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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 09:39

 

 

 

 

 

 

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 07:33

 

Le dénouement.

 

 

Le premier acte de Jean V après, sa délivrance fut d'ordonner la démolition du château de Châteauceaux qui fut exécutée de suite. Puis il s'occupa de reconnaître les services qui lui avaient été rendus pendant ses malheurs, en ayant soin de commencer par les sujets et amis dévoués qui s'étaient ingéniés à adoucir sa captivité dans ses diverses prisons, ou qui mème avaient tenté de l'en tirer. Il se mit aussi très promptement en devoir de remplir les vœu qu'il avait faits pendant sa captivité pour obtenir de Dieu d'avoir la vie sauve. Le plus connu de ses voeux est celui par lequel il avait promis de donner à Notre-Dame des Carmes de Nantes son pesant d'or le duc ne lésina point pour se faire peser il revêtit de pied en cap son armure, ainsi vêtu il pesait 190 livres 7 onces, soit 380 marcs dès le ià juillet il fit livrer aux Carmes par son trésorier une énorme quantité de bijoux de toute sorte formant ce poids en or et en pierreries. Lobineau a en l'indiscrétion de remarquer que la valeur extraordinaire de ce voeu « marque assez l'excès de la peur qu'il avait eu de mourir». Et l'on peut en dire autant du nombre infini de voeux faits par le prince à la même fin. A saint Yves il avait promis son pesant d'argent, et c'est avec cette somme que fut élevé le magnifique tombeau de ce saint, détruit pendant la Révolution et si heureusement rétabli par le dernier évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, Mgr Bouché.

 

 

Puis c'était 250 l de cire à Saint-Pierre de Vannes, autant à Notre-Dame du Bondon, puis des présents de toute sorte aux églises de Redon, de Gràces, de Brelevenez, de Saint-Julien de Vouvantes, et hors de Bretagne, aux sanctuaires de Sainte-Catherine de Fierbois, de Notre-Dame des Vertus, de Saint Jean d'Angéli, etc. On pourrait presque à la lettre dire que notre duc s'était voué à tous les saints du paradis. Tous ces voeux furent, je le répète, promptement et strictement acquittés. Il avait fait de plus celui du pèlerinage de Terre-Sainte, il en fut dispensé par le pape à condition d'envoyer un gentilhomme vénérer à sa place le saint Sépulcre. Un seul de ses voeux ne fut pas rempli celui de ne plus mettre d'impôt sur ses sujets, ce n'est pas le prince qui en sollicita l'annulation, ce fut les Etats de Bretagne, jugeant que le gouvernement de la nation deviendrait impossible. Du reste l'authenticité de ce dernier voeu a été contestée. Et les Penthièvre ? Ah les Penthièvre, ils faillirent s'en tirer à bon marché. Jean V a reçu chez les chroniqueurs bretons le surnom de Jean le Bon, nous allons voir qu'il le méritait. Moins d'un mois après sa libération il accorda aux Penthièvre leur pardon sous cette condition que les deux auteurs directs de l'attentat, Olivier et Charles, se présenteraientaux prochains Etats ou Parlement général de Bretagne convoqué à Vannes pour le 16 septembre et là, en présence des prélats, des barons et des députés du tiers, diraient humblement au duc Nostre très redoubté seigneur, par mauvais conseil et par jeunesse, nous vous avons pris, mis les mains en vous et en monseigneur Richard, votre frère, et longuement détenus contre vos volontés, follement et comme mal conseillez dont nous deplaist e suimes repentans, et vous en crions merci, en vous suppliant qu'il vous plaise nous pardonner et nous impartir vostre grace et misericorde. » Margot de Clisson et ses deux autres fils devaient dire « Nous avons aucunement porté et soutenu la prinse et detention de vostre personne et de monseigneur vostre frère de quoi nous deplaist et suimes repentant. Mais en tant que nous l'avons fait, nous vous supplions que vous plaise nous pardonner et nous impartir vostre grace el misericorde, et vous en crions merci. Moyennant cette amende honorable –et peut être une amende d'argent pour les frais de guerre le duc pardonnait toutes les injures, toutes les menaces, tous les mauvais traitements qu'on lui avait prodigués, les Penthièvre reprenaient tous leurs droits et tous leurs biens. Ah oui ce duc c'etait bien Jean le Bon Les Penthièvre acceptèrent d'abord cette grâce et, pour gage de leur comparution devant les Etats, ils mirent aux mains du duc leur frère Guillaume qui personnellement n'avait pris nulle part à l'attentat. Mais au moment de comparaître devant le Parlement et les Etats de Bretagne convoqués à Vannes en septembre 1420, ils ne purent croire à la magnanimité de Jean V, ils flairèrent à tort un piège imaginé pour s'emparer de leurs personnes et leur faire expier au centuple les tourments infligés pat eux au duc, ils firent défaut. Le 7 octobre on décida de les ajourner de nouveau. Mais en Bretagne quand on voulait epuiser toutes les ressources de la procédure, on pouvait aller, dit d'Argentré, jusqu'à neuf défauts « Il y eut en la cause des Penthièvie (continue le même auteur) force solemnitez et formes dajournements eu plusieurs endroits.» Cela dura fort longtemps, si bien que la sentence définitive ne fut rendue à Vannes, que le 16 février 1420. Elle prononçait contre les Penthièvre (Olivier et Charles) la peine due aux félons, aux traitres et aux criminels de lèse-majesté la mort et la confiscation de tous leurs biens. Les coupables étant en fuite échappèrent à la mort mais le vaste apanage des Penthièvre fut réuni au domaine ducal. La principale victime de cette félonie, ce fut justement le plus innocent des Penthièvre, ce pauvre jeune Guillaume, livré comme otage par ses frères et qui, pendant vingt-huit ans (1420-1448), fut promené captif à travers toute la Bretagne, du château de Nantes à celui de Vannes, du donjon de l'Isle à ceux de Brest et d'Aurai. Si bien que quand la pitié du duc François Ier, fils de Jean V, voulut enfin (en 1448) le rendre à la liberté, le pauvre prince était presque devenu aveugle à force de pleurer. Ce complot des Penthièvre nous avons cru nécessaire de le raconter avec détail. Car s'il tient peu de place dans le temps pas même un semestre (13 février à 5 juillet 1420) il n'en a pas moins une grande importance comme symptôme très caractéristique de la situation politique de la Bretagne. Après cette épreuve, il est clair que la monarchie ducale de Bretagne et avec elle la nation bretonne est bien une maintenant et bien compacte. Dès qu'on touche au duc, symbole de l'indépendance nationale, défenseur armé de la nation, la nation entière se lève pour défendre en lui le symbole de sa propre dignité, la garantie de sa paix au dedans, de sa sécurité au dehors. Donc, union intime des diverses classes entre elles et avec le duc, voilà ce que met en pleine lumière cet étrange et très curieux épisode. Le dualisme issu de la longue lutte du XIVe siècle semble définitivement disparu. Comme à Dinard le 3 août 1379, il n y a plus maintenant chez; nous qu'une nation, un peuple, une race, une Bretagne ».

