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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 21:23

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 15:30

Dans l'Ille-et-Vilaine et les Côtes-du-Nord il n'y a plus, à vrai dire, de costumes bretons. Et cependant on en rencontrait de fort caractéristiques, il y a cent ans, tant aux environs de Rennes, de Vitré qu'à Dinard, Saint-Malo, Cancale et plus au sud-ouest Dinan, Loudéac, Guingamp. Mais il est un détail que nous devons noter tout de suite : aux portes mêmes de Saint-Brieuc, les habitants de Plédran, Quessoy, Hénon, Moncontour dont les vestes de berlinge (mélange de laine et de chanvre tissés dans le pays), les pantalons grossiers, les petits chapeaux ronds composent un ensemble dépourvu de recherches élégantes, portent encore cette vêture « paysantaille », signalée par Charles Le Goffic comme étant commune à la gent masculine de l'ouest. Dans la Loire-Inférieure, la presqu'île Guérandaise, le bourg de Batz, Saille, Le Croizic, ont gardé leurs costumes. Si pour le travail du.sel paludiers et paludières revêtent les habits les plus simples, qui sont ceux des ouvriers de l'agriculture et de l'industrie, les jours de fête on les voit reprendre les pittoresques tenues de gala qui, pour les hommes comme pour les femmes, sont parmi les plus originaux et les plus somptueux Nous n'avons pas la prétention dans ce court résumé -comme d'ailleurs dans notre livre : « Les Costumes bretons, leur histoire, leur évolution » -d'avoir dit tout ce que comporte un pareil sujet. La tâche était d'autant plus difficile que les gens du. pays eux-mêmes demeurent sans souvenirs précis. Quand on les interroge, quand on réclame d'eux une opinion autorisée, ils vous répondent bien que vous vous éloignez de la vérité, que votre interprétation est fausse, mais ils ne savent pas indiquer ce qui les trouble ni redresser ce qui les choque. Et cela est surtout vrai en Bretagne bretonnante, dans les régions où il serait justement intéressant de pousser plus à fond les recherches. Ce sont en effet les cantons qui ont le mieux consente le vieux parler celtique qui gardent encore leurs costumes. On pourrait en inférer que leur variété, plutôt qu'aux anciens évêchés, châtellenies ou fiefs, correspond aux différents dialectes bretons, et. dans ceux-ci, aux intonations et aux accents qui eux aussi, varient à l'infini. C'est ce qui fait qu'il y a des costumes bretons, qu'il est inexact de parler d'un « costume breton » et, surtout, de le typifier dans l'image aussi inamovible que fausse des ce bonshommes et des bonnes femmes » en bragou-braz et en coiffes, qui ornent les faïences de Quimper, depuis seulement 1878, ou les panneaux sculptés des buffets fabriqués en séries par des ébénistes, plus préoccupés de satisfaire le goût d'un public peu renseigné que de le diriger. Le moment nous semble venu d'affirmer cette certitude, qui, pour nous, se dégage absolue, comme doit l'être une conclusion : De même que c'est seulement au XVe siècle que commence de s'épanouir, d'abord dans les édifices religieux, un art vraiment breton, où s'accordent, pour faire quelque chose d'inédit, granit fourni par le sol, l'esprit de la race bretonne, son goût et son âme de même ce n'est qu'au XIXe siècle que se greffent vraiment sur les costumes provinciaux les décors de la mode bretonne au contraire, car elle montre que les Bretons, tout en demeurant attachés à leur passé, par amour ingénu du beau, par un besoin inné de s'adapter au cadre .même où ils vivent, savent encore enjoliver magnifiquement ce que leurs ancêtres leur ont légué. Et ceci permet d'espérer que l'on arrivera peut-être, par un protectionisme adroit, par une propagande active, par la rééducation du goût régional, à prolonger durant un certain temps encore l'existence des costumes bretons, bien que les efforts de ceux qui les voudraient garder se heurtent, chaque année davantage, à des raisons que la raison ne comprend, hélas ! Que trop. Les Quéméneurs de nos compagnes disparaissent l'un après l'autre, faute de former des apprentis. Les couturières, de moins en moins nombreuses, elles aussi, se refusent, faute du temps nécessaire, à établir des corsages et des jupes compliqués. Les tissus que les brodeurs décoraient patiemment sont à leur tour fatalement remplacés par des nouveautés, comme cela se voit même à Pont-Aven et à Pont-L'Abbé. On ne saurait, par ailleurs, reprocher sérieusement aux jeunes filles et aux jeunes femmes d'avoir abandonné leurs sabots et leurs bas de laine du temps de la Reine Anne, pour des souliers vernis et des bas de soie. Ces divers facteurs ont, depuis un demi-siècle bientôt, profondément modifié les costumes, tout en leur conservant un cachet réel de formes et de couleurs, auquel, heureusement encore, beaucoup demeurent fidèles. Ci-dessous, illustrations d'après V. Lhuer.

