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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 15:03

 

 

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Published by poudouvre
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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 08:12

 

Les archives du château de Keroullas m'ont déjà fourni les éléments d'une étude, publiée dans la Revue, sur un recueil manuscrit de Gilles et de Maurice le Borgne, que j'y ai découvert. Encouragé par cette bonne fortune, je m'étais promis d'y faire de nouvelles recherches et de les diriger sur la personne de cette héritière qui est restée si intéressante par ses amours et ses malheurs que la poésie populaire a chantés Lorsque Mme du Boisriou eut la complaisance de m'autoriser à consulter de nouveau ses archives, ce fut avec ardeur que je me mis à travailler. Je ne m'attendais pas à y trouver des renseignements bien circonstanciés mais il me semblait que je serais payé de ma peine, si je mettais seulement la main sur quelque date ou quelque détail ignoré. Je n'ai pas été complètement déçu mais je n'ai pas été non plus entièrement satisfait. Le château de Keroullas où l'héritière aimait à jouer « aux dés avec les enfants des seigneurs n'existe plus; il a été incendié. La demeure actuelle est du XVIIe siècle et n'a conservé qu'un très petit nombre de papiers du temps de la penn herez. Ce que j'y ai recueilli, je l'offre aux lecteurs de la Revue avec cette excuse, pour me faire pardonner ma pauvreté, qu'aucun indice n'est à dédaigner, s'il se rapporte à des figures aussi touchantes que celle de Marie de Keroullas. Il semble que ce qui les concerne nous intéresse au plus haut degré. Elles nous sont sympathiques dans toute la force du terme parce que leur souvenir n'est pas venu jusqu'à nous dans la seule forme banale d'un mémoire généalogique et que ce qu'elles ont senti et ce qu'elles ont souffert ne nous est pas étranger. La chanson du Barzaz Breiz n'est pas peut-être absolument présente à l'esprit de tous les lecteurs; je ne crois pas inutile d'en rappeler le sujet. Marie de Keroaltas, riche héritière de Plourin, dans l'évêché de Léon, était recherchée en mariage par plusieurs jeunes seigneurs. Il y avait Pennanrun; il y avait Sataun, qui arrivait tous les samedis, « monté sur son petit cheval noir »; et il y avait, par dessus tout, Kerthomaz, le plus aimable, que l'héritière allait remarqué au nombre de ses admirateurs et dont elle était loin de repousser les hommages. Elle avait même accepté ses cadeaux, un anneau d'or, un sceau et des chaînes d'or, lorsque, du fond de la Cornouaille, François du Chastel, marquis de Mezle, se présenta. De son manoir de Chateaugal, il avait entendu parler de ce brillant parti, et il venait, « avec sa mère et une suite nombreuse » pour mettre aux pieds de la jeune fille sa fortune et son nom. Eblouie de cette proposition d'alliance et de ce nom des du Chastel dont le prestige, au bas Léon, était plus grand que partout ailleurs, la mère de l'héritière accorda au marquis la main de sa fille. Elle se garda d'autant plus soigneusement de consulter les goûts de cette dernière, qu'elle même aimait secrètement Kerthomaz. La penn-herez se résigna ; au moment du départ, elle embrassa en sanglotant la porte du vieux manoir mais ette partit avec celui qu'elle n'aimait pas. Le marquis était dur sa vie était celle d'un avare. Marie qui était douce et charitable, ne put se faire à un tel homme et à l'oubli de Kerthomaz. Elle mourut, deux mois après son arrivée à Chateaugal. Frappés d'un coup si cruel, Kerthomaz et la malheureuse mère finirent leur vie au fond d'un cloître sombre. Voilà, en résumé, ce que dit la chanson recherchons maintenant ce qu'y ajoute l'histoire et le peu qu'elle nous offre de renseignements complémentaires et de rectifications. Le chanteur populaire a coupé son récit en trois périodes distinctes l'enfance, le mariage et la mort je suivrai également cette classification.

 

L'enfance

 

 

Ce qui est consacré à l'enfance n'est pas long de la part du poète : l'héritière de Kerhoulaz avait bien du plaisir à jouer aux dès avec des enfants de seigneurs. Aussi bien, est-il vrai que dans grand nombre d'existences le bonheur ne tient pas large place. Marie de Keroulas était fille unique de François de Keroullas et de Catherine de Lanuzouarn. Ses premières années furent heureuses elle n'interrompait ses jeux avec les enfants des manoirs voisins que pour apprendre à lire et à former les caractères élégants de cette longue et fine écriture, dont on verra plus loin un fac similé que j'ai fait faire, d'après une signature retrouvée au bas d'une transaction de 1578. A une époque où les études des jeunes seigneurs ne portaient guère au delà de savoir « lire, escrire et réciter leurs heures. » Marie de Keroullas reçut donc une instruction aussi complète qu'on pouvait désirer. C'est aussi que devaient se réunir en sa personne tous les biens de sa maison. Son grand-père, Tanguy de Keroullas, et sa grand'mère, Loyse de Kermellec, étaient « morts et décédés riches de leurs biens ; » et cette fortune avait passé entre les mains de son père qui était l'aîné et le chef de la famille. Il fallait que son instruction répondit à la situation qu'elle devait un jour occuper dans le monde, de même que sa toilette, d'après l'auteur de ta chanson, était l'objet de soins particuliers, « comme il sied à une héritière de Kerhoulaz. A la mort de son père, vers la fin de 1561 ou au début de 1562, elle n'était encore qu'une fillette et elle ne put comprendre l'importance de cet événement. Mais, les incidents qui en furent la conséquence sont nettement indiqués dans la strophe suivante « Cette année elle n'a point joué, car ses biens ne le lui permettraient pas, elle est orpheline du côté de son père, l'agrément de ses parents serait bon à avoir » Ces paroles font évidemment allusion à de graves contestations qui s'élevèrent dans la famille à la mort de François de Keroullas. L'ouverture de son testament en fut, sans nul doute, l'origine. Les rares pièces que j'ai pu consulter ne sont pas assez instructives pour me permettre de me prononcer formellement. Ce que je crois pouvoir affirmer, c'est que François de Keroulas, imitant en ce point la conduite de beaucoup d'aînés, avait laissé venir la mort sans avoir donné à ses juveigneurs le partage qui leur revenait, et que, « faisant son testament et ordonnance de dernière volonté, il avait voulu les indemniser, en les favorisant au détriment de sa fille. Il en naquit des querelles qui durent avoir un grand retentissement au pays d'alentour, et la tranquillité du vieux manoir de Keroulas en fut profondément troublée. Les oncles et tantes qui traînaient ainsi l'héritière en procès étaient le sieur de Mezhelou, Hervé de Keroullas, qui mourut avant l'apaisement de ces difficultés Yvon, le sieur du Quellenec, qui épousa Jeanne de Kergoat ; Louis, le sieur du Cribinec,qui épousa Jeanne le Roux, de la maison de Brescanvel; enfin, Marie et Catherine de Keroullas. Cette question de partage ne fut définitivement réglée qu'en 1578, par une transaction du 10 avril, au bas de laquelle Marie de Keroullas apposa la signature dont le fac-simile accompagne cet article. Comme s'il ne suffisait pas de ce procès de famille, on vit bientôt se joindre à ses neveux le vieux Bernard de Keroullas, grand-oncle de l'héritière, qui, à la mort de François, vint de son manoir de Lanvaon, en Plouguerneau, pour réclamer également son partage, en vertu d'un contrat inexécuté du 13 septembre 1533. Ce différend ne fut tranché qu'en 1568. Toutes ces revendications étaient peut-être justes au fond ; mais l'orpheline avait à se débattre contre les plus proches parents du côté de son père, et il n'en fallait pas tant pour frapper l'imagination du peuple des campagnes. Nous avons un fidèle écho des propos qui se tenaient alors, près du manoir, aux causeries des chaumières, dans cette parole mélancolique qui termine la première partie de la chanson et que le poète a placée sur les lèvres de Marie, comme sur celles d'une enfant déjà vouée au malheur « Aucun de mes parents paternels e m'a jamais voulu de bien ; ils ont toujours souhaité ma mort pour hériter ensuite de ma fortune. » Cette première partie de la ballade, consacrée à l'enfance et à la minorité de l'héritière, embrasse un espace de temps qui commence à l'année 1563 pour s'étendre au moins jusqu'à l'année 1578. Tous les auteurs qui ont parlé de Marie de Keroullas ont fixé son mariage, après M. de Fréminville, à l'année 1565. Or elle fut placée sous la tutelle de sa mère, par acte du 25 février 1568, et Catherine de Lanuzouarn figure encore en qualité de « tutrice de demoyselle de Keroulas, sa fille. » dans une quittance sur parchemin du receveur des fouages pour l'évêché de Léon, en date du 20 avril 1573. Il eût été d'ailleurs à désirer pour l'héritière que cette période de sa jeunesse tranquille se prolongeât longtemps car le mariage, qui apporte ordinairement le bonheur et l'amour, ne devait lui réserver qu'amertume et que larmes

 

Le mariage

 

 

