibilité existe donc que le cadet d'Edico, Odoacre engagé au service du gouvernement de Ravenne probablement avant 463/464, se soit trouvé en Gaule et pour le compte de ce gouvernement en 464/465.

 

 

b) Le texte de Grégoire de Tours

La source A semble faire d'Odoacre le chef d'une bande de Saxons «Quant à Odoacre, il vint avec des Saxons à Angers».  Mais des erreurs de lecture, Grégoire ou les copistes de son histoire des Francs en ont faites : à preuve, dans le même fragment de texte, la confusion déjà relevée entre Alains et Alamans. était également facile à un auteur du vie siècle de confondre «gens scyrorum» (un petit peuple disparu dès la fin du ve siècle) et « gens saxonum» (un desgrands peuples du Ve siècle, et de surcroît mentionné dans la source B : combatsentre Francs et Saxons). Sans doute peut-on aussi corriger le début de A : «Quant à Odoacre, il vint avec des Scyres à Angers» (L'« Anonymus valesianus» précise de la même façon qu'Odoacre passa en Italie « cum gente scyrorum »).  

 

c) Conclusion Bien sûr, nous n'avons montré jusqu'à présent que la « possibilité » d'une identité entre l'Odoacre romain et celui de Grégoire de Tours. Il nous reste encore à la justifier, c'est-à-dire à trouver un sens à la présence de cet Odoacre à Orléans et Angers en 464/465. Nous le pourrons en rappelant d'abord la situation à cette date de la Gaule.  La Gaule dans l'Empire d'Occident en 464/465. La Gaule, comme un puzzle, se compose alors de multiples établissements quasi-autonomes de barbares, au sein des populations gallo-romaines. L'origine s'en trouve dans le choix de Rome depuis la fin du IVe siècle : faute de pouvoir les repousser, elle a tenté l'assimilation des envahisseurs en concluant avec eux des traités, qui les installaient sous le statut officiel de fédérés (de «foedus», traité), dans une partie de l'Empire, avec leurs chefs, leurs familles, leurs lois, en échange de la reconnaissance de l'autorité de l'empereur et de leur aide militaire rétribuée contre de nouveaux agresseurs. En Gaule, les lotissements furent les suivants (cf. carte) : Les Francs Saliens : d'abord admis vers le milieu du ivc siècle en Toxandrie (Nord de la cité de Tongres en Germanie seconde, aujourd'hui Limbourg et Brabant oriental, à la frontière entre Belgique et Hollande), d'où un certain nombre furent extraits pour être dispersés dans les provinces gauloises. J.M. Ropars

 

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 14:26

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«Par une interprétation d'un texte de Grégoire de Tours, l'auteur entend montrer l'existence d'une tentative de reprise en mains par le généralissime Ricimer des forces romaines en Gaule du Nord en 464/465. Une nouvelle organisation militaire aurait alors été construite avec comme pivots l'établissement sur la Loire de Bretons, et l'alliance avec le roi des Francs Saliens Childéric. Ceci se serait accompagné d'un raid romano-franc dans l'île de Bretagne contre les Saxons. Comme maître-d' oeuvre de ce plan, Ricimer aurait choisi le Scyre Odoacre, fraîchement rallié.» II existe au. livre II de l'histoire des Francs de l'évêque Grégoire de Tours deux curieux chapitres. Car ils tranchent sur le reste du livre, et se présentent comme des extraits d'annales à propos de la Gaule dans les années 460. Vu la quasi-absence sur cette période de sources écrites contemporaines, on comprend l'intérêt du texte, et la passion des spécialistes à le «décrypter». Le sens, en effet, n'en est malheureusement pas trèsclair : Childéric livra des combats à Orléans. Quant à Odoacre, il vint avec des Saxons à Angers. Une grande épidémie dévasta alors la population; Aegidius mourut alors et laissa un fils nommé Syagrius. Après sa mort Odoacre prit des otages à Angers et en d'autres lieux. Des bretons furent expulsés de Bourges par les Goths : beaucoup furent tués au village de Déols. Quant au comte Paul, qui était avec des Romains et des Francs, il déclara la guerre aux Goths et fit du butin. De son côté, Odoacre vint à Angers, mais le roi Childéric y arriva le jour suivant et le comte Paul ayant été tué, il prit possession de la cité. Il y eut ce jour un grand incendie dans lequel le bâtiment de l'église fut consumé. Après ces exploits, une bataille eut lieu entre Saxons et Romains, mais les Saxons, tournant le dos, abandonnèrent beaucoup des leurs au glaive des Romains qui les poursuivaient. Leurs îles furent prises et saccagées par les Francs avec une nombreuse population qu'ils firent périr. La même année pendant le neuvième mois la terre trembla. Odoacre conclut une alliance avec Childéric et ils soumirent les Alamans qui avaient envahi une partie de l'Italie.

J.M. Ropars

 

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 14:37

 

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 09:19

 


Amauri de la Moussaye, premier du nom, titré  sire de la Moussaye, de La Rivière, de Pléguen et de Kergoet, naquit vers 1430 de l'union de Edouard de la Moussaye Sire de la Moussaye, de la Rivière et de Kergoet et de Françoise de Plesguen dont il disposait des droits sur la paroisse de Plerguer où il possèdait un manoir selon  les données fournies par  Gaston Louis Michel Marie  de Carné & ‎Régis Marie Joseph de l'Estourbeillon. Il fut armé chevalier vers 1450. Un long rituel était nécessaire avant d'être adoubé chevalier, on peut penser que c'est le sieur de la Moussaye qui inculqua à son fils l'art des armes et de la chasse, puis ensuite ce dernier dût remplir des tâches domestiques diverses comme harnacher les chevaux et enfin vint l'adoubement avec remise des armes au cours duquel le jeune chevalier fut assisté d'un protecteur. C'est sous le règne du duc Pierre II que Amaury de la Moussaye exerça la charge de chambellan. On peut donc raisonnablement penser que c'est peut après avoir été armé chevalier qu'il fut nommé chambellan. Le duc Pierre II s'éteignit sans postérité le 22 septembre 1457. Vingt ans plus tard, en mai 1477, il exerçait encore cette charge. Les 9 et 10 janvier 1479 Amaury de la Moussaye figure à la revue et monstre généralle des nobles, ennobliz, exempz et aultres tenantz fiefs nobles et subjets aux armes de l'Evesché de Saint Brieuc, tenue à Moncontour par hault et puissant Messire Tristan du Perrier, Comte de Quintin; noble et puissant Messire Guyon de la Motte, Chevalier, sieur de l'Orfeuil et de Vauclerc; Messire Amaury de la Moussaye, Chevalier, sieur du dict lieu de la Moussaye, commissaires commis et députez par Mandement patent du Duc nostre souverain seigneur. Il servira ainsi les ducs Pierre II, Arthur III et François II. Après la charge de chambellan il est promu grand veneur de Bretagne  et en octobre 1482, Amaury de la Moussaye figure parmi les cinquante hommes d'arme de la garde du corps du duc. Le 1er octobre 1484 mandement est fait à Morice de la Moussaye Chevalier, Seigneur de la Moussaye, Chambellan et Grand Veneur d'assiéger le Chateau d'Ancenis où se sont retirés les ennemis du Duc François II. Tout laisse penser que ledit Amauri Ier de la Moussaye résidait alors en la paroisse de Sévignac au manoir de la Rivière Moussaye, il disposait aussi en cette même paroisse de la terre de la Guénochais. Il fut nommé gouverneur de Dinan et de Dol, et  était l'un des 28 capitaines sous les ordres desquels François II avait prescrit à tous les nobles Bretons de marcher contre les ennemis du ministre Landais. Deux ans plus tard il se trouvait à la tête d'une troupe de 2.800 cavaliers et commandait à Vannes, de là il s'en fut défendre la ville de Nantes contre les troupes du roi de France mais subit un échec qui ne lui laissa que 600 hommes avec lesquels il parvint à pénétrer la place. Quand les troupes du roi Charles VIII vinrent assiéger la bonne cité de Dinan dont il était devenu gouverneur, Amauri de la Moussaye fut sommé de remettre la place au souverain français. N'étant soutenu que par un petit nombre de gentilhommes et craignant que la ville ne fut ruinée, il accepta sous la condition qu'aucune atteinte ne serait portée aux libertés de cette ville et qu'aussitôt la place rendue, les troupes royales se retireraient. Il obtint gain de cause.  Amauri de La Moussaye avait recueillit. Il mourut vers 1515. Son gisant fut sculpté dans l'enfeu dont la famille de la Moussaye disposait en l'église de Plenest. Il se maria deux fois, I° en 1455 avec Euphrasie de Coetlogon, soeur de Jean, III du nom, sire de Coetlogon, qui le 13 janvier 1461, lui donna parage dans les successions de Jean II, sire de Coetlogon et de Isabeau de La Sauraye, leurs père et mère. (Histoire des Grands Officiers de la Couronne, t VII, p. 708). Après la mort sans enfants d'Euphrasie, le sire de La Moussaye se remaria 2° avec Marguerite de Langourla de laquelle il eut deux fils et une fille : -Amauri II son successeur à la tête de la seigneurie. Celui ci recueillit la charge de maitre d'hôtel auprès de la duchesse Anne. Marié avec l'héritière de Plouer, il hérita d'un certain nombre de terres : a la maison et métairie de Plouer, idem une maison et jardin au bourg, tenus noblement; idem une autre maison, nommée la Piquelais, idem une métairie à la Gourbanières, idem un emplacement de moulin à eau; idem dix journaux de taillis et six de vignes  