 

 

Vitré

 

 

Quimiac

 

 

Cancale

 

 

Saint-Brieuc 

 

 

Moncontour

 

 

Guérande

 

 

Bourg de Batz

 

 

Saille

 

 

Le Croizic

 

 

Pleneuf

 

 

Mauron

 

 

Baud

 

 

Muzillac

 

 

Paimpol

 

 

Quimerch

 

 

Langueux

 

 

Crozon

 

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 13:16

Le département du Morbihan, ne présente pas le panachage, qu'on rencontre dans le Finistère. Cependant la partie qui va de Hennebont à Pontivy, en passant par Auray, Baud, Pluvigner offre des modèles féminins fort gracieux. Ils rappellent les robes à la bretonne, affectionnées d'Anne de Bretagne. A Sainte-Anne d'Auray, un jour de pardon, on se croirait plus que partout ailleurs revenu au XVIe siècle. La robe est généralement d'une seule pièce, avec le corsage décolleté en carré, aux manches, larges. Une guimpe brodée et des manchettes de dentelles rapportées soulignent le rapprochement avec la tenue des dames, nobles d'il y a quatre siècles. Si les vêtements diffèrent ici surtout dans leurs détails, les coiffes, en revanche, ont plus de fantaisie. De grande richesse et de type fort ancien dans la région de Baud, elles ne se composent plus que d'un béguin de nansouk aux alentours de Lorient, pour devenir une sorte de chaperon en lingerie ou en filet à Auray et Vannes. Du côté de Pontivy et vers Le Faouët, se voient les capots de diap, garnis, de bandes et de velours, doublés de serge rouge. La seconde zone de costumes morbihannais est celle de Vannes, et du golfe du Morbihan : robes froncées à la taille et corsages séparés, ceux-ci plus amples que du côté d'Auray, châles élégants, souvent garnis de dentelles, dégageant la nuque, laissant, voir la gorgerette brodée et dont les pointes sont cachées par le devantier du tablier de couleur. Dans les îles, surtout dans l'Ile-aux-Moines, la coiffe rappelle le chaperon du XVe siècle. Du côté de Guéméné-sur-Scorff et dans tout l'espace compris, entre les hauts cours du Blavet de l'EIlé, jusqu'à la limite du premier, dans la direction de sa vallée de l'ouest à l'est se voit une filiation qui tient tout à la fois des régions pontivyennes et. alréennes pour la jupe, et de la région carhaisienne pour le corsage, qui est cependant ici plus élégant, plus ajusté, avec une série de petits boutons de cuivre disposés en lignes parallèles et verticales sur îe devant. La coiffe est originale, en dentelle ou en filet de manière à laisser voir le ruban de couleur assortie à;celle du tablier sans devantier, toujours léger, soyeux, de nuance claire et quelquefois tout en dentelle. A l'est de Vannes, vers Ploërmel, Josselin et les confins de l'Ille-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure, les vêtements apparaissent moins originaux. Ils rappellent ceux du nord de la Bretagne, d'apparence plus moderne: pour la robe et le corsage. Le fichu est de tissu généralement noir, avec des pointes cachées par la taille du tablier qui est avec ou sans devantier. La coiffe devient de plus en plus petite, à mesure que l'on avance dans la direction de Rennes ou de Loudéac. C'est dans toute cette partie du Morbihan, où les costumes d'hommes après s'être modifiés tendent à disparaître, qu'a régné au début du siècle actuel l'habit des « moutons » avec bragoubraz moins large, guêtres blanches également et veste parfois soutachée de ganses noires, qui vraiment avait grande allure, bien qu'il ne date que du début du XIXe siècle, en face du costume dit à « mille boutons » qui, lui, n'a pas même un siècle d'existence. Ci-dessous, illustrations d'après V. Lhuer.

 

 

 

 

 

Pontivy

 

 

Auray

 

 

Vannes

 

 

Pluvigner

 

 

Guéméné-sur-Scorff

 

 

Guéméné-sur-Scorff

 

 

Carhaix

 

 

Ploërmel

 

 

Rennes

 

 

Brignogan

 

 

Rochefort en Terre

 

 

Pleyber Christ

 

 

Saint Allouestre

 

 

Plounéour Trez

 

 

