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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 07:02

 

 

 

Les limites du diocèse de Léon étaient, avant la révolution française, les mêmes que celles de l'ancien comté de Léon, car la Vie de saint Paul-Aurélien nous apprend que les deux pagi Achmensis et Leonensis, entre lesquels était situé celui de Kemenet-Ili, formaient, dès le VIe siècle, un petit état placé sous l'autorité d'un chef unique qui s'appelait Withur. Ce fut sous le règne de ce prince que Paul-Aurélien, l'un de ses parents, vint, avec douze disciples et une suite assez nombreuse, prendre terre sur le continent armoricain. Paulus Aurelianus était né, vers 490, dans le pays de Galles, d'un père nommé Porphius.

 

 

Cathédrale de Saint-Pol-de-Léon et l'ancien palais épiscopal

 

Ayant manifesté, dès sa plus tendre enfance, un goût prononcé pour la vie religieuse, il fut placé par ses parents dans le monastère de Saint-Iltud, où il eut pour condisciples saint David, saint Samson et saint Gildas. On sait qu'à cette époque un grand relâchement s'était introduit parmi le clergé breton, et que les moeurs générales du pays s'en étaient ressenties. Mais, au sein des monastères, dans des ermitages creusés dans le roc ou cachés au fond des bois, vivaient des hommes d'élite dont la vie s'écoulait dans la pratique des plus austères vertus. Le fils de Porphius appartenait à cette phalange de saints dont on peut suivre, dans l'histoire, la trace lumineuse à travers les contrées les plus sauvages de l'ancienne Europe.

 

 

 

Pleyber-Christ

 

Apôtre plein de zèle, missionnaire éloquent, Paul avait prêché avec éclat l'Évangile à divers peuples de la Bretagne, et ceux-ci, dans leur reconnaissance, le demandèrent pour évêque. A cette nouvelle, le saint jeune homme, effrayé d'un tel fardeau, résolut de s'expatrier. Et, en effet, vers 512, il abordait dans l'île d'Ouessant où il se fit bâtir un oratoir (Lan-Paul). Après avoir converti les habitants d'Heussa, où le druidisme était resté vivant, Paul, se sentant appelé à de plus importantes conquêtes, passa sur le continent avec ses compagnons. C'est dans le pagus Achmensis, non loin d'un plou nommé Thelmedovia, que l'exilé fixa d'abord sa demeure. Mais là ne devait pas longtemps s'arrêter le pieux missionnaire.

 

 

 

Lesneven

 

Une œuvre « de Tours, qu'ils ne se croyaient peut-être pas obligés de reconnaître pour leur métropolitain. » Quant au prétendu diocèse des Osismes, dont on veut faire remonter l'origine au commencement du Ve siècle, ni Dom Lobineau, ni les savants religieux, ses collaborateurs, n'en ont, bien entendu, découvert la moindre trace dans l'histoire. Il est rapporté dans la Vie de saint Paul de Léon que, sentant sa fin approcher, il désigna lui-même, devant le peuple assemblé, celui de ses disciples qu'il jugeait digne de lui succéder. C'était là, en effet, un antique usage des nations bretonnes.

 

 

 

Eglise de Tregarantec

(cliché  Wikipédia)

 

Subdivisions ecclésiastiques.

 


 

Le diocèse de Léon paraît avoir été, dès la plus haute antiquité, partagé en trois archidiaconés, ceux de Léon, de Kemenet-Ili et d'Ach. M. J. Desnoyers, dans sa savante Topographie ecclésiastique de la France, parle d'un quatrième archidiaconé Léonais, dont il est fait mention en effet dans une charte du XIe siècle : « Je n'ai trouvé, dit-il, aucun texte qui pût aider à déterminer la situation et à prouver l'existence, durable ou passagère, de l'archidiaconé d'Audour. Ce nom n'aurait-il pas servi aussi à désigner (d'un des archidiaconés connus,?» La conjecture est parfaitement fondée. On nommait Daoudour une ancienne et importante seigneurie située dans l'archidiaconé de Léon, et qui, avec les fiefs de Coetmeur et de Kermilin, forma plus tard ce qu'on appelait le comté de Coetmeur. Évidemment l'archidiaconé de Daoudour n'était autre que celui de Léon. Voici quelles étaient les limites des trois archidiaconés :

 

 

 

Eglise de Guimiliau


 

1. L'archidiaconé de Léon, ou grand archidiaconé, s'étendait de la rivière de Quefleut à celle de la Flèche; il comptait vingt-six paroisses et vingt trois trêves.

 

Batz

Cléder

Commana et sa trève Saint-Sauveur

Guimiliau et sa trève Lampaul-Guimiliau

Lanhouarneauz et Tréveur

Pleyber-Christ

Le Tréhou et ses trèves Tréflévénez et Tréveur

Plounévez-Lochrist

Ploudiry et ses trèves La MartyreLa Roche-MauriceLoc EguinerPencran et Pont-Christ

Plouénan

Plouescat

Plougar et sa trève Bodilis

Plougoulm

Plougourvest et sa trève Landivisiau

Plounéour-Ménez et sa chapelle Loc-Eguiner-Saint-Thégonnec

Plouvorn et ses trèves Mespaul et Sainte-Catherine

Plouzévédé et sa trève Berven

Saint-Martin-des-Champs et sa trève Sainte-Sève

Saint-Thégonnec

Saint-Vougay

Sibiril

Sizun et ses trèves Locmélar et Saint-Cadou

Taulé et ses trèves CarantecHenvic et Penzé

Tréflaouénan et ses trèves Quéran et Trézilidé



 

 

 

Le Folgoët


 

2. L'archidiaconé de Kemenet-Ili avait pour limites les deux cours d'eau de la Flèche et d'Abervrac'h; il renfermait vingt et une paroisses et quatre trêves.

 

 

Brouennou

Elestrec et sa chapelle Le Folgoët

Goulven

Guisseny et sa trève Saint-Frégant

Kerlouan et sa trève Lerret

Kernilis et sa trève Lanarvily

Kernouës

Landéda

Lanneuffret

Lannilis

Lesneven et sa trève Languengar

Ploudaniel et ses trèves Saint-Méen et Trémaouézan

Plouédern

Plouguerneau et sa trève Trémenec'h

Plouider

Plounéour-Trez et sa chapelle Brignogan

Plounéventer et ses trèves Saint-Derrien et Saint-Servais

Tréflez

Trégarantec, où se trouvait le siège de l'archidiaconé 


 

 

 

 

Saint-Derrien

 

 

3. L'archidiaconé d'Ac'h était compris entre l'Abervrac'h et l'Elorn; il se composait de quarante et une paroisses et de dix-sept trêves. Rien n'indique que la subdivision par doyennés ait jamais existé dans l'évêché de Léon. Le Minihi-Saint-Pol, ou asile de Saint-Pol-de-Léon, comprenait les sept paroisses qui entouraient la ville épiscopale.  

 

Beuzit-Conogan

la ville de Brest avec ses deux paroisses : Saint-Louis (et sa trève Saint-Marc) et Saint-Sauveur

Bréventec

Guilers et sa trève Bohars

Guipavas et sa chapelle Le Relecq-Kerhuon

-Plabennec

La Forest-Landerneau et sa trève Saint-Divy

la ville de Landerneau avec ses deux paroisses : Saint-Houardon et Saint-Julien

Lambézellec

Lampaul-Plouarzel

Lampaul-Ploudalmézeau

Landunvez et sa trève Kersaint-Trémazan

Lanildut

Lanrivoaré

Larret

Le Drennec et sa trève Landouzan

Loc-Brévalaire

Lochrist et sa chapelle Le Conquet

Milizac et sa trève Guipronvel

île de Molène

île d'Ouessant

Plabennec et sa trève Locmaria-Lann

Plouarzel

Ploudalmézeau et sa trève Saint-Pabu

Plougonvelin et sa trève Saint-Mathieu-de-Fineterre

Plouguin et ses trèves Coatméal et Locmajan

Ploumoguer et sa trève Lamber

Plourin et sa trève Brélès

Plouvien et ses trèves Balanant et Bourg-Blanc

Plouzané et sa trève Locmaria

Porspoder

Saint-Pierre-Quilbignon

Saint-Renan

Saint-Thonan

Trébabu

Tréglonou

Tréouergat

 

Extraits de La Bretagne, du Ve au XIIe siècle, par M. Aurélien de Courson

 

 

 

La chapelle Notre-Dame du Kreisker à St-Pol-de-Léon

(cliché Wikipedia)

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Published by poudouvre
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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 12:55

 

 


 

Avant d'entrer dans le détail des divisions et des subdivisions d'un des diocèses de la Bretagne proprement dite, je demande la permission de présenter quel de l'église bretonne. L'ancienne cité des Osismes, contre l'usage ordinaire, a donné naissance à trois évêchés: Cornouaille, Léon, Tréguer. De là une foule d'assertions erronées de la part d'écrivains qui, moins savants en histoire qu'en archéologie, ont voulu retrouver, à toute force, chez les Bretons de l'Armorique, l'organisation ecclésiastique des nations gallo-romaines. Nous allons établir que rien n'est moins fondé, et que les règles posées par M. Guérard, très justes en ce qui concerne une grande partie des Gaules, ne sont point applicables à la Bretagne proprement dite. Et d'abord, rappelons ici, puisqu'on l'oublie si souvent, que, chez les Bretons réfugiés sur le continent, langue, moeurs, institutions, tout venait de l'île de Bretagne. Cela posé, on concevra facilement que les églises de la Cornouaille, du Léon, de la Domnonée, aient été régies autrement que celles de Rennes, de Nantes ou de Vannes. Les Pères du concile de Tours, en 567, essayèrent, on le sait, de faire cesser cet état de choses; mais ce fut en vain. « Il faut convenir aussi, dit D. Lobineau, que les Bretons, venant dans l'Armorique, n'avaient trouvé l'évêque de Tours en possession  d'avoir d'autres suffragants que les évêques du Mans, d'Angers, de Rennes et de Nantes. Ils lui laissèrent donc volontiers la disposition des évêchés de Rennes, de Nantes et de Vannes, parce qu'ils n'étaient pas encore de leur nation; mais, pour les autres évêchés de Bretagne, comme les Bretons en étaient les fondateurs, ils ne s'imaginèrent pas qu'un évêque étranger eût des droits sur eux, et pût entreprendre de les soumettre à son siège en vertu d'une distribution des Gaules faite par les empereurs.  » A quoi il faut ajouter que la coutume ancienne de la nation n'était pas d'attacher la dignité de métropolitain à quelque siège déterminé, mais à celui des prélats que les autres en avaient jugé le plus digne Ces paroles sont de la plus rigoureuse exactitude. Mais qu'importe aux écrivains à système préconçu ? -Quoi! des Bretons, fuyant devant l'épée saxonne, auraient ravi aux évêques gallo-romains la gloire de convertir les Armoricains à la foi ! -A l'exemple de D. Liron, l'on s'est insurgé contre une telle assertion, et de là d'incroyables efforts pour prouver qu'avant l'arrivée des Bretons, des évêchés existaient à Vannes, à Carhaix, à Corseult.