-Gillette qui transporta cette terre de la Moussaye à la Maison Gouyon après qu'elle eut épousé Guy Gouyon
-Christophe de la Moussaye qui sera Abbé Commendataire de l'abbaye cistercienne de Boquen en 1495.
   

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 08:43

 

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M. Paul Deschamps fait une communication sur le tombeau des entrailles de Du Guesclin conservé à l'église Saint-Laurent du Puy. On y voit la statue du connétable armé de pied en cap. Bien que très restaurée cette effigie présente autant d'intérêt que celle du tombeau, plus connu, de Du Guesclin, que le roi Charles V fit, par un honneur insigne, édifier près de son propre tombeau à Saint-Denis dans la nécropole des rois de France. A Saint-Denis le visage est rasé;   au Puy il porte la barbe. C'est évidemment que Du Guesclin ne se rasait pas en campagne. Mais on constate entre les deux figures des traits de ressemblance frappants et l'on peut penser que l'on utilisa pour l'une et l'autre un moulage exécuté aussitôt après la mort. Il est curieux de remarquer que si certains de nos rois eurent trois tombeaux (pour le corps, le coeur et les entrailles), Du Guesclin eut quatre sépultures : Le connétable étant mort le 13 juillet 1330 au siège de Châteauneuf- de-Randon (Lozère), le corps fut d'abord transporté au Puy. Pour procéder à l'embaumement on avait retiré le eoeur et les entrailles et celles-ci furent inhumées dans l'église Saint-Laurent où l'on éleva un monument funéraire qui fut mutilé en 1562 par les Huguenots, puis restauré avec grand soin entre 1833 et 1835. Le convoi funèbre avait poursuivi son voyage vers Dinan car Du Guesclin avait demandé à y être enterré auprès de ses ancêtres. L'embaumement ayant été insuffisant, on s'arrêta à Montferrand (Puy-de-Dôme) où l'on fit bouillir les chairs quifurent déposées dans l'église des Cordeliers de cette ville. Puis l'on continua avec le coeur et le squelette. A l'approche des villes où devait passer le cortège, le clergé et la population venaient l'accueillir en procession et des services religieux étaient célébrés en grande pompe dans les églises. Sur la route, les chevaliers qui accompagnaient la dépouille du connétable, reçurent un message du roi exprimant sa volonté qu'il reposât à Saint-Denis. Les ossements y furent donc conduits, tandis que le coeur était porté dans la terre natale de Du Guesclin. Le coffret qui renferme ce coeur, se trouve encore aujourd'hui à Dinan dans l'église Saint-Sauveur; une dalle de granit porte gravées les armoireries et l'épitaphe du vaillant connétable. Ci dessous la sépulture de Saint Laurent du Puy.    

 

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(photographies : la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine)

 

 

Comptes rendus de l'académie 

 

 

M. Mario Roques présente une observation sur le port de la barbe. Il demande comment au xive siècle on moulait le visage d'un mort portant la barbe. M. Gustave Dupont-Ferrier pose une question sur le maître de l'oeuvre du Roy. M. Marcel Aubert insiste sur le fait que la statue de Du Guesclin a été restaurée. Il ne pense pas du reste que les statues de Saint-Denis et du Puy se soient inspirées toutes les deux d'un moulage. M. Paul Deschamps pense que seule la statue du Puy a eu pour modèle un moulage. M. François Renié donne lecture d'une note sur les inscriptions de la Haie des Chiens-Marins (Nouvelle-Hollande Occident) conservées aux archives de l'Académie. M. Adrien Blanchet présente une observation sur le mono gramme qui termine l'inscription. M. Edmond Faral confirme l'usage qui, au XVe s., donne le pas au marchand sur le capitaine dans les voyages de commerce aux Indes. Ci dessous le visage sculpté de Saint Denis.

 

 

 

ministère de la culture et de la communication

 

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 06:24

 

