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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 11:24

   

  Attachés de juridictions mentionnés dans les registres de Lescouët au XVIIe s. 

    :

maître Françoys Robert 1665

maître Gilles Deschamps 1666

maître Allain Duclos 1666

maître Jean Levesque cité en 1666 uni avec damoyselle Georgine de La Chapelle

maître Pierre Lorfeil 1667

maître Amaury du Plessix 1667

maître Pierre Raoult 1667

maître Jean Motreul 1667

maître Nicolas Becherel sieur de la Vallée 1669

maistre Pierre Becherel sénéchal de la châtellenie de Lorgeril en 1669 uni avec damoiselle Peronnelle Gigot

maître Henri Gouyon, sieur du Pont-Brexel, greffier de la juridiction de la baronnie de Montafilant et la Hunaudaye au siège de Plancoët 1671

maître Pierre Becherel, sieur de Lestang, senechal de la juiridiction et chastellenie de Lorgeril 1671     

maître Claude Gourieu, 1680  uni avec Catherine Bereschet      

maître François Gourieu Dourieu sieur de la Hautière, 1680

maître Laurent Cocheril 1681

maître Jacques Sevoy, sieur de Chantelou 1682, demeurant en sa maison en la ville de Jugon

maître Jacques Touzé 1683

maître Jean Dupuis 1683      

maître Toussaint Motreul 1684 uni avec Julienne du Fournil

maitre Yves Grommil 1680 uni avec Julienne Collas

maître Jean Fustelaye 1684    

maître Jean Margelin 1684

maître Pierre Chevrel 1685

maître Louis Caré 1689

maître Jean Lucas 1689

maître Laurens Le Pouliguen 1698 

 

 

Calvaire XVIe siècle ornant le placître de Jugon mais provenant de Lescouët

 

Désservants de Lescouët au cours du XVIIe siècle


Messire François Lambert de la Haute Ville de Lorgeril curé en 1649

missire Louis Duclos 1649

dom Mathurin Hervé 1650

missire François Lehardy 1654

missire Pierre Marchix 1661

missire François Megret 1665

missire Françoys Duplessix 1665

missire Mathurin Rolland 1666

missire René Briand recteur de Plorec et Lescouet 1666

missire Jean Rehél 1668

missire Mathurin Robert 1669

missire Jacques Morin 1669

missire Jan Lechantoux 1669

missire Jacques Gesfros 1680

missire Yves Bruand 1680

missire Mathurin Juhel 1684

missire Jacques Le Hérice 1685

 

 
Pierre Motreul et François Lelandais trésoriers 1673

Mathurin Hervé et Jan Prioul trésoriers de l'église et paroisse de Lescouët en 1680

 

    Quelques actes

Jullienne Jegu, fille de Jeanne Jegu, le pere est incougneu, a esté baptisée en l'église de Lescoüet, veu la grande faiblesse, par moy soussignant p(rê)tre, tennue sur les saincts fonts de baptême par Jullien Roilley, mareine Louyse Oger, ce septième iour de janvier mil six cent soixante et six. Yves Bruand

 

ce dix huictième may mil six cent soixante sept Maurie des Hautes Touches fille non légitime de Mathuerite Baron a esté baptizée en l'église de Lescouet

 

Jeanne Toüasnon fille non legitime de Jeanne Toüasnon, le pere nous est inconnu a esté baptizée par moy Yves Bruand prêtre l'ancien Recteur de Plorecq et Lescouet, dans le cemetière de l'eglise du dit Lescouet, attendu que laditte Jeanne Touasnon est fille d'une mère coquine et lépreuse tenue par Jean Labbé parain et Françoise Rochart maraine ce mil six cent soixante et huict (mai juin)

 

Le vingt et deuxieme novembre l'an mil six cent soixante huict Gillette Roüillé fille non legitime de Julienne Roüillé sa mere a esté baptizée dans l'église de Lescoüet par moy sous signans pretre Recteur de Plorecq et Lescoüet, tenue sur les Saints fonts de baptême parrain Gilles Priou mareine Janne Rouxel, pour le pere il nous est inconneu; neanmoins à ce que dit les communs du  peuple et la dite Juliene Roüillé mere, Gilles Bobelin est pere de la dite Gilette Roüillé. Notes laissées par missire Yves Bruand.

 

 

Olivier et Jacques Houeix jumeaux 1661

 

Toussaint et François Le Landaye, frères ultérins gemaux 1668

 

Mathurine et Jullienne Ruellan, jumelles 1668


 

Louis Brieu et un enfant frère jumeau 1694

 

Familles évoquées dans les registres de Lescouët au cours du XVIIe siècle


Barbier, Duclos, Lambert, Hervé, Poinzu-Poinsu, Reboux, Morin, Josse, Locminé, Maufrais, Brieu, Raoux, Brunet, Aillet, Thebault, Jargon, Laval, Huet, Faudet, Fouré, Binard,  Rouault, Goudrel, Barbier, du Meserai, Richard, Enjupin, Labbé, Brexel, de la Vigne, Nogret, Lemée, Lefebure, Esnault, Lebreton, Danoi, Massé, Marchix, Biart, Bereschet, Robert, Jamin, Bourdais, Dimart, Jaigu, Lourieu, Caroget, Ory, Houeix, Cocheril, Aublay, Jaumet, Le Coq, Rondel, Groumellon, Fouré, Le Landaye, Jouffre, Ollivier, Levesque, Bago, Lemoine-Lemoyne, Durand, Jegu, Guybonnet, Soquet, Rouillé, Lucas, Birnarde, Huet, Deschamps, Carré, Garel, Morin, Joly, Lamé, Leroy, Loret, Lemaistre, Brunart, Querée, Megret, Peletas, Desvaux, Le Griffon, Réhel, Pehuet, Roillet, Oger, Michel, Tardif, Poillevé, Lescuyer, de La Hallouaye, Jamin, Rouget,   Bourdonnaye, Bourmault, Motreult, Ruellan, Joufre, Morin, Le Goute, Collas, Lamé, du Meseray, Touzé, Margelye, Guy, Ory, Lemestayer, Gourieu, Boussoumet, Hingant, Frotet, Nivet, Liart, Gouyal, Desnos, Cohet, Gourmellon Martel, Depais, Gaultier, Baron, Noël, Goudrel, Sauneu, Groumelle, Priou, Orieux, Ruellan, de La Roche, Clouet, Marcheix, Le Bigot, Bréhinié, Lamiré, Rochart, Rouillé, Couillart, Hallouët, La Goutte, Demeurant, Allain,  Bouin,  Leurq-Leucq, Barga, Fleury, Mordel, Ozanne, Peltais, Lepoliguen, Jacob, Grignon, Allory, Gugon, Oria, Gallon, Mainguy, Salmon, Margelie, Ruallan, Le Héricé, Petibon, de La Haies, des Brousses, Rivière, Saguet, Guillo, Menier, Bertreu, Haloüet-Hallouet,  Rabir, Bodé, Beard, Buart, Fouré, Maugé, Gicquel, Deschamps, Chauvin.

 

Quelques professions exercées à Lescouët et évoquées par missire Pierre Marchix et par missire Jacques Lehéricé en 1689 :


julien Brunet charpentier 1661
Allain Josse, tixier en toiles 1661
Toussaint Le Landais, boucher 1661
Charles Le Maistre sabotier 1661
François masson 1661
François Jolly charpentier 1661
Gilles Oeillet cordonnier 1661
Maistre Jan Dupuis marchand cuiratier 1661

Mathurin Jaumet charpentier 1671

Charles Martel laboureur "de sa vocation" 1683

Jan Le Héricé charpentier 1685

Gilles Le Feuvre journalier 1689

Christophe Poinsu laboureur "de sa vocation" 1689

Jean Duclos   laboureur "de sa vocation" 1689

Allain Bourge et Janne Lamandé originaires de Plouguenatz et travaillant dns le bois de Beaubois proche de l'église de Lescoüet 1698    

Mathurin Rault meunier au Moulin Jean 1764

 

Merci aux Archives départementales des Côtes d'Armor

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 21:06

 

En 1628, une enquête est menée auprès de témoins au sujet de la seigneurie de la comtesse de Maure en Haute Bretagne. Au sein de cette seigneurie figurait la seigneurie de Lorgeril. Voici les commissaires chargés de mener enquête de venir sur la contrée qui fait l'objet de notre étude : "De Plelan les commissaires gagnèrent Saint-Méen, d'où ils se rendirent à Jugon; puis ils visitèrent les églises de Plorec et de Lescouët dans lesquelles ils ne trouvèrent rien à signaler. Ces églises étaient bâties dans les fiefs de la châtellenie de Lorgeril, appartenant à la comtesse de Maure. Lorgeril, très ancienne seigneurie dont le château s'élevait en la paroisse de Plorec, évêché de Saint-Malo, était venu en possession des sires de Maure en 1518, à la suite du mariage de François de Maure, seigneur dudit lieu avec Hélène de Rohan, fille de Jean de Rohan, seigneur de Landal, et de Guyonne de Lorgeril, dame dudit lieu." Le mardi 17 octobre 1658, les commissaires entendirent à Jugon plusieurs témoins dont les dépositions vont nous faire connaître la châtellenie de Lorgeril.