 

Arthur de La Borderie

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 07:11

Châteauceaux était une belle seigneurie et une grande forteresse située en terre angevine sur la rive gauche de la Loire, mais ayant devant elle la Bretagne de l'autre côté du fleuve sur la rive droite, et sur la rive gauche la frontière bretonne à une lieue ou une lieue et demie vers l'ouest. Aussi malgré sa situation territoriale qui le donnait à l'Anjou, Châteauceaux était un lieu autant, sinon plus breton qu'angevin. Depuis le XIIIe siècle, il avait presque toujours appartenu à des princes bretons, et toujours il avait joué dans les guerres de Bretagne un rôle important. La situation du château, planté sur une haute roche, était très forte cette roche baignant son pied dans la Loire, le blocus semblait presque impossible les Penthièvre, depuis qu'ils l'avaient, s'étaient plu à augmenter les défenses de cette place ils la réputaient inexpugnable. Aussi la fière comtesse de Penthièvre, l'altière Margot de Clisson, quand elle entendit parler d'un siège, ne songea point à quitter ce château elle s'occupa seulement de compléter les approvisionnements,de renforcer la garnison et elle attendit ensuite, avec un grand calme, les assiégeants, bien sûre qu'au pis aller un mois ou deux d'efforts inutiles, d'attaques désastreuses, d'échecs honteux pour les assaillants ne manqueraient pas de l'endébarrasser Loin de songer à fuir, elle ne pensa qu'à se bien défendre c'est elle qui commandait dans la place, où elle n'avait avec elle que son quatrième fils, encore un enfant, appelé G ni lia il me à peine âgé de quinze ou seize ans et que, nous l'avons dit, on destinait à l'Église Ses trois autres fils, sortis de la place, tenaient la campagne, et leur mère comptait sur eux pour l'aider, par leurs attaques du dehors, à venir à bout del'armée bretonne. En somme ce fut un beau siège, bien attaque, bien défendu Le chef des Bretons était le comte de Porhoët verse dans les perfectionnements de l'art militaire, il emmena avec lui uni nombreuse et puissante artillerie : on ne voulut pas dégarnir Nantes toujours menacée par Jean de Penthièvre. Mais des villes de l'intérieur, notamment de Ploërmel et de Vannes, on tiia giand nombre de gros canons et de fortes bombardes Pour se rendre à Chàteauceaux on suivit la rive droite de la Loire parce quec était la terre bretonne. Arrivés devant le château, on établit sur la Loire un pont de bois large et solide, par où passa toute l'armée, toute l'artillerie, et qui eut pour premier résultat de couper la place sa communication si utile avec le fleuve, car ce pont rendait les assiégeants absolument maîtres du cours de la Loire à cette hauteur. Le comte de Porhoët, vit de suite les difficultés de son entreprise. entre autres la longueur forcée du siège et le danger très probable d'avoir à subir du dehors les attaques combinées de ces trois Penthièvre, Olivier, Jean et Charles, qui n'étaient sortis de Châteauceaux que pour le mieux secourir. Aussi, après avoir établi son camp tout autour de la place. son premier soin fut de le fortifier d'une façon formidable. On creusa à l'entour un profond fossé, dont la terre rejetée du côté du camp forma un retranchement couronné d'une enceinte continue faite de poteaux de bois, de robustes madriers, et qui valait une muraille de pierre. Cette enceinte avait trois portes protégées, tout comme celles des villes, par ces fortifications avancées qu'on appelait des boulevards* et des barrières. Ainsi ce camp élait une vaste forteresse, enveloppant toute la place assiégée, s'appuyant sur le pont de la Loire, et formant autour de Châteauceaux un blocus infranchissable Cela fait, les Bretons attaquèrent la place. « Ils levèrent (dit Le Baud) leurs engins (leurs machines de jet) devant le château, ils assortirent (ils mirent en batterie) leurs canons et leurs bombardes, dont ils abattirent les couvertures et les pavillons des tours et battirent les murs. « Mais ils ne réussirent pas à faire brèche, parce que (dit d'Argentré) « les murailles étoient fortes, de vieil ciment, qui tenoit comme si elles eussent été d'une pièce et si (aussi) y avoit des hommes dedans qui tiroient incessamment et faisoieut de grands efforts de se défendre et résister de grand courage tellement que le siège y séjourna longuement sans y advancer beaucoup ». Ce siège fut long en effet commencé vers le 8 ou 10 mai, il se prolongea jusqu'aux derniers jours de juin. Leb princes de Penthièvre avaient donc tout le temps de préparer leurs attaques contre les assiégants, pour dégager la place. Un jour de très grand matin, le sire de Laigle (Jean de Penthièvre), avec une grosse troupe, se jeta à l'improviste très impétueusement sur le camp breton, espérant tout au moins à cette heure matinale, en forcer par surprise les premières barrières, puis de là se glisser dans la place. Mais le guet était bien fait, les premièresbarrières si résistantes que les assaillants usèrent leurs efforts contre elles, et, pendant qu'ils étaient là, tout le camp s'émut, tomba sur eux, leur tua beaucoup de monde et les mit en pleine déroute. Après une telle réception on n'y revint plus, nul n'osa inquiéter les assiégeants. Ceux-ci reprirent sans se lasser leur travail contre la place étant parvenus à reconnaitre les points les plus faibles de l'enceinte, ils concentrèrent là tous leurs efforts, le tir de tous leurs engins et de toute leur artillerie: ils réussirent enfin à ouvrir une brèche, il ne restait plus qu'à l'élargir pour la rendre praticable c'était l'affaire de quelques jours. A cette nouvelle,la