Or, dans bien des cas, les batholites granitiques ont facilité la propagation des séismes.  Celui de la Mayenne, en 1921, présenta un axe d'intensité maximale orienté du N.NE au S.SW de Montflours à Laval, et affecta une ellipse de 15 km du N au S et de 9 à 10 km de l'Est à l'Ouest. L'origine supposée fut celle du rejeu d'une faille appartenant au champ de fractures N.NE-S.SW qui orienterait le cours de la Mayenne. Mais, firent observer F. Kerforne et M. Y Milon (Bibl. N° 18), «l'ébranlement s'est transmis moins bien dans le sens des plissement moins perpendiculairement à ceux-ci. Sa progression fut facilitée, au Nord, par d'importants massifs de granite. A l'Est, le resserrement des plis du synclinorium médian fit ombre» et barra l'ébranlement. Le séisme du 1er février 1925 qui affecta l'Ouest de la Bretagne se propagea, par contre, dans les deux directions majeures des plissements armoricains, mais fut lui aussi plus facile dans la traversée des massifs granitiques (A. Collin, bibliog. N° 5). Dès maintenant, nous voyons donc apparaître le rôle majeur, positif ou  négatif, de la structure. Prenons à présent l'exemple de quelques séismes morbihannais et finistériens. Le tremblement de terre de Caurel à Pontivy, en 1923, dont le grondement fut perçu jusqu'à Loudéac (20 km) comme venant de l'Ouest, fut surtout ressenti entre Neuillac et Stival. Il affecta une ellipse très allongée du N au S, dans le sens de la vallée   du Blavet. Or, l'on sait aujourd'hui que celle-ci est orientée, sur cette section du cours, par une faille qui limite à l'Est les blocs basculés de la forêt de Quénécan.
La structure est là complexe : le Silurien et le Dévonien de la   forêt s'incurvent en «S» à l'Ouest de la zone affectée qui se situe    dans un «golfe» de schistes briovériens, fermé au Sud par le massif granitique de Pontivy. Mais dans l'ensemble, et mis à part 1' «S» de la forêt, les axes des plissements hercyniens sont ici orientés perpendiculairement à la faille (ou aux failles parallèles) directrice du Blavet. Au Nord, la propagation du séisme semble avoir été bloquée, ici encore, par la grande faille hercynienne dirigée d'Ouest en Est qui oriente le Blavet de Gouarec à Mûr et qui correspond, plus à l'Est, à l'abrupt SW-NE qui domine là le bassin de Rohan. En 1921, l'intensité maximale (degré 3 de l'échelle de Sieberg) avait été de même observée au voisinage de la vallée du Blavet (Neuillac, Kergrist). Quant au tremblement de terre du 9 janvier 1930, fort dans le Morbihan, il vit sa  propagation atténuée par la faille de Malestroit, oblique par rapport aux affleurements rubannés des Landes de Lanvaux (L. Collin, bibl.N°9). Le séisme du 2 novembre 1923 dans la région de Vannes fut ressenti dans une aire de forme ovale, allongée dans le sens SW-NE, englobant la partie occidentale du golfe du Morbihan jusqu'à l'île d'Arz incluse, sur un axe Arzon-Vannes-St Nolff. Il fut attribué au rejeu d'une fracture SW-NE, ce qui confirmerait, avec le séisme du 1er janvier 1930, l'hypothèse de l'origine tectonique de la partie occidentale du golfe. Dans le Finistère, les deux failles des environs de Briec, formant un V aigu qui s'ouvre au NE sur le bassin de Châteaulin, paraissent avoir joué un rôle dans la propagation du séisme du 12 janvier 1925. Là aussi, elles sont, en gros, perpendiculaires aux affleurements rubannés. Mais l'ébranlement ne paraît avoir eu aucun effet en mer, même sur le marégraphe de Brest (bibl. N° 4). La propagation s'est faite, au Nord du département, selon la direction calédonienne et la faille de PElorn paraît avoir joué un rôle dans le processus. Au Sud, elle s'effectua selon la direction armoricaine, et l'on ne peut s'empêcher de la lier au prolongement de la grande «faille Kerforne» de la presqu'île de Crozon dans l'axe Douarnenez-Quimper-Concarneau, c'est à dire en bordure de la dépression tertiaire de Toulven-abrupt de faille de Pleuven et rivage oriental du graben de la baie de la Forêt. Une fois de plus, cet accident tectonique recoupe le plus souvent et obliquement les grands axes de plissement hercyniens. Ajoutons qu'il se traduit par des reliefs de faille, abrupts ou grabens, alors que là où cet alignement correspond à un décrochement horizontal, dans la presqu'île de Crozon, ce dernier resta passif. Au Nord, dans la zone de structure calédonienne (ou cadomienne), la propagation du séisme fut, par contre, plus fidèle aux directions structurales. Ce qui ne facilite pas, à première vue, les tentatives de généralisation; d'autant plus que les failles, nous venons d'en prendre conscience, sont tantôt des lignes de force suivies par l'onde sismique, tantôt des obstacles à sa propagation. Si l'on tente d'exploiter ces informations fragmentaires et, du moins en apparence, divergentes, on peut tout de même en tirer des notions plus générales. La localisation des séismes, affectant des ellipses plus ou moins déformées dans lesquelles l'intensité décroît vers la périphérie indique qu'ils sont très probablement provoqués par le rejeu de failles (fig. 3). Mais rien ne modifie, en quoi que ce soit, le relief superficiel : pas de menues dénivellations, pas de crevasses, si étroites fussent-elles. Tout se passe en profondeur. Et un rejeu d'ampleur minime peut faire frissonner le sol et gronder le sous-sol du fait du volume énorme des masses en contact. Les fractures verticales ou obliques transmettent l'ébranlement vers la surface, alors que les décroche menthso rizontaux paraissent passifs. Les massifs granitiques, blocs rigides, sont des facteurs de transmission. Mais les affleurements rubannés, plus ou moins perpendiculaires aux fractures intéressées, sont au contraire des facteurs de blocage de l'ébranlement, de même que les failles de même orientation. Et ceci peut résoudre la contradiction entre le rôle inhibiteur habituel des accidents tectoniques perpendiculaires à l'axe des failles actives de direction transverse, et le fait que les accidents directionnels peuvent se montrer agissants lorsqu'ils sont eux-mêmes un des éléments en mouvement (faille de l'Elorn, 1925). Toutes les grandes failles reconnues du Massif Armoricain ne  constituent pas des zones sismiques (fig. 1). Le rôle de la faille du Sillon de Bretagne est discuté. Pour les uns, il s'agit d'une zone de broyage, mylonitisée, ressoudée depuis longtemps et qui ne pourrait devenir instable qu'à ses extrémités. De là les séismes nantais. Mais pour d'autres, et il faut bien reconnaître que parler de ses extrémités reste vague puisqu'elle se prolonge, plus ou moins interrompue, loin vers le NW en Bretagne et vers le SE en Vendée, elle aurait rejoué au Tertiaire et serait jalonnée d'épicentres, même au NW de Nantes (fig. 3). Et le séisme du 4 juin 1956, axé sur le grand alignement de fractures de Vannes à Nantes et dont l'épicentre se situa au Sud de la Loire, dans le massif gneissique de Frossay, au SE de Paimboeuf, au voisinage de l'abrupt de faille de St-Père-en-Retz;  celui centré sur Vertou, au SE de Nantes, en 1955 ; ceux de Parthenay et de Cerizay, en 1949 et en 1955, eurent leurs epicentres alignés sur le prolongement de cet accident majeur de la Bretagne méridionale dans le Haut Bocage vendéen ou situé (Frossay) dans l'entonnoir tectonique de l'estuaire de la Loire, entonnoir limité au Nord par le Sillon de Bretagne. Quant au tremblement de terre du 18 juillet 1954, son epicentre se situait vers Moisdon-la-Rivière, en Loire-Atlantique, à l'extrémité du grand accident tectonique de direction armoricaine qui met en contact, sur 150 km, les terrains granitogneiss^ques et les terrains siluriens entre Plouay, dans le Morbihan, et Moisdon. Enfin, le séisme du 20 juillet 1958, dont l'épicentre paraît s'être situé entre l'île d'Oléron et la côte au voisinage de l'île d'Aix, fut probablement lié à un accident profond du socle sous-jacent aux formations secondaires (Bibl. N° 41). On peut penser qu'il en fut de même des autres tremblements de terre centrés sur Oleron. Si l'on peut mettre en relation la région d'ébranlement du golfe normand-breton avec la fracture dont H. Elhaï supposa l'existence entre le Cotentin et l'archipel anglo-normand, et celle de la baie de Bourgneuf avec la faille NW-SE qui oriente la côte du Pays de Retz et la falaise morte au Nord du Marais Breton, il est de grands accidents brisants qui ne font pas parler d'eux : la faille dite de Laillé, qui limite au Sud le bassin de Rennes ; celle, N.NW-S.SE, dite faille de Pontpéan, dans le Sud de ce même bassin; l'abrupt de faille et les grabens du Mené, par exemple. Et si la faille qui oriente la ligne de rivage occidentale de la baie de St-Brieuc peut être mise en relation avec les séismes des régions de Paimpol et de St-Brieuc, elle est passive dans l'intervalle, comme celle qui borde la côte orientale de cette même baie. Pourquoi ces différences majeures de comportement ? Il faut avouer que nous n'en savons rien puisque nous ignorons à peu près tout de la structure profonde du vieux bâti et de l'ampleur, dans le sens vertical, des dislocations reconnues — ou supposées — en surface. La prospection géophysique n'est pas suffisamment avancée dans le Massif armoricain pour que l'on puisse en tirer des conclusions valables dans ce domaine de la recherche. L'on sait toutefois que les foyers des séismes armoricains sont en général relativement profonds : de 27 à 41 km, selon la méthode de calcul de Gutenberg, pour ceux de la période 1951-1960 (Bibl. N° 41). On est plus infirme encore, et réduit aux hypothèses, en ce qui concerne la cause initiale de ces réajustements profonds. On a parlé d'isostasie, de subsidence locale par une surcharge due à des apports de sédiments. Ce pourrait être vrai dans les régions sédimentaires au Sud du Massif ancien, comme dans la région d'Oleron ou, à la rigueur, en Manche et donc dans le golfe normand-breton. Mais en baie de Bourgneuf, même compte tenu des calcaires éocènes, la surcharge est faible. Et elle est inexistante dans les régions sismiques de l'intérieur du massif.. A moins de voir les choses très largement et d'envisager un effet compensateur de la subsidence prolongée des grands bassins sédimentaires proches : bassin parisien, bassin aquitain qui sont, eux, à peu près asismiques, sauf à leur pourtour où le socle est proche de la surface. On a supposé, par ailleurs, une remise en mouvement de la flexure continentale. Ce qui peut être admis, sinon discuté, sur le littoral atlantique, sans pourtant être aussi facilement accepté lorsqu'il s'agit de tremblements de terre sur le littoral de la Manche, en Mayenne ou dans les Mauges. On pourrait aussi penser à des contrecoups de mouvements orogéniques lointains, récents et même encore inachevés, par exemple dans les chaînes de plissements tertiaires françaises ou dans la Dorsale atlantique. Ce qui ne résoudrait pas le problème de la localisation parfois très étroite des séismes armoricains. On pourrait également envisager le comportement propre du socle, indépendamment de toute action extérieure plus ou moins actuelle. Par exemple, une «respiration» de celui-ci dont témoigneraient les transgressions et les régressions marines depuis le Miocène inclus jusqu'au Quaternaire, abstraction faite de celles qui sont fonction du glacio-eustatisme, encore que ces dernières aient modifié la charge hydro-isostatijque de la plate forme continentale. Et aussi, à une vie profonde du socle lui-même, à une persistance des déformations tertiaires jusque dans le présent. Certains géophysiciens, si Ton en croit des informations publiées dans la presse régionale lors du séisme de septembre 1972, penseraient que le massif bascule actuellement de l'Est vers l'Ouest; ce qui se rapprocherait de l'hypothèse d'une compensation isostatique faisant intervenir une subsidence inachevée du bassin de Paris et un relèvement de ses bordures de massifs anciens, ce qui resterait à prouver. Mais il semblerait plutôt que le continent s'élèverait dans la région brestoise, et donc à l'Ouest, et tendrait à s'affaisser au SE, en baie de Bourgneuf (Bibl. N° 14). En somme, si l'on considère que Brest n'est pas éloignée de l'axe du grand bombement dissymétrique des pénéplaines bretonnes au Miocène, il s'agirait d'une rémanence de celui-ci. Toutefois, il ne s'agit encore là que de vues de l'esprit, sans doute non dénuées d'intérêt, mais sans assises solides et qui n'intègrent pas tous les faits. On est sur un terrain plus sûr lorqu'on se borne à constater ceux-ci, et    tout simplement à conclure à des rejeux de fractures profondes sans en chercher la cause originelle.

