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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 06:54

 

 

Albert Le Grand évoquant Gradlon de Cornouailles présente un certain St Gildas Abbé de Rhuis comme chancelier de ce souverain mythique. Il attribue pareille charge à Saint-Melaine de Rennes, ainsi qu'à St-Victorius chancelier l'an 568 sous le Prince Alain. Suivent d'autres noms : Bertulphe en 643 ; Gaultier, évêque d'Alet en la seconde moitié du VIIe siècle ; Ragenarius, évêque de Vannes et chancelier à la moitié du IXe siècle ; Guérin, évêque de Rennes et chancelier vers 860. Harenna, évêque de Vannes et chancelier sous Salomon de Bretagne au IXe siècle ; Bili, évêque de Vannes et chancelier sous Alain Ier le Grand mort en 907 ; Hostionus, évêque de Léon et chancelier sous Alain Barbetorte ; Avriscand, évêque de Rennes et chancelier sous Conan Ier Le Tort ; Cavallon, abbé de Redon et chancelier sous Alain III ;

 

 

C'est à travers les actes qu'il ait fait mention de Moyse. Celui-ci fut d'abord archidiacre de l'évêque de Rennes, et apparaît dans la première moitié du XIe siècle : Moyses etiam noster archidiaconus et ecclesie nostre cancellarius et dans un acte de donation d’un certain Mainguenée en faveur de Saint-Julien de Tours et signe avec la légende signum Moysi, Redonensi archidiaconi et cancellarii -Cyprien Henry Autour de la notion de chancellerie épiscopale en Bretagne au XIe et dans la première moitié du XIIe siècle. En 1037, il fut nommé chancelier du duc Alain III, il mourut un 3 avril. A même époque un certain Raoul figurait comme chancelier de Quiriac, l'évêque de Nantes 1061-1079. Cependant, le dit Raoul selon les recherches de Cyprien Henry s'intitulait à travers les actes dans lesquels sont nom apparaît comme grammaticus, non comme cancellarius.

 

 

 

Robert d'Amalioc, naquit en 1047 à Arbrissel au diocèse de Rennes, appelée à présent Arbresec. Son père qui était prêtre se nommait Amalioc, sa mère Orvende. Successivement, archiprêtre, official, grand-vicaire de Rennes, et chancelier du duc de Bretagne, il mourut saintement le 10 février 1117. Ci dessous

 

 

 

 

 

 

Selon Albert Le Grand suit le nom de Regnaut, évêque d'Aleth, et chancelier de Bretagne sous Alain IV Fergent -qui mourut en 1119.

 

 

 

Le même auteur évoque également Pierre de Dinan mais il apporte cette précision : la fonction et l’identité de ce ne sont pas précisées, et on n’en retrouve jamais trace dans les actes de Donoald ou de son successeur, ni d’ailleurs dans les archives du prieuré bénéficiaire. Et de poursuivre : à Rennes, dans un acte daté de 1145, nous trouvons une mention data per manum Jone capellani . Ce Jonas apparaît également dans d’autres actes : témoin d’une charte d’Hamelin, il accompagne son évêque lors d’une visite à Dinan dans daté de 1129 ; un chanoine de Rennes du même nom apparaît dans un acte de Conan III , sans qu’il soit assuré qu’il s’agisse du même personnage.

 

 

Voici ce qu'écrivait le grand chroniqueur Bertrand d'Argentré au sujet du probable successeur du chancelier Moyse : Sylvestre de la Guerche, seigneur de Povence & de la ville de la Guerche en Bretagne, et assiégé par le Duc Conan second, qui faisoit lors la guerre à Geoffroy. Barbe, Comte d'Anjou renaît l'an 1062 par composition les places audit Duc. Ledit Sylvestre de la Guerche fut pere de Geoffroy de Pouencé, & apres la mort de fa femme, il fut esleu par le Clergé & peuple pour estre Evesque de Rennes, apres le decez de Mamo, & fut tellement en la grâce du Duc Conan second, qu'il le fist Chancelier de Bretagne.

 

 

 

 

 

Dans un acte daté de l'an 1158 apparaît le nom de Hamelin, suivit qualificatif de chancelier ; certains auteurs y ont vu le même personnage que Hamelin évêque de Rennes, cependant comme le souligne Dom Morice, à cette date, l'évêque de Rennes était décédé depuis le 2 février 1141. Dom Morice n'exclut pas l'hypothèse selon laquelle Hamelin chancelier aurait aussi exercé la charge de Trésorier de l’Église de Rennes, car comme il le précise, à même époque un trésorier de ce patronyme y était en exercice.

 

 

 

Hamelin exerça la charge de chancelier sous le règne de Conan IV de Bretagne, et il semblerait que son successeur fut Robert qualifié d'archidiacre de Nantes, succéda à son oncle Bernard sur le siège épiscopal de Nantes en décembre 1170 où il demeura jusqu'à son décès survenu en 1184. Toutefois Alain Le Gand ne trouve chez ce Robert que le seul prénom.

 

 

 

Herbert, fut d'abord moine en l'abbaye cistercienne de Clermont près de Laval, avant de devenir évêque de Rennes et chancelier sous Geoffroy Plantagenêt. En 1191, il confirmait l'Abbaye Saint-Melaine danst toutes les possessions des églises qui avaient été données ses prédecesseurs

 

 

 

Philippe, religieux de l'ordre de Citeaux, fut élu l'an 1179. Il avait d'abord été abbé de Notre-Dame des Fontaines au diocèse de Tours, d'où il avait été transféré à l'abbaye de Clermont en Anjou. Il passa de ce dernier siége à celui de Rennes, dont l'église menaçait alors ruine. Philippe n'ayant pas de fonds pour la reparer, s'adressa à Dieu qui lui fit connaitre qu'il y avait un trésor caché dans son église. Plein de confiance en la providence, il fit démolir cet ancien édifice et le rebâtit avec l'argent qu'il avait trouvé dans les fondements. Le duc Geoffroi lui confia les sceaux; mais il n'exerça pas long-tems les fonctions de chancelier, étant mort le 8 d'avril de l'an 1182, selon le nécrologe du Roncerai

 

 

 

Pierre de Dinan, fils de Roland, seigneur de Montafilant, il fut chanoine et archidiacre de l'église d'York, en Angleterre, fut élu, en 1199, évêque de Rennes. La duchesse Constance lui confia les secaux et le fit chancelier de Bretagne, il couronna le jeune duc Arthur Ier et ratifia en 1207 la fondation de l'église de la Guerche, faite par Guillaume, seigneur de la Guerche. Il mourut le 24 janvier 1210.

 

 

 

Pierre de Fougères, fut d'abord moine de Marmoutiers, et ensuite chancelier du duc Arthur Ier, élu en 1208, il couronna, dans son église cathédrale, Pierre de Dreux, devenu duc de Bretagne par son mariage avec l'héritière du duché. Il se préoccupa énormément des Abbayes de Saint-Melaine et de Saint-Sulpice; il était chancelier de Bretagne en l'an 1218 Ce prélat mourut en 1222.

 

 

 

L'abbé G. Mollat dans Études et documents sur l'histoire de Bretagne (XIIIe-XVIe siècles) publiées en 1902, souligne qu'en parcourant la liste des chanceliers de Bretagne entre Pierre de Fougères et Henri du Bois il est très difficile de trouver une liste complète, cependant quelques auteurs évoquent les nom de trois d'entre eux, ceux dont les noms suivent

 

 

 

Renault fut nommé évêque de Quimper et chancelier du duc de Bretagne au mois de juillet 1219 Ce prélat, assisté de Cadioc, évèque de Vannes, fit la dédicace et la bénédiction de l'église de Daoulas. En 1222, il créa trois prébendes dans son église cathédrale. Il exerça la charge de chancelier jusqu'en 1236

 

 

 

Selon une étude qui a été réalisée au sujet de Missire Mathieu Le Bars, une précision est apportée, il fut Abbé en l'abbaye de Redon et occupa de 1312 à 1317 la charge de chancelier sus le règne du duc Arthur II.

 

 

 

Auffroy Le Vayer puis Guillaume Paris furent chanceliers de Charles de Blois au cours de la guerre de succession de Bretagne qui éclata en 1341. Il n fut de même pour Gautier de St-Pern, chancelier de Bretagne du 30 avril 1345 au 14 mai 1346, évêque de Vannes en 1347 et ambassadeur en Angleterre en 1352. On ne connaît pas la date de sa mort.

 

 

 

Henri du Bosq, est aussi désigné Henri Coeur, Henri du Bois, ou Henri Bosco, il fut archidiacre de Dol et chancelier de Bretagne sous le duc Jean III, toutefois, Dom Morice ne lui accorde pas ce titre de chancelier de Bretagne. Elu évêque de Dol le 30 mai 1340; il mourut en 1349.

 

 

 

Jean de Locminé, archidiacre de Vannes, & élu de la même église, il obtint en 1356 l'investiture du roi d'Angleterre qui était alors maître en Bretagne, comme protecteur de Jean de Montfort -futur Jean IV. Il fut chancelier de Bretagne  de février 1361 à mai 1365.

 

 

 

Kerviler dans son Répertoire général de bio-bibliographie bretonne. Livre premier évoque le dénommé Bouvet signataire du traité de Guérande en 1364 en tant que chancelier, mais on ne sait à quelle famille il faut l'attribuer. Ce personnage est également cité par dom Morice et Couffon.

 

 

 

Hugues de Montrelais, évêque de Saint-Brieuc, il fut chancelier de Bretagne de janvier 1366 à novembre 1372. Il porta la parole pour le Duc, & dit au Roi: Tres-excellent, tres-noble, & tres-puissant Prince ; voici le Duc de Bretagne qui est venu vers vous, comme son souverain Seigneur, & m'a ordonné de vous dire rondement & sans ceremonies ce que je dirai dans la suite. A ces mots le Duc plia le genou, & dit que l'Evesque disoit la verité. L'Evesque poursuivit, & dit d'abord : que le Duc estoit Venut en personne pour envers le Roi de ce qu'il avoit differé de lui rendre plustost ses devoirs ; & pour le reconnoistre hommage solemnel, pour son souverain Seigneur, ce qu'il avoit fait par ses deputez des le moment qu'il s'estoit vû le Duché par la victoire ; qu’il remercioit le Roi du favorable accueil qu’il avoit fait à ses Ambassadeurs, & des delais qu'il avoit eu la bonté de lui accorder; & qu'il lui auroit fait hommage le jour mesme qu'il estoit arrivé à Paris.

