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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 07:36

 Jean de Chateaubriand & Marguerite de La Chapelle

 

 

Jean de Chateaubriand, sieur de Guerrande épousa Marguerite de La Chapelle. Contrat fait et passé le 26 décembre 1650, devant De Giquet et de La Mothe, notaires sous la juridiction de la Hunaudaye, entre écuyer Jean de Chateaubriand, fils aîné, héritier présomptif principal et noble d'écuyer Christophe de Chateaubriand et de demoiselle Jeanne Berthelot, d'une part, et demoiselle Marguerite de La Chapelle» d'autre part. De leur union naquirent entre autres enfants Michel & Amaury de Chateaubriand.

 

 

 

A gauche Le Chesnay en Mégrit, à droite Les Touches en Guitté (d'après Le Flohic)

 

 

1° Michel de Chateaubriand            1° Amaury de Chateaubriand

    Sieur de La Salle                          Sieur de La Ville-André

épousa le                                       épousa le 

4 septembre 1688 à Mégrit       15 octobre 1677 à Brusvily

           Renée Poilvé                  Jeanne du Rocher de Quengo

 

 

A gauche acte de mariage de Michel de Chateaubriand et de Renée Poilvé, à droite, acte de naissance de Amaury de Chateaubriand, époux de Jeanne du Rocher de Quengo

 

 

A gauche, manoir de La Hautière à Mégrit avec armoiries Poilvé, à droite, manoir du Quengo à Brusvily avec armoiries du Rocher; au centre armoiries de Chateaubriand

 

2° Jean-Frs de Chateaubriand      2° François de Chateaubriand

     épousa le 8 février 1717                épousa le 27 août 1713

  Charlotte Marie Le Limonier     Péronnelle Lamour de Lanjegu                

   

 

 

A gauche, acte de mariage de Jean-François de Chateaubriand et de Marie Le Limonier, le 8 février 1717 à Mégrit, à droite, l'acte de mariage de François de Chateaubiand et de Péronnelle Lamour de Lanjégu, le 27 août 1713 à Guenroc.

 

 

Les églises de Mégrit -à gauche, et de Guenroc -à droite 

 

3° Jean Gab. de Chateaubriand  3° René Aug. de Chateaubriand

       baptisé le 29 avril 1719        baptisé le 23 septembre 1718   

                   (sans postérité)                    épousa Appoline de Bédée

                                                      dont l'écrivain René de Ch.

                                                                    1768-1848

 

 

A gauche, acte de baptême de Jean-Gabriel de Chateaubriand, à Mégrit le 29 avril 1719, à droite, acte de baptême de René-Auguste de Chateaubriand, le 23 septembre 1718 en Guitté

 

 

 

Les églises de Mégrit -à gauche, et de Guitté -à droite 

 

 

L'auteur des Mémoires d'Outre-Tombe, René de Chateaubriand

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 19:18

 

Armoiries Prigent, Sauvaget, de Froulaye, et de Créquy

 

Le domaine de la Villeneuve résute sans nul doute de ces défrichements entrepris au cours de la période féodale, très précisément dès le début du XIIIe siècle. La Villeneuve en Plénée est mentionnée dès cette période et la famille Prigent, alias Pregent ou Priegent disposa très certainement très tôt de l'endroit situé près de l'ancien chemin pavé. Cette famille Prigent, connue en ce lieu de la Villeneuve disposait pour armoiries d'après un sceau de 1407 « trois fleurs de lys au pied nourri ».  Geoffroy Prigent fut sénéchal de Dinan, il est évoqué dans une première charte de Boquen touchant la paroisse de Le Gouray, puis en 1218 au sujet de l'Accord au sujet de la Vigne de Sevignac : Omnibus, etc., Gaufridus Prigent salutem in eo qui est ce vera salus. Noverit universitas vestra quod cum essem senescallus nobilis viri Petri comitis Brittanie in tota terra Rollandi de Dinnano, versa es concentio inter Gaufridum Batelle, ex una parte, et monachos de Boquian, ex altera, super vinea quadam quam monachi habebant in feodo ipsius Batelle . G. Batelle requirebat circa vineam ex utra parte auferrentur usque ad fundum fossati; requirebat insuper ab eis ad se vel ad filium suum faciendum auxilium, et ad filiam suam maritandam, et quod in curia sua responderent et ei emendam redderent . E contrario monachi dicehant hec omnia se de jure non debere reddere. Super his omnibus facta est composicio amicabilis inter ipsos coram me apud Sevinar : predicti monachi pro bono pracis dederunt predicto G. Batelle XXXIII solidos : predictus G. Batelle com (sic) assencu filii sui primogeniti concessit ex utraque parte fructera circa vineam usque ad chimino integra remanere; ex parte vero agri arabillis ita provisum fuit ut nec ager perturbetur ad colendum nec clausura vinee prematur. Concessit eciam predictus monachis predictam vineam de cetero possidendam quitam et liberam ab omni calumpnia et exactione, et quod monachis de cetero in curia sua vel suorum post eum non tenebuntur respondere, nec ipsis vel suis monachi auxilium ad militem faciendum nec ad filiam maritandam, nec aliquam emendam, vel aliud aliquod servicium persolvent preter unam minam frumenti ad velanem mensuram de Jugun ei annuatim reddendam et emendam si predicta frumenti infra natale Domini non fuerit persoluta; etc. Actum anno Domini M° CC° XVIII°. (Arch. des Côtes du Nord.). Alain Prigent, fils de Geoffroy, faisait un accord en 1257 pour les droits d'usage dans la forêt de Boquen. Le 10 juilet 1427, est cité Guillaume Prigient. En 1475, Jehan Pregent, (100 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît en archer ; Jehan Prigent était marié avec Annette Gauteron, damoiselle du dit lieu Le Plessix en Sévignac (voir la seigneurie du Plessix Gautron à Sévignac). Annette Gauteron transmettra aux posssseurs de la Villeneuve la terre de Beauvais en Sévignac.  Ci dessous

 

 

 

Jéhan Prigent a présenté pour lui et sa mère, Olivier Prigent et Jean Poussin, porteur d’une brigandine et comparaît en archer. Olivier Prigent, disposait en 1535 de la seigneurie de la Villeneuve en Plénée, seigneurie avec moyenne justice, mais Olivier Prigent possédait également en la même paroisse de la Porte et de la Girardais. Sa fille Olive épousa Christophe Sauvaget, capitaine des francs-archers de l'évêché de Saint-Brieuc, seigneur des Clos, de la Croix de Pierre, de Parqueven, du Minihy et de la Ville-Pierre. Quelques générations plus tard, nous trouvons un des descendants de Christophe Sauvaget et de Olive Prigent en la personne de Jean Sauvaget, titré seigneur des Clos, il exerçait la charge de guidon des gendarmes de la Reine, autrement dit, il était porteur de l'étendard de cette compagnie.