 

Conclusion

 

 

Avec le Cercle de Feu du Pacifique, montagneux et volcanique, secoué par les grands tremblements de terre du Japon, de la Californie et des régions andines et la zone volcanique de l'ancienne Thétys, il s'avère que les grandes chaînes de plissement tertiaires, dont l'orogénèse est encore inachevée, restent des zones sismiques non stabilisées. Faut-il voir dans les grands tremblements de terre de Lisbonne (1755) et d'Agadir il y a quelques années, un rejeu de la flexure continentale, un contrecoup de mouvements plus lointains ayant leur siège dans la Dorsale atlantique, ou l'effet d'une remise en mouvements des socles proches, amplement et récemment disloqués, en considérant que la serra de Cintra, près de Lisbonne, offre des granites tertiaires ? Quoi   qu'il en soit, le Massif Armoricain ne connaît pas de telles catastrophes sismiques. Le volcanisme ancien, qui a laissé des traces du Trégor à la presqu'île de Crozon et en plein coeur de la Bretagne intérieure, relève  d'un si lointain passé qu'il n'a plus qu'un intérêt lithologique. Les crises orogéniques du Tertiaire ne se sont traduites ici que par des bombements à grand ou moyen rayon de courbure et par des mouvements verticaux d'ampleur modérée. Mais le vieux bâti rigide, haché de failles, conserve une vie profonde et ne repose pas dans un sommeil éternel. Il gronde et frissonne parfois, blessé par une fracture mal soudée, sans pourtant s'agiter d'une manière inquiétante.  Sans doute, «les petites secousses sont elles les symptômes d'une tension régionale dont la plus grande partie de l'énergie pourra un jour être libérée le long d'une ligne de faille principale» (J. P. Rothé, Bibl. N° 39, p. 86). Mais compte tenu de l'ampleur des failles armoricaines, le risque reste mineur. Sauf imprévu, toujours possible en cette matière (2). Car il est tout de même curieux de constater que, compte tenu des exagérations possibles des hommes d'autrefois, généralement plus portés que nous le sommes vers le surnaturel et prompts à s'alarmer de phénomènes mystérieux, certains séismes du passé semblent avoir été nettement plus violents que les tremblements de terre d'aujourd'hui dans le Massif Armoricain. Ainsi de ceux de 1751, de 1799, de 1810 et de 1812 par exemple, ou du Moyen-Age à Vannes et dans la zone du golfe normand-breton. Quoi qu'il en soit, les séismes destructeurs sont très peu nombreux dans les massifs anciens français : 1 en Normandie, 2 en (2) Montessus de Ballore, qui avait recueilli une documentation portant sur plus de 150 000 séismes, considérait en 1906 que la Provence était aséismique. Or, trois ans plus tard, elle connaissait le plus grave des tremblements de terre enregistrés en France Vendée, 1 dans les Vosges de 1927 à 1969 inclus, contre 28 dans les Alpes françaises. Et dans le Massif Armoricain, il n'y eut jamais rien de comparable, même de loin, aux catastrophes des grandes régions sismiques.

 

Résumé

 

L'étude des séismes armoricains, qui tantôt affectent des zones étendues, tantôt sont étroitement localisés, fait ressortir leurs relations avec la structure du massif et notamment avec sa tectonique cassante et la répartition des batholites granitiques. Toutes les grandes failles reconnues du Massif Armoricain ne constituent cependant pas des zones sismiques. Au nombre des régions les plus sensibles, il faut placer le Golfe normand-breton et les grands alignements tectoniques de direction armoricaine de la zone méridionale de la Bretagne et de la région au Sud de lu Loire. La cause de ces tremblements de terre paraît résider essentiellement dans des rejeux de fractures profondes. Si certaines secousses ont eu des effets notables, il n'y eut cependant jamais là de catastrophe sismique.

 

 

Marcel Gautier  

 

     

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:08

 

II. Caractères des scéismes 
   

 

