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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 12:39

Nous avons divisé les droits et usages singuliers de la féodalité en Bretagne en quatre catégories ; les deux premières ont été examinées dans la dernière conférence, parlons maintenant des deux autres.

 

III Droits et usages qui concernent la guerre et la chasse : prestations d'armes et de vêtements militaires.


 

On rencontre d'abord de nombreuses prestations d'éperons dorés. -En outre, le seigneur de Châteauneuf de la Noë devait recevoir du tenancier des prairies de la Gabiais une épée avec ses gardes dorées et le fourreau couvert de velours. - A une époque postérieure, il eut droit aussi, pour la jouissance d'une maison située à Cancale, à une livre de poudre à pistolet. -La redevance la plus curieuse de ce genre est celle qui était due, tous les ans. au sire de Combour par les bouchers de Dol, remplissant l'obligation imposée auparavant aux pelletiers : elle consistait en une pelisse blanche en peau, assez grande pour entourer un fût de pipe et dont les manches devaient être assez larges pour qu'un homme armé pût y passer facilement le bras. L'on trouve aussi des prestations de chasse et de fauconnerie, consistant en anneaux, sonnettes, chaperons, gants pour faucons, et même en gibier vivant. Le possesseur du Clos-Lamdeau devait au sire de Coislin en Cambon, près de Pontchâteau, à la Toussaint et à Noël, une bécasse, deux chapons, deux roses naturelles, l'une blanche et l'autre rouge, deux giroflées et une paire de gants.


 

Droits et usages qui ont un but d'utilité publique; exercices de corps et exercices militaires sous diverses formes.

 

 


 

La quintaine.


 

-Le droit de quintaine existait dans toutes les seigneuries de quelque importance. Les nouveaux mariés de l'année devaient fournir devant leur seigneur trois courses à cheval et frapper un poteau avec une longue gaule appelée quintaine ; si l'un d'eux tombait ou ne brisait pas sa gaule à lune des trois courses, il était passible d'une amende de soixante sous. Parfois un mannequin armé d'une lance était fixé au poteau et monté sur un pivot, en sorte qu'il tournait sur lui-même si le coup n'était pas porté juste au milieu de la poitrine, et frappait le coureur maladroit. Ce droit, devenu dans la suite un simple amusement populaire, est évidemment un reste des jeux militaires qui avaient pour but dans le principe d'exercer tous les hommes du fief au maniement des armes. Toutes les quintaines n'étaient pas courues à cheval. Quelquefois le poteau était placé au milieu d'une rivière et les coureurs se plaçaient à l'avant d'un bateau. - A Pontivy, les cordiers devaient fournir un petit chariot avec des cordes, et les mariés de l'année, d'après une liste dressée par le recteur, étaient traînés sur ce chariot par les routeurs de vin et devaient briser chacun trois quintaines contre un poteau; la fête avait lieu le mardi de Pâques, sur la place du Martray. - A Loudéac, la course était fournie à cheval, le lundi de Pâques, et précédée d'une procession du cortège autour de l'église. -A Malestroit, une chute n'entraînait aucune amende, mais les possesseurs de deux maisons du bourg étaient tenus de fournir du feu et de la paille pour brûler... la partie du corps coupable d'avoir quitté la selle. Le saut des nouveaux mariés. -Au Vieux Bourg de Quintin, les nouveaux mariés étaient tenus, le dimanche après la Saint-Jean, sous peine de quinze sous d'amende, de sauter par dessus une fosse remplie d'eau, creusée dans une prairie nommée le Pré de la cave bénite ; une rainure, longue d'environ 10 pieds 3 pouces et pratiquée dans le mur de l'église, au pignon du portail, marquait la largeur de la fosse. Ce droit était assez rare.


 

Le saut des poissonniers,


 

-Celui-ci, au contraire, était fréquent. Il consistait en un bain imposé, le lundi de Pâques, à ceux qui avaient vendu du poisson vert (sec) eu carême; il existait notamment à Guingamp, Bécherel, Chàlcaugiron, Châteauneuf de la Noë, Combour, Saint-Piat près Pleudihen, etc. -A Rochefort, le poissonnier devait se rendre à l'orme de la Tahurte, où se trouvait le duc d'Amour avec les ofliciers du seigneur ; après s'être dépouillé de ses vêtements, il mettait un genou en terre devant le duc d'Amour, qui lui baillait la bénédiction avec le pied gauche, puis il se jetait dans l'étang du Colombier. On ne se contentait pas de cette dure exigence, on y ajoutait l'ironie : un tenancier, pour la jouissance de sa maison, fournissait une chaudière de terre toute neuve, remplie de feu, qui était priée dès le matin sur les bords de l'étang, sous le plaisant prétexte de chauffer l'eau. -A Châteaubriant, le patient était plus humainement Imité : à sa sortie de l'eau il trouvait du feu, du vin et «lu boeuf. -A Pontivy, tous les poissonniers étaient conduits dans une charrette au milieu du Blavet. et ils en sortaient comme ils pouvaient. Il faut, sans doute, voir dans ces cérémonies la vengeance du peuple, à qui les poissonniers avaient vendu fort cher de mauvais poisson pendant tout le carême.


 

La soûle.


 

La soûle était un ballon en cuir, quelquefois une boute en bois lancée par le seigneur ou par son sénéchal, et que se disputaient les hommes mariés et les célibataires ; on la rencontra, non seulement en Basse-Bretagne, mais encore à la Roche-Bernard, à Coislin, à Goulaine, à Bréal sous Montfort, etc. -A Rochefort, la soûle était fournie, le jour des Rois, par le dernier marié de l'année; il devait, sous peine d'amende, la jeter par dessus le four à ban, en ayant un pied bitant contre le mur du cimetière.


 

Les luttes.


 

-Plusieurs aveux mentionnent des luttes devant le seigneur ou son représentant ; des rubans, des ceintures, notamment à Rostrenen, étaient la récompense des vainqueurs.


 

Le cheval Mullet.