Fouesnant

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 05:09

C'est ensuite le coeur même du Finistère et de la Cornouaille, la région des Montagnes Noires et de l'étoile orographique de la Bretagne, qui a Carhaix pour capitale et comme noyaux principaux : Cléden-Poher, le Huelgoat, Maël-Carhaix, Rostrenen et même Gouarec où la coiffe est une résille de filet brodé, où la robe se compose d'une jupe froncée à la taille, d'un corsage d'aspect sombre, avec des manches mi-partie drap et velours et dont le devant s'égaie de nombreux boutons de cuivre brillant ou doré. A Châteaulin et aux alentours, soit dans la direction de Crozon, soit dans celle de Châteauneuf-du-Faou, ou encore vers Pleyben, Braspart, Lannidern, les robes varient à nouveau dans les ajustements sinon dans les formes générales. Le tablier comporte un devantier qui s'applique sur le corsage, la collerette est moins grande, moins somptueuse, la coiffe en tulle est plus petite les jours de semaine, pour élargir ses ailes les jours de fête. Au nord du Finistère, et même sur toute la côte septentrionale de Bretagne, depuis l'Abërvrac'h jusqu'à la région de Saint-Malo, c'est le costume sans style précis corsage avec bandes de velours ou sans agréments, jupe froncée à la taille, devantier de soie noire ou blanche, ou quelquefois de couleur vive, châles de mérinos ou de cachemire, eux aussi de couleur claire ou de couleur noire, avec de nombreuses variantes : Guissény, Saint-Thégoneç, Landivisiau, Lesneven, Guimiliau, etc., etc. Nous avons gardé pour la fin de l'énumération sommaire finistérienne la Cellule de Plougastel-Daoulas. Le costume plougastelois se composé essentiellement d'un surgilet à manches (gileten var c'horré), Adolet ou vert à volonté (violet de préférence les jours de cérémonie), bleu, si l'homme est en deuil, et de trois gilets sans manches le premier vert ou violet (mais toujours d'une couleur différente de celle du surgilet ; vert donc quand celui-ci est violet, et violet quand il est vert) ; le second rouge (ou bleu en cas de deuil) ; le troisième en flanelle blanche à ganse rouge (bleu en cas de deuil). En outre, ce surgilet et ces gilets sont ornés, aux boutonnières et au col, de galons et de broderies dont la couleur verte, jaune, rouge diffère de celle du vêtement lui même. Entre les premières boutonnières et le col, au-dessous de la branchette ou de l'étoile qui décore le devant du surgilet, le propriétaire de l'habit fait oujours broder l'initiale de son prénom (cette initiale est le plus souvent à l'envers). Une rangée de boutons descend de chaque côté du surgilet et sur le devant des gilets et le choix de ces boutons n'est pas plus livré au hasard que le reste du costume : en poil de chèvre pour le gilet blanc ; en métal pour les autres gilets ; ils sont en os ou en nacre pour le surgilet. Ajoutons que les gilets doivent être étages, de manière à se laisser voir du premier coup d'oeil. Une dernière particularité : quand le plougastelois porte son gilet déboutonné c'est qu'il est en tenue de cérémonie (pardons, messes, festins, noces) ; quand il le porte boutonné, c'est qu'il est en petite tenue, qu'il vaque à ses affaires ou se rend au marché . Le plougastelois ignore les bretelles et s'en tient encore, comme la plupart des Bretons, à la ceinture ou turban, tantôt en coton à carreaux, tantôt en flanelle bleue claire. La culotte ou braie fermée d'une clavette en buis, ibil beuz, a dû disparaître d'assez bonne heure, car on ne la voit même pas sur les plus vieux habitants de la paroisse. Mais le pantalon actuel s'en souvient encore : en drap noir l'hiver, l'été en toile blanche, il est toujours très évasé dans le haut comme le pantalon à la hussarde ou la culotte de cheval, avec des poches basses sur les côtés « assez larges, nie dit un loustic, pour y faire entrer un cochon de lait, assez profondes pour y faire disparaître un litre d'eau-de-vie », serré au genou, ce pantalon moule étroitement la jambe jusqu'au cou-de-pied. Le costume des femmes de Plougastel n'a pas l'aisance et l'éclat de celui des hommes. Le corsage, dans sa forme, est demeuré à peu près tel qu'il était il y a cent ans et plus. C'est toujours le krapos ou corselet Adolet, vert ou bleu endossé sur le gilet (hivizen), ordinairement de tissu noir, dont les manches sont demi-longues ou descendent jusqu'à la hauteur du poignet, suivant le cas, mais avec un parement relevé. Sur ce gilet, on porte un tricot noir ou de couleur, mais qui est blanc pour les cérémonies et dont le poignet dépasse celui du hivizen, garni parfois de dentelles. Le krapos se termine derrière par une espèce de crête, en carton rigide, recouvert de drap galonné, qui se nomme la chiloc'h ou coq. Placé à la proue des femmes, au dessous du ruban de la jupe plus encore qu'à une crête, il ressemble à un gouvernail symbolique. « C'est là; note Charles Chassé, que les mères de famille portent immédiatement les yeux quand leurs filles reviennent du pardon, afin de savoir si les galants ont fréquemment passé le bras autour de la taille de ces jeunes personnes ; si le gouvernail a dévié, c'est que l'esquif est en danger. » Ci-dessous, illustrations d'après V. Lhuer.

 

 

le Huelgoat

 

 

Châteaulin

 

 

Châteaulin

 

 

Châteaulin

 

 

Lesneven

 

 

Plougastel-Daoulas

 

 

Kerlouan

 

 

Quiberon

 

 

Bodilis

 

 

Saint Thois

 

 

Rostrenen

 

 

Roscoff

 

 

Plumelec

 

 

Brest

 

 

Plougasnou

 

 