 

 

Manoir des Clos

 

Il eut d'Olive Bertho, dame de Corgouët, qu'il épousa en 1527, plusieurs enfants, dont  Charles Sauvaget, dit le baron des Clos, celui-ci épousa, en 1654, Marie Libault de Pinieux, et leur fils, Jean-Baptiste Sauvaget, dit le marquis des Clos, fut brigadier de cavalerie et mestre de camp d'un régiment de son nom. Il fut tué à la levée du siége de Turin en 1706. Jean-Baptiste Sauvaget, avait épousé Marie-Anne de Visdelou de Bienassis (voir le château de Bienassis en Erquy), et leur fille Marie-Anne-Jeanne-Françoise Sauvaget, dame des Clos, du Cargouët etc., épousa Charles-François de Froulay -acte ci-dessous, comte de Froulay et de Montflaux, ambassadeur de France auprès de la république de Venise en 1732, lieutenant-général des armées du roi en 1738 etc.

 

 

II mourut le 27 février 1744, laissant de son mariage avec Marie-Anne Sauvaget, entre autres enfants Renée-Charlotte de Froulay, mariée le 18 mars 1717 avec Louis-Marie de Créquy, marquis de Créquy. Une des femmes lés plus distinguées, du XVIIIe siècle. Ci-dessous

 

 

L'actuel manoir fut reconstruit au cours du XVe siècle, par la famille Prigent, puis agrandit dans le cours du XVIIIe siècle par la famille Sauvaget. pavillons et ailes latérales. Les armes des Sauvaget sont sculptées sur chaque pavillon. Au XIXe siècle, le corps de logis est abondamment repris, la chapelle est reconstruite et désorientée afin de l'agrandir. Ces travaux sont conduits par les de Lorgeril dont les armes sont sculptées sur la porte d'entrée. Le cadastre ancien montre trois avenues menant au manoir et un plan d'eau à l'est. Le domaine est acquis en 1956 par l'institution Croisade des Aveugles qui y exerce un enseignement technique agricole. Manoir précédé d'une cour bordée de deux ailes de communs et fermée par une clôture en bois au sud. Plan en équerre avec une tour d'escalier dans l'angle contenant un escalier en vis sans jour en maçonnerie. Toit en pavillon sur les pavillons latéraux ; toit conique sur l'escalier principal ; escalier secondaire à noyau évidé formant main courante. Corps de logis à étage carré. Ailes latérales à étage de comble. Chapelle intégrée (d'après la description de Manoirs de France) ..Dans les paroisses de Plénée-Jugon et de Tramain, s’étendait une vaste lande de 300 journaux dite la lande des Brignons, dont la terre était renommée pour faire des pots : elle dépendait du manoir de la Villeneuve qui plus tard fit partie de la haute-justice des Clos érigée en baronnie en 1682. Les seigneurs de la Villeneuve avaient abandonné aux potiers de Tramain et des villages circonvoisins l’usage de la lande en question, ainsi qu’une très-bonne fontaine qui s’y trouvait : ils leur avaient permis en outre de se servir des genêts et de la bruyère qui y croissaient pour la cuisson de la poterie. Cette tolérance n’était pas, il faut l’avouer, bien onéreuse : les potiers reconnaissaient le seigneur de la Villeneuve pour seigneur terrien; de plus ils étaient tenus de s’assembler, chaque année, le dimanche avant la Saint-Jean-Baptiste, et d’accompagner le dernier marié d’entre eux lequel portait un pot, aux armes du sei gneur et garni de fleurs. Les autres potiers tenaient chacun une fleur, et le cortège précédé d’un sonneur et d’un joueur d’instrument se rendait dans l’église paroissiale de Plénée-Jugon en la chapelle privative du seigneur de la Villeneuve: celui-ci, ou ses officiers, dans le banc seigneurial, recevait l’offrande du dernier marié des potiers qui s’exposait, en se dispensant de ce service, à payer soixante sous d’amende. Ajoutons que le seigneur de la Villeneuve tenait aussi à avoir des étrennes : le premier jour de l’an, les potiers de Tramain allaient au manoir lui présenter un « chef-d‘œuvre de leurs mains et métier, à peine de quinze sous d’amende. Sur tous les vases d’un prix supérieur à trois sous, on devait mettre les armes du seigneur de la Villeneuve à peine de quinze sous d’amende. En 1780, Le Clos appartenait à Mme de la Fruglaye qui possédait aussi la terre de la Villeneuve, toutefois, c'est Maître Gabriel de Neuville, Avcocat au Parlement de Bretagne et sénéchal de plusieurs juridictionss qui résidait avec sa famille en l'endroit. (voir histoire de Broons, page n° 23). Le ministre Louis de Chappedelaine disposa de la Villeneuve (voir le ministre Louis de Chappedelaine), et ensuite l'endroit fut cédé en 1956 à l'Abbé Richard et la Croisade des Aveugles. Il est depuis dédicacé à Sainte-Odile et est connu sous le nom de Villeneuve-Sainte-Odile. Saint-Odile étant la patronne des non-voyants.

 

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 20:04

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 07:29

 

 

Pour bien comprendre les événements qui vont suivre et qui intéressent si vivement l'histoire de Dinan, il importe de remonter un peu dans la généalogie des Beaumanoir du Besso (voir La vicomté du Besso à Saint-André-des-Eaux). Nous citons rapidement, de père en fils, les successeurs de cette branche qui furent :

1° Robert, frère de Beaumanoir « Bois ton sang », chambellan du duc de Bretagne, époux de Tiennette du Besso.

2° Jean Ier, époux de Jeanne Boutier.

3°Jean II, sgr. de Claye, époux de Hamette du Bois-Hamon.

4° Jean III, époux de Jeanne de la Bérue.

5° Brient, chambellan de Louis XI, époux, en 1458, de Marguerite du Creux.

6° Gilles, chambellan du duc François II, époux de Jacquemine du Parc. 7° François, chambellan de Louis XII, mort à Angers en 1509 sans mariage.

7° Charles, frère du précédent, époux d'Isabeau de Busson.

8° Jacques, échanson du roi François Ier, époux 1° 15 juin 1538, de Adélice de laFeuillée dont il eut deux filles, Marguerite et Jeanne, cette dernière morte jeune. Marguerite épousa, en 1551, Tanguy de Rosmadec, sgr de Molac. Jacques épousa en secondes noces Jeanne de Quellenec dont le frère, Charles, fut tué à Paris à la St-Barthélemy (1572), laissant sa fortune à son neveu ci-après.