 

-Le corps paroissial de Saint-Lumine de Coulais devait au duc de Brelagne, seigneur du lieu, pour la jouissance commune d'un marais situé sur les bords du lac de Grandlieu, un cheval en bois ou en carton, revêtu d'une housse armoriée et percé d'une ouverture dans laquelle se plaçait l'homme chargé de le manoeuvrer. Le jour de la Pentecôte, ce cheval était transporté à l'église dans le banc seigneurial ; à l'issue de la grand'messe, le premier trésorier de la fabrique, velu d'une colle d'armes semée d'hermines, montait sur le cheval, ou plutôt dans le cheval, et faisait trois fois le tour de la place de l'église, au milieu de laquelle on avait planté un mai. Le cortège se composait d'un ou de deux sergents de la juridiction (huissiers du tribunal), de deux tambours, du cheval Mallet et du cavalier, de deux porteurs d'épée qui devaient frapper constamment leurs armes l'une contre l'autre, d'un homme muni d'un bâton ferré aux deux bouts qu'il frappait également contre les épées, et enfin d'un musicien sonnant du cor. Le cortège dînait ensuite à l'auberge aux frais des mariés de l'année, puis se rendait aux vêpres, où le cheval reprenait sa place dans le banc seigneurial; après les vêpres, on recommençait dans le même ordre neuf fois le tour de la place, en faisant embrasser le mai au cheval tous les trois tours, la fête se terminait par une chanson nouvelle chantée par l'homme au bâton ferré; cette chanson devait faire allusion aux événements plaisants ou scandaleux qui s'étaient passes depuis un an dans la paroisse.Cette cérémonie est évidemment un dernier vestige des exercices militaires des hommes du fief; on y reconnaît même les diverses catégories de l'année féodale : le cheval figurait le seigneur, - les porteurs d'épée, les vassaux nobles, -et l'homme armé d'un bâton, les sujets roturiers.

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 08:55

I° Droits et usages singuliers de la féodalité en Bretagne

 

Ces droits étaient de natures fort diverses et peuvent être classés en quatre catégories : Droits et usages ayant pour objet de conserver le souvenir de quelque concession ou de quelque grâce faite par le seigneur à son vassal. L'on n'avait pas, au moyen-âge, une confiance absolue dans l'écriture; aussi chercha-t-on longtemps à prouver les contrats par le témoignage verbal. On faisait, par exemple, assister de jeunes enfants à la vente ou à la donation d'une terre, puis on leur tirait les oreilles ou on leur donnait, au contraire, des friandises, et l'on s'assurait ainsi de leur témoignage pendant toute leur vie. Souvent aussi, pour préserver de l'oubli une convention ou une grâce, on instituait une cérémonie qui devait se répéter annuellement ; mais, à la longue, le souvenir s'en effaçait néanmoins presque toujours, et la cérémonie subsistait sans que personne put en indiquer l'origine. En voici quelques exemples :


 

Le service du villain d'argent.

 

 

-Le tenancier du fief de la Johelais devait au seigneur de Coislin, dans la seigneurie de Pontchàteau, le dimanche après la Saint-Jean-Baptiste, une pièce d'argent figurant un homme à genoux et tête nue, « vulgairement appelé le villain d'argent ; » interrogé sur le motif de cette remise, le tenancier devait répondre : « Pour avoir désobéi et desservi notre seigneur . »


 

L'âne du prieur de Saint-Biaise.


 

-Le prieur de Sainl-Blaise, pour la jouissance d'une prairie appelée Pré aux Bittes, devait fournir au seigneur de Machecoul, à l'Ascension et à la Pentecôte, deux faix de jonc vert portés sur un âne ferré à neuf des quatre pieds et conduit par quatre hommes ayant chacun une paire de souliers neufs à simple semelle; une amende de soixante sous et un denier était encourue si l'un des hommes n'avait pas des souliers à simple semelle, si un clou manquait à la ferrure de l'âne, ou si l'animal tombait sur les ponts ou dans la cour, ou y commettait quelque incongruité. Cette cérémonie était de nature à égayer grandement les spectateurs, c'était une fêle véritablement populaire; aussi le sire de Retz, dont dépendait Machecoul, afféageant plus tard son grand four à ban, se contenta d'une simple rente de douze livres, avec deux boites de jonc dans les mêmes conditions que celles de Saint-Blaise.


 

Le droit de grenouillage.


 

-Ce droit consistait à faire frapper l'eau avec des bâtons pour imposer silence aux grenouilles ; il était fort rare en Bretagne. Il existait pourtant au profit de l'évêque de Saint-Brieuc ; certains vassaux, pour la jouissance de deux maisons, devaient, la veille de la Saint-Jean, pendant vêpres, frapper les eaux d'un ruisseau, à Saint-Brieuc, en disant : « Grenouilles, taisez-vous, laissez Monsieur dormir. »


 

La tranche de pain de Moëlien.


 

- le seigneur de Moëllien, près de Brest, devait au seigneur de Kervent et du Plessis-Porzai une tranche de pain de seigle posée sur une charrette attelée de deux taureaux et qu'il conduisait lui-même, en costume d'apparat, mais chaussé de sabots et coiffé d'un bonnet de laine. Ce singulier droit, dont le seigneur de Kervent accordait, du reste, presque toujours dispense, avait probablement pour origine un refus d'obéissance du vassal.

 


 

II° -Droits et usages qui ont surtout le caractère de fêtes et de divertissements populaires.


 

Plusieurs des cérémonies qui viennent d'être décrites pourraient être rangées dans cette catégorie; l'on peut citer en outre :


 

Les rosières.


 

-On les retrouve assez fréquemment. A Saint-ldeuc, le lundi de la Pentecôte, les jeunes garçons devaient faire une rose en bois peint armoriée des armes du seigneur, et après avoir salué le seigneur et lui avoir présenté la rose, ils la remettaient à celui d'entre eux qu'ils désignaient pour roi, et celui-ci en faisait don à la jeune fille de son choix.


 

-A Paramé, la même cérémonie avait lieu le jour de l'Ascension, mais c'était le seigneur qui nommait le roi des jeunes gens. Les danses et les chansons des nouvelles mariées.