 

Gilles Dubois, avocat, âgé de cinquante six an, demeurant à la trève de Lescouët, "fillette de la paroisse de Plorecq", dit que la comtesse de Maire est dame de Lorgeril "qui est une ancienne chastellenie scituée soubs la seigneurie de Montafilan, en laquelle chastellenie il y a eu autrefois un chasteau dont les ruines apparaissent encore aujourd'hui scituées en la mesme tresviale (trève de Lescoët) et s'étend dans le bourg de Plorecq...Et au regard de la dite tresviale de Lescouët elle est entièrement scituée au proche fief dudit Lorgeril; et dans l'église parrochiale de Plorecq, du costé de l'évangile il y a un banc de ladite dame comtesse". Mathurin Hervé, prestre habitué de Lescouët, âgé de cinquante ans et demeurant au village de Pargaz, aussi bien que messire Louis Richard prestre, recteur de Notre Dame de Jugon, demeurant en ladite ville et âgé de soixante ans, disent "que la juridiction de Lorgeril s'exerce par officiers tous les mardys sur le pont du Gravier-lès-Jugon...et il y a quatre seigneurs scavoir ceux de la Rochejagu, Leman à cause de la Ravillaye, Glorans et Beaubois, lesquels sont obligés de comparoir aux plds généraux de ladite dame le mardy d'après la Saint-Jean pour mettre à prix les dixmes de la paroisse". Messire Ollivier Fourré, âgé de soixante ans, prêtre habitué de Plorec et y demeurant, déclare que ladite dame de Lorgeril "prend dixmes par toute la paroisse et que les seigneurs de la Rochejagu, Leman, Beaubois et Glorans y prennent quelques parts. " Pierre Quétier, sieur de la Ville-Guillaume, avocat, âgé de soixante ans, demeurant à Saint Igneuc; Guillaume Rouxel, écuyer, sieur de la Hutelaye, âgé de quarante ans habitant la Touche en Saint Igneuc; et Louis de la Motte, écuyer, sieur de Vauvert, âgé de cinquante ans et demeurant au bourg de Lescouët, déclarèrent que "tout ledit bourg de Lescouët relève du fief de Lorgeril, excepté la maison de Vauvert scituée proche le cimetière et relevant du seigneur de la Rochejagu, à cause de son fief en Plorecq".

 

Le même jour furent entendus au bourg même de Plorecq les dépositions insignifiantes pour nous de messire François Bruaud, prestre, recteur de Plorec, âgé de soixante deux ans et demeurant à la Trimaye en Plorecq; et de messire Toussaint Sauneuf, prestre habitué de Plorecq, âgé de soixante ans et habitant au Vau Duset. Le jeudi 19 octobre, les commissaires se rendirent à Dinan et y entendirent la déposition de "messire François de Trémigon, vicomte de Quérinan et y demeurant, paroisse de Saint René, tresviale de Mégrit (à présent Languédia), âgé de cinquante quatre ans. Ce seigneur dit "comnnaistre la terre de Lorgeril comme l'une des plus anciennes du pays, à laquelle il y a plusieurs droits comme haute justice, dixmes en la paroisse de Plorecq et en la trève de Lescouët...avec prééminences d'église prohibitive à toutes personnes en l'église parrochiale de Plorecq, comme tombeaux et charniers jouxte le marche pied du grant autel du costé de l'évangile, joignant le sacraire, et de tout temps un vieil banc qu'il a veu de toute ancienneté estre de la terre et seigneurie de Lorgeril, lequel auroit esté osté et rompu par les gens de guerre du temps des dernières mouvances de la Ligue de feu le duc de Mercoeur, auquel endroit il a veu remettre un aultre banc au lieudu précédent" .

Il déclara aussi "avoir veu dans la vitre principale de ladite église de Plorecq les armes seules de la dite seigneurie de Lorgeril; fors celles de Montafilan qui y sont encore à présent; et avoit entendu dire de son père et anciens du pays, que ceux de ladite chastellenie de Lorgeril avoient transigé par procès avec le sieur de la Rochejagu qui aurait recogneu lesdits droits honorifiques appartenir à ladite seigneurie de Lorgeril".

 

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 19:14

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

 

     

     

 

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 20:29

 

Revenons à cette famille du Pargaz qui portait pour armoiries «d'argent au lion de gueules et de deux flèches en sautoir» (d'après sceau de 1305) ou «de gueules fretté d'argent » (d'après sceau de 1390).

 

      

 

      

 

  

 

Comme nous l'avons déjà vu écuyer Geofroy du Pargat ratifia à Lamballe ce 28 avril 1381 le traité de Guérande par lequel il reconnaîssait le duc Jean IV issu de la Maison de Montfort. Son nom y côtoyait celui de Jehanot du Pargaz qui semble être de même famille. Le 23 avril 1389 au sein de l'association de la Noblesse pour empêcher l'invasion du Pays de Bretaigne on retrouve de nouveau le nom de Geoffroy du Pargaz et aussi celui de Jehan de Plorec. Dans la Revue Historique de l'Ouest, Gaston Louis Michel Marie baron de Carné et ‎Régis Marie Joseph Marquis de l'Estourbeillon évoquent comment en 1388, Geoffroy de Pargaz alla, au nom du Duc, sommer Guillaume le Voïer, capitaine du chasteau de Jugon et en 1390, ledit Geffroy donna au Duc un acte de garder les ville et chasteau de Dol.

 

 

 

En 1392, ledit Geffroy, escuier, vendit au Duc le manoir et hébergement de Pargaz, dépendances et juridictions, réservant l’usufruit pendant sa vie, et qu’en cas qu’il eust hoirs de corps de mariage, ses enfans auroient ladite terre, sans rembourser au duc 3000 livres d’or, qu’en ce cas, il luy donnoit pour ses bons services. Ci dessous le Duc Jean V lors de son mariage avec Jeanne de France.

 

   

 

Le 1 avril 1407, Geoffroy du Pargaz est cité dans ce mandement dud duc Jean V adressé "aux seneschal, alloué et procureur de Rennes, de mettre hors du procès en quoy Geoffroy le Forestier par le court de Rennes, à l'instance dud.procureur, de ce qu'il a dit vers lui que, par nuyt et à port d'armes, lui et ses complices et adhirenz eut par force la compagnie de Johanne, femme Geoffroy Foulerye, sauf droit de partie; que Mgr l'en a quité, à la priere de ses amis, et par especial de Geoffroy de Pargar, son oncle". -Rocher

 

Mandement au garde des lettres à conserver soigneusement les titres relatifs au manoir du Pagar.
"
En nostre Tour Neuve de Nantes," 1409, 16 fébrier. -Jehan...A nostre bien amé et feul secretaire maistre Hervé le Grant, trésorier et garde de noz Lettres, salut. Pour que puis  naguieres par le deceis de feu Geffroy de Pagar, Nous est escheu et appartient, à avoir et tenir par heritaige, selont droit et la coustume de nostre païs et la teneur des lettres que sur ce avez en garde pour et en ce nom de nous, le manoir et hebregement vulaument appellé le manoir et herbregement de Pagar, o ses appartenances quelxconques; et pour ce que nous doubtons que, par inadvertance ou oppression de prieres et supplicacions qui nous  pourroint estre faictes ou autrement, nous ferions ou pourrions faire aucun octroy ou donaison à aucuns requerans, de nostred manoir et heritaige, quelle chose nous ne vouldrions aucunement faire; Nous vous mandons, par ces lettres commandons expressement que vous nous gardez lesd. lettres seurement, sans les allienner,  transporter ne bailler a nulle ne aucune persoine quelconque, ne de quelconque condicion ou estat qu'il soit, non obstant quelxconque lettres, mandemens ou enseignes que nous vous pourrions escripre, mander et fere, si elles ne estoint signées de nostre main et passées devant nous et nostre chancelier et nostre general conseill. Et en ce gardez qu'il ne y ait aucun deffaut; car ainsi est nostre plesir. Par le Duc, de son commendement; present l'esvesque de Dol et l'abbé de St Mahé -Yvete."