 

 

Abbaye de Langonnet

 

Nous montrerons tout à l'heure que ce système n'est qu'une négation absolue des documents et des traditions les plus respectables de l'histoire de Bretagne. Mais, préalablement, il nous faut dire quelques mots encore au sujet des vieilles coutumes ecclésiastiques des Bretons insulaires, coutumes qu'il importe de connaître si l'on veut comprendre le rôle des Tugdual, des Samson, des Malo et de tant d'autres saints, en Armorique. Il n'y avait point de diocèses à sièges fixes dans l'île de Bretagne. Les primats établis tantôt à Landaff, tantôt à Ménévie, gouvernaient toutes les églises, à l'aide d'évêques régionnaires qui se portaient sur tel ou tel point, selon le besoin des âmes. Or, il en fut longtemps de même dans la Domnonée continentale, et c'est ce qui explique la situation exceptionnelle de saint Samson, situation méconnue naguère, à mon grand étonnement, dans un livre des plus recommandables. Dans la Domnonée, en effet, saint Tugdual, à Tréguer, saint Brieuc, dans la ville qui porte ce nom, saint Malo, à Alet, exercèrent, comme évêques-abbés, toutes les fonctions de l'épiscopat. « J'observe, dit le bénédictin D. Le Gallois, dont les doctes recherches ont été si profitablesà D. Lobineau et à tant d'autres, j'observe que le génie des Bretons était de multiplier les évêchés comme les couronnes, et de consacrer partout des évêques dont la plupart, ne pouvant être que titulaires, n'étaient que comme des curés de campagne, dépendant, quant à la juridiction, d'un évêque principal; car comment entendre autrement les trois cent cinq évêques consacrés par saint Patrice dans la seule Hybernie, et les deux cent six qui se trouvèrent au synode de Bruy, pour la seule Cambrie, et ant d'autres prélats qu'on trouve de tous côtés, dont la plus grande partie vivaient dans des monastères, et étaient ordonnés par des métropolitains, ou même par de simples évêques, pour servir de pasteurs au peuple, sans que ces dignités tirassent à conséquence pour des successeurs ? Ces évêchés passagers, si l'on ose parler ainsi, finissaient avec les évêques, de sorte qu'après tout, il n'en est resté que quatre dans la Cambrie. La dignité d'archevêque était personnelle, indépendante des sièges, et les évêques d'une province choisissaient entre eux celui qu'ils jugeaient le plus digne métropolitain. Cette remarque sera nécessaire pour expliquer l'ordination de quelques nouveaux évêques en Armorique

 

 

Eglise Sainte-Croix de Quimperlé

 

Tout cela est d'une justesse parfaite et conforme aux données de l'histoire. Mais la distinction si judicieuse établie par dom Le Gallois entre les églises de Bretagne et celles de la Gaule n'a point été comprise, ou plutôt l'on n'a pas voulu l'accepter. Et, pourtant, la différence qu'il signale se retrouve partout, et on la voit se prolonger à travers les siècles. En veut-on une preuve éclatante? l'hagiologie comparée des diocèses de la Bretagne avec ceux de la Romanie va nous la fournir. Lorsque, quittant les anciens évêchés gallo-romains de Rennes et de Nantes, on met le pied sur le territoire breton proprement dit, les noms de lieux, nous l'avons fait remarquer, changent aussitôt de physionomie. Or, la même différence entre les noms de saints se peut observer dans l'une et l'autre contrée. Dans les diocèses de Rennes et de Nantes les noms patronymiques des églises sont gallo-romains, pour la plupart; ainsi saint Clair, saint Donatien, saint Rogatien, saint Similien, saint Martin, saint Hilaire, saint Julien, saint Marc, saint Aubin, saint Hélier, saint Vitalis (Viau), saint Herbelon, saint Filibert, etc. Il n'en est pas de même dans le pays breton. Il est certain, en effet, que presque toutes les paroisses de la Domnonée armoricaine, du Browerech, du Léon, de la Cornouaille, eurent pour patrons primitifs des saints venus de l'île de Bretagne et d'Irlande, ou nés, en Armorique, de parents de race bretonne. Les exceptions, on l'a fait judicieusement observer, ne portent guère que sur des noms qui, se rattachant intimement aux traditions évangéliques, doivent naturellement se retrouver partout. On a remarqué que presque tous les saints de la première période de l'histoire de Bretagne appartenaient à l'ordre monastique. Aussi, dom Le Gallois ne croit-il pas qu'il y ait eu de clergé séculier, dans le pays, avant le IXe siècle. Les essaims de moines bretons disséminés dans les solitudes de la péninsule y surent maintenir, avec tant de persistance, les coutumes particulières de leur Eglise, que Louis le Débonnaire, un jour qu'il campait, avec son armée, sur les bords de l'Elié, en 818, put voir se présenter devant lui l'abbé de Landévénec, avec le costume et la tonsure des anciens moines d'Hybernie. Or, si les Églises bretonnes pratiquaient encore, sous le fils de Charlemagne, les vieilles règles monastiques des saints irlandais, on peut juger de la puissance des coutumes nationales trois ou quatre siècles auparavant.il paraît, néanmoins, que, dans la Cornouaille et le Léon, des sièges fixes furent établis d'assez bonne heure. La fondation de ces deux Églises est sans doute entourée de quelque obscurité; mais, quoi qu'on en ait pu dire, leur existence est autrement certaine que celle de prétendus évêchés créés, dit-on, chez les Osismes et chez les Curiosolites,dès la fin du IVe siècle, et qui, on ne sait comment, auraient disparu tout à coup, en ne laissant pas plus de traces que la célèbre ville d'Is, engloutie, selon les légendes, sous les flots de l'Océan. 

 

 

Ancien Palais épiscopal de l'évêché de Cornouaille

et cathédrale de Quimper

 

 

Abbaye de Landevennec

 

Nous avons établi, dans un précédent paragraphe, que l'Église de Vannes ne remonte qu'à 465, et que, plusieurs années après la mort de saint Patern, les Vénètes, restés païens pour la plupart, durent être convertis par saint Melaine. Est-il donc croyable, après cela, qu'aux extrémités de la presqu'île armoricaine, le nombre des chrétiens ait pu être assez considérable, dès l'an 400, pour y rendre nécessaire l'établissement de plusieurs évêchés? Nous ne le pensons pas. D'ailleurs, le fait fût-il possible, il resterait à expliquer comment des diocèses, établis moins d'un siècle avant l'arrivée des Bretons, ont pu s'évanouir,en quelque sorte, sans que l'histoire ou la tradition n'aient conservé le moindre souvenir. Il faut donc le proclamer, rien de moins fondé que l'existence de ces diocèses primitifs. Et cependant, je le dis à regret, cette thèse a été reprise, en sous-oeuvre, après la mort de M. Bizeul, par le seul disciple qui défende son système. Le docte explorateur de nos voies romaines, pour rester conséquent avec lui-même, avait été amené à rejeter, en bloc, une grande partie des documents de notre histoire. Plein de mépris pour la tradition, il traitait avec le même dédain et les Actes de saint Melaine, de saint Samson, écrits par des contemporains, et les Vies de saint Malo, de saint Pol de Léon, de saint Guénolé, acceptées par la plus sévère critique.

 

 

 

Abbaye de Daoulas

 

Bien plus, comme l'établissement des Bretons en Armorique dérangeait le système du vénérable vieillard, il en vint, un jour, jusqu'à contester, pour ainsi dire, leur passage sur le continent. En vain lui opposa-t-on les textes formels de Sidoine Apollinaire, de Jornandès, de Procope, de Grégoire de Tours, d'Éginhart, d'Ermold Nigel, de Gurdestin, etc. en vain lui fit-on observer,-argument sans réplique,-qu'au moment même où les Saxons s'emparaient de l'île de Bretagne, un coin de la presqu'île armoricaine perdit son nom,pour prendre celui de Britannia minor, Britannia cismarina, rien ne put convaincre l'indomptable Armoricain-Nannète, et, sans daigner discuter un seul texte ni répondre à un seul argument, il passa outre. Moins passionné, moins absolu que son maître, l'archéologue qui s'est donné la mission de le continuer a produit, à l'appui du système, un argument nouveau, qui doit réduire à néant, croit-il, l'histoire de dom Lobineau, les savantes recherches de dom Le Gallois, de Lebeau, de Tillemont et de tant d'autres. Cet argument déeisif, en deux mots, le voici : « La Notice des Provinces place neuf cités dans la métropole de Tours, vers l'an 400 ; or, comme il ressort du texte d'un concile tenu à Vannes, en 465. que huit évêques existaient alors dans cette métropole, on en doit conclure que, non-seulement en ce temps-là, mais même soixante et dix ou quatre-vingts ans auparavant, il y avait des sièges épiscopaux à Vannes, à Carhaix, à Corseult. Par conséquent, il y a lieu d'affirmer que l'Évangile était prêché dans l'extrême Armorique avant l'arrivée des Bretons, de leurs évêques et de leurs moines. »

 

 

 

Abbaye de Bon-Repos à Saint-Gelven

 