 

-A Montfort, le jour, de la Saint-Jean, le seigneur de Tréguil devait remettre devant le cimetière un chapeau de fleurs de chèvrefeuille aux officiers du comte de Montfort, cux-ci le portaient sur la Motte-aux-Mariées, où le procureur fiscal eu couronnait successivement toutes les nouvelles mariées depuis un an ; celles-ci devaient danser, chanter une chanson et embrasser le seigneur ou son procureur fiscal, ou payer un


 

-Le sire de Châteaugiron avait droit, le Ier mai, sur le lieu des Ourmaux, à une ceinture de bergère et à une chanson.


 

-Au faubourg Saint-Hélier de Rennes, les femmes mariées dans l'année devaient sauter du mur du cimetière dans le chemin, en chantant :

Si je suis mariée, vous le savez bien ;

Si je suis heureuse, vous n'en savez rien.

Ma chanson est dite, je ne dois plus rien.


 

La procession de la Drague et le duc d'Autour.


 

-Le mardi et le mercredi après la Pentecôte avait lieu à Rochefort-en -Terre une cérémonie appelée le Jet au duc, dans laquelle un sujet, nommé le Duc d'autour, devait promener une drague et son poulichot ; la drague était un mannequin imitant grossièrement un dragon : la fête était accompagnée de danses et de libations.


 

-Des processions analogues avaient lieu à Sérent et à Marzan.


 

Les redevances de fleurs et de bouquets, à Donges, Dol, Moutforl, Vitré, etc.


 

Le brûlis des filasses.


 

-A Rochefort, le duc d'Amour devait aller chercher dans toutes les maisons, le lundi de Pâques, les lins et chanvres qui n'étaient pas encore broyés et teilles, et les brûler à la cohue pour punir de leur paresse les mauvaises ménagères ; la dernière mariée devait assister à celte exécution et chanter une chanson nouvelle.


 

-Le même droit existait à Bécherel et dans plusieurs autres localités. Toutes ces cérémonies avaient lieu, on le voit, pendant la belle saison, ce qui prouve encore mieux leur caractère de fêtes populaires.

 

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 08:20

Territoire de la seigneurie.


 

Il était ordinairement divisé en trois parts inégales. Le seigneur se réservait la première, qui constituait son domaine proche, et qui comprenait, outre une étendue plus ou moins considérable de terres, certains biens d'une nature spéciale, tels que, étangs, rivières, moulins, forêts, carrières, etc.. La deuxième part formait les mouvances ou fiefs nobles; elle était concédée héréditairement aux vassaux nobles à charge d'hommage, de fidélité, de soumission à ta cour, c'est-à-dire au tribunal du seigneur, et d'aides féodales, c'est-à-dire de secours en argent dans certains cas particuliers, principalement quand le seigneur était armé chevalier, quand il se mariait ou mariait son héritier, quand il partait pour la croisade, ou était fait prisonnier. - L'inaccomplissement de ces charges ou un acte de félonie autorisait le seigneur à confisquer le fief. La troisième part constituait les censives ou tenues roturières, et était concédée héréditairement à des roturiers.

 

 

 


 

Tenanciers non-nobles.


 

-Les tenanciers roturiers étaient appelés ruslici, villani (habitants des villages), ou censarii (censiers) ; ils étaient, au XIe siècle, dans une situation bien supérieure à celle des serfs de la glèbe, qui n'existaient plus en Bretagne, mais que l'on retrouve encore en France jusqu'au XIVe siècle. Le serf de la glèbe était soumis au droit de suite : il ne pouvait quitter la terre à laquelle il était attaché, et y était ramené s'il cherchait à s'évader ; -au droit de main-morte: il ne pouvait transmettre sa tenue à ses héritiers (la coutume avait cependant fini par établir que le fils héritait de la tenue de son père quand il demeurait avec lui) ; - à la taille à merci : le seigneur pouvait exiger de lui, outre ses redevances fixes, des taxes extraordinaires ; -au droit de formariage : il ne pouvait se marier hors de la seigneurie, ni se faire prêtre sans la permission de son seigneur. Le tenancier roturier breton pouvait, au contraire, quitter la terre qu'il exploitait, l'aliéner, la transmettre à ses héritiers, se marier en payant seulement un léger droit au seigneur, entrer librement dans les Ordres, ester en justice, même contre son seigneur, et il ne lui devait que les redevances et les services limitativement fixés par la coutume ou par une convention. Ces redevances consistaient moins en argent qu'en blé, bestiaux, volailles, miel, etc. les services comprenaient les charrois, les corvées pour l'exploitation des terres du domaine proche du seigneur, le curage des fossés, le guet, la garde du château en cas de guerre, et le service militaire. Le service militaire, en effet, n'était pas le privilège exclusif de la noblesse; à côté des seigneurs fervêtus, maniant la lance et l'épée, avec leurs longs hauberts de mailles, leurs casques à nasal et leurs boucliers, se trouvaient les sujets roturiers, protégés par de simples jaques de cuir, et armés de vouges, d'arcs ou de faux. Les villains du Xe siècle proclamaient eux mêmes qu'ils jouissaient d'une condition libre des liens du servage; le Cartulaire de Redon contient une charte de 1050 environ, dans laquelle les tenanciers déclarent vouloir être conservés par l'abbé dans leur litterlê ancienne et lui faire à tout jamais le libre service qui constitue le service des villains. Telle était la condition des paysans en Bretagne, condition qui eût été excellente sans les guerres fréquentes qui dévastaient les campagnes et leur otaient toute sécurité. -Il faut noter cependant que l'on trouve jusqu'au XVe siècle des traces du servage de la glèbe dans une partie du comté de Léon; ce fait s'explique par l'origine de ce comté, et il prouve une fois de plus que tous les seigneurs n'avaient pas suivi l'exemple d'Alain Barbe-Torte. Les seigneurs et les paysans vivaient en bons termesv; ils étaient du même sang et ne connaissaient pas cette haine profonde qui divise toujours la race conquérante et la race conquise. Leurs relations étaient même souvent empreintes d'une sorte de familiarité et égayées par «les usages et des cérémonies à la fois féodales et populaires dont il faut maintenant dire quelques mots. 