9° Toussaint de Beaumanoir, fils de Jacques (2e mariage), épousa Anne de Guémadeuc dont il eut Hélène, l'objet de cette notice. Ajoutons que Jacquemine de Beaumanoir, soeur de Toussaint et tante d'Hélène, épousa François de Guémadeuc dont elle eut Françoise de Guémadeuc, mariée à M. de Vignerot sieur du Pont de Courlay. Toussaint de Beaumanoir, vicomte du Besso, baron du Pont-l'Abbé et de Rostrenen, naquit à Jugon le 1er septembre 1554. Il épousa Anne de Guémadeuc vers 1586. Il avait environ 32 ans et était chevalier des ordres du roi, capitaine de 50 hommes d'armes de ses ordonnances, et maréchal de camp des armées de Bretagne. Dans la guerre de la Ligue, Toussaint embrassa le parti d'Henri IV (il était huguenot) et fut chargé du commandement de l'infanterie en Bretagne. En 1590, après s'être signalé en différents combats, il passa à Rennes le 9 février, allant rejoindre le prince de Dombes au siège d'Ancenis que les Ligueurs tenaient au nom de Mercoeur. Là, il fut grièvement blessé au bras d'un coup d'arquebuse. On le rapporta à Rennes où il mourut le 17 mars 1590, laissant sa jeune femme enceinte de son premier enfant (voir Histoire de Jugon, page n° 4 : les guerres de la Ligue). Il avait lui-même 36 ans. La jeune veuve enferma son deuil dans le manoir de Dinan appelé aujourd'hui le Vieux Couvent (nous verrons pourquoi) et faisant face à la rue de Ladrerie conduisant à St-Sauveur. Cet intéressant manoir, magnifique spécimen du début de la 1re Renaissance en Bretagne, avait été construit par Jacques de Beaumanoir dont nous avons parlé plus haut et était devenu le séjour habituel des vicomtes du Besso. C'est là qu'Hélène naquit ; elle fut baptisée à l'église St-Sauveur le 22 août 1590 * (note personnelle, il s'agit d'une erreur de l'auteur, en réalité l'enfant baptisée se nommait Hélène de Beaumont, fille de Christophe et de Jacquemine de Tréal, sieur et dame de la Ville-Arnoul), cinq mois après la mort de son père, un peu plus de six mois après le départ de celui-ci pour rejoindre le prince de Dombes. Sa tutelle fut confiée naturellement à sa mère Anne de Guémadeuc, mais cette tutrice était bien jeune et bien belle encore pour ne pas susciter des convoitises. Un de ses soupirants,M. de la Vallée Plumaudan, tenta un enlèvement qui échoua et il fut décapité en effigie en 1592. Deux ans après, le 17 juillet 1594, elle épousa M. de la Marzelière, chevalier du roi et capitaine de 50 hommes d'armes, lequel fut tué en duel, le 9 mars 1604, par Montgommery, gouverneur de Pontorson. La mère d'Hélène, en convolant en secondes noces,perdait une partie de ses droits de tutelle. On lui adjoignit, le 31 mars 1595, le baron de Molac comme curateur. L'enfant avait alors 4 ans. Le marquis Tanguy de Rosmadec, baron de Molac, était, nous l'avons vu, oncle par alliance de l'enfant, ayant épousé Marguerite de Beaumanoir, soeur du premier lit de Toussaint. Le baron de Molac ne garda pas longtemps la curatelle; il fut remplacé, le 25 juin 1599, par Jean de Quellenec, le grand-père de Toussaint. Déjà le 16 janvier 1599, Hélène de Beaumanoir, qui n'avait alors que 8 ans 1/2, avait été fiancée, par contrat, avec René de Tournemine,baron de la Hunaudaye, fils de René Ier et de Marie de Coëtlogon. Le fiancé, dit on, n'avait que 16 ou 17 ans. Le mariage évidemment ne pouvait être consommé. Cependant le compte de tutelle fut rendu vers 1601 ; sans doute que dès ce moment la vie commune commença. Que pouvait être ce mariage d'une enfant de onze ans avec un jeune homme qui n'en avait pas vingt ? L'amour n'en pouvait être le lien. René chercha ailleurs des plaisirs plus faciles, et Hélène, dès qu'elle fut nubile, chercha de son côté aussi peut-être de quoi compenser l'abandon de son mari. De là des troubles terribles dans le ménage, troubles qui durèrent cinq ans. Cette guerre commença en 1604. Hélène, qui avait 14 ans, prétendit que son mari la battait. Elle s'enfuit dans son domaine du Pont où son mari vint l'assiéger. Elle implora le secours de son cousin le baron de Molac, gouverneur de Dinan, qui accourut; mais déjà la place était forcée, et Hélène était aux mains de son mari. Elle réclama la protection de Molac et s'enferma à Dinan sous la garde du gouverneur. Dinan, menacé d'un coup de main par Tournemine, fut obligé de s'entourer d'une garde permanente. Hélène intenta contre son mari une action en dissolution de mariage, et le Parlement ordonna que la jeune femme se retirerait à Rennes pour y être plus en sûreté. En 1606, le baron de la Hunaudaye se rencontra en campagne, près de Rhuys, avec M. Toussaint de Guémadeuc, un cousin d'Hélène. Les luttes de famille avait naturellement indisposé les deux cousins l'un contre l'autre. Une collision eut lieu; les serviteurs prirent fait et cause pour leurs maîtres ; M. de Guémadeuc fut tué dans le combat, et Tournemine reçut un coup de pistolet au genou et mourut en languissant en 1609. Toussaint de Guémadeuc, la victime précédente, fut inhumé à Québriac, dont il était le seigneur, le 4 décembre 1606. Hélène était donc débarrassée de son mari. Elle avait alors 19 ans et était sans enfants. Elle convola bientôt en secondes noces et épousa Charles de Cossé, marquis d'Acigné, frère du duc de Brissac.Le contrat de mariage eut lieu le 12 août 1609. Hélène ne fut pas plus heureuse avec ce nouvel époux volage et tracassier. Il se livra à une telle vie de folles prodigalités que le maréchal de Brissac, son frère, dut faire interdire les deux époux par arrêté du Parlement en 1615, pour éviter leur ruine commune. Malgré l'arrêt du Parlement, le marquis dépensait son argent en folies, et comme sa femme était un obstacle à ses débordements, il fit séquestrer Hélène dans un de ses châteaux. Il alla même, pour pouvoir se débarrasser de sa femme sans perdre ses droits à sa fortune, jusqu'à lui faire reconnaître un enfant supposé. Hélène parvint à faire prévenir le Roi de tous ces méfaits, et le marquis fut mis à la Bastille en août 1626. Hélène demanda l'annulation de son mariage, ce qu'elle obtint par arrêt du 25 janvier 1528. M. d'Acigné fut banni du royaume, condamné à 24 mille livres de dommages-intérêts, 12 mille livres d'amende et la confiscation du reste de ses biens. Hélène de Beaumanoir avait alors 38 ans. Elle était relativement jeune encore, mais ces luttes l'avaient usée et des infirmités précoces minaient sa vie. Elle s'enferma dans son manoir de Dinan qu'elle affectionnait tout particulièrement. Le 28 avril 1612, nous la voyons marraine à St-Sauveur au baptême de Tanneguy du Breil de Pontbriand dont Tanneguy de Rosmadec, gouverneur de Dinan, était le parrain. Nous la retrouvons encore marraine à St-Sauveur le 11 novembre 1631. Elle avait alors près d'elle une de ses nièces, Françoise de Guémadeuc, épouse de Messire François de Vignerot, marquis de Pontcourlay, à laquelle elle avait fait don d'une partie de ses biens par acte du 16 janvier 1629. Cette donation irrita les Rosmadec, qui se sentaient frustrés, et qui, après la mort d'Hélène, intentèrent un long procès aux Vignerot.

 

 

L'Hôtel Beaumanoir.