De cette année 1573 au 10 avril 1578, je perds la trace de Marie de Keroulas. A cette dernière date, je la retrouve dans la transaction dont j'ai déjà parlé, et ou elle paraît sous la curatelle de son mari, noble et puissant François du Chastel, seigneur de Mezle et de Chateaugal. C'est donc en cet intervalle de cinq ans, du mois d'avril 1573 au mois d'avril 1578, que s'accomplit ce mariage forcé dont la plus grande partie de la chanson est employée à reproduire les épisodes. Les personnages de cette émouvante histoire d'amour, avec l'héritière et sa mère, sont le sieur de Mezle et le sieur de Kerthomas. Ce qu'était l'héritière en ces années de sa jeunesse, la chanson nous le dit, et son témoignage peut être cru parce que c'est, pour ainsi dire, celui de témoins oculaires. Elle se présente à notre osprit, ornée de grâces et de vertus, aimant les pauvres et observant pieusement tous les préceptes de la religion, obéissant en cela à une tradition toujours suivie dans sa maison, depuis que les Keroulas avaient pris ponr devise En Dieu mon coeur  . En opposition avec cette douce physionomie de jeune fille pieuse et charitable, la figure sèche et implacable de sa mère nous apparaît dans tout l'odieux de son vilain rôle. Catherine de Lanuzouarn était la troisième des quatre filles d'Yves de Lanuzouarn, seigneur de Lanuzouarn,et de Jeanne Gouzillon. Sa conduite à l'égard de sa fille permet de supposer qu'elle était dure, égoïste et cupide. A ce portrait déja fort peu flatteur, il convient d'ajouter qu'elle était ignorante. Tandis que ses soeurs savaient écrire, elle ne savait même pas assembler les lettres de son nom; et, quand il s'agissait de donner sa signature, elle était obligée de recourir à l'un de ses parents, comme elle fit, par exemple, en 1574. L'un de ses beaux-frères, Loys de Keroullas, signa pour elle, « à sa requeste, » un aveu qu'elle dut fournir à Jacques de Tournemyne, « La dicte dame advouant non sachant escrire » Le trait le plus odieux de son caractère, tel que le dépeint la chanson, est cette basse rivalité vis-à-vis de sa fille. Elle aime le sieur de Kerthomas qui est aimé de l'héritière, et c'est une de ses principales raisons pour accorder la main de Marie à François du Chastel. Il était inutile de chercher dans les actes qui m'ont passé entre les mains des preuves capables.de démontrer ce qu'il y a eu de vrai dans le sentiment qu'on lui a ainsi prêté ; mais l'examen des dates permet parfois de curieuses hypothèses. A force d'investigations dans les archives de Keroullas et à la Bibliothèque nationale, j'ai fini par reconstituer en partie ce que j'appellerai l'état civil de Catherine de Lanuzouarn. Il résulte du travail auquel je me suis livré, que la mère de l'héritière a été mariée trois fois. Or, elle contracta la troisième union en 1579, l'année même du mariage de Kerthomas. N'est-il pas vraisemblable de penser qu'elle avait gardé jusque-là dans son coeur l'espérance folle de s'unir à celui qu'elle aimait? Elle apprit son mariage, et se décida alors à prêter une oreille favorable a l'une des nombreuses propositions qui, sans doute, lui avaient été faites, depuis dix-sept ans qu'elle était veuve avec un double douaire. En premières noces, elle avait épousé un seigneur de la maison du Com et de Kerengarz Ces terres étaient en Lannilis, et le cimetière de cette paroisse possédait, il y a quelques années, et possède peut-être encore la pierre tombale assez curieuse d'un des derniers représentants de cette famille, François du Com, seigneur de Kerengarz. Les archives de Keroullas conservent un acte où Catherine de Lanuzouarn est formellement rappelée avec le titre de douairière des maison du Com, Kerengar, Keroullas, et de Messelou. Il n'y a donc pas de doute possible sur l'existence de ce premier mariage. Je ne crois pas, d'ailleurs, qu'il ait duré longtemps. Après la mort de son premier mari, la toute jeune douairière ne tarda pas à se montrer sensible aux attentions du fils aîné de Keroullas, qu'elle avait peut-être connu lorsqu'il venait visiter sa terre de Mesholou, qui était située, comme la maison de Lanuxouarn, dans la paroisse de Piouenan. J'estime qu'elle vécut dix à douze ans avec son second époux, et elle devint veuve pour la deuxième fois. Au moment du mariage de l'héritière, elle était encore jeune, et nous verrons que sa troisième union ne resta pas stérile. Ces explications ne semblent pas faites pour diminuer la vraisemblancede la tradition recueillie par le poète, qui a fait, de la mère, une rivale de la fille dans son amour pour Kerthomas. Des trois amoureux évincés, le sieur de Kerthomas est le seul en évidence. Les deux autres, Salaun et Pennanrun, méritent moins d'attention. Le premier appartenait peut être à la famille Salaun, dont une branche était fie dès le XVIe siècle dans le pays de Léon. Quant au second, pour démontrer combien sa personnalité serait difficile à établir, il me suffiera de rappeler qu'il y eut des terres nobles du nom de Pennanrun, en Quimerch, en Ergué-Gabéric, en Trégunc, en Scaer et en Dirinon, pour ne citer que ces cinq paroisses, et, qu'entre autres familles,les du Bourblanc, les de Lansullien, les du Louet, les de la Rocherousse, les Toutenoutre et les de Trémie ont été seigneurs d'une terre quelconque de Pennanrun. Par un effet voulu du poète, quand la jeune fille supplie sa mère de ne pas donner sa main à François du Chastel, puisqu'elle en aime un autre, elle nomme Pennanrun !e premier, parce que, dans son amour, elle le place le dernier « Donnez moi plutôt à Pennanrun ,ou, si aimez mieux à Salaün ; donnez moi plutôt à Kerthomaz, c'est celui-là le plus aimable ; il vient souvent en ce manoir et vous le laissez me faire la cour . » Jusqu'à ce moment, elle n'a pas été insensible aux assiduités de Salaun, et elle ne savait peut-être pas exactement elle-même de quel côté penchait son coeur. Mais François du Chastel arrive, « avec son bien et son grand nom, ce marquis là ne lui plût pas », et !e vrai sentiment se fait jour. Quand Sataun se présente « le samedi soir, selon sa coutume, monté sur son petit cheval noir , il a beau lui dire «Soyez gentille, héritière » elle l'envoie assez brusquement aider la compagnie qui est allée conduire les chiens à l'eau. « Kerthomaz est celui que j'aime depuis longtemps, celui que j'aimerai toujours » Le sieur de Kerthomas, dont la sympathique figure forme un contraste frappant avec les traits désagréables et repoussants de François du Chastel, était lui même un héritier dont les avances valaient la peine de ne pas être dédaignées. M. de FréminviUe qui, le premier, a publié la ballade dans les Antiuités du Finistère sous une forme un peu différente, moins complète et moins intéressante que la version de M. de la Villemarqué, a vu en Kerthomas un cadet de la maison de Gouzillon. M. Joseph de Kersauson, à la page 44 de sa belle Histoire généalogique, en a fait ce qu'il était réellement, c'est a-dire un aîné de la maison de Kerouartz. L'erreur de M. de Fréminville se comprend d'autant mieux que deux raisons contribuent à rendre son opinion vraisemblable.D'abord, il existait un lien de parenté entre Marie de Keroullas et les Gousillon par sa grand'mère maternelle qui, nous l'avons vu, était une fille de cette maison. En second lieu, les Gouzillon ont réellement été seigneurs de Kerthomas mais ce fat après les Kerouartz et cette terre, sans nul doute, passa entre leurs mains par le mariage, en 1615, de Marguerite, fille du Kerthomas de la ballade, avec un Gousillon,seigneur de Kergroas. Le témoignage de M. de Kersauson est ici d'autant plus utile à recueillir, que les alliances de sa famille avec cette de Kerouartz lui permettent d'être informé mieux que personne sur cette question. Le sieur de Kerthomas n'était autre qu'Alain de Kerouartz, fils de François de Kerouartz, sieur dudit lieu, et de Marguerite Nuz. Il ne portait pas le nom de sa maison, parce que son père vivait. Il était connu sous le nom de cette terre de Kerthomas, qui était venue dans sa famille par sa grand' mère de Poutmic, et il le prend encore dans l'acte de tutelle de Claude de Keriech, passé à Ploudalmezoau, le 26 décembre 1582, où il est désigné, avec son père, au nombre des parents de l'enfant. Bien des motifs devaient l'appeler à Keroullas Il habitait la paroisse de Lannilis où était situé Kerouartz or Catherine de Lanuzouarn, par son premier mariage avec un sieur du Com et de Kerengarz n'était une étrangère pour aucune des familles nobles de cette région. En venant à Keroullas, elle ne s'était guère éloignée du centre de ses anciennes relations; et les enfants de Kerouartz avaient dû franchir bien souvent la petite distance qui sépare Lannitis du vieux manoir, caché entre les arbres, où grandissait l'héritière. Lorsque Marie de Keroullas était devenue une jeune fille, l'amitié qui l'unissait au fils aîné de François de Kerouartz s'était changée tout naturellement en un sentiment plus tendre. Il semble qu'aucune alliance ne convenait mieux qu'un mariage entre ces deux jeunes gens. Les Keroulas n'étaient pas aussi anciens que les Kerouartz; mais Alain de Kerouartz n'était encore que le sieur de Kerthomas, tandis que Marie de Keroulas avait immédiatement la jouissance de toute la fortune de son père. Indépendamment des valeurs mobilières dont je n'ai trouvé nulle mention, elle était dame de Keroullas en Plourin, du Quellenec en Ploumoguer, de Mezhelou en Plouënan, du Cribinec en Plouëdern et de Touronce en Plouzané. Des deux côtés, l'agrément des parents ne pouvait manquer de se produire,quand l'arrivée de François du Chastel vint rompre des projets qui, peut-être, étaient & la veille de recevoir la consécrationdes fiançailles. Ce personnage, dont la chanson fait à tort un marquis, était le fils aîné d'Antoine du Chastel, seigneur de Mesle et de Chateaugal, et de Marie le Scaff. Il n'a laissé que de tristes souvenirs dans l'histoire, et les quelques renseignements nouveaux que je donnerai sur son compte ne sont pas de nature à rendre sa mémoire plus sympathique. Une tradition recueillie par M. de la Villemarqué rapporte qu'il était petit, gros, laid, et d'une avarice sordide. Gouverneur de Quimperlé, pendant la Ligue, il laissa surprendre cette place,en 1590, par les royalistes et dom Taillandier raconte e qu'il se sauva presque nu au milieu de la nuit, avec des femmes, passa la rivière et prit la route de son manoir de Chateangal où il se tint caché. Il fut néanmoins décoré de l'ordre de Saint-Michel par Henri IV, et, lorsqu'il mourut, en 1599, après avoir été marié trois fois, on lui érigea un tombeau, orné des insignes de son ordre, et dont la pierre se voit encore dans le cimetière de Landelleau. En se présentant à Keroullas, malgré a sa suite nombreuse et tout son apparat, le sieur de Mezle fut un vrai trouble-fête. Dans la maison de Kerouartz, sise en pays de Léon et très voisine, tout souriait à Marie, rien ne lui était étranger. Dans les biens du Chaste! situés fort loin, au fond de la Cornouaille, tout lui était inconnu; et je crois volontiers que ce nom ne réveillait en elle que l'image sombre de Tremazan et de son donjon énorme,si triste là-bas, en Landunvez, au bord de la grande mer. Malgré la douleur de sa fille, Catherine de Lanuzouarn fut inflexible, et Marie devint dame de Mezle, au lieu d'être dame de Kerthomas. Lorsqu'il lui fallait partir, il y eut une scène déchirante « et dur eût été le coeur qui n'eut pas pleuré de voir la pauvre héritière embrasser la porte en sortant, comme si elle eût prévu ce qui devait bientôt arriver sa chère maison abandonnée, puis transformée en ferme peu de temps après sa mort, enfin, l'incendie dévorant soit beau manoir do Keroullas. »

 

La mort

 

 

M. de la Villemarqué a fait observer très justement que la poésie populaire avait un peu précipité la fin de Marie de Keroullas, et que, non seulement elle n'était pas morte deux mois après son mariage, mais qu'elle avait eu le temps de mettre au monde trois enfants de son union avec François du Chastel. J'ai déjà dit que la première pièce où j'ai trouvé son nom joint à celui de son mari est une transaction conclue avec ses oncles pour mettre fin à des contestations de partage. Le 10 avril 1578, dans la grande salle de Keroullas, les deux époux apposèrent au bas de cet acte une signature dont le présent fac-simile est la reproduction très exacte.