 

 

Jean Ier, vicomte de Rohan, fit de Alain VII épousa la cause du parti Blois-Penthièvre. Prisonnier, lors de la bataille d'Auray en 1364, il parvint à récupérer son bien et embrassa une brillante carrière politque et militaire. Il fut chancelier de Bretagne de septembre 1379 à mai 1384

 

 

 

Silvestre III de la Feuillée, seigneur de la Feuillée en Langarzeau, pareillement à son prédécesseur, il suivit le parti Blois-Penthièvre et prit part à la bataille d'Auray où il fut aussi fait prisonnier. Il signa le traité de Guérande en 1380 et fut chancelier de Bretagne de  juin 1384 à juin 1385

 

 

 

Henri le Barbu, évêque de Vannes et chancelier de Bretagne de 1386 à 1395, il fut transféré à Nantes par le pape Benoit XIII le 2 de mai 1404. Il prêta serment de fidélité au duc le 20 d'avril 1405, et se donna ensuite tout entier au gouvernement de son diocèse. Pour corriger les abus qui s'y étaient glissés à la faveur du schisme, il renouvela les tatuts synodaux de ses prédécesseurs, et il en publia de nouveaux en 1405, 1406, 1403, 1409 et 1410. Il assista par procureur au concile de Pise en 1409, et à celui de Constance en 1415. Il jeta cette année les fondements du clocher de son église, dont il ne vit pas la fin. Sa mort arriva le 17 d'avril 1419.

 

 

 

Robert Brochereul, seigneur de la Sicaudaye et de Sens. Il fut sénéchal Rennes et de Nantes, il devint ambassadeur du duc de Bretagne en Angleterre en 1391, puis exerça la charge de chancelier de Bretagne de 1396 à novembre 1399

 

 

 

Estienne Coeuret, natif de Fougères, Docteur en droit, qui par sa valeur fut official de Paris, puis évêque de Dol. Il assista aux Conciles de Pise et de Constances et fut conseiller et chancelier du duc de Bretagne de 1401 à 1404

 

 

 

Guillaume du Plessix-Anger, évêque de Saint-Brieuc, ratifia le traité de Guérande en 1381 puis en 1388, il assistait à l'assemblée de Nantes, où le duc portait plainte contre Olivier de Clisson qui ne voulait pas rendre hommage; en 1386, aux États de Rennes, il siégeait « à la destre du duc assis en sa majesté,» dit le procès verbal de la Cour des comptes de Nantes. En 1395, il était au nombre des évêques et barons qui attestaient la donation de 600 liv. faite par le duc à la collégiale de Saint-Michel-d'Auray , fondée par ce dernier sur le champ de bataille , pour le repos des âmes des combattants tombés dans la mêlée ; il fut présent au traité de Blain, le 1er janvier 1399. Il était conseiller du duc Jean V et l'accompagnait à Paris, quand ce dernier alla faire hommage au roi de France (1404). La Nécropole de la cathérale le donne chancelier de Bretagne, ce que conteste M. Geslin de Bourgogne.

 

 

Anselme de Chantmerle, évêque de Rennes de 1389 à 1427, il était originaire de l'Amiénois. Il légua à chacune des paroisses de son diocèse un calice en argent de la valeur de 20 livres. Il fut chancelier de Bretagne de janvier 1404 au mois de mai de la même année et mourut vers l'an 1427.

 

 

Hugues Lestoquer, évêque de Tréguier, fut transféré à Vannes l'an 1404 par le pape Benoit XIII, et obtint main-levée de son temporel le 18 de novembre de la même année. Il reçut, quelques mois après, une lettre du pape, qui le priait de se rendre auprès de sa personne pour lui aider à extirper le schisme, mais il s'excusa de faire ce voyage. Il est qualifié chancelier de Bretagne et confesseur du duc dans un registre de la chancellerie, qui commence au 10 de mars 1406. Sa mort arriva le 10 octobre 1408

 

 

 

Jean de Malestroit, évêque de St-Brieuc, puis de Nantes fut chancelier, transféré à Nantes le 22 août 1419, il assista aux états de Bretagne en 1420 et fut nommé ambassadeur en Angleterre afin d'obtenir la libération du connétable de Richemont. Il mourut le 14 septembre 1443. Ci-dessous

 

 

 

 

 

Jean l'Espervier, évêque de Léon , fut transféré à Saint-Brieuc le 27 de février 1439 date au cours de laquelle il fut nommé chancelier. ll fut chargé par le pape Nicolas V de mettre en exécution les bulles d'érection de l'abbaye de Redon en évêché. Mais les évêques de Nantes, de Vannes, de Rennes et de Saint-Malo, ayant remontré au pape que cette érection portait un préjudice considérable à leurs églises, sa sainteté suspendit ses ordres par un bref daté du 20 de décembre 1449. Cette érection n'eut point lieu ; elle avait été faite en faveur de l'abbé le sénéchal de la maison de Kercado. Jean l'Espervier fut transféré une seconde fois à Saint-Malo par bulles du 15 de juillet 1450.

 

 

 

Robert de la Rivière, fils de Jean, seigneur de la Rivière, chambellan et chancelier de Bretagne, fut nommé évèque de Rennes en 1447, sur la démission de Guillaume, son oncle et son prédécesseur. Il assista au concile d'Angers en 1448. Le duc lui avait envoyé 500 saluts pour payer les frais de son entrée. L'an 1449, ce prélat fut envoyé vers le roi de France, Charles VII, pour lui demander du secours contre les Anglais, qui avaient surpris la ville de Fougères. Robert mourut en 1450

 

 

 

Jean de la Rivière, sieur de la Chauvelière, d'Eflancé, de Haubois, fut chambellan du duc François Ier, duc de Bretagne et aussi son chancelier de 1450 à 1457

 

 

 

Jean du Cellier, seigneur de Crécy, grand juriconsulte, fut sénéchal de Rennes et alloué de Vannes ; l'institution de Maistre Jehan du Cellier, seigneur de eut lieu le 27septembre 1457 à 1458. Il servit ainsi le duc Arthur III, Comte de Richemont.

 

 

 

Guillaume Chauvin, homme sage, vertueux et d'une probité incorruptible, Ogée nous le décrit « chéri des Bretons et zélé pour son Prince, (François II) mais odieux à Landais, dont il éclairait les démarches ». Chauvin fut trésorier de l'épargne, trésorier général, président, chancelier de 1459 à 1481. Cependant, l'austère vertu de ce grand homme fut cause de sa perte. Emprisonné, il mourut le 5 avril 1484 à Vannes.

 

 

 

Vincent du Kerleau, abbé de Bégard, conseiller du duc François II et son chancelier. Il fut nommé à l'évêché de Léon en 1475 et fit son entrée solennelle dans son église le 10 juin de la même année. Il mourut en 1476

 

 

 

François Chrestien de la Ville Hellio et vicomte de Tréveneuc, fut chambellan puis chancelier sous François II, de 1484 à 1485. Il fut destitué de son consentement de cette charge de chancelier et en fut pourvu Maîstre Jacques de la Ville-Eon auparavant Procureur Général de Bretagne. Pour le remercier de ses services, le duc François II lui assigna gages et pensions de 800 livres

 

 

 

Jacques de la Ville-Eon, seigneur dudit lieu en Planguenoual, fut procureur de Lamballe puis de Bretagne, sénéchal de Rennes sous les ducs Arthur III et François II et chancelier sous ce dernier duc de 1485 à 1487

 

 

 

Philippe de Montauban, seigneur du Bois de la Roche, fut très savant dans la jurisprudence et très habile dans les armes. Le duc François II le fit gouverneur et chancelier après la mort de la Ville-Eon en septembre 1487 jusqu'en 1494 date à laquelle la dignité de chancelier de Bretagne fut supprimée. Il eut pour tâche de conclure l'alliance entre Anne de Bretagne et Charles VIII. Tombé malade il fit son testament à Rennes et mourut le premier juillet 1514, son corps fut porté en la chapelle de l'église des Carmes à Ploërmel. Ci-dessous son tombeau où il repose avec son épouse Anne du Chatellier

 

 

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 12:12

 