comtesse de Penthièvre s'émut. Elle connaissait la piteuse issue de l'attaque tentée contre le camp breton par son fils Jean donc, pour elle, plus de secours à espérer du dehors. Maintenant elle était à la merci d'un assaut. Si le premier échouait, le second ou le troisième réussirait, car il était bien clair que les Bretons bien établis, bien approvisionnés, recevant des recrues tous les jours, étaient désormais très résolus à ne pas lâcher prise. Si la place était emportée de vive force, après toutes ses insultes contre le duc, toutes les colères excitées par ses attentats, point de quartier à espérer pour Margot de Clisson. Et puis elle n'était pas seule dans Châteauceaux avec elle il y avait son jeune fils Guillaume, sa fille Jeanne,sa bru Isabeau de Vivonne femme du sire d'Avaugour dans un assaut, tous ces princes et princesses pouvaient périr. La fière Margot, atterrée, commença à entrevoir qu'il lui fallait à son tour plier, céder, s'humilier; elle eut beau se révolter contre cette conclusion, chercher de tous côtés une autre issue il n'y en avait point. Alors, avec cette énergie de volonté qu'elle tenait de son père, aussitôt elle envoya un trompette aux assiégeants dire qu'elle voulait traiter. Les chefs bretons répondirent qu'il fallait d'abord délivrer le duc, sans quoi point de capitulation la comtesse devait commencer par le représenter ou, s'il n'était pas à Châteauceaux, l'envoyer chercher. Par ailleurs (dit Le Baud, qui avait connu dans sa jeunesse les acteurs de cette histoire) « la conclusion du traité fut que la comtesse rendrait aux seigneurs bretons la place de Châteauceaux pour en faire leur volonté et au parsus, feroit réparation de l'injure faite au duc à l'égard et ordonnance desdits seigneurs et ce faisant, luy permettroient de partir paisiblement, elle et ses enfans, dudit chastel avec leur famille et gens de la garnison, pour s'en aller où bon leur sembleroit ». Quant au duc, il était moins loin que les Bretons ne croyaient. Nous l'avons laissé, au commencement d'avril, enfermé dans le château de Saint-Jean d'Angéli il y resta deux mois, avril et mai, et chose curieuse, la bonté et les malheurs de ce prince créèrent autour de lui, dans cette terre naturellement hostile à sa cause. un véritable courant sympathique qui se manifesta de diverses façons, même par des tentatives de délivrance. Dès que le comte de Penthièvre, Olivier de Blois, s'en aperçut, il le lira de là et le fit pendant tout le mois de juin errer de prison en prison, le traînant de Saint-Jean d'Angéli dans le pays de Niort, où il l'enferma d'abord au château de Fors. puis en celui du Coudrai Salbart de là on le transféra à Bressuire, ce qui le rapprochait notablement de la Bretagne, et enfin on le ramena à Clisson, que le duc, on s'en souvient, avait traversé le premier jour de sa captivité mais cette fois il y fut plus longtemps, il dut passer dans le château de Clisson la plus grande partie de juin. Olivier de Blois, qui s'était constitué le geôlier de sa victime, l'avait menée là, à sept lieues seulement de Chàteauceaux, pour suivre plus aisément les péripéties du siège de cette place, C'est donc là qu'il reçut le message de sa mère ordonnant d'envoyer de suite Jean V à Châteauceaux pour y être remis aux seigneurs bretons. Ce fut pour Olivier un coup de foudre. Sa foi en sa mère était si grande qu'il n'avait jamais douté de la réussite du complot tramé par elle. Il comptait toujours très fermement sortir de cette affaire duc de Bretagne. Et de fait, tant qu il restait maître de Jean V, il avait dans cette partie la chance du joueur qui tient en main le roi d'atout. Mais, s'il lâchait son atout, il lâchait tout, de duc de Bretagne il tombait au rang ignominieux de criminel de lèse-majesté, condamné à mort avec confiscation de tous ses biens. Du trône il était précipité dans un gouffre: quelle chute Pourtant il n'eut pas l'idée de résister la vie de sa mère était en jeu puis, regimber contre cette volonté de fer ? Impossible. Toutefois, avant de lâcher sa proie, il voulut user d'une dernière ruse. Au lieu de dire la vérité au duc, il vint lui conter que, par ordre de sa mère, il allait l'envoyer à Chàteauceaux, où la comtesse de Penthièvre le mettrait en liberté s'il voulait au préalable accepter certaines conditions. La première condition, c'était le mariage de lui Olivier de Blois, alors veuf, avec Isabeau de Bretagne fille de Jean V, déjà promise au duc d'Anjou, roi de Sicile, la seconde condition, c'était le don à Olivier de Blois en faveur de Cesson (près Saint-Brieuc) Le duc devait s engager en outre à garantir aux Penthièvre la jouissance de tous les biens possédés par eux avant la trahison du 13 février, et de grosses pension, sur le trésor. Jean V promit, signa et jura tout ce qu'on voulut absolument comme Clisson, trente ans plus tût, dans le château de l'Hermine. Après quoi Olivier de Blois n'osant, comme auteur principal de l'enlèvement du duc, affronter le courroux des barons de Bretagne, remit Jean V aux mains de son frère Jean sire de Laigle, qui lui n'avait pas personnellement pris part à cet attentat. Sous la conduite ou plutôt l'escorte respectueuse de Jean de Penthièvre. le duc se rendit à Châteauceaux le vendredi 5 juillet 1420. Les acclamations enthousiastes de l'armée bretonne lui apprirent là le triomphe complet de sa cause et le dernier mensonge d'Olivier de Blois. Aussitôt Margot de Clisson et tous les siens, parents, amis, serviteurs, soldats, sortirent du château, vies et bagues sauves, et le soir même Jean V alla coucher à Nantes, au palais ducal de la Tour-Neuve.

