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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 12:16

 

 

 

 

 

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 04:18

 

 

Château du Guildo

 

 

Les circonstances dans lesquelles Grumellon fut pris par les Anglais et les conditions de son existence pendant sa captivité présentent bien des caractères étranges. Il n'eût tenu qu'à lui d'éviter cette fâcheuse aventure, si l'on en croit un témoin. Louis Peyri dépose en effet que : « Le jeudi 7e du mois de septembre, chemin faisant de chez lui pour se rendre à Dinard, arrivant au village du Sabre, paroisse de Lancieux, il vit les soldats anglais qui s'avançaient vers ledit village. ... Gomme il fuyait il vit le Né Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel qui était sur le fossé d'un champ voisin de l'auberge du Sabre, qui avait un fouet à la main, auquel il dit qu'il fallait s'enfuir parceque les Anglais approchaient, et ledit Grumellon lui répondit que les Anglais n'auraient peut-être pas fait autant de mal qu'on croyait, et le déposant resta au village du Sabre pendant environ une heure, pendant lequel temps ledit Grumellon resta toujours sur ledit fossé...» Grumellon raconta ainsi qu'il suit son arrestation par une patrouille anglaise. Vers midi dit-il « il mit sa jument à paître dans le clos du Né Hellausois situé à une portée de fusil de l'auberge du Sabre en la paroisse de Lancieux et environ les 2 à 3 heures après-midi ayant ouï dire que les Anglais paraissaient en un endroit nommé La Digue il quitta le cabaret et courut vers la hauteur d'où il aperçut plusieurs Anglais qui étaient dans un clos appartenant à la sœur du répondant et faisaient chemin vers la susdite hauteur où plusieurs habitants du canton s'étaient rendus; aussitôt il prit la fuite, se rendit à l'auberge de Lancieux où ayant pris ses bottes il courut dans le clos où il avait mis sa jument à paître, et comme il était à la sangler 5 ou 6 soldats anglais montés sur des chevaux vinrent à lui, le saisirent au collet, le jetèrent par terre dans le chemin qui est voisin dudit clos et à force d'épaules jetèrent aussi ladite jument dans ledit chemin, et dans le moment arrivèrent des piétons anglais armés de fusils qui l'entourèrent, ayant la baïonette au bout du fusil et le forcèrent de marcher au milieu d'eux vers Ploubalay, et l'un desdits piétons monta sur sa jument... » Trois témoins cités au procès le rencontrèrent pendant sa captivité. Yves Ménot, cabaretier à Ploubalay, fut saisi de frayeur le jeudi 7 septembre en voyant son cabaret envahi par les Anglais : « qui se servaient eux-mêmes se rendant maîtres de tout ce qui était dans son auberge; le déposant fut surpris dans cet intervalle de voir le Né Grumellon-Villorien, assis à la porte du déposant et qui ne lui parut pas être gêné ni gardé par les Anglais, mais dit en ces termes au déposant « Je ne suis pas cause de tout cela »; et d'un ton triste dit en ces termes : « Ils m'ont pris et amené » et pour lors ledit Grumellon avait son chapeau rabattu sans le déposant savoir si c'était pour se parer de la pluie ou autrement... » La même scène se reproduisit le lendemain 8 septembre : « Sur le soir les soldats anglais se retirant vers le Guildo un desdits soldats anglais ou officier parlant audit Grumellon qui était à la porte du déposant dit (en ces termes) marche, marche; et dans le moment Grumellon alla avec eux sans le déposant savoir où. » Le R. P. Fortunat rencontra fortuitement, le 9 septembre, à 9 heures du matin, dans la dépense du couvent : « un particulier qu'il ne connaissait pas et qui était vêtu d'une veste de drap fleuri à fond rouge, lequel était assis sur du foin qui avait servi à coucher dans cette même dépense les officiers anglais; lui ayant demandé ce qu'il faisait là ou s'il était domestique de quelque officier anglais? il lui répondit que non et que les Anglais l'avaient pris malgré lui à Lancieux pour leur montrer le chemin. » Le témoin « lui fit une remontrance en quelques paroles et lui persuada d'être bon citoyen et de ne donner aux Anglais connaissance du canton... » Bernard de Courville était allé le même jour, entre 9 et 10 heures, au couvent « il y vit ledit Grumellon qui était dans ladite dépense à vergeter une redingote bleue... et le déposant ne s'aperçut pas que ledit Grumellon fût gêné par les Anglais dans le couvent des Carmes, mais qu'il allait çà et là dans le couvent sans gardes, quoique pour lors 2 habitants du canton prisonniers fussent gardés par un soldat anglais. » Ce témoin rétracta la fin de sa déposition lors de la confrontation du 12 janvier 1759. Ces dépositions semblent avoir impressionné les magistrats instructeurs d'une façon défavorable à l'accusé. Ils le pressèrent de questions et la forme même dans laquelle elles sont posées est une manifestation de la conviction des juges.-Interrogé si étant saisi par les soldats anglais il ne leur indiqua pas le chemin le plus court et le plus commode pour se rendre à Ploubalay, et s'il n'y eût pas de l'affectation de la part desdits Anglais de le faire escorter par des fusiliers? -Dit que lorsque les , Anglais L'arrêtèrent, le Né Gilles Chenu et Jacqu'es Quintin du village du Sabre étaient arrêtés par lesdits Anglais, et ledit Chenu était présent lorsque le répondant fut arrêté, et conteste au surplus les faits de l'interrogation. » -Interrogé si étant avec lesdits Anglais au bourg de Ploubalay il ne conseilla pas aux Anglais de piller tout ce qui était en l'auberge d'Yves Menot et d'en tirer contribution? -Dit qu'en arrivant à Ploubalay sous l'escorte des soldats qui l'avaient arrêté et qui l'avaient excédé à coups de crosse de leurs fusils pour le faire avancer vers Ploubalay, il vit un grand nombre d'autres soldats anglais parmi lesquels il y avait plusieurs habitants du canton que lesdits soldats anglais gardaient prisonniers, du nombre desquels était le Sr de Villeneuve Malapel avocat qui demeure à Bourseul, le Né René Lemasson du village de la Ville Colin en Lancieux et le Né Demeslé, matelot, de la même paroisse de Lancieux, que les Anglais maltraitèrent et excédèrent de coups, et le N Bézard du bourg de Saint-Lunaire; le répondant ayant été mené dans le cimetière de Poubalay où étaient lesdits habitants, il y fut gardé avec eux par les soldats anglais environ pendant un quart d'heure, puis 2 soldats anglais lui jetèrent sur le col une corde aux bouts de laquelle il y avait 2 flacons ou bouteilles de fer blanc et lui pesèrent sur la tête et sur le col de façon qu'ils l'abattirent par terre, puis laissé se relever le firent passer du cimetière dans le cabaret où ils firent remplir les deux bouteilles ou flacons de cidre, ensuite ils le firent repasser dans le cimetière en criant sur le répondant : Garde-côte! Garde-côte! et lesdites bouteilles ayant été vidées ils firent au répondant prendre le chemin du Guildo, chemin faisant ils voulurent pour éviter une marre passer par un sentier par lequel le susdit Bézard passait, mais dans le moment le piéton qui montait la jument du répondant lui porta sur l'épaule gauche et sur le col 5 coups d'un gros bâton et l'obligea de passer au travers de la marre, et s'étant mis à crier, un soldat qui était vêtu en bleu lui dit que s'il ne se taisait pas il allait le faire pendre au premier arbre, il fut donc obligé de continuer le chemin jusqu'au Guildo au travers de toutes les marres, escorté qu'il était de piétons et de cavaliers, étant rendu au Guildo, ils le forcèrent par menaces et excès de prendre le chemin du GUildo à SaintLunaire et se rendirent au presbytère de Saint-Lunaire où il fut gardé dans la cuisine par 2 fusiliers, et le lendemain matin qui était jour de vendredi, environ vers les 9 heures du matin* lesdits soldats anglais le ramenèrent au Guildo où ils le mirent dans un château qui est abandonné où il passa la nuit avec plusieurs soldats anglais qui le gardaient, et le lendemain jour de samedi, environ 8 ou 9 heures du matin, ces soldats le menèrent au couvent des Carmes où l'un desdits soldats lui donna à manger, étant le répondant épuisé à ne pouvoir se soutenir n'ayant bu ni mangé depuis qu'il avait été arrêté. »