 

 

 

Il n'est pas invraisemblable de supposer que la date de cette transaction suivit de très près celle du mariage, parce que ce dernier événement était une occasion toute naturelle de régler définitivement des intérêts qui étaient depuis longtemps en souffrance. Même en acceptant l'hypothèse que cette année 1578 fut réellement celle du mariage, il faudrait encore admettre que Marie de Keroullas vécut pendant plus de quatre ans avec son mari car ils firent tous les deux le voyage de Saint-Pol à la fin de l'année 1582, pour signer avec Olivier de Quelen et sa tënune, Françoise de Lampezre, une transaction qui ftit passée, le 26 novembre, chez Me Jean Penfentenyo, dont la maison était située « près les Carmes, en la paroisse du Crucifix. Ce fut une des dernières actions de Marie de Keroullas. Moins de six mois après, elle avait cessé de vivre; et, dans ce court intervalle, François du Chastel avait eu le temps, non seulement de se consoler de la mort de sa femme, mais même de préparer une nouvelle union. Le 21 mai 1583, il signait le contrat de son second mariage avec Catherine de Quelen, fille d'Yves, seigneur de Saint-Bihy, et de Jeanne Jourdain, et veuve, avec plusieurs enfants d'Yvon de Guer, seigneur de Kervichart et de la Porteneuve. Des trois orphelins que Marie de Keroullas avait laisses, l'aîné, Vincent, mourut sans héritiers en 1615. il avait épousé Jeanne de Guer, !a fille aînée de la seconde femme de son père. Le cadet, Tanneguy, fut tué au siège d'Ostende, en 1602, sans avoir été marié. La terre de Keroullas passa de cette manière entre les mains de leur soeur, Mauricette, qui avait épousé Maurice du Rusquec et qui, veuve en i634 et se remaria en 1628 à Jacques Visdolou, seigneur d'Elliant et du Billegait. Elle mourut, sans enfants, en 1627, et fat enterrée en l'église « des pères Cordeliers de Quimper-Corentin. J'ai retrouvé une copie de son testament, datée du manoir du Hillegnit en Plougastel-Saint-Germain, le 8 août de l'année de sa mort. J'y ai vainement cherché le souvenir de sa mère qu'elle n'avait pas connue. Elle ne fait mention de ses « immeubles et despendances de Keroullas que pour les hypotecquer spécialement au payement d'une rante de soixante livres tournoises qu'elle lègue aux dicts peres Cordeliers, afin qu'ils prient Dieu pour son âme. Elle !ègue une rente de pareille somme « au collège des pères Jésuitesqui se bastit en la ville de Quimper-Corentin, enfin, une autre rente de douze livres. aux Ursulines de la même ville. Dès qu'il apprit sa mort, Jean de Keroullas, son oncle à la mode de Bretagne, cousin germain de sa mère, et fils d'Yvon, seigneur du Quellenec,s'empressa de faire valoir ses droits à lui succéder collatéralement et c'est ainsi que la seigneurie de Keroullas reprit son ancien lustre en revenant aux mains de ceux qui portaient son nom, après avoir été abandonnée pendant près d'un demi-siècle qu'elle finit en possession des du Chastel. Avant de mourir, en effet, l'héritière avait eu le chagrin de voir désolée et vide sa grande maison qu'elle avait tant aimée. Admettons, si l'on veut, avec la chanson, que la douairière ait continué à y mener joyeuse vie après le mariage de sa fille mais ces réjouissances ne durèrent pas au delà de l'année 1579. En cette année, le sieur de Kerthomas, Alain de Kerouarts, devenant le beau-frère de celle dont il n'avait pu faire sa femme, épousa la propre soeur de son rival, Isabeau du Chastel; et, par une coincidence dont j'ai déjà fait ressortir la singularité, Catherine de Lanuxouarn se souvint qu'elle était encore jeune, et, convolant en troisièmes noces, elle accorda sa main au sénéchal de Lesneven, licencié-ès-lois et conseiller du roi, François Dourdu, sieur de Coateren. Le départ de la douairière laissa donc le manoir de Keroulas entièrement inhabité, mais ce ne fut pas pour de longues années; et, dès que François du Chastel eut perdu sa femme, peut-être même avant, il transforma la maison en ferme et la bailla au sieur de Keralsy, Jehan Lancelin, d'une famille de gentilshommes pauvres de Ploumoguer, comme il y en avait alors beaucoup qui vivaient dans les champs du travail de leurs mains. Il le connaissait, parce que l'un des cousins germains de son beau-père,d'une branche cadette et peu aisée de la famille de Keroullas, avait épousé Madeleine Lancelin, dame de Cohars. Le sieur de Keralsy fit valoir le domaine, pendant un certain nombre d'années, et mourut vers 1591. Son héritier, Guillaume Lancetin, sieur de Coetgarz, régla alors avec le sieur de Mezle les questions sujettes à litige par un arrangement du 7 novembre de la même année, et François du Chastel céda la ferme à un paysan, Ambroise Perrot, qui la tenait encore en 1595. A cette époque, le sieur de Mezle revint dans le pays, il y était amené par un double motif. D'abord, devenu veuf pour la seconde fois, il avait choisi ou ne devait pas tarder à choisir sa troisième femme; comme il avait pris la première, dans la paroisse de Plourin. Il épousa effectivement, à une date qui ne m'est pas exactement connue, Anne de Kerouzeré,fille de Christophe de Kerouzéré et veuve de Jérôme de Kerléan, qu'il avait connus tous les deux au rang des partisans de la Ligue. Son échec de Quimperlé avait du reste modéré son ardeur et i! avait transformé son zèle ligueur en un zèle royaliste très accentué. Au temps dont je parle, en 1595, son fils Vincent faisait partie de la garnison du château de Brest qui tenait pour le roi sous les ordres du sire de Sourdéac, René de Rieux. Lui-mème était au mieux avec ce dernier; et, en attendant de lui rendre l'immense service de déjouer la conspiration, qui fut, l'année suivante, dirigée contre Ouessant, il vaquait tranquillement a ses affaires dans son manoir de Keroullas. Depuis le commencement des guerres civiles, il n'avait pas trouvé le moment favorable pour remettre au jour de mesquines questions d'intérêt qui le préoccupaient; et c'était le second motif qui l'avait appelé dans l'éveché de Léon. Nous allons voir, par ce qu'il y vint faire,quel point il a mérité la réputation d'avarice quesa mémoire a gardée. Oubliant, en effet, quel important personnage il était auprès d'un tel adversaire,il éleva une contestation contre Guillaume Lancelin, sieur de Coëtgarz, l'héritier de ce gentilhâtre de Ploumoguer qui avait tenu Keroullas en ferme pendant quelques années. Au mépris de l'acte régulier de 1591, que j'ai déjà cité et qui était destiné à établir la situation de la ferme au moment ou elle passait des mains du sieur de Keralsy dans celles d'Ambroise Perrot, il fit porter des réclamations sur une foule de points qui n'avaient pu y être visés. Il prétendit, entre autres choses, que le sieur de Coëtgarz, enlevant de Keroullas, à la mort de Jehan Lanedin, les meubles du défunt, en avait fait sortir également plusieurs espaces de ceux qui appartenaient au manoir, comme « potz de fer, & bassins, treppiers, landiers, & broches, vaisselle d'estain, nombres de couetes, lingeries, et plusieurs aultres choses qu'il estimoit à la valeur de cinquante escus plus. » Il accusa également le défunt sieur de Keralsy, qui avait été en quelque sorte son homme d'affaires, d'en avoir profité pour enlever quelques meubles du manoir de Touronce, en PIouzané. Il demanda de ce chef trente écus. Il réclama, enfin, une indemnité pour les réparations que la gestion de Jehan Lancelin avait rendues nécessaires à Keroullas. Le preneur avait reçu la maison « à tiltre de ferme, à la charge de l'entretenir ce qu'i n'auroit faict, ains, entre aultres choses,auroit laissé ruisné la cave dudict manoir. » GuillaumeLancelin se défendit de sou mieux et répondit point par point. L'acte qui donne en détail chacune de ses réponses à ces diverses contestations est très curieux, mais trop long pour que j'en fasse ici le résumé complet. De défendeur qu'il était, Guillaume Lancelin se fit même demandeur mais il avait affaire à plus puissant que lui; et il crut prudent d'accepter une transaction qu'il vint signer, de Ploumoguer, le 13 février 1595, dans la maison du gouvernement de la chapelle de Saint-Eloi, tout près de Keroullas. Vis à vis du sieur de Coëtgars, le sieur de Mezle et de Chateaugal était un opulent seigneur. Indépendamment de sa fortune personnelle, il administrait les biens de ses enfants, c'est-à-dire tous les biens de KerouHas, les biens des enfants de Kerléan et. sans doute, les biens des enfants de Guer, dont l'aînée devait un jour s'unir à l'aîné de ses fils, sans compter la part des biens d

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 20:09

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 19:23

 

 

Extrait de Historique des recherches sur le monument funéraire gallo-romain de Langon en Île et Vilaine par Fernand Dauce.

 

 