 

 

Ce même Duc Jean V, accorda en l'année 1439 droit de foire au seigneur Simon de Lorgeril, (armoiries ci dessus) lors de la fête de la Saint Yves au bourg de Lescouët.

 

"Aujourd'huy en Jugement de la partye de Juhel Briand, au nom et comme procureur général de mesire Simon de Lorgeril a été apporté le mandement de Monseigneur le Duc contenant la forme qui ensuit
Jan par la grâce de Dieu duc de Bretagne Comte de Montfort et de Richemont à tous ceux qui ses présentes lettres voiront ou oiront, salut comme de nos droist et souverains dicté à nous seulement appartiennent créer et instituer nouvelles foires et concédé nouveaux privilèges mesme nous sont licite et expediant augmenter et croistre les prérogatives des nobles de nostre Duché par spécial de ceux qui de nous l'ont déservis et soit en disposition de le vouloir et déservir, scavoirfaisons que nous considerans les bons loyaux et moult notables services que nostre aimé et seul chancelier et chambellan Misire Simon de Lorgeril et ses predecesseurs ont de tous temp faict à nous et à nos progéniteurs esperant de bien et mieux y continuant tant vers nous que nostre postérité et signé en Reconnoissance mesme et pour partye des rémunérations d'iceux et à autresjustes causes et considérations d'iceux et autres justes causes et considérations nous noumons  aujourd'huy avons donné et octroyé et
par ces presantes donnons licence davoir et faire tenir par chaqun an une foire au jour de la foire St Yves au moys de May au bourg de Lesquoët et es appartenances d'iceluy et en jouir avec des coutimes connoissances  d'aultres et de mesures et detout cas de delit et offences qui seront commises et perpetrées au dit lieu devant la dite foire; laquelle ô ses dictes coustumes et autres devoirs et appartenances quelconques; nous en faveur dict chambellan. Et à son utilité y avons créé et institué, créons et instituons par ces mesmes presantes et avec ce nous avons donné et donnons à iceluy nostre chambellan plaine faculté de faire   mettre et adjouter tenir et continuer a tous temps, mais en tous lieux ou il a justice patibulaire a deux pots seulement  sans exceder les proches seigneurs dont les dittes justices sont tenües et de grace spécialle le luy avons octroyé et octroyons mandons et recommandons a nos senechaux, alloüez, et procureurs de Renes et de Dinan de Lamballe, de Moncontour et de Jugon, leurs lieutenants et à tous nos autres justiciers et officiers à qui se peut ou doit appartenir et à chacun d'eux en commettant, si mestier est de nostre presante grace faire et souffrir nostre dict chambellan et ses successeurs chacun en son temps et pleinnement jouir cessans tous empeschement au contraire et ses presantes copies ou vidimes d'icelle et voudront garant et decharges a tous ceux concession du duc Jan de Bretagne pour adjoüter son troisième pilleices aux justices patibulaires du Bodou en Pleugueneuc" 

  143 J - Archives de Lorgeril (1530-XXe)

  30 juin 1407 - lettres et mandements du duc Jean V :


-Sauvegarde pour Olivier de Lorgeril.- Des Maroys"

"Sauvegarde pour Hervé du Pagar; prieur de Donges. Bily" 

 

 

 

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 13:02

 

Le quartier de Lescouët, en breton Leskoad-Yugon, d'une superficie de 1.300 hectares est situé en la partie sud de la paroisse de Plorec : Plorec cum ejus filiola de Lescouet -Plorec avec sa fillette Lescouët. Situé entre celles de Jugon et de Mégrit, son territoire est élevé, boisé : dans le nord-est, il est découvert, tandis qu'au sud il est très accidenté. Lors de la réorganisation ecclésiastique qui se produisit au cours de la période féodale, l'endroit devint trêve de la paroisse de Plorec, les habitants dudit quartier étant trop éloignés du clocher de cette communauté. L'endroit désigné Trevra y puise son origine. On peut supposer que les paroissiens de ce quartier disposaient d'une chapelle à défaut de pouvoir se rendre à l'église de Plorec, les hameaux dédicacés à Sainte Marie ou la Chapelle aux Bodins pourraient avoir hébergé un sanctuaire. Lescouët est indéniablement marqué de l'emprunte bretonne dont l'apport toponymique est estimé à environ 11 %, à travers la racine Les emprunte au gallois llys, ce terme désignait une cour seigneuriale, un manoir, une résidence machtiernale. A travers le suffixe koad qui désigne le bois, on peut déduire qu'on est en présence de la résidence du bois. Parfois aussi la variante Les Lez Lys ou Lis désignait une défense primitive bretonne mise en place face à la menace franque lors des périodes mérovingienne et carolingienne  Le bourg de Lescouët s'est fixé aux abords de ce site et le siège de la seigneurie de Vauvert pourrait en occuper l'emplacement. Etonnant quant on pense qu'aucun chemin antique ne désservait les abords immédiats de ce bourg. Une autre empreinte s'observe également ici à Lescouët : celle des templiers comme en témoigne la présence du  village du Temple. Mais le terroir était également bordé par les fiefs de quelques puissantes familles aristocratiques : du Pargaz et de Lorgeril seront certaines d'entre elles. Elle joueront des rôles importants dans l'épanouissement de Lescouët, mais il faudra attendre la fin du XIVe siècle afin d'assister à la métamorphose de l'endroit. Un homme eut un rôle prépondérant dans cette évolution : Godefroy du Pargaz alias Geoffroi du Pargaz. Ce personnage apparaît à la fin de la guerre de succession de Bretagne qui opposa les partisans des Penthièvre à ceux des Montfort. Connu dès 1370, Geoffroi du Pargaz soutint très probablement la cause de Jean de Montfort dont le fils allait monter sur le trône ducal sous le nom de Jean IV. Le sieur du Parga exerçait en 1381 la charge de capitaine de Jugon et fut aussi l'un de ceux qui signèrent à Lamballe ce 28 avril 1381 la ratification du traité de Guérandes. Précisément reconnaissant la souveraineté de ce nouveau duc, et le 15 avril 1389 selon Bertrand d'Argentré,  il figure au sein de l'association des nobles de Bretagne, venus soutenir le parti de leur duc contre toute personne. Mais revenons à cette demande qu'il effectua auprès du Saint Siège cette année 1380. Précisément la toute puissante Église suite à l'élection du Pape Clément VI était victime du Grand Schisme d'Occident opposant les états latins aux états germains.  

 

            

 

Bien que remis en cause quant à sa légitimité par les états du nord de l'Europe, depuis son Palais d'Avignon, le Pape pris connaissance de cette demande dudit seigneur du Pargaz, d'adjoindre une chapellenie et d'y entretenir un chapelain qui célèbrerait deux messes par semaine. Voici la réponse qu'il donna au diocèse de Saint Malo dont le Siège était alors occupé par Monseigneur Josselin de Rohan        

" Venerabili fratri .. episcopo Macloviensi salutem, etc … Oblate siquidem nobis nuper pro parle dilecti filii nobilis viri Gaufridi de Pargar, sculiferi tue diocesis, petitionis series continebal quod ipse, divini nominis accensus amore ac cupiens terrena in celestia et transitoria in eterna felici commercio commutare, ad omnipotens Dei, et Beate Marie Virginis matris ejus ac totius curie celestis laudem et gloriam ac pro sue, et progenitorum, ac parentum et benefactorum suorum animarum salute, quamdam capellam junctam capelle sancti Maclovii de Lecouet in parrochia sancti Petri de Plourec, dicte tue diocesis, de bonis a Deo sibi collalis construi et edificari fecit, nemine contradicente seu se opponente, as eandem capellam et de bonis suis propriis sacerdotem ydoneum, qui duas missas qualibet ebdomada perpetuo in eadem celebrare tenebitur, hac vice personam instituendo sufficienter dotare proponit; quare pro parte dicti Gaufridi nobis fuit humuliter supplicatum ut sibi ac suis heredibus et successoribus eandem capellam allius erigere et eam in redditibus largius dotare possit licentiam concedere, ac eisdem Gaufrido, heredibus ac successoribus jus patronatus et collationem ipsius capelle perpetius temporibus reservare de speciali gratia dignaremur …Datum Avenione, VI kalendas maii, anno secundo 26 avril 1380. Reg.