 

 

Vers la fin de sa vie, Hélène, qui avait fondé un couvent de Sainte-Catherine dans son propre manoir de Dinan, fit à ce couvent des legs importants et lui donna des maisons et des rentes. Puis, sa santé étant trop altérée, elle se retira au château de Limoëlan en Sévignac, qui était sa propriété, et y mourut d'hydropisie vers la fin de juillet 1636, à l'âge de 46 ans(voir la seigneurie de Limoëlan à Sévignac et ses possesseurs, page n° 1 & la seigneurie de Limoëlan et ses possesseurs, page n° 2) . Son corps fut apporté le 10 août à Dinan et inhumée dans la chapelle des Religieuses de Sainte-Catherinepar Mgr l'Évêque de St-Malo, Achille du Harlay. C'est pendant les luttes avec le marquis d'Acigné qu'Hélèn de Beaumanoir eut l'idée de créer le couvent des Catherinettes et de s'y enfermer. Elle ne pouvait agit elle-même puisqu'elle était en puissance de so mari ; elle employa deux filles d'Yvignac, Perronelle et Françoise d'Yvignac, la tante et la nièce, qui obtinrent de Mgr Le Gouverneur, évêque de Saint-Malo, l'autorisation, en date du 20 décembre 1625, d'ouvrir à leurs frais le dit couvent. Bien entendu que c'était Mme d'Acigné qui faisait tous ces frais ; déjà, par acte du 2 juin 1620, elle avait consigné 1000 fr. de rente pour le dit couvent où les deux demoiselles d'Ivignac se firent religieuses. Un peu plus tard des religieuses de l'ordre réformé de St-Dominique vinrent habiter l'hôtel Beaumanoir, de là le nom de Vieux Couvent, et elles y devinrent si nombreuses que la petite cour qu'on y voit encore et qui leur servait de cimetière, s'emplit de leurs tombes. Le grand-père du propriétaire actuel fit transporter au cimetière de Dinan toute une charretée d'ossements provenant de ces fouilles. Ce magnifique hôtel, admirable type (comme le château de la Garaye), de la première époque de la Renaissance, est fort intéressant à visiter. Le corps principal du logis possède une tour octogonale en avant-corps, percée de fenêtres rectangulaires à angles supérieurs arrondis et surmontées des élégantes accolades qui caractérisent la Renaissance. Partout, à l'intérieur, les pleins cintres des portes ont remplacé l'ogive du moyen âge, et un splendide escalier de pierres, tournant sa large spirale autour d'une colonne légère, monte aux étages avec ses 60 marches monumentales.Les appartements intérieurs ont été profondément modifiés, mais on y voit encore les étroits corridors et les petites cellules des religieuses. Ces cellules ne sont pas dans le corps de l'hôtel, mais dans un bâtiment latéral construit par Hélène elle-même pour servir de chapelle et où elle fut provisoirement enterrée. Dans l'hôtel on visite avec intérêt la cuisine avec sa large cheminée et les servitudes qui vont jusqu'à la rue du Jerzual où il y avait une sortie. Toute la place était enclose sur le devant, où s'ouvre encore le beau portail Renaissance avec son magnique fronton si richement ajouré surmontantun bel arc surbaissé du style Tudor.

Hélène de Beaumanoir, par P. de Lhommeau
Hélène de Beaumanoir, par P. de Lhommeau
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 21:09