M. Varin, lieutenant criminel au siège présidial de Rennes, fut chargé le 15 novembre 1758 de l'instruction criminelle de l'affaire Grumellon. Ses fonctions étaient délicates, sinon difficiles. Les magistrats dessaisis n'avaient en somme rassemblé que des preuves bien fragiles contre l'accusé. M. Varin devait faire toute la lumière et dégager la vérité de cet ensemble de dépositions ou de réponses contradictoires. La confrontation générale des témoins et de Grumellon eut lieu le 12 janvier 1759, et l'analyse de ce long document ne révéla aucun fait nouveau à la charge de l'accusé. Il se dégagea au contraire de ces discussions de fortes présomptions d'innocence en sa faveur; bien que ses accusateurs maintinssent l'intégralité de leurs dépositions reproduites ci-dessus. Les magistrats du Présidial de Rennes procédèrent alors avec plus de lenteur, et peut-être plus d'habileté que les officiers de police judiciaire chargés à Saint-Malo des deux premières parties de l'instruction. 11 semble, si l'on s'en rapporte au dossier de la procédure, que M. Varin ait oublié Grumellon pendant sept mois dans sa prison, et que, la lumière s'étant faite subitement dans son esprit, il ait déposé en grande hâte, le 20 août, des conclusions tendant à faire élargir l'accusé. Nous nous refusons à croire que la marche de l'instruction ait été arrêtée- un seul instant. Nous avons l'absolue conviction, bien que le dossier ne contienne aucun document à cet égard, que l'instruction fut particulièrement laborieuse pendant ces sept mois, et que M. Varin basa sa conviction sur l'ensemble des faits révélés par une enquête nouvelle. Nous ne pouvons malheureusement procéder à ce sujet que par voie de déductions; mais il semble logique de supposer que le lieutenant criminel vérifia l'exactitude des réponses de Grumellon, et qu'il s'inquiéta de la moralité de ses accusateurs. Grumellon avait-il menti ou rétabli la réalité des faits dans ses interrogatoires? La précision de ses réponses, et le grand nombre de témoins à décharge cités par l'accusé à l'appui de sa défense, permettaient au lieutenant criminel de vérifier facilement l'exactitude de chacun des chefs d'accusation retenus contre lui. M. Varin opéra-t-il par voie de commissions rogatoires? Dirigea-t-il une enquête personnelle dans les paroisses de Saint-Lunaire, Lancieux, Ploubalay, Créhen, Saint-Lormel et Saint-Pôtan? Nous l'ignorons. Mais, quelle que soit la procédure suivie en la circonstance, nous avons l'intime conviction que les témoins à décharge cités par l'accusé furent entendus, et que ces dépositions nouvelles détruisirent l'édifice de mensonges péniblement échafaudé par la rumeur publique et soigneusement construit ensuite par les témoins de la première heure. Les accusations les plus accablantes contre Grumellon furent celles produites par Jean Chevalier, Toussaint Gordon et François Rebillard. Quelle était la valeur morale de ces trois personnages? Le premier nous paraît avoir fait un faux témoignage nettement caractérisé; nous ne savons rien autre chose de lui; mais les deux derniers ont une triste réputation. Toussaint Gordon était un alcoolique invétéré. Il dut avouer lors de la confrontation qu'il avait eu des troubles cérébraux récents et qu'il n'était sain d'esprit que depuis le mois d'octobre! Cet aveu ne l'empêcha pas de maintenir l'intégralité de sa déposition, mais quelle autorité pouvait-elle désormais avoir? Quant à Fçois Rebillard, capitaine de la paroisse de Matignon, ce n'était malgré son titre qu'un besoigneux et un vulgaire intrigant. Il tenta pendant 20 ans de se poser en personnage de premier plan : la défense du Guildo était son œuvre affirmait-il, et il faillit s'en faire attribuer la gloire au préjudice de M. Rioust des Villes-Audrains. Ses protestations bruyantes et, passez-moi l'expression, son bluff, forcèrent l'attention des pouvoirs publics. Le prince de Montbarey ordonna en 1778 une enquête sévère confiée aux soins de M. Gaze, baron de La Bove, Intendant de Bretagne. L'imposture de Rebillard fut démontrée. Nous ignorons comment il supporta la ruine de toutes ses espérances, mais nous savons, de source certaine, qu'il recherchait dans toute cette affaire beaucoup moins l'honneur qu'une récompense pécuniaire. Rebillard avait-il déjà commencé à nouer son intrigue au moment du procès de Julien Grumellon? Etait-il sincère dans ses dépositions? Constatons, sans répondre à ces questions, qu'il ne parvint pas à convaincre le lieutenant criminel. Les magistrats du siège présidial de Rennes firent donc table rase de tous ces témoignages douteux ou intéressés. Ils se refusèrent à voir en Grumellon un espion ou un traître, et ne retinrent même pas contre lui la prévention d'avoir franchi le Guildo en tête de la colonne anglaise. Nos ennemis avaient employé la ruse le 8 septembre pour se faire montrer le gué du Guildo. Le lendemain ils employèrent la force. « Les Anglais, écrit M. Rioust des Villes-Audrains, forcèrent deux fois les Carmes du Guildo à venir sur le bord du gué me prier de les laisser passer pour me parler de la part du général anglais, mais je pensai que c'était plutôt pour se faire montrer le gué et je tirai sur les disciples de M. Hélis quoi qu'ils me proposassent en me nommant un pourparler de la part du' général anglais. » Le R. P. Pierre Boiron, religieux Carme confirme entièrement ce récit : « C'était moi-même, écrit-il, que les ennemis obligèrent de vouloir passer le gué pour vous annoncer l'arrêté de leur conseil de guerre tendant à mettre tout à feu et à sang, si vous ne cessiez vos décharges de mousquetterie. Vous fîtes en cela un coup d'état digne d'être transmis à la postérité... Ma vie réchappa à plus de cent balles dont j'entendis plusieurs siffler à mes oreiles... » Cette énergique défense en imposa aux Anglais. Ils n'osèrent, après l'échec de leur subterfuge, se livrer à la reconnaissance du gué du Guildo sous le feu des Français, et ils se firent montrer le passage le lendemain par quelques malheureux prisonniers poussés l'épée dans les reins en tête de leurs colonnes. Ces méthodes de guerre contraires au droit des gens sont unanimement flétries de nos jours. Elles donnent la juste mesure de la valeur morale du chef assez vil pour les prescrire, et le procès de Julien Grumellon ajoute une infamie de plus à la longue liste dressée par l'histoire contre le général Bligh. L'espoir des officiers anglais fut déçu;. La colonne anglaise franchit le Guildo sans que : « Les Français soient- tués par les Français. » Grumellon eut la vie sauve, mais son honneur sombra dans cette aventure. Grumellon absous le 29 août 1759 de tous les chefs d'accusation relevés à sa charge, sortit le même jour des prisons de Rennes. Mais l'esprit des foules se manifeste par deux caractères : la simplicité et la cruauté. Grumellon en fit la dure expérience. Le verdict populaire refusa d'accepter la sentence des magistrats, et ce malheureux marqué du sceau de la fatalité, fut jusqu'à sa disparition, vers 1780, l'objet de la haine de tous ses concitoyens. « Quoi qu'il en soit, écrivit un siècle plus tard M. Ropartz, la Bretagne garde tout son mépris pour le Judas du Guildo, et les enfants même honnissent encore le nom de celui « qui montra le passage aux Anglais. » L'étude impartiale de la procédure, dont nous venons d'exposer les grandes lignes, ne nous permet pas d'accepter sans réserves les conclusions de l'éminent archéologue. Grumellon ne nous est certes pas sympathique, sa conduite équivoque pendant la période qui précéda son arrestation nous permet de le classer dans la catégorie de ces gens suspects plus aptes à tirer profit des calamités publiques qu'à s'y opposer. Mais, nous nous refusons à voir en lui un espion et un traître. Ce ne fut qu'un paysan timoré, déprimé par les fatigues et les angoisses de sa captivité, au point de devenir le 9 septembre l'instrument inconscient des Anglais. Le passage du Guildo n'exigeait pas, nous ne saurions trop le répéter, un effort héroïque de l'armée de Bligh. Rioust des Villes-Audrains arrêta pendant 30 heures une armée de 9.000 hommes avec 80 fusils; cet exploit sera son éternel titre d'honneur. Mais le général anglais, quelle que soit son incapacité, ne pouvait manquer de s'apercevoir à la longue de la faiblesse du rideau qui lui était opposé. Il attaqua alors avec toutes ses forces et franchit l'Arguenon sans coup férir. Cette petite opération de guerre n'exigea point le concours d'un traître pour assurer son succès. Il nous semble donc impossible, pour tous ces motifs, de séparer la vérité légale de la vérité historique dans le procès de Julien Grumellon. Nous nous sommes simplement proposés dans cette étude de rétablir l'une en exposant l'autre. Effaçons à jamais le nom de Grumellon de la liste infâme des traîtres. Oublions ce triste héros, mais souvenons-nous de nos gloires. Ce n'est pas au lendemain des événements qu'il convient de confier au marbre et à l'airain des souvenirs tout vivants encore. Le temps est un dés éléments essentiels de la gloire des véritables héros. La postérité ingrate a laissé s'écouler 150 ans sans élever un monument commémoratif de la défense du Guildo. Oubliera-t-elle longtemps encore cette mémorable journée? La gloire du duc d'Aiguillon éclipsera-t-elle à jamais celle de Rioust des Villes-Audrains? Quand verrons-nous revivre, sous le ciseau; d'un artiste de génie, la mâle physionomie de ce Breton stoïque, citoyen modeste et patriote ardent, qui inscrivit au Livre d'Or de notre province une des pages dont nous puissions être le plus justement fiers ? Les mêmes hommes qui clouèrent Grumellon au pilori accablèrent Rioust d'outrages et de calomnies. Les conséquences de leur œuvre néfaste se font encore sentir, mais ces misérables haines de clocher ne peuvent plus soutenir l'examen, ni fausser les données de l'histoire. Nous nous estimerons trop heureux si nous sommes parvenus à rétablir la vérité historique sur un point volontairement obscurci, nous semble-t-il, par les passions des contemporains. La trahison du Guildo n'est qu'une légende; telle était notre conviction absolue, et l'étude des pièces de la procédure en démontre l'exactitude.

 

 

 

Duc d'Aiguillon

 

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 12:08

 

 

Grumellon servit-il de guide aux Anglais au moment du passage de l'Arguenon? Tel est le dernier point de l'accusation, et le plus important à éclaircir. François Rebillard l'un des défenseurs du Guildo fit faire un feu continuel sur les Anglais dans la matinée du 8 septembre : « et le déposant pendant le feu aperçut depuis les Carmes du Guildo jusqu'au haut de leur jardin un homme monté sur un cheval ou jument bai, vêtu d'un justaucorps brun, veste rouge, ayant les cheveux noirs attachés par derrière, lequel il a appris par le peuple être le Né Julien Grumellon. » Louis Lemasson aperçut le même personnage à 3 heures de l'après-midi : « II vit sur une hauteur qui est vers SaintJacut 4 cavaliers anglais à la tête desquels était un particulier qui était aussi monté sur un cheval ou jument, lequel était vêtu d'un surtout ou justaucorps brun et d'une veste rouge, ayant les bords de son chapeau rabattus sur les yeux, qui descendirent ladite hauteur et parurent vouloir se rendre au passage des Quatre- Vaux pour surprendre le déposant et autres de sa compagnie, qui pour lors crurent que ledit particulier vêtu en brun était le Né Julien Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel... sans cependant le déposant pouvoir assurer que ce fut ledit Grumellon... Ajoute qu'il ne fit pas d'attention à considérer ledit cheval ou jument pour savoir de quel poil il était... » Toussaint Cordon était à la défense du Guildo le 8 : « II aperçut parmi les Anglais environ les 4 à 5 heures du soir un particulier qui était monté sur un cheval ou jument bai qui a paru au déposant semblable à celui sur lequel Grumellon était monté lorsqu'il était venu à Saint-Cast, ainsi qu'il est dit ci-devant, et ledit particulier était vêtu d'un surtout ou justaucorps brun, d'une veste et d'une culotte rouges, son chapeau rabattu sur le dos, et plusieurs Garde côtes, aussi bien que le déposant, et le Sr Masson, le jeune procureur de Matignon, crurent que ce particulier était le même Grumellon dont est mention ci-devant. » Ges témoignages étaient écrasants pour l'accusé. Gomment douter de son identité? ne se présentait-il pas à l'instruction : « vêtu d'un justaucorps de peluche brune et d'une veste de drap fleuri à fond rouge de petites fleurs, garnie de boutons de poils de chèvre rouge, culotte d'étoffe brune, bas de laine lie de vin? » Bref, avec les vêtements dont Rebillard et les autres témoins l'avaient vu habillé. D'autre part, d'après son interrogatoire sa jument « était de poil bai clair, les crins et les jambes noires aussi bien que la queue. » Les magistrats instructeurs, forts de ces éléments de preuves espéraient confondre l'accusé. Il tira très habilement parti de ces témoignages pour prouver son innocence. -Interrogé si les Anglais arrivant proche du village du Sabre il n'alla pas vers eux, et s'il ne leur offrit pas ses services, soit comme espion ou comme guide, et si pour lors il n'était1 pas vêtu d'un surtout ou justaucorps brun et d'une veste et d'une culotte rouges?

 

-Dit qu'auparavant que les Anglais fussent à portée du village du Sabre son beau-frère Né Pierre Loue, laboureur au village de la Lande Saulnier, lui avait dit que pour se rendre avec plus de vitesse à sa jument, il fallait qu'il lui eût donné son justaucorps, ce que le répondant fit, et sondit beau-frère lui a dit depuis qu'il l'avait emporté à la maison du canta (sic) proche Nozaret, avec ses effets pour se sauver, et lorsque les Anglais l'arrêtèrent il n'était vêtu que de la veste dont il est actuellement vêtu et d'une culotte de pareille étoffe que sadite veste qui sont l'une et l'autre de raz fleuri, et que sondit surtout ou justaucorps brun dont il est actuellement vêtu ne lui a été apporté par sondit beau-frère que plusieurs jours après qu'il eût été mis aux prisons de la ville de Saint-Malo. Conteste au surplus les faits de l'interrogation. »

 

- Interrogé si depuis qu'il fut arrêté par les Anglais et qu'il en fût relâché il n'avait point été en sa demeure avant que les cavaliers de maréchaussée l'arrêtassent pour l'amener aux prisons de Saint-Malo et comment il s'est pu faire qu'il ait été si longtemps sans justaucorps?