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 07:22

La vie dans les campagnes aux XIe et XIIe siècles.


 

Nous allons pénétrer maintenant dans l'intérieur d'un fief et étudier son organisation et la condition de ses habitants. Le château féodal. -Le chef-lieu de la seigneurie était le manoir ou château ; au XI siècle, il se composait d'une tour construite sur une butte de terre. La tour était presque toujours en bois : une charte du Cartulaire de Redon parle de la construction du château de Josselin et mentionne la pose, non pas de la première pierre, mais du premier pieu. Les butter étaient ordinairement artificielles ; on les appelle aujourd'hui mottes féodales ; elles avaient de vingt à cinquante pieds de hauteur. Autour d'elles s'étendaient de vastes enceintes où venaient se réfugier les populations en cas de guerre; ces enceintes étaient entourées de remparts en terre couronnés de palissades en bois ou de haies vives, et enfin, en avant des retranchements étaient creusés de larges fossés. Les châteaux entourés de haies vives ont souvent laissé aux terrains qu'ils occupaient les noms de Plessix, Breilon Haie ; le nom de fa Motte rappelle aussi l'existence de ces demeures. Les châteaux du XIe siècle étaient parfois situés, comme à Vitré, sur un promontoire escarpé s'avançant entre deux vallées; mais ils occupaient le plus souvent le fond d'une vallée, comme le château de Fougères, ce qui permettait d'inonder facilement leurs abords. Ce système de défense était suffisant au XIe siècle, car on ne disposait pas alors de puissants moyens d'attaque; au XIIe siècle, les machines de guerre, balistes et catapultes, devinrent plus redoutables, et il fallut augmenter les fortifications des places fortes. Les tours de bois furent remplacées par de grands donjons en pierre, de forme carrée ou circulaire, ordinairement sans motte, et auxquels on accédait par une échelle qui aboutissait à la hauteur du premier étage ; les enceintes extérieures furent elles-mêmes construites en maçonnerie, et l'on continua à s'assurer les moyens d'inventer en cas de besoin, les abords de la forteresse Il existe encore en Bretagne de nombreuses mottes du XIe siècle, mais on ne peut citer avec certitude qu'un seul donjon de pierre datant de la fin du XIIe siècle ou du commencement du XIIIe siècle, c'est celui de Trémazan, dans la commune de Landunvez, près de Brest : il se compose d'une tour carrée élevée sur une motte qui a été maçonnée.

 

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 06:27

Les principales seigneuries de Bretagne


 

Au XIe siècle, le centre du pays était couvert de forêts et beaucoup moins fertile que le littoral, ce qui a fait souvent comparer la Bretagne au crâne d'un moine, nu au sommet, garni de cheveux tout autour. Lors de la répartition des fiefs entre les principaux vassaux, les ducs ont été obligés pour ce motif de donner une grande étendue à ceux de la partie centrale, vu la mauvaise qualité du sol, la difficulté de le défricher, de le peupler, de le mettre en valeur. C'est ainsi que le vaste territoire appelé jusqu'au IXe siècle Poutrecoët (Pays à travers bois) ne comprit dans l'origine que trois fiefs : Gaël-Montfort, qui fut divisé dans la suite, -Malestroit, -et Porhoët ; cette dernière seigneurie avait été créée vers la fin du Xe siècle au profit du comte Guéthenoc ; Guéthenoc y construisit un château qui ne fut achevé que par son fils, Gozlin ou Josselin, et prit le nom de Châtel-Josselin, puis simplement Josselin.

 

 

 

En 1128, le comte de Porhoët partagea ses états entre ses deux fils, Alain et Eudon, en suivant à peu près le cours de l'Out; il donna Porhoët à l'aîné avec Josselin pour capitale, et Rohan au cadet avec Pontivy ; le fief de Rohan était plus étendu, mais aussi plus stérile que le premier. C'est ainsi encore que furent constituées les grandes mais peu fertiles seigneuries de Quémenet-Heboë, de Poher, de Gourin, de l'Argouët (Pays des bois).

 

 

 

Les fiefs de l'intérieur comprenaient donc de vastes territoires. Il en était autrement sur le littoral ; dans ces riches pays, les ducs conservèrent comme domaine proche un certain nombre de grandes châtellenies telles que Guérande, Vannes et Musillac, Ruis, Aurai, Hennebont, Carnoët et Quimperlé Concarneau, Quimper, Châteaulin, et ils curent soin de ne donner à leurs vassaux que des seigneuries relativement peu étendues : Donges, Pont-Château, la Roche-Bernard, dans le comté de Nantes; Rieux,dans le comté de Vannes ; Pont-l'Abbé, Quémenet, Crozon-Porzai, Le Faou, Daoulas, dans le comté de Cornouaille, etc. Au Nord, toutefois, l'on rencontre trois grands fiefs côtiers : le fief créé par l'archevêque Wicohen, -le comté de Penthièvre, - et celui de Léon; mais le premier a été très promptement divisé, en sorte qu'il ne resta plus que deux grandes seigneuries faisant exception au principe qui vient d'être posé ; et encore le comté de Léon n'est pas une exception, car il n'a pas été constitué par les ducs.

 

 

Pendant qu'Alain Barbe-Torte combattait les Normands, un guerrier, dit Even le Grand, les expulsa de l'évêché de Léon et se proclama, par droit de conquête, comte indépendant; il reconnut la suzeraineté du duc, mais il garda intact le fief qu'il avait conquis. -Le seul grand fief du littoral créé par l'autorité ducale est donc l'apanage de Penthièvre, nous avons vu dans quelles circonstances. Il convient de placer ici deux observations, contre deux erreurs généralement admises. On a souvent répété que les premiers seigneurs des grands fiefs étaient les puînés des anciennes dynasties comtales; mais cette prétention, absolument d«;nuée de preuves, semble avoir une origine assez récente. -De même, dans l'exposé des divisions féodales, il n'a pas été question des neuf baronnies de Bretagne, si souvent citées cependant par nos historiens. C'est que tous les seigneurs tenant immédiatement une terre du duc, et il y en avait un grand nombre, étaient barons, mais ce titre était attaché à la personne et non à la terre; quant aux neuf baronnies de Bretagne, opposées aux neuf évêchés, elles ont pour origine une légende inventée au XVe siècle, et ne prirent rang qu'en 1451 dans les institutions officielles.