Une tradition extrêmement vivace à Langon avait de tout temps signalé la chapelle Sainte-Agathe comme le remploi d'un temple du paganisme gallo-romain. Ogée sen fait l'écho au XVIIIe siècle, dans son dictionnaire de Bretagne ; et la nouvelle édition de son ouvrage en 1843, maintenait son indication et son texte : « Il y a dans ce bourg une ancienne chapelle que l'on dit avoir été bâtie avant l'établissement du christianisme en Bretagne ; elle servait de temple aux paiëns. Mais, dans l'intervalle, se situe un épisode décisif, qui vaut le titre d'inventeur du monument à Charles Langlois, architecte des monuments diocésains, architecte du département et conservateur des bâtiments de l'Etat . II y eut, plus précisément, deux inventions successives dues à Langlois : celle du monument, en 1839, puis celle de la fresque, en 1841. L'invention du monument fait l'objet d'une notice lue par Langlois à la Société des sciences et arts, lors de la séance du 2 décembre 1839. Retenons-en les indications essentielles : « Chargé par M. le préfet de lever le plan d'une ancienne chapelle du bourg de Langon, arrondissement de Redon, je profite de cette circonstance pour vous soumettre ce que j'ai remarqué de curieux dans ce monument. Cette chapelle, orientée comme les anciennes églises chrétiennes de l'ouest à l'est, se compose d'une nef de 8 m. 50 de long sur 4 m. de largeur, et d'une abside en hémicycle moins élevée, mais de même largeur que la nef, et séparée de celle-ci par une arcade dont le cintre est en briques. L'entrée est sur la façade latérale sud près de l'abside. » « (...) Ce qui frappe d'abord à la vue extérieure de cette chapelle, c'est que la plus grande partie de ses murs est composée, d'après le mode romain du Bas-Empire, connu sous le nom de petit appareil, de cubes de grès de 9 à 11 centimètres de haut st de large, enchâssés dans une épaisse couche de mortier et divisés par quelques cordons de grandes briques ». « (...) Les restes des murs anciens s'étendent sur chaque face latérale, depuis l'extrémité ouest, dans une longueur d'environ 5 m. La façade ouest est aussi en grande partie ancienne, sauf dans une largeur de 1 m. 15 cm. à son centre, et dans la totalité de son fronton qui supporte le toit. L'abside, conserve ausi des traces de l'appareil primitif, et la partie inférieure de la porte d'entrée parait également remonter à la même époque. Quant au prolongement des murs latéraux, et au sommet des murs des extrémités est et ouest dans la hauteur du toit formant un angle aigue ainsi que le dessus de la porte, ils sont tous en moellon schisteux ordinaire, et évidemment plus modernes ». Et la fresque ? Celle qui s'offre maintenant à nos regards se dissimulait encore à ceux de Langlois. Il s'en expliquera en ces termes : « La partie la plus remarquable à l'intérieur est la voûte en cul-de-four de l'abside, sur laquelle un enduit assez épais a été décoré à diverses époques de peintures bien mutilées à la vérité, mais dont il reste encore assez pour faire juger à peu près ce qu'elles durent être. Trois sujets différents y ont été superposés. Le plus récent représente au centre un personnage à genoux, les mains levées sur une espèce de calice. Une autre main, qui appartenait peut- être à un corps placé au-dessus, ou qui seule était l'emblème de Dieu, est étendue sur sa tête et semble le bénir. Cette peinture, qui ne mérite certes pas ce nom, est coloriée au vermillon ; elle est entourée d'un cadre de même couleur bordé d'une teinte jaune. A droite et à gauche du cadre, il semble qu'il existait un autre personnage et quelques décorations en ocre jaune. Au-dessus, le reste de la voûte devait être parsemé de points rouges groupés par cinq et six, très grossièrement faits à coups de pointe de pinceaux. Ce sujet, bien que le plus moderne, est le plus mutilé ; ses formes sont plus arrondies que celles du dessin inférieur. Celui-ci, tracé comme le précédent sur un blanc à la chaux, dérobé en partie par le premier, me semble de style byzantin. Il est tout entier au trait rouge. On n'en aperçoit que la partie à droite de la voûte ; celle de gauche est recouverte par celui que je viens de décrire. « Au centre, dans un cadre ovale, est un personnage dont on ne voit que le haut du corps ; il a la main gauche levée, la tête entourée du nimbe. Au-dessous, à droite, sont trois autres figures entières. L'une, assise au milieu, domine les deux autres placées à ses côtés ; sa main droite est étendue sur le personnage assis à sa droite. On n'aperçoit plus que le sommet jie la tête et l'extrémité d'une main du personnage de gauche. Les deux premiers portent le nimbe. Au-dessus de ce groupe est une inscription dont il ne reste pas un mot entier. Les seules lettres que j'aie pu assembler sont arsen... biteri... La première lettre, a, est même incertaine. Sous leurs pieds existent encore des traces de lettres. Le caractère de ce dessin semble le faire remonter au xie ou au xne siècle. Il est très fruste ainsi que le premier qui le recouvre. « Enfin, au-dessous de celui-ci en apparaît un troisième évidemment plus ancien encore, et cependant en quelque sorte plus savant. En effet, celui-ci est peint de diverses couleurs ; mais les badigeons supérieurs n'en laissent apercevoir que quelques fragments de si peu d'étendue qu'il est impossible d'en connaître le sujet. Je ne sais, en vérité, par quel nom désigner les objets que j'ai cru distinguer ; mais, cependant, je crois que ce serait à des poissons qu'ils ressembleraient davantage. J'en ai pu dessiner trois de diverses dimensions. « Le fond du tableau est gris-bleuâtre ; au bas de la voûte, cette teinte semble devenir verte. Le dos des poissons, si ce nom peut leur être appliqué, est lavé en brunrouge, le ventre est bleu-gris plus pâle que le fond. A l'extrémité droite sont deux espèces de fleurs formées par un trait bleu-clair. Cette peinture est tracée sur un enduit fort épais, composé d'une première couche de chaux et sable, et d'une dernière plus mince et unie, qui semble formée de chaux et de quelques parcelles de briques très rares » La curiosité de Lânglois fut éveillée par cette fresque, sur laquelle il faisait déjà des hypothèses audacieuses. Mais, ajoute-t-il : « II est maintenant impossible de rien décider à son égard, et malgré tout le désir que j'avais de pénétrer ce mystère, ne pouvant le faire qu'en dégradant encore davantage le dessin byzantin qui recouvre le tout, j'ai dû m'en abstenir et attendre que l'on ait fait sur les premières compositions toutes les remarques possibles ». Et la notice se termine sur ce bilan : « D'après la demande qui m'en était faite, j'ai relevé les pians des quatre faces extérieures et intérieures, et pris une vue des peintures de l'abside. La reproduction de tous ces plans par la lithographie étant trop dispendieuse, je n'ai pu joindre au présent que le dessin des deux principaux sujets représentés sur la voûte de l'abside, qui sont le dessin byzantin et la partie apparente de la première fresque, puis une vue géométrale de la façade latérale sud, et une de la façade ouest ». Nous savons que les choses devaient aller plus loin sans qu'il y eût à attendre longtemps. Les archives d'Ile-et-Vilaine possèdent quatre lithographies de Langlois. Les trois premières se rapportent à sa conclusion. Elles portent la signature de Lânglois, pour le trait ; et, pour la gravure, celles de Landais et Leroy, à Rennes. L'une a pour légende : « Dessin au trait rouge existant à la voûte de l'abside de la chapelle de Langon, dépt d'Ile-et-Vilaine », avec cette remarque : « Les objets ponctués à droite font partie d'une fresque antérieure au dessin principal. » II s'agit des poissons qui transparaissent au travers de la fresque dite byzantine. Une autre lithographie s'intitule : « Elévation géométrale de la façade Sud de la Chapelle de Langon, dép.t d'Ille-et-Vilaine. » Elle mentionne les dimensions de la ports latérale (ouverture 0,95 ; bâti 2,33) et celles de la meurtrière (0,31 X 0,70). La troisième se définit ainsi : « Elévation géométrale de de la façade Ouest de la chapelle de Langon, dép.t d'Illeet-Vilaine. » Elle chiffre d'autres mensurations : la largeur de^tédifice, 4 m. 29, et la largeur de la partie moderne, au milieu, 1 m. 15. Et la quatrième lithographie ? Légèrement postérieure, elle porte, à côté de la signature de Langlois, celle du graveur Landais, à Rennes. Elle se compose de deux parties : en haut, une vue d'ensemble de la fresque de Vénus anadyomène ; en bas, un détail de cette fresque, le buste et le mouvement du bras de Vénus présentée comme retenant des bandelettes. Elle est titrée et datée : « Peinture à fresque, présumée antique, découverte à la voûte de l'abside de la chapelle de Sainte-Agathe de Langon (dépt. d'Ille-et-Vilaine), 1841. » Langlois avait sacrifié les deux fresques' extérieures pour parvenir à la plus ancienne, et il nous a laissé la date de cette seconde invention. Les archives d'Ille-et-Vilaine possèdent également, sur une même feuille, deux petits dessins portant cette mention manuscrite : « Dessins de M. Langlois ». Ils représentent, l'un la fresque dite byzantine, l'autre la Vénus anadyomène. La tradition dont Ogée se faisait l'écho disait juste, lorsqu'elle situait la construction du monument « avant l'établissement du christianisme en Bretagne » ; mais, en indiquant qu'il « servait de temple aux païens », elle restait au niveau d'une approximation. Langlois, inventeur méritoire, fut un interprète malheureux. Il a fort bien reconnu les murs anciens comme bâtis « d'après le mode romain du Bas-Empire, connu sous le nom de petit appareil » ; mais, paradoxalement, se& déductions marquent un recul sur celles d'Ogée. Il écrit : « Plusieurs personnes, en se fondant peut-être sur cette autorité, et encore sur la forme de l'appareil romain employé pour l'érection primitive de cette chapelle, prétendent qu'elle dut être un temple païen ; mais je doute qu'on puisse appuyer cette idée sur des raisons bien certaines. La religion dominante dans les campagnes, même au VIe siècle, était encore le druidisme, qui n'avait point de temples, puisque saint Armel, venant à cette époque fonder le monastère au lieu qui porte encore son nom, eut à combattre cette ancienne croyance au Teil et à Retiers, là où nous voyons encore des vestiges réellement irrécusables de ce culte proscrit, vestiges qui sont un des plus beaux dolmens connus, et les débris d'un menhir, mais où il n'est nullement question de temples romains ». Il est difficile d'amonceler autant d'erreurs en si peu de lignes. Ce seraient les Celtes qui auraient élevé les mégalithes; il n'y aurait jamais eu de paganisme romain dans les campagnes proches de Langon, au temps de l'occupation romaine ; au vr siècle, la religion dominante de ces campagnes aurait été le druidisme à l'état pur... Les origines de ces erreurs se situent dans trois perspectives. D'abord, à l'époque de Langlois, l'archéologie sortait à peine de l'enfance. Puis, par une fatale imprudence, sa notice était publiée avant l'invention de la fresque aux poissons. Enfin, ses fonctions d'architecte diocésain l'orientaient vers des idéaux peu compatibles avec les réalités de Langon. Pas de paganisme romain, pas de temples druidiques : Langlois, raisonnant par élimination, tend à faire voir dans le monument une chapelle élevée au temps du christianisme. Il souligne qu'elle est « orientée comme les anciennes églises chrétiennes de l'ouest à l'est » (15). Il estime que la disposition du lieu semble « tout à fait en rapport avec ce que nous connaissons des anciennes chapelles chrétiennes, qui étaient oblongues et terminées par une abside circulaire, et que les premiers monuments consacrés à cette religion, en Bretagne, durent s'élever de ce côté par où pénétrèrent ses premiers apôtres ». Suit alors une dissertation sur les dates de pénétration du christianisme en Bretagne, et sur celles de son libre exercice. Langlois évoque le prosélytisme de saint Clair, premier apôtre de Nantes, sous le règne de Constance Chlore ; et il ajoute, avec quelque hésitation : « L'esprit de prosélytisme put donc bien parvenir jusqu'à Langon, et dès cette époque on aurait déjà pu élever en ce lieu une chapelle qui, dans les moments de réaction, servit peut-être à un autre culte ou même à d'autres usages ; dans laquelle, si l'on veut, les grossiers néophytes purent bien adorer simultanément Jésus-Christ et leurs dieux déchus, et y confondre encore l'ancienne et la nouvelle religion, mais sans qu'on puisse pour cela lui enlever son premier titre qui dut être tout chrétien. Après tout si, à la rigueur, les circonstances dont je viens de parler prouvent que, dès ce temps, l'établissement d'une chapelle n'était pas déjà impossible, il n'est pas nécessaire de faire remonter son origine aussi loin pour expliquer le genre de sa construction, qui fut encore en usage longtemps après cette époque. « (...) Une des preuves que la religion fut toujours florissante dans ce pays, et que des fondations religieuses purent y exister à une époque reculée, c'est que dès 485 saint Melaine, habitant du village de Brain, près de Langon, mérita d'être élevé sur le siège épiscopal de Rennes, et l'influence d'un apôtre si dévoué, jointe aux efforts de ses prédécesseurs, dut puissamment contribuer au progrès de sa doctrine. Je serais donc porté à croire que. la chapelle qui fait le sujet de mes recherches dut être élevée au plus tôt vers ce temps, c'est-à-dire à la fin du Ve siècle ou au commencement du VIe ; et treize ou quatorze siècles d'existence me semblent longs pour un aussi chétif bâtiment que je le croirais bien volontiers plus moderne. Mais à cette époque le genre de construction désigné sous le nom de petit appareil étant généralement le plus commun, et l'emploi de la brique étant aussi très fréquent, cette circonstance pourrait être favorable à cette origine reculée. Elle contribue à prouver du moins qu'il n'est pas nécessaire de remonter à une période antérieure à l'introduction du christianisme en Bretagne, pour y expliquer la présence d'un mode de construction antique, d'autant que cette province, toujours éloignée du centre des progrès, reçut toujours plus tard les nouveautés, et conserva plus longtemps les