 

 

 

Jean V

 

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 06:41

Les débuts de la lutte.

 

 

 

 

Il y eut donc bientôt sur pied une belle force, une belle armée, pour délivrer le duc. Mais le délivrer, comment ? On ne savait même pas où il était, la duchesse qui le faisait activement chercher par des agents secrets, n'avait rien appris de certain. Restait la ressource, en attendant mieux, de punir les coupables, c'est-à-dire d'enlever aux de Blois l'apanage de Penthièvre perdu par leur félonie, et d'abord de prendre leurs places Avant la fin février, Lambale leur capitale était assiégée, serrée de très près. Quand les Penthièvre apprirent ces nouvelles, ils devinrent fous de colère. Ils avaient compté évidemment que, le duc pris, leur parti relèverait la tête en Bretagne. Par malheur ce parti était mort, et dans leur apanage même personne ne bougea. Pour apaiser le terrible orage amassé contre eux, ils employèrent d'abord un expédient un peu trop puéril. Il y avait à Châteauceaux un varlet, c'est-à-dire un page, qui ressemblait un peu à Jean V on lui mit les bottes, la robe du duc, on lui banda les yeux, on le jeta dans une barque qui descendit le fleuve, on le conduisit de la sorte jusqu'à la Loire on dit à tout le monde que c'était le duc que l'on allait noyer; puis, comme ce jeune homme ne reparut pas à Chàteauceaux, on envoya des gens à Nantes répandre le bruit qu'on avait effectivement retiré de la Loire, sous une souche de saule, le cadavre de Jean V. On croyait que l'armée formée pour délivrer ce prince, le sachant mort, se dirait qu'elle n'avait plus rien à faire et se disperserait. Comme si au contraire, dans ce cas. elle n'eût pas eu à coeur de poursuivre plus que jamais sa campagne pour tirer vengeance de ce crime. Cette farce grotesque n'eut d'ailleurs aucun succès et ne trompa personne. Alors, tout naturellement, c'est sur le pauvre duc, toujours prisonnier à Châteauceaux, que l'orage tomba. Un soir, Olivier de Blois et son frère Jean sire de Laigle, couverts de leurs cuirasses, hérissés de dagues et d'épées, entrent tout à coup a grand fracas dans la prison de Jean V et lui mettant tous deux le poing sous le nez, lui crient que si le siège de Lamballe continue, ils lui feront immédiatement « voler la teste de dessus les espaules. Que s'il veut la conserver, il lui faut de suite écrire aux chefs de l'armée bretonne l'ordre formel de lever ca siège et de laisser en paix les autres places de Penthièvre sans quoi la duchesse de Bretagne ne reverrait la tête de son mari que plantée sur une pique au sommet du donjon de Chàteauceaux. Le duc écrivit tout ce qu'on voulut et donna au messager chargé de cette lettre, pour en mieux garantir l'authenticité, une petite chaîne d'or qu'il portait habituellement sur la peau pour suspendre son Agnui, chaîne dont, bien entendu, le comte de Penthièvre, lors de sa prise, l'avait dépouillé, mais qu'il consentit à lui remettre momentanément en cette occasion. Kermelec, l'un des serviteurs du duc et comme lui prisonnier à Châteauceaux, fut chargé de porter aux chefs bretons cette chaîne et cette lettre. Sous peine de mettre le duc en péril, il lui fut enjoint de revenir à Chàleauceaux rendre compte de sa mission et reprendre sa prison. Il partit pour la Bretagne vers le 5 ou 6 mars. Huit jours après, et avant son retour, Margot de Clisson fit sortir le duc de Châteauceaux, craignant sans doute que son séjour en ce lieu, necessairement connu en Bretagne par la mission de Kermelec, n'attirât sur cette place l'effort de l'armée bretonne. Le duc et son frère Richard furent conduits vers la mi mars de Châteauceaux à Vendrines, où Olivier de Blois leur prodigua encore les injures et les plus cruelles menaces, puis de là à Nuaillé près de la Rochelle, enfin jusqu'à Saintes, en plein pays français, à près de cinquante lieues des bords de la Loire. Vers la fin de mars, on le fit remonter vers le nord, on l'enferma au chàteau de Saint-Jean d'Angeli, où il passa les deux mois d'avril et de mai. Nous l'y retrouverons plus tard. Jean de Kermelec eut beau exhiber aux chefs de l'armée bretonne les lettres du duc ordonnant de cesser le siège de Lambale, il eut beau représenter les dangers que faisait courir à la vie de Jean V la continuation de la guerre le siège ne fut pas interrompu. Car nul ne doutait que les ordres du duc n'eussent été extorqués par la violence. Quant au reste, la conduite des Penthièvre avait soulevé chez tous les Bretons, dans toutes les classes, une telle indignation, que rien n'en pouvait arrêter l'effet on voulait, quoi qu'il en pût advenir, prendre du crime sur les coupables une éclatante justice En l'absence de Richemont, que le roi d'Angleterre n'avait pas voulu lâcher même momentanément, l'armée bretonne était commandée par les quatre capitaines-généraux, entre lesquels Alain de Rohan comte de Porhoët, comme fils du lieutenant-général du duc, semble avoir occupé le premier rang. Lambale se rendit au commencement de mars, et ses fortifications furent démolies aussitôt par Fouquet Renart. Guingamp, investi avant la reddition de Lamballe, capitula le 5 mars, mais ne fut pas démoli, Jugon, la Roche-Derien, Chàteaulin-sur-Trieu,la Roche-Suhart, toutes places et châteaux bien fortifiés furent pris sans grande résistance en mars et avril. Le château de Broon se défendit plus longtemps, il tenait encore le 8 mai, mais il avait déjà capitulé sous condition d'un certain délai, car la duchesse ce jour-là en ordonnait la démolition dès qu'il serait rendu. C'est Charles de Monfort, seigneur de Frinodour, qui eut l'honneur de cette conquête, on lui avait laissé le soin de ce siège avec un foit détachement, pendant que le reste de l'armée bretonne se dirigeait vers la Loire. Les Penthièvre, exaspérés par la prise de leurs places et la perte de leur apanage, avaient voulu prendre des représailles sur le comté Nantais, et de Châteauceaux ils dirigeaient contre la frontière bretonne de fréquentes incursions, dans lesquelles ils faisaient de grands ravages. La duchesse de Bretagne n'hésita pas à répondre à ces insolentes provocations elle ordonna le siège de Châteauceaux. Giosse et difficile opération, car la place passait pour imprenable. Mais là se trouvait, on en était sùr, Margot de Clisson, la première cause de cette guerre, l'auteur véritable de cette odieuse conjuration, et si l'on pouvait prendre Margot. tout serait gagné du même coup l'on finissiail la guérie et l'on recouvrerait le duc.

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 06:24

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 06:17

L'appel aux armes. La duchesse Jeanne de France.