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 16:30

Conan III dit le Gros (1112-1118).

 

 

Le règne de Conan III marque le triomphe définitif de l'autorité ducale; ce duc n'eut à réprimer aucune révolte féodale, il s'attribua, au contraire, une mission de justicier vis-à-vis des seigneurs qui tyrannisaient leurs sujets ou inquiétaient leurs voisins, tels que Savari de Donges et Olivier de Pontchâteau (1127). Il se laissa même parfois entraîner un peu loin dans ses répressions et écouta trop facilement certaines plaintes peu justifiées ; c'est ainsi qu'il s'empara «le la baronnie de Vitré (1135) et en expulsa le baron Robert II ; celui-ci chercha d'abord un refuge à Fougères, puis à Mayenne, puis à Laval, et enfin dans la forêt «le l.a Guerche, où il continua à batailler contre le duc; il fut assez heureux pour le surprendre au pont de Visseiche et lui infliger un échec. Il rentra alors à Vitré et reprit possession de son fief (1141), mais il se garda bien de continuer la lutte ; l'autorité ducale était si fortement établie qu'il se hâta, au contraire, de se réconcilier avec son suzerain et de lui faire sa soumission. Dès la fin du XIe siècle, les ducs de Bretagne dominèrent définitivement, on le voit, la confédération féodale; c'était là, d'ailleurs, une nécessité, car la féodalité serait devenue l'anarchie si le suzerain n'avait joué un rôle prépondérant et exercé un ministère de justice et de protection à l'égard des faibles : c'est ainsi qu'Alain Fergent et Conan III comprirent et accomplirent leur mission, la duchesse Ermengarde avait puissamment contribué à ce résultat ; son influence sur le gouvernement de son mari et de son fils est attestée par de nombreuses chartes et proclamée par une lettre que lui écrivit Geofroi de Vendôme, l'un des hommes les plus illustres de ce temps. C'est à elle que sont dues deux réformes importantes : elle fit sanctionner par le duc, pour son domaine proche, deux décisions du concile de Nantes de 1127, portant la suppression du droit de bris et d'un droit analogue au droit d'aubaine. Le premier dépouillait les naufragés, au profit du seigneur du littoral, de tout ce que la tempête avait épargné de leur navire et de sa cargaison ; le deuxième accordait au seigneur, en l'absence d'héritiers directs, les biens mobiliers de l'époux prédécédé, à l'exclusion du survivant. Cet exemple ne fut malheureusement pas imité par tous les seigneurs, malgré les anathèmes du concile de Nantes.

 

 

 

Description des principales seigneuries de Bretagne.

 


 

Les fiefs et seigneuries de Bretagne ont été constitués, aux Xe, XIe et XIIe siècles, principalement par les dynasties ducales de Rennes et de Cornouaille. C'est donc le moment d'étudier ce que l'on pourrait appeler la construction de la féodalité bretonne. Dans cette construction, l'une des parties les plus importantes, c'est l'établissement des fiefs-frontières du côté de la France, puisque ce sont les possesseurs de ces fiefs qui furent chargés de repousser les attaques de l'étranger contre la Bretagne. Pour donner plus de force à la frontière bretonne, l'autorité ducale employa deux moyens : d'une part, elle n'y mit point de petits fiefs, elle y constitua une ligne continue de grandes et puissantes seigneuries; d'autre part, elle donna ces fiefs à des Bretons de race, qui amenèrent avec eux des colonies de bretonnants fortement imprégnés du sentiment et du patriotisme bretons. Les grandes seigneuries pouvaient, à un moment donné, constituer pour les ducs un danger intérieur, mais il fallait avant tout fermer fortement le pays aux étrangers, et de petits fiefs n'auraient pu opposer aux envahisseurs une sérieuse résistance. Au Sud de la Loire se trouvait la baronnie de Retz, contenant environ cinquante paroisses, avec les châteaux de Machecoul, Pornic, etc ;...

 

 

-la Benasle, qui comprenait vingt-six paroisses, la moitié poitevines, la moitié bretonnes, et formait la marche du Poitou et de la Bretagne; eette organisation était éminemment favorable au maintien de la paix, aussi se produisit-il fort peu d'attaques de ce côté ; -Clisson, petite seigneurie, mais gouvernée par des seigneurs très remuants ; -Vertou, seigneurie ecclésiastique, flanquée des petites châtellenies de Goulaine et du Palet. Ces deux derniers fiefs -Clisson et Vertou constituaient, l'un par son exiguïté, l'autre par son caractère ecclésiastique, une barrière insuffisante ; aussi furent-ils plusieurs fois envahis par les Angevins, et c'est un des reproches que l'on peut adresser aux comtes de Nantes.

 

 

-Au Nord de la Loire était Ancénis, avec trente à quarante paroisses et les châteaux d'Ancenis, d'Oudon et de Varades; -Châteaubriant, divisé en deux sections, sept paroisses dans le comté de Nantes et quinze dans celui de Rennes ; on y trouvait les châteaux de Châteaubriant, de Teililai, de Vioreau, etc ;... -Vitré, avec plus de quatre vingts paroisses et les châteaux de Vitré, Marcillé, Châtillon-en-Vendelais, Chevré, etc. ; -la Guerche. avec huit paroisses seulement ; -Fougères, avec cinquante paroisses. -Enfin, tout à fait au Nord, était le grand fief constitué par l'archevêque de Dol, Wicohen, s'étendait du Couesnon à l'Arguenon et comprenant environ cent vingt paroisses; mais il se subdivisa promptement et forma les seigneuries de Dinan, de Bécherel, de Châteauneuf, de Dol et de Combour avec de puissants châteaux.