anciennes coutumes ». Langlois doit pourtant concéder que le petit appareil du Bas-Empire n'a pas gardé, après le IXe siècle la régularité parfaite qu'on lui voit dans la chapelle de Langon ; et il conclut « que si elle a pu être érigée dès le vie siècle, il n'est pas probable qu'elle le fût après le IXe ». Bref, il s'agirait d'une chapelle chrétienne, qui put être à certains moments réemployée par des paganismes divers. Langlois, qui niait les résurgences religieuses pour éliminer une hypothèse païenne, se montre ici plus réservé. En fait, Langlois jouait de malheur, et courait à une cruelle mésaventure. Lorsqu'il rédigeait sa notice, il lui manquait un élément essentiel : la fresque de Vénus. Cette fresque, qui allait dater le monument de l'époque du paganisme, était masquée par deux fresques postérieures. Il n'en transparaissait que des objets mal distincts, et pourtant bien identifiés par Langlois, lorsqu'il écrivait : « Je crois que ce serait à des poissons qu'ils ressembleraient davantage. J'en ai pu dessiner trois de diverses dimensions ». Ces poissons ne gênent pas l'orientation de Langlois, qui les fait pénétrer, toujours avec prudence, dans un symbolisme chrétien mitigé. Il déclare : « Bien que ce sujet semble d'abord tout profane, il serait possible de lui trouver un but fort religieux. Ainsi, dans les premiers siècles de l'Eglise, les chrétiens, parmi leurs représentations symboliques, admirent le poisson et l'agneau comme emblèmes de Jésus-Christ. Le premier fut usité chez les Grecs ; le second chez les Romains et les Juifs, et l'on a découvert dernièrement à Autun une inscription en vers grecs remarquables qui confirme cette tradition. On y trouve entre autres les passages suivants, dont la traduction française est : « Le poisson céleste, à la génération divine, au cœur sacré, a vécu s'étant manifesté « immortel parmi les mortels. Dans les eaux divines, frère, « ensevelis ton âme ! Vogue sur les eaux dans les nefs de « la sagesse, prodigue en trésors. » Et plus loin : « Du « Sauveur des saints prends l'aliment, doux comme du « miel, mange, bois, tenant le divin poisson en tes mains ! » Je doute que dans le tableau dont je m'occupe, les poissons aient la même valeur que dans cette inscription. En effet, placés à l'angle de la voûte, ils semblent n'être qu'un accessoire d'un sujet principal ; mais cependant il pourrait fort bien y avoir entre eux conformité d'origine. Ainsi, les Grecs se désignaient eux-mêmes comme les petits poissons que protège le grand poisson leur père. Plus tard, lorsqu'on osa représenter le Christ sous une forme humaine, l'allégorie en fit un pêcheur, et il existe un bas-relief où Dieu, une ligne à la main, retire de l'abîme les hommes sous la forme de poissons. Si le tableau que j'ai découvert avait quelque rapport avec cet antique symbole, il serait remarquable ». Langlois ajoute, dans l'espoir de parvenir à une datation plus précise entre le vie et le ixe siècle : « Si la première peinture de son abside était mieux connue, elle pourrait peut-être donner quelque renseignement à ce sujet ». C'est à lui-même que devait échoir cette connaissance fatale à ses hypothèses. Si remarquable que fût la découverte, il ne semble l'avoir accueillie qu'à regret. Sur la lithographie de Vénus anadyomène, il inscrit avec réserve : « Présumée antique », et il fait figurer cette note : « La figure centrale et les bandelettes qu'elle porte sont ombrées en brun rouge ; le dos des poissons est brun, leur ventre bleu azur, le fond du tableau est bleu plus pâle ; les contours sont tracés par un trait brun, mais non gravé. La moitié gauche du sujet est détruite. Cette peinture, découverte soùs un dessin de style roman, semble, d'après cet indice, devoir remonter à une époque reculée, ainsi que la partie de construction sur laquelle elle est appliquée ; au reste, la nef de cette chapelle, malgré l'aspect antique de l'appareil de ses murs, pourrait bien n'être qu'une reconstruction postérieure, quelques-uns des cordons qui les décorent n'étant composés que de tuiles et non de briques ». Deux affirmations, deux erreurs : l'une pour les bandelettes, l'autre pour la nef. D'autres erreurs seront commises par l'abbé Brune, directeur du Grand séminaire dé Rennes. Dans son Cours d'archéologie, l'abbé Brune reprend la description des fresques telle que la donnait Langlois dans sa notice de 1839 ; mais il semble ignorer la mise au jour de la Vénus anadyomène en 1841. Or, le cours a été publié en 1846. Cette omission lui permet de conclure en un sens que l'invention de la fresque antique excluait : « Quant à l'époque de la construction de cette chapelle, il n'y a rien de certain, si ce n'est que sa forme, l'appareil de ses murs, et les plus anciennes peintures de son abside, semblent indiquer les premiers temps de la période romane ; et l'on peut croire, sans trop de témérité, qu'elle fut un des premiers oratoires élevés dans notre pays par ceux qui y vinrent prêcher l'Evangile ». Elle lui permet aussi de soutenir l'opinion de Langlois sur les poissons symboliques, dans les termes suivants : « II est bien probable que si l'on pouvait découvrir l'ensemble de cette première peinture, on retrouverait une composition analogue à celle dont les premiers chrétiens se servirent si souvent pour figurer la vocation des hommes au salut, et où ils représentaient le Sauveur sous la forme d'un pêcheur, prenant à l'hameçon les poissons figurant les âmes. Nous avons vu, en parlant des peintures des catacombes, comment la figure du poisson ' était devenue l'emblème de Jésus-Christ, et, par extension, de tous les chrétiens ». Nous verrons plus tard, à l'Association bretonne, que l'abbé Brune connaissait cette fresque en 1850. Le compte rendu de la séance indique : « L'ordre du jour appelle ensuite la 5e question, ainsi conçue : « Signaler et décrire les monuments religieux antérieurs au Xe siècle existant dans le département d'Ille-et-Vilaine. » « En réponse à cette question, M. l'abbé Brune décrit la chapelle gallo-romaine de Langon, seul monument religieux de l'Ille-et-Vilaine dont on puisse placer la construction avant le Xe siècle (...). Sur la voûte de l'abside sont appliquées trois couches de peinture à fresque qui se recouvrent l'une l'autre. M. Langlois, architecte des bâtiments diocésains, en dégradant la fresque extérieure et la fresque intermédiaire, est arrivé jusqu'à la dernière, c'est-à-dire jusqu'à la plus reculée et la plus ancienne ; on y distingue, sans difficulté, une femme dans une pose fort académique et qui semble quelque divinité ancienne. La fresque intermédiaire porte trois personnages exécutés d'une manière assez rude, que l'on peut prendre pour une Trinité, et audessous plusieurs figures de poissons, représentations symboliques du Christ et de la primitive Eglise. « (...) Il est à peu près impossible d'assigner à la chapelle Sainte-Agathe de Langon une date quelque peu précise ; mais elle est sans doute la plus ancienne de tous les monuments chrétiens d'Ille-et- Vilaine » . On voit que, par mégarde sans doute, l'abbé Bruns place les poissons, non dans la fresque de Vénus, mais dans la fresque intermédiaire. Dans de telles conditions, il devient plus facile de couvrir ses développements et ceux de Langlois sur leur symbolisme chrétien ! Le reste de l'interprétation de l'abbé Brune demeure également ambigu. L'origine païenne de l'édifice lui semblait pénible à avouer. En 1863, à la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine, La Borderie fera remarquer, avec beaucoup de finesse diplomatique, « que le sujet de la fresque, constaté par les observateurs attentifs et reconnu pour une représentation de Vénus anadyomène, est précisément ce qui ferait du petit édifice qui la contient le spécimen, unique aujourd'hui en Bretagne, d'un édicule païen approprié au culte chrétien ». Une excursion à Langon est décidée par la Société archéologique. Elle a lieu, et il nous en reste un. compte rendu dont nous détacherons les lignes suivantes : « M. de Kerdrel reprend ensuite la parole et décrit la chapelle de Langon : « Le plan est celui d'une petite basilique ; l'appareil des murs est gallo-romain ; l'ensemble offre l'apparence d'une église du Ve ou du VIe siècle. A l'intérieur, dans l'abside, sous une voûte en cul-de-four, une fresque représente une femme nue sortant des" eaux et s'élevant dans les airs ; «Ile est entourée de poissons et tient au-dessus de sa tête une banderolle flottante; le dessin est antique. « (...) Cet édifice est certainement païen dans le petit hémicycle. La partie rectangulaire est-elle aussi païenne ? Question intéressante posée par le rapporteur, et qu'il examine ainsi qu'il suit : « La nef, dit-il, est peut-être postérieure à l'abside, ce qui expliquerait la solution de continuité que l'on remarque dans la maçonnerie gallo-romaine de la partie rectangulaire, dans le voisinage de l'abside. Les matériaux des cordons qui séparent les assises ne sont pas les mêmes dans ces deux parties : ce sont des briques dans l'abside, et dans la nef des tuiles à crochets, tegulae. Il y a aussi quelque variété dans la disposition des cubes. « On peut supposer, continue le rapporteur, qu'il y a eu autrefois deux absidioles ou bras de transept qui ont été détruits. Pour s'en assurer, il faudrait pratiquer des fouilles ; s'il y a eu des transepts, on ne retrouvera les fondations. Il existe, ajoute M. de Kerdrel, des temples romains dont le plan comporte un rectangle terminé par un hémicycle, quelques-uns avec transepts ». Une discussion s'instaure sur l'identité du personnage •central de la fresque : Amphitrite ou Vénus ? Le rapporteur soutient la seconde thèse, et souligne que : « Ce qui le détermine par-dessus tout, c'est le rapprochement fait l)ien des fois entre l'existence de la fresque de Langon et cette date du Cartulaire de Redon : « Hoc factum est in ecclesia Sancti Veneris in Langon ». Puis on revient encore au gros œuvre : « M. Duret émet quelques observations sur la construction gallo-romaine de la chapelle, comparée aux monuments romains qu'il a vus et étudiés. Il ne croit pas à l'existence des transepts ». Des fouilles sont décidées, elles sont faites, et elles sont ainsi commentées dans la séance du 10 mai 1863 : « M. de Kerdrel lit un rapport sur l'excursion de Langon et les fouilles qui y ont été pratiquées le 3 mai. « Ces fouilles avaient un double but : 1° savoir si l'édifice actuel avait autrefois composé deux édifices distincts, l'abside circulaire et la partie rectangulaire ; 2° s'il avait existé des transepts. « Sur le premier point, las disparates que l'on avait cru remarquer entre les deux parties de la chapelle n'existent pas ; c'est un seul et même édifice. Las cordons de briques se font suite, suivant une ligne légèrement inclinée de 25 à 30 centimètres. « En second lieu, les fouilles ont constaté qu'il n'a jamais existé de fondations de transepts ; celles de la partie rectangulaire et celles de l'abside sont de même nature et antiques. « (...) Passant à l'examen de l'intérieur de la chapelle, l'honorable rapporteur dit que la fresque de l'abside est évidemment païenne ; elle représente une femme nue au milieu de poissons ; ce sujet, que l'on retrouve dans des peintures analogues découvertes en Afrique, est certainement romain et païen ; l'enduit de cette fresque est très solide, très dur ; il a 3 centimètres d'épaisseur, tandis que l'enduit de la peinture grossière et très moderne qui la recouvre est mince et fragile « Le dauphin figuré dans cette fresque est l'attribut de Vénus marina ; sa présence déciderait que le personnage est une Vénus et non une Amphitrite. Il existe plusieurs types de Vénus anadyomène; celui-ci est plus probablement la Vénus marina. « II y a d'ailleurs un rapprochement digne de remarque entre le nom de Vénus et le vocable de chapelle Saint Venier, attribué à la chapelle de Langon depuis le IXe siècle jusqu'en 1674, dans le cartulaire de Redon et sur les registres de baptême de la paroisse. « Ce monument est donc un des rares témoins, en Bretagne, de la transition du culte païen au culte chrétien ». Nous revenons ainsi à une assez bonne approximation. La datation du monument à l'époque du paganisme est affirmée, sa structure est étudiée dans les détails. Une hypothèse, celle des transepts, est écartée. L'identification de Vénus s'appuie sur un dauphin, et sur le cartulaire de Redon. On s'obstine seulement à l'orner de banderolles. Peu avant ces travaux, en 1862, Adolphe Kiessling faisait à Baie une importante découverte : celle d'un manuscrit où se trouvait copié le testament d'un Lingon. Des indications capitales y étaient fournies. Le tombeau du Lingon était édifié en forme d'exèdre. Devant le monument se dressait un autel en marbre. A ses alentours, s'étendait un domaine funéraire, planté en verger. Alfred Ramé, haut magistrat, qui fut un temps procureur général à Rennes, fit l'application de ces données nouvelles à l'édifice de Langon. Il écrivit, en 1866 : « Ce serait une grande erreur de considérer la chapelle actuelle comme formant un tout homogène. Aujourd'hui l'abside est adhérente à la partie rectangulaire : les murs de l'extrémité occidentale ont été prolongés jusqu'à leur rencontre avec l'hémicycle oriental. Mais à l'origine ils en étaient séparés par un intervalle libre de 3 m. 60 cm. « (...) Il n'est pas besoin d'être un archéologue consommé pour reconnaître qu'au nord comme au sud cette longueur de 3 m. 60 cm. n'est qu'un remplissage relativement moderne, exécuté à l'époque où l'édicule antique a été transformé en chapelle. Alors a été établie la porte étroite et cintrée qui donne aujourd'hui accès dans l'intérieur, et qui est bâtie en grès ferrugineux, avec piédroits à simple chanfrein et torsade, comme les plus anciens monuments romans. Un détail de construction, indépendamment de la correspondance symétrique de ces deux larges ouvertures, peut servir utilement à déterminer l'état primitif. L'appareil des angles diffère de celui de la masse des murs : au lieu d'être cubique, ou peu s'en faut, il se transforme en appareil allongé, formé de tables de schiste de 45 à 50 centimètres de longueur, sans que la hauteur des lits, qui est de 6 à 7 centimètres, éprouve de variations.