 

-Dit que la nuit du samedi au dimanche il s'était échappé des Anglais au Guildo en Saint-Pôtan et se rendit la même nuit chez le Né Jacques Courbé du village de la Ville Moussard en la paroisse de Saint-Lormel où il trouva le Né Charles Leblanc, beau-frère dudit Courbé qui étaient à se chauffer, et où le répondant se réchauffa; le matin du dimanche il alla chez le Né Jacques Poullinc du même village et à l'heure de la grande-messe, il se rendit au bourg de Saint-Lormel et assista à la grande-messe, passé de quoi il se rendit en sa demeure et y resta jusqu'à ce que des cavaliers de maréchaussée vinrent l'arrêter et le conduisirent aux prisons de Saint-Malo. » Ces réponses très nettes offraient aux magistrats tous les moyens de vérifier facilement la sincérité des moyens de défense de. l'accusé. Grumellon fut ensuite questionné sur la fâcheuse ressemblance qui existait entre sa jument et la monture du prétendu traître aperçu par plusieurs témoins dans les rangs ennemis. -Interrogé si lorsque les Anglais tentèrent de débarquer au passage du Guildo il n'était pas mêlé parmi les Anglais et si pour lors il n'était pas monté sur sa petite jument grise, et si ladite jument ne fut pas blessée d'un coup de mousquet? -Conteste tous les faits de l'interrogation, et dit que sa jument était de poil bai clair, les crins et les jambes noirs aussi bien que la queue, et que depuis l'arrêt de sa personne il ne monta plus sa jument, qu'il se rappelle que le Sr de la Mettrie, gentilhomme de la paroisse de Trégron, ayant été par les Anglais arrêté, comme ledit Sr était monté sur un beau cheval gris blanc, le piéton qui avait d'abord monté sur la jument du répondant fit descendre ledit Sr de dessus son cheval et ledit soldat l'ayant monté dit audit Sr de monter sur ladite jument s'il eût voulu, ce que ledit Sr de la Mettrie fit, et après quelque chemin ledit Sr dut trouver l'occasion de s'échapper ayant abandonné ladite jument et s'étant caché, et depuis l'évasion des Anglais le répondant a appris des Nés Julien Bertin de la paroisse de Pluduno, et Pierre Posset du village de Gesnebault paroisse de Saint-Lormel, qui étaient allés sur la grève le lendemain de la bataille de Saint-Cast, qu'ils avaient rencontré ladite jument qui était morte sur la grève. »

 

-Interrogé ce que devint sa jument?

 

-Grumellon persiste dans son système de défense et invoque à l'appui de ses dires le témoignage de Jean Bézard du bourg de Saint-Lunaire et d'un autre particulier de la même paroisse, ses compagnons de captivité. M. de la Ghoue de la Mettrie a laissé un récit de son séjour forcé parmi les Anglais. Il fut privé, dit-il de son excellent cheval et monté sur une haridelle. La jument de Grumellon, abandonnée pendant de longues heures à la porte des cabarets et nourrie au pré, nous paraît répondre au portrait de la monture de rencontre de ce gentilhomme. Tous les autres détails donnés par l'accusé sont d'ailleurs rigoureusement exacts, et sa bonne foi sur ce point donne une certaine autorité à l'ensemble de ses réponses. Il avoua enfin, sans aucun subterfuge le seul fait qu'il soit possible de retenir à sa charge dans toute la procédure.

 

-Interrogé s'il n'indiqua pas aux Anglais un gué pour passer à Saint-Pôtan, et s'il n'était pas pour lors monté sur un cheval anglais dans la grève de QuatreVaux?

 

-Conteste au tout les faits de l'interrogation, et dit que lorsque les Anglais voulurent passer à Saint-Pôtan, ils vinrent environ les 2 heures de l'après-midi du samedi prendre Joseph Lemasson qui demeure à la métairie du Guildo et qui était du nombre des prisonniers, et le firent marcher devant eux pour leur servir de guide; une colonne de piétons anglais le suivirent, puis vint un officier anglais qui fit au répondant et au Sr de la Renardière de la paroisse de Bourseul marcher devant lui, leur ayant commandé de se joindre et serrer l'un et l'autre, tellement que leurs épaules eussent été jointes, en leur disant que si les Français, eussent tiré ils auraient tué des Français, et en cet état ledit Sr de la Renardière et le répondant marchèrent devant cet officier jusqu'au bout de la grève du: Guildo vers Saint-Pôtan où il trouva l'occasion de s'échapper... »

 

-Autre réponse à la même question :

 

-« ...Environ les 2 heures de l'après-midi les Anglais forcèrent Joseph Lemasson de la métairie du Guildo de leur montrer le chemin de Créhen à Saint-Pôtan, et un officier anglais prit le répondant et le Sr de la Renardière de la paroisse de Bourseul et leur commanda de marcher devant lui, ayant l'un et l'autre les épaules serrées en disant : « Les Français tueront les Français. » et se rendirent ainsi du côté de Saint-Pôtan où les Anglais mirent le feu dans les maisons et dans cet intervalle le répondant s'échappa et se cacha dans un sud (sic) où il resta fort longtemps jusqu'à ce. que les Anglais ne pouvaient plus le voir à cause de l'obscurité. »

 

-Interrogé ce que devint le Sr de la Renardière et le susdit Joseph Lemasson?

 

-Dit qu'il ne sut pour lors ce qu'ils étaient devenus, mais qu'il apprit que les Anglais les avaient conduits à leur flotte

 

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 05:17

 

Les charges relevées jusqu'ici contre Grumellon ne présentaient pas la gravité nécessaire pour justifier l'ouverture d'une instruction criminelle. Sa conduite pouvait peut-être paraître équivoque, mais il était impossible de préciser une accusation contre lui. La situation changea à son désavantage dès le 8 septembre et les dépositions de plusieurs témoins l'accusèrent formellement d'avoir pratiqué l'espionnage au profit des Anglais sur la rive gauche du, Guildo, en Saint Pôtan. Jean Chevalier « dépose très bien connaître le N Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel depuis plusieurs années, et que le vendredi 8e de septembre dernier, jour de la nativité de la Sainte Vierge, étant le déposant sous les armes à garder le Guildo en Saint-Pôtan, il vit environ les 8 à 9 heures du matin ledit Grumellon qui était monté sur un cheval ou jument bai et passa du côté de Saint-Pôtan au côté de Créhen, sans savoir le déposant d'où ledit Grumellon venait, et n'avoir autre connaissance, si ce n'est que par le bruit public il a ouï dire que ledit Grumellon avait servi d'espion aux Anglais. » Toussaint Cordon vit l'accusé sur la . rive gauche du Guildo, mais il place ce fait au 9 septembre et non au 8. « Le samedi suivant, dépose-t-il, environ les 5 à 6 heures du matin, le déposant vit ledit Grumellon qui était dans le cabaret du Guildo en St Pôtan, à boire, duquel le cheval ou la jument était attaché à une moye de fagots proche ledit cabaret, après qu'il eût bu, il monta son cheval ou jument et fit chemin vers Plancoët, sans le déposant savoir autrement ou ledit Grumellon s'en alla.

 

 

 

 

Le déposant se rappelle que tant que ledit Grumellon fut dans ledit cabaret les Anglais qui étaient du côté des Carmes ne firent feu que vers le bois Du Val, et aussitôt le départ dudit Grumellon ils firent un feu des plus vifs tant sur ledit cabaret qu'aux environs. » François de Kergu apprit « des soldats Garde-côtes de sa capitainerie qu'ils avaient vu ledit Grumellon le samedi matin 9 septembre dans le cabaret du Guildo boire une chopine de vin et qu'ensuite ledit Grumellon avait passé en la paroisse de Créhen où étaient les Anglais, et a le déposant ouï dire par le bruit commun que ledit Grumellon était un mauvais sujet. » Le témoin oublie, fait regrettable, de citer les noms des miliciens garde-côtes près desquels Grumellon s'attabla au cabaret. François Rebillard a appris de Fçois Lucas demeurant au village de Lumesson en Pluduno que « J. Grumellon était allé le samedi 9 du même mois de septembre au matin par le petit port de la Nouëtte à celui du Guildo faire une ronde... et était allé repasser par le même port de la Nouëtte, et rendu avec les Anglais qui étaient du côté" de Créhen... » François Lucas, propriétaire du cabaret « du Petit-Cerf » ou l'accusé entra pour boire, connaît Grumellon depuis plusieurs années « il fut surpris, dit-il, environ les 8 heures du matin d'apprendre de plusieurs Gardes-côtes qu'il venait de donner une demi-chopine de vin audit Grumellon... qui étant sorti de l'auberge était monté sur sa jument et avait fait chemin vers le passage de la Nouëtte... Dit le déposant qu'il n'avait pas remarqué ledit Grumellon en son auberge, parcequé l'embarras qu'il avait par la grande quantité de Gardes côtes et autres particuliers à servir ne lui donnait pas le temps de les considérer pour les reconnaître, et n'avoir autre connaissance. » Grumellon nia tous ces faits avec la plus grande énergie, et s'attacha à réfuter les dépositions des témoins par des réponses aussi précises que l'accusation portée contre lui. Notons ses répliques à Jean Chevalier et à Fçois Lucas; elles résument tout son système de défense. « L'accusé dit que les dépositions et le recollement de Jean Chevalier sont faux et que le jour mentionné dans ses dépositions et recollement l'accusé était vêtu seulement d'une veste de ras fleuri qu'il a actuellement sur lui et que le jeudi 7 au soir il fut emprisonné au presbytère de Saint-Lunaire par les Anglais où ils le gardèrent toute la nuit et d'où ils le firent sortir le vendredi aux environs de 10 heures du matin et le conduisirent au vieux château du Guildo où ils arrivèrent environ les 6 heures du soir avec toute la troupe, et que le Né Pougié était avec lui accusé, mais qu'il se sauva à ce qu'il a appris depuis, vers le soir, qu'il reconnut encore pour prisonniers avec lui le Né Jean Bézard, sacristain à ce qu'il croit de la paroisse de Saint-Lunaire, et plusieurs autres dont il ne se rappelle plus le nom, qu'au surplus, le recteur de Saint-Lunaire et plusieurs autres dont il ne se rappelle plus le nom et son neveu peuvent attester que l'accusé était prisonnier en son presbytère le jeudi au soir 7 septembre dernier et qu'il n'a jamais servi d'espion aux Anglais. » Grumellon nia également avoir franchi le Guildo le samedi 9 septembre. « L'accusé, répond à Fçois Lucas que ses dépositions peuvent être véritables, mais qu'il n'a point bu de 1/2 chopine de vin chez le témoin, ni attaché sa jument à la moye de fagots qui était proche de la demeure dudit témoin, ni fait chemin vers le passage de la Nouëtte le jour mentionné dans la déposition du témoin puisque le vendredi 8 septembre dernier il était gardé par plus de 50 soldats dans le vieux château du Guildo lesquels l'auraient tué en se laissant tomber par partie de plaisir sur lui qui était couché par terre- sans un officier qui les fit cesser, et que le samedi du même mois aux 9 heures du matin ils le transférèrent au couvent du Guildo où il fut emprisonné avec le Sr de la Renardière, capitaine garde-côte de la paroisse de Bourseul et Joseph Lemasson, que les Anglais au moment de son arrestation l'avaient pris pour un officier garde-côte qui allait les espionner.