Morlaix

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 14:44

A vrai dire, dans une exécution différente les nouveaux égalent; en talent, leurs prédécesseurs. Comme eux ils feront montre d'une grande délicatesse dans les répétitions voulues, d'une incroyable variété dans la combinaison des enroulements, d'une fantaisie que ne rompt jamais la symétrie nécessaire ; ils sauront également donner à leur oeuvre l'empreinte d'un cachet personnel, qui la fait maintenant reconnaître tout de suite entre mille formules diverses d'ornementation. Eux-mêmes, pour se mieux reconnaître dans la multiplicité des astragales et des festons, baptiseront leurs dessins de noms qui éveillent instantanément dans leur esprit les objets ou les formes dont ils semblent inspirés : le cor de chasse (cornou chass) c'est l'enroulement en spirale ; les points d'épine deviennent « l'arête de poisson » (dren pensk), la plume du paon (pléôu paven), emblème de l'orgueil, rappelle la voûte romane, l'anse de panier encadrant triplement un plumetis délicat ; la fausse cuillère est une réplique avec un seul arceau de la plume de paon. Voici encore la « corne de bélier » (corne maout), symbole de force, la « chaîne sans fin » (chaden ar bed) image celtique de l'éternité ; le « fil tourné » (moeden droed) ; la fleur de coin (fleuren goarn) brodée à l'emplacement du coeur ; les points de fougère (bourraden) évoquent l'idée de la famille bretonne prolifique ; les étoiles (stéréden) symbolisent l'idéalisme et le fatalisme de la race. Certes, on ne saurait nier qu'il y a dans ces conceptions des brodeurs bretons un souffle oriental, un caractère asiatique. C'est ce qui explique que leur art, basé sur des cercles concentriques, des chaînettes symétriquement disposées, des chevrons successifs de feuillages alternés, des points régulièrement espacés, ait pu susciter certaines interprétations, qui, si étonnantes qu'elles paraissent, demeurent néanmoins explicables. Dans son bas-cours l'Odet sépare nettement deux contrées dont la différence d'aspect est frappante dès qu'on passe de Sainte-Marine à Bénodet, l'une des portes de la région de Quimperlé que délimitent l'Isole, la Laïta et l'Aven avec, comme centres principaux : Mellac, Bannalec. Rosporden, Pont-Aven, Moëland, Scaër où les femmes portent des robes de popeline de soie noire brodée de fleurs, des tabliers aux nuances éclatantes, des coiffes de dentelles montées sur le chignon qu'entoure un large ruban de couleur et de grandes collerettes empesées à la Catherine de Médicis Le territoire compris entre l'Aven et l'Odet, plus au sud oùest, avec Nëvez, Trégunc, Lanriec, Concarneau, Fouesnant, offre un autre ensemble aussi riche sans doute mais plus sobre dans son ornementation. Au nord de Quimperlé, en remontant vers Le Faouët et Gourin, qui sont dans le Morbihan, ou en s'étendant vers Arzanno et Plouay, se rencontrent de nouvelles filiations qui ont plus de sévérité dans les lignes des robes, plus de simplicité dans le choix des tabliers et l'ajustement des coiffes. Ci-dessous, illustrations d'après V. Lhuer.

 

 

 

 

 Bannalec

 

 

Rosporden

 

 

Pont-Aven

 

 

Scaër

 

 

Trégunc

 

 

Fouesnant

 

 

La Roche-Bernard

 

 

Le Faouët

 

 

Le Faouët

 

 

Carnac

 

 

Landerneau

 

 

Guiscrif

 

 

Kérity Penmarch

 

 

Trescalan

 

 

Le Cap

 

 

Severac

 

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 14:15

C'est Walter Lubacher, industriel Suisse, âgé de 31 ans qui fonda à la veille de la seconde guerre mondiale la Bonneterie d'Armor établie à QuimperAu début des années quatre-vingt-dix, ayant fait fortune, l'industriel céda sa société à des repreneurs Bretons, car telle était sa volonté. Jean-Yves Le Floch et Michel Guéguen, les repreneurs rebaptisèrent la société Armor Lux, avec pour objectif produire en Bretagne des vêtements de luxe destinés à des professionnels. Enorme risque en ces temps difficiles, et pourtant….

 

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 13:06

 

L'évolution des costumes bretons -et non du costume breton ne peut être envisagée séparément. Elle constitue une page de l'histoire générale du costume français. Le plus important groupement de costumes bretons est celui de la Cornouaille, le pays kernévote, qui se divise en deux zones principales : Quimper et Quimperlé. Chacune de celles-ci comprend elle-même plusieurs centres de conception différente, qui s'inspirent cependant, en ce qui concerne la toilette féminine, d'un semblable aménagement : du Justin simple avec une cotte attachée dessus ou du Justin avec un corselet supplémentaire assez semblable à un surcot ouvert et sans manches. C'est le pays où les « glaziks » portent maintenant des pantalons ajustés, des vestes courtes, des gilets montants et fermés, des chapeaux hautement enrubannés et. parfois encore, les jours de fêtes et de manifestations régionales, des bragou-braz de toile blanche ou de drap avec des jambières également de drap, boutonnées sur le côté. La région de Quimper proprement dite englobe les environs immédiats de la capitale cornouaillaise, plus particulièrement au nord de l'Odet, Arers les Montagnes Noires et la Basse-Vallée de l'Aulne : Plogonnec, Quéménéven, le Juch, Loc-Ronan, Plounévez-Porzay, Briec, Landrévarzec, Ellîant. Une première filiation se détache de ce groupe vers le nord est de la rivière de Pont-Croix, le Goyaen, et s'étend sur Meilars, Douarnenez, Ploaré, Beuzec-Cap-Sizun, Pont-Croix, Esquibien, Plogoff, le Raz, en opposition, dans la direction du sud. et à l'ouest de l'Odet, avec le pays Bigouden qui va de l'anse de Sainte-Marine à Plouhinec, par Combrit, Pont-Labbé, Loc Tudy, Plobannec, Tréguennec, Plovan et Poudrouzic. C'est là que se voient les chupens luxueusement brodées de laine et de soie éclatantes, avec double plastron, qui cuirassent de vermillon et d'or l'entier des poitrines. Bien des légendes ont été créées à ce sujet. Il convient de les accueillir avec réserve. Il n'y avait pas autrefois en Bretagne de brodeurs spécialisés. Les broderies sur les habits étaient l'oeuvre des tailleurs eux mêmes, lesquels étaient d'ailleurs incapables de copier un dessin quelconque. On objectera qu'il existe cependant chez les derniers et rares brodeurs bigoudens des cahiers de modèles. Le fait est exact, mais les modèles n'ont pas l'ancienneté qu'on leur prête. Ils n'ont pas précédé les réalisations, ils les ont seulement suivies, et fixées. Et si des dessins nouveaux ont été créés, c'est parce que nos artisans ne se sentaient pas de taille à reproduire exactement les anciens. Ci-dessous, illustrations d'après V. Lhuer;