 

 

Sarcophage cliché édition Le Flohic

 

Ce caractère se retrouve au point A, comme aux autres angles, et montre bien l'intention des constructeurs d'arrêter le mur antique à cet endroit ». Cette observation de Ramé donne une force toute particulière à l'interprétation que suggérait déjà la discontinuité des murs gallo-romains. Ramé se trouve donc en droit de conclure : « Ces conditions du plan primitif concordent parfaitement avec celles que le testament de Bâle nous a révélées. La construction rectangulaire représente la cella memoria.er l'abside est Vexedra prescrite par le testateur. Entre les deux, dans l'espace demeuré libre, pouvait se dresser l'autel du sacrifice, araque ponatur anite id aedificium. Enfin les dimensions de l'enclos funèbre, area, pomarium, nous sont données par celles du cimetière même dans l'enceinte duquel subsiste encore Pédicule, et où a pris place côte à côte avec lui l'église paroissiale. Il est vrai que d'après le testament de Bâle, l'édifice funéraire devait être clos, mais cette précaution n'était pas toujours observée. Nous trouvons, sur la voie des Tombeaux, à Pompéï, un bel exemple d'exèdre funéraire qui était ouvert, comme nous supposons que le fut celui, beaucoup plus modeste, de Langon. Cette destination sépulcrals n'a pas seulement l'avantage d'expliquer le plan du monument, qui ne peut convenir à un temple, elle explique encore sa conservation ; car au VIe siècle la protection de la loi civile demeurait attachée aux tombeaux, alors qu'elle était enlevée aux édifices consacrés au culte du paganisme. « Quand le christianisme s'établit dans sa place, une couche de chaux fit disparaître de l'exèdre les dernières traces du paganisme des Vénètes et la voûte reçut une décoration mieux appropriée à la destination nouvelle de l'abside. Mais le souvenir des populations demeura fidèle au vieux culte : pour elles le nom de Vénus resta attaché à l'édifice et la vénération pour l'image disparue persista d'une manière si inquiétante que le culte nouveau usa d'un compromis dont on a cité d'autres exemples. De même que le vocable de saint Bach se trouvait prédestiné à sanctifier les lieux jadis consacrés à Bacchus, celui de saint Venier parut propre à faire oublier Vénus ». Avant d'en finir avec le gros œuvre, mentionnons une appréciation sévère de Ramé sur la question du transept : « Des archéologues novices, croyant à l'existence d'un transept que démentait suffisamment l'aspect de la maçonnerie, ont, dit-on, fait des fouilles récentes au point de liaison de la maçonnerie du Moyen-Age avec la construction romaine. Ils n'ont découvert aucune substruction, comme il était facile de le prévoir. Il est donc bien avéré que l'édifice primitif ne comportait pas plus de retour d'équerre au nord et au sud que de prolongement vers l'orient ». Le réquisitoire de Ramé n'est qu'à demi courtois ; il n'est qu'à demi juste. Le retour d'équerre n'implique aucune datation, aucune origine religieuse ; il ne se heurte à aucune impossibilité, pour peu qu'on l'estime postérieur à l'édification du monument funéraire. Pour la fresque, Ramé, qui apparaît bien comme l'interprète majeur, fait des remarques aussi pertinentes que pour les murs : « Sur un fond glauque, destiné à représenter la mer, s'agite dans l'élément liquide une foule de poissons de formes diverses. Les uns ont la tête obtuse et arrondie du rouget ; les autres la forme allongée de l'anguille ; un troisième a la protubérance nasale de l'espadon ; quelquesuns se font la guerre, les plus gros dévorent les plus petits; çà et là se meuvent des corps globuleux analogues à nos oursins de mer. Le coloris de cette population marine n'offre pas autant de variété que la forme. Le dos est uniformément dessiné au brun rouge, le ventre est bleu, et la ligne médiane du corps blanche. Au centre se dessine le contour à peine saisissable d'un corps de femme entièrement nu, et presque de grandeur naturelle ; la portion inférieure du torse et le bras droit ont disparu avec le fragment de voûte. Le bras gauche relève dans une attitude bien connue les tresses d'une blonde chevelure. Tels, sur la belle mosaïque de Constantine, aujourd'hui déposée au Louvre, s'avancent Neptune et Amphitrite. Ce que le peintre a voulu représenter ici, c'est Vénus, la Vénus marins, Vénus anadyomène, dont la statuette en terre cuite se retrouve dans toutes les fouilles gallo-romaines, mais dont la représentation peinte n'existe plus nulle part en France. Elle est suffisamment caractérisée par l'Amour qui vogue à ses côtés à cheval sur un gros dauphin. Le dessin qui accompagne cette note, et que j'ai scrupuleusement relevé en 1861, fait connaître mieux que toute description la disposition de la scène. M. Langlois n'avait pas reconnu la présence caractéristique de Cupidon. En figurant le dauphin, il avait substitué sur sa lithographie au corps du petit dieu un bout de draperie, dont la déesse se débarrassait comme une écharpe.

 

 

 

Cliché Wikipédia

 