Je crois avoir résumé fidèlement la thèse qui s'est produite dernièrement à l'Institut; ma réponse sera courte, mais péremptoire, je l'espère. Je ferai remarquer, tout d'abord, que, comme son maître, l'auteur résout, a priori, la question par la question même: « Au quatrième siècle le nombre des diocèses répondait, en Gaule, à celui des cités.-Mais rien n'est moins fondé qu'une telle proposition. Il est très-vrai, sans doute, que, après la chute de l'Empire, l’Église gallo-romaine modela ses diocèses sur les anciennes cités, et que, quand les circonscriptions civiles furent, en quelque sorte, annulées par les circonscriptions religieuses, les mots civitas et dioecesis devinrent synonymes.» Mais cette synonymie ne fut complète que le jour où l'Église ordonna formellement de faire concorder les divisions ecclésiastiques avec les divisions administratives. Or, la première décision prise à cet égard l'a été au concile de Chalcédoine, en 451, c'est-à-dire plus d'un demi-siècle après la rédaction de la Notice des Provinces. Voici, au surplus, les propres termes employés par les Pères de Chalcédoine : « Sivero quselibet civitas per auctoritatem imperialem renovata est, aut si renovetur in posterum, civilibus et publicis ordinationibus etiam ecclesiasticarum parochianarum sequatur ordinatio.» Ces paroles sont décisives; elles montrent l'inanité d'un système qui, cinquante ans, et plus, avant la décision du concile de Chalcédoine, prétend identifier, dans toute la Gaule, les cités et les diocèses. Nous ferons remarquer, au surplus, que des huit évêques mentionnés, mais sans désignation de sièges, dans les actes du concile de Vannes (465), six seulement appartiennent sans conteste à la province de Tours. Ce sont: Perpetuus, le métropolitain ; Paternus,évêque de Vannes; Talasius, d'Angers; Victorius, du Mans; Athenius, de Rennes; Nunnechius, de Nantes. Quant à Albinus et à Liberalis, aucun catalogue, aucune légende, aucune tradition n'autorise à croire qu'ils fussent évêques des Osismes et des Curiosolites. Est-ce donc que, pour assister à un concile provincial, il fallait nécessairement appartenir à la métropole où il était assemblé ? Nullement; car, au premier et au second concile de Tours, en 461 et 567, le tiers des prélats assistants étaient étrangers à la province. On peut juger, d'après cela, de la valeur du système. Ni dom Lobineau, ni dom Le Gallois, ni leurs savants confrères de l'ordre de Saint-Benoît n'ont jamais émis un doute sur la date d'érection du diocèse de Vannes. Et, en effet, la tradition constante de cette Eglise, tradition confirmée par une lettre synodale émanée de six prélats, atteste que saint Patern fut le premier évêque des Vénètes. L'hypothèse de trois diocèses antérieurs, à Vannes, à Carhaix et à Corseult, est donc purement chimérique. On sait quelle est la ténacité des traditions ecclésiastiques.Or, comment admettre que le souvenir de trois évêchés armoricains, fondés, moins de soixante et dix ans avant l'arrivée des Bretons, chez les Vénètes, les Osismes et les Curiosolites, se soit tellement effacé de la mémoire des hommes qu'on n'en trouve trace ni dans les catalogues d'évêques, ni dans les légendes, ni même dans les poêmes du moyen âge, qui, pourtant, ont fait arriver jusqu'à nous quelques reflets de l'antique splendeur des cités de Vorganium et de Coriosolitum ? Quant à la conversion de l'extrême Armorique, on ne peut que répéter, après M. de la Borderie, qu'il n'existe ni un fait, ni un texte, ni un indice quelconque d'où l'on puisse induire que l'Evangile y ait été prêché avant la venue des Bretons et de leurs moines. Nous avons eu l'occasion de citer ailleurs un curieux passage de la Vie de saint Melaine, d'où ressort la preuve que, plus de trente ans avant la fondation de l'évêché de Vannes, la plus grande partie des habitants du pays étaient encore païens. Or, s'il en était ainsi, vers l'an 500, dans un diocèse où saint Clair, suivant la tradition, avait fait pénétrer, plus de deux siècles auparavant, quelques rayons delà divine lumière, qui pourra croire qu'aux extrémités de la péninsule armoricaine le nombre des chrétiens ait été assez considérable, dès le règne d'Honorius, pour motiver l'érection de deux nouveaux sièges ?

 

 

Ancien prieuré de Locmaria-Quimper

(cliché Wikipédia)

Subdivisions ecclésiastiques de la Cornouaille. -Archidiaconés.- Doyennés.


 

La Cornouaille était divisée en deux archidiaconés : l'archidiaconé de Cornouaille et celui de Poher. L'archidiaconé de Cornouaille comprenait la région du sud, c'est-à-dire les sept districts de Cap-Sizun, Cap-Caval, Fouesnant, Conc, Quimperlé, Gourin, Coray. L'archidiaconé de Poher renfermait les quatre territoires de Poher, de Huelgoet, de Châteauneuf-du-Faou et de Châteaulin. Les paroisses dont il se composait, à partir de la chaîne des montagnes Noires jusqu'à Poullaouen inclusivement, répondaient à l'ancien comté de Poher. Plus loin, c'était la Cornouaille proprement dite, Anciennement, selon toute probabilité, chacun des archidiaconés cornouaillais renfermait un certain nombre de doyennés. Mais la plupart, à ce qu'il paraît, avaient de bonne heure cessé d'exister, et les deux seuls dont il soit fait mention, dans les Cartulairesde Quimper, furent supprimés en 1283, sur la demande d'un des titulaires dont les ressources étaient insuffisante. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'on sait, ou, plutôt, ce qu'on croit savoir de ces anciens doyennés.


 

I. L'archidiaconé de Cornouaille et les paroisses qui y étaient rattachées

 

Bannalec  et sa trève Trébalay

Baye 

Beuzec-Cap-Carnavalet et  ses trêves Saint-Guénolé et Saint-Jean-Trolimon

Beuzec-Cap-Sizun et sa trève Pont-Croix

Beuzec-ConqBriec et ses trèves LandudalLangolen et Quilinen

Bodivit

Cléden-Cap-Sizun

Clohars-Carnoët

Clohars-Fouesnant

Combrit et ses trèves Île-Tudy et Lambour

Coray

Cuzon

Edern et sa trève Guellevain

Elliant et ses trèves Locmaria-an-HentRosporden et Saint-Yvi

Ergué-Armel

Ergué-Gabéric

Esquibien et sa trève Audierne

Fouesnant et sa trève La Forêt

Gouesnac'h

Goulien

Gourin et ses trèves Le Saint et Roudouallec

Guengat

Guiscriff et sa trève Lanvénégen

Kerfeunteun

Kernével

Lababan

Landrévarzec et sa trève Tréflez 

Landudec

Langonnet et sa trève La Trinité-Béver

Lanriec

Lanvern et sa trève Saint-Honoré

Le Faouët

Le Trévoux

Leuhan

Locamand

Loctudy

Locunolé

Lothéa et sa trève Trélivalaire

Mahalon et sa trève Guiler  

Meillars

Melgven et sa trève Cadol

Mellac

Moëlan

Névez

Nizon et sa trève Pont-Aven

Penhars

Perguet et sa chapelle Bénodet

Peumerit

Pleuven

Ploaré, ses trèves Gourlizon & Le Juch et sa chapelle Douarnenez

Plobannalec

Plogastel

Plogoff

Plomelin

Plomeur et sa chapelle Guilvinec

Plonéis

Plonéour

Plonivel et sa trève Pont-L'Abbé

Plouhinec

Plovan

Plozévet

Pluguffan

Pouldergat et sa trève Pouldavid

Pouldreuzic

Poullan, et sa chapelle Tréboul

Primelin et sa trève Saint-Tugen

Querrien

la ville de Quimper avec 5 paroisses Lanniron, Locmaria, Saint-Corentin, Saint-Mathieu et Saint-Sauveur

la ville de Quimperlé avec 2 paroisses Saint-Colomban et Saint-Michel

Riec

Saint-Évarzec

Saint-Germain

Saint-Thurien

Scaër

Île de Sein

Tourc'h

Treffiagat

Tréguennec

Trégunc

Tréméoc

Tréméven

Tréogat

Tréoultré

 

 

 

Abbaye de St Maurice de Carnoët à Clohars-Carnoët

(cliché Wikipédia) 

 

Ce doyenné de Cornouaille était composé des territoires de Quimper, Pontcroix, Pont-l'Abbé, Fouesnant, Conc, Quimperlé et Gourin, paraît avoir été divisé en quatre doyennés, dont les deux premiers sont parfaitement connus :

 

 

1. Cap-Sizun. -Ce doyenné commençait à l'est de Guengat, atteignait les bords de la mer, vers le ruisseau du Riz, qui coule au fond de la baie de Douarnenez, suivait le contour de la pointe de Sizun jusqu'à la rade d'Audierne, et avait pour limite, au sud, le cours de la rivière de Goayen, sur laquelle est établi le port d'Audierne.

  

 

2. Cap-Caval.-Ce doyenné comprenait la portion de la pointe de Sizun située au midi du Goayen, et toute la contrée s'étendant de ce point-jusqu'au ruisseau qui, des confins de la paroisse de Guengat, va se jeter dans la rivière de Quimper, à l'anse de Combrit.

 

Landudec

Plouhinec

Mahalon et sa trève Guiler 

Plozévet

Pouldreuzic

Lababan (village de Pouldreuzic)

Plovan

Treguennec

Peumerit

Plogastel-Saint-Germain

Plonéour-Lanvem

Beuzec-Cap-Caval

Tréoultré (Penmarc'h)

Plobannalec

Plomeur

Treffiagat

Plonivel

Loctudy

Tréméoc

Combrit

Plomelin

Pluguffan

 

 

3. Conc. -Le pays de Conc formait probablement un doyenné comprenant : tout le territoire de Fouesnant, lequel s'étend, au sud d'Ergué-Armel et d'Ergué-Gaberic, entre la rivière de Quimper et le ruisseau qui forme la petite anse de Saint-Laurent, au fond de la baie de la forêt ; 2° les anciens ressorts de justice royale de Conc et Rosporden. Le doyenné, des autres côtés, s'avançait jusqu'à la rivière d'Aven et aux limites nord de la paroisse de Scaer.

 

 

4. Il est à présumer que le territoire soumis à la juridiction royale de Quimperlé,- territoire qui s'avançait jusqu'au nord de Querrien, après avoir suivi la rivière d'Ellé depuis son embouchure, -se réunissait au pays de Gourin pour former un quatrième doyenné dont aurait fait partie toute la région comprise entre les montagnes Noires et la mer.

 

 

I L'archidiaconé de Poher, composé, nous l'avons dit, des pays de Porzai ou Châteaulin, du Faou, de Daoulas et de Châteauneuf, en Basse-Cornouaille, et des territoires de Carhaix et Corlay (Haute-Cornouaille, comté de Poher), paraît avoir aussi formé trois subdivisions :

 

 

1. Le Porzai ou Porzoed. -Il commençait au nord du doyenné de Cap-Sizun, enveloppait toute la pointe de Crozon et avait pour limites, d'un autre côté, la rivière de Châteaulin, ou l'Aune, jusqu'aux confins est de la paroisse de Saint-Thois, où les montagnes Noires se relient à la rivière

 

 

2. Le Faou. - On sait d'une manière positive que le pays du Faou embrassait dans sa circonscription ecclésiastique le territoire de Daoulas, qui forme, au delà de la rivière de l'Hôpital-Canfrout, une autre pointe dans la rade de Brest. Quoique la seigneurie du Faou fût distincte de celle de Châteauneuf, toutes deux formaient un même doyenné dont les limites devaient être celles-ci: à l'ouest, la rade de Brest; au nord, l'Elorn et les montagnes d'Arez jusqu'aux sources de l'Aune, et enfin le cours de cette rivière jusqu'aux confins ouest de Spezet, qui, comme Saint-Hernin, dépendait probablement du pays de Poher.