-Interrogé si depuis qu'il fut arrêté ainsi qu'il l'a dit ci devant jusqu'à ce qu'il fut conduit au couvent des Carmes du Guildo il ne conduisit pas les soldats et officiers anglais en différentes maisons de la paroisse de Créhen et de Tré- gron où ils exercèrent des pillages et des brigandages ? -Conteste tous les faits de l'interrogation.

-Interrogé M si pendant qu'il fut dans le couvent des Carmes du Guildo il fut toujours gardé comme prisonnier par les Anglais et s'il fut gêné avec des cordes ou autrement?

-Grumellon répond qu'il fut simplement gardé à vue, et qu'il fut même autorisé à aller sous escorte acheter du tabac chez le Né Tinguy. -Interrogé s'il ne décrotta pas une redingote dans la dépense du couvent, et comme 'il l'époussetait on ne lui demanda pas ce qu'il faisait là, et si dans le moment un officier anglais ne dit pas que l'interrogé était un homme de Saint-Lormel qui leur servait de guide et si ce même officier ne lui dit pas d'aller battre la redingote ou le justaucorps dehors, et en ces termes : « Trouve toi tantôt pour nous conduire, sans quoi tu ne seras pas payé. »?

-Convient qu'étant dans une petite allée avec le Sr de la Renardière un soldat qui avait un grand bonnet sur la tête le voyant à rien faire et debout à la porte d'une chambre dans laquelle il y avait du foin, et à laquelle était pendue une redingote dont les extrémités étaient crottées lui dit de frotter entre ses mains lesdites extrémités, ce qu'il fit et conteste le surplus des faits de l'interrogation. » La confrontation entre l'accusé et les quatre témoins précités n'apporta aucun nouvel élément de conviction aux juges. Chacune des parties maintint le texte intégral de ses réponses, à l'exception du jeune de Gourville dont nous avons signalé plus haut l'importante rétractation. Mais les soupçons étaient ancrés à tel point dans l'esprit des magistrats chargés des deux premières phases de l'instruction, qu'ils manifestaient hautement leur sentiment à la fin des interrogatoires militaires : « Lui remontré qu'il déguise la vérité en ses réponses et qu'il sera appris qu'il a servi de guide et d'espion aux Anglais avant et depuis leur débarquement à Gancale et à Saint-Briac, sommé de nous déclarer les sommes qu'il en a reçues et de reconnaître et déclarer la vérité. « Conteste au tout les faits de la remontrance et dit avoir déclaré la vérité et n'avoir reçu aucun denier des Anglais. »

 

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 06:46

 

 

L'opinion publique avait nettement accusé au mois de juin 1758 un certain nombre de particuliers d'avoir servi d'espions aux Anglais après leur descente à Cancale. Ange Servan de la Marre^ portefaix à Saint-Malo, et Jean Geslin, couvreur d'ardoises, demeurant au village de la Limonnaye, paroisse de Saint-Méloir, furent arrêtés et conduits aux prisons de Saint-Malo. Le premier fut remis en liberté. Jean Geslin convaincu d'avoir accepté une pièce d'or d'un officier anglais en récompense d'un service, dont il ne put justifier la nature, fut condamné le 24 janvier 1759 « à servir à perpétuité sur les galères du Roi. » La maréchaussée générale de Bretagne fut saisie de nouvelles dénonciations aussitôt après la bataille de Saint Cast. Barthélémy Alvarez, Jean Ploret, Jean Gampane, Claude Maze, François Castaret, Claudine Samson, Yves Parga, Julien Grumellon furent arrêtés sous la prévention d'espionnage au profit des Anglais, et écroués à la prison de Saint Malo. Les six premiers furent remis en liberté après quelques jours de détention. Yves Parga et Julien Grumellon furent au contraire maintenus sous les verrous conformément aux réquisitions du procureur du roi. Leur procès devait durer un an. Quelle était sous l'ancien régime la procédure d'un procès de haute trahison? La solution de cette question se trouve sans doute exposée dans tous les cours d'histoire du droit. Il nous semble cependant nécessaire de la traiter ici, non pour faire étalage d'une fausse science juridique, mais pour donner un aperçu de la minutie des procédés des magistrats du XVIIIe siècle, et surtout pour dégager l'histoire du procès de J. Grumellon de l'histoire ae la procédure au sens étroit du mot. L'intendant de Bretagne Lebret écrivit, le 27 septembre, à M. de la Glestière : « II est ordonné au Sr de la Glestière, lieutenant de la maréchaussée à Rennes, de se rendre immédiatement à Saint-Malo avec le Sieur Dureau, greffier de ladite maréchaussée, pour y prendre les ordres de Mr le marquis de La Châtre, à l'effet de procéder aux interrogatoires de différents particuliers détenus comme espions dans les prisons de ladite ville. » -Fait à Rennes, le 27 septembre 1758. L'officier de la maréchaussée arriva le 29 septembre à Saint-Malo et commença ses travaux dès le lendemain. L'affaire de Grumellon allait passer par quatre phases principales avant d'aboutir à la sentence rendue le 29 août 1759.

 

Instruction Militaire.

 

Faite à Saint-Malo et aux environs par Jacques-SébastienJean Gardin, écuyer, sieur de la Glestière, lieutenant de la maréchaussée générale de Bretagne, à la résidence de Rennes, assisté de Me Michel Dureau, greffier. Elle comprenait : 1° L'interrogatoire du prévenu; 2° L'audition des témoins; 3° La communication de tous ces documents à noble Me Joseph-Marie Michelot, avocat au Parlement, substitut du procureur du Roi en l'amirauté de Saint-Malo, faisant fonctions de procureur du Roi, attendu son absence.