En réalité, Vénus n'a que sa chevelure pour vêtement, et si la tête de l'Amour n'est plus visible aujourd'hui, ses ailes, ses bras, tout son corps subsistent. Le sujet de la peinture ne peut donc prêter à aucune équivoque. En face d'une représentation purement païenne, il n'est plus douteux que la construction de Pédifice qu'elle décore ne soit antérieure à la prédication du christianisme ». Nous obtenons enfin une description précise de la fresque. Cette précision produit aussitôt ses effets. M. de Kerdrel avait eu le mérite de reconnaître le dauphin, attribut de Vénus marina; mais il n'avait pas vu Eros, et il s'obstinait dans une idée de banderolle que Ramé remplace à juste titre par la chevelure de Vénus. On note aussi jusqu'à quel point les propos de Langlois sont repoussés dans les lointains des âges héroïques de l'archéologie. Le savant chanoine Guillotin de Corson n'hésitera nullement à reconnaître : « La chapelle (...) est, de l'aveu de tous les archéologues, un édifice gallo-romain ». Venant à la fresque, il ajoute : « C'est la plus ancienne peinture païenne, demeurée à sa place primitive, que possède la France. « Lorsque le christianisme s'établit dans nos pays au VIe siècle, on résolut d'utiliser cet édifice en en faisant une chapelle : pour cela, on réunit par des murailles l'abside et le rectangle se correspondant, on y ouvrit une porte et des fenêtres, et la voûte reçut une décoration appropriée à la destination nouvelle de l'abside. Puis, par un compromis dont on a d'autres exemples, le culte de saint Vénier parut propre à faire oublier Vénus, dont la représentation demeurait dans le souvenir des habitants de Langon » Prouvant à nouveau combien l'histoire est précieuse comme science auxiliaire de l'archéologie, Guillotin de Corson, se reportant aux archives, nous décrit Langon aux VIIIe et IXe siècles. C'est une colonie bretonne, qui appartient, en 797, à un mactiern nommé Anau. Un comte franc, Frodalt, envoie deux scabins pour enquêter sur les titres d'Anau et de ses colons. Anau, assisté de douze témoins, jure que le bourg lui appartient par droit héréditaire, comme l'avaient occupé ses ancêtres de temps immémorial. Trois prêtres bretons sont présents. En 834, les moines de Redon deviennent seigneurs de Langon. L'empereur Louis le Débonnaire donne en effet ce territoire à saint Conwoïon, leur abbé. En 838, le prêtre Agon, fils d'Anau, se retirant au monastère de Redon, donne aux moines sa propriété de Langon, en vertu d'un acte passé in ecclesia sancti Veneris. Guillotin de Corson relève qu'il est fait mention de Francs mêlés aux Bretons : ce qui, joint à l'intervention de l'autorité carolingienne et à l'institution franque des scabins, donne à la paroisse bretonne de Langon une physionomie à demi-franque. En tout état de cause, tant par le fait des premiers occupants que par celui de la colonisation bretonne, le pays est chrétien « de temps immémorial », et il possède, à côté de l'église Saint-Pierre, une chapelle chrétienne, « Sancti Veneris . Les hypothèses incertaines auxquelles s'ingéniait Langlois font place à des preuves scientifiques. On établit que le druidisme n'était qu'une philosophie, qui persista en Gaule au moins jusqu'à la fin du me siècle, mais disparut au IVe. Et aussi, que ce qui constituait réellement l'Olympe gaulois se fondit avec les dieux romains correspondants, sous réserve de survivances et de résurgences. Et encore, à quel point fut prompte et générale cette diffusion des dieux de l'Empire à travers la Gaule et jusqu'en Armorique. Les statuettes de Vénus se retrouvent en nombre dans l'Ouest : et plusieurs sont des œuvres gallo-romaines, portant une inscription gauloise. Le christianisme, persécuté, puis toléré, puis triomphant, se montra de suite intolérant lorsqu'il s'instaura chez les païens d'Armorique. La Borderie affirme, en évoquant l'édit d'Honorius, de 399 : « On ne peut douter que (...) l'église de Rennes ne se soit constituée vers la fin du IVe siècle, c'est-à-dire juste au moment où Honorius attribuait aux églises les édifices, les enclos, les possessions, les trésors des temples païens. Mesure qui fut exécutée à Rennes comme ailleurs, peut- être plus vite et plus strictement qu'ailleurs, parce que la nouvelle église, fraîchement organisée, et par suite encore mai installée, dut avoir hâte de se mettre au large dans l'établissement beaucoup plus confortable du culte païen ». On ne change pas de religion par la grâce d'un édit.. Les païens, spoliés de leurs temples, se tournèrent vers les seuls monuments sacrés qui leur demeuraient accessibles : les mausolées, protégés par les lois assurant le respect des morts. Une sépulture comme celle de Langon, associée à l'image d'une divinité funéraire, constituait déjà un sanctuaire. Sans doute est-ce la saisie des temples qui fit de Langon un centre de culte. Il s'agit moins d'une hypothèse que de l'explication d'un fait, justement souligné par La Borderie : « Malgré sa destination funéraire, ce petit édifice, avec son autel et son triomphe de Vénus, devint bientôt un sacellum ou petit temple rustique dédié à cette déesse». L'interprétation semble proche de la perfection, et le dossier de Langon paraît clos. C'est alors que, pour la stupeur bien légitime des spécialistes, intervient la fantaisie de deux hommes de science : Léon Maître, archiviste de Loire-Inférieure, et Joseph Douillard, technicien des problèmes architecturaux. Nous les suivons, non sans une pointe d'inquiétude, lorsqu'ils rappellent la longue agonie du paganisme : « La résistance du paganisme est un fait (...), elle est inscrite dans l'histoire plus d'une fois. Rappelons-nous les interdictions insérées dans les actes des conciles et plus tard dans les capitulaires de Charlemagne et de Louis le Débonnaire contre les pratiques superstitieuses. Les habitants des villes n'étaient pas moins portés à l'idolâtrie que ceux des campagnes, c'est une inclination qu'on était incapable de réprimer les jours defête. A Autun, la déesse Bérécynthe jouissait de la faveur populaire à tel point que sa statue était promenée dans les rues avec des manifestations de joie extraordinaire en plein VIe siècle. Thérouanne, le paganisme régnait en souverain au milieu du VIIe siècle comme nous l'indique la via du grand saint Omer. C'est lui qui eut le mérite de détruire le culte des idoles dans cette ville. A Rouen, selon la légende de saint Romain, Vénus avait un temple dans les faubourgs, et de» adorateurs s'y rendaient pour vénérer sa statue. « Nous serions le jouet d'une illusion si nous placions la Bretagne, y compris la Basse-Loire et Nantes, dans une situation plus avancée vers l'orthodoxie »….

 

 

Cliché édition Le Flohic

 

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 19:19

La plus belle des couronnes fut lancée la dernière par la reine éplorée des Lëanez ; elle vogua longtemps jusqu'à la grande mer bleue, puis s'arrêta...et petit à petit, autour d'elle, se forma une terre riche sertie de rochers splendides. Enez-ar-Gerveur, notre belle île était née...

Yvonne Lanco 

 

 

 

 

 

 

 

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 13:44

 

 

En recherchant dans le registre paroissial, de Plénée-Jugon, on retrouve mention de cette naissance évoquée par M. de Lavergne, docteur en médecine à Lamballe, mais aussi, botaniste et agronome. Louis-Marie de Lavergne qui a laissé ces notes évoquées lors du précédent article était lui-même né le 25 mars 1756 à Loudéac ; son père Charles de Lavergne était chirugien. Après de brillantes études à Saint-Brieuc, il reçut à Paris de fortes études médicales. Il fut correspondant de la facuté de médecine, et c'est à celle-ci qu'était destiné ce rapport sur cet accouchement survenu à Plénée et dont il fut chargé de l'autopsie. Auteur de la toponymie de Lamballe et de ses environs en 1787, Louis-Marie de Lavergne s'éteignit en 1831. L'identité de la mère de cet enfant est cependant erronée, en effet, l'acte de cet accouchement mentionne que le quatorze novembre mil sept cent quatre vingt-sept , le corps d'un enfant mâle à deux têtes et trois bras fils de François Duval et de Jacquemine Rouault son épouse, baptisé et mort incontinent à la maison, a été honoré des Cérémonies prescrites par l'église lors desquelles m. le sénéchal de la moussaie a donné une défense par l'arret de l'inhumé sans en faire faire la visite par un chirurgien, en date du douze du présent, signé Le Corvaisier sénéchal, en présence de François Rivière et de François Hervé qui ont déclaré ne savoir signer de ce enquis. Signature : F. Thomas curé. Jacquemine Rouault était elle même née le 5 mars 1743 à Plénée-Jugon de l'union de Laurent Rouault et de Hélène Brouté.  C'est le 2 mars 1778 qu'elle épousa François Duval, né aussi à Plénée Jugon le  5 août 1744, fils de François Duval et de Laurence Poilvert. Deux précédentes naissances étaient survenues à leur foyer : Jacquemine en 1783 et Laurence en 1785. Le chirurgien, monsieur Issaly qui résidait à son domicile "des Hostieux Testard" au bourg de Plénée fut appelé pour assister la dite Jacquemine Rouault lors de ce long et difficile accouchement (voir cette bâtisse des Hostieux Testard en fin de page : Actes divers touchant la paroisse de Plénée, page n° 15), ce chirurgien Issaly a aussi été évoqué (voir L'épidémie de Plénée, page n° 3)  Le docteur de Lavergne était assisté lors de l'autopsie pratiquée sur l'enfant à deux têtes par le sénéchal de la Moussaye, Me  Le Corvaisier et par Gabriel de Neuville (voir article qui lui est consacré histoire de Broons, page n° 23

 

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 12:13

 

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 17:59

O bservation sur un enfant à deux têtes, par M. de Lavergne, docteur en médecine à Lamballe. 

 

Françoise Duval, femme d'un laboureur demeurant au village de la Monforiere, paroisse de Plenée en Bretagne, âgée de 35 ans, & mère de plusieurs enfans fort heureusement nés, ressentit, le 11 Novembre 1787, les premieres douleurs de l'accouchement au terme ordinaire d'une grossesse sans accident. Le travail fut long & très-douloureux. La sage~femrne trouvoit que la téte s‘engageoit difficilement…. Enfin cette tête descendit & franchit peu à peu le passage. On fit des efforts multipliés, mais toujours inutiles,

 

 

La Montforière à Plénée-Jugon

 

Pour engager les épaules, qui ne sortoient point malgré les plus vives contractions de l'uterus. Les choses restèrent 14 à 15 heures en cet état; cependant les forces de la malade s'épuisoient ; la tête de l'enſant, sur laquelle on avoit fait les plus violentes contractions & les parties génitales de la mère se tuméffoient, lorsqu'on se détermina à envoyer chercher M. Issaly, chirurgien-accoucheur, avantageusement connu dans le canton, ce fut sur ces entrefaites que cette femme se délivra seule.

 

La premiere tête sortie fut suivie d'une seconde tête, & le tronc vint de suite au grand étonnement de tous les assistans. La mere n’éprouva aucune déchirure sensible, & s'est parfaitement rétablie. La seule incommodité qu'ele ait eue pendant quelque tems, a été une incontinence d'urine, dont elle a été complétement guérie au bout de 2 mois. Les magistrats de Jugon & Plenée, MM. de Néville & Corvaizier, me manderent pour .ässister à la dissection de cet enfant : je me rendis sur le lieu. Nous commengâmes nos recherches dans l'ordre suivant

 

  

 

Extérieur. de l'enfant

 

1° - Il avoit 2 têtes bien conformëes, de grandeur naturelle, portées chacune sur un col particulier qui s'împlantoit régulièrement des traits qui la rapprochoient du sexe féminin : les traits de la tête gauche étoient .plus prononces, & annonçoient un garçon. Leur position respective était un peu oblique, c'est à dire que l'une penchoit légerement à droite, l'autre à gauche, comme 2 branches d'arbre qui sortent symmétriquement d'un tronc commun.

 

2°. Deux bras, bien conformes & de grandeur naturelle, étaient placés aux endroits ordinaires, & un troisieme bras naissoit postérieurement à la jonction des 2 cols. Il étoit un peu plus petit qu’un bras ordinaire, & informe, comme nous le dirons dans la description du squelette ; il étoit couché sur les appophyses des vertebres donales.

 

3° La poitrine, le ventre & les hanches étoient extérieurement tels qu'on les voit dans un seul individu, au volume près, qui étoit un tiers plus grand.

 

4° Il n'y avoit qu'un seul sexe, & il étoit masculin, un anus, 2. cuisses, 2. jambes & 2.pieds, le tout très-bleu conformé & de grandeur naturelle.  