Les hommes du Moyen-Age étaient-ils portés à exagérer l'ampleur de phénomènes inquiétants et mystérieux, 'ce qui aurait conduit les auteurs à parler dé «secousses désastreuses», «violentes», «terribles» dans le golfe normand-breton et sur ses rivages ? En fait, les tremblements de terre armoricains, sont, d'ordinaire, de faible vigueur. Mais il en est toutefois qui manifestent une force un peu plus grande. Citons ceux dont l'intensité atteignit, selon l'échelle de Sieberg, de 8 à 10 et qui affectèrent au Nord le golfe normand-breton avec pour centre Jersey, et au Sud la baie de Bourgneuf. Dans le golfe du Morbihan, l'intensité maximale (9, selon des estimations évidemmen discutables) aurait été atteinte en 1286 puisqu'à Vannes, des immeubles furent alors fortement endommagés ou même s'écroulèrent. A Nantes, ce fut en 1751 que l'un d'eux eut les mêmes effets. Le 2 janvier 1959, des maisons furent lézardées dans la région de Quimper, proche de l'épicentre; des cheminées s'abattirent jusque dans la région du Faouët (Morbihan) et de Lannion (Trégor). Malgré tout, l'intensité reste, en général, au-dessous de ces chiffres : 4 à 5 de l'échelle de Sieberg pour le séisme de la Mayenne le 10 janvier 1951, 5 pour celui de Vannes le 2 novembre 1923, pour celui de la région de Pontivy le 2 décembre de la même année et pour celui de Paimpol, le 16 septembre. Celui de la région de Dinan, en date du 19 décembre 1922, atteignit tout juste le degré 4, comme celui de Chalonnes, au Nord des Mauges, le 2 juillet 1923. Quant à celui de 1921 dans la région de Pontivy, il atteignit tout au plus le degré 3. Le séisme peut se manifester par une «secousse verticale» (Quimperlé, 1916) ou par un mouvement vertical suivi d'un mouvement horizontal (Mayenne, 1921); ou encore, par l'impression du passage d'une crête de houle (observation personnelle, la Roche- sur- Yon, 1949). De nuit, il réveille fréquemment les dormeurs, sans pourtant trop affoler les animaux (observation personnelle, séisme de 1972 à Pornic : ma chatte, au premier étage, couchée sur une chaise, contempla le plancher, puis se rendormit). Parfois, les verres tintent dans les placards et les cadres s'inclinent un peu sur les parois. Il faut des intensités relativement fortes, et rares, proches des epicentres, pour que l'on constate des effets plus sérieux : cheminées lézardées, vieux immeubles endommagés ou même, s'ils sont fort vétustés et dans des cas exceptionnels, éboulés plus ou moins partiellement. En général, les observateurs sont frappés surtout par le bruit qui accompagne le frisson du sol. Ils parlent de grondement sourd dans les cas les plus bénins, de celui d'un tonnerre plus ou moins lointain ou de la sensation auditive causée par le passage d'un camion ou même d'un train. A Quimperlé, en 1916, on alla jusqu'à évoquer le bruit d'une explosion, et celui d'une détonation sur la côte malouine en 1950. A Paimpol, vers 1920, on parla «d'un bruit sec suivi d'un grondement». Et à Bouin, dans le Marais Breton, en Vendée, de «bruits semblables au tonnerre» le 25 janvier 1799 et à «une forte bordée de canons» le 21 mars de la même année. L'aire dans laquelle le phénomène est perçu varie beaucoup. A l'une des extrémités de l'échelle, le récent séisme d'Oleron ne constitue pas une exception. Sans doute ne s'agit-il pas d'un tremblement de terre strictement «armoricain» puisque les formations les plus anciennes de l'île sont d'âge secondaire. Mais il prit naissance dans le socle sous  jacent et il fut ressenti dans le massif ancien de l'Ouest. De même en 1799, où les secousses s'étalèrent également sur une période assez  longue (25 janvier-21 mars) et affectèrent une zone étendue de Mâchecoul et du Marais Breton à Nantes, à la Brière, à Vannes, à Josselin, à la Sarthe (Le Mans, La Flèche) et aux Deux-Sèvres. En 1810, toute la  Bretagne ressentit plus ou moins un séisme. Quant au tremblement de  terre du 30 juillet 1926, il fut ressenti dans toute la France de l'Ouest de Dieppe à Brest, et dans le Sud de l'Angleterre. La zone d'intensité 5 entoura le golfe normand-breton. Et la forte secousse du 9 janvier 1930, survenant après une accalmie de deux ans et qui prit naissance  dans la zone faillée de l'Ouest du golfe du Morbihan, fut perçue dans tout le Massif Armoricain. Celles du 20 juillet 1958, du 22 mars 1959 affectèrent aussi des zones étendues, et le séisme du 2 janvier 1959 atteignit en extension spatiale des dimensions anormales pour la région, dépassant celles du séisme de 1972. A l'autre extrémité de l'échelle, le phénomène est étroitement localisé comme, par exemple, en 1923, la secousse de Fouesnant et surtout   celle de Cancale, réduite, semble-t-il, à l'îlot des Rimains. Dans l'intervalle, les zones affectées vont d'une extension de quelques kilomètres le long de l'axe principal de propagation du séisme, jusqu'à l'étendue moyenne d'un département, et l'ébranlement peut même être ressenti dans un rayon de 100 à 150 km et plus : celui du Finistère, en  février 1925, fut perçu jusqu'à Rennes. De violents ébranlements très lointains pourraient, semble-t-il, être  décelés dans le Massif Armoricain par des appareils destinés à un tout autre usage que sismographique. C'est ainsi que l'on installa, en avril 1935, deux pendules d'une quarantaine de mètres de longueur dans les puits de visite du barrage hydroélectrique de Guerlédan, près de Mûr, sur le Blavet ; le cours d'eau suit là une faille ouverte dont l'existence avait échappé lors de la construction d'un premier barrage qui s'effondra avant d'être achevé ; et l'on sait aussi qu'il y a là une petite région sismique. Or, ces pendules enregistraient un premier séisme lointain le 7 janvier 1937. Et les 5, 6 et 10 novembre 1938, ils marquèrent des déplacements anormaux de la masse de béton, perpendiculaires à l'axe du barrage et donc au champ de failles local qui ne  pouvait ainsi les expliquer ; on pensa pouvoir les faire correspondre à de forts séismes qui se produisirent aux mêmes dates dans les îles Aléoutiennes et qui furent enregistrés par de nombreux sismographes installés en Europe, en Amérique et en Océanie, dont ceux de Londres, Stuttgart, Wellington (Australie), Kilauea (îles Hawaï) (Bibl. N° 24). Mais ce phénomène, si tant est que là en soit la cause, resta purement instrumental à Guerlédan; rien n'affecta de façon directement sensible la vie des profondeurs du vieux bâti. Ce que l'on sait de la propagation des ébranlements propres à celui ci conduit à un essai d'explication des phénomènes.

 

 

Explications probables (Fig. 2 et 3)

 

II faut d'abord, pour examiner la propagation de l'onde sismique et ses rapports avec la structure du Massif Armoricain, se référer à quelques exemples précis avant d'essayer d'en tirer quelques remarques générales. Le tremblement de terre de la région de Dinan, en date du 19 décembre 1922, affecta une aire peu étendue orientée SW-NE, de 25 km de longueur sur 8 à 10 km de largeur entre Trévoux et Lillemer. Ceci, donc, à la rencontre du massif granulitique de Dinan, orienté SW-NE, et du massif granitique de Bonnemain, de direction générale Eî-W. Il semble y avoir eu là deux centres d'ébranlement de forme allongée, SE-NW et donc de direction différente de celle du grand axe de l'ellipse concernée, l'un d'Evran à Calorguen, l'autre de St-Pierre de- Plesguen à Pleudihen ; ce dernier, dans l'axe du cours inférieur de la Ranee (fig. 2). Notons, au passage, que Calorguen et Pleudihen connurent d'autres séismes, par exemple en 1874 (Calorguen) et en 1920 ou 21 (Pleudihen). La propagation de l'ébranlement fut arrêtée par le massif granitique oriental, ce qui, nous allons le voir, est un fait exceptionnel. Selon F. Kerforne (Bibl. N° 19), la cause du phénomène serait à chercher dans le jeu probable de deux fractures conjuguées. A noter  aussi que 1' «ellipse» intéressée est loin d'être parfaite et que ses contours présentent, notamment, une apophyse vers l'Ouest entre les deux ellipses allongées où la secousse fut plus forte qu'ailleurs. Ces sinuosités des contours de la zone ébranlée ne constituent pas un cas particulier.  Le tremblement de terre ressenti au Nord des Mauges en 1923 affecta une demi-ellipse S.SW-N.NE, de Beaupreau à la vallée de la Loire (Chalonnes) qui constitue sa limite Nord. Selon J. Pèneau (Bibl. N° 31), cet axe coïncide avec celui de cassures présentant des miroirs de faille. Ajoutons qu'il est perpendiculaire à la direction générale
NW-SE, ou Sud-armoricaine, des affleurements géologiques de part et d'autre de la Loire. Celle-ci est orientée par le prolongement de la faille du Layon en aval de Chalonnes. Cette grande cassure NW-SE, Loire-Layon, aurait bloqué vers le Nord la propagation de l'ébranlementC.e qui nous ramène au cas précédent et pose le problème de savoir si l'extension du séisme dinanais de 1922 n'aurait pas été limitée non par le massif granitique de Bonnemain, mais par les failles E-W qui l'encadrent au Nord et au Sud, et par celle, NE-SW, qui le recoupe entre Dol et Combourg en formant le front occidental d'un horst. Dol et Combourg connurent des séismes dans le passé. Ainsi disparaîtrait largement l'anomalie du rôle inhibiteur du massif granitique. Le tremblement de terre du 19 novembre 1927, assez fort, fut relativement bien transmis par les massifs de granite, encore que certains d'entre eux aient résisté à l'ébranlement. Il faut donc pousser plus loin l'analyse.