 

 

Instruction Juridique.

 

 

1 Les faits relevés à la charge de Grumellon parurent suffisamment établis à ce magistrat pour justifier une information plus approfondie. Il adressa, le 16 octobre, au prévôt général une remontrance tendant à faire écrouer à la prison de Saint-Malo « le Né J. Grumellon comme susp'ect d'avoir servi de guide et d'espion aux Anglais », et à faire établir contre le prévenu une instruction juridique, à laquelle les interrogatoires et informations militaires faites jusqu'à ce jour seront annexées « comme mémoires ». M. de la Glestière et « Me François le Bourguignon, ancien avocat au Parlement, faisant à Saint-Malo fonctions d'assesseur, attendu l'absence de l'assesseur de ladite maréchaussée » furent chargés de cette instruction, en la chambre du conseil de la juridiction ordinaire de Saint-Malo. Ils étaient assistés du greffier Dureau. Les deux magistrats procédèrent à : 1° Un second interrogatoire de Grumellon; 2° Une seconde audition des témoins; 3° Ils rendirent, le 19 octobre, une ordonnance de soit communiqué au procureur du Roi; 4° Et rendirent, le 20, un décret de prise de corps contre J. Grumellon, ordonnant qu'il sera transféré de la prison de Saint-Malo à celle de Rennes où son procès sera instruit criminellement. L'accusé arriva à Rennes le 22 octobre et fut écroué le jour même.

 

 

Instruction Criminelle.

 

 

M Bonnescuelle, conseiller du Roi, et son procureur en la sénéchaussée et siège présidial de Rennes, déposa le 10 novembre 1758 des conclusions tendant à faire déclarer « Le Prévôt général de la maréchaussée incompétent pour instruire et juger par jugement prévôtal et en dernier ressort le procès de J. Grumellon » et demandant « que la connaissance de l'accusation soit renvoyée au lieutenant criminel du siège présidial de Rennes pour que le procès soit instruit et jugé à charge d'appel suivant les ordonnances. » Le siège rendit, le 15 novembre, une sentence conforme et l'accusé fut renvoyé devant le lieutenant criminel Varin « assisté de MM. les conseillers aux mêmes siège et sénéchaussée en nombre suffisant. » Cette nouvelle procédure comprend les documents suivants : 1° Troisième interrogatoire de l'accusé; 2° Inventaire de la procédure des deux premières phases de l'instruction; 3° Quatrième interrogatoire de T'accuse; 4° Troisième audition des témoins; 5° Recollement des témoins; 6° Confrontation de l'accusé et des témoins; 7° Réquisitoire écrit du procureur du Roi requérant l'élargissement immédiat de l'accusé.

 

 

 

Sentence.

 