 

 

-Tous ces fiefs, on le voit, sauf Clisson et Vertou, étaient assez forts pour résister efficacement aux attaques du dehors. Le second moyen employé par les ducs pour compléter la défense des frontières fut d'en confier les principaux fiefs à des seigneurs de Basse-Bretagne, qui amenèrent avec eux des colonies de Bretons bretonnants et exaltèrent ainsi le sentiment national jusqu'aux limites extrêmes du pays. L'on trouve la preuve de ce fait dans les noms éminemment bretons des premiers possesseurs de ces fiefs. Pour Retz, ce sont Gestin, Harscooët;... -pour la Benaste, Jarnogon ; -pour Ancenie, Alfrit, Guéthenoc ; -pour Châteaubriant, Tihern, Brient; -pour La Guerche, Manguinoë ; -pour Vitré; Riwallon ; -pour Fougères, Main ; -pour Combour, Riwallon. -Clisson seul fournit des noms d'origine germanique : Baudri, Gui, etc., ce qui est une nouvelle preuve de la négligence des comtes de Nantes pour assurer la défense de leur frontière. Le chroniqueur Le Baud nous apprend comment Riwallon reçut l'investiture du fief de Vitré. Vers l'an 1000, le duc Geofroi 1er tenait à Aurai un grand Parlement, c'est-à-dire une assemblée générale de ses barons et féaux où se décidaient les affaires importantes du duché; au cours de la discussion, le sire de Quémenet-Héboé (c'est-à-dire d'Hennebont), qui comptait dans le pays un grand nombre d'amis et de parents, s'emporta contre le duc au point de lui infliger publiquement un démenti.

 

 

Geofroi Ier, indigné, quitta la salle et aucun des assistants n'osa se retirer à sa suite. Mais Riwallon, informé de ce qui s'était passé, sortit de son château, situé près de là, tua l'insulteur d'un coup de lance, puis alla s'enfermer dans le château de Rennes, dont il avait la garde. Pour le récompenser de son dévouement, Geofroi, en échange de sa seigneurie d'Aurai. constitua en sa faveur la baronnie de Vitré. Les ducs ont de même établi des colonies de Bretons bretonnants dans l'intérieur des comtés de Rennes et de Nantes ; ils les ont ainsi fortement bretonnisés. Aussi quand il s'est agi de se dévouer pour le salut, l'honneur ou la gloire de la patrie, les Bretons de Haute-Bretagne se sont toujours montrés au premier rang.

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 05:51

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 17:39

 

Quand Olivier V de Clisson s'éteignit en 1407, il fit une multitude de legs qui attestent l'immense fortune qu'il s'était créée. En Bretagne, sa mère, Jeanne de Belleville et son beau-père, Gautier de Bentley, avaient laissé à Olivier la châtellenie de Pontcallec, les paroisses de Bubry et de Questerguset de nombreuses terres à Guémené, Brorot et Lizquel, sans compter la seigneurie de la Roche-Moysan et une partie de l'île de Groix, dons du roi d'Angleterre. Les forteresses de Blain et de Clisson, avec leurs dépendances, appartenaient aussi au connétable, comme biens patrimoniaux. Le roi de France lui avait donné la terre de Guillac confisquée au duc de Bretagne. Quant à Josselin et aux droits seigneuriaux sur le comté de Porhoët, Clisson les avait acquis pour des terres en Normandie et pour ses droits sur les foires de Champagne. Les droits qu'il abandonnait ainsi s'élevaient à 2,000 livres de rente annuelle : il les tenait de sa première femme, Catherine de Laval, qui lui avait encore apporté en dot la seigneurie de Villenomble. Sa seconde femme, Marguerite de Rohan lui procura les terres et bailiages de Pleugriffet, Pontguégan et Gourmené. Au moment de l'attentat de l'Hermine, nous savons que Clisson occupait encore Lamballe, Broons, Jugon et le Guido.

 

 

En ajoutant Cesson et Erquy, des maisons et des jardins à Nantes, nous avons la liste des principales possessions de Clisson en Bretagne. Tous ces domaines ajoutés à ceux du vicomte de Rohan et de Jean de Penthièvre comprenaient le quart de toute la province Dès l'âge de vingt-huit ans, Clisson avait arraché au duc de Bretagne la forteresse de Gâvre et l'avait démolie : plus tard, malgré le duc, il s'implanta à Josselin. En 1380, Olivier avait prêté au duc de Berry 10,000 francs « de bon or et de bon pois. » Trois ans plus tard, le duc de Berry avait rendu au connétable ces dix mille francs, que celui-ci avait « baillé en pur prest. » Pour avoir la somme prêtée, le duc avait livré en gage les « chastel, ville et chastellenie de Fontenay-le-Comte. » Le connétable ayant recouvré son argent rendit la caution. Clisson possédait d'immenses domaines dans cette province du Poitou. Dans le Poitou, nous pouvons énumérer comme appartenant à Olivier, du chef de sa mère, Belleville, Beauvoir, Ampant, La Baye, Châteauneuf, Noirmoutiers, Chauvet et Boyns. Il s'acquit encore en ce pays : Châteaumur, Montagu, le fief Lévesque, Palluau Mauléon ; à cette dernière seigneurie se rattachaient les Deffans, Thouarçais, Saint-James et Biron en Anjou, Clisson possédait La Garnache et les terres de Champtoceaux. Il avait aussi acheté pour 22,000 fr. d'or  la magnifique seigneurie de Montfaucon. Dans la Normandie, le roi de France avait donné en gage au connétable la garde et les revenus de Pontorson ; plus tard il lui céda cette seigneurie par un engagement indéfini. Olivier de Clisson possédait encore dans cette province « les minières de fer de Beaumont les terres de Goulaine et de l'Epine », les quatre gros villages de Bolon, Antressi, Saint-Laurent de Condeels et Aignend, Gramesnif.