 

Marcel Gautier 

 

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 06:03

 

Un séisme de magnitude 4.7 a touché la ville de Vannes, jeudi 21 octobre 2013 à 10 heures 53. Une très forte déflagration qui a été ressentie jusqu'à Ambon à 18 km et demi de là. Peu avant la mi octobre un séisme était ressenti de Brest à Quimper et avait semble-t-il pour épicentre Loperhet. Déjà en 2002 un tremblement de terre d'une magnitude de 5.5 avait eu lieu à Hennebont. Un autre avait eu lieu en 1966.  Selon François-Gille-Pierre Manet l'année 1091 il y eut un grand tremblement de terre en Bretagne, mais l'histoire n'en a marqué ni le mois, ni le jour, ni les détails. -d'autres sources donne ce séisme entre 1093 & 1096. Dom Morice dans le tome I de l'histoire de Bretagne relate qu'en 1286 la Bretagne, surtout à Vannes, un tremblement de terre dura 40 jours : on y éprouva des secousses pendant un an, mais non d'une manière continue. Le fait se produisit avant la mort du duc Jean Ier dit le Roux, arrivée le 18 octobre. Précisément un article fut publié en 1975 : Les tremblements de terre du Massif Armoricain .

   

    Les tremblements de terre du Massif Armoricain .

 

 

Le séisme qui affecta plus particulièrement, en septembre 1972, l'île d'Oléron et qui fut ressenti dans une partie de la France et notamment dans l'Ouest, rappelle à notre attention les tremblements de terre du Massif Armoricain bien que l'île n'appartienne pas à ce dernier. Il fut un temps où les géologues de Rennes en tenaient un compte exact, procédant à une enquête méthodique après chacun d'eux. Puis, les préoccupations de nos collègues se sont orientées vers d'autres objets, abandonnant celui-ci aux sismologues et aux géophysiciens. Mais il n'existe pas de station sismologique dans le Massif Armoricain. La plus proche est au Mans, et beaucoup moins bien équipée que celle de Strasbourg. Toutefois, ce que nous savons des séismes armoricains apporte non seulement certaines justifications aux données acquises sur la structure du massif, mais aussi à certaines hypothèses formulées à propos de la tectonique de ce dernier. Nous voudrions donc ici procéder à une revue, nécessairement sommaire, de nos informations en ce domaine. Nous nous référerons essentiellement à la bibliographie spécialisée et à nos propres observations, en laissant de côté les articles parus dans la presse régionale. Un relevé des séismes peut être effectué à partir du Bulletin de la Société géologique et minéralogique de Bretagne pour la période 1920-1936, et des Annales de l'Institut de physique du globe (Strasbourg) pour les années 1919 à 1960. L'échelle employée dans nos références empruntées au Bulletin de la Soc. géol. et minéral, de Bret, est celle de Sieberg, non l'échelle internationale actuelle de l'intensité des séismes. Dans celle-ci, les tremblements de terre armoricains se classeraient entre les degrés 2 et 6, exceptionnellement dans le degré 7, très exceptionnellement (Vannes, 1286) dans les degrés 8 ou 9, dans la mesure où l'on peut assimiler les bâtisses du xme s. aux constructions actuelles. inventaire des séismes anciens a été donné par A. Perrey .

 

 

Fréquence et localisation des séismes du massif armoricain.

 

 

La liste que nous avons pu dresser des séismes connus est certaine menttr ès incomplète. Mais force nous est de l'utiliser telle qu'elle. Nous indiquons, entre parenthèses, la référence bibliographique en ce qui concerne les plus anciens.

 

  Ag 

     

Fig. 1. — 1 — Zones sismiques citées dans le texte. — 2 — Failles principales actives. — 3 — Failles principales passives. — B : Brière — C : Cancale.— Dz : Douarnenez  (mars) : Qlé : Quimperlé  709

 

 