La confrontation de Grumellon et de ses accusateurs eut lieu le 12 janvier 1759. Le réquisitoire du procureur du Roi est daté du 20 août de la même année. L'accusé subit, le 29 août, un nouvel interrogatoire « debout derrière le bureau » devant tous les magistrats réunis et il fut, séance tenante, renvoyé « hors procès. » Cette sentence est signée des conseillers du Roi : Babin, Varin, Le Marchand, Duval et Desrieux. Ces minutieux procédés d'instruction présentaient au prévenu toutes les garanties d'impartialité compatibles avec l'état de l'esprit public à l'époque. Mais ils compliquent d'une étrange matière le compte rendu du procès. Nous ne tiendrons aucun compte dans l'exposé ci-après de l'ordre chronologique des dépositions ou des interrogatoires. Nous choisirons avec la plus grande impartialité les réponses les plus précises sur chaque fait particulier et nous chercherons à éclaircir successivement chacune des charges relevées contre l'accusé. Mais, avant d'entrer dans l'étude détaillée du procès, il nous semble indispensable de tracer la silhouette de Grumellon et d'exposer brièvement les soupçons et les accusations qui motivèrent son arrestation. Julien-Charles Grumellon était né à Saint-Lormel, le 10 novembre 1715, de René Grumellon, laboureur faisant valoir son bien, qui fut assassiné le 21 juin 1718, et de Jeanne Vaumeloysel. Il habita Lancieux pendant sa jeunesse et revint ensuite se fixer au village de Villemousiard, en SaintLormel. Sa famille tenait un rang honorable dans cette paroisse et jouissait du privilège de voir ses membres inhumés dans l'église. M. de la Glestière nous trace le portrait suivant de l'inculpé au moment de son premier interrogatoire, le 2 octobre 1758 : « Devant nous..., etc., mandé et fait venir..., etc., un particulier de la taille d'environ 5 pieds, 2 pouces, quelques lignes, portant cheveux longs noirs, barbe et sourcils noirs, les yeux bruns, le visage ovale, le front haut, le nez mince et assez long, vêtu d'un justaucorps de peluche brune et d'une veste de drap fleuri à fond rouge de petites fleurs, garnie de boutons de poils de chèvre rouge, culotté d'étoffe brune, bas de laine lie de vin. » Détail particulier, l'inculpé ignorait son âge et n'avoua que 35 ou 36 ans. La rumeur publique l'avait désigné comme l'un des agents secrets employés par Bligh pendant son séjour dans la région- Le vicomte de Courville et l'écuyer de Lormel l'arrêtèrent le 28 septembre, et « le remirent incontinent à l'exempt de la maréchaussée de Dinan qui les suivait à vue et était chargé d'ordres pour arrêter ledit Grumellon. » Que lui reprochait-on? 11 était soupçonné : 1° D'avoir entretenu des intelligences avec les Anglais avant et pendant les descentes de l'année 1758; 2° De s'être volontairement livré à nos ennemis et d'avoir joui d'un traitement de faveur pendant sa captivité- On l'accusait en outre formellement : 1° D'avoir pratiqué l'espionnage au profit des Anglais sur la rive gauche de l'Arguenon, et d'avoir dénoncé, à Bligh, le faible effectif des défenseurs du Guildo; 2° D'avoir indiqué à l'armée anglaise les points guéables de la rivière, ce qui lui permit de forcer le passage; 3° D'avoir fait assassiner par les Anglais son oncle germain Jean Grumellon, dit Villareu, capitaine de la paroisse de Saint-Lormel. Etudions la procédure dans cet ordre L'attitude de J. Grumellon justifia de nombreux soupçons avant sa capture par les Anglais. Ecoutons les dépositions des témoins. Toussaint Cordon lieutenant garde-côte, était de service, lts mardi 5 septembre, au corps de garde de l'Isle, paroisse de Saint-Cast. Jl « vit venir le Né Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel, qui était monté sur un cheval ou jument bai, qui avait crins et queue, et ledit Grumellon était lors vêtu d'un justaucorps ou surtout brun, ayant par-dessous une veste et une culotte rouges... Il s'offrit pour venir au Guildo savoir ce qui se passait de la part des Anglais, et en faire ensuite son rapport...» Il fut éconduit. * II franchit cependant le Guildo, et vint rôder dans la région comprise entre l'Arguenon et le Frémur de Saint-Briac, bien que des bandes de maraudeurs anglais infestassent déjà ces paroisses. Bernard de Courville « étant proche du couvent des Carmes vit environ les 6 heures du soir un particulier qui parut venir du côté de Saint-Briac, étant monté sur un petit cheval ou jument bai (autant que se rappelle le déposant) auquel particulier le Sr de Lormel demanda d'où il venait (en ces termes) « D'où viens-tu Grumellon? » et ce particulier répondit qu'il venait de Saint-Briac... et le mercredi suivant (le 6) étant proche le gué du Guildo, vit passer le susditGrumellon monté sur un cheval, étant vêtu d'un justaucorps ou surtout brun et d'une veste raz fleuri rouge, auquel il demanda où il allait, et Grumellon lui répondit qu'il allait vers Saint-Briac et poursuivit son chemin. » Or le quartier général de Bligh était en ce moment à SaintBriac. Jacques Langlois W confirme la déposition du témoin précédent. Il ajoute que le Sr de Lormel ayant traité Grumellon de mauvais sujet, il résolut de l'arrêter s'il le rencontrait encore dans ces parages. Mais l'accusé n'alla pas à Saint-Briac le 6 septembre, et il passa de fort étrange manière à Lancieux la nuit du 6 au 7. Louis Morel dépose en ces termes : « Le mercredi 6 septembre, autant qu'il peut se rappeler, le Né Grumellon vint en l'auberge ou cabaret du Sabre situé en la paroisse de Lancieux, où le déposant prend pension, et se mit à table à souper avec le déposant et autres, ils tinrent table jusqu'à environ 11 heures avant minuit, et comme ils étaient à boire, arriva un particulier qui parut au déposant être pris de boisson, et qui dit qu'il venait de voir passer une vingtaine de chevaux anglais qui n'étaient conduits que par un seul homme, le déposant avec ledit Grumellon et le Né Jacques Quintin, frère du cabaretier, formèrent le projet d'aller s'embusquer pour tâcher de surprendre quelques-uns desdits chevaux, ils s'armèrent chacun d'un fusil et allèrent de compagnie jusqu'au bourg de Saint-Briac, proche le cimetière dudit lieu où après avoir resté jusque environ les 2 heures avant le jour ils s'en retournèrent de compagnie au susdit cabaret du Sabre, où ils se couchèrent et passèrent le reste de la nuit, et le matin du jeudi ils se mirent à déjeuner ensemble, et comme ils déjeunaient, le Sr de Pracomtal, employé des fermes du roi, arriva qui dit au déposant qu'il aurait bien souhaité sauver la couette de son lit, de sorte que le déposant et ledit Sr de Pracomtal prièrent ledit Grumellon de prêter son cheval pour emporter ladite couette, ce qu'il leur accorda, et pendant que ladite couette fut emportée, le Sr de Pracomtal se mit à déjeuner avec le déposant et ledit Grumellon. Au retour dudit cheval ou jument, ledit Grumellon la mena paître dans un pré, et environ 1 heure 1/2 après-midi ayant vu les Anglais qui s'avançaient vers le village du Sabre, le déposant et le Sr de Pracomtal quittèrent le village et y laissèrent ledit Grumellon, sans savoir où il alla, ni ce qu'il fit depuis. Ajoute que depuis ce temps a ouï dire par bruit commun que ledit Grumellon sortant du cabaret du Sabre avait parlé aux soldats anglais qui passaient et les avait salués. » Le Sr de Pracomtal complète la déposition précédente :« Le dimanche ou le lundi suivant (le 10 ou le 11) le déposant étant dans le susdit cabaret vit entrer ledit Grumellon qui était tout défiguré et en mauvais (état, et qui portant la parole dit au déposant que les Anglais l'avaient mis dans l'état où il était, l'avaient fait mourir de faim, et que heureusement il s'était échappé de leurs mains. »Les dépositions de tous ces témoins éclairaient d'un jour singulier la mentalité de Grumellon et donnaient prise au soupçon. On cherche vainement, le mobile qui poussa un habitant de Saint-Lormel à quitter la quiétude de son domicile pour se rapprocher d'une région où les bandes anglaises, assouvissant librement leurs instincts de pillage, semaient la désolation et la mort. L'accusé fut donc appelé à justifier minutieusement de l'emploi de son temps avant sa capture. Mais M. de la Glestière avait à coup sûr reçu des dénonciations nombreuses contre Grumellon. Il jugea utile de rechercher si ce dernier n'avait pas entretenu jadis un commerce d'amitié avec des sujets britanniques. Le magistrat procéda par insinuations plutôt que par interrogations. Il ne. put rien découvrir. L'accusé déclara qu'il n'avait jamais effectué le voyage de Jersey ni de Guernesey, qu'il n'avait pas entretenu de relations avec les Anglais, après leurs descentes, et qu'il servait à Saint-Cast au mois de juin dans la compagnie de son oncle Villorien Grumellon. Il reconnut qu'il escorta à cette époque, de Saint-Cast à Dinard, un convoi de 40 prisonniers anglais et qu'il prêta son cheval à l'un d'eux qui était malade et ne pouvait marcher. Il s'attira, dit-il, à ce sujet l'inimitié du Sr de la Chapelle-Gorju un de ses accusateurs actuels. Il nia enfin avec énergie être allé au camp de Saiht-Briac et avoir assisté à l'incendie des barques effectué dans la nuit du 4 au 5 septembre, près du Pont-Briand. M. de la Glestière l'interrogea alors sur les événements récents : -Interrogé où il passa le 4, le 5 et le 6e de septembre dernier, et s'il n'alla pas à Saint-Briac et dans les cantons voisins? -Dit que le lundi 4 de septembre dernier, ayant entendu du matin sonner le tocsin à Saint-Lormel il s'y rendit incontinent et s'informant du sujet du tocsin, il apprit que la flotte anglaise paraissait de nouveau à la côte, il alla chercher sa jument qu'il avait mise à paître dans la prairie nommée l'Etang-Quioual, ayant monté sa jument, il fit route vers une hauteur qui est environ à 3 portées de fusil de Saint-Gast d'où il aperçut un grand nombre de vaisseaux et de bateaux entre Saint-Briac et Lancieux, pour lors il pouvait être 4 heures après-midi, après avoir resté sur ladite hauteur pendant quelque temps à considérer lesdits vaisseaux qui lui parurent être ancrés, il fit chemin vers le Guildo où il arriva environ les 6 heures du soir du côté de Saint-Pôtan où il se rafraîchit à la porte de Fcoi8 Lucas aubergiste, où il but ladite chopine de cidre de cheval (sic) après quoi il passa à la faveur du bateau ordinaire au Guildo en Créhen et fit chemin vers Lancieux et rencontra en son chemin Pierre de la Brousse, domestique du Sr Piquet de Saint-Malo, qui conduisait un harnais avec d'autres particuliers que le répondant ne connaît pas, vers le Guildo, pour lors le soleil étant couché, ensuite il passa à DrouetW à la faveur.de Joseph Hardy, du village de la Jiglaye, paroisse de Ploubalay, guide ordinaire audit passage, et se rendit à la Lansonnière chez sa sœur, en la paroisse de Lancieux; n'ayant trouvé sa sœur, il alla la chercher sur la hauteur où est situé le moulin du Tertre de la Roche, d'où il aperçut un grand feu du côté de Saint-Briac, il trouva sur ladite hauteur plusieurs particuliers et non sa sœur, de sorte qu'il se rendit à l'auberge du village du Sabre, situé en la paroisse de Lancieux, environ les 9 heures du soir, et y resta la plus grande partie de la nuit, et environ une heure avant le jour, comme il n'y avait ni foin ni avoine dans l'auberge, il mena sa jument qu'il avait laissée à la porte de l'auberge dans un clos qui lui appartient et qui est situé à environ une portée de fusil de ladite auberge où il la mit à paître, et resta à la garder, étant jour il mena sa jument dans la cour de ladite auberge et lui, répondant, se mit à déjeuner et resta jusqu'à environ midi qu'il monta sur sa jument et fit route vers le Guildo pour se rendre à Saint-Lormel et passa par Drouette, étant au passage du Guildo il y rencontra le Né Gabriel Lemasson, habitant dudit lieu, qui dit qu'il s'en revenait du côté de Lancieux pour savoir de quel côté les Anglais avaient pris, et du Guildo le répondant se rendit seul en sa demeure à Saint-Lormel où il arriva environ les 5 heures à 6 heures du soir, et y passa la nuit, et resta en sa demeure jusque environ 1 heure après-midi du mercredi 6 septembre qu'il alla au Guildo pour se rendre chez sa sœur en la paroisse de Lancieux pour lui aider à emporter ses effets pour les sauver des Anglais... » Grumellon s'arrêta au cabaret du Sabre; nous savons d'après la déposition de Louis Morel comment il y passa la nuit du 6 au 7 septembre et la matinée du lendemain. Son interrogatoire confirme entièrement la véracité de la déposition du témoin. Il nia cependant, lors de la confrontation, avoir salué les soldats anglais et leur avoir adressé la parole. Bref le prétexte qui amena Grumellon au village du Sabre était très louable; mais, il paraît s'être bien plus occupé de festoyer au cabaret que d'aider sa sœur à sauver ses richesses avant l'arrivée des Anglais. Notons enfin qu'il n'avoua pas être allé au corps de garde de l'Isle malgré la déposition de Toussaint Gordon 