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II est extraordinaire que la politique du parlement de Rennes ait été si largement négligée par les historiens bretons pendant presque tout le xvne siècle. Le livre d'Henri Carré sur le parlement à l'époque d'Henri IV se termine évidemment en 1610, tandis qu'Alphonse Le Moy, en étudiant le parlement au XVIIIe, a laissé presque entièrement de côté le siècle précédent, commençant son livre à la mort de Louis XIV, en 1715. Il n'y a pas de livre, donc, sur l'histoire parlementaire entre 1610 et 1715, mais on peut consulter : l'article de Séverin Canal sur « Les origines de l'intendance de Bretagne », pour les réactions du parlement contre les premiers intendants bretons, que Richelieu et Mazarin avaient créés ; l'article d'Henry Salomon sur « La fronde en Bretagne », pour le rôle du parlement entre 1648 et 1653 ; et les études de Jean Lemoine et d'Arthur de La Borderie sur la révolte du papier timbré en 1675, pour l'activité du parlement lors de cet événement. Tous ces auteurs, néanmoins, s'occupèrent assez peu des intérêts du parlement, et personne n'étudia l'histoire parlementaire proprement dite au XVIIe siècle. De plus, il est évident que l'époque qu'on pensait cruciale, celle des premières années du règne de Louis XIV et de l'administration de Colbert, reste pour l'histoire parlementaire. II est extraordinaire que la politique du parlement de Rennes ait été si largement négligée par les historiens bretons pendant presque tout le XVIIe siècle. Le livre d'Henri Carré sur le parlement à l'époque d'Henri IV se termine évidemment en 1610, tandis qu'Alphonse Le Moy, en étudiant le parlement au xvmc, a laissé presque entièrement de côté le siècle précédent, commençant son livre à la mort de Louis XIV, en 1715. Il n'y a pas de livre, donc, sur l'histoire parlementaire entre 1610 et 1715, mais on peut consulter : l'article de Séverin Canal sur « Les origines de l'intendance de Bretagne », pour les réactions du parlement contre les premiers intendants bretons, que Richelieu et Mazarin avaient créés ; l'article d'Henry Salomon sur « La fronde en Bretagne », pour le rôle du parlement entre 1648 et 1653 ; et les études de Jean Lemoine et d'Arthur de La Borderie sur la révolte du papier timbré en 1675, pour l'activité du parlement lors de cet événement. Tous ces auteurs, néanmoins, s'occupèrent assez peu des intérêts du parlement, et personne n'étudia l'histoire parlementaire proprement dite au XVIIe siècle. De plus, il est évident que l'époque qu'on pensait cruciale, celle des premières années du règne de Louis XIV et de l'administration de Colbert, reste pour l'histoire parlementaire der ; c'est pourquoi les prédécesseurs de Louis XIV et de Colbert, qui y avaient souvent pensé, ne firent presque rien, ou plutôt aggravèrent le problème en créant et vendant de plus en plus d'offices et rendant la vénalité encore plus importante dans l'Etat. Colbert, néanmoins, pensa avoir une solution. Il proposa au roi l'édit de décembre 1665, qui limitait brutalement les prix maxima d'un grand nombre des offices vénaux de judicature. Par ce moyen Colbert espérait atteindre deux buts : mettre fin à la hausse spéculative des prix des offices judiciaires et rendre plus facile la suppression éventuelle de ces mêmes offices. La limitation des prix serait le premier moyen de diminuer le nombre des offices. En effet, l'édit annonçait que le roi comptait supprimer tout office à la mort de son détenteur, en remboursant toutefois aux héritiers le prix établi par l'édit. L'acte comportait une liste d'une variété d'offices et établissait leurs nouveaux prix légaux. Cet édit de décembre 1665, qui frappait tous les officiers, était particulièrement pénible pour les magistrats du parlement de Bretagne. Dans le parlement de Rennes, un office de conseiller originaire, réservé en principe aux Bretons, se vendait avant 1665 entre 135 000 et 187 000 livres : un prix moyen de 150 000 livres était jugé normal. Or, l'édit de 1665 fixait le prix de cet office à 100 000 livres, ce qui représentait une perte immédiate d'environ 50 000 livres de capital pour presque tous les officiers originaires. Par surcroît de malheur, cet édit amorça une chute irréversible des prix de ces offices. En effet, si à la mort du Roi-Soleil un conseiller originaire valait approximativement 75 000 livres, il ne valait plus qu'environ 30 000 livres à la fin de l'ancien régime. L'office de conseiller non originaire connut le même destin. Les offices non originaires, qui se vendaient à un prix entre 90 000 et 103 000 livres, furent fixés à 70 000 livres par l'édit de 1665. Leurs prix tombèrent à 40 000 livres en 1715 et ils se vendirent très difficilement au xvme siècle. Ce fut un succès éclatant pour Colbert car la hausse spéculative des prix des offices fut totalement renversée. Ce qui était vrai pour le parlement de Bretagne était aussi valable pour le parlement de Paris et probablement pour les autres parlements du royaume. La chute générale des prix des offices parlementaires dura jusqu'à la fin de l'ancien régime. Cette condition inquiéta les magistrats. En Bretagne, le parlement protesta vivement contre l'édit de 1665 par ses remontrances de juin 1666, dans lesquelles les magistrats se plaignirent de la ruine imminente de leurs familles que l'édit atteindrait. Une remontrance de 1672 renouvela ces plaintes, mais ni l'une ni l'autre n'émurent Colbert ou le roi. De toute façon, l'édit de 1665 fut annulé en 1689, mais la chute des prix n'en continua pas moins. De plus, Colbert s'occupa de la vénalité de deux autres manières. Par le même édit de 1665, la paulette, ou le droit annuel, ne fut renouvelée que pour trois ans au lieu des neuf ans ordinaires. En réduisant son terme, Colbert proclama son désir de la voir un jour définitivement abolie. Or, c'était la paulette qui, depuis 1604, garantissait la transmission héréditaire des charges moyennant le paiement annuel au gouvernement du soixantième de la valeur de l'office porté sur les états du roi. Regardée comme une sorte de prime d'assurance, la paulette était une aubaine pour les officiers, qui en réclamaient le renouvellement chaque fois qu'elle était prête à expirer. Aussi ce projet alarma- t-il tous les officiers sans exception, y compris les parlementaires bretons, qui se prononcèrent dans leur remontrance de 1666. Enfin, l'édit de 1665 éleva l'âge nécessaire pour être conseiller de vingt-cinq ans à vingt-sept ans, indiquant l'espoir de Colbert d'élever ainsi la maturité, donc la compétence de la magistrature. Inutile de dire que cette prescription agaçait les magistrats bretons car elle réduisait le nombre de personnes susceptibles d'acheter un office et rendait plus difficile la transmission d'un office à un héritier. Dans l'ensemble, donc, l'édit de 1665 représentait un grand danger pour les intérêts particuliers des parlementaires bretons. Nous savons aujourd'hui que toutes leurs appréhensions étaient peu fondées : la paulette ne sera pas supprimée pendant le règne de Louis XIV, et il y aura toujours des dispenses d'âge vendues par la monarchie. Dès l'édit de 1665, pourtant, les parlementaires bretons furent soucieux de cette attaque contre la vénalité, d'autant plus que le gouvernement supprima deux offices dans le parlement entre 1665 et 1672. La crainte de perdre leurs office fut plus tard exacerbée par une baisse continue des épices, qui étaient les redevances dues aux juges par les plaideurs dans les tribunaux et dont le montant dans le parlement breton était plus important que les gages fixés des offices. Pour le parlement de Rennes, la baisse est démontrée par leurs registres de comptabilité ; elle s'amorça dès les années 1670, s'accentua vers 1680 et se détériora davantage vers 1690. La Grand-Chambre, par exemple, perçut 44 809 livres en épices pour le semestre d'août 1673, mais seulement 16 928 pour le semestre d'août 1695. Il s'agit là d'un exemple extrême. Dans l'ensemble, le pourcentage des pertes en épices au règne de Louis XIV était de quarante cinq pour cent et donc semblable à la chute des prix des offices. Ce phénomène n'était pas dû aux efforts de Colbert, bien qu'il ait voulu abolir les épices et rendre la justice « gratuite ». Ses règlements pour la taxation et la perception des