 

Quimper

 

 

Quimper 

 

 

Quimperlé

 

 

Locronan

 

 

Elliant

 

 

Douarnenez

 

 

Douarnenez

 

 

Plerin

 

 

Ploaré

 

 

Pont-Labbé

 

 

ÎleTudy

 

 

Quintin

 

 

Locminé

 

 

Guissény

 

 

Pluméliau

 

 

Elven

 

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 05:25

Les changements constatés en Bretagne dans l'habillement des  hommes et des femmes se sont produits également dans les autres provinces et, si l'on généralise, dans tous les pays d'Europe. Cette évolution a cependant pris en Bretagne un caractère spécial, qui se lie dans son ensemble à l'évolution de l'art populaire breton. Le particularisme des costumes est chose assez récente. Jusqu'à la veille de la Révolution on distinguait assez difficilement un paysan d'une province d'un paysan d'une autre province. Le costume des campagnes, écrit Charles Le Goffic dans la Chouannerie, semble avoir été à cette époque beaucoup moins divers qu'aujourd'hui. Dans le Maine, comme dans la Cornouaille, on retrouvait chez les paysans ce bonnet de laine bleu ou rouge d'où coulaient jusqu'aux épaules de longs cheveux plats ou bouclés, et que remplaçait les jours de fête le grand chapeau à cuve, cette veste brune ou grise doublée en hiver par une peau de mouton ; ces braies courtes et larges de berlinge, nommées bragou-braz en Bretagne et dont le surnom de « grandes culottes » donné aux premiers insurgés léonards n'est que la traduction, ces guêtres de cuir jaune, ces jarretières de couleurs tranchantes, ces sabots ou souliers ferrés pour de longues marches. C'était là, indiscutablement et à quelques nuances près, le costume de toute la paysantaille masculine de l'Ouest. » Cette opinion confirme pleinement ce que disait déjà Cambry, en 1794, dans son Voyage dans le Finistère. Ci-dessous, illustration Lalaisse

 

 

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 20:33

 

La mer était terrible et féroce le vent

Les vagues parcourues de rudes tremblements

Se brisaient sur les rocs, toujours rebondissant

Et l'écume fusait en éclaboussements

 

Et le ciel était noir comme l'encre de Chine

Et comme les tréfonds des profondeurs marines

Et tout le paysage enfiévré de violence

Vibrait de ces atroces hurlements de démence

 

Quand la mer fut calmée et que le vent tomba

Que ma frayeur enfuie, mon esprit s'apaisa

Je pensai en silence aux tristes destinées

De ces bateaux perdus sur les mers déchaînées

 

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 08:20

 