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 18:24

 

 

La victoire de Saint-Cast eut un immense retentissement en Bretagne, et, selon l'expression de M. Ropartz, le récit de ces événements « a été transmis à la postérité avec la pompe surhumaine de l'épopée! ». Nous possédons beaucoup de narrations pittoresques de la descente de Saint-Briaç, mais il n'en existe encore aucune relation historique exacte. Les versions des chroniqueurs contemporains, et les études des écrivains qui relatèrent ces faits de guerre sont très souvent contradictoires. Mais, il est un point sur lequel l'accord unanime ne pouvait laisser planer aucun doute : la trahison du Guildo. La résistance de Rioust des Villes-Audrains n'aurait été brisée, qu'après qu'un traître : Julien Grumellon, de la paroisse de Saint-Lormel, eût révélé à Bligh le faible effectif des défenseurs du cours d'eau, et n'eût indiqué aux colonnes anglaises les gués de l'Arguenon. De nombreux auteurs nous donnent des détails circonstanciés sur ce fait historique. « L'après-midi, écrit M. Rioust des Villes-Audrains les ennemis firent partir un de leurs espions, habitant du pays, qui ayant pris un grand détour, vint de notre côté, vit le peu de monde que nous étions, et par le même détour alla en rendre compte au général Bligh. » Le récit du recteur de Saint-Gast est formel à cet égard : « Le samedi les Anglais corrompirent par argent un Né Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel, qui, après avoir examiné et rapporté aux ennemis la petite poignée de monde qui s'opposait à leur passage les conduisit à Sainte-Brigitte... » « Ce traître, avance l'abbé Manet, était un Né Grumellon, de la paroisse de Saint-Lormel, qui s'était laissé gagner par argent et qui leur indiqua en sus les points les plus faciles de passage... » « Rioust des Villes-Audrains, écrit M. J. Geslin de Bourgogne, tint l'armée anglaise en échec jusqu'au moment où un traître de Saint-Lormel, Grumellon, dirigea les colonnes anglaises à travers les grèves de Quatre- Vaux pour tourner le Guildo... » M. Bertrand Robidoufait les suppositions suivantes : « Mais un traître d'une paroisse voisine gagné par argent, par peur plutôt, révéla le petit nombre des défenseurs du pays. Le traître s'appelait Grumellon, il était de Saint-Lormel... » M. Sigismond Ropart attribue un autre mobile à ce crime : « II avait 43 ans quand il vendit son pays. Il n'avait pas l'excuse du besoin... Julien fut donc poussé par l'ambition la plus honteuse, ou par la crainte; à moins qu'il n'ait voulu venger le sang de son père sur les paroisses de la rive gauche de l'Arguenon. » M. Arthur de la Borderie, lui-même, n'hésite pas à certifier l'authenticité de ce fait, avec la haute autorité qui se dégage de toutes ses œuvres : « Les Anglais, on le sait, écrit-il, n'osèrent franchir le gué du Guildo, le 9 septembre au soir, qu'après avoir été informés par un traître du petit nombre des volontaires qui, par leur vaillante résistance avaient pendant 24 heures arrêté la marche des envahisseurs. « Les relations donnent à ce traître, qui était du Guildo même, le nom de Grumellon... » Gomment douter de la réalité de ce fait après une telle série de témoignages accablants? Mais, l'histoire est une science exacte, et celui qui s'y adonne ne doit pas se laisser impressionner par l'unanimité des jugements antérieurs. Notre incrédulité contemporaine exige des références; les récits historiques créent la présomption dans nos esprits; les textes authentiques seuls déterminent la conviction. Or, une étude approfondie des lieux et des faits nous a amené à douter de la réalité de la trahison du Guildo. Bligh ne voulait pas la bataille. Or, chaque étape de son armée vers l'Ouest le rapprochait de ce point fatal où il allait venir se heurter en aveugle à la masse principale des troupes du duc d'Aiguillon. Le 10 septembre il n'avait même pas encore la notion confuse du danger vers lequel il courait. Il' ignorait tout de la marche et des projets de son adversaire : les historiens anglais l'avouent, et le désarroi manifeste dans lequel se réunit le conseil de guerre anglais le même jour au Pont-Brûlé en Matignon le démontre. Bligh eût connu tous ces faits, si le service d'espionnage avait été organisé dans son armée. Il utilisa à coup sûr comme guides des paysans terrifiés par la menace de la potence, mais l'incohérence de tous les actes du commandement anglais, jusqu'aux dernières heures de cette campagne, semble démontrer qu'il manqua d'espions et ne sut jamais -rien de ce qui se passait à quelques lieues du camp. L'étude de M. Ropartz sur « Le traître de Saint-Lormel » contribua surtout à faire naître le doute dans notre esprit. « Les vieillards ont connu Grumellon, écrit-il W : dans les dernières années du XVIIe siècle, vers 1780, il habitait, au Guildo, vis-à-vis du couvent des Carmes, une petite maison d'où il pouvait voir le théâtre même de sa trahison. C'était un homme grand, maigre, marchant droit avec une sorte de tournure militaire. Il vivait seul et personne ne le hantait. Souvent les enfants le poursuivaient, en lui criant : « Va donc montrer le passage aux Anglais! » « II semble ensuite avoir disparu du Guildo, et l'on perd sa trace. » Ainsi donc, Grumellon échappa au châtiment de son forfait. et le traître put narguer pendant de longues années le mépris de ses concitoyens. Ce fait invraisemblable épaississait encore à nos yeux le mystère dont était entourée la trahison du Guildo. Ce point d'histoire n'en était que plus intéressant à éclaiFcir. Nous avons été assez heureux pour pouvoir reconstituer intégralement d'après les Archives départementales d'Ille-et-Vilaine (Série B, Présidial de Rennes) les dossiers de procédures de haute trahison au profit des Anglais instruites en Bretagne de 1758 à 1760. Nous nous efforcerons de retracer à l'aide de ces documents inédits toute l'affaire de trahison du Guildo.