épices n'étaient pas la cause de la baisse des épices dans le parlement de Bretagne. Elle fut probablement due à deux conditions : la détérioration de la situation financière pendant le règne de Louis XIV et la tendance, surtout après 1689, de l'administration royale à réserver des causes importantes aux nouveaux intendants, au lieu du parlement. De toute façon la baisse des épices, ainsi que la chute des prix des offices, soucièrent toutes deux les parlementaires bretons pendant presque tout le règne de Louis XIV. Ce fut l'une des causes de l'intransigeance politique du parlement envers la couronne, dont on reparlera. Il y a bien sûr des raisons politiques aux positions qui seront prises par le parlement ; mais les soucis financiers y furent certainement pour beaucoup. Louis XIV et Colbert eurent affaire également aux pouvoirs politiques des parlements, qui étaient fondés sur leur droit d'enregistrer la législation de la monarchie avant de la faire exécuter dans leurs juridictions. Ce droit, acquis dès le XVe siècle, comportait le pouvoir de remontrer contre une loi jugée en conflit avec les ordonnances, les lois fondamentales ou les intérêts du roi et du peuple. La loi restait alors sans effet jusqu'à ce que le roi répondît aux objections parlementaires ou utilisât un des moyens de contrainte, tels que lettres de jussion ou lit de justice. Quand la monarchie était faible, surtout au temps d'une régence, un parlement, tel que le parlement de Paris, pouvait frustrer la législation royale ou même provoquer une crise sérieuse dans l'Etat. C'est ce qui se passa pendant la Fronde. Il est clair qu'en exerçant leurs pouvoirs politiques les parlements contrôlaient ou partageaient le pouvoir législatif royal. De temps en temps les rois, notamment Louis XIII, s'efforcèrent de régler et de limiter les remontrances parlementaires. Il en fut de même sous Louis XIV. L'ordonnance civile de 1667 et les lettres patentes de février 1673, encore plus sévères que la précédente, demandaient que tout acte royal fût enregistré promptement et avant toute remontrance. Le cas échéant, une seule remontrance serait permise ; le roi la lirait, l'accepterait ou non, et tout serait dit. Le parlement devrait alors faire exécuter la loi sans aucune hésitation. De même, ces ordres de 1667 et 1673 interdisaient aux parlements de modifier les actes royaux, car les parlements avaient pris l'habitude d'altérer les articles d'un acte pour mieux les conformer à leur gré. Dans l'ensemble, donc, Louis XIV tenta de priver les parlements de la plus grande partie de leurs fonctions politiques et législatives et de les restreindre à leurs fonctions juridiques. Il y réussit d'une certaine manière. Le parlement de Paris et la plupart des parlements provinciaux cessèrent de remontrer dès avant 1673, et il sera désormais fort rare, sauf pendant les révoltes populaires de l'Ouest en 1675, que le roi considère que ses parlements lui causent certaines difficultés. Tout cela montrait aux parlements que le roi attendait d'eux de la discipline, de l'obéissance et un certain zèle pour son service. Le parlement de Rennes en ressentira lui aussi les effets Enfin, Colbert voulait réformer la législation française, qui était embrouillée, contradictoire, irrationnelle ou périmée et réclamait une vraie codification légale qui ferait de Louis XIV l'égal de l'empereur Justinien. Le roi fit mine d'accepter le projet et un Conseil de justice, réuni en 1665 et dirigé en partie par Pussort, oncle de Colbert, commença son travail. Il en résulta les ordonnances suivantes : civile (1667), des eaux et forêts (1669), criminelle (1670), du commerce (1673), de la marine (1681) et le « Code noir » (1685). Mais ces ordonnances civiles et criminelles étaient plutôt des codes de procédure. Néanmoins, elles irritèrent les tribunaux du royaume, surtout les parlements, qui les acceptèrent de mauvaise grâce et sous pression, car elles contredisaient certains articles du droit coutumier et des usages locaux. Les réformes légales de Colbert étaient donc une cause supplémentaire d'inquiétude pour les parlementaires, y compris les Rennais, dans les premières années du règne de Louis XIV. C'est donc dans cette atmosphère tendue entre les parlements et la couronne que se situe l'expérience particulière du parlement de Bretagne. De la mort d'Henri IV, en 1610, jusqu'au règne personnel de Louis XIV, en 1661, le parlement de Bretagne eut plusieurs heurts avec la monarchie, mais rien qui eût pu changer radicalement les relations fondamentales qui existaient entre le gouvernement royal et celui de la province. Il paraissait, bien au contraire, selon une « sorte de contrat tacite entre la royauté et la noblesse locale », que la Bretagne resterait fidèle aussi longtemps que le parlement et la noblesse jouiraient d'une large autonomie juridique et sociale. De temps en temps, pourtant, ce contrat semblait être en péril. En 1638, par exemple, le parlement protesta amèrement contre l'exercice des pouvoirs juridiques par l'intendant breton de Lasnier, annula sa commission et remontra au roi. Mais un arrêt du (Conseil royal cassa l'action du parlement, mit à la raison trois officiers, y compris le premier président, et confirma tous les pouvoirs de Lasnier ; le parlement fut réduit au silence. L'intendance, cependant, ne dura pas en Bretagne. En effet, Lasnier quitta la province en 1640 et ne fut remplacé qu'en 1647 par un nouvel intendant, Coëtlogon de Méjusseaume, qui gardait son office de conseiller au parlement. Cette fois les protestations du parlement furent même plus vives qu'en 1638, si bien qu'au début de 1648 il paraissait certain qu'un heurt majeur entre le tribunal et le gouvernement serait désormais inévitable, avec, bien entendu, de lourdes conséquences pour les deux parties. Mais le début de la Fronde, en 1648, préoccupa le gouvernement et mit fin à cette crise en Bretagne, car l'intendance fut pratiquement abolie dans tout le royaume avant la fin de l'année. Au lieu de participer d'une manière sérieuse au grand soulèvement, le parlement et les états s'amusèrent à s 'entrebatailler, même un peu après la fin de la Fronde. Avec le retour au calme des années 1650, le parlement de Bretagne put se rendre compte que le gouvernement de Mazarin et d'Anne d'Autriche respectait ses privilèges et son autorité, à une exception près. En 1655-1657, quand Mazarin demanda au parlement de Paris l'enregistrement des édits fiscaux, il fit également pression sur le parlement de Rennes. En Bretagne on s'émouvait d'un édit qui confirmait les usurpations dans les terres vaines et vagues et dans le domaine royal, contre un fort paiement. Réagissant avec ardeur, le parlement refusa l'enregistrement et remontra au roi. Sans doute les intérêts particuliers des magistrats bretons, comme ceux des autres propriétaires, étaient-ils en jeu. Quand le parlement eut refusé de céder même devant des lettres de jussion, Mazarin ordonna à trois magistrats de quitter Rennes pour l'exil. La situation resta tendue jusqu'en 1657, quand les Etats rachetèrent l'édit, tout en augmentant généreusement le « don gratuit ». Après cet épisode, Mazarin ne fit aucune pression sur le parlement et les dernières années de son administration s'écoulèrent dans la tranquillité. Donc, après les deux administrations de Richelieu et de Mazarin et malgré les attentats du pouvoir royal contre lui, le parlement de Bretagne réussit à garder intacts tous ses pouvoirs politiques anciens. Il restait à savoir si cette pression du gouvernement se répéterait et s'intensifierait sous le règne personnel de Louis XIV. Il est bon de noter que la puissance du parlement provenait en partie de sa capacité de pouvoir coordonner sa politique avec celle des Etats, ce qui lui permettait de temps en temps d'ériger une coalition formidable contre les demandes du gouvernement. Cette politique du parlement date des guerres de religion, au XVIe siècle, quand les Etats réclamèrent le droit d'opposer devant le parlement toute législation royale portant atteinte aux privilèges provinciaux ; c'est-à-dire les édits fiscaux, multipliés et rendus plus onéreux par les troubles intérieurs du royaume. Par l'édit de juin 1579, Henri III céda et reconnut aux Etats le droit de présenter leur opposition aux nouvelles lois