Avinc. 224,f.542 Ve- Études et documents sur l'histoire de Bretagne (XIIIe-XVIe siècles par l'abbé G. Mollat

L'évêque de Saint Malo fut alors chargé de faire une enquête et d'accorder la faveur demandée, si la population était suffisamment assurée. Manifestement la situation fut propice à la demande effectuée puisque Geoffroi du Pagaz en vertu du bref accordé par le Saint Siège, parvint à faire construire la chapelle.

Le 5 mars suivant l'évêque de saint Malo ayant reçu l'autorisation du saint siège, permettait à Geoffroi du Pargaz d'augmenter sa chapelle : "de la construire de la matière la plus belle qu'il jugera à propos" (Couffon). 

"Nous après avoir reçu toutes les lettres apostoliques, nous avions été supplié de la part du susdit écuyer, afin que nous eussions à procéder selon leur teneur, nous donc, désirant exécuter le Bref du Pape, et procédant diligemment sur ce qui est contenu dans les Lettres apostoliques, nous nous sommes assurer que la chapelle dont il est fait mention dans lesdites Lettres et Bref et suivant leur teneur, a été bâtie et édifiée par le même écuyer, et qu'elle est dotée de 10 mines de blé, à la mesure de Jugon, savoir: 2 mines dans la paroissse de Plorec, sur le tiers de dîme de Lorgeril dans le cours de la Billage; item 5 mines dans la même paroisse sur les dîmes du Parga: item 2 dîmes situées la paroisse de Saint Maudez, de notre Evêché, assez proche de ladite chapelle; lesquelles 10 mines valent ou peuvent valoir, année commune, temps et mémorial dix livres de monnaie ayant cours chaque année, de toutes lesquelles choses, et de chacune en particulier, sommes et avons été suffisamment informé, le tout et quelles choses actuellement considérées, nous donnons permission, par l'autorité que nous avons reçu du Saint Siège apostolique, au prédit Ecuyer et ses héritiers et successeurs, d'augmenter la prédite chapelle et de la continuer de manière la plus belle qu'il jugera à propos et de la doter du droit d'Eglise paroissiale ou tout autre réservant toujours le droit de patronnage dans la même chapelle  au même écuyer et ses héritiers à perpétuité, ce que nous faisons savoir par les présentes Lettresà tous ceux qu'il appartiendra et munie de notre sceau avec le seing et suscription  des notaires présents, qui ont derechef apposé leurs sceaus. Donné à notre manoir de Saint Malo, l'an du Seigneur  1380, le sixième de mars, environ l'heure des Compiles".

La chapelle dédicacée à Saint Malo, devint chapelle Saint-Malo du Parga, elle fut construite à même le bourg de Lescouët et mesurait 38 pieds de long. Il se pourrait que ce que l'on observait il y a quelques années encore incorporé dans l'un des murs de l'ancien manoir du Parga aujourd'hui en ruines (d'après cliché des éditions Le Flohic), soit un des éléments provenant de la ditte chapelle. Ci dessous ainsi qu'une Vierge à l'Enfant visible dans une bâtisse du Bourg.  

 

 

    

 

   

 

Le clocher  de Saint Malo du Parga (point jaune) était distant de deux lieues de celui de l'Église-Mère de Plorec. (point rouge). Deux lieues, environ 6 kilomètres 500 mètres.

 

   

 

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 12:46

 

 

Aux alentours du hameau du Parga de nombreux indices en rapport avec la période gallo-romaine ont été observés, ainsi au bord de l'ancien chemin qui reliait Fanum Martis -Corseul à Vorgium -Vorgium était la civitas de la tribu des Osimes, à présent l'endroit est devenu Carhaix,  sur des surfaces d'un hectare et de cinquante mètres sur vingt cinq; deux concentrations de tegulae, d'imbrices et de céramiques. Le fermier a collecté plusieurs pesons de tisserand, un peson en pierre, quatre fûts de colonne en granit d'un diamètre de cinquante centimètres.

 

 

En ce même village un enclos simple à dominante rectiligne a été mis à jour. Au sud du Parga, un enclos trapézoïdal à triple ou quadruple enceinte concentrique avec aménagement interne et structures périphériques, des fragments de meules à grains et quelques bobines d'espacement de parois d'hypocauste : quarante fragments de pilettes datées du IIe siècle après Jésus Christ. Le mobilier comprenait des céramiques communes et sigillées, un rebord de pelvis des deuxième et troisième siècles après Jésus Christ, deux monnaies de Commode et de Sévère -ci dessous, peut être une extrémité d'une poignée d'épée. L'origine du nom Parga semble être emprunté au terme parge désignant un enclos. La localité de Lescouët étit également traversé par la voir romaine reliant Fanum Martis à Darioritum -aujourd'hui Vannes.  


     

 

Un deuxième enclos trapézoïdal à triple ou quadruple enceinte de cent mètres sur soixante a été aussi découvert au Sud du Parga. Le village de la Marre a aussi révélé des enclos avec parfois présence de tegulae, ces tuiles à rebord. Au village de la Gonhédrait pareilles découvertes ont été constatées. Du reste le village de le Meseray emprunte son nom au terme maceria, il désigne sans nul doute l'un de ces domaines où des masures gallo-romaines  furent découvertes. Le lieu dit la Croix Rouge pourrait aussi puiser son origine au cours de cette période, idem les Planches.    


 

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 08:27

 

 

 

 

 

Fils d'un marchand drapier émérite établi à Vitré, Pierre Landais y naquit vers 1430. Âgé de vingt ans environ, il recueilli la succession paternelle et eut l'occasion d'être présenté au duc d'Estampes cousin des ducs François Ier et Pierre II de Bretagne. Les deux jeunes gens étaient sensiblement de même âge, ils sympathisèrent et très vite cela permit à Pierre Landais d'être désigné garde-robier de ce prince très élégant. Puis adviendra ce 26 décembre 1458 à Nantes : la mort du vieux duc Arthur III, jadis titré comte de Richemont, puis connétable de France. C'est son petit neveu François d'Etampes qui recueilli la succession, permettant ainsi à Landais son protégé d'accéder à la charge de grand trésorier  de Bretagne et de receveur général en 1460. Une opportunité pour le puissant drapier ambitieux, de bénéficier ainsi d'un poste si convoité. Cependant le nouveau duc, François II n'accordait guère d'intérêt aux affaires d'état, rares furent ses présences au Conseil ducal. On prétend que de 1481 à 1485 il n'aurait pris part à ces assemblées que trois fois, se tenant au courant des décisions prises par ses collaborateurs : le chancelier Guillaume Chauvin et le trésorier général Pierre Landais. En réalité deux adversaires n'eurent de cesse de s'entre-déchirer ! Il est vrai que Landais n'hésitait pas à augmenter ses avantages en accomplissant d'autres charges temporaires fiscales : recette générale des fouages, recette ordinaire de Rennes, trésorerie des guerres.

 

   

 

C'est au château de l'Hermine à Vannes -ci dessus, que  ce 5 avril 1484 Landais fit périr dans une extrême misère le chancelier Chauvin, malgré l'intérêt que le roi de France et tous les honnêtes gens prenaient à son sort : ce magistrat ajoute Jean Ogée était probe, savant et vertueux. On dit que, dans une dispute, ces deux ministres s'étaient mutuellement prédits la fin malheureuse qu'ils eurent. Tout opposait effectivement les deux adversaires, l'un issu de la vieille noblesse soutenait les prétentions françaises, alors que l'autre considéré comme rôturier, n'avait que pour seul objectif de marier la jeune héritière du duché à un prince anglais ou au duc d'Orléans. Avide de puissance, Landais entretenait une flotte imposante sans oublier les possessions immobilières dont maisons à Vitré, hôtels à Rennes et à Nantes, manoirs et châteaux dans les sénéchaussées de Rennes et de Nantes, îles en Loire et marais salants en Vannetais. A la mort de Pierre Landais, la plupart de ses biens échurent à la fille unique qu'il avait eue de Jeanne de Moussy, Françoise Landais qui avait épousé Arthur L'Epervier, seigneur de la Bouvardière, grand-veneur de Bretagne. (Données fournies par Loire Atlantique département). Landais était disent ses adversaires un homme faux, impérieux ou rampant, selon l'intérêt du moment. Menacé par les seigneurs bretons qu'il humiliait, il avait pensé marier la jeune duchesse Anne au duc d'Orléans et l'avait appelé à son secours. Le puissant duc Jean de Rohan ne l'entendait pas ainsi et souhaitant recueillir le trône ducal pour sa postérité, il mit en place le projet que la jeune duchesse épousa son fils aîné.  Le maréchal de Rieux, neveu de Rohan, soutenant ce projet de même que d'illustres seigneurs rassemblèrent les troupes favorables à cette décision et s'en furent combattre les troupes misent en place par le duc de Bretagne.  Mais au moment où ces troupes bretonnes allaient se battre, les chefs presque tous apparentés furent pris de remord : le  favori du faible maître devait être livré aux tribunaux. Le duc François II fut impuissant à pouvoir sauver son protégé et  des seigneurs lassés de la tyrannie de Landais et assistés du nouveau chancelier François Chrétien se rendirent au château de Nantes, y entrèrent et pénétrèrent jusque dans la chambre ducale. Le peuple s'assembla alors dans la cour du château pensant que leur duc était menacé, mais quand celui ci déclara par une fenêtre qu'il ne courait aucun risque, et apprenant que c'était son trésorier qui était recherché, ce même peuple cerna le château manifestant alord une grande joie. Pendant ce temps Landais terrorisé se réfugia dans l'appartement du duc qui l'enferma dans une armoire dont il prit la clef, mais face aux exigences de son peuple il livra son trésorier. Une commission fut nommée pour le juger. Tous les crimes qu'on lui imputait furent consignés et le 19 juillet 1485, il fut condamné à être pendu en prairie de Biesse à Nantes. (Anquetil). Quoi qu'on pense du personnage, un fait est avéré, grâce à lui,  la Bretagne prospéra économiquement et devint au cours de cette période l'état le plus opulent d'Europe avec les Flandre... et un pays abondant est forcément convoité....        ,