 

 

 

 

Margot triomphait trop tôt. Elle allait trouver dans la duchesse de Bretagne, Jeanne de France femme de Jean V, une antagoniste dont l'énergie en cette circonstance fut tout à fait digne des deux grandes Jeannes du XIVe siècle Jeanne de Penthièvre et Jeanne de Montfort. La duchesse était à Vannes quand elle apprit l'attentat des Penthièvre contre le duc. Dès le lendemain (le 16 février 1420) elle convoqua le conseil du duc et les principaux seigneurs présents à la cour. Dans ce conseil elle rendit une ordonnance appelant aux armes tous les Bretons, particulièrement tous les nobles et tous les vassaux astreints par leurs fiefs au service militaire. Pour lever, dresser, former les troupes qui répoudraientà cet appel, elle nomma le vicomte de Rohan lieutenant-général du duc absent dans toute la Bretagne et, sous lui, capitaines généraux, en basse Bretagne le comte de Porhoët son fils et le sire de Guémené, en haute Bretagne, le sire de Châteaubriant et le sire deRieux.En même temps la duchesse convoqua les Etats généraux du duché pour le 23 février. Du 16 au 23 février, Vannes se remplit de seigneurs, de prêtres, de bourgeois venant de tous les coins de la Bretagne exprimer à leur souveraine leur indignation contre l'attentat, leur résolution de tout faire pour le venger et délivrer le duc. Le 23 février, les trois Etats étaient là au grand complet. La duchesse se présenta devant eux avec ses deux fils, l'aîné François, héritier du duché âgé de dix ans, l'autre son puîné Pierre qui avait deux ans à peine. Elle n'eut pas besoin d'un long discours en quelques mots elle rappela l'odieuse trahison, le péril du duc, et adjura ses fidèles Bretons de voler à son secours elle y emploierait sans compter tout le trésor amassé pendant la minorité de Jean V et, si ce n'était assez tous ses joyaux. « Et en ce disant tenoist la dite dame duchesse ses deux fils, qu'elle montroit aux prelats, aux barons, aux gens des bonnes villes, et plouroit (dit Le Baud) moult tendrement.» Tous les assistants émus, indignés, enthousiasmés, jurèrent de s'employer corps et biens à la délivrance du duc. Les contingents militaires ailluèrent immédiatement aux lieux de rendez-vous, non seulement les contingents féodaux, mais aussi les volontaires des paroisses, jaloux de prendre part à cette campagne. Une tradition, recueillie par Pierre Le Baud qui avait connu des témoins de ce grand mouvement national, porte le chiffre total de cette levée à 50.000 hommes. On s'est récrié contre ce chiffre et en eflet, à cette époque, en Bretagne, il était bien difficile de former, de faire manoeuvrer, surtout d'armer, d'approvisionner une armée aussi considérable. En outre on a les chiffres précis des contingents de troupes régulières fournies dans cette circonstance par quelques régions de la Bretagne, j'entends, en hommes d'armes, archers, arbalétriers – et de ces chiffres il semble résulter que le total de l'armée régulière dut monter à environ dix-huit mille hommes, ce qui est pour ce temps un très beau nombre. Mais cette armée, comme nous le verrons, ayant opéré sur divers points de la Bretagne pour prendre les diverses places des Penthièvre, vit successivement, partout où elle se portait, les gens des paroisses se joindre à elle contre l'ennemi qu'elle assiégeait, et ainsi, successivement mais non simultanément, il put bien y avoir une quarantaine de mille hommes à prendre part dans des conditions diverses à cette campagne. En tous cas on peut dire qu'à l'appel de la duchesse la nation bretonne, moralement, se leva comme un seul homme pour flétrir, rejeter et condamner d'un même coeur l'odieux attentat. Mais la duchesse ne s'en tint pas là. Voulant mettre à la tête de ses troupes un chef illustre, dont le nom fût un gage assuré de victoire, elle pria le roi d'Angleterre de permettre à Arthur, comte de Richemont, son prisonnier depuis Azincourt, de venir prendre le commandement de l'armée bretonne destinée à délivrer le duc Jean V, frère de Richemont, Elle envoya des ambassadeurs au dauphin pour lui donner des explications, adoucir son ressentiment, obtenir au moins de lui la neutralilé. Aux Espagnols, aux rois de Navarre et de Castille, liés depuis longtemps à la Bretagnepar des alliances et des traités de commerce, elle envoya demander du secours. Mais elle s'appliqua surtout, par ses envoyés, à persuader aux nombreuses compagnies bretonnes servant alors en France de revenir momentanément prêter à la cause du duc le secours de leurs armes et elle obtint de ce côté d'importants résultats 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 19:36

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 18:24

Jean V devant Margot de Clisson.

 

 