 

3. Territoire de Poher. -En présence des grandes circonscriptions ecclésiastiques dont il vient d'être parlé, on ne peut guère admettre que le territoire de Poher, dont l'archidiacre siégeait primitivement à Plussulien, ait formé plusieurs subdivisions. Aussi bien, le nombre sept, que nous croyons avoir été anciennement celui des doyennés cornouaillais, correspondait-il à un chiffre en quelque sorte sacré dans l'Eglise bretonne. On sait, en effet, qu'elle se composait de sept diocèses et qu'elle reconnaissait sept saints pour principaux patrons. Mais ce n'est pas tout: la ville de Quimper renfermait, de même, sept paroisses, et ce n'est point au hasard qu'il faut attribuer cette division qu'on retrouve dans plusieurs autres parties de la Bretagne.

 

 
 
Doyenné de Poher :
 
Neulliac, et sa trève Kergrist. Cette paroisse avait encore une autre trève, Hémonstoir
 
 
 
Doyenné de Quimperlé :
 

 Locunolé ;

 

 

Extraits de La Bretagne, du Ve au XIIe siècle, par M. Aurélien de Courson

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 12:25

 

Selon la tradition, saint Clair, l'apôtre des Nannètes, aurait aussi prêché la foi dans la Vénétie et dans le pays des Rhedons. Mais, quoi qu'il en puisse être, il est certain que l'établissement du diocèse de Vannes ne remonte pas plus haut que la dernière moitié du Ve siècle, d'où la preuve, soit dit en passant, que toutes les cités désignées dans la notice des provinces ne furent pas, comme on l'a prétendu, des sièges d'évêchés. C'est en 465, dans un concile convoqué par Perpetuus, métropolitain de Tours, que Vannes reçut pour premier évêque l'armoricain saint Patern, qui mourut, peu d'années après, chez les Francs où les Goths l'avaient forcé de se réfugier. Modestus, son successeur, dont le nom est inscrit parmi ceux des Pères du concile d'Orléans, en 511, mit tout en oeuvre, sans doute, pour répandre le christianisme parmi les pagani de son diocèse. Mais son zèle, à ce qu'il paraît, ne fut guère récompensé, car, plus de trente ans après la mort de Patern, les habitants de la Vénétie étaient encore presque tous païens: «erant enim tune temporis Venetenses pene omnes gentiles .» On a essayé de nos jours. comme au XVIIIe siècle, de contester ce fait, qui concorde si bien avec les assertions de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours. Mais, outre que le témoignage du biographe de saint Melaine est décisif, nous ferons remarquer que l'hagiographe félicite l'illustre évêque, son contemporain, d'avoir effacé, chez les Rhedons eux-mêmes, les derniers vestiges de l'idolâtrie. Or, si dans l'évêché de Rennes, dont la fondation remonte au moins à 439, des idolâtres se montraient encore du temps de saint Melaine, à plus forte raison en devait-il être ainsi, à la même époque, dans l'évêché de Vannes, institué depuis si peu d'années et où le druidisme paraît avoir survécu plus longtemps qu'ailleurs. Quoique les Bretons eussent introduit, dans toutes les contrées où ils s'établirent, les coutumes de leur Église particulière, il est certain que, jusqu'à l'avènement de Nominoë au trône, le siège de Vannes ne fut pas soustrait à la juridiction de la métropole de Tours. Le discours adressé par l'évêque Regalis au duc Ebrachaire, le jour de son entrée dans Vannes, pourrait faire croire le contraire; au fond, cependant, les paroles du prélat n'attestent qu'une chose, c'est que les Bretons faisaient sentir durement leur joug au clergé gallo-romain. Les évêques de Vannes, comme ceux de Rennes et de Nantes, prenaient presque toujours parti pour les rois francs contre les petits souverains du Bas-Vannetais. Aussi, quand l'un de ces derniers s'avisait d'envoyer quelque prélat vénète en mission près d'un prince mérovingien, celui-ci, mécontent de la démarche, condamnait l'ambassadeur à l'exil et lui interdisait même de rentrer plus tard dans son diocèse. C'est ce qui advint, sous Waroch II, à l'évêque Ennius. Cette dépendance imposée à l'église de Vannes par les Mérovingiens se prolongea jusqu'au milieu du IXe siècle. Régnier, on se le rappelle, fut presque toujours en hostilité contre Nominoë, et tel était envers Charles le Chauve le dévouement de Suzannus, que Nominoë se crut obligé de le faire descendre de son siège. Sous le règne du libérateur des Bretons, les limites du diocèse vénète se modelèrent exactement sur celles de l'ancienne cité. Le Browerech, après la mort de l'intrus Gislard, s'accrut, il est vrai, de plusieurs paroisses du pays nantais, usurpées par ses évêques; mais, sur la prière de Fulchric, nous l'avons dit plus haut, Alain le Grand mit fin à ce désordre. Depuis cette époque jusqu'à la révolution française, la circonscription du diocèse a peu varié. Il avait pour frontière, à l'ouest, le cours de l'Ellé et celui de la Laita jusqu'au delà de Plouré. A partir de ce point, la ligne de délimitation se dirigeait sur Gouarec, où elle faisait angle sur le diocèse de Cornouaille, et, descendant le Blavet jusqu'aux abords de Pontivy, elle allait aboutir, au nord-ouest de cette ville, à la rivière d'Oust, qu'elle suivait jusqu'à Malestroit. De Malestroit, la ligne, après avoir décrit plusieurs sinuosités jusqu'aux bords de l'Aff, au-dessus du Temple, prenait la direction du sud-est,et gagnait la Vilaine qui formait la frontière commune des deux évêchés de Vannes et de Nantes. Lorsque les circonscriptions départementales furent établies, on crut devoir sacrifier les délimitations naturelles à des convenances d'un autre ordre. L'ancien diocèse de Vannes, dont l'aspect topographique était des plus irréguliers, fut alors ramené à la forme plus simple d'un parallélogramme. Pour former le nouveau diocèse, on prit, sur l'ancien évêché de Saint-Malo, une grande partie des paroisses dont se compose l'arrondissement actuel de Ploermel; sur l'évêché de Cornouaille,les districts du Faouet et de Gourin, plus un certain nombre de paroisses qui dépendent aujourd'hui des cantons de Pontivy et de Cléguérec. Enfin, au département du Morbihan fut annexé le canton de la Roche-Bernard, enlevé au diocèse de Nantes. L'auteur du Pouillé de 1646 place six abbayes dans l'évêché de Vannes, et, parmi elles, il cite l'abbaye de Notre-Dame-de-la-Monge, qui était tout simplement le prieuré de Notre-Dame-la-Montjoie, et l'abbaye de Notre-Dame-de-Saint-Pierre, qui n'a jamais existé. Il n'y avait dans le diocèse que cinq monastères d'hommes. C'étaient les abbayes de Redon, de Saint-Gildas de-Rhuys, de Locminé, de Prières et de Lanvaux. Une communauté de femmes, l'abbaye de la Joie, s'élevait aux portes d'Hennebont. On trouvera plus loin la liste des prieurés de l'évêché de Vannes, liste aussi complète que possible

 

 

 Saint-Gildas-de-Rhuys


 

Subdivisions ecclésiastiques.


 

Le diocèse de Vannes, quoi qu'en ait pu penser le docte auteur de la Topographie ecclésiastique de la France, ne renfermait qu'un seul archidiaconé, dont le titulaire, chose digne de remarque, n'exerçait aucun pouvoir sur les doyennés du diocèse. Ces doyennés étaient au nombre de six, savoir :

 

1. Le doyenné de Pou-Belz, ou de Mendon qui renfermait dix-sept paroisses :

 

Belz;

Brech;

Carnac;

Crach ;

Erdeven ;

Kervignac ;

Locmariaquer;

Locoal, avec sa trêve Sainte-Hélène   (désignée aussi sous le nom  de paroisse de Locoal-Hennebont) ;

Mendon ;

Merlévenez (dont l'église paroissiale était anciennement à Trévelzun);

Nostang ;

Ploemel ;

Plouharnel ;

Plouhinec ;

Quiberon ou Locmaria-de-Quiberon;

Riantec, avec sa trêve le Port-Louis;

Saint-Gildas-d' Auray. primitivement en Brech ;

Saint-Gilles-Hennebont, y compris sa trêve

Saint-Gilles-des-Champs (anciennement paroisse). La paroisse de Saint-Gilles-Hennebont faisait primitivement partie du territoire de Vannes.


 

2. Le doyenné de Kemenet-Héboë, ou de Guidel (vingt paroisses) :

 

 

Arzano, avec sa trêve Guilligomarch (anciennement paroisse);

Berné ;

Bubry, avec sa trêve Saint-Yves;

Caudan;

Cléguer ;

Groix ou Île-de-Groix;

Guidel;

Inguiniel;

Inzinzac, avec sa trêve Penqueslen ;

Lanvaudan, avec sa trêve Calan (anciennement paroisse);

Lesbins-Pontscorff, avec sa trêve Gestel (anciennement paroisse) ;

Lorient ou St-Louis-de-Lorient. anc. en Ploemeur;

Meslan ;

Ploemeur;

Plouay ;

Quéven . avec sa trêve Bihoué (anc' paroisse):

Quistinic;

Rédené , avec sa trêve Saint-David;

Saint-Caradec-Hennebont ;

Saint-Caradec-Trégomel , avec sa trêve Kernascléden.