 

      

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 21:04

 

 

 

Il devenait difficile, dans ces conditions, de leur refuser l'appellation sinon la qualité de noble. Ils ne se firent d'ailleurs pas faute de se les attribuer eux-mêmes suivant une progression connue ailleurs. Dès 1462, Jamet Thomas, rendant un aveu pour les terres qu'il possédait à Nantes, se qualifiait de noble homme» et moins de dix ans plus tard ce n'était plus Jamet Thomas, bourgeois de Nantes, qui siégeait au milieu de ses collègues du conseil de la ville, -mais le prestigieux «monseigneur du Saz», titre qui désigna aussi son fils après 1487. Et si à la génération suivante François Thomas abandonna le titre de «noble homme» pour celui, combien plus avantageux, d' écuyer il ne faut voir là que l'aboutissement logique d'une évolution aussi naturelle qu'irrésistible. Restait pourtant à régler la question du patronyme. Thomas fleurait le roturier et rappelait plusieurs générations de manieurs d'argent, antécédents fâcheux pour un «seigneur du Saz et de la Chollière». Thomas d'Orson flattait davantage, le second membre du nom finissant par étouffer en quelque sorte l'inélégant Thomas. C'est, avons-nous dit, l'explication la plus probable de la requête de François Thomas, dont les arguments nous ont paru bien minces pour être pris au pied de la lettre. Nous avons tenté de retrouver aux Archives départementales de la Loire-Atlantique et aux Archives municipales de Nantes les documents originaux susceptibles de vérifier le bien-fondé de la requête de François Thomas. Ces recherches nous ont amené à des constatations pour le moins troublantes. Il est vrai que la plupart des pièces relatives à l'activité des premiers Thomas ont aujourd'hui disparu : aucune trace de Georges, le fondateur de la lignée; disparu (?) le contrat de mariage de Jean et de Guillemette Barbe auquel fait allusion François; perdus les comptes de la ville de Nantes à l'audition desquels assistait vers 1420 Jean Thomas, tout comme le «contrat d'acquest» passé par lui et signé du notaire nantais Jamet Lamoureux. Mais deux découvertes intéressantes sont venues récompenser nos efforts : un contrat par lequel Jean Thomas et Jeanne, sa femme, prirent à ferme une écluse et sa pêcherie à Nantes en 1409, d'une part; le procès de 1412 auquel notre attente, et aux affirmations de son descendant, dans aucun de ces documents Jean ne «s'intitule en sournom Thomas d'Orson». De plus, si le premier acte a perdu son sceau, ce qui nous prive d'un renseignement de premier ordre, il nous a conservé, très lisible, le «signe manuel» du personnage, dans la formule «Jean Thomas voir est» qu'il n'est pas possible de confondre avec Jean Thomas d'Orson. Or cet homme et le «bezaieul» de François Thomas ne font qu'un, nous l'avons fermement établi. Que le doute subsiste malgré tout en raison du caractère fragmentaire de la documentation, c'est certain; mais ces constatations n'en demeurent pas moins troublantes et nous conduisent à juger avec beaucoup de scepticisme la poursuite de l'argumentation de François Thomas. Il n'est pas impossible en soi que l'incurie d'un tuteur malveillant ait laissé se perdre le second membre du nom de son pupille, mais on comprend mal que Jamet Thomas, par ailleurs si attaché à recouvrer tout ce qui lui venait de ses ancêtres et si soucieux de ses intérêts matériels, n'ait pas songé à revendiquer le nom de son propre père. Comment expliquer d'autre part que pendant deux générations, les Thomas, à l'apogée de leur gloire, n'aient pas même pensé à fonder, sur ce qui aurait été leur patronyme d'origine, des prétentions à la noblesse qu'ils affirmaient avec force par ailleurs ? Le souvenir de la forme véritable de ce nom était-il encore trop récent pour qu'une supercherie fût possible ? Car nous sommes tenté de conclure dans ce sens : la requête  de François Thomas reposerait en fait sur une mystification montée et réussie par un personnage soucieux de donner une allure plus aristocratique à son nom. Les exemples ont existé ailleurs de procédés semblables. Que le roi affirme dans son mandement, avoir fait examiner à la chancellerie de Bretagne les pièces justifiant les prétentions de son « ame et féal » sujet, n'exclut pas une telle hypothèse. La place occupée par les Thomas dans l'administration bretonne et les appuis dont ils y disposaient ne purent-ils contribuer à tourner cette difficulté ? Au demeurant, le pouvoir central n'avait-il pas intérêt à se montrer bienveillant envers les fidèles serviteurs de l'Etat breton ralliés à la monarchie française... surtout quand celle-ci leur était redevable de plusieurs milliers de livres tournois ? Le destin anéantit les espoirs de François Thomas d'Orson en lui refusant la descendance capable d'illustrer le glorieux patronyme. François vivait encore en 1524, année où il rendit un aveu pour les rentes qu'il possédait à Nantes. Mais, quelques années plus tard, les biens des Thomas étaient passés aux mains d'autres lignages, sans que nous ayons pu déterminer la façon dont s'est opéré le transfert. La famille Thomas d'Orson paraît s'éteindre naturellement avec François, leur nom disparaissant totalement des documents après 1524. Etrange destinée que celle des Thomas, retournés au néant d'où ils étaient sortis un siècle et demi plus tôt, après cinq générations d'ascension sociale ininterrompue. Mais le sort final de la famille ne modifie en aucune manière les conclusions que nous inspire son étude. Nous voulons voir en elle l'image même de bien des familles d'officiers, aussi bien en Bretagne que dans le royaume voisin. Sorties de l'ombre au cours de la seconde moitié du XIVe siècle, au temps où les administrations princières réclamaient de plus en plus d'hommes aussi solvables que compétents, ces familles, enrichies par le négoce et la spéculation, virent leur fortune s'accroître en même temps que s'élevaient les responsabilités auxquelles elles étaient appelées. L'exemple des Thomas nous a montré le rôle capital joué par les relations d'affaires et de parenté dans la réussite de ces familles d'officiers; il nous a permis de mesurer aussi l'extrême densité de leurs activités et le labeur quotidien qui leur a valu de s'affirmer ; un labeur inséparable des efforts déployés par elles pour faire consacrer officiellement une promotion sociale indissociable de leur réussite économique et professionnelle.  