devant le parlement. De fait, c'était donner la sanction royale à une coopération importante entre deux grandes institutions provinciales, à l'association du parlement, qui avait le droit de refuser l'enregistrement des lois, et des Etats, qui pouvaient négocier la modification ou la suppression de ces mêmes lois au moyen de leurs pouvoirs sur la levée des impôts bretons. Il semble que les assemblées bretonnes coopérèrent assez fréquemment au XVIe siècle ; de toute façon elles pouvaient coopérer d'une certaine manière. La nature précise de leurs relations pendant les premières décennies du xvne siècle n'est pas encore bien connue, à quelques exceptions près. En 1629, leur opposition à la Compagnie des cent associés de Morbihan, qui voulait créer un nouveau port breton, jouissant des exemptions juridiques et financières, persuada Richelieu de supprimer le projet. Ils coopérèrent aussi, mais avec moins de succès, quand Mazarin présenta son édit sur les usurpations terriennes en 1655. Il y eut probablement d'autres exemples de cette coopération dans la première moitié du xvne siècle, d'autant plus que le procureur général syndic, c'est-à-dire l'officier politique et administratif qui réglait les affaires des Etats entre leurs séances, était toujours, depuis 1636, un magistrat du parlement. Cela aurait dû faciliter la communication entre les deux institutions, mais on ne sait pas encore combien de fois le parlement et les Etats coopérèrent avant le règne de Louis XIV. Toutefois, l'importance de cette coopération se révèle clairement dans les premières années du nouveau règne. Prenons, par exemple, le cas d'un édit envoyé au parlement en 1664, qui voulait supprimer les notaires, sergents, procureurs et d'autres magistrats dans les villes et justices seigneuriales de Bretagne pour y créer et vendre beaucoup plus de ces offices. Cet édit provoqua une levée de boucliers dans le parlement et dans les états car ces offices seigneuriaux faisaient partie de la propriété et des revenus des officiers du parlement et des membres de la noblesse des Etats. Il va sans dire que les notaires, procureurs et sergents des villes, eux aussi, protestèrent à leur façon. Au mois de juin 1664 le parlement examina l'édit, contre lequel plusieurs magistrats protestèrent vivement. Le premier président d'Argouges fit de son mieux pour calmer les esprits afin de faire enregistrer l'édit ; mais, dit-il à Colbert, « ... ce n'est pas que je ne fasse pas tout mon possible et tout ce que je doibs pour rendre l'affaire aultrement, mais je crains de nen pouvoir estre le maistre, c'est un (sic) estrange chose... » Enfin, le parlement résolut de ne pas se prononcer sur l'édit mais de le transmettre au procureur général syndic pour que les Etats puissent le considérer à leur tour et, si possible, en obtenir la suppression moyennant paiement du « don gratuit ». Le parlement ne refusait pas encore l'enregistrement, mais il espérait tourner la difficulté en transmettant l'édit aux Etats. Ceux-ci ne se réuniraient qu'au mois d'août 1665, de sorte qu'un délai de plus d'un an interviendrait, freinant ainsi la législation royale. L'efficacité de l'action du parlement apparut à la réunion des Etats de 1665 à Nantes. Entre les commissaires du roi et les délégués des Etats de longues négociations eurent lieu au sujet de l'édit, à la fin desquelles la couronne céda et en ordonna la suppression qui fut incluse dans le contrat biennal, signé par les représentatifs du roi et ceux des Etats. Le 21 janvier 1666 le parlement, soulagé, enregistra ce contrat, scellant ainsi la disparition d'un édit dont il désapprouvait la teneur. Donc, l'entente facile entre le parlement et les Etats fortifiait énormément l'influence politique bretonne sur la couronne. C'était précisément à cette sorte d'activité que Colbert voulait mettre fin, pour obtenir de la Bretagne, et plus généralement de toutes les autorités et institutions provinciales, plus plus de zèle et plus d'obéissance au service du roi qu'elle ne le faisait. C'est pourquoi il voulait appliquer sans discussion aux pays d'Etats, y compris la Bretagne, tous les édits fiscaux dont les pays d'élections étaient ou seraient chargés. Il voulait mettre fin aux marchandages et accommodements tels ceux que les commissaires du roi devaient effectuer au sujet du « don gratuit » à Nantes en 1665. En 1665, ce but ne fut pas atteint, mais le contrôleur général ne l'abandonna pas pour autant. De toute façon, entre 1665 et 1669, la couronne traita le parlement et les Etats avec respect et ne fit pas de pression excessive sur eux. Les pouvoirs politiques du parlement, en particulier, s'exercèrent en pleine liberté. Bien entendu, le parlement ne gagna pas toujours dans ses différends avec le gouvernement. Son échec le plus pénible fut l'application de l'édit de 1665 qui réformait la vénalité en limitant le prix des offices parlementaires. Malgré une remontrance du parlement, Colbert resta ferme, et tout fut dit. Dans d'autres affaires le parlement eut plus de succès. Pendant 1666 et 1667 il transmit régulièrement aux Etats des édits, déclarations, lettres patentes, etc., qu'il ne voulait pas accepter. A cause de cette stratégie de nombreuses lois furent négociées par les Etats : la poste, les finances municipales, le haras, etc. Et la couronne toléra de bonne grâce ce rôle du parlement. Au cours d'autres différends, le gouvernement, tout en maintenant la fermeté de sa politique, se montra prêt à pactiser avec le parlement plutôt que de l'avilir. Dans la réformation de la noblesse bretonne, par exemple, les sensibilités du parlement furent respectées. Une déclaration du 7 juillet 1667 autorisa la réformation en Bretagne, essentiellement pour les mêmes raisons qui la provoquaient partout en France : le désir de Colbert de diminuer le nombre de « faux nobles » sur les rôles de la taille et, donc, d'augmenter les revenus royaux. Mais une telle réformation choquait inévitablement la noblesse bretonne, à cause des frais légaux qui s'imposeraient pour prouver son rang et du principe inadmissible de cette intrusion du pouvoir central dans les secrets de la vie privée. Entre juillet 1667 et mai 1668, le parlement essaya de négocier avec la couronne au sujet de la réformation et obtint enfin deux concessions mineures : la réformation serait opérée par une commission de magistrats du parlement et les amendes contre les usurpateurs seraient réduites de 1 000 à 500 livres. La première concession était mineure car les juges du parlement devaient être choisis par le gouvernement qui les sélectionna en effet parmi le groupe des magistrats dévoués à la couronne. Mais le comportement du gouvernement par rapport au parlement était plus significatif : la couronne accepta de négocier avec le tribunal pendant plus d'un an. Tout en imposant finalement par lettres de jussion la déclaration établissant la réformation, elle le fit assez doucement et le parlement parut même l'accepter. Le gouvernement ménagea aussi le parlement lorsqu'il lui présenta l'ordonnance civile le 16 novembre 1667. Un conseiller d'Etat, muni des lettres de cachet, vint en demander l'enregistrement immédiat et sans modification. Mais le parlement protesta contre ce coup d'autorité et l'administration, cette fois, se retira quelque peu. Le parlement reçut un délai de quatre mois pour en discuter avant que l'ordonnance ne fût exécutée. Pendant ce sursis, d'Argouges travailla de toutes ses forces pour obtenir l'assentiment et la bonne volonté de ses collègues. Le 8 avril 1668 il put faire savoir à Colbert que les magistrats étaient d'accord pour que l'ordonnance fût mise en œuvre, « une victoire, dit-il, aussi glorieuse pour le roy que celle de la FrancheComté ». Bien sûr, le gouvernement triompha dans cette affaire, mais il y parvint en utilisant la modération et la raison. Les moyens puissants n'étaient pas encore en vigueur. En 1669 et 1670, pourtant, l'attitude du gouvernement envers le parlement devint plus sévère. Il n'y eut pas encore d'effort systématique pour réduire les pouvoirs politiques du tribunal breton, mais l'administration ne trouva plus qu'il était commode de négocier et de pactiser avec le parlement. Au mois de mars 1669, par exemple, le roi lui-même réprimanda le parlement pour avoir empêché le recrutement