 

 

 

Maison abbatiale Notre-Dame de Lanvaux à Brandivy

(d'après éditions Le-Flohic)


 

3. Le doyenné de Kemenet-Guingamp,ou de Guéméné-Guengamp (dix neuf paroisses)

 

Bieuzy (unie à l'ancienne paroisse de Caslennec) ;

Cléguérec , avec ses trêves Saint-Aignan et Sainte-Brigitte ;

Guern, avec sa trêve Saint-Michel ;

Langoëlan, avec sa trêve le Merzer (anciennement paroisse);

Lescouet ;

Liguol, avec sa trêve Saint-Yves;

Locmalo ou Locmalo-Guérnené ;

Malguénac, avec sa trêve Stival (anciennement paroisse) ;

Mellionnec ;

Melrand ;

Persquen ;

Plélauff;

Ploërdul, avec sa trêve Locuon;

Plouguernevel, avec ses trêves Bonen, Locmaria et Saint-Gilles-Goarec : cette paroisse faisait anciennement partie du diocèse de Cornouaille ;

Plourny ;

Priziac;

Saint-Tugdual (primitivement trêve du Croisty), avec sa trève le Croisty (anciennement paroisse);

Séglien, avec sa trêve Lescharlins (aujourd'hui Saint-Germain, paroisse au XVe siècle) ;

Silfiac, avec sa trêve Perret (ancienne paroisse).

 



 


 Abbaye de Redon

 

 

4. Le doyenné de Porhouet (trente-trois paroisses);

 

 

Baud;

Bignan ;

Bohal, anciennement trêve de Saint-Marcel, et primitivement paroisse : cette paroisse faisait partie du territoire de Rieux au XVe siècle;

Buléon, anciennement trêve de Saint-Allouestre;

Camors ;

Crédin ;

Croixanvec;

Cruguel (anciennement trêve de Billio, et primitivement paroisse), avec sa trêve Billio (anciennement paroisse);

Guégon, avec ses trêves Coët-Bugat (anciennement paroisse) et Trégranteur;

Guéhenno, avec sa trêve la Chapelle-ès-Brières (anciennement paroisse);

Guénin ;

Lontillac;

Locminé ou Saint-Sauveur-de-Locminé, anciennement dans la paroisse de Moréac;

Moréac ;

Moustoirac ou Moustoir-Radenac ou Moustoir-Locminé, anciennement trêve de Locminé, et primitivement paroisse ;

Naizin;

Noyal-Pontivy (dont l'église paroissiale était anc. à Sainte-Noyale), avec ses trêves Gueltas. Kerfourn, Saint-Gérand, Saint-Thuriau:

Pleugriffet;

Plumelec, avec sa trève Saint-Aubin (anciennement paroisse);

Pluméliau, avec sa (rêve Saint-Nicolas-des-Eaux ;

Plumelin;

Pontivy;

Quily, anciennement trève de Sérent;

Radenac ;

Réguiny ;

Remungol, avec sa trève Moustoir-Remungol (ancienne paroisse) ;

Rohan, anciennement trève de Saint-Gouvry et primitivement paroisse ;

Saint-Allouestre;

Sainte-Croix (de Josselin);

Saint-Gonnery ;

Saint-Gouvry, anciennement trève de Rohan ;

Saint-Jean-Brévelay ;

Saint-Marcel ;

Saint-Servant;

Sérent, avec ses trêves Lizio, le Roc-Saint-André et Saint-Guyomard (ou Saint-Maurice).

 

 

Notre-Dame des Prières à Billiers

(document Wikipédia)

 

 

5. Le doyenné de Péaule (quinze paroisses) ;

 

Ambon;

Arzal , avec sa trêve Lantiern ; 

Berrric

Billiers ;  

Bourg-Paul-Muzillac;  

Caden; Noyal-Muzillac;

Larré ;  

Lauzach ; 

Limerzel ;

Malansac;

Marzan ;

Molac : la paroisse de Molac faisait partie du territoire de Rieux pendant le XVe siècle et aussi pendant le XVIe;

Noyal-Muzillac, avec sa trêve le Guerno;

Péaule ;

Pluherlin, avec sa trêve Rochefort;

Questembert


 

6. Le doyenné de Carentoir (sept paroisses).

 

Carentoir, avec ses trêves la Chapelle-Gaceline, la Gacilly, la Haute- Bourdonnaye ou les Hautes-Bouessières, Quelneuc;

Malestroit ou Saint-Gilles-de- Malestroit, anciennement trêve de Missiriac, et primitivement paroisse : Malestroit faisait partie du territoire de Rieux au XVIe siècle;

Missiriac, anciennement trêve de Malestroit, et primitivement paroisse : la paroisse de Missiriac faisait partie du territoire de Rieux au XVIe siècle; Renac ;

Ruffiac, avec sa trêve Saint-Nicolas-du-Tertre;

Saint-Just;

Sixt;

Temple de Carentoir (Le), anciennement trêve de Carentoir, et primitivement paroisse ;

Tréal.


 

Outre ces six doyennés, l'évêché de Vannes renfermait les quatre territoires suivants : 

 

 

 

Cathédrale de Vannes

 

1. Le territoire de Vannes (trente-quatre paroisses) :

 

Arradon, avec sa trêve l'île-aux-Moines ; Ile-d'Arz (L') (unie à Ilur):

Arzon; 

Baden; 

Brandérion, anciennement trêve de Languidic; 

Elven, avec ses trêves Aguénéac et Trédion;

Grand-Champ, avec ses trêves Brandivy et Locmaria;  

Houat, anciennement trêve de Saint-Goustan-de Rhuis

Île d'Arz (unie à Ilur)

Landaul;

Landévant; 

Languinic;

Meucon;

Notre-Dame du Méné (à Vannes);

Noyalo;

Plaudren (unie à Saint-Bily), avec ses trêves Locqueltas et Monterblanc;

Plescop;

Ploeren;

Plougoumelen;

Plumergat, y compris sa trêve Mériadec-Coëtsal;

Pluneret ;

Pluvigner, avec sa trêve Saint-Bieuzy ;

Saint-Avé;

Saint-Gildas-de-Rbuis( anciennement Saint-Goustan) , avec sa trêve Hoedic 

Saint-Gouslan-d' Auray ;

Saînt-Nolff;

Saint-Patern (de Vannes) ;

Saint-Pierre (de Vannes), anciennement Sainte-Croix ;

Saint-Salomon (de Vannes);

Sarzeau;

Séné;

Sulniac, avec ses trêves le Gorvello et la Vraie-

Croix ;

Surzur, avec ses trêves le Hézo et la Trinité-de-la-Lande ;

Theix;

Treffidan, avec sa trêve Bizole.

Rhuis; Locqueltas et Monterblanc;

 

 

 

Ancien Palais Episcopal de Vannes


 

2. Le territoire de Rieux (quinze paroisses);

 

Allaire, avec sa trêve Saint-Gorgon ;

Begänne;

Fougerêts (Les) ;

Glénac (anciennement trêve de Couraon, et primitivement paroisse), avec sa trêve Cournon (anciennement paroisse, et primitivement en celle de Bains) : Glénac faisait partie du doyenné de Carentoir au XVe siècle;

Peillac;

Pleucadeuc;

Rieux, avec sa trêve Saint-Jean-des-Marais ;

Saint-Congard ;

Saint-Gravé ;

Saint-Jacut;

Saint-Laurent-de-Grée-Neuve : cette paroisse faisait partie du doyenné de Carentoir au XVe

siècle ;

Saitit-Martin-sur-Oust;

Saint- Vincent-sur-Oust, avec sa trêve Saint-Perreux.


 

3. Le territoire de Redon (quatre paroisses);

 

Bains;

Brain ;

Langon ;

Redon.


 

4. Le territoire de Belle-Ile (quatre paroisses).

 

Bangor ;

Locmaria ;

Palais (Le) ou Saint-Gérand du Palais ;

Sauzon.

 

 

Abbaye Notre-Dame de  Joie à  Campénéac 

 

Les limites des doyennés, comme celles des territoires, sont indiquées, sur notre carte, avec une exactitude qu'il n'a pas dépendu de nous de rendre plus rigoureuse. Le diocèse de Vannes ne comptait pas seulement, comme subdivisions ecclésiastiques, un archidiaconé,des doyennés, des territoires, des paroisses ; ces dernières étaient elles-mêmes fractionnées en trêves et en frairies. On nommait trêves, en Bretagne, de petites églises, ou succursales, dépendantes d'une église principale. Ainsi, pour ne pas sortir du pays des Vénètes, la paroisse de Carentoir renfermait quatre trêves: Haute-Bourdonnaye, La Chapelle-Gaceline, La Gacilly et Quelleneuc; la paroisse de Lanvaudan, deux trêves: Calan et Locmélé ; la paroisse d'Elven, deux trêves: Aguenac et Trédion, etc. On sait que, chez les Bretons insulaires, le territoire de chaque petite peuplade était divisé en districts composés chacun de cent trêves (contref). Nous voyons, par les lois d'Hoël le Bon, que, dans le pays de Galles, les trêves étaient l'objet de faveurs spéciales, lorsqu'une église y était fondée: « Que si une église est bâtie, avec l'autorisation du roi (Brenin), sur le territoire d'une trêve habitée par des serfs, et qu'il s'y trouve un prêtre disant la messe et un lieu de sépulture pour les morts, dès ce moment, la trêve est libre. » La frairie était une subdivision inférieure à la trêve elle-même. Dans le diocèse de Vannes, en Tréguer, en Cornouaille, les paroisses renfermaient plusieurs frairies, ayant chacune leur chapelle qui était desservie quelquefois par un prêtre spécial. Nous donnons plus bas une sorte de statistique de ces petites agrégations religieuses dont le gouvernement paraît avoir été placé, assez anciennement, entre les mains d'un petit conseil de fabriciens.  Les évêques de Vannes résidaient à Vannes, au Manoir de la Motte, ancien château ducal (plus tard la préfecture); ils avaient aussi une résidence d'été au manoir de Kerango, en la paroisse de Plescop, ci-dessous, d'après éditions Le-Flohic.