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 20:33

 

 

Une ascension sociale irrésistible

 

 

 

En rappelant d'entrée de jeu à Louis XII les services accomplis par ses ascendants dans l'administration bretonne, François Thomas espérait ne pas flatter en vain un ingrat. Mais l'exercice d'un office, d'un office de finances surtout, ne constituait pas en soi une référence suffisante pour se faire reconnaître une place au sein d'une aristocratie volontiers dédaigneuse envers les parvenus de cette nature. Faire sentir au roi que durant tout le siècle passé les Thomas avaient brillamment illustré le nom de leurs «ancêtres» Thomas d'Orson, et que la noblesse bretonne n'avait nullement dédaigné leur commerce, relevait d'une démarche plus élaborée, et mieux appropriée à son sujet. Tactique habile donc, mais initiative heureuse pour l'historien aussi, qui se voit offrir par François Thomas, sur le milieu social des officiers de finances, une mine de renseignements précieux, dont l'intérêt dépasse, à nos yeux, le simple cadre de la famille Thomas. Il va de soi pourtant que, recherchant un but précis, le dernier descendant des Thomas passe sous silence les détails susceptibles de contrecarrer ses plans. S'il met en avant la richesse de ses ancêtres (Jamet Thomas ne réclamait-il pas à son tuteur 20 000 francs correspondant aux détournements opérés par ce dernier pendant l'exercice de la tutelle, une véritable fortune qu'auraient enviée bien des lignages nobles ?) il se garde de préciser l'origine de celle-ci, à notre grand regret au demeurant. Car les documents restent trop imprécis dans ce domaine. Il y a de fortes chances pour que leur succès soit à mettre en relation avec leur profession de monnayeur, mais l'explication ne saurait se suffire à elle-même. Très tôt, les activités des Thomas se diversifièrent et la monnaie ne fut bientôt plus qu'une des cordes de leur arc : certains faits nous permettent de l'affirmer, sans jamais autoriser pour autant une analyse détaillée de leurs affaires Comme la plupart des officiers de finances bretons, les Thomas ne manquèrent pas de chercher fortune dans la «marchandise» et nous sommes tenté de voir dans cette activité la base initiale de leur réussite. Leur position à Nantes et à la cour ducale assurait des débouchés commodes à leur commerce qui profitait par ailleurs largement des faveurs réservées par les ducs à leurs proches collaborateurs. Les guerres soutenues par le duché à la fin du XVe leur fournirent à plusieurs reprises l'occasion de réaliser de substantiels bénéfices, dont témoignent les comptes des miseurs de la ville de Nantes. Mais les directions de leur commerce nous échappent à peu près totalement, de même que leurs relations d'affaires lointaines. Faut-il tirer quelque enseignement du mariage de Jean Thomas avec une dénommée «Jehanne de Guitres, des parties de Navarre», ou des contacts épisodiques de Jamet et Gilles avec les marchands de basse Bretagne ou avec ceux de Tours et d'Angers ? Officiers et marchands, les Thomas ne dédaignèrent pas non plus de chercher de nouvelles sources de revenus dans les possibilités' de spéculation qui s'offraient à eux. Comme bien d'autres officiers, ils s'intéressèrent aux fructueuses fermes des impôts ducaux, qu'ils prirent en association avec leurs amis nantais. Leur situation à la cour et leur réputation d'administrateurs leur valurent plus d'une fois de disposer d'importantes liquidités, qu'en banquiers ils purent même profiter de la détresse financière de l'Etat breton pour spéculer sur la monnaie et le métal précieux. En définitive, tous les moyens -commerce, monnaie, spéculation, maniement des deniers publics ou privés -paraissent avoir été jugés bons par les Thomas pour constituer et accroître leur fortune. Les alliances matrimoniales qu'ils contractaient tendaient au même but, tout en contribuant à favoriser leur ascension sociale. Qu'elle est riche d'enseignements, la série de leurs épouses, dont nous entretient François Thomas dans sa requête ! Philippée de Monceaux, qui inaugura la liste, appartenait à l'une de ces familles d'ancienne noblesse, originaires du pays nantais, dont le blason commençait de se ternir -mais c'était tout de même un blason aux yeux de Georges Thomas ! -si l'on en juge par le nombre de ses membres cherchant fortune dans les armées françaises, la carrière ecclésiastique, voire la «marchandise», à la fin du XIVe siècle. Il n'est pas surprenant dans ces conditions de les voir nouer des relations avec les Thomas. Philippée apportait à son époux, outre l'honneur d'un mariage noble, les avantages que procurait le commerce de parents influents : l'un des conseillers les plus écoutés de Jean IV et de Jean V, entre 1395 et 1416, ne fut-il pas Gacien de Monceaux, évêque de Quimper, personnage étonnant, capable à la fois de se concilier les intérêts du ciel grâce à sa réputation de sagesse et de talent, et de tirer profit malgré tout de ses dons de financier pour adoucir les conditions de son existence terrestre ! Un tel exemple ne pouvait qu'être suivi par Jean Thomas fils de Georges et de Philippée. Il dut faire la connaissance de sa première épouse, «Jeanne de Guitres des parties de Navarre» en fréquentant les milieux commerçants immigrés à Nantes vers lesquels les origines de sa famille le portaient peut-être volontiers. Le souci de ses intérêts bien compris dicta, à n'en pas douter, le choix de Jean. Le mariage avec Jeanne ouvrait aux Thomas de nouveaux horizons commerciaux, il apportait surtout à l'époux une dot si considérable qu'elle devait déchaîner les convoitises à la mort de sa femme. Veuf et sans héritier mâle, aux dires de François Thomas, Jean chercha la nouvelle épouse susceptible à la fois de lui donner une descendance et de servir ses ambitions. Il jeta son dévolu sur Guillemette Barbe, fille de Raoul, seigneur des Fossés. Là encore, le titre du père joua dans le choix de l'élue. Jeanne de Guitres avait apporté à Jean Thomas la fortune, Guillemette pouvait lui procurer la terre, les seigneuries indispensables à quiconque voulait se faire un nom. Les Barbe, en effet, avaient pignon sur rue à Nantes depuis la fin du XIVe siècle. Enrichis par le commerce , ils entretenaient aussi des relations dans les milieux de l'administration financière à Nantes et à la cour ducale. Le calcul de Jean se révéla judicieux : le hasard aidant, une partie des «héritages» qui faisaient tant défaut aux Thomas, mais dont les Barbe s'enorgueillissaient, tomba dans l'escarcelle des premiers. Les deux mariages de Jean Thomas nous paraissent décisifs pour l'avenir de la famille. L'argent apporté par l'un, les terres recueillies grâce à l'autre, accélèrent l'ascension sociale de ses descendants. Nous en voulons pour preuve la qualité des épouses de Jamet et de Gilles Thomas. Le premier demanda et obtint la main de Jeanne Le Ferron, fille de Geffroy, seigneur de Souche. Le parti en valait la peine : on ne pouvait mettre en doute l'ancienne noblesse de l'épousée qui était de plus nièce de prélat et fille d'un trésorier et receveur général de Bretagne de grande envergure. Le père de la mariée ne comptait plus les seigneuries qu'il possédait au sud de la Loire, et ses disponibilités financières étaient telles que, lorsqu'il lui fallut le rembourser des avances par lui consenties à l'Etat au temps de sa trésorerie générale, François II se vit contraint de lui livrer à ferme la riche baronnie de Fougères et les lucratives recettes d'Ingrnades et de Champtocé. Nous ignorons la date de ces heureuses épousailles qui ont précédé et favorisé l'accès de Jamet Thomas aux fonctions de haute responsabilité financière. Quant à Gilles Thomas, son mariage confirme l'impression, pour ne pas dire la règle, qui se dégage de l'étude des précédents. Il rechercha et on lui accorda la main de Jeanne du Celier, fille de Jean, seigneur du Bois. L'épouse était noble, le père illustre par ses antécédents de grand officier. Une carrière heureuse et rapide l'avait conduit à exercer successivement trois des fonctions les plus éminentes en Bretagne : celle de chancelier, celle de Président de la Chambre des comptes, celle de Président et juge universel de Bretagne enfin. De la pâle Philippée de Monceaux ou de Jeanne de Guitres l'étrangère, à la prestigieuse fille d'un chancelier de Bretagne, la progression de la qualité des alliances matrimoniales des Thomas a de quoi étonner. Elle répond en fait fidèlement à celle que nous avions constatée en étudiant leur carrière d'officiers, preuve, s'il en était besoin, du caractère indissociable des deux évolutions. Il est regrettable que François Thomas n'ait pas cru devoir rappeler l'identité de son épouse : le choix d'un homme plus soucieux encore que ses ancêtres de faire reconnaître la réussite de sa famille, ne pouvait manquer d'être révélateur. Car, en définitive, tel fut bien le fil conducteur qui sous-tendit l'activité des Thomas aussi bien dans l'exercice de leur métier que dans le choix de leurs épouses, depuis le temps de Georges, jusqu'à celui de François. Il s'agissait pour eux d'égaler en richesse et en prestige l'aristocratie de sang pour forcer ensuite les barrières qui les en séparaient. Leur démarche apparaît logique à l'historien, qui ne peut que constater le caractère irrésistible de leur ascension : la fortune, les privilèges, les rentes, les terres et les titres, telles en furent les étapes principales. Les affaires, les offices, les mariages mirent entre les mains des Thomas une fortune qui les désignait à l'attention de tous, aussi bien à Nantes qu'en Bretagne. Jamet Thomas ne réclamait-il pas, à sa majorité, 20 000 francs que son tuteur aurait détournés, profitant de la faiblesse de son pupille ? Le même Jamet ne fut-il pas le plus imposé des Nantais lors de l'emprunt de 1473 ? Gilles Thomas n'avança-t-il pas plus de 50 000 livres à l'Etat pendant les quinze mois de sa trésorerie générale ? Ne fut-il pas lui aussi le plus taxé des Nantais lors des deux emprunts forcés de 1489 ? Combien de nobles de sang pouvaient-ils fournir de telles références ? Si les Thomas ont revendiqué avec insistance à chaque génération la qualité de «monnoyer du duc», ce ne fut pas seulement pour sauvegarder un office dont la possession pouvait s'avérer lucrative, mais surtout pour rappeler les privilèges judiciaires et fiscaux dont ils jouissaient en vertu de leur statut. Dispensés de tailles et d'impôts comme tous les monétaires, justiciables d'un tribunal spécial présidé par le Général des monnaies, ils présentaient plus d'un point commun avec leurs modèles aristocratiques. Enfin, les rentes et les terres dans lesquelles ils investirent de bonne heure une partie de leur bien donnèrent vite à leur fortune une allure traditionnelle, de nature à faire oublier leurs antécédents de manieurs de deniers. Les Thomas recherchèrent de préférence les rentes nobles, celles que l'on tenait «a foy, homaige et rachat quant le cas y avient»; ils ne manquèrent pas de s'assurer la possession de droits seigneuriaux lorsque l'occasion se présentait de les acquérir et de solliciter du duc l'octroi des «franchise et exemption» nobiliaires pour les terres qu'ils achetaient. Mais ils s'efforcèrent avant tout de devenir propriétaires de domaines nobles, ceux-là même qui permettaient à leur détenteur d'accoler à son patronyme le titre de seigneur. Successivement les seigneuries de la Roche-des-Gorges, du Saz, de la Chollière et de la Chenuère vinrent s'ajouter à leur patrimoine