 

 

La baronnie de Tuis lui avait aussi appartenu ;  mais il l'avait échangée contre Josselin et le Porhoët Non loin de Paris, le connétable avait la garde de la forteresse de Montléry, sur la route de Bretagne. A Paris même, nous connaissons le magnifique hôtel qu'il s'était construit. Du chef de sa mère, il avait encore le privilège de délivrer des Brefs (brevets de navigation) aux navires sortant du port de Bordeaux : mais il est probable que les Anglais, qui occupaient ce port, lui enlevèrent cette source de revenus, quand il se déclara ouvertement contre eux. Toutes ces possessions, que nous venons d'énumérer, ne constituaient qu'une partie de la fortune d'Olivier de Clisson : ses valeurs mobilières étaient encore très considérables. Au moyen âge, on ne connaissait guère ce que nous appelons aujourd'hui les valeurs en portefeuille (actions, obligations, bons au porteur...) : en revanche, l'usage des métaux d'or et d'argent, surtout à l'état non monnayé, était plus fréquent que de nos jours. Les divers souverains, se réservant le droit de battre monnaie, modifiaient fréquemment, mais toujours à leur profit, les lois qui réglementaient la frappe des métaux. La refonte des anciennes pièces n'était autre chose qu'une soustraction opérée sur chacune d'elle, au profit du trésor. En fait, l'argent monnayé avait donc toujours une valeur intrinsèque inférieure à son titre légal. De là, avantage pour les financiers et les riches à garder le plus longtemps possible leurs valeurs en métal, au lieu de les convertir en espèces. En cas de nécessité, le souverain était obligé de porter à la Monnaie ses Arases d'or et d'argent, où bien il traitait avec les financiers et les riches, qui possédaient les métaux précieux. Clisson fournit au roi de France, à plusieurs reprises, de grandes quantités d'or. En une seule fois, le 6 janvier 1385, il apporta au roi, pour être monnayé, 600 marcs d'or. Il reçut en retour « 67 livres et 10 sols pour chacun marc. »

 

 

Les grandes richesses de Clisson lui venaient d'abord de tous les revenus que produisaient ses nombreux domaines, mais aussi de tous les profits que la guerre lui avait procurés. Depuis vingt cinq ou trente ans qu'il portait l'épée, il s'était toujours trouvé du côté des vainqueurs. Elevé à l'école des Anglais, pour qui la guerre était un moyen de faire fortune, il dut largement profiter de leurs leçons. Quand il passa au service de la France, on avait trop intérêt à ménager un tel homme pour ne pas le laisser libre de faire la guerre à sa façon. Il commença par prendre à Chandos des pierres pour se bâtir un château, mais il ne tarda pas à s'emparer d'une infinité d'autres villes, châteaux et forteresses, où beaucoup de riches Anglais étaient enfermés et qui furent mis à rançon. Or Clisson se montra toujours fort exigeant pour ceux qu'il n'aimait pas et qui s'étaient mis dans ses dettes. En une seule fois, le roi de France lui abandonna, comme nous l'avons vu, « toutes les rançons payées ou à payer par les garnisons des forteresses occupées par les Anglais sur les frontières de Poitou, de Guyenne et de Bretagne. » Un autre jour, il reçut comme gratification tout ce que les Anglais possédaient en Flandre. Cette malheureuse Flandre fut sillonnée, pillée et ravagée, pendant plusieurs années, par les troupes de Clisson ; c'était une riche province, peut-être la plus commerçante et la plus industrieuse de l'Europe, dans tous les arts textiles. Nous pouvons à peine nous faire une idée de ces immenses rapines, de ce pillage en grand de tout un peuple jusque-là si prospère, alors que les simples soldats amenaient avec eux des bêtes de somme, pour emporter une plus lourde charge de larcins. -Tout le butin, excepté l'or, l'argent, et les prisonniers, appartenait d'abord au connétable : il est donc probable que ce dernier, dont le désintéressement n'était pas la vertu favorite, retira d'incroyables profits de toutes ces expéditions. En outre, Olivier de Clisson, avant même qu'il ne fût connétable, réclamait toujours énergiquement sa solde intégrale et pour lui et pour ses troupes : car il entendait bien ne pas faire la guerre au dépens de sa fortune privée. Il est vrai qu'il fut souvent obligé de faire quelques avances personnelles, mais il en tenait un compte exact et, le moment venu, réclamait les 50 ou 60,000 francs que lui dut somment le trésor royal. Devenu connétable, ses appointements se montèrent à 24,000 francs par an. Quand on tardait trop à le payer, ce qui arrivait fréquemment, il en profitait pour obtenir de magnifiques gages, tels que les seigneuries de Pontorson, de Montléry et de Champtoceaux, dont les revenus lui permettaient de prendre patience et d'attendre le paiement des capitaux qui lui étaient dus paiement des capitaux qui lui étaient dus. Bien qu'il achetat toujours de nouveaux domaines, qu'il restaurât à grands frais ses châteaux-forts et qu'il se fût construit à Paris même un véritable palais, il trouva le moyen de prêter de l'argent à tout le monde, au roi de France, au duc d'Orléans, au duc de Berry, à la reine de Sicile, à la comtesse de Penthièvre, au comte de Flandre, au sénéchal du Hainault, à Bureau de la Rivière, au pape lui-même ! Un document trouvé aux archives du Vatican nous aprend en effet qu'au mois de juin 1384, Olivier de Clisson prêta à Clément VII pape d'Avignon, une somme de 7,500 florins (472. 600 fr. en monnaie actuelle). Cette petite étude sur la situation politique et financière du connétable Olivier de Clisson nous fera mieux saisir les causes de beaucoup d'événements qui vont suivre. Si sa haute dignité, l'amitié du roi, ses services passés, ses grandes richesses lui assuraient à la cour de France une influence considérable, il avait néanmoins à craindre les jalousies et les haineuses persécutions de personnages, qui étaient plus élevés que lui par la naissance, et à qui sa haute situation portait secrètement ombrage. Des aides avaient été établies dans tout le Poitou pour subvenir aux frais de la guerre. Mais le sire de Clisson avait obtenu, sur les terres qu'il y possédait, la permission de prélever, pour lui-même, d'abord la moitié, et ensuite la totalité de ces impôts. Or Clisson ne leva pas ces aides dans ses fiefs, de sorte qu'une foule de marchands et de gens riches vinrent s'établir et trafiquer dans les lieux exempts d'impôts, amenant avec eux le commerce et la prospérité, au détriment des pays voisins. Bien plus, l'habile grand, seigneur accorda la remise personnelle des aides à tous ceux « qui se voulaient advouer ses subgiez » et qui mettaient ses armes sur leurs maisons. Il s'arrogeait en outre sur ses terres et même dans tout le Poitou les droits d'un véritable souverain, jetant dans ses prisons les seigneurs qui, comme les sires d'Argenton et de la Sepoye, osaient lui résister.