 

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 19:39

 

 

 

La longue étendue des côtes de France a été, à toutes les époques de notre histoire, exposée aux deux modes d'attaque par mer : les bombardements et les descentes. Les grandes descentes ont été rares depuis la fin de la guerre de Cent ans; et leurs succès furent plus rares encore, lorsqu'elles eurent pour but des opérations régulières sur un territoire étendu et peuplé. Elles ont été plus fréquentes et plus heureuses, lorsqu'elles se sont proposé l'occupation de territoires bornés ou de positions particulières telles que les presqu'îles et les îles. Il ne convenait plus au XVIIIe siècle d'exagérer les dangers des invasions maritimes parties d'Outre-Manche. Notre incontestable supériorité militaire sur l'Angleterre lui interdisait de tenter la conquête d'un établissement permanent sur nos côtes, ou de s'emparer, sur le territoire français, de quelque place forte lui assurant la domination du pays et de la mer. Mais la suprématie maritime de la Grande-Bretagne lui facilitait le débarquement d'un corps expéditionnaire destiné à opérer près des côtes, à lever des contributions, à piller les villes ouvertes, à tenter une attaque brusquée contre les arsenaux maritimes, à ruiner les principaux ports d'armement. Les descentes de Synclair à Lorient en 1746, de Marlborough à Cancale en juin 1758, de Bligh à Cherbourg et à Saint-Briac aux mois de juillet et de septembre de la même année, sont les derniers exemples des incursions anglaises sur notre sol national. Aucune ville bretonne n'a plus souffert que Saint-Malo de nos guerres incessantes avec nos voisins d'Outre-Manche : sa liberté, sa fortune, son existence même furent souvent menacées. Aucune ville française ne leur fit plus de mal. Les exploits des corsaires malouins : les Bouvet, les Dangeron, les Magon, exaspéraient le gouvernement anglais au milieu du XVIIIe siècle, et ruinaient le commerce maritime de nos rivaux. Pitt décida, en 1758, de tenter un effort immense contre le vieux port breton, et de le réduire par une attaque combinée de l'armée et de la flotte britanniques. Mais la cité corsaire, couverte sur son front de mer par les fortifications érigées par Vauban, protégée sur son front de terre par la splendide ceinture de ses nouveaux remparts, apparut au duc de Marlborough comme une forteresse inexpugnable. Le général anglais rembarqua, le 12 juin 1758, à Cancale, les 13,000 hommes dont le commodore Howe avait assuré le débarquement, le 4 juin précédent. C'était un échec. Le pillage systématique des paroisses des évêchés de Dol et de Saint-Malo, la destruction d'une partie de la flotte malouine, les 3.363.223 livres de dégâts effectués dans le pays, ne couvraient pas les frais immenses de l'armement anglais. Marlborough céda le commandement au général Bligh, et celui-ci dirigea immédiatement contre Cherbourg une expédition dont le succès dépassa les prévisions les plus optimistes du cabinet de Londres. Bligh, grisé par ce facile succès, entreprit d'effectuer contre Saint-Malo l'attaque devant laquelle son prédécesseur avait reculé. Il cherchait la gloire; cette néfaste campagne devait briser sa fortune et le couvrir d'infamie. Le but avoué de la nouvelle expédition anglaise était l'attaque de Saint-Malo et l'achèvement de la ruine de son port. Mais, par suite de circonstances inexplicables, le débarquement du corps expéditionnaire s'effectua le 4 septembre 1758 dans l'anse de la Fosse, près de Saint-Briac. L'infranchissable fossé de l'embouchure de la Rance séparait l'armée anglaise de son objectif principal. Bligh s'efforça en vain pendant les deux journées suivantes de réparer les conséquences de cette grossière erreur initiale. Il lui fut impossible d'élaborer un nouveau plan de campagne contre la cité corsaire. Se rembarquer immédiatement eût été avouer l'avortement de ses conceptions stratégiques; il voulut sauver la face, donner le change à l'opinion publique anglaise et il laissa ses troupes dévaster librement le pays. Mais les dangers de la navigation côtière dans cette région et la mauvaise tenue des fonds dans les parages du Décollé obligèrent le commodore Howe à conduire sa flotte à l'excellent mouillage de la baie de Saint-Gast. L'impérieuse nécessité de maintenir toujours la liaison du corps expéditionnaire, avec la flotte obligea Bligh à effectuer sur terre un mouvement parallèle. L'armée leva le 8 septembre le camp de Saint-Briac et marcha sur Matignon par Ploubalay, Trégron, et le gué de l'Arguenon, situé près du couvent des Carmes du Guildo. Le Guildo (guedum dolosum) est un petit port, formé par la rivière de l'Arguenon, près du lieu où son estuaire s'élargit entre la presqu'île de Saint-Jacut, à l'Est, et le village de Notre-Dame du Guildo, à l'Ouest. Le passage du cours d'eau s'effectuait au XVIIIe siècle en bateau et très rarement à gué. Il eût été très imprudent à une personne inexpérimentée dé tenter sans guide le passage de la rivière à marée basse. L'Arguenon forme dans cette partie de son cours plusieurs fosses, sortes de souilles profondes, séparées les unes des autres par des seuils, dont chaque marée modifie l'orientation et l'emplacement. Le passage du Guildo s'effectuait en 1758, non pas en face des maisons des deux rives, comme il s'est fait postérieurement, mais plus en amont de la rivière, près d'un rocher dont la masse surplombe la fosse du Chaland. Charles Lebret et sa fille Rosé, femme de Pierre Perée,  exploitaient à cette époque le privilège du passage, moyennant une redevance aux carmes du Guildo. Aussi les habitants du pays avaient-ils progressivement renoncé à braver les dangers du passage à gué, et les riverains ne possédaient que des notions très imprécises sur les déplacements journaliers des seuils de la rivière. Ajoutons, enfin, que la rive Ouest, couverte de constructions et de levées de terre boisées, domine la rive Est, et que sa l'orme concave permet de battre le gué du Chaland par des feux croisés. Le passage de vive force de l'Arguenon .exigeait, dans ces conditions, de la décision et du coup d'œil de la part des chefs; beaucoup de courage chez les soldats. Cent paysans mal armés, rangés sous les ordres d'un chef improvisé, M. Rioust des Villes-Audrains, tinrent pendant trente heures l'armée anglaise en échec devant ce passage les 8 et 9 septembre 1758. Rioust ne se retira, le 9 septembre, à 5 heures du soir, que sous la menace d'une manœuvre enveloppante d'une colonne Anglaise passée au gué de Quatre-Vaux. Le reste de l'armée franchit ensuite le gué du Chaland. Bligh campa le même soir à Saint- Jahuguel et entra le lendemain à Matignon. Mais le retard imposé à la marche des troupes anglaises, par l'opiniâtre résistance des défenseurs du Guildo, avait permis au duc d'Aiguillon de concentrer l'armée de Bretagne à Pluduno-Saint-Pôtan. Les deux adversaires étaient au contact; une bataille était imminente. Bligh n'osa pas tenter la fortune des armes. Il se replia sur la baie, de Saint-Cast. Mais nos bataillons gagnèrent son armée de vitesse, la rejoignirent sur la plage et infligèrent à l'arrière-garde anglaise une sanglante défaite, le 11 septembre 1758. Telle est la brève histoire de cette campagne de sept jours  