On avait emmené le duc à Palluau, non pour l'y laisser mais pour créer une fausse piste, dans le cas où quelque tentative fût faite de Bretagne pour le retrouver. Margot de Clisson n'entendait point renoncer au plaisir de savourer sa vengeance en humiliant devant elle le chef de la race qui avait humilié la sienne, en triomphant de lui insolemment. Déjà elle avait fait main basse sur la vaisselle ducale, dépouille opime du vaincu. Maintenant elle voulait voir à ses genoux, dans son inexpugnable palais de Chàteauceaux le vaincu lui-même. Le duc ne fut à Palluau que quatre ou cinq jours. Le comte de Penthièvre l'en tira ainsi que son frère Richard, le 19 février, pour les mener à sa mère, et ils étaient à Châteauceaux le lendemain, jour du mardi gras, 20 février 1420. Ce fut pour Jean V de toute façon un triste carnaval en ce jour de liesse et de festins il eut « pour tout disner un peu de jambon de porc froid » dû à la charité du chapelain du prieuré de Châteauceaux, chez qui Olivier de Blois avait consigné son prisonnier, pendant qu'il allait lui-même au château prévenir sa mère de prendre les précautions indispensables pour loger un tel gibier. Lui Olivier le duc nous le dit dans sa relation, pendant que Jean V était réduit à sa petite tranche de jambon, il se goberge a tout à loisir chez sa mère, puis revint enfin le ventre plein, reprendre ses prisonniers et les introduire dans la forteresse où il les logea en une grosse et sombre tour sans laisser se montrer sur leur passage un seul des habitants de ce grand château qu'ils auraient pu croire désert. Mais le soir ils eurent à qui parler. Olivier avait promis au duc de lui faire voir à Châteauceaux « de belles damoiselles ». Il fut dans sa prison visité par Margot de Clisson suivie de sa bru, femme de Charles de Penthièvre sire d'Avaugour, et d'une autre damoiselle » dont on ne dit pas le nom. Dès que Jean V vit Margot, il s'adressa à elle d'une voix suppliante, « lui remontrant qu'il étoit son pauvre parent né de germain la priant et requérant de vouloir lui sauver la vie » ou de daigner tout au moins lui dire si ses jours étaient vraiment en danger. D'un ton ironique, indifférent, Margot répondit qu'elle n'en savait rien. Puis se mit à lui reprocher durement tous les torts que lui et son père avaient faits à ses enfants, déclarant que l'heure de la réparation était venue et qu il fallait s'y soumettre. Le duc s'avoua humblement prêt à réparer tout ce qu'on voudrait, pouvu qu'on lui garantit la vie. La comtesse sortit sans lui répondre. Le lendemain, jour des Cendres, elle revint plus superbe, plus orgueilleuse encore que la veille, déclarant nettement cette fois que la réparation qu'il lui fallait, c'était purement et simplement pour son fils et pour sa race le duché de Bretagne. Le duc lui répondit qu'il n'avait cure de terre ni de duché, pourvu qu'il eût la vie sauve, priant en grâce Marguerite de la lui assurer. Elle qui se délectait à !e voir dans ces craintes, dans ces aftres, dans ces humiliations, affirma que la chose ne dépendait pas d'elle mais de monseigneur le régent (c'est-à-dire le dauphin) dont ses fils s'étaient bornés en cette allaire à exécuter les ordres et dont ils avaient, pour se couvrir, belles et bonnes lettres. Puis, d'un ton de prédicateur, elle se mit à exhorter Jean V à la patience, vu que bien d'autres princes avant lui avaient eu à souffrir de grands revers de fortune, qu'au reste c'était la volonté du Seigneur, comme le dit ce verset du psautier Deposuit potentes de sede. Sur quoi le bon duc pour la dixième fois lui répétoit quil ne lui challoit de déposition de seigneurie (qu'il ne s'inquiétait nullement d'être privé du trône) « pourvu qu'il fut assuré de sa vie. » Margot, pour toute réponse lui annonça qu'il ne la reverrait point, qu'elle allait quitter le château dans la crainte qu'on essayât de l'assiéger. Cependant elle resta à Châteauceaux; mais satisfaite d'avoir humilié, fait ramper Je duc devant elle fixée maintenant sur ce qu'elle pourrait tirer de lui par la crainte de la mort sachant tout ce qu'elle voulait apprendre et jugeant ennuyeuses embarrassantes de nouvelles entrevues avec ce prince, elle avait inventé e subterfuge pour s'y soustraire. De siège à ce moment elle n'en craignait point et croyait Châteauceaux inexpugnable. Au contraire, elle commençait hardiment la guerre contre la Bretagne, lançant de la frontière poitevine sur le comté Nantais l'un de ses fils, Jean sire de Laigle, bon capitaine, qui avec quelques bandes aguerries enlevait, dans la marche pictavo-bretonne, le château de la Garnache au vicomte de Rohan, celui de la Motte-Achard au baron de Retz et harcelait de ses courses et de ses pilleries tous les environs de la ville de Nantes. Margot triomphait.

 

 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:47

L'enlèvement du duc Jean V.

 

 

On était au commencement de février 1420. Le duc se trouvait à Vannes. Les Penthièvre lui envoyèrent un de leurs conseillers, Pierre Beloy, pour lui marquer leur désir de s'unir plus intimement à lui par une de ces alliances privées, un de ces engagements assez habituels en ce siècle, où les parties se juraient amitié et dévouement inviolable. Dans celui-ci, les Penthièvre offraient de « s'obliger à servir, honorer, chérir le duc comme leur prince et seigneur vers tous et contre tous qui pourroient vivre et mourir et ils demandaient au duc de vouloir bien leur promettre de se montrer toujours pour eux « bon seigneur et ami ». Jean V accueillit très bien cette idée et leur fit dire par leur messager de venir conclure cette alliance à Nantes, où il devait se rendre dans quelques jours, pour recevoir une ambassade du dauphin dont la venue lui était annoncée. Olivier et Charles de Blois ou de Penthièvre y vinrent en effet, l'alliance fut conclue avec renouvellement de grandes démonstrations d'amitié, lit commun, table commune, etc. Au bout de quelques jours, le comte de Penthièvre vint prier le duc, de la part de sa mère et de ses frères, de leur faire l'honneur de venir prendre quelque esbatement au château de Châteauceaux sur la Loire, résidence de la vieille comtesse de Penthièvre, ajoutant qu'il y trouverait de belles chasses et « gracieux bancquet, où il seroit servi par « les plus belles damoiselles jeunes et frisques que l'on sçauroit souhaiter, et y trouveroit du passe temps moult plaisant, a Jean V, jeune encore et bien tourné, passait pour n'être point insensible aux charmes des « belles damoiselles » sans-trop se faire prier il accepta. Le lundi 12 février au matin, le comte de Penthiève vint réveiller le duc encore au lit, le pressant de partir« parce qu'il estoit haulte heure et qu'on l'attendoit à Chasteauceaux.Il avait d'abord été question de faire le voyage en bateau par la Loire mais la saison était rude, le temps incertain. On préféra la voie de terre, et Jean V, accompagné de son plus jeune frère Richard de Bretagne, n'alla ce jour-là qu'au Loroux-Botereau, à quatre lieues de Nantes environ, où ces deux princes couchèrent, tandis que plusieurs officiers de la maison du duc, portant sa vaisselle d'or et d'argent poussèrent le soir même jusqu'à Châteauceaux avec le comte de Penthièvre Celui-ci, le lendemain de bonne heure, était revenu au Lornux, toujours pour hâter le départ du duc, lui répétant que « les dames l'attendaient » et que s'il ne faisait hâte « la viande se perdrait ».

 

 