 

 

 

 

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 12:16

 

 

 

 

 

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 04:18

 

 

Château du Guildo

 

 

Les circonstances dans lesquelles Grumellon fut pris par les Anglais et les conditions de son existence pendant sa captivité présentent bien des caractères étranges. Il n'eût tenu qu'à lui d'éviter cette fâcheuse aventure, si l'on en croit un témoin. Louis Peyri dépose en effet que : « Le jeudi 7e du mois de septembre, chemin faisant de chez lui pour se rendre à Dinard, arrivant au village du Sabre, paroisse de Lancieux, il vit les soldats anglais qui s'avançaient vers ledit village. ... Gomme il fuyait il vit le Né Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel qui était sur le fossé d'un champ voisin de l'auberge du Sabre, qui avait un fouet à la main, auquel il dit qu'il fallait s'enfuir parceque les Anglais approchaient, et ledit Grumellon lui répondit que les Anglais n'auraient peut-être pas fait autant de mal qu'on croyait, et le déposant resta au village du Sabre pendant environ une heure, pendant lequel temps ledit Grumellon resta toujours sur ledit fossé...» Grumellon raconta ainsi qu'il suit son arrestation par une patrouille anglaise. Vers midi dit-il « il mit sa jument à paître dans le clos du Né Hellausois situé à une portée de fusil de l'auberge du Sabre en la paroisse de Lancieux et environ les 2 à 3 heures après-midi ayant ouï dire que les Anglais paraissaient en un endroit nommé La Digue il quitta le cabaret et courut vers la hauteur d'où il aperçut plusieurs Anglais qui étaient dans un clos appartenant à la sœur du répondant et faisaient chemin vers la susdite hauteur où plusieurs habitants du canton s'étaient rendus; aussitôt il prit la fuite, se rendit à l'auberge de Lancieux où ayant pris ses bottes il courut dans le clos où il avait mis sa jument à paître, et comme il était à la sangler 5 ou 6 soldats anglais montés sur des chevaux vinrent à lui, le saisirent au collet, le jetèrent par terre dans le chemin qui est voisin dudit clos et à force d'épaules jetèrent aussi ladite jument dans ledit chemin, et dans le moment arrivèrent des piétons anglais armés de fusils qui l'entourèrent, ayant la baïonette au bout du fusil et le forcèrent de marcher au milieu d'eux vers Ploubalay, et l'un desdits piétons monta sur sa jument... » Trois témoins cités au procès le rencontrèrent pendant sa captivité. Yves Ménot, cabaretier à Ploubalay, fut saisi de frayeur le jeudi 7 septembre en voyant son cabaret envahi par les Anglais : « qui se servaient eux-mêmes se rendant maîtres de tout ce qui était dans son auberge; le déposant fut surpris dans cet intervalle de voir le Né Grumellon-Villorien, assis à la porte du déposant et qui ne lui parut pas être gêné ni gardé par les Anglais, mais dit en ces termes au déposant « Je ne suis pas cause de tout cela »; et d'un ton triste dit en ces termes : « Ils m'ont pris et amené » et pour lors ledit Grumellon avait son chapeau rabattu sans le déposant savoir si c'était pour se parer de la pluie ou autrement... » La même scène se reproduisit le lendemain 8 septembre : « Sur le soir les soldats anglais se retirant vers le Guildo un desdits soldats anglais ou officier parlant audit Grumellon qui était à la porte du déposant dit (en ces termes) marche, marche; et dans le moment Grumellon alla avec eux sans le déposant savoir où. » Le R. P. Fortunat rencontra fortuitement, le 9 septembre, à 9 heures du matin, dans la dépense du couvent : « un particulier qu'il ne connaissait pas et qui était vêtu d'une veste de drap fleuri à fond rouge, lequel était assis sur du foin qui avait servi à coucher dans cette même dépense les officiers anglais; lui ayant demandé ce qu'il faisait là ou s'il était domestique de quelque officier anglais? il lui répondit que non et que les Anglais l'avaient pris malgré lui à Lancieux pour leur montrer le chemin. » Le témoin « lui fit une remontrance en quelques paroles et lui persuada d'être bon citoyen et de ne donner aux Anglais connaissance du canton... » Bernard de Courville était allé le même jour, entre 9 et 10 heures, au couvent « il y vit ledit Grumellon qui était dans ladite dépense à vergeter une redingote bleue... et le déposant ne s'aperçut pas que ledit Grumellon fût gêné par les Anglais dans le couvent des Carmes, mais qu'il allait çà et là dans le couvent sans gardes, quoique pour lors 2 habitants du canton prisonniers fussent gardés par un soldat anglais. » Ce témoin rétracta la fin de sa déposition lors de la confrontation du 12 janvier 1759. Ces dépositions semblent avoir impressionné les magistrats instructeurs d'une façon défavorable à l'accusé. Ils le pressèrent de questions et la forme même dans laquelle elles sont posées est une manifestation de la conviction des juges.-Interrogé si étant saisi par les soldats anglais il ne leur indiqua pas le chemin le plus court et le plus commode pour se rendre à Ploubalay, et s'il n'y eût pas de l'affectation de la part desdits Anglais de le faire escorter par des fusiliers? -Dit que lorsque les , Anglais L'arrêtèrent, le Né Gilles Chenu et Jacqu'es Quintin du village du Sabre étaient arrêtés par lesdits Anglais, et ledit Chenu était présent lorsque le répondant fut arrêté, et conteste au surplus les faits de l'interrogation. » -Interrogé si étant avec lesdits Anglais au bourg de Ploubalay il ne conseilla pas aux Anglais de piller tout ce qui était en l'auberge d'Yves Menot et d'en tirer contribution? -Dit qu'en arrivant à Ploubalay sous l'escorte des soldats qui l'avaient arrêté et qui l'avaient excédé à coups de crosse de leurs fusils pour le faire avancer vers Ploubalay, il vit un grand nombre d'autres soldats anglais parmi lesquels il y avait plusieurs habitants du canton que lesdits soldats anglais gardaient prisonniers, du nombre desquels était le Sr de Villeneuve Malapel avocat qui demeure à Bourseul, le Né René Lemasson du village de la Ville Colin en Lancieux et le Né Demeslé, matelot, de la même paroisse de Lancieux, que les Anglais maltraitèrent et excédèrent de coups, et le N Bézard du bourg de Saint-Lunaire; le répondant ayant été mené dans le cimetière de Poubalay où étaient lesdits habitants, il y fut gardé avec eux par les soldats anglais environ pendant un quart d'heure, puis 2 soldats anglais lui jetèrent sur le col une corde aux bouts de laquelle il y avait 2 flacons ou bouteilles de fer blanc et lui pesèrent sur la tête et sur le col de façon qu'ils l'abattirent par terre, puis laissé se relever le firent passer du cimetière dans le cabaret où ils firent remplir les deux bouteilles ou flacons de cidre, ensuite ils le firent repasser dans le cimetière en criant sur le répondant : Garde-côte! Garde-côte! et lesdites bouteilles ayant été vidées ils firent au répondant prendre le chemin du Guildo, chemin faisant ils voulurent pour éviter une marre passer par un sentier par lequel le susdit Bézard passait, mais dans le moment le piéton qui montait la jument du répondant lui porta sur l'épaule gauche et sur le col 5 coups d'un gros bâton et l'obligea de passer au travers de la marre, et s'étant mis à crier, un soldat qui était vêtu en bleu lui dit que s'il ne se taisait pas il allait le faire pendre au premier arbre, il fut donc obligé de continuer le chemin jusqu'au Guildo au travers de toutes les marres, escorté qu'il était de piétons et de cavaliers, étant rendu au Guildo, ils le forcèrent par menaces et excès de prendre le chemin du GUildo à SaintLunaire et se rendirent au presbytère de Saint-Lunaire où il fut gardé dans la cuisine par 2 fusiliers, et le lendemain matin qui était jour de vendredi, environ vers les 9 heures du matin* lesdits soldats anglais le ramenèrent au Guildo où ils le mirent dans un château qui est abandonné où il passa la nuit avec plusieurs soldats anglais qui le gardaient, et le lendemain jour de samedi, environ 8 ou 9 heures du matin, ces soldats le menèrent au couvent des Carmes où l'un desdits soldats lui donna à manger, étant le répondant épuisé à ne pouvoir se soutenir n'ayant bu ni mangé depuis qu'il avait été arrêté. »

-Interrogé si depuis qu'il fut arrêté ainsi qu'il l'a dit ci devant jusqu'à ce qu'il fut conduit au couvent des Carmes du Guildo il ne conduisit pas les soldats et officiers anglais en différentes maisons de la paroisse de Créhen et de Tré- gron où ils exercèrent des pillages et des brigandages ? -Conteste tous les faits de l'interrogation.

-Interrogé M si pendant qu'il fut dans le couvent des Carmes du Guildo il fut toujours gardé comme prisonnier par les Anglais et s'il fut gêné avec des cordes ou autrement?

-Grumellon répond qu'il fut simplement gardé à vue, et qu'il fut même autorisé à aller sous escorte acheter du tabac chez le Né Tinguy. -Interrogé s'il ne décrotta pas une redingote dans la dépense du couvent, et comme 'il l'époussetait on ne lui demanda pas ce qu'il faisait là, et si dans le moment un officier anglais ne dit pas que l'interrogé était un homme de Saint-Lormel qui leur servait de guide et si ce même officier ne lui dit pas d'aller battre la redingote ou le justaucorps dehors, et en ces termes : « Trouve toi tantôt pour nous conduire, sans quoi tu ne seras pas payé. »?