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 15:19

 

 

Château de la Saudraie à Saint Glen et Paul Sébilllot

 

Paul Sébillot, cet auteur auquel ont doit ces précieuses notes connues sous le nom de Coutumes populaires de Haute-Bretagne. Pourtant rien ne prédestinait ce Matignonnais à s'orienter vers ces remarquables travaux, car après des études de droits à Rennes, il avait aussi fait preuve de son talent de peintre….Il évoque la Saudraie dans ses travaux.

 

 

Château de la Noë St-Yves à Bain de Bretagne et Amédée Guillotin de Corson

 

Amédée Guillotin de Corson, ce Nozéen passa son enfance au château de la Noë-St-Yves. Il fut ordonné prêtre en juillet 1861. Passionné de sa Bretagne natale, il est surtout l'auteur de multiples ouvrages, l'un des plus connu étant le Pouillé historique de l'Archevêché de Rennes, mais comme son compatriote Sébillot, il s'intéressa également aux Traditions et légendes de Haute-Bretagne 

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 06:24

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 19:54

 

Gwerzo 'm eus laret deoc'h ma sad

Ha laret deoc'h ma mamm

Gwerzo 'm eus laret deoc'h ma sad

Ha laret deoc'h ma mamm

 

Ma n'garet ket men dimeein

Ha rein den me me choant

Ma n'garet ket men dimeein

Ha rein den me me choant

 

Ma n'garet ket men dimeein

Ha rein den me me choant

Ma n'garet ket men dimeein

Ha rein den me me choant

 

E han da hwiskein ma dilhad

Hag d'ar e han c'hovant

E han da hwiskein ma dilhad

Hag d'ar e han c'hovant

 

Men galanted 'chomo dre man

Hag he c'houilo d'ho c'choant

Men galanted 'chomo dre man

Hag he c'houilo d'ho c'choant

 

Yaouank yaouank yaouank ma merc'h

Yaouank mad ho kavan

Yaouank yaouank yaouank ma merc'h

Yaouank mad ho kavan

 

Yaouank yaouank yaouank ma merc'h

Yaouank mad ho kavan

Yaouank yaouank yaouank ma merc'h

Yaouank mad ho kavan

 

Veid boud lakaet en ho chonj

Da gawein ur galant

Veid boud lakaet en ho chonj

Da gawein ur galant

 

Veid boud lakaet en ho chonj

Da gawein ur galant

Veid boud lakaet en ho chonj

Da gawein ur galant

 

Da gawein ur galant

Da gawein ur galant

Da gawein ur galant

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:05

Nous évoquions dans un précédent article le chirurgien Issaly qui avait assisté cette femme en train d'accoucher à la Montforière en Plénée. Précisément, une autre famille avait aussi fourni à la paroisse de Plénée alors désignées Plenest deux chirurgiens au cours du XVIIe siècle. La famille Rochelle. Le premier membre de cette maison qui soit arrivé en la Province de Bretagne fut maître Abraham Rochelle, originaire de Azay-le-Rideau, où il exerçait la fonction de notaire (voir  Le protestantisme, page n° 5). C'est à Tours le 25 juillet 1602, que maître Abraham Rochelle avait épousé une dénommée Nicole Regnault, fille de Titus Régnaut, alors procureur au siège royal de Tours, et de dame Marie Jumeau. Ladite Marie apparaît dans un acte ainsi que son frère le 10 septembre 1616 à Tours. Celui-ci, maître Jehan Renault, récolta le siège qu'occupait son père, il devint procureur au siège du présidial de Tours. Abraham Rochelle -alias Isaac, fut pour sa part choisi par le puissant seigneur Amaury IV Gouyon de la Moussaye, comme régisseur du domaine de la Moussaye, tâche consistant en la garde et l'entretien dudit domaine. Il semblerait que ce soit en mai 1621 qu'il fut nommé à ce poste. Nicole Régnaut son épouse, avait mis cinq enfants au monde, tous baptisés selon le principe de l'Eglise Réformée.

1° Isaac Rochelle, l'aîné de la fratrie, il s'éteignit en 1634

2° Balthazar Rochelle, le cadet fut titré sieur du Pavillon et de la Rigaudière. Ledit Balthazar épousa Jeanne Dorsmaine. Ils eurent  trois enfants, à savoir : Robert Rochelle baptisé en 1637, Jean Rochelle, baptisé en 1630 et Marie Rochelle, baptisée en 1631.  

3° Rachel Rochelle;

4° Marie Rochelle; 

5° Jacob Rochelle, le benjamin fut baptisé vers 1610, selon Claude-Guy Onfray. Il devint chirurgien et exerça à Plénée à partir de 1643 ;  sa fonction, une fonction encore très embryonnaire, les chirurgiens pansaient les plaies, mais avaient encore à cette époque une fâcheuse tendance à amputer leurs patients. Jacob Rochelle épousa damoiselle Renée de Cahideuc, fille de Louys, attaché à la garde du comte de Laval, et de Jeanne Grenier. C'est au château de Terchant en la paroisse de Ruillé-le-Gravelais près de Laval qu'eut lieu leur union selon le rituel protestant.