Le duc et son frère entendirent la messe, montèrent à cheval et partirent par la voie que l'on suivait, pour aller à Châteauceaux, il y avait à faire trois ou quatre lieues. A mi-chemin environ on rencontrait une rivière la Divatte, petit affluent de la Loire coulant dans une gorge profonde,et que l'on passait sur un petit pont dit de la Tourbade ou de la Troubarde, fait de méchantes planches, incommode aux chevaux Jean V et son frère Richard mirent pied à terre pour le traverser. Comme, après l'avoir passé, ils remontaient à cheval suivis seulement de quatre ou cinq gentilshommes, le gros de leur suite assez nombreuse étant encore sur l'autre rive, voici que quelques valets et pages des Penthièvre s'en vont en riant, comme par jeu, lever les planches du pont, déclouées et déchevillées d'avance, et les lancent dans la rivière de façon à couper toute communication entre les deux bords et à isoler le duc de son escorte. Jean V, croyant à une plaisanterie, riait comme les autres, quand en se retournant, il vit sortir d'un bouquet de bois tout voisin Charles de Penthièvre, sire d'Avaugour, frère puîné d'Olivier, à la tête d'une quarantaine de lances à cheval et d'un certain nombre de gens de trait. Beau cousin, dit le duc à Olivier, quelles sont ces gens-ci ? -Ce sont mes gens, répondit le comte d'un ton hautain en même temps, il saisit le duc au collet, déclarant le faire prisonnier au nom du régent de,France, c'est-à-dire du dauphin, et ajoutant qu'avant de sortir de ses mains Jean V devrait se résigner à lui rendre son héritage, c'est-à-dire le duché de Bretagne. En même temps Richard le frère du duc était arrêté de la même façon par le sire d'Avaugour. Les six ou huit serviteurs du duc qui avaient passé le pont avec lui n'hésitèrent pas à se jeter tête baissée sur ceux qui venaient d'empoigner les princes, pour tâcher de dégager ceux-ci. Presque tous furent blessés un Beaumanoir eut le poing coupé, Jean de Kerpest, valet de chambre du duc, perdit uu bras et une jambe, Thébaud Busson seigneur de Gazon, Robert d'Espinai chambellant du duc, gravement atteints, furent mis hors de combat. Un gentilhomme des Penthièvre s'élança même vers le duc pour le frapper à la tête de son épée, mais le comte Olivier l'en empêcha, disant qu'il voulait remettre Jean V aux mains du dauphin, qui en déciderait. Cette lutte par trop inégale ayant cessé, tous les serviteurs du duc furent désarmés et conduits prisonniers à Châteauceaux par le sire d'Avaugour. Le maréchal de Bretagne, Bertrand de Châteaubriant, qui était de la suite du duc, fut seul réservé avec les deux princes, et ces trois prisonniers au lieu d'être conduits à Châteauceaux, prirent le chemin de Clisson sous la garde d'une grosse escorte commandée par le comte de Penthièvre lui-même. Clisson est à cinq lieues environ dans le sud du pont de la Troubarde, et il faisait encore jour quand cette troupe traversa cette ville, où elle ne s'arrêta pas, se bornant à passer par les faubourgs. Olivier de Penthièvre avait grand peur que le duc dans cette courte traversée ne fût reconnu, convaincu que, s'il l'était, les habitants s'ameuteraient pour le délivrer. Aussi avant d'entrer à Clisson il défendit à Jean V, sous de terribles menaces de mort, d'appeler au secours ou de dire le moindre mot pour se faire reconnaître. Si le prince avait bravé cette menace, il eût été très probablement délivré de suite mais tout abattu par son malheur, il ne parla ni ne bougea les Clissonnais ne se doutèrent même pas du passage de leur souverain dans leur ville. Passé Clisson, sans doute parce que la nuit venait, Olivier de Blois redoubla de précautions pour la garde de son prisonnier il fit lier fortement la jambe gauche du duc avec une corde à l'étrivière de la selle et conduire le cheval par ua licol attaché à la bride et de plus, dit le duc (car nous avons un récit, écrit par lui ou du moins en son nom, de cette triste aventure) « le dit Olivier de Blois ordonna deux grands ribauds à chevaucher à l'entour de nous d'une et d'autre part, avec chacun son mi-glaive entre leurs mains pour nous tuer et occire si nous eusions fait signe de nous vouloir enfuir ou échapper, et pour ceste cause estoient placés là ces deux ribauds, comme nous dit lui-même Olivier de Blois. » Le pauvre prince avait encore bien du chemin à faire avant d'être à sa destination. On le menait au château de Palluau en Poitou, à onze lieues (44 kilom. dans le sud-ouest de Clisson.) La troupe chevaucha longtemps silencieuse dans la nuit. Le bouillonnement de la haine satisfaite mêlé à l'agitation du remords excitait et soutenait le comte de Penthièvre, car depuis le matin au Loroux-Botereau il n'avait pas mangé et semblait n'y pas songer. Enfin, vers minuit, passant auprès du manoir d'une darne Catherine de Fresnoi, amie de sa maison, il fit faire halte « auquel hostel descendit « celui Olivier (dit le duc dans son récit et entra dedans pour manger, boire et se galler et nous laissa tout à cheval en la rue (sur la route), lié et détenu sans faire compte de nous, et y fûmes-nous longtemps au vent et à la pluie. Le malheureux duc était là littéralement mort de froid et de faim, sans même parler d'autres besoins que sa relation ne nous laisse pas ignorer. Un des hommes d'armes chargés de le garder, touché de sa détresse, en fit part au comte Olivier de Blois qui, craignant de voir son prisonnier périr de misère entre ses mains, le laissa enfin descendre de cheval quelques instants, ainsi que son frère, et là, dit le duc, « nous beusmes un peu et mangeasmes d'une oie froide. » Cela fait, le duc remonta à cheval, on le ligota comme devant et comme devant on le remit entre les deux ribauds chargés de l'occire s'il bronchait. Et de nouveau la troupe se mit en route, piétina et chevaucha toute la nuit, pour arriver à Palluau au jour, c'est-à-dire vers sept heures du matin, le 14 février 1421. Tel fut, dans ses principales circonstances, le traitreux enlèvement de Jean V par les Penthièvre, qui constitue ce qu'on peut appeler le premier acte du complot de Margot de Clisson.

 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:08

 

Entre les deux branches de la maison ducale de Bretagne, le traité conclu en 1410 par le duc Jean V, avec les Penthièvre marqua le début d'une période pacifique qui dura dix ans pendant lesquels le souvenir des querelles anciennes parut même complètement enseveli sous les nombreux témoignages d'une amitié sincère et mutuelle. Ainsi, de 1412 à 1417. Charles Bretagne-Penthièvre, troisième fils de Marguerite de Clisson et de Jean comte de Penthièvre, figure dans la maison du duc, non seulement comme « mareschal de la chevallerie (ou cavalerie) ducale, » mais même comme « chambellan spécial et privé» chargé de la garde de la personne de Jean V, avec pension de 500 livres, environ 20.000 francs valeur actuelle.