Mont St-Michel et archipel anglo-normand (2) — 842 (oct.) : Iles anglo-normandes (2) — 1039, 1091 : «Secousses désastreuses  dans le golfe normanno- breton, l'Angleterre et l'Anjou (2) — 1112, 1115 (14 avril), 1117, 1119 (20 déc.) : «terribles » tremblements de terre du golfe normanno-breton (17) — 1155 (début d'avril) : «violentes secousses» au Mont St-Michel et à Tombelaine (17) — 1161 : Cotentin et îles anglo-normandes (2) — 1286 : Vannes (Chronique de St-Brieuc) — 1427 : Région de Dol, « grave » (2) — 1584 (12 nov.) : Mont St-Michel ; «violent» (17) — 1619 (10 mars) : Mont St-Michel (17) — 1640 (6 juillet) : Mont St-Michel, Bretagne, Normandie; «violent» (2) — 1751 : Pays de Retz, Nantes; «terribles secousses» (Mellinet) — 1770 (22 juin) : Région de Dol (2) — 1791 : Pays de Retz, Nantes — 1799 (du 25 janvier au 21 mars) : Pays de Retz, Nantes, Sarthe (Le Mans, La Flèche), Deux-Sèvres ; le Commissaire  au Directoire parle là de «crise trerrible d'une partie du globe» (!) — 1810 : Région nantaise et Bretagne entière — 1812 : Région nantaise — 1852-53 : Avranches — vers 1858-60 : Région de Dinan — 1864 : Mouilleron-en-Pareds, Fontenay-le-Comte (Vendée) — 1874 : Calorguen (région de Dinan) — vers 1880 : Région de Paimpol — 1887 : Combourg (Ille-et-Vilaine) — 1889 (Février) : Brest — 1895 ou 1896 : Région de Dinan — 1901 : Région de Pontivy — 1904 : Région de Dinan — 1909 (5 août) : Brest — 1912 : Pieudihen (région de Dinan) — 1913 : Région de Pontivy — fin 1913 ou début 1914 : Région de Paimpol — 1916 (20 mai) : Quimperlé — 1920 (nuit du 26 au 27 juin) : St-Malo, Dinan, Loudéac — vers 1920 : Région de Paimpol — 1920 ou 21 : Pieudihen (région de Dinan) — 1921 (10 janvier) : département de la Mayenne — 1921 (26 janvier) :  Région de Pontivy — 1922 (19 décembre) : Région de Dinan — 1923 (11 avril) : Région de Granville — 1923 (2 juillet) : Chalonnes (Nord des Mauges) — 1923 (16 septembre) : Région de Paimpol — 1923 (20 septembre) : Fouesnant (Sud-Finistère) — 1923 (27 septembre) : Cancale (Les Rimains) — 1923 (2 novembre) : Région de Vannes — 1923 (2 décembre) : Région de Pontivy — 1925 (12 janvier) : Finistère — 1925 (1er février) : Finistère (ressenti jusqu'à Rennes) — 1925 (21 mai) : Angers — 1925 (26 novembre) : Pontivy — 1926 (30 juillet) : Région de l'Ouest et du Nord-Ouest, Sud de l'Angleterre — 1927 (10 janvier) : Rennes, Fougères, Nantes, Ancenis, Mouzillon (L. A.) — 1927 (17 février) : pourtour du golfe normand-breton — 1927 (1er octobre) : Loire-Atlantique, Vendée — 1927 (19 novembre) : Nord-Est du Massif Armoricain, Maine et Loire, et Nord-Ouest du Bassin parisien — 1930 (9 janvier) : Golfe du Morbihan ; ressenti dans tout le Massif Armoricain — 1930 (11 et 16 novembre) : Jersey, côte Ouest du Cotentin — 1936 (27 novembre) : environs de Vannes — 1938 (6 mai) : Région de Fouesnant (et embouchure de la Gironde ; rien dans l'intervalle) ; epicentre dans l'Atlantique, à environ 160 km dans l'Ouest de Rochefort — 1939 (30 avril) : Loire-AtL, axé sur la vallée de l'Erdre et ressenti dans la région de Segré (M. et L.) ; epicentre vers La Meilleraye-Grand Auverné (région de Moisdon la Rivière, L.A.) — 1942 (4 juillet) : Nantes, Pays de Retz, région de Guérande — 1944 (11déc.) : Vannes et environs, Rochefort-en-Terre — 1945 (6 janvier) : Rochefort-en-Terre et environs de Vannes — 1945 (15 oct.) : Deux secousses distinctes décalées de 2 h 33 minutes, la première centrée sur les Landes de Lanvaux au N de Grandchamp et ressentie dans tout le Morbihan et même de Concameau à Redon ainsi que dans le S et l'Est des Côtes du Nord. Epicentre correspondant à une zone où l'anomalie négative de gravité des Landes de Lanvaux est interrompue par une zone faiblement positive; la seconde en Loire-Atlantique et en Vendée, epicentre dans l'Atlantique, au large de la Vendée — 1946 (24 juillet) : Quiberon — 1946 (15 nov.) : ellipse allongée de l'E de Brest au S des Landes du Mené, affectant surtout les hautes terres de l'intérieur, avec apophyses à l'W de St Brieuc et au S de la zone — 1947 (22 sept.) : zone allant du N de Rennes à l'W de Vannes, limite Est passant par Ancenis, limite S englobant le Nord de la Vendée. Epicentre au N de Savenay ; grand axe de direction armoricaine, NW-SE — 1947 (24 sept.) : Vannes — 1949 (29 janvier) : Sud du Cotentin, surtout région à l'E de Coutances — 1949 (25 fév.) : region de Parthenay-Cerizay (Deux-Sèvres) — 1950 (10 sept.) : région de Cholet-Cerizay, Bas Bocage et Plaine du Sud de la Vendée — 1950 (17 nov.) : Golfe normand-breton et ses rivages de St-Malo à Dol. Ressenti jusqu'au S de Rennes et l'W de St-Brieuc — 1951 (23 janv.) : Morlaix et Guimgamp — 1952 (29 mai) : Golfe normand-breton ; comparable à celui de novembre 1950 — 1954 (18 juillet) : région de Châteaubriant — 1955 (7 janv.) : Ile d'Oleron; ressenti de la Vendée à la Gironde ; epicentre situé probablement à l'W de l'île — 1955 (4 sept.) : région de Cerizay (Deux-Sèvres) — 1955 (18 déc.) : région de Vertou-Nantes — 1956 (4 janv.) : Pays de Retz et région au N de la Loire de Pornichet à Nantes par le Sillon de Bretagne — 1956 (22 nov.) : région du golfe du Morbihan — 1957 (7 avril) : région de Cherbourg — 1957 (23 août) : Vendée (La Roche-sur-Yon, Rocheservière) — 1957 (5 oct.) : Vendée (Rocheservière et communes voisines) — 1957 (22 oct.) : Finistère ; surtout ressenti au SW ; épicentre situé probablement dans la baie d'Audieme, à l'W de Tréguennec — 1958 (20 juillet) : Ile d'Oleron. Séisme ressenti dans tout l'Ouest, de Nantes et du Pays de Retz- jusqu'à la Gironde, le Périgord, le Limousin — 1958 (20 déc.) : région de Mâchecoul (L. A.) — 1959 (2 janv.) : Bretagne. Important séisme ressenti dans un rayon atteignant 340 km, et même dans la Région parisienne, à plus de 480 km de l'épicentre situé près de Quimper — 1959 (4 janvier) : faible réplique du précédent dans la région de Combrit-La Forêt Fouesnant, au S de Quimper — 1959 (19 fév.) : région de St-Malo — 1959 (23 mars) : Plateau continental, de la Pointe du Raz à l'embouchure de la Gironde, avec epicentre en mer, à environ 100 km à l'W de l'île d'Yeu. Important séisme ressenti jusqu'à Morlaix, St-Brieuc, Dol, Rennes, Châteaubriant, Nantes, La Roche-sur-Yon, Marans, Oleron. Au total, de 1861 à 1960, soit en 100 ans, une centaine de séismes auraient affecté le Massif Armoricain, ce qui place celui-ci assez loin derrière les Alpes et les Pyrénées.  
   

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  FIG, 2. — Le tremblement de terre de la région de Dinan (19 décembre 1922) — 1) Intensité du type IV de l'échelle de Sieberg. — 2) Intensité du type II-III. — 3) Intensité du type I (bruit). — 4) Granite (massif de Bonnemain). — 5) Granulite. — 6) Faille. (Aires d'intensité d'après F. Kerfome-bibl. N° 19). Échelle : 1/200 000. St Solen.

 

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     Fig. 3. — Epicentres des séismes du Massif armoricain et de ses bordures entre1861 et 1960.  
 a) Grandes directions de fractures. — b) Epicentres et intensité maximale (échelle internationale). — c)  Epicentres douteux ou secousse isolée, (b et c : localisation et intensité — échelle simplifiée — d'après J. P. Rothé, bibl. N° 38). — d) Limites orientale et méridionale du Massif armoricain.    

 

II est intéressant de relever, mis à part les ébranlements à zone étendue du 30 juillet 1926, du 19 novembre 1927, du 20 juillet 1958, du 2 janvier et du 23 mars 1959, de septembre  1972, la fréquence de ces phénomènes, d'une part selon les régions du massif ancien, d'autre part selon les périodes. Le golfe normand-breton et ses bordures, y compris la région de Dinan-Combourg, paraissent avoir été longtemps les plus affectés; ceci tient peut-être, en partie, au fait que les séismes ont été là recensés depuis une date très ancienne par Chèvremont (bibl. N° 2). Mais cette fréquence plus grande qu'ailleurs de l'agitation sismique se manifesta pourtant longtemps et jusqu'aux dernières décennies du XIXe siècle. On relève ici 20 tremblements de terre sur les 29 que nous signalons avant 1900. Vient ensuite l'ensemble Vendée-Pays de Retz et région de Nantes pour l'ensemble des cas ; puis l'on trouve le Finistère, la région de Pontivy, et enfin celles de Vannes et de Paimpol. Un recensement exhaustif ne modifierait vraisemblablement guère ce classement des régions les plus sensibles. Tout au plus peut-on constater (fig. 3) ftue, de 1861 à 1960; le Sud-Est du massif (Vendée-Pays de Retz-région nantaise) l'emporte sur les autres parties du vieux bâti occidental de la France; sans en conclure pour autant à un déplace ment du rable des foyers d'ébranlement. Il en va de même de ce que l'on peut dire de la fréquence des séismes selon les périodes considérées. Trop de «trous» subsistent dans la documentation pour que l'on puisse en tirer des conclusions d'ensemble à l'échelle d'une très longue durée. Toutefois, il est un fait intéressant qui ressort déjà de cette liste incomplète : l'existence de séries de séismes, comme si le premier ébranlement en déclanchait d'autres avec une certaine hystérésis, un retard dû à l'inertie des énormes masses rocheuses affectées par cette néo-tectonique profonde; ou comme si, en des points divers du massif, une cause qui nous échappe, et telle qu'une modification des tensions internes, provoquait des phénomènes analogues mais isolés, sans que l'un ait entraîné les autres par une réaction en chaîne. On constate, en effet, que certains séismes se suivent d'assez près dans le temps. Par exemple, en 1921, ceux de la Mayenne (10 janvier) et de la région de Pontivy (26 janvier); ou, en 1923, ceux de la région de Paimpol (16 septembre), de Fouesnant (20 septembre), de Cancale (27 septembre). Ou encore, en 1925, ceux du 12 janvier et du 1er février dans le Finistère et, en 1959, ceux de janvier à mars. En 1799, les secousses durèrent, selon les lieux, du 25 janvier au 21 mars. Par contre, il est des périodes de rémission : le vieux socle fut au repos, par exemple, en 1928 et en 1929, à la suite d'années plus troublées : 4 séismes en 1925, 3 en 1927. Et ceci nous conduit à examiner les caractères de ces séismes armoricains et leur origine probable.