 

 

Il faut dire que l'endroit qui abritait un temple appartenait au sieur Gouyon de la Moussaye. Avec son épouse, Jacob Rochelle résidait au Besle en Plénée, il s'éteignit à Plénée le 14 janvier 1656. Renée de Cahideuc, sa veuve mourut quant à elle le 15 novembre 1680 à Plénée, elle était âgée de 61 ans. Six enfants étaient nés de leur union :

-Marie Rochelle -voir article qui lui est consacré en fin d'article

-Rachel Rochelle,

-Jacob Rochelle -qui suit,

-Catherine Rochelle, mourut âgée de 23 ans en 1671 à Terchant,

-Daniel Rochelle, s'éteindra âgé de 16 ans à Terchant

-Michel Rochelle, titré sieur de la Rigaudière.

Tous furent baptisés de 1642 à 1652 par un pasteur, probablement par le Ministre de la Moussaye David de la Place.   

 

 

Un chirurgien au cours du XVIIe siècle

(d'après tableau de David Tenier le Jeune) 

 

Jacob Rochelle, fils de autre Jacob et de Renée de Cahideuc fut baptisé le 12 mars 1646. Il reçut pour parrain Isaac Le Cler et pour marainne Marie La Lore, d'Olisset. Jacob Rochelle fut Maître-Chirurgien, il épousa Henriette Jupchaud, fille de Maître Estienne Jupchaud, sieur de la Crânne en Sévignac -débouté de la noblesse lors de la réformation de 1668, et de Judith de Saint-Cyr de Sion. Ledit père de la jeune épousée était lui-même attaché au Marquisat de la Moussaye. Le jeune couple était établi dans la Rue Herso Pot ou la Grande Rue en 1685, toutefois, ils étaient propriétaires terriens de Tréla et du Tertre. Jacob Rochelle fit l'acquisition de la charge de chirurgien royal le 20 juillet 1695 pour la somme de 187 livres (-Gilbert Noël : Plénée-Jugon, des origines au XIXe siècle). De son union avec Henriette Jupchault naquirent plusieurs enfants, à savoir  : 

 

-René Rochelle, l'aîné fut baptisée le 29 septembre 1675 (voir le temple de la Moussaye)

-Catherine Rochelle, sa soeur cadette fut baptisée le 7 octobre 1677. Lors de la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, c'est probablement elle qui s'exila le 8 février 1689 et débarqua à Guernesey d'où elle revint. Le 31 mai 1708 à Plénée, elle épousa Claude du Quélen, sieur de Villeglé après avoir abjuré, puis François Rouxel, sieur de la Cloture en la paroisse de Maroué.

-Pierre Rochelle, fut baptisé le 14 janvier 1680

-Jacob Rochelle, baptisé le 6 décembre 1682

-Henriette Rochelle, mourut âgée de 18 mois en 1685.

-Jacob Rochelle, mourut âgé de 18 mois en 1686.

-Marie-Catherine Rochelle, fut baptisée le 17 octobre 1686.  Le 2 octobre 1714 à Plénée-Jugon, elle épousa Ecuyer Julien de Trémaudan, sieur de la Daviais dont elle eut  trois enfants (voir La famille de Trémaudan). Catherine Rochelle devait s'éteindre le 15 mai 1719. -Marguerite de la Rochelle fut baptisée le 21 août 1689 à Pléne, elle abjura  en 1714.

-Françoise de la Rochelle, fut baptisée le 9 avril 1693 à Plénée, elle abjura en 1714

 

Jacob Rochelle, maître-chirurgien s'éteignit en cette même localité de "Plenest" le 31 août 1719 à l'âge de 73 ans après s'être converti sincèrement au catholicisme tout comme sa femme et leurs cinq enfants (encore vivants), en effet la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, les y obligèrent : Noble homme Jacob Rochelle, sieur dudit lieu étant mort dans la communion de l'église après avoir reçû les sacrements de pénitence Eucharistie et extrême onction, le trente unième d'août mil sept cent dix neuf fut le second septembre dudit an inhumé dans l'église, présens Catherine, Françoise et Marie Rochelle et plusieurs autres personnes de qualité". Signature: P.R.Rouxel prêtre.

 

Marie Rochelle, fille de Jacob  et de Renée de Cahideuc, épousa successivement Me Philibert Fanjoux, apothicaire, dont elle eut un fils prénommé Rachel, lequel fut inhumé dans les bois le 31 juillet 1694, mais aussi deux filles dont une Marie est dite demoiselle de Fanjoux, l'autre prénommée Jeanne est mariée à Abel Bellavenne de Paray-le-Monial dont elle aura trois enfants (sources familles Jartru Chassenard 03 et autres). Devenue veuve de celui-ci, elle épousa en seconde noce Me Maurice Desmoulins, sieur du Besle, avocat, fils de écuyer Henry des Moulins, sénéchal de la Moussaye, donné aussi sieur du Bel ou du Besle, et décédé en sa maison du Bel le 14 mars 1661 (voir Le protestantisme, page n° 6), elle avait abjuré le 4 décembre 1658.  De cette seconde union devaient naître un fils prénommé Maurice baptisé en 1678 et deux autres enfants dont un fils prénommé Isaac. Henri des Moulins, fils de autre Maurice devait abjurer la religion protestante en janvier 1708, il devait épouser en 1708 à Plénée Marie Poulce qui abjura à même date. Marie Rochelle épouse de Maurice des Moulin s'éteignit le 26 février 1686 -acte de décès ci-dessous.

 

 

 

 

 

Son veuf se remaria l'année suivante à Plénée avec Charlotte Marval, également issue d'un foyer protestant, dont il eut cinq autres enfants, le dernier prénommé Joseph fut sieur du Besl. Maurice des Moulins et Charlotte Marval sont recensés présents au Bele en 1685 (voir Actes divers touchant la paroisse de Plénée, page n° 15). Maurice des Moulins devait trépasser le 26 mars 1720 âgé de soixante quinze ans, après avoir passé la plupart de sa vie éloigné de l'Eglise catholique, fut inhumé en la chapelle St Joachim... Acte ci-dessus

 

 

 

Le Bêle à Plénée-Jugon

(merci à M. et Mme Andrew Barden)

 

 

Le Bêle, demeure XVIIe avec porte cintrée à double rangée de claveaux,les fenêtres sont ornées de lintaux à accolade, un charmant puits à dome, maçonné, voisine avec une remise. Les armoiries figurant sur la cheminée pourraient être celles de la famille des Moulins, à savoir :  " d'or à trois anilles de sable"

 

 

Claude-Guy Onfray : Livre des Baptêmes, Mariages & Mortuaires de l'Eglise réformée assemblée à La Moussaye en Plénée-Jugon. Depuis l'an 1619 jusques l'an 1683.   

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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 18:47

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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