 

 

 

Extraits de La Bretagne, du Ve au XIIe siècle, par M. Aurélien de Courson 

 

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 09:11

 

Voici ce qu'écrivait au cours du XVIIIe siècle, Jean Ogée au sujet du lieu qui vit s'éteindre ce duc Jean Ier de Bretagne : « la voie romaine de Blain à Port-Navalo traverse cette commune du midi au nord, après avoir passe la Vilaine sous le manoir de la Noie, laissant le bourg a quelques centaines de mètres a l'ouest.  -A 1,000m au- dessus de la Noie, et sur le bord de la Vilaine, on voit les ruines du château de l'isle, vieux camp romain qui était devenu château dans le moyen-âge. Ce château occupait une langue de terre fort escarpée entre la rivière et un vallon profond. Il est situé en Marzan, mais on le mentionne ici parce qu'il parait avoir eu une liaison directe avec la voie romaine qui passait à Arzal. »

 

 

Gisant de Blanche de Navarre épouse de Jen Ier de Bretagne

 

Et Jean Ogée à la page consacrée à la localité de Marzan, d'ajouter : « Le château de l'Isle, situé sur un rocher dans la Vilaine, à trois quarts de lieue à l'Ouest du bourg & dans son territoire, fût bâti par les Romains ou par les Rois de Bretagne. Il est plus probable qu'il doit son existence aux premiers : ce qui le prouve est le chemin Romain qui y passe. Les Souverains de cette Province y passoient ordinairement quelques mois de l'année. Le Duc Arthur (II) y mourut l'an 1312. Son corps fut porté à Ploërmel, inhumé dans l'église des Carmes, et son coeur à Vannes, où il fut déposé dans l'église des Pères Cordeliers. » C'est aussi en ce château de L'Isle que trépassa le 8 octobre 1286 le Duc Jean II de Bretagne, il fut inhumé en l'abbaye des Prières qu'il avait fondée (voir Lieux des sépultures des souverains Bretons, page n° 4). Il avait régné quarante neuf ans ; son épouse Blanche de Navarre, qui était morte l'année précédente, avait été inhumée en cette même abbaye, une autre source donne l'Abbaye Notre-Dame-de-la-Joie près d'Hennebont. Laquelle abbaye des Prières posséda ensuite le dit château de L'Isle.

 

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 15:16

Contrat de mariage entre Alain de Rohan et Marguerite de Bretagne, sœur de Jean V

 

 

Orig.scellé en cire rouge sur d. q. du sceau n° 3 et du contre-sceau n° 3 bis (Bib). de Nantes, f. Bizeu ; anc. Arch. de Rohan,Contrats de mariage, n° 29.-Copie (Bib). nat., ms. fr. 22640 anc. BI. Mx LXXIIId, fo 48). Imprimé en partie seulement (D. Mor. Pr. II.. 783-784).

 

« A Saint Jehan », 1407, 19 avril. « Jehan. A toux. salut. Comme nostre très cher et très ame cousin et feal Alain, viconte de Rohan et nostre rès chere et très amée cousine damme Beatriz de Cliçon sa compaigne, desiranz avoir amour et amience o nous plus parfaite par affinité, en continuant et multipliant les amours et agences qu'ilz et leurs predicesseurs ont eu avecques nous et les noz par consanguinité et autrement, Nous eussent requis et fait requerre et prier que nous voulseissons octrier et consantir que nostre très chère et très amée seur Marguarite de Bretagne feust conjoainte par mariage,au plaisir de Dieu et de sainte église, o Alain de Rohan, filz ainzne et hoir principal presumptif et actendent de nozd. cousin et cousine; et eussent nozd. cousin et cousine, au traitie dud. mariage, promis et octrié pluseurs choses qui seront declerecs plus à plain, Savoir faisons que nous, considerenz la affeccion et bonne votente que nozd. cousin et cousine ont a nous, et les amours et aliences que nozd. cousin et cousine et leurs predicesseurs ont eu et ont ovecques nous et les noz; Nous, de nostre partie desirant ycelle continuer et multiplier, et par ce, inclinez aud. octroy de mariage, avons voullu et octrié, voulions et octrions et promectons en bonne fay, que nostred. seur, au plaisir de Dieu et de sainte église, prandra par mariage led. Alain de Rohan, ainzne filz et hoir principal de nozd. cousin et cousine ; à laquelle nostred. seur nous avons donné et octrié, et par ces presentes donnons et octrions, par led. Mariage faisant, pour tout droit, porcion et advenant de heritaige et de meuble, qui lui peut competer et appartenir de la subcession de nostre très redouté seigneur et père feu Mgr le duc, que Dieu absoille, et aussi de la subcession, quant le cas y escherra, de nostre très redoutée damme et mère Madamme la royne d'Engteterre, ta terre de Guillac o ses appartenances et despendences ainsi dit et condicionné que, ou cas que nostred. seur decepderoit senz hoir de son corps, que Dieu ne vuille, lad. terre de Guillac o ses appartenances retournera ànous et à noz hoirs; et aussi en cas que elle sourvivroit sond. mary, elle aura et joira de lad. terre, pourveu que si lesd. Viconte et sa famme, a cause d'elle, monstroient et apparoissoient avoir droit par heritaige en lad. Terre de Guillac, appartenances et despandanccs, par la subcession du sire de Cliçon ou autrement deument, ilz et leurs hoirs joiront d'icelle terre et appartenances oud. cas; et possé que ne apparoistroient y avoir aucun droit par heritaige, comme dit est, ilz pourront avoir et recouvrer lad. terre par eschange, se avoir la veullent, en nous baillant, ou a elle ou à noz hoirs, rescompassacion par autant au grant et vallant en nostre arsible, en nostre duchie Et par tant, nozd. cousin et cousine ont promis faire et procurer que lourd, filz et nostred. Seur et les hoirs qui d'eulx ystront se tendront contens de lad. promesse, pour toute porcion et avenant, et plus ne demanderont ; et aussy nozd. cousin et cousine ont octrié, promis et graié en bonne fay que ted. Alain, leur filz et hoir principal presumptiff et actendent, comme dit est, prandra par mariage, au plaisir de Dieu et de sainte eglise, nostred. seur; et defait ont nozd. cousin et cousine, pour leur filz, promis et octrié !ed. mariage. Et, par led. trahie de mariage et en ce faisant, le ont herité et heritent et marient comme leur principal hoir presumptitf et actendent, en leurs terres et seignouries et droiz de heritaiges, saisines et possessions que tiennent appresent et qui leur puent et doivent escheoir et avenir, tant par la subcession du sire de Cliçon que autrement, tant en Bretaigne que ailleurs; et ont voullu et octrié qu'il ait pour provission, savoir est la tierce partie desd. heritaiges et subcession, pour laquelle tierce partie nozd. cousin et cousine ont baillé, baillent et assiest a lourd, filz, aud. mariage faisant et pour sa provission, les terres, seignories et heritaiges qui se enssuivent, savoir est : la seignorie et revenue du chastel et chastellennie de Cliçon, la seignorie et revenue du chastel et chastellennie de la Garnache, ou autres chasteaulx et chastellennies, un ou plusseurs, a la value, en leursd. terres. Et se il avenoit, que Dieu ne vuille, que led. filz decepderoit avant sesd. père et mère ou avant l'un d'eulx, et que nostred. seur sourvivroit, nozd. cousin et cousine ont voullu, promis et octrié que nostred. seur ait et joisse pour son droit de douaire et par douaire, son vivant, desd. chastelx et chastellennies, o leurs appartenances et revenues, ou autant vallant en leurs autres terres et heritaiges en Bretaigne. Et cestes choses et chascune avons promis et jure, nous de nostre partie, tenir et faire tenir à nostred. seur, selon la fourme que dit est, et le promectons et jurons, et en parolle de prince, senz jumès encontre venir et paraillement nozd. cousin et cousine, en ce que leur touche, le ont promis et juré en bonne fay et par le serment de leurs corps, ainsi le tenir et faire tenir à lourd, filz, senz jamès encontre venir; et nous en ont baillé leurs lettres. Item comme nostred. cousin soit adjourne et poursuy par noz procureurs, tant par nostre court et barre de Ploerme! que ailleurs, de ptusseurs accions personnelles et de meuble, que nostred. cousin dit n'estre pas de grant poys, et nous ayt supplié que le voulscissons meictre hors desd. adjournement et poursuite, et ii en donner quitance valable, Nous, pour amour de nostred. cousin et pour contemplacion dud. mariage, avons voullu que nostred. cousin deciere parliculierement les cas dont il est poursuy, et sur ce li en ferons benignement, par l'avis de nostre conseill, tant qu'il devra suffire.

Par le Duc. (Et sur le repli) Par le duc, de son commandement et en son conseil, ouquel l'evesque de Nantes, le president, messire Guy de Mouiac, Tritan de la Lande et les seneschalx de Broereuch et de PIoermel estoient. J. Mauleon. »

 

 


 

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 09:35

IX.-Conclusion.


 

Résumons-nous.De six chapelles dites jusqu'à ce jour les Sept-Saints, une seule est consacrée -et seulement depuis trente ans -aux Sept-Saints de Bretagne. D'où vient cet injuste oubli de nos Sept-Saints,et ces bizarres substitutions de saints étrangers à nos saints nationaux si chers à nos pères ? Une raison se présente tout d'abord à l'esprit. Le malheur a voulu que au lieu de dire, comme nos historiens, les Sept-Saints de Bretagne, l'usage dit par abréviation les Sept-Saints. Cette abréviation a effacé, si j'ose le dire, leur marque d'origine. Si on eût dit tes Sept-Saints de Bretagne, l'ignorance ou la fantaisie aurait pu faire erreur sur leurs vrais noms, substituer un saint breton à un autre ; mais personne n'aurait eu l'idée -qui eût été bien saugrenue -d'aller chercher sept frères étrangers réunis dans le martyre pour les assembler dans un culte commun en Bretagne comme saints bretons. Mais je n'ai parlé que des chapelles, des ruines de chapelles ou des souvenirs gardant encore le vocable des Sept-Saints ; or, d'autres chapelles originairement et jusqu'à la fin du XVIIe siècle consacrées aux Sept-Saints de Bretagne ont reçu depuis un autre vocable : un plus grand nombre vendues nationalement comme carrières ont été démolies ou tombées en ruines ont disparu. N'en resterait-il pas quelque trace ou quelque souvenir, surtout aux abords des vieilles voles romaines ? C'est une enquêta à faire. Mais est-ce tout que de rappeler le souvenir de nos Sept-Saints de Bretagne ? A Quimper, leurs images ont été rétablies, à Erquy, ils sont honorés d'un culte collectif. Ces exemples donnés par les diocèses de Quimper et de Saint-Brieuc ne seront-ils pas suivis ? Je ne puis me résigner à le croire ; et, sous forme de conclusion à ce trop long et pourtant insuffisant travail, je prends la liberté d'émettre quatre voeux. Le premier s'adresse à vous.Messieurs,et aux ecclésiastiques qui habitent les campagnes et dont plusieurs m'ont déjà fourni d'utiles renseignements. Le voici : Que l'on recherche les anciens rocades des vieilles chapelles situées surtout le long des anciennes voies romaines et spécialement le long des voies ayant été le chemin des Sept-Saints; -que, ce travail fait, il soit dressé une liste générale des chapelles, fontaines ou lieux nommés des Sept-Saints. Les trois autres voeux sont à soumettre à S. E. le Cardinal Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, et. à ce titre, successeur de saint Samson et sairt Malo, à Nos seigneurs les Evêques de Saint-Brieuc et Tréguier, Quimper et Saint-Pol, enfin Vannes. Mais je n'ai pas spécialité comme l'Association Bretonne pour soumettre ces voeux aux vénérables prélats : c'està vous, Messieurs, que je les soumets :


 

1° Qu'à l'exemple de la cathédrale de Quimper, les six églises stations principales du pèlerinage aient une memoria (comme on disait anciennement), sinon un autel des Sept-Saints de Bretagne.