Il y a deux ans, à l'occasion de notre étude sur la Fin de la Chouannerie dans le Pays de Dinan et de Plancoët, nous retracions le curriculum vitae du capitaine Joseph Mattat, commandant temporaire de la place de Dinan de 1797 à 1802, décédé chevalier de St-Louis par la grâce de Sa Majesté Très Chrétienne, Louis, XVIIIe du nom ; cette fois, c'est la méthode préférée de ce jacobin enragé pour détruire aussi bien les chouans, partisans de la royauté, que les prêtres réfractaires que nous allons évoquer devant nos lecteurs. Parmi plusieurs rapports du même genre, émanant du sieur Mattat que l'on conserve aux Archives Nationales, nous avons choisi celui qui nous a semblé le plus représentatif, tant de ses procédés que de leurs résultats. On y lira en même temps, narré tout au long par ses meurtriers, le récit de l'assassinat du prêtre Pierre Frin dont un précieux registre de baptêmes et de mariages administrés en 1796 que l'on garde au presbytère de Tréfumel, attesté le zèle au cours de la Révolution. Vis-à-vis de la version de ses assassins, il nous est agréable de pouvoir rapprocher celle des témoins de leur crime, recueillie moins de vingt ans après ce forfait par l'abbé Lucas, recteur de Tréfumel. Il y a du reste de nombreuses concordances entre les deux relations et pour une fois, nous sommes heureux de pouvoir faire cette constatation.Les Archives Nationales sous la côte F 7, 7682 B (187) nous font connaître quel salaire le capitaine Mattat allouait à ses sbires pour « leurs missions de confiance ». C'est ainsi que quatre jours de course, sous le costume de chouans, durant lesquels ils assassinèrent un prêtre réfractaire et arrêtèrent « deux brigands » valurent 108 livres à se partager aux citoyens René Salmon (celui ci secrétaire de Mattat), Gabriel-Marie Rabot, sieur des Portes, et Heurtevent jeune. Vers la même époque, Louis Petitbon et Jean Lemoine se virent attribuer 150 livres « pour courses sous déguisement dans le canton de Ploubalay sur la côte ». Enfin parmi les bénéficiaires de ces honteux salaires, nous voyons encore figurer les dénommés Renier,Lamendais et un sieur Utérin (sic). Il semble du reste que ces volontaires étaient médiocrement fiers de leurs hauts faits. « Partie des individus que j'emploie « dans mes expéditions, écrivait Mattat, le Ier pluviôse an VII ce (20 janvier 1799), étant habitants de cette ville (de Dinan), me ce recommandent de tenir leurs noms et les renseignements qu'ils « me donnent dans le plus grand secret. » Du reste Mattat se vit contraint, à son vif regret, d'arrêter le cours de ses exploits, le Ministre de la Police ayant jugé devoir lui supprimer toutes allocations pour des dépenses secrètes. En vain faisait-il valoir, le 24 mars 1799, qu'il avait arrêté les prêtres Mathurin et Cathenos, et réclamait-il 700 livres de ce chef, les administrations supérieures faisaient la sourde oreille et le 24 fructidor suivant (10 septembre 1799), Mattat n'avait pas encore été remboursé de, cette somme, sur l'emploi de laquelle il déclarait du reste, vu « l'espèce des opérations auxquelles il se livrait », ne pouvoir fournir aucune pièce justificative Compte rendu de la mission des émissaires du capitaine Mattat (Archives Nationales F 7 3369 « L'an VI de la R. F. U. et L, le 2 floréal (21 avril 1798), en vertu des ordres du commandant de la place et arrondissement de Dinan, transmis à nous René Salmon, Gabriel Rabot et Marie Heurtevent, nous sommes partis de Dinan pour commencer la mission dont nous étions chargés. Nous nous sommes rendus le dit jour au cantonnement de Plumaudan où nous avons conféré avec le commandant du cantonnement. Le lendemain, nous partîmes environ les trois heures du matin et nous dirigeâmes notre route vers la commune de Saint-Maden, où, n'ayant reçu aucun renseignement, nous nous transportâmes à une métairie voisines de la maison de la Roche, appartenant aux citoyennes de Bénazé. Y étant entrés sous le titre de.« chouans non rendus », nous leur demandâmes s'ils pourraient nous enseigner une maison où nous pourrions nous cacher. Ils nous enseignèrent la métairie de la Roche comme un asile sûr et commode. Les ayant priés de bien vouloir s'y transporter pour nous y annoncer et aussi pour voir s'il n'y avait aucun risque pour nous à cause dé la proximité de la route : un des hommes de la métairie y fut et revint quelques temps après (nous disant) que les dames Bénazé étaient parties la veille pour Dinan et que nous ne pouvions avoir d'azile à la maison. « Ne pouvant avoir d'autre renseignement, nous quittâmes la métairie et nous prîmes la route de la commune de Guitté pour nous transporter dans les maisons désignées sur nos renseignements. Arrivés au bord de la rivière de Rance, nous trouvâmes deux hommes auxquels nous fîmes les mêmes questions que devant. Ils nous indiquèrent la maison des Touches où nous étions sûrs d'être très bien reçus. Nous nous y rendîmes tout de suite et nous nous annonçâmes dans la ditte maison comme chefs de chouans non rentrés. Nous ne trouvâmes à la maison que la femme qui sembla d'abord avoir quelques doutes sur notre compte, mais l'ayant rassurée, elle nous invita à déjeuner. Notre déjeuner fini, elle nous fit passer dans une prairie voisine de la maison pour nous mettre à l'abri des patrouilles, qui, quelques fois, viennent visiter la dite maison. Nous y fûmes quelque temps seuls, mais bientôt arriva le maître de la maison, qui, nous ayant questionné et étant rassuré par nos réponses, nous apprit que sa maison avait été pendant toute la chouannerie le refuge des chefs de Chouans et que depuis (peu) encore, il en avait recelé plusieurs. Après différentes questions faites de part et d'autre, nous lui demandâmes s'il ne connaissait pas d'autres maisons plus éloignées du cantonnement où nous aurions pu trouver quelques émigrés ou prêtres qui nous protégeraient dans le pays. Il nous enseigna le village des Hayes, paroisse de la Chapelle Blanche, où nous trouverions MM. Launay et Levrel son neveu, tous deux prêtres, et