-Convient qu'étant dans une petite allée avec le Sr de la Renardière un soldat qui avait un grand bonnet sur la tête le voyant à rien faire et debout à la porte d'une chambre dans laquelle il y avait du foin, et à laquelle était pendue une redingote dont les extrémités étaient crottées lui dit de frotter entre ses mains lesdites extrémités, ce qu'il fit et conteste le surplus des faits de l'interrogation. » La confrontation entre l'accusé et les quatre témoins précités n'apporta aucun nouvel élément de conviction aux juges. Chacune des parties maintint le texte intégral de ses réponses, à l'exception du jeune de Gourville dont nous avons signalé plus haut l'importante rétractation. Mais les soupçons étaient ancrés à tel point dans l'esprit des magistrats chargés des deux premières phases de l'instruction, qu'ils manifestaient hautement leur sentiment à la fin des interrogatoires militaires : « Lui remontré qu'il déguise la vérité en ses réponses et qu'il sera appris qu'il a servi de guide et d'espion aux Anglais avant et depuis leur débarquement à Gancale et à Saint-Briac, sommé de nous déclarer les sommes qu'il en a reçues et de reconnaître et déclarer la vérité. « Conteste au tout les faits de la remontrance et dit avoir déclaré la vérité et n'avoir reçu aucun denier des Anglais. »

 

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 06:46

 

 

L'opinion publique avait nettement accusé au mois de juin 1758 un certain nombre de particuliers d'avoir servi d'espions aux Anglais après leur descente à Cancale. Ange Servan de la Marre^ portefaix à Saint-Malo, et Jean Geslin, couvreur d'ardoises, demeurant au village de la Limonnaye, paroisse de Saint-Méloir, furent arrêtés et conduits aux prisons de Saint-Malo. Le premier fut remis en liberté. Jean Geslin convaincu d'avoir accepté une pièce d'or d'un officier anglais en récompense d'un service, dont il ne put justifier la nature, fut condamné le 24 janvier 1759 « à servir à perpétuité sur les galères du Roi. » La maréchaussée générale de Bretagne fut saisie de nouvelles dénonciations aussitôt après la bataille de Saint Cast. Barthélémy Alvarez, Jean Ploret, Jean Gampane, Claude Maze, François Castaret, Claudine Samson, Yves Parga, Julien Grumellon furent arrêtés sous la prévention d'espionnage au profit des Anglais, et écroués à la prison de Saint Malo. Les six premiers furent remis en liberté après quelques jours de détention. Yves Parga et Julien Grumellon furent au contraire maintenus sous les verrous conformément aux réquisitions du procureur du roi. Leur procès devait durer un an. Quelle était sous l'ancien régime la procédure d'un procès de haute trahison? La solution de cette question se trouve sans doute exposée dans tous les cours d'histoire du droit. Il nous semble cependant nécessaire de la traiter ici, non pour faire étalage d'une fausse science juridique, mais pour donner un aperçu de la minutie des procédés des magistrats du XVIIIe siècle, et surtout pour dégager l'histoire du procès de J. Grumellon de l'histoire ae la procédure au sens étroit du mot. L'intendant de Bretagne Lebret écrivit, le 27 septembre, à M. de la Glestière : « II est ordonné au Sr de la Glestière, lieutenant de la maréchaussée à Rennes, de se rendre immédiatement à Saint-Malo avec le Sieur Dureau, greffier de ladite maréchaussée, pour y prendre les ordres de Mr le marquis de La Châtre, à l'effet de procéder aux interrogatoires de différents particuliers détenus comme espions dans les prisons de ladite ville. » -Fait à Rennes, le 27 septembre 1758. L'officier de la maréchaussée arriva le 29 septembre à Saint-Malo et commença ses travaux dès le lendemain. L'affaire de Grumellon allait passer par quatre phases principales avant d'aboutir à la sentence rendue le 29 août 1759.

 

Instruction Militaire.

 

Faite à Saint-Malo et aux environs par Jacques-SébastienJean Gardin, écuyer, sieur de la Glestière, lieutenant de la maréchaussée générale de Bretagne, à la résidence de Rennes, assisté de Me Michel Dureau, greffier. Elle comprenait : 1° L'interrogatoire du prévenu; 2° L'audition des témoins; 3° La communication de tous ces documents à noble Me Joseph-Marie Michelot, avocat au Parlement, substitut du procureur du Roi en l'amirauté de Saint-Malo, faisant fonctions de procureur du Roi, attendu son absence.

 

 

Instruction Juridique.

 

 

1 Les faits relevés à la charge de Grumellon parurent suffisamment établis à ce magistrat pour justifier une information plus approfondie. Il adressa, le 16 octobre, au prévôt général une remontrance tendant à faire écrouer à la prison de Saint-Malo « le Né J. Grumellon comme susp'ect d'avoir servi de guide et d'espion aux Anglais », et à faire établir contre le prévenu une instruction juridique, à laquelle les interrogatoires et informations militaires faites jusqu'à ce jour seront annexées « comme mémoires ». M. de la Glestière et « Me François le Bourguignon, ancien avocat au Parlement, faisant à Saint-Malo fonctions d'assesseur, attendu l'absence de l'assesseur de ladite maréchaussée » furent chargés de cette instruction, en la chambre du conseil de la juridiction ordinaire de Saint-Malo. Ils étaient assistés du greffier Dureau. Les deux magistrats procédèrent à : 1° Un second interrogatoire de Grumellon; 2° Une seconde audition des témoins; 3° Ils rendirent, le 19 octobre, une ordonnance de soit communiqué au procureur du Roi; 4° Et rendirent, le 20, un décret de prise de corps contre J. Grumellon, ordonnant qu'il sera transféré de la prison de Saint-Malo à celle de Rennes où son procès sera instruit criminellement. L'accusé arriva à Rennes le 22 octobre et fut écroué le jour même.

 

 

Instruction Criminelle.

 

 

M Bonnescuelle, conseiller du Roi, et son procureur en la sénéchaussée et siège présidial de Rennes, déposa le 10 novembre 1758 des conclusions tendant à faire déclarer « Le Prévôt général de la maréchaussée incompétent pour instruire et juger par jugement prévôtal et en dernier ressort le procès de J. Grumellon » et demandant « que la connaissance de l'accusation soit renvoyée au lieutenant criminel du siège présidial de Rennes pour que le procès soit instruit et jugé à charge d'appel suivant les ordonnances. » Le siège rendit, le 15 novembre, une sentence conforme et l'accusé fut renvoyé devant le lieutenant criminel Varin « assisté de MM. les conseillers aux mêmes siège et sénéchaussée en nombre suffisant. » Cette nouvelle procédure comprend les documents suivants : 1° Troisième interrogatoire de l'accusé; 2° Inventaire de la procédure des deux premières phases de l'instruction; 3° Quatrième interrogatoire de T'accuse; 4° Troisième audition des témoins; 5° Recollement des témoins; 6° Confrontation de l'accusé et des témoins; 7° Réquisitoire écrit du procureur du Roi requérant l'élargissement immédiat de l'accusé.

 

 

 

Sentence.

 