 

 

Jean comte de Penthièvre

(fils de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre)

 

 

 

 

Marguerite de Clisson, comtesse de Penthièvre

(fille du connétable Olivier V de Clisson et de Catherine de Laval)

 

En 1417, les deux premiers témoins au contrat de mariage d'Isabeau, fille de Jean V, avec le duc d'Anjou, furent après Richard, frère du duc, Olivier comte de Penthièvre et son frère Charles, que le duc se plait à nommer « ses très-chers cousins». En 1418, quand Jean V va faire en France un voyage politique, dans lequel il se proposait de travailler « pour le bien de la paix et union générale du royaume, » le premier qu'il appelle à l'accompagner dans ce voyage, à le seconder dans cette mission importante, c'est le comte de Penthièvre avec pension mensuelle de 120 livres, plus de 4000 francs d'aujourd'hui. Margot de Clisson avait quatre fils Olivier, l'aîné, comte de Penthièvre Jean qui eut la seigneurie de Laigle en Normandie Charles sire d'Avaugour dont nous avons parlé tout à l'heure, Guillaume le plus jeune, que l'on comptait donner à l'église, et que le duc Jean V, en 1419, s'engagea à faire nommer évêque de Vannes ou de Saint-Brieuc à la première vacance de l'un de ces deux sièges, Jean V avait donc tout à fait changé de politique et de sentiments à l'égard des Penthièvre. Dans les premières années de son règne il avait pris à tâche de les molester, de les harceler de vexations iniques. Aujourd'hui il se plaisait à les combler de faveurs. Charmés d'un tel changement, les Penthièvre y répondaient par des marques d'affection et des protestations de dévouement bientôt même entre eux et Jean V cette affection devint de l'intimité. Les jeunes princes, fils de Marguerite de Clisson, se tenaient souvent à la cour ducale ou dans la ville où elle résidait souvent ils mangeaient chez le duc et le duc chez eux. Enfin, preuve suprême d'amitié cordiale au moyen âge, plus d'une fois il arriva à Olivier et à Charles de Penthièvre de coucher avec Jean V dans le même lit. Il n'y a pas de raison de suspecter la sincérité des princes de Penthièvre dans leur affection expansiveà l'égard de Jean V. Ils n'avaient pas connu la lutte si violente de Jean IV contre leur aieul le connétable de Clisson lors des querelles des premières années de Jean V ils étaient encore fort jeunes. Tout cela pour eux c'était « de l'histoire ancienne. » Le présent, qu'ils trouvaient fort bon, dont ils jouissaient sans arrière-pensée, c'était l'amitié du duc, les faveurs, les plaisirs. la haute influence qu'elle leur donnait toutes choses dont ils appréciaient fort bien la douceur et ne désiraient que la continuation. Ils avaient donc, on doit le croire, renoncé de bon coeur à l'héritage de haine et de rancune, triste legs d'une guerre civile presque séculaire. Quelqu'un pourtant veillait anxieusement sur cet héritage, s'épuisant à raviver de son souffle ces tisons presque éteints. C'était la femme au coeur violent, impitoyable, qui jadis avait demandé à son père la mort de Jean V enfant, « cette hautaine et superbe mère Marguerite de Clisson, » comme l'appelle si bien notre vieil historien d'Argentré qui dénonce en elle, très justement, « l'amorce du feu » dont la flamme va de nouveau, tout à l'heure, désoler la Bretagne. « Cette mère, dit-il en sa langue pittoresque, cette mère estoit pour ses fils une continuelle allumette, les tenant en coeur, leur reprochant qu'ils ne ressembloient en rien à leur père ni ayeul qui estoient morts en la querelle qu'ils avoient (eux, ses fils) faute de valeur que s'ils eussent été ce qu'ils dévoient estre, ils eussent eu quelque semence des trespassez généreuse comme eux, pour se mettre en devoir de reprendre leurs terres et recouvrer ce qui injustement leur estoit osté (c'est-à-dire, le duché de Bretagne) que voyant tout brouillé par le royaume, c'estoit l'endroit où se trouveroit l'occasion de faire quelque bonne partie qu'ils montrassent donc s'ils avoient rien au coeur ni au sang de la grandeur de leur race. » Elle ajoutait sans doute à tort ou à raison que la paix de 1410, point de départ des nouvelles et amicales relations entre ses fils et le duc, avait été aux Penthièvre plus nuisible qu'utile, en leur enlevant la seigneurie de Moncontour remplacée par une simple compensation pécuniaire. Comment ces jeunes princes, élevés sous l'aile et sous la crainte de cette mère à la volonté hautaine, tenace, implacable et sans scrupule, comment auraient-ils pu réagir contre le courant dans lequel cette volonté les poussait ou plutôt les jetait de haute lutte, au nom de la mémoire sacrée de leurs aïeux, Clisson et Charles de Blois? Margot n'avait point troublé ses fils dans leurs liaisons amicales avec Jean V, parce qu'elle était sûre de les rappeler à elle à l'heure marquée et de faire d'eux ce qu'elle voudrait peut-être même songeait-elle déjà à tirer de cette belle amitié quelque profit pour l'exécution de ses plans de vengeance Attaquer Jean V à force ouverte, comme Charles de Blois avait combattu contre Jean de Montfort, et Clisson contre Jean IV, il n'y fallait pas songer. Le duc maintenant était trop fort, le pays trop uni en soi et trop uni à son prince, surtout par le désir passionné de garder le bienfait de la paix à peine si l'apanage de Penthièvre lui-même eût donné quelque soutien à la guerre civile. Il fallait donc user de ruse, « coudre (comme dit encore d'Argentré) la peau du regnard à celle du lion, et guetter l'occasion. L'occasion vint, sur la fin de l'an 1419, sous la forme du très vif mécontentement éprouvé par le dauphin régent du royaume (le futur Charles VII), auquel le duc de Bretagne, après lui avoir promis le concours de ses forces, avait fini par retirer cette promesse. Les Penthièvre avaient à la cour du dauphin des amis dévoués, entre autres, le président Louvet et le bâtard d'Orléans, qui prévinrent Margot de Clisson de l'irritation du prince contre Jean V et du parti qu'en pourrait tirer Margot. Celle-ci ne se le fit pas dire deux fois, s'offrit au prince pour le venger du duc de Bretagne, lui exposa son plan et le fit approuver par le dauphin, qui lui promit son appui. Elle n'eut plus qu'à exposer et imposer ce plan à ses fils et à leur tracer leur rôle, particulièrement aux deux qui devaient y prendre la principale part,Olivier l'aîné,comte de Penthièvre, et le troisième Charles, sire d'Avaugour, les deux justement auxquels le duc avait fait le plus de faveurs. S'ils eurent des scrupules, ils ne tinrent pas devant les ordres de leur mère, et bientôt l'exécution commença.

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