 


 

2° Que les chapelles gardant encore le nom des Sept-Saints, et celles qui seront reconnues comme ayant eu ce vocable, reprennent le vocable des Sept-Saints de Bretagne, et aient une memoria des Sept-Saints.


 

3° Que, dans les églises ou chapelles dédiées à l'un des Sept-Saints, le souvenir des six autres soit associé à celui du patron, par une memoria quelconque, fût-ce une simple inscription portant les noms des Sept-Saints de Bretagne. Si vous approuvez ces voeux, je mettrai en toute confiance au pied de la requête aux vénérés successeurs des Sept-Saints de Bretagne la formule finale, quelquefois un peu hasardeuse, des requêtes auxquelles je répondais jadis : Et ce sera justice.


 

 

 

 


 

Post Scriptum


 

Depuis que ces pages sont écrites, une grande solennité religieuse a été célébrée à Saint-Pol-de-Léon, et des milliers de pèlerins bretons sont accourus au rendez-vous donné dans la vieille cathédrale. Rendant compte de ces fêtes, des journaux ont montré des pèlerins visitant dans la cathédrale le tombeau de Conan Mériadec, qui fut le fondateur et le premier roi de Bretagne. Cette nouvelle a éveillé l'attention ; et voilà un sarcophage du XIIe siècle, aujourd'hui bénitier, devenu une preuve nouvelle de l'existence et de la royauté de Conan huit siècles auparavant I.… Eh bien ! non : la fondation de la Bretagne ne fut pas l'oeuvre du fabuleux Conan, et elle n'a pas été au prix de ces tueries d'hommes auxquelles les peuples attachent la gloire. Chassés de l'Ile de Bretagne, les Bretons durent chercher une autre patrie, et ils abordèrent aux rivages de l'Armorique comme émigrés et suppliants. Aux Ve et VIe siècles, ils débarquent en petites troupes, conduits quelquefois par leurs princes, d'ordinaire par des prêtres et des moines. Parfois aussi, c'est un chef de monastère qui passe la mer avec ses moines, comme saint Brieuc débarquant avec plus de cent soixante frères. Qu'ils soient venus comme chefs d'une troupe d'exilés ou seuls, les moines se mettent à l'oeuvre. Ils s'emparent de la terre: elle est couverte de bois et inculte, ils la défrichent et l'ouvrent à la culture. Ils s'emparent de la population: elle est livrée pour la plus grande part à un grossier polythéisme : les moines prêchent l'Evangile qui fut alors et qui reste le plus puissant élément de civilisation, lis réunissent les exilés et les Armoricains en petites colonies qu'ils nomment ptov.Avec le temps les plou se multiplient, s'élargissent, se rapprochent, se groupent ; au milieu du VIe siècle, le travail de groupement est assez avancé pour qu'il se trouve en Armorique quatre petits Etats. Voilà notre Bretagne fondée ! Donc l'Armorique a été conquise par les prêtres et les moines, nos saints bretons ; et parmi ces conquérants pacifiques brillent les Sept-Saints de Bretagne. Or, des Sept, deux seulement ont été nommés à Saint-Pol, Paul Aurélien et Corentin, fondateurs des deux évêchés aujourd'hui réunis de Saint-Pol et de Quimper. Mais le mot les Sept-Saints de Bretagne n'a pas été prononcé ; et du culte collectif des Bretagne, pas un mot ! Un éloquent orateur,qui parle arec un égal talent les deux langues française et bretonne, s'est fait entendre en breton. Que nous eussions voulu qu'il rappelât ce grand acte de foi bretonne, le pèlerinage des Sept-Saints ; -qu'il montrât seigneurs et grandes dames et même un duc et un amiral de Bretagne suivant les vieilles routes avec le pauvre peuple : -qu'il dit aux pèlerins -ce qui est vrai : « Pas un de nous, vieux Bretons, dont les pères n'aient fait le Tro-Breiz. Ils ont prié sous ces voûtes ; mais le pavé de l'église, il a fallu le renouveler, les genoux de nos pères, pieux pèlerins des Sept-Saints, l'avaient usé. » D'un mot, l'orateur aurait ravivé la mémoire et le culte de nos Sept-Saints ! Nous faut-il expliquer pourquoi nous avons pris la liberté de signaler le silence gardé à Saint-Pol sur les Sept-Saints et leur pèlerinage ? Il ne s'agit pas d'une critique malséante ; mais nous faisons de ce silence un argument en faveur des requêtes exposées plus haut : il montre en quel oubli est tombé le culte collectif de nos Sept-Saints. Plus cet oubli de la Bretagne envers ses Sept-Saints est complet, plus il est injuste.historiquement et religieusement, et plus il appelle la réparation que nous sollicitons.

 

J. Trévédy. Ancien Président du Tribunal de Quimper, Vice-pr. Honoraire de la Soc Arch. du Finistère.

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:34

 

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:13

 

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 13:04

La légende doit avoir sa place dans cette étude. Le compte-rendu de l'enquête malheureusement insuffisante que nous avons pu faire serait incomplet si nous ne faisions pas connaître les légendes qui ont pris la place de l'histoire des Sept-Saints, et qui se répètent et sont encore acceptées de nos jours. Ces légendes se retrouvent en particulier à Erdeven, aux environs de Ploërmel, à Kergrist-Neuliac et environs, à Yffiniac. Leur énoncé n'est pas inutile. Quels que soient les ornements dont l'imagination les ait parées, elles ont, vous le verrez, un fonds commun ; et vous reconnaîtrez sans peine qu'il est vrai de dire :

 

Souvent un peu de vérité

Se mêle au plus grossier mensonge.

 

Voici ces quatre légendes :

 

Légende de Erdeven. -Une pauvre femme d'une seule couche avait eu sept fils. Résolue d'en garder un seul, elle chargea une servante d'aller noyer les six autres. La servante mit les six enfants dans un crible, et se hâta vers la rivière. A mi-chemin, pour se reposer, elle déposa le crible sur un bloc de granit et partit après. Aussitôt elle vit le crible s'enfonçant dans le granit ; épouvantée elle voulut se lever ; mais elle même était collée à la pierre. Eperdue, elle entendit une voix disant ; « Rapporte les enfants auprès de leur frère. » La femme, tout à l'heure attachée au rocher, se sent libre, prend le crible et marche.En route, elle trouve le père des enfants revenant de son ouvrage. Celui-ci mit les enfants en nourrice : tous les sept devinrent évêques Leurs noms, direz-vous ?... On ne les nomme pas. En preuve de ces dires,on vous montrera à cinquante mètres de l'emplacement de l'ancienne chapelle des Sept-Saints le bloc do granit sur laquelle fut posé le crible. Sur ce bloc, on remarque une dépression de quatre ou cinq centimètres de profondeur, à peu près circulaire. C'est l'empreinte du crible. A côté se voient des lignes irrégulières. Ce sont les marques laissées par les vêtements de la femme qui s'est assise là. Dans l'arrondissement de Vannes, au sud de l'Oust, nous trouvons une légende analogue. Ce n'est plus une pauvre femme qui met au monde sept enfants : c'est une reine d'Irlande. En l'absence du roi, elle ordonne de les noyer. Mais la femme qui portait le panier les renfermant rencontre le roi revenant d'une expédition lointaine. Le roi entend des plaintes sortant du panier, il l'ouvre : la femme avoue l'ordre qu'elle exécutait. Le roi lui pardonne à la condition qu'elle laisse croire à la reine que les enfants sont noyés. -Le roi les fait élever et, quand ils ont grandi, les présente à la reine qu'il condamne à mort. Mais les sept intercèdent pour leur mère et le roi pardonne. -Bientôt ils demandent à se retirer du monde. Le roi consent à contre coeur ; mais il en garde un. Les six autres passent la mer, débarquent en Bretagne où ils sont bientôt rejoints par leur frère ; et tous sept deviennent moines ou évêques. Les noms de ceux-ci sont connus : c'est Jacut, resté le dernier en Irlande, Maudez, Congar. Gravé, Perreux, Corgon et Dolay. Cinq d'entre eux. Jacut, Congar, Gravé, Perreux et Gorgon sont patrons de paroisses portant leurs noms, situées entre l'Oust et la Vilaine (arrondissement de Vannes). Dolay a sa paroisse dans le même arrondissement, mais sur la rive gauche de la Vilaine. Maudez a une chapelle avec une fontaine aujourd'hui comblée dans la commune de la Croix-Helléan, près de Josselin. Ci-dessous Saint-Maudez d'après vitrail de la Croix-Helléan.

 

 

 

 