de qui nous étions sûrs d'avoir des renseignements. Ayant quitté la prairie, il vint nous conduire aux environs du château de la Perschais. Chemin faisant, il nous dit que s'il avait su où était son curé, il nous l'aurait dit, mais qu'il ignorait pour le moment sa demeure, vu qu'il se cachait étant poursuivi par les bleus. Alors nous le quittâmes et, étant arrivés au château de la Perschais, nous y rentrâmes pour demander le chemin du village des Hayes. ce Le fermier de la maison nous prit d'abord pour des volontaires, mais lui ayant donné la certitude que nous étions des chouans qui fuyaient la poursuite des bleus et que nous ne demandions le village des Hayes que sur les renseignements donnés par le fermier des Touches qui nous avait dit que nous y trouverions MM. Launay et Levrel, il nous proposa de nous mettre sur la route. Il vint nous conduire jusqu'aux environs du village de la Ville au Corgne où nous y trouvâmes les deux hommes amenés ici le 4 du présent, à qui nous demandâmes le chemin du village des Hayes.. Ils se proposèrent de nous y conduire après nous être déclarés à eux comme chefs de chouans non rentrés et porteurs d'une lettre adressée à M. Langlais de Prémorvan qu'on avait dit être dans ïe pays. Aussitôt, celui costumé de la veste rayée, nous fit signe de nous éloigner du village et que nous causerions ensemble. Nous lui montrâmes le paquet dont nous étions porteurs et il dit en voyant le cachet qui était celui des chouans : « Celui-là n'est pas un cachet républicain ». Nous lui demandâmes si les prêtres Launay et Levrel étaient dans le village. Il nous dit qu'il n'en était pas sûr. Nous lui demandâmes ensuite s'il ne pourrait pas nous mener dans une maison sûre où on vendrait à boire ? Il nous dit : Venez à la maison de la Saudrais, et là aussi, vous pourrez avoir les renseignements que vous demandez. Chemin faisant, il nous déclara qu'il était de la réquisition et qu'il avait déserté des bleus à Granville, qu'il avait servi les chouans, qu'il s'était trouvé à l'assassinat du patriote Porcher, de la Chapelle-Blanche, où il avait reçu un coup de fusil chargé à plombs, au-dessus du téton gauche et qu'il nous montra de suite. Il nous montra en outre un certificat signé des braves gens de sa paroisse qui avaient chouanné et qui tous attestaient qu'il ne s'était pas trouvé à l'assassinat du dit Porcher comme on l'en accusait, et que même il n'avait jamais chouanné et qu'au contraire, il se cachait des chouans qui voulaient le tuer et que, par ce moyen, il n'avait pas rendu ses armes. Il nous dit aussi qu'ayant porté ce certificat chez le juge de paix de Caulnes, celui ci lui dit : On atteste que tu n'as pas chouanné : il n'en est pas moins vrai que tu étais au pignon de ma maison quand tu es avait que l'autre jeune homme qui était avec nous, le même qui est ici en prison. Nous demandâmes aussi à ce jeune homme s'il était déserteur. Il nous dit que non, qu'il n'était pas de la réquisition et qu'il avait rendu un mauvais fusil à deux coups, mais qu'il avait encore un bon fusil pour tuer les bleus. Etant arrivés à la maison de la Saudrais pour y boire, nous fîmes rencontre à la porte de la cour du nommé La Gravelle à qui appartenait la Saudrais, accompagné de son neveu et que le déserteur nous avait dit en chemin être émigré. Il nous dit en le voyant : « Voilà votre homme.» Après avoir salué M. La Gravelle et l'avoir invité de venir se rafraîchir avec nous, il nous remercia en nous disant qu'il avait quelques affaires avec son fermier. Etant entrés dans la maison, nous nous informâmes de la fermière si ce Monsieur était un émigré. Elle nous dit que c'était son frère. Nous lui dîmes cependant que son bien avait été vendu, comme nous l'avions appris. Elle nous dit que c'était vrai, mais qu'il en avait racheté pour 10000 livres. L'un de nous fut parler à M. La Gravelle dans la grange et lui demanda s'il ne connaissait pas M. Langlais de Prémorvan à qui nous avions une lettre à remettre. Il lui dit qu'il ne le connaissait pas et demanda de quelle part venait cette lettre. Celui de nous qui parlait, lui dit qu'elle venait de M. Du Chatel jeune que nous avions vu dans les environs cle Fougères avant notre départ… et Vint le neveu de M. Launay à qui, le même qui avait parlé à M. La Gravelle demanda où nous pourrions trouver M. Launay ou Levrel. Il nous répondit que M. Levrel, ancien curé de Dol, y était retourné pour finir les Pâques et que, depuis 15 jours, il ne savait pas où était M. Launay, ayant été obligé par la poursuite des bleus de changer plusieurs fois de demeure... Après avoir demandé à leurs guides de leur indiquer une maison sure pour y reposer quelques temps, les trois faux-chouans quittèrent la Saudrais et gagnèrent une maison sise sur la.grande route où l'on vendait à boire. Là, nous eûmes différents entretiens sur l'armement des chouans et le déserteur nous dit en voyant une espingole dont l'un de nous était armé, que souvent il s'était servi d'une pareille arme. Après nous être rafraîchis, il se disposait à nous conduire à la maison (de repos) dont il nous avait parlé, lorsque traversant la grande route, nous les sommâmes tous les deux, au nom de la loi, de marcher avec nous à Saini-Jouan, ce qu'ils firent sans résistance. Nous les remîmes au chef de détachement de ce lieu pour les faire partir pour Plumaudan. Nous couchâmes à Saint-Jouan le 3 et le 4, nous en partîmes pour aller à Couaclée en Yvignac chez les Robert. En nous y rendant nous passâmes par le château de Couacouvran et par celui d'Yvignac. Etant près de Couaclée, un laboureur, près de qui nous nous renseignâmes, nous dit : « Messieurs, vous ne pouvez mieux vous adresser que chez les Robert, car leur maison sert de corps de garde aux chouans. » Malgré cela, c'est en vain que les trois faux chouans tentèrent pendant plus de trois quarts d'heure de tirer de lui des renseignements. Devant l'inutilité de leurs efforts, ils s'en furent coucher au corps de garde cle Plumaudan, qu'ils quittèrent le 5 au matin pour