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 19:19

 

L'histoire a de ces caprices qui frisent parfois l'injustice. Elle nous conserve le souvenir d'hommes d'élite, politiques retors, généraux d'exception ou génies des arts et des sciences, personnages dont l'étoile, montée au firmament de la gloire, rejette dans l'ombre la figure de certains de leurs contemporains qui, s'ils n'ont pas atteint la renommée, ont malgré tout exercé une influence non négligeable dans la marche des Etats. Le duché de Bretagne n'échappe pas à la règle. Les Landais, Chauvin et autres Thierry illustrent, depuis que les travaux des historiens du siècle passé les ont tirés de l'oubli, la fin de l'indépendance bretonne. Les épisodes spectaculaires de leur existence, toute comme l'intensité dramatique des événements qu'ils ont vécus, les prédisposaient à cette destinée. On oublie volontiers, devant la personnalité des «vedettes» de l'actualité historique, l'action obscure, mais efficace, de ceux dont l'ambition a cru devoir se satisfaire de la gestion des grands offices d'administration et des avantages qui en découlaient. La famille Thomas de Nantes, que nous tenons aujourd'hui à replacer à son juste niveau, appartient à cette dernière catégorie : ses représentants ont atteint aux plus grands honneurs dans les dernières décades du XVe siècle, les historiens bretons les ont pratiquement ignorés. C'est un document en date du mois de mars 1510, un mandement du roi Louis XII, parvenu jusqu'à nous par l'intermédiaire d'un enregistrement au «livre rouge» de la Chambre des comptes de Bretagne, qui nous permet de retracer l'histoire d'une lignée d'officiers à la destinée exemplaire à plus d'un titre Ce mandement répond à une requête adressée au roi par l'un de ses sujets bretons, soucieux de retrouver, après deux générations d'oubli, ce qui aurait été le nom de ses ancêtres. Thomas d'Orson sonne incontestablement mieux que Thomas dans les milieux aristocratiques au sein desquels François Thomas entend se faire reconnaître une place. C'est sans doute là la motivation profonde d'une démarche dont il nous faudra apprécier le bien-fondé. L'impétrant se croit obligé de fournir les preuves de l'antiquité de son nom : à défaut de «quartiers», il énumère quatre générations de Thomas qui ont porté ou auraient dû porter le «sournom d'Orson». Il se trouve que ces personnages -Jean, Jamet et Gilles Thomas -du moins, sont bien connus de quiconque étudie les milieux financiers bretons. La requête de leur descendant, en confirmant la filiation des Thomas, mais aussi en détaillant avec complaisance pour chaque leurs alliances matrimoniales, invite à poser le problème de la réussite professionnelle et sociale d'une famille d'officiers de finances à la fin du Moyen Age.

 

 