 

5°. Le cordon ombilical étoit unique ; mais it contenoit 2 veines,

&: seulement 2. arteres. La peau n'offroit nulle part rien de remarquable.

 

 

 

Intérieur de l'enfant.

 

 

 

Apres avoir examiné l'extérieur de ce singulier individu, nous passâmes à l'examen de son intérieur. Nous trouvâmes d'abord le tube intestinal simple, & n'ayant rien de particulier depuis l'anus jusqu'au milieu du jejunum, où il commençait à être double en remontant vers le duodenum. Nous suivîmes les 2 intestins, qui s'écartoient peu à peu l'un de l'autre, en faisant un angle fort aigu : l'un alloit aboutir à un estomac qui étoit placé un peu du côté gaucher, l'autre traversoit le diaphragme du côté droit, & se rendoit à un second estomac qui étoit dans la poitrine du même côté. Le foie étoit un tiers plus volumineux que dans un enfant ordinaire; il avoit 2. grandes scissures à un demi-pouce l'une de l'autre, où plongeoient les deux veines ombilicales. On y voyoit 2 vésicules du fiel, 2. canaux cystiques, 2 conduits hépatiques & 2. cholédoques. Les autres visceres du bas-ventre étoient simples, & absolument tels qu'on les trouve dans un seul individu à cet âge. Nous ouvrîmes ensuite la poitrine par dessous le diaphragme, pour ne pas endommager les côtes, ni leurs cartilages. Nous considéràmes d'abord le péricarde qui étoit très-volumineux, & nous en fîmes l'ouverture; nous fûmes assez surpris d'y trouver deux coeurs qui se touchoient dans toute leur étendue correspondante : ils étoient bien conformes & pourvus de leurs vaisseaux ordinaires, qui fournissoient les arteres carotides, tant internes qu’externes & autres vaisseaux, à chaque col & à chaque tête. Le défaut d'injection nous empêcha de suivre la distribution ultérieure des autres ramifications; cependant nous vîmes très clairement que les gros troncs artériels descendans s‘unissoient vers les piliers du diaphragme, & qu’il n'y avoit qu’une aorte ventrale. Dans le côté droit de la poitrine, nous trouvâmes le second estomac qui reposoit sur le diaphragme. Le poumon étoit semi-double & de forme irréguliere. La poitrine éroir partagée en 3 cavités. par 2 médiastins ; mais la cavité micayenne n'était presque rien : dans chacune, on voyoit la distribution des bronches venant de chaque trachée-arrere. Les deux oesophages étaient de ſigrandeur naturelle, & leur place ordinaire.

 

Squelette.

 

 

Voici ce que le squelette offrit de particulier ; Il présentoit 2 têtes & 2 cols bien conformes. Il y avoit aussi 2 colonnes vertébrales ; mais elles se confondoient l'une dans l'autre par leurs apophyies transverses opposées, depuis la premiere vertebre dorsale jusqu'à l'extrémité du sacrum. Cette réunion étoit si intime qu’il ne sortoit point de nerfs des côtés accolés. On voyoit 4 omoplates & autant de clavicules. Deux omoplates & deux clavicules étoient dans leur place naturelle & recevaient deux bras bien conformes & très-bien placés. Les deux autres omoplaçes se réunissoient à la partie supérieure du dos, pour former une seule cavité glénoïde, qui recevoir la tête de l'humerus du troiseme bras, dont nous avons parlé plus haut. Les deux autres clavicules étaient situées, entre les deux cols, & s'articuloient en arriere avec les deux omoplates réunies, & en devant avec le sternum, qui étoit semi-double comme la colonne vertébrale, & terminé par deux cartilages xiphoïdes. Le troisieme bras étoit composé d'un humerus & d'un radius seulement,’ au bout duquel étoit un petit os grêle &, long d'un pouce & .demi, terminé par un ongle bien conformé. Ce petit os tenoit lieu .de carpe, de metacarpe & des phalanges qui manquoient. Tout le reste du squelette étoit simple & bien naturel. Il étoit aussi parfaitement symmétrique. dans ses parties doubles. Le côté droit n'anticipoit point sur le côté gauche, & vice versa, en sorte que si cet enfant avoit pu vivre, que le côté droit eût obéi à la tête droite, & le côté gauche à la tête gauche : car il y avoit deux canaux vertébraux bien conformes, qui commençoient à la premiere vertebre dorsale, & finissoient à l'extrémité du sacrum.

 

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 09:26

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 18:01

 

 

L'importance qu'avait Guérande au IXe siècle, fit croire à M. de la Borderie que cette ville était « une fondation des Bretons qui, sous Nominoë, débordèrent au sud de la Vilaine et s'établirent dans l'espèce de péninsule comprise entre cette rivière, le bas cours de la Loire et la mer ». La science archéologique ne permet pas d'accepter une telle hypothèse. C'est que, des fouilles faites dans l'intérieur de la ville, il résulte que l'origine de Guérande doit être reculée de trois siècles environ. Les travaux de reconstruction de l'église Saint-Aubin, opérés il y a une trentaine d'années, et des fouilles faites en 1899, on amené la découverte de monuments du plus haut intérêt qui révèlent d'une façon indubitable l'existence de la ville à la fin du VIe siècle. L'un de ces monuments est un sarcophage de granit, conservé aujourd'hui dans la crypte de l'église, composé d'une auge recouverte d'un couvert en batière décoré de croix pattées, de cercles et d'imbrications. Sa forme et son ornementation dénotent un monument de la fin du VIe siècle. Ce sarcophage chrétien ne peut être celui d'un homme vulgaire, mais d'un personnage important, d'un chef militaire ou d'un évêque. De plus, sous l'espèce de déambulatoire qui termine le choeur de l'église Saint-Aubin, existent, sous le dallage, les substructions d'une construction semi-circulaire de 1m 95 de diamètre. Les murs épais de trente centimètres, sont faits de petits moellons assez régulièrement taillés en petit appareil, reliés par un mortier blanc composé de chaux, de sable et de coquilles d'huîtres. Dans cette construction singulière, M. Maître crut reconnaître « les restes d'une habitation civile qui fut utilisée pour l'érection du premier oratoire». Pour accepter cette hypothèse, il faudrait supposer ou bien que l'établissement du premier temple fut bien postérieur à la fondation de la ville, ou bien que cette construction circulaire n'était que le reste d'une villa gallo-romaine. La première explication est en contradiction formelle avec les habitudes des chrétiens de cette époque. Lorsque ceux-ci s'établissaient dans une région. ils commençaient par construire un temple autour duquel ils érigeaient leurs demeures. Il n'est pas possible aussi de voir dans le monument circulaire, les restes d'une habitation gallo-romaine il n'a aucun des caractères des constructionsde cette époque. Cette construction faisait plutôt partie d'un ensemble de monuments, ou même d'un monument unique, dont les substructions furent retrouvées en 1875 par M. Muterse qui a recueilli et conservé des briques et du mortier offrant la même composition que celui qui servit & la construction circulaire. La brique n'a nulle apparence des terres cuites romaines, mais ressemble singulièrement aux briques que substructions de l'église de Guérande antérieures au Xe siècle, l'ouest des églises c'était une règle invariable. Or, d'après la disposition des ruines découvertes sous l'église de Guérande, le baptistère supposé se trouverait à l'Est. Mais d'autre part, l'exiguité de ce monument peut laisser croire à l'existence d'une absidiole d'un petit monument, trop peu considérable pour avoir servi d'église, mais répondant aux plans connus des premiers baptistères isolés Un baptistère seul aurait été édifié en premier lieu, en attendant la construction d'une église rendue bientôt nécessaire par l'accroissement de la population. De plus, on ignore et des fouilles, impraticables, pourraient seules le démontrer s'il n'existe pas, à l'est du monument circulaire, les substructions de nouvelles constructions. La question d'orientation, en supposant l'édification successive d'un baptistère et d'une église, put être, du reste, rendue inobservable par suite de l'on retrouve dans les ruines mérovingiennes il en est de même du mortier. On se trouve ici en présence des restes d'une église chrétienne, peut-être d'un baptistère destiné a l'immersion des catéchumènes et ceci est corroboré par l'existence d'une source à cet endroit. Comme tous les baptistères mérovingiens, celui de Guérande était édifié à proximité d'une nappe d'eau destinée & l'alimenter. Cependant, la disposition de l'ensemble des substructions peut laisser place à d'autres hypothèses. On sait, en effet, que les baptistères primitifs étaient placés à l'ouest des églises c'était une règle invariable. Or, d'après la disposition des ruines découvertes sous l'église de Guérande, le baptistère supposé se trouverait à l'Est. Mais d'autre part, l'exiguité de ce monument peut laisser croire à l'existence d'une absidiole d'un petit monument, trop peu considérable pour avoir servi d'église, mais répondant aux plans connus des premiers baptistères isolés Un baptistère seul aurait été éditié en premier lieu, en attendantla construction d'une église rendue bientôt nécessaire par l'accroissement de la population. De plus, on ignore et des fouilles, impraticables, pourraient seules le démontrer s'il n'existe pas, à l'est du monument circulaire, les substructions de nouvelles constructions. La question d'orientation, en supposant l'édification successive d'un baptistère et d'une église, put être, du reste, rendue inobservable par suite constructionsparticulières qui forcèrent à déroger à la règle générale. Les baptistères primitifs étaient de petites constructions généralement octogonales, dans lesquelles se trouvaient une piscine ou cuve destinée aux baptêmes,et un autel pour la célébration des offices religieux.Un ou plusieurs côtés de ces constructions se terminaient en cul-de-four. C'est bien la disposition des substructions de Saint-Aubin. Mais la présence de substructions différentes, sous la nef et le choeur, obligent à croire qu'il existait, à une même époque, deux monuments religieux, l'un, un baptistère édinë à l'origine, l'autre une église construite à l'ouest pour répondre aux nécessités du culte. L'architecture et la disposition de ces monuments primitifs ne peuvent être précisées. Du baptistère, la partie en cul-defour est seule connue. De l'église, quelques débris de murs en petit appareil sont parvenus jusqu'à nous. Sans doute des fouilles méthodiques permettraient de lever le voile qui cache les origines de ces monumentsantiques. Sous le choeur de Saint-Aubin, elles feraient connaître si le sarcophage de granit était isolé. Si l'on arrivait à prouver qu'il provient d'une crypte, les origines de Guérande s'éclaireraient d'un jour singulier car un sarcophage ainsi placé ne saurait être que celui d'un saint ou d'un très grand personnage. La présence même de ce sarcophage construit en pierre aussi dure que le granit et recouvert de sculptures que les artistes de l'époque gravaient d'habitude sur des pierres tendres comme le marbre ou la pierre blanche, prouve assez qu'on se trouve en présence du tombeau d'un homme placé bien au-dessus du vulgaire. Ses caractères attestent la fin du VIe siècle, et ces données archéologiques sont renforcées par les faits historiques.

 

 

 

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