La confrontation de Grumellon et de ses accusateurs eut lieu le 12 janvier 1759. Le réquisitoire du procureur du Roi est daté du 20 août de la même année. L'accusé subit, le 29 août, un nouvel interrogatoire « debout derrière le bureau » devant tous les magistrats réunis et il fut, séance tenante, renvoyé « hors procès. » Cette sentence est signée des conseillers du Roi : Babin, Varin, Le Marchand, Duval et Desrieux. Ces minutieux procédés d'instruction présentaient au prévenu toutes les garanties d'impartialité compatibles avec l'état de l'esprit public à l'époque. Mais ils compliquent d'une étrange matière le compte rendu du procès. Nous ne tiendrons aucun compte dans l'exposé ci-après de l'ordre chronologique des dépositions ou des interrogatoires. Nous choisirons avec la plus grande impartialité les réponses les plus précises sur chaque fait particulier et nous chercherons à éclaircir successivement chacune des charges relevées contre l'accusé. Mais, avant d'entrer dans l'étude détaillée du procès, il nous semble indispensable de tracer la silhouette de Grumellon et d'exposer brièvement les soupçons et les accusations qui motivèrent son arrestation. Julien-Charles Grumellon était né à Saint-Lormel, le 10 novembre 1715, de René Grumellon, laboureur faisant valoir son bien, qui fut assassiné le 21 juin 1718, et de Jeanne Vaumeloysel. Il habita Lancieux pendant sa jeunesse et revint ensuite se fixer au village de Villemousiard, en SaintLormel. Sa famille tenait un rang honorable dans cette paroisse et jouissait du privilège de voir ses membres inhumés dans l'église. M. de la Glestière nous trace le portrait suivant de l'inculpé au moment de son premier interrogatoire, le 2 octobre 1758 : « Devant nous..., etc., mandé et fait venir..., etc., un particulier de la taille d'environ 5 pieds, 2 pouces, quelques lignes, portant cheveux longs noirs, barbe et sourcils noirs, les yeux bruns, le visage ovale, le front haut, le nez mince et assez long, vêtu d'un justaucorps de peluche brune et d'une veste de drap fleuri à fond rouge de petites fleurs, garnie de boutons de poils de chèvre rouge, culotté d'étoffe brune, bas de laine lie de vin. » Détail particulier, l'inculpé ignorait son âge et n'avoua que 35 ou 36 ans. La rumeur publique l'avait désigné comme l'un des agents secrets employés par Bligh pendant son séjour dans la région- Le vicomte de Courville et l'écuyer de Lormel l'arrêtèrent le 28 septembre, et « le remirent incontinent à l'exempt de la maréchaussée de Dinan qui les suivait à vue et était chargé d'ordres pour arrêter ledit Grumellon. » Que lui reprochait-on? 11 était soupçonné : 1° D'avoir entretenu des intelligences avec les Anglais avant et pendant les descentes de l'année 1758; 2° De s'être volontairement livré à nos ennemis et d'avoir joui d'un traitement de faveur pendant sa captivité- On l'accusait en outre formellement : 1° D'avoir pratiqué l'espionnage au profit des Anglais sur la rive gauche de l'Arguenon, et d'avoir dénoncé, à Bligh, le faible effectif des défenseurs du Guildo; 2° D'avoir indiqué à l'armée anglaise les points guéables de la rivière, ce qui lui permit de forcer le passage; 3° D'avoir fait assassiner par les Anglais son oncle germain Jean Grumellon, dit Villareu, capitaine de la paroisse de Saint-Lormel. Etudions la procédure dans cet ordre L'attitude de J. Grumellon justifia de nombreux soupçons avant sa capture par les Anglais. Ecoutons les dépositions des témoins. Toussaint Cordon lieutenant garde-côte, était de service, lts mardi 5 septembre, au corps de garde de l'Isle, paroisse de Saint-Cast. Jl « vit venir le Né Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel, qui était monté sur un cheval ou jument bai, qui avait crins et queue, et ledit Grumellon était lors vêtu d'un justaucorps ou surtout brun, ayant par-dessous une veste et une culotte rouges... Il s'offrit pour venir au Guildo savoir ce qui se passait de la part des Anglais, et en faire ensuite son rapport...» Il fut éconduit. * II franchit cependant le Guildo, et vint rôder dans la région comprise entre l'Arguenon et le Frémur de Saint-Briac, bien que des bandes de maraudeurs anglais infestassent déjà ces paroisses. Bernard de Courville « étant proche du couvent des Carmes vit environ les 6 heures du soir un particulier qui parut venir du côté de Saint-Briac, étant monté sur un petit cheval ou jument bai (autant que se rappelle le déposant) auquel particulier le Sr de Lormel demanda d'où il venait (en ces termes) « D'où viens-tu Grumellon? » et ce particulier répondit qu'il venait de Saint-Briac... et le mercredi suivant (le 6) étant proche le gué du Guildo, vit passer le susditGrumellon monté sur un cheval, étant vêtu d'un justaucorps ou surtout brun et d'une veste raz fleuri rouge, auquel il demanda où il allait, et Grumellon lui répondit qu'il allait vers Saint-Briac et poursuivit son chemin. » Or le quartier général de Bligh était en ce moment à SaintBriac. Jacques Langlois W confirme la déposition du témoin précédent. Il ajoute que le Sr de Lormel ayant traité Grumellon de mauvais sujet, il résolut de l'arrêter s'il le rencontrait encore dans ces parages. Mais l'accusé n'alla pas à Saint-Briac le 6 septembre, et il passa de fort étrange manière à Lancieux la nuit du 6 au 7. Louis Morel dépose en ces termes : « Le mercredi 6 septembre, autant qu'il peut se rappeler, le Né Grumellon vint en l'auberge ou cabaret du Sabre situé en la paroisse de Lancieux, où le déposant prend pension, et se mit à table à souper avec le déposant et autres, ils tinrent table jusqu'à environ 11 heures avant minuit, et comme ils étaient à boire, arriva un particulier qui parut au déposant être pris de boisson, et qui dit qu'il venait de voir passer une vingtaine de chevaux anglais qui n'étaient conduits que par un seul homme, le déposant avec ledit Grumellon et le Né Jacques Quintin, frère du cabaretier, formèrent le projet d'aller s'embusquer pour tâcher de surprendre quelques-uns desdits chevaux, ils s'armèrent chacun d'un fusil et allèrent de compagnie jusqu'au bourg de Saint-Briac, proche le cimetière dudit lieu où après avoir resté jusque environ les 2 heures avant le jour ils s'en retournèrent de compagnie au susdit cabaret du Sabre, où ils se couchèrent et passèrent le reste de la nuit, et le matin du jeudi ils se mirent à déjeuner ensemble, et comme ils déjeunaient, le Sr de Pracomtal, employé des fermes du roi, arriva qui dit au déposant qu'il aurait bien souhaité sauver la couette de son lit, de sorte que le déposant et ledit Sr de Pracomtal prièrent ledit Grumellon de prêter son cheval pour emporter ladite couette, ce qu'il leur accorda, et pendant que ladite couette fut emportée, le Sr de Pracomtal se mit à déjeuner avec le déposant et ledit Grumellon. Au retour dudit cheval ou jument, ledit Grumellon la mena paître dans un pré, et environ 1 heure 1/2 après-midi ayant vu les Anglais qui s'avançaient vers le village du Sabre, le déposant et le Sr de Pracomtal quittèrent le village et y laissèrent ledit Grumellon, sans savoir où il alla, ni ce qu'il fit depuis. Ajoute que depuis ce temps a ouï dire par bruit commun que ledit Grumellon sortant du cabaret du Sabre avait parlé aux soldats anglais qui passaient et les avait salués. » Le Sr de Pracomtal complète la déposition précédente :« Le dimanche ou le lundi suivant (le 10 ou le 11) le déposant étant dans le susdit cabaret vit entrer ledit Grumellon qui était tout défiguré et en mauvais (état, et qui portant la parole dit au déposant que les Anglais l'avaient mis dans l'état où il était, l'avaient fait mourir de faim, et que heureusement il s'était échappé de leurs mains. »Les dépositions de tous ces témoins éclairaient d'un jour singulier la mentalité de Grumellon et donnaient prise au soupçon. On cherche vainement, le mobile qui poussa un habitant de Saint-Lormel à quitter la quiétude de son domicile pour se rapprocher d'une région où les bandes anglaises, assouvissant librement leurs instincts de pillage, semaient la désolation et la mort. L'accusé fut donc appelé à justifier minutieusement de l'emploi de son temps avant sa capture. Mais M. de la Glestière avait à coup sûr reçu des dénonciations nombreuses contre Grumellon. Il jugea utile de rechercher si ce dernier n'avait pas entretenu jadis un commerce d'amitié avec des sujets britanniques. Le magistrat procéda par insinuations plutôt que par interrogations. Il ne. put rien découvrir. L'accusé déclara qu'il n'avait jamais effectué le voyage de Jersey ni de Guernesey, qu'il n'avait pas entretenu de relations avec les Anglais, après leurs descentes, et qu'il servait à Saint-Cast au mois de juin dans la compagnie de son oncle Villorien Grumellon. Il reconnut qu'il escorta à cette époque, de Saint-Cast à Dinard, un convoi de 40 prisonniers anglais et qu'il prêta son cheval à l'un d'eux qui était malade et ne pouvait marcher. Il s'attira, dit-il, à ce sujet l'inimitié du Sr de la Chapelle-Gorju un de ses accusateurs actuels. Il nia enfin avec énergie être allé au camp de Saiht-Briac et avoir assisté à l'incendie des barques effectué dans la nuit du 4 au 5 septembre, près du Pont-Briand. M. de la Glestière l'interrogea alors sur les événements récents : -Interrogé où il passa le 4, le 5 et le 6e de septembre dernier, et s'il n'alla pas à Saint-Briac et dans les cantons voisins? -Dit que le lundi 4 de septembre dernier, ayant entendu du matin sonner le tocsin à Saint-Lormel il s'y rendit incontinent et s'informant du sujet du tocsin, il apprit que la flotte anglaise paraissait de nouveau à la côte, il alla chercher sa jument qu'il avait mise à paître dans la prairie nommée l'Etang-Quioual, ayant monté sa jument, il fit route vers une hauteur qui est environ à 3 portées de fusil de Saint-Gast d'où il aperçut un grand nombre de vaisseaux et de bateaux entre Saint-Briac et Lancieux, pour lors il pouvait être 4 heures après-midi, après avoir resté sur ladite hauteur pendant quelque temps à considérer lesdits vaisseaux qui lui parurent être ancrés, il fit chemin vers le Guildo où il arriva environ les 6 heures du soir du côté de Saint-Pôtan où il se rafraîchit à la porte de Fcoi8 Lucas aubergiste, où il but ladite chopine de cidre de cheval (sic) après quoi il passa à la faveur du bateau ordinaire au Guildo en Créhen et fit chemin vers Lancieux et rencontra en son chemin Pierre de la Brousse, domestique du Sr Piquet de Saint-Malo, qui conduisait un harnais avec d'autres particuliers que le répondant ne connaît pas, vers le Guildo, pour lors le soleil étant couché, ensuite il passa à DrouetW à la faveur.de Joseph Hardy, du village de la Jiglaye, paroisse de Ploubalay, guide ordinaire audit passage, et se rendit à la Lansonnière chez sa sœur, en la paroisse de Lancieux; n'ayant trouvé sa sœur, il alla la chercher sur la hauteur où est situé le moulin du Tertre de la Roche, d'où il aperçut un grand feu du côté de Saint-Briac, il trouva sur ladite hauteur plusieurs particuliers et non sa sœur, de sorte qu'il se rendit à l'auberge du village du Sabre, situé en la paroisse de Lancieux, environ les 9 heures du soir, et y resta la plus grande partie de la nuit, et environ une heure avant le jour, comme il n'y avait ni foin ni avoine dans l'auberge, il mena sa jument qu'il avait laissée à la porte de l'auberge dans un clos qui lui appartient et qui est situé à environ une portée de fusil de ladite auberge où il la mit à paître, et resta à la garder, étant jour il mena sa jument dans la cour de ladite auberge et lui, répondant, se mit à déjeuner et resta jusqu'à environ midi qu'il monta sur sa jument et fit route vers le Guildo pour se rendre à Saint-Lormel et passa par Drouette, étant au passage du Guildo il y rencontra le Né Gabriel Lemasson, habitant dudit lieu, qui dit qu'il s'en revenait du côté de Lancieux pour savoir de quel côté les Anglais avaient pris, et du Guildo le répondant se rendit seul en sa demeure à Saint-Lormel où il arriva environ les 5 heures à 6 heures du soir, et y passa la nuit, et resta en sa demeure jusque environ 1 heure après-midi du mercredi 6 septembre qu'il alla au Guildo pour se rendre chez sa sœur en la paroisse de Lancieux pour lui aider à emporter ses effets pour les sauver des Anglais... » Grumellon s'arrêta au cabaret du Sabre; nous savons d'après la déposition de Louis Morel comment il y passa la nuit du 6 au 7 septembre et la matinée du lendemain. Son interrogatoire confirme entièrement la véracité de la déposition du témoin. Il nia cependant, lors de la confrontation, avoir salué les soldats anglais et leur avoir adressé la parole. Bref le prétexte qui amena Grumellon au village du Sabre était très louable; mais, il paraît s'être bien plus occupé de festoyer au cabaret que d'aider sa sœur à sauver ses richesses avant l'arrivée des Anglais. Notons enfin qu'il n'avoua pas être allé au corps de garde de l'Isle malgré la déposition de Toussaint Gordon 

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 18:24

 

 

La victoire de Saint-Cast eut un immense retentissement en Bretagne, et, selon l'expression de M. Ropartz, le récit de ces événements « a été transmis à la postérité avec la pompe surhumaine de l'épopée! ». Nous possédons beaucoup de narrations pittoresques de la descente de Saint-Briaç, mais il n'en existe encore aucune relation historique exacte. Les versions des chroniqueurs contemporains, et les études des écrivains qui relatèrent ces faits de guerre sont très souvent contradictoires. Mais, il est un point sur lequel l'accord unanime ne pouvait laisser planer aucun doute : la trahison du Guildo. La résistance de Rioust des Villes-Audrains n'aurait été brisée, qu'après qu'un traître : Julien Grumellon, de la paroisse de Saint-Lormel, eût révélé à Bligh le faible effectif des défenseurs du cours d'eau, et n'eût indiqué aux colonnes anglaises les gués de l'Arguenon. De nombreux auteurs nous donnent des détails circonstanciés sur ce fait historique. « L'après-midi, écrit M. Rioust des Villes-Audrains les ennemis firent partir un de leurs espions, habitant du pays, qui ayant pris un grand détour, vint de notre côté, vit le peu de monde que nous étions, et par le même détour alla en rendre compte au général Bligh. » Le récit du recteur de Saint-Gast est formel à cet égard : « Le samedi les Anglais corrompirent par argent un Né Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel, qui, après avoir examiné et rapporté aux ennemis la petite poignée de monde qui s'opposait à leur passage les conduisit à Sainte-Brigitte... » « Ce traître, avance l'abbé Manet, était un Né Grumellon, de la paroisse de Saint-Lormel, qui s'était laissé gagner par argent et qui leur indiqua en sus les points les plus faciles de passage... » « Rioust des Villes-Audrains, écrit M. J. Geslin de Bourgogne, tint l'armée anglaise en échec jusqu'au moment où un traître de Saint-Lormel, Grumellon, dirigea les colonnes anglaises à travers les grèves de Quatre- Vaux pour tourner le Guildo... » M. Bertrand Robidoufait les suppositions suivantes : « Mais un traître d'une paroisse voisine gagné par argent, par peur plutôt, révéla le petit nombre des défenseurs du pays. Le traître s'appelait Grumellon, il était de Saint-Lormel... » M. Sigismond Ropart attribue un autre mobile à ce crime : « II avait 43 ans quand il vendit son pays. Il n'avait pas l'excuse du besoin... Julien fut donc poussé par l'ambition la plus honteuse, ou par la crainte; à moins qu'il n'ait voulu venger le sang de son père sur les paroisses de la rive gauche de l'Arguenon. » M. Arthur de la Borderie, lui-même, n'hésite pas à certifier l'authenticité de ce fait, avec la haute autorité qui se dégage de toutes ses œuvres : « Les Anglais, on le sait, écrit-il, n'osèrent franchir le gué du Guildo, le 9 septembre au soir, qu'après avoir été informés par un traître du petit nombre des volontaires qui, par leur vaillante résistance avaient pendant 24 heures arrêté la marche des envahisseurs. « Les relations donnent à ce traître, qui était du Guildo même, le nom de Grumellon... » Gomment douter de la réalité de ce fait après une telle série de témoignages accablants? Mais, l'histoire est une science exacte, et celui qui s'y adonne ne doit pas se laisser impressionner par l'unanimité des jugements antérieurs. Notre incrédulité contemporaine exige des références; les récits historiques créent la présomption dans nos esprits; les textes authentiques seuls déterminent la conviction. Or, une étude approfondie des lieux et des faits nous a amené à douter de la réalité de la trahison du Guildo. Bligh ne voulait pas la bataille. Or, chaque étape de son armée vers l'Ouest le rapprochait de ce point fatal où il allait venir se heurter en aveugle à la masse principale des troupes du duc d'Aiguillon. Le 10 septembre il n'avait même pas encore la notion confuse du danger vers lequel il courait. Il' ignorait tout de la marche et des projets de son adversaire : les historiens anglais l'avouent, et le désarroi manifeste dans lequel se réunit le conseil de guerre anglais le même jour au Pont-Brûlé en Matignon le démontre. Bligh eût connu tous ces faits, si le service d'espionnage avait été organisé dans son armée. Il utilisa à coup sûr comme guides des paysans terrifiés par la menace de la potence, mais l'incohérence de tous les actes du commandement anglais, jusqu'aux dernières heures de cette campagne, semble démontrer qu'il manqua d'espions et ne sut jamais -rien de ce qui se passait à quelques lieues du camp. L'étude de M. Ropartz sur « Le traître de Saint-Lormel » contribua surtout à faire naître le doute dans notre esprit. « Les vieillards ont connu Grumellon, écrit-il W : dans les dernières années du XVIIe siècle, vers 1780, il habitait, au Guildo, vis-à-vis du couvent des Carmes, une petite maison d'où il pouvait voir le théâtre même de sa trahison. C'était un homme grand, maigre, marchant droit avec une sorte de tournure militaire. Il vivait seul et personne ne le hantait. Souvent les enfants le poursuivaient, en lui criant : « Va donc montrer le passage aux Anglais! » « II semble ensuite avoir disparu du Guildo, et l'on perd sa trace. » Ainsi donc, Grumellon échappa au châtiment de son forfait. et le traître put narguer pendant de longues années le mépris de ses concitoyens. Ce fait invraisemblable épaississait encore à nos yeux le mystère dont était entourée la trahison du Guildo. Ce point d'histoire n'en était que plus intéressant à éclaiFcir. Nous avons été assez heureux pour pouvoir reconstituer intégralement d'après les Archives départementales d'Ille-et-Vilaine (Série B, Présidial de Rennes) les dossiers de procédures de haute trahison au profit des Anglais instruites en Bretagne de 1758 à 1760. Nous nous efforcerons de retracer à l'aide de ces documents inédits toute l'affaire de trahison du Guildo.