Une lignée d'officiers de finances.  La principale raison qui décida Louis XII à exaucer les vœux de François Thomas et à lui donner la permission de se «nommer et appeller en sournom Thomas d'Orson», ce furent les «bons et agréables services que il et ses prédécesseurs ont fait a nous et aux autres roys, ducs et princes de ce pays». Ces services, le mandement royal le rappelle, ont été accomplis principalement dans l'administration financière du duché de Bretagne. Les documents que nous avons pu recueillir sur les Thomas, et qui nous permettent d'illustrer cette singulière supplique au roi, ne remontent malheureusement pas aussi loin qu'il eût été souhaitable. Georges ou Georget Thomas, trisaïeul du suppliant,, reste pour nous une énigme. Il faut reconnaître que son descendant n'a guère été loquace à son sujet, puisque, s'il a multiplié les précisions empruntées à la carrière et à la vie de Jean, Jamet et Gilles Thomas,il s'est borné à nous livrer le nom de l'épouse de Georges. Les actes relatifs aux affaires de ce dernier avaient-ils déjà disparu en 1510 ? C'est possible, en tout cas nous n'en avons découvert aucun. Nos informations ne débutent qu'avec le fils de Georges, Jean Thomas, paroissien de Saint-Saturnin de Nantes dans les années 1390-1420. Véritable fondateur de la fortune des Thomas, comme nous aurons l'occasion de le voir, il inaugura une tradition destinée à rester bien vivante dans la famille : celle de « monnoyer» des monnaies ducales. Nous ne pouvons préciser ses antécédents dans cette carrière, mais nous savons qu'en octobre 1406 il détenait la charge importante de «maître des monnaies de Nantes», et nous pensons que la qualité de monétaire a été l'un des facteurs essentiels de sa réussite et de celle de ses successeurs. Jamet, puis Gilles et même François Thomas, ne manquèrent pas de suivre les traces de leur prédécesseur. On voit le premier arguer de cette qualité en 1445 pour tenter d'échapper aux tailles que le duc levait à Nantes. L'avenir lui réservait un beau destin dans cette branche, puisque vingt ans plus tard nous le retrouvons «Général maître des monnoies de Bretagne», fonction qu'il exerça jusqu'à sa mort en 1474. Gilles Thomas, appelé dès le décès de son père à de multiples tâches, ne paraît pas avoir hérité de l'administration suprême des monnaies; il n'en négligea pas pour autant l'office héréditaire et jusqu'en 1486 remplit les fonctions de «garde de la monnoie de Nantes». Il n'est pas jusqu'à François Thomas, pourtant peu attiré par les tâches administratives, qui n'ait tenu à rappeler à ses concitoyens le statut particulier de sa famille, en se faisant nommer prévôt des monnayeurs de Nantes. Avec les profits qu'elle assurait et les avantages multiples qui en découlaient, la qualité de «monnoyer du duc» ne pouvait que servir l'ascension des Thomas. C'était un passeport non négligeable vers d'autres fonctions financières, qu'ils ne se firent . pas faute de briguer à tous les niveaux. Dans l'administration municipale d'abord. La requête de François Thomas nous apprend qu'au début du siècle Jean Thomas assistait à la reddition des comptes des miseurs de Nantes. Il était doncl'un des membres du conseil des bourgeois de la ville spécialisés dans l'audition des comptes municipaux : ses concitoyens reconnaissaient et appréciaient ses compétences financières. Jamet Thomas suivit la même filière. Entre 1443 et 1446 il fut «contrerolle des oeuvres et reparacions de la ville de Nantes», c'est-à-dire qu'il assista et surveilla le miseur dans sa gestion des deniers municipaux. Comme la charge de « contrerolle » revenait le plus souvent au miseur sortant, il y a de fortes chances pour que Jamet ait rempli ce dernier office en 1442 ou dans les années précédentes. A partir de 1443, au demeurant, il fut membre du conseil de la ville au sein duquel il exerça une influence croissante jusqu'à la fin de sa vie. Gilles Thomas ne manqua pas non plus de consacrer une partie de son temps à la gestion des affaires de sa ville natale. Il succéda à son père au conseil, dont il paraît bien avoir été, avec le procureur Jean Blanchet, le personnage le plus en vue pendant le dernier quart du XVe siècle. Comme ses père et grand-père, il participa assidûment au jugement des comptes des miseurs qui se déroulait chaque année dans sa propre maison . La charge de «maître de l'artillerie» qu'il exerça un certain temps l'amena, entre autres tâches, à ordonnancer le paiement des canonniers de Nantes. Son audience était telle parmi ses concitoyens que ceux-ci avaient tendance à voir en lui l'intermédiaire privilégié entre leur communauté et les pouvoirs publics. De tels antécédents auraient pu préparer une belle carrière municipale à François Thomas. Mais ce dernier ne fit sans doute pas honneur à la réputation de son père, ni dans ce domaine, ni dans les autres d'ailleurs. Il fut pourtant membre du conseil de la ville en 1506 et 1507, et comme ses prédécesseurs assista à la reddition des comptes des miseurs. Les documents le prouvent donc abondamment : pendant quatre générations, les Thomas comptèrent parmi les bourgeois les plus influents de Nantes. Ils mirent au service de leur ville une riche expérience et des compétences financières de premier ordre. Une telle attitude répondait, croyons-nous, à une double préoccupation que les Thomas partageaient avec la plupart des grands officiers de finances bretons. Il leur fallait tout d'abord démontrer leurs capacités d'administrateurs : c'est en faisant leurs preuves dans le cadre urbain qu'ils avaient le plus de chances d'attirer sur eux l'attention de ducs toujours en quête d'officiers capables et solvables. La gestion des deniers municipaux ouvrait bien souvent la porte à des offices d'une autre envergure. Mais, une fois parvenus à des charges de responsabilité d'Etat, nos fonctionnaires centraux ne pouvaient se passer des relations d'affaires et d'argent indispensables à la bonne marche de leur office. Comment auraient-ils pu avancer au pouvoir des sommes toujours renouvelées sans disposer de nombreux bailleurs de fonds et de garants complaisants ? Ces garants, ces fournisseurs d'espèces, ils ne pouvaient les trouver et conserver leur confiance qu'en continuant de participer avec eux à la vie de leur cité. C'est pourquoi les officiers de finances bretons ont si souvent géré les affaires de leur ville d'origine, non seulement à leurs débuts, mais une fois parvenus aux honneurs également. Les Thomas constituent un excellent exemple d'une attitude fort répandue en Bretagne.Car nos personnages ne se sont pas contentés de tenir le premier rang dans leur cité ; en gravissant peu à peu l'échelle des responsabilités, ils ont atteint les plus hautes charges financières de Bretagne. Jean Thomas, encore peu connu et tout entier absorbé à jeter les bases de la fortune de ses successeurs, ne s'est sans doute pas vu confier d'autre poste de responsabilité publique que celui de maître des monnaies de Nantes, comme nous l'avons déjà précisé. Mais à la génération suivante, avec Jamet, la progression s'amorça : l'argent accumulé par le père, les compétences affichées par le fils dans sa gestion municipale, furent des arguments suffisants pour que François II lui confiât des tâches toujours plus importantes. Une mission à Angers pour conclure des marchés intéressant le duché, une enquête sur la diminution des feux de l'évêché de Nantes en compagnie de deux officiers de finances, et sans doute bien d'autres commissions dont le souvenir s'est perdu, lui permirent de nouer des liens d'amitié avec les fonctionnaires centraux. Ces relations lui valurent de remplacer, en 1468, le trésorier de l'Epargne Jean du Bois, malade, lors de la levée d'un emprunt l'Epargne ducale : ils durent être concluants puisque, quatre ans plus tard, le 1er juillet 1472, François II l'institua Trésorier de l'Epargne, l'une des principales charges de finances du duché. Il cumula cet office avec celui de Général des monnaies, ce qui permet de mesurer la promotion étonnante du monétaire nantais. La mort qui surprit Jamet en 1474 ne compromit nullement l'ascension de la famille ; à cette date, en effet, la relève était déjà assurée : Jamet Thomas s'était en quelque sorte associé son fils Gilles qui le secondait à l'Epargne depuis un an au moins. Celui-ci succéda tout naturellement à son père en 1474, et conserva l'office jusqu'en 1491. La trésorerie de l'Epargne fut vraisemblablement supprimée à la fin de cette année-là, après le mariage de la duchesse avec Charles VIII, mais lorsque les événements historiques permirent le rétablissement de la charge, ce fut encore Gilles Thomas que la duchesse en investit. Tout porte à croire qu'il la conserva jusqu'à la fin de sa vie Grande affaire de la vie de Gilles Thomas -il la géra en définitive pendant plus d'un quart de siècle - la trésorerie de l'Epargne ne constitua pourtant qu'une étape dans sa carrière d'officier. En 1474, sa jeunesse s'ornait déjà des références suffisantes pour que le duc lui confiât le poste laissé vacant par la mort de son père. Il pouvait mettre en avant, en effet, ses antécédents de receveur du fouage et de receveur général de l'aide des villes, expérience non négligeable pour un futur responsable d'une Epargne ducale qui tirait une partie de ses revenus de ces impôts extraordinaires. On le vit d'ailleurs remplir à nouveau ces fonctions par la suite. Au cours de la période 1474-1485, Gilles Thomas travailla en collaboration avec Pierre Landais, avec lequel il paraît avoir entretenu du trésorier général lui interdisaient tout espoir de promotion. En tout cas il ne se joignit pas, à l'instar d'autres officiers de finances écartés par le favori de François II, à la coalition nouée contre Landais par les seigneurs bretons. On peut penser que ce fut cette attitude qui valut à Gilles de recueillir la succession de Pierre Landais. Le duc l'institua officiellement à la trésorerie générale le 1er octobre 1485, et pendant quinze mois Gilles Thomas réussit à cumuler les trésoreries générale et de l'Epargne. Une «cruelle maladie» le cloua au lit de douleur de l'automne 1486 au printemps 1487, et l'obligea à se démettre de l'astreignante trésorerie générale que le duc remit à Guillaume Juzel le 17 janvier 1487. S'il conserva la trésorerie de l'Epargne, ce fut sans doute pour le rembourser des avances qu'il avait consenties à l'Etat en 1485-1486, et qu'il n'avait pu encore récupérer en 1500 malgré les mandements réitérés du pouvoir ordonnant de le payer. Les profits de la trésorerie de l'Epargne, mais aussi ceux de l'office de «Garde des Chartes » de Bretagne, dont il hérita au plus tard en 1495, durent calmer son impatience. Mais surtout la charge d'auditeur à la Chambre des comptes de Bretagne, qui vint couronner que le roi de France savait se montrer reconnaissant envers les bons serviteurs des ducs bretons ralliés à la monarchie après 1491. On mesure le chemin parcouru par les membres de la famille Thomas depuis le début du XVe siècle : de la fabrication de la monnaie ducale dont semble s'être contenté Jean Thomas, à l'entrée de Gilles à la Chambre des comptes, il y eut trois générations de réussite professionnelle ininterrompue. Délivré des soucis matériels grâce au labeur de ses ancêtres, et introduit dès la mort de son père au sein de l'élite que constituaient les gens des Comptes, François Thomas pouvait se dispenser d'exercer d'autre charge administrative. Plus important à ses yeux était de faire reconnaître officiellement la promotion sociale de sa famille, promotion inséparable de sa réussite dans les offices.que le roi de France savait se montrer reconnaissant envers les bons serviteurs des ducs bretons ralliés à la monarchie après 1491. On mesure le chemin parcouru par les membres de la famille Thomas depuis le début du XVe siècle : de la fabrication de la monnaie ducale dont semble s'être contenté Jean Thomas, à l'entrée de Gilles à la Chambre des comptes, il y eut trois générations de réussite professionnelle ininterrompue. Délivré des soucis matériels grâce au labeur de ses ancêtres, et introduit dès la mort de son père au sein de l'élite que constituaient les gens des Comptes, François Thomas pouvait se dispenser d'exercer d'autre charge administrative. Plus important à ses yeux était de faire reconnaître officiellement la promotion sociale de sa famille, promotion inséparable de sa réussite dans les offices.  Jean Kerhervé

 

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