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 18:29

 


 

Clisson et Charles V s'étaient préoccupés activement des intrigues de Jean IV, qui cachait de moins en moins ses sympathies pour l'Angleterre. Depuis plusieurs années, Clisson avait rompu toute relation avec le duc de Bretagne et le roi d'Angleterre : il n'en fréquentait que plus assidûment la cour de France et celle du duc d'Anjou. L'exil du duc Jean IV de Bretagne eut lieu à la fin du mois d'avril 1373. Dans un premier temps, la population bretonne accepta les troupes françaises, mais les exigences de celles-ci finirent par les rendre impopulaires. Et, quand, au cours du mois de décembre 1378, Charles V exigea, que le duc de Bretagne comparût devant le Parlement de Paris, sans quoi il le destituerait et confisquerait son duché de Bretagne, cette fois, c'est l'ensemble de la noblesse bretonne qui se ligua contre les prétentions françaises, avec à sa tête Jeanne de Penthièvre en personne. Tous réclamèrent  sans contre-partie le retour du duc Jean IV, refusant ainsi de s'associer au décret du souverain français. Le 3 août 1379, à Dinard, Jean IV, assisté des troupes anglaise faisait son retour triomphant sur le sol breton (voir Guerre de Succession de Bretagne. Page n° 5). On peut alors comprendre le sentiment que dû ressentir le duc Jean IV à l'égard de son ancien allié Clisson, et dès lors la vengeance ne cessa d'habiter Montfort à l'égard de celui qui entre temps était devenu connétable de France. La Bretagne accepta obéissnce à Jean de Montfort devenule le duc Jean IV, alias le Vaillant ou le Conquéreur ; mais l'un des fils de son ancien compétiteur, Charles de Blois, vivait encore prisonnier en Angleterre. Olivier de Clisson, connétable de France, paya cent mille livres la rançon de ce prince, qui avait consenti à épouser sa propre fille, et il se disposa à opposer le prétendant Jean de Blois au duc de Bretagne, Jean de Montfort. Ces projets vinrent à l'oreille du duc ; il s'en montra fort courroucé et répétait à tous ceux qui voulaient l'entendre : « Voire me cuide messire Olivier de Clisson mettre hors de mon héritage ; il en montre les signifiances ; il veut mettre hors d'Angleterre Jean de Bretagne et lui donner sa fille. Telles choses me sont moult déplaisantes, et, par Dieu! je lui montrerai un jour qu'il n'a pas bien fait , quand il s'en donnera le moins de garde. » La menace ne tarda point à recevoir son exécution, et, comme le prince avait semblé l'indiquer par ses dernières paroles, la vengeance fut lâche et peu digne d'un chevalier. Après la tenue des états qu'il avait convoqués à Vannes, et où Clisson s'était rendu sur son invitation spéciale, le duc engagea le connétable, Jean de Laval, son beau-frère, et Beaumanoir, un de ses domestiques, à visiter son château de l'Hermine, qu'il avait fait construire auprès de Vannes et qui était à peine terminé (voir Topographie historique de Vannes -Joseph Marie Le Méné, page n° 4). Clisson et Jean de Laval s'y rendirent les premiers. Le duc les y promena longtemps, en les consultant sur la distribution intérieure; puis, lorsqu'il fut arrivé à la porte du donjon, il s'arrêta en bas à causer avec Laval et en gagea le connétable à le visiter; mais à peine celui ci avait-il monté quelques marches que la porte se ferma sur lui ; des gens d'armes arrivèrent qui le dépouillèrent de ses vêtements, le chargèrent de fers et le jetèrent dans un cachot souterrain. Le duc Jean IV, dans le premier moment, ordonna de le mettre à mort, mais on ne se conforma pas à ses volontés, et il ne tarda pas à remercier ceux-là mêmes qui lui avaient désobéi. Il fit plus; il consentit à accorder la liberté et la vie au connétable, à la condition qu'il renoncerait à s'allier au comte de Penthièvre et lui céderait différentes places. Le connétable souscrivit à tout; puis, une fois libre, il se rendit en grande diligence auprès de Charles VI. « Sire, lui dit-il en mettant un genou à terre, vous m'avez revêtu d'une dignité dont je déclare ne m'être point rendu indigne, et si quelqu'un soutenoit le contraire, je lui prouverois qu'il en a menti. » Ici le connétable s'arrêta ; personne ne se leva pour contredire son assertion, et il continua en ces termes : « Le duc de Bretagne m'a pris en trahison et m'a forcé, en menaçant ma vie, de lui abandonner tous mes biens. Cette injure, Sire, a été faite au chef de vos armées, et il ne se peut que vous n'en éprouviez un vif ressentiment. Je vous demande justice, vengeance, et, hors d'état de soutenir convenablement la dignité dont j'étois revêtu, je vous supplie de la reprendre et d'en disposer. » Le roi ordonna à Clisson de garder sa charge; il lui promit justice ; mais il ajouta que, dans sa conduite, il trouvait deux fautes : la première, d'avoir assisté aux états de Vannes ; la seconde, de s'être laissé prendre comme un enfant. Cette réception, pleine de froideur, fit bien voir à Clisson qu'il n'aurait justice ni vengeance s'il ne se la faisait point lui-même. La haine qu le duc Jean IV portait au connétable de Clissonn le fit aussi passer pour être l'instigateur de la tentative de meurtre menée par Alain de Craon, sur la personne de ce même Clisson ; celui-ci se rendait lors à son hôtel particulier à Paris. Le traité conclu à Aucfer, près de Redon, en 1395, mit fin à cette guerre et aux alternatives de succès et de revers au milieu desquelles s'écoula la vie de Jean IV. Il mourut à Nantes en 1399, empoisonné, s'il faut en croire les bruits du temps. Clisson lui survécut huit ans. Ci-dessous, leurs tombes respectives.

 

  

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 15:45

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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