 

Marcel Gautier
 

      

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 19:03

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 13:39

 

 

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Lorsqu'en 1867, M. Lebreton découvrit au pied  de la falaise du Mont-Dol quelques ossements fossiles de grands animaux qu'il croyait être de la Baleine, il ne pensait pas avoir mis au jour les prémices d'un des plus fameux gisements préhistoriques du nord-ouest de la France. Quelques années plus tard, rapportée à S. Sirodot alors Doyen de la faculté des Sciences de Rennes, cette histoire suggéra à ce dernier l'entame d'un sondage en vue de retrouver d'autres restes fossiles et vérifier l'hypothèse qu'il formula rapidement, à savoir l'existence au Mont Dol d'une station préhistorique. En 1872, ce distingué zoologiste mit au jour des fragments de dents ainsi que des ossements qu'il identifia rapidement comme appartenant à l'Eléphant, au Rhinocéros et au Cheval, ainsi que quelques éclats de silex. C'est ainsi que fut découverte l'importante station préhistorique du Mont-Dol. Les fouilles menées à l'époque livrèrent une importante industrie lithique ainsi qu'une remarquable collection de dents et d'ossements fossiles appartenant aux espèces de la grande faune du Pleistocene supérieur. Par la suite, outre quelques travaux de peu d'importance (Bigot, Papoint), seul Vayson de Pradenne repris des recherches de quelque envergure en 1923, fouilles qui n'apportèrent cependant que peu d'éléments nouveaux (Vayson de Pradenne, 1923). A la suite des travaux de Chaline sur les micromammifères (Chaline et Monnier, 1976), nos recherches sur les macromammifères du Mont-Dol abordent un deuxième chapitre important de nos connaissances du milieu naturel dans lequel l'Homme se mouvait à l'époque de son passage dans la région. Les études paléo-écologiques et paléo environnementales basées sur la distribution des espèces d'Ongulés au sein de la faune nous permettent d'appréhender l'environnement immédiat du gisement. De plus, une première approche taphonomique des fossiles mettra en lumière quelques facettes des relations qu'entretenaient l'Homme et l'Animal. Situation et Butte granitique dressée au beau milieu du Marais de Dol, le Mont-Dol, situé à trois kilomètres au nord de l'agglomération de Dol-de-Bretagne, domine la plaine de ses soixante cinq mètres de hauteur. Des homologues du Mont se retrouvent au niveau de la baie de Cancale dont l'un d'entre eux, le Mont-Saint-Michel, est un haut lieu historique de ces contrées. Ces buttes puissantes devancent la grande falaise morte qui limite au sud le Marais de Dol ainsi que la Baie du Mont-Saint-Michel. Par ailleurs, le niveau des prés et des cultures qui s'étalent   au pied du «Tertre» ne se situent qu'à quatre mètres au-dessus du niveau de la mer. Aujourd'hui, une digue de bord de mer protège ces terres émergées de l'envahissement par les eaux marines, terres dont l'exondation la plus récente remonte au début du Sub-atlantique (Morzadec-Kerfourn, 1975). Ainsi, pendant la période flandrienne, les flots battirent à plusieurs reprises le pied de la falaise du Mont-Dol avant de se retirer, provisoirement sans doute. La coupe stratigraphique du gisement  a été résumée (Monnier, 1980) à partir de documents originaux publiés par S. Sirodot en 1873. Nous ne reprendrons pas le détail des différentes unités stratigraphiques. Il apparaît que la majorité des restes fossiles ainsi que le matériel lithique ont été dégagés des niveaux 6 à 9 constitués par plusieurs coulées de solifluxion. Ces niveaux se placent juste au dessus d'une couche de gravier marin représentant une plage ancienne, probablement la plage du dernier interglaciaire (Eemien s.s)

 

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Nous ne connaissons aujourd'hui en Bretagne, et malgré les nombreuses recherches récentes, aucun équivalent de l'industrie du Mont-Dol. Cependant, en bordure du Massif armoricain, à Roc-en-Pail (Gruet, 1976; Visset, 1979) et à la Cotte-de-Saint-Brelade à Jersey (Callow, 1986b), ont été trouvées des séries d'âge weichsélien, typologiquement assez proches. A Roc-en-Pail, le Moustérien de type Fer rassie apparaît dans les couches 12, 13 et 30, c'est à dire dans la partie inférieure, moyenne et supérieure des dépôts attribués par L. Visset au Wurm I ou à l'Eowurm. C'est la couche 12, avec un climat d'abord modérément froid et humide mais devenant très froid et sec, une faune comprenant le Renne, des Bovines, le Cheval, le Loup, le Rhinocéros laineux et le Lièvre, avec une régression importante des espèces arborescentes thermophiles et un fort développement des graminées et composées liguliflores,qui semble avoir le plus de chances de se corréler
avec le gisement du Mont-Dol. La couche 12 est postérieure à l'épisode Roc-en Pail I qui, selon l'auteur, correspondrait à l' interstade de Broriip. Quantà l'outillage weichsélien de la Cotte-de-Saint-Brelade,il provient de la partie inférieure du head loessique(couche 11) dont la mise en place a suivi l'épisode Saint-Germain II 
Boeuf (Bos primigenius) Un grand Cerf (probablement le Cervus megaceros) Renne (Cervus tarandus ?) Marmotte (Arctomys) L'Ours (Ursus spelaeus) Le Loup (Canis lupus) Un grand Lion (Felis leo var. spelaea) Le Blaireau (Mêles taxus). L'auteur signale encore quelques fossiles qu'il rapporte au genre Chèvre. Dans les données de Sirodot, les éléphants sont les mieux représentés (près de 50 individus) suivi des Chevaux (40 individus) puis des Rhinocéros (un pour quatre éléphants). Les autres espèces sont toutes représentées par moins de 10 individus, les Carnivores se révélant très anecdotiques dans le gisement. Si les fouilles de l'époque se déroulaient dans des conditions relativement difficiles, on ne pourra pas mettre en doute la minutie avec laquelle Sirodot récolta les restes de faunes et, sans doute, les outils et éclats de silex. Il tient d'ailleurs à en tenir pour preuve les quelques fossiles de micromammifères et de batraciens qu'il a précautionneusement gardés à la suite de ses travaux de terrain. Ces éléments nous font penser que le matériel paleontologique à notre disposition est probablement assez conforme à ce que l'Homme paléolithique a laissé lors de son pas sage au pied du Mont-Dol, exception faite des pièces. Les travaux de Sirodot Zoologiste de formation, Sirodot était particulièrement même d'aborder l'étude de la faune. Il publia les résultats de ses premières études en 1873 et donna la liste faunique que nous reprenons ci-après : Eléphant (Elepha primigenius) Cheval (Equus caballus var. fossilis) Rhinocéros (Rhinoceros tichorhinus) disparues du fait de conditions chimiques localement défavorable du substrat ou par l'attaque, peu fréquente cependant, des sédiments par la mer.

 

Pierre Simonet Jean Laurent Monnier Approche paléo-écologique et taphonomique de la grande faune du gisement moustérien du Mont-Dol (Ille-et-Vilaine)

 

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