se rendre au Val en Plouasne. « En y allant, nous passâmes, disent-ils, par les communes de Saint-Juvat et de Saint-Maden, où nous n'eûme aucun renseignement positif sur le nommé Lecoq, prêtre réfractaire, qui, à ce qu'on leur déclara, se cachait soigneusement et ne restait jamais 24 heures dans la même maison. » Au Val en Plouasne, nous demandâmes à la maîtresse de maison si elle ne pourrait pas nous indiquer quelques émigrés ou. prêtres qui nous pourraient faire tenir la lettre dont nous étions porteurs. Elle nous dit qu'elle allait chercher le nommé Regnault ou son cousin Corvoisier, chef de chouans, qui pourraient répondre à ce que nous demandions. Elle nous dit aussi que, quoiqu'ils eussent rendus leurs armes qui n'étaient que de mauvais fusils, ils en avaient encore de bons. Elle fut donc chercher ces deux hommes, mais ne les ayant pas trouvés, elle amena avec elle un homme boiteux qui nous conduisit à la Ville-David où nous demandions à aller. Quelques champs avant d'arriver à la maison, il appela une femme qui travaillait la terre et que nous croyons être la fille de la maison et qui vint avec nous chez elle. Y étant arrivés, on nous fit rafraîchir et on nous demanda dans quel pays nous voulions aller. Nous répondîmes que fuyant les environs de Lamballe, nous voulions aller du côté de Fougères où nous croirions être plus tranquilles, mais qu'auparavant de nous y rendre, nous serions content cle remettre un paquet adressé à M. de Prémorvan, qui devait être clans ce canton ou bien le remettre à M. Frin, prêtre, qui avait dans ce paquet une lettre pour lui. On nous demanda de quelle part elle venait. Nous dîmes qu'elle avait été remise chez les Robert à Coaclée par M. Picquet, prêtre. Alors la maîtresse de maison dit : « Donnez-la moi, je la remettrai à M. Frin qui vient quelques fois par ici et qui est de nos amis. » Lui ayant répondu que nous ne pourrions la remettre qu'en mains propres, elle dit à sa fille, la même qui nous avait conduit à la maison, d'aller le chercher. Pendant ce temps, de peur des bleus, elle nous fit cacher derrière le colombier, dans le jardin, où nous restâmes environ un quart d'heure. Etant rappelés par la maîtresse de la maison, nous y trouvâmes celle qui avait été chercher M. Frin avec la servante du dit. La servante de Frin nous ayant demandé la lettre disant que M. Frin n'était pas à la maison, nous allions lui répondre, lorsqu'une fille de cette maison, qui est folle, vint dire qu'elle avait vu M. Frin qui était au bout de la maison. Alors, voyant qu'on doutait de nous, l'un d'entre nous dit qu'on ne devait rien craindre et que pour nous le prouver, il allait quitter toutes ses armes puis porter la lettre à M. Frin avec une des femmes de la maison, ce qu'il fit. L'ayant trouvé dans le clos voisin de la maison, il lui présenta la lettre après l'avoir salué et lui dit : « Monsieur, cette lettre est adressée à M. Langlais de Prémorvan. par un émigré nommé M. Du Chastel jeune, qui nous l'a remise. Il y a aussi pour vous dans ce paquet une lettre qui nous a été remise, hier, chez les Robert à Coaclée par M. Picquet, prêtre. » Frin répondit : Je connais bien M. Picquet et je me charge de remettre le paquet, à son adresse » et il le mit dans une poche sous ses habits du côté gauche. Etant pleinement rassuré sur notre compte, il entra à la maison et la maîtresse fit aussitôt tirer du cidre pour que nous puissions trinquer ensemble. Pour nous, nous nous disposions à manger un morceau, lorsqu'un paysan vint nous prévenir que les bleus étaient au Hac ; alors M. Frin dit à la maîtresse de maison de nous cacher, mais ayant réfléchi qu'une grande ferme était, plus exposée aux recherches des bleus qu'une petite maison, il envoya l'homme qui était venu prévenir du voisinage de la patrouille, d'avertir dans une maison qu'il indiqua de nous y tenir un logement prêt. Il se disposait à s'en retourner lorsque nous lui observâmes qu'étant avec nous, nous serions mieux accueillis dans la maison. Après quelques observations de sa part, il marchait avec nous, lorsque étant dans la rabine, un de nous le somma au nom. de la loi de le suivre a Plouasne, ce que le dit Frin, ayant entendu, leva sur lui un bâton dont il était armé. A l'instant où celui qui l'avait sommé allait pour le saisir au collet, ne l'ayant pas attrapé, il prit la fuite. On lui cria une autre fois d'arrêter ou qu'on allait tirer, il continuait toujours à fuir. Ce que voyant, celui qui l'avait sommé lui lâcha un coup d'espingole qui lui creva clans la main. Voyant qu'au coup, il ne s'arrêtait pas, malgré ses cris d'arrête ou je te tue ! », un second lui lâcha un coup de mousqueton qui ne le fit pas non plus arrêter. Etant déjà loin de nous, nous courûmes après à travers champs et celui qui lui avait tiré le coup d'espingole, l'ayant encore resommé (sic) d'arrêter et voyant qu'il continuait toujours de fuir en jettant des cris, repettés par les femmes de la maison et par plusieurs personnes qui travaillaient aux champs, le tira d'un coup de pistolet qui le fit tomber mort. Sachant qu'il n'avait sur lui ni lettre ni papier que celui que nous lui avions remis, vu qu'il nous avait dit que quand il sortait, il ne portait jamais ni papier, ni autres effets qui eussent pu le déceler, au cas qu'il eut été arrêté par les soldats, nous ne le fouillâmes pas et de suite nous prîmes la route de Plouasne où nous rendîmes compte au chef du commandement de cet événement en l'invitant de faire partir une patrouille pour la Ville-David. Les paysans lui déclarèrent que trois étrangers qui se disaient émigrés avaient tué un homme lequel se trouvait être un ce monsieur prêtre » dont ils trouvèrent le cadavre là où il était tombé, ce couvert d'un sac et des femmes à genoux auprès de lui en prières... » Fait à Dinan, le 6 floréal, an VI (25 avril 1798). Signé : Rabot fils, Salmon René et Heurtevent jeune. 

 

 

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Published by poudouvre
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