D'après la légende, les sept enfants di la reine d'Irlande devaient être noyés dans cette fontaineVoici une troisième légende répandue dans la partie de l'ancien évêché de Cornouaille comprise aujourd'hui dans les Côtes-du-Nord et le Morbihan, notamment cantons de Mûr et Pontivy. Sept enfants, nés ensemble, comme ceux dont nous venons de parler, furent abandonnés, disons mieux, exposés par une mère dénaturée. La légende dit le lieu : ce sont les bois du Quélenec. appartenant à notre savant confrère, mon vieil ami Charles de Keranflec'h-Kernezne. Ces enfants furent nourris par une chèvre blanche, disent la plupart, une biche, disent quelques-uns. Mais tous sont d'accord sur le lieu où ils furent élevés. Dans le bois il y a un rocher do la Chèvre, une fontaine de la Chèvre et un canton des Sept-Fontaines… C'est là !… Les sept enfants grandirent et devinrent tous évêques. -Tous sont honorés sous un seul nom pris apparemment comme nom de famille, les saints Malret ou Mairec. En récompense de ses bons soins, la chèvre vit encore ; et elle s'associe à sa manière au culte rendu à ses nourrissons. Elle a même sa part moleste, il est vrai, mais bien méritée, dans les hommages populaires. Elle ne manque pas de venir chaque année, visiter la chapelle de Kergrist-Neuliac, la veille de la fête des saints. Aussi était-il d'usage de faire pour elle une litière de paille fraîche sous le porche de la chapelle. Depuis quelques années, cet usage a cessé. Mais la chèvre revient toujours. Notre confrère Keranflec'h, bien que voisin, ne l'a jamais vue; mais il pourrait nous montrer nombre de braves gens qui, plus heureux que lui. l'ont rencontrée sur les landes de Saint-Guen et de Saint-Connec courant vers la chapelle, la veille de la fête au soir. Enfin, à Yffiniac, on a pu recueillir, en 1851, la légende qui suit : «  Un seigneur, de retour d'une lointaine expédition, aurait, égare par la jalousie, martyrisé dans ce lieu (auprès de la chapelle ou de la fontaine des Sept-Saints) ses sept enfants, tous d'une ressemblance frappante et vêtus habituellement de la même manière. » Si la légende a été exactement reproduite, il faut reconnaître qu'au premier abord elle semble bien éloignée des autres. Ici ce n'est plus la mère, c'est le père qui résout la mort de ses enfants ; ceux-ci n'échappent pas à la mort, ne deviennent pas évêques. La légende a pourtant quelques points de contact avec les légendes qui précèdent; l'un d'eux nous est révélé par ce détail puéril : « Ils étaient habituellement vêtus de la même manière.  Qu'est-ce à dire ? Que tous les sept étaient du même âge ou jumeaux, comme ceux dont nous avons parlé. De plus, les sept enfants martyrs de la démence de leur père sont les sept saints honorés primitivement dans la chapelle : autrement quelle raison avait-on d'indiquer la chapelle comme le lieu de leur mort ? Ne faut-il pas entendre qu'ils furent noyés dans la fontaine, comme les sept autres dont nous avons parlé ? Voici maintenant des lieux qui ne gardent pas le nom des Sept-Saints, mais ou la légende semble garder d'eux un lointain souvenir.» Un auteur qui semble parler sérieusement écrit sans dire ou il a puise ce renseignement : « Sous le règne de Clovis, une petite colonie irlandaise, composée de sept frères et trois soeurs, vint chercher un asile sur le continent. Elle débarqua à l'embouchure de la Rance, croyons-nous...elle édifia tout le pays par ses bonnes semences… Les sept frères, c'est-à-dire les sept saints, se nommaient Gobrien, Helen, Petran, Germain, Veran, Abran et Tressaint.  Or, au pays de Dinan, on trouve les paroisses de Saint-Helen, de Tressaint, de Saint-Germain de la Mer, de Saint-Abraham au diocèse de Saint-Malo, et, dans le diocèse de Saint-Brieuc, les communes de Saint-Veran et de Trévérec, toutes les deux sous le patronage de saint Vran ou Veran. Nous pensons que cette famille a donné le nom de chacun de ses membres aux paroisses que nous venons de citer. » Toute cette géographie est assez inexacte, et de cette légende apparemment recueillie aux bords de la Rance, et transformée en un renseignement historique, nous ne pouvons retenir qu'un point : les sept saints frères venus d'Irlande et évangélisant cette partie de la Bretagne. Autre légende recueillie dans les mêmes parages. On raconte à Lancieux que huit frères passèrent de l'Angleterre en Bretagne pour prêcher l'évangile. On les nomme Cast, Jacut, Cieux, Briac, Lunaire, Enogat, Malo et Serran. Remarquez-le, ce sont les noms de huit paroisses voisines, sinon limitrophes. Les deux premières étaient du diocèse de Saint-Brieuc ; et des six autres situées au diocèse de Saint-Malo, quatre sont contigues; enfin au dernier siècle, Saint- Servan n'était que la paroisse rurale de Saint-Malo. Il semble permis d'admettre que Saint-Serran a été ajouté & la liste pour flatter l'amour-propre de la paroisse, peut-être pour ne pas ajouter un ferment de plus aux jalouses querelles des deux villes. Dans cette hypothèse, que je n'imagine pas, la légende primitive nommerait sept frères seulement venus d'Angleterre. Un seul d'entre eux fut évêque; mais il suffit que les autres soient représentés comme évangélisateurs du pays, pour que nous puissions retrouver dans la légende un souvenir des Sept-Saints de Bretagne. Enfin on conte ce qui suit à Saint-Cast: Sainte Blanche, que la légende fait originaire du lieu même, eut sept fils qui devinrent évêques et missionnaires du pays. -Ceux-ci, à la différence de la plupart des autres, ne viennent pas d'Angleterre ; mais leur nombre, leur qualité de frères, leur titre commun d'évêques n'autorisent-ils pas à rapprocher cette légende de celles qui précèdent ? La plupart de ces légendes ont un fond commun qui n'échappera à personne. N'est-il pas permis de retrouver dans ces fables comme un écho lointain de la vérité? Nos Sept-Saints étaient frères en ce sens qu'ils avaient la même origine ; ils furent délaissés ou condamnés par leur mère, en ce sens qu'ils durent quitter la patrie envahie,devenue pour eux inhospitalière; enfin, d'après une tradition acceptée historiquement pendant des siècles, tous les sept devinrent évêques. Voilà les légendes substituées aux histoires des Sept-Saints de Bretagne, qui furent les apôtres et « les vrais pères de la nation bretonne en Armorique. » N'est-il pas temps que l'histoire reprenne la place que l'ignorance et l'insouciance lui ont fait perdre ?... Mais ce n'est pas assez demander. Il y a plus et mieux à faire. D'après notes laissées par J. Trévédy : Les Sept-Saints de Bretagne et leur pèlerinage.  

 

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 13:20

Voilà pour les chapelles. Parlons maintenant des fontaines et des lieux dits Sept-Saints


 

VIII. - A Bulat-Pestivien, à deux cents mètres du bourg, les fontaines dites des Sept-Saints. Il y a sept fontaines contigues;chacune d'elles est surmontée d'une niche vide. On ne garde pas souvenir d'une chapelle dite des Sept-Saints. Rien d'étonnant, puisque les fontaines sont à deux cents mètres de l'église de Notre-Dame où pouvait être autrefois un autel des Sept-Saints. Quoiqu'il en soit, pas un des nombreux pèlerins de Notre-Dame (fête le dimanche qui suit la fête de la Nativité) ne manquerait à visiter les fontaines. Quels sont ces saints ? Les pèlerins ne les nomment pas. La pensée des Sept-Saints de Bretagne se présente naturellement à l'esprit. -Remarquons que les fontaines sont sur la route de Tréguier à Rostrenen, autrefois route de Tréguier à Vannes.


 


 

IX. -A Locmaria-an-hent, dont nous avons parlé plus haut, dans la chapelle contiguê à la fontaine des Sept-Saints, on voit un tableau ancien, sans aucun art, mais qui, pour nous, ne manque pas d'intérêt. Il représente, comme celui de Brest, le martyre des sept fils de sainte Félicité ou de sainte Symphorose. Il est bien clair que ici, comme à Brest, quand on eut perdu les noms des Sept-Saints anciennement honorés, quand le nom de Sept Saints de Bretagne n'eut plus de sens, et qu'on effaça les deux derniers mots sur le rentier dont nous avons parlé, on chercha au martyrologe sept saints pouvant être unis dans un culte collectif.


 


 

X. -Dans la commune de Glomel, trêve de Trégornan, une métairie nommée les Sept-Saints. On n'a pas gardé souvenir d'une chapelle des Sept-Saints ; mais on ne peut guère douter que le village ne prenne son nom du voisinage d'une chapelle depuis longtemps disparue, consacrée sous ce vocable. Un vénérable curé mort octogénaire, en septembre 1800, après avoir passé cinquante-sept ans à Trégornan, avait cette pensée et professait une dévotion particulière pour les Sept-Saints, entendant par ces mots, on n'en peut douter, les Sept-Saints bretons. Le site des Sepl-Saints est à peu de distance de la voie romaine de Carhaix à Vannes. Ajoutons, pour être complet, que plusieurs fragments de chemins gardent encore le nom de chemin des Sept-Saints Il s'en trouve dans le Morbihan: ces tronçons peuvent être les restes des voies romaines conduisant autrefois les pèlerins de Vannes à Quimper, Est à Ouest, ou des voies descendant de Dol et Alet sur Vannes (Nord-Est au Sud-Ouest) par Saint-Jean de Brévelay. -D'autres chemins du même nom peuvent conserver le souvenir de voies antiques conduisant aux églises principales stations du pèlerinage. Je ne puis indiquer la situation de ces fragments de chemins. Je rappelle seulement que, en 1310, nous avons trouvé en Trédias un chemin des Sept-Saints, introuvable de nos jours. Ainsi, sans doute, est-il de beaucoup d'autres. Résumons ce que nous venons de dire. Sans parler des chemins gardant encore le nom des Sept-Saints, voilà dix lieux, chapelles, fontaines ou villages dits les Sept-Saints. Dans tous ces lieux, les vrais noms des Sept-Saints de Bretagne ont été oubliés, et dans un seul, à Erquy, ils ont été restitués, et seulement depuis peu d'années.

 

 

 

Chapelle des Marins à Erquy construite

à l'emplacement de la chapelle des Sept-Saints de Bretagne

 

 

Dans quatre endroits, à Erdeven, Conquereuil, fontaine de Bulat-Pestivien, village de Glomel, on se contente de cette dénomination de Sept-Saints sans rechercher le nom de chacun des Sept. Dans trois autres lieux, pour suppléer aux noms oubliés, on a demandé à l'histoire les noms de sept saints qui pussent être raisonnablement l'objet d'un culte collectif. A Brest et à la fontaine de Kermaria-an-Hent, les sept saints sont les frères martyrs, fils de sainte Symphorose ou de sainte Félicité Romaine. Au Vieux-Marché ce sont les Sept-Dormants d'Ephése. A Yffiniac c'est la fantaisie ou des dévotions particulières qui ont dressé une liste de saints, parmi lesquels plusieurs étrangers à la Bretagne, et dont un seul, saint Pabu (Tugdual), à sa place parmi nos Sept-Saints de Bretagne. A Kergrist-Neuliac et aux environs on donne aux Sept-Saints, réputés frères, un nom de famille Merec ou Mairel. Voilà un premier résultat de notre enquête aux lieux gardant le nom de Sept-Saints ; mais il y a des lieux qui ne gardent pas ce nom, et où se retrouvent, par tradition, des listes de saints réunis non dans un culte collectif, mais dans un souvenir commun. Ces listes comprennent d'ordinaire sept saints ; et c'est ce nombre de sept qui m'autorise,je crois, à faire mention de ces listes. Les noms qu'elles comprennent sont les noms de patrons de paroisses ou de saints réputés fondateurs de la foi chrétienne aux environs. -Ici, vous le voyez, nous sommes en pleine légende. D'après notes laissées par J. Trévédy : Les Sept-Saints de Bretagne et leur pèlerinage.

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