 

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 19:39

 

 

 

La longue étendue des côtes de France a été, à toutes les époques de notre histoire, exposée aux deux modes d'attaque par mer : les bombardements et les descentes. Les grandes descentes ont été rares depuis la fin de la guerre de Cent ans; et leurs succès furent plus rares encore, lorsqu'elles eurent pour but des opérations régulières sur un territoire étendu et peuplé. Elles ont été plus fréquentes et plus heureuses, lorsqu'elles se sont proposé l'occupation de territoires bornés ou de positions particulières telles que les presqu'îles et les îles. Il ne convenait plus au XVIIIe siècle d'exagérer les dangers des invasions maritimes parties d'Outre-Manche. Notre incontestable supériorité militaire sur l'Angleterre lui interdisait de tenter la conquête d'un établissement permanent sur nos côtes, ou de s'emparer, sur le territoire français, de quelque place forte lui assurant la domination du pays et de la mer. Mais la suprématie maritime de la Grande-Bretagne lui facilitait le débarquement d'un corps expéditionnaire destiné à opérer près des côtes, à lever des contributions, à piller les villes ouvertes, à tenter une attaque brusquée contre les arsenaux maritimes, à ruiner les principaux ports d'armement. Les descentes de Synclair à Lorient en 1746, de Marlborough à Cancale en juin 1758, de Bligh à Cherbourg et à Saint-Briac aux mois de juillet et de septembre de la même année, sont les derniers exemples des incursions anglaises sur notre sol national. Aucune ville bretonne n'a plus souffert que Saint-Malo de nos guerres incessantes avec nos voisins d'Outre-Manche : sa liberté, sa fortune, son existence même furent souvent menacées. Aucune ville française ne leur fit plus de mal. Les exploits des corsaires malouins : les Bouvet, les Dangeron, les Magon, exaspéraient le gouvernement anglais au milieu du XVIIIe siècle, et ruinaient le commerce maritime de nos rivaux. Pitt décida, en 1758, de tenter un effort immense contre le vieux port breton, et de le réduire par une attaque combinée de l'armée et de la flotte britanniques. Mais la cité corsaire, couverte sur son front de mer par les fortifications érigées par Vauban, protégée sur son front de terre par la splendide ceinture de ses nouveaux remparts, apparut au duc de Marlborough comme une forteresse inexpugnable. Le général anglais rembarqua, le 12 juin 1758, à Cancale, les 13,000 hommes dont le commodore Howe avait assuré le débarquement, le 4 juin précédent. C'était un échec. Le pillage systématique des paroisses des évêchés de Dol et de Saint-Malo, la destruction d'une partie de la flotte malouine, les 3.363.223 livres de dégâts effectués dans le pays, ne couvraient pas les frais immenses de l'armement anglais. Marlborough céda le commandement au général Bligh, et celui-ci dirigea immédiatement contre Cherbourg une expédition dont le succès dépassa les prévisions les plus optimistes du cabinet de Londres. Bligh, grisé par ce facile succès, entreprit d'effectuer contre Saint-Malo l'attaque devant laquelle son prédécesseur avait reculé. Il cherchait la gloire; cette néfaste campagne devait briser sa fortune et le couvrir d'infamie. Le but avoué de la nouvelle expédition anglaise était l'attaque de Saint-Malo et l'achèvement de la ruine de son port. Mais, par suite de circonstances inexplicables, le débarquement du corps expéditionnaire s'effectua le 4 septembre 1758 dans l'anse de la Fosse, près de Saint-Briac. L'infranchissable fossé de l'embouchure de la Rance séparait l'armée anglaise de son objectif principal. Bligh s'efforça en vain pendant les deux journées suivantes de réparer les conséquences de cette grossière erreur initiale. Il lui fut impossible d'élaborer un nouveau plan de campagne contre la cité corsaire. Se rembarquer immédiatement eût été avouer l'avortement de ses conceptions stratégiques; il voulut sauver la face, donner le change à l'opinion publique anglaise et il laissa ses troupes dévaster librement le pays. Mais les dangers de la navigation côtière dans cette région et la mauvaise tenue des fonds dans les parages du Décollé obligèrent le commodore Howe à conduire sa flotte à l'excellent mouillage de la baie de Saint-Gast. L'impérieuse nécessité de maintenir toujours la liaison du corps expéditionnaire, avec la flotte obligea Bligh à effectuer sur terre un mouvement parallèle. L'armée leva le 8 septembre le camp de Saint-Briac et marcha sur Matignon par Ploubalay, Trégron, et le gué de l'Arguenon, situé près du couvent des Carmes du Guildo. Le Guildo (guedum dolosum) est un petit port, formé par la rivière de l'Arguenon, près du lieu où son estuaire s'élargit entre la presqu'île de Saint-Jacut, à l'Est, et le village de Notre-Dame du Guildo, à l'Ouest. Le passage du cours d'eau s'effectuait au XVIIIe siècle en bateau et très rarement à gué. Il eût été très imprudent à une personne inexpérimentée dé tenter sans guide le passage de la rivière à marée basse. L'Arguenon forme dans cette partie de son cours plusieurs fosses, sortes de souilles profondes, séparées les unes des autres par des seuils, dont chaque marée modifie l'orientation et l'emplacement. Le passage du Guildo s'effectuait en 1758, non pas en face des maisons des deux rives, comme il s'est fait postérieurement, mais plus en amont de la rivière, près d'un rocher dont la masse surplombe la fosse du Chaland. Charles Lebret et sa fille Rosé, femme de Pierre Perée,  exploitaient à cette époque le privilège du passage, moyennant une redevance aux carmes du Guildo. Aussi les habitants du pays avaient-ils progressivement renoncé à braver les dangers du passage à gué, et les riverains ne possédaient que des notions très imprécises sur les déplacements journaliers des seuils de la rivière. Ajoutons, enfin, que la rive Ouest, couverte de constructions et de levées de terre boisées, domine la rive Est, et que sa l'orme concave permet de battre le gué du Chaland par des feux croisés. Le passage de vive force de l'Arguenon .exigeait, dans ces conditions, de la décision et du coup d'œil de la part des chefs; beaucoup de courage chez les soldats. Cent paysans mal armés, rangés sous les ordres d'un chef improvisé, M. Rioust des Villes-Audrains, tinrent pendant trente heures l'armée anglaise en échec devant ce passage les 8 et 9 septembre 1758. Rioust ne se retira, le 9 septembre, à 5 heures du soir, que sous la menace d'une manœuvre enveloppante d'une colonne Anglaise passée au gué de Quatre-Vaux. Le reste de l'armée franchit ensuite le gué du Chaland. Bligh campa le même soir à Saint- Jahuguel et entra le lendemain à Matignon. Mais le retard imposé à la marche des troupes anglaises, par l'opiniâtre résistance des défenseurs du Guildo, avait permis au duc d'Aiguillon de concentrer l'armée de Bretagne à Pluduno-Saint-Pôtan. Les deux adversaires étaient au contact; une bataille était imminente. Bligh n'osa pas tenter la fortune des armes. Il se replia sur la baie, de Saint-Cast. Mais nos bataillons gagnèrent son armée de vitesse, la rejoignirent sur la plage et infligèrent à l'arrière-garde anglaise une sanglante défaite, le 11 septembre 1758. Telle est la brève histoire de cette campagne de sept jours  

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 15:19

 

 

Château de la Saudraie à Saint Glen et Paul Sébilllot

 

Paul Sébillot, cet auteur auquel ont doit ces précieuses notes connues sous le nom de Coutumes populaires de Haute-Bretagne. Pourtant rien ne prédestinait ce Matignonnais à s'orienter vers ces remarquables travaux, car après des études de droits à Rennes, il avait aussi fait preuve de son talent de peintre….Il évoque la Saudraie dans ses travaux.

 

 

Château de la Noë St-Yves à Bain de Bretagne et Amédée Guillotin de Corson

 

Amédée Guillotin de Corson, ce Nozéen passa son enfance au château de la Noë-St-Yves. Il fut ordonné prêtre en juillet 1861. Passionné de sa Bretagne natale, il est surtout l'auteur de multiples ouvrages, l'un des plus connu étant le Pouillé historique de l'Archevêché de Rennes, mais comme son compatriote Sébillot, il s'intéressa également aux Traditions et légendes de Haute-Bretagne 

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