dans les ports bretons des marins pour la flotte, recrutement qui fut prescrit par le nouvel édit de 1669, la première loi établissant ce que l'on appelait les « classes maritimes ». Si le parlement persistait, avertissait le roi, il enverrait une force militaire pour soutenir les capitaines de vaisseaux. En face de cet avertissement brutal, le parlement devint plus circonspect ; mais ce n'était que la première d'une série d'initiatives rigoureuses appliquées au tribunal. Vers la fin de l'année, en décembre 1669, le gouvernement décida de contraindre le parlement à accepter neuf actes royaux pour la Bretagne, y compris l'ordonnance des eaux et forêts, des règlements pour les offices judiciaires et un édit prescrivant la vente en Bretagne des offices de justice et de finances. Plutôt que d'attendre une remontrance du tribunal ou de souffrir la communication des édits aux Etats, l'administration envoya un certain Chamillart, maître des requêtes et père de celui qui deviendra contrôleur général en 1699, avec l'ordre du roi sous forme de lettres de jussion que les édits fussent enregistrés immédiatement et sans altération. Devant cet agent royal, apparemment un personnage formidable, le parlement n'eut aucun choix. Il obéit au roi et enregistra les édits sans aucune amélioration. Un troisième exemple de la nouvelle sévérité du gouvernement se présenta en 1670 quand le duc de Chaulnes fut désigné gouverneur de Bretagne. Quand le parlement reçut les lettres patentes nommant Chaulnes à cet honneur, il les modifia sérieusement. D'abord, le pouvoir de Chaulnes, accordé par le roi, de surveiller la justice en Bretagne, fut totalement supprimé. Le devoir de Chaulnes d'intervenir dans les affaires commerciales de la province connut le même sort. Le nouveau gouverneur se voyait aussi interdit d'entrer dans le parlement quand il le voulait et de l'assembler par son ordre. Tous ces pouvoirs et fonctions, et d'autres bien sûr, furent pour le moment annulés par le parlement. Mais la réaction du gouvernement fut extrêmement rapide. Des lettres de jussion du 15 décembre 1670 cassèrent l'acte du parlement et demandèrent un enregistrement « pur et simple ». Il fut aussi interdit au parlement de délibérer sur les lettres de jussion ; ce dernier suivit en effet la volonté du roi et rendit à Chaulnes ses pleins pouvoirs. Une fois de plus le gouvernement dominait le parlement de Bretagne. Entre 1671 et 1673 la pression sur le parlement fut fermement augmentée. Dès 1673, en effet, les pouvoirs politiques du parlement furent à peu près supprimés ; et l'événement du papier timbré, en 1675, avec l'exil du parlement à Vannes fut plutôt l'épilogue d'une histoire que le dénouement d'un drame. Dès 1673 le parlement ne modifia plus la législation royale et cessa de l'envoyer aux Etats : il enregistra tout sans discussion, comme s'il avait même cessé de lire les nouvelles lois. Naturellement, les remontrances disparurent. La dernière remontrance du parlement de Rennes pendant le règne de Louis XIV fut écrite en décembre 1672. La plus grande partie des pouvoirs politiques du parlement fut donc perdue, quoiqu'il gardât son prestige immense comme premier tribunal de province et ses pouvoirs juridiques et administratifs, qui étaient importants. Il est vrai que ces derniers impliquaient un poids politique, mais ils étaient tout autre chose que le pouvoir d'influer directement sur la législation royale. Pendant ces années, de plus, les Etats souffraient euxmêmes de la pression royale. Ce fut entre 1671 et 1673 que la couronne mit fin aux négociations et marchandages qui accompagnaient le vote du « don gratuit » par les Etats et la signature du contrat biennal entre les Etats et les commissaires du roi. Ces deux développements étant étroitement liés, du point de vue de la couronne, les années 1671-1673 furent une époque critique dans l'histoire de la province et les années politiques les plus importantes pendant le règne de Louis XIV. Ce processus de l'abaissement systématique du parlement et des Etats paraît commencer en 1671. Le gouvernement devint encore plus rigoureux dans ses relations avec les deux assemblées, montrant ainsi sa nouvelle politique. Dans tout le cours de 1671, l'administration envoya au parlement près d'une douzaine d'édits fiscaux qui menaçaient les privilèges de la Bretagne. Le parlement, trouvant ces édits inadmissibles, les communiqua aux Etats prévus à Vitré pour le mois d'août. Parmi ces édits il y avait celui du contrôle des exploits, déjà enregistré par force en décembre 1669 et maintenant complété par une déclaration du 24 mars 1671 qui en augmentait le tarif. Le contrôle des exploits était un impôt sur une espèce de document légal, l'exploit, qui s'employait dans les cours royales et ecclésiastiques pour les ajournements et assignations condamnant quelqu'un à payer ou à donner au demandeur ce qu'il lui devait. Dès lors, il faudrait soumettre ces exploits, avant qu'ils ne fussent utilisés, au commis du fermier général du domaine royal pour un contrôle coûtant cinq sous. Les exploits de retrait lignager, séquestres féodaux, saisies féodales ou réelles, tous seraient compris dans ce nouvel impôt. Il paraissait évident que le gouvernement voulait désormais effectuer sérieusement le contrôle des exploits en Bretagne en 1671, dont il avait apparemment suspendu l'exécution dès 1669. Le parlement n'aima pas du tout cela et décida de remontrer, quoique les remontrances ne fussent pas écrites en prévision de la réunion des Etats de 1671. D'autres édits établirent un impôt sur les documents légaux, tels que le greffe des affirmations et la consignation des amendes. Tous déplurent au parlement et furent communiqués aux Etats, qui reçurent encore du parlement une série d'autres édits et déclarations qui violaient la coutume bretonne ; l'un interdisait les voyages des Français dans les pays étrangers sans la permission du roi, et un autre soumettait les offices dans la chancellerie du parlement à un contrôle gouvernemental plus étroit. La réunion des Etats de 1671 s'annonçait orageuse. En effet, elle le fut. La noblesse dénonça vivement le contrôle des exploits, la consignation des amendes et le greffe des affirmations. Les ordonnances des eaux et forêts (1669) et de procédure criminelle (1670) furent aussi condamnées, comme le furent tous les édits communiqués aux Etats par le parlement. En remerciement de la coopération du parlement, les Etats protestèrent formellement pour la première fois contre la limitation des prix des offices parlementaires. Naturellement, cette protestation fut sans effet, mais elle confirma les liens entre le tribunal et les Etats. Le rôle normal du gouvernement fut de négocier avec les Etats, changeant ou supprimant les édits répugnants pour obtenir le « don gratuit » ou même pour l'augmenter, d'autant plus que plusieurs de ces édits contrevenaient aux prescriptions du dernier contrat ». Mais cette fois-ci la couronne ne voulait rien céder, et le duc de Chaulnes, assistant à ses premiers Etats, travailla habilement pour dompter l'opposition croissante qu'il y trouva. A un moment donné les Etats offrirent un « don gratuit » de 2,5 millions de livres, à condition que les édits fussent supprimés, mais Chaulnes le rejeta. Les Etats voulurent examiner les contraventions au contrat de 1669, y compris les édits, comme s'ils comptaient refuser le « don gratuit » dans sa totalité, mais Chaulnes les en dissuada. Enfin un « don gratuit » de 2,2 millions de livres fut voté, sans conditions préalables et sans que les édits fiscaux fussent modérés. C'était la première fois que le « don gratuit » avait été autorisé sans donner aucune satisfaction aux plaintes des Etats. Le précédent de 1671 deviendra encore plus important dans l'avenir ; pour le moment il suffit de noter que la coopération entre le parlement et les Etats en 1671 s'avéra rigoureusement inutile. Après la fin des Etats le parlement décida de continuer sa lutte contre les impôts sur les documents légaux : le contrôle des exploits, le greffe des affirmations et la consignation des amendes. Le 23 mai 1672 le parlement décida d'écrire les remontrances qu'il avait autorisées en 1671, en attendant la réunion des Etats. Le fondement légal de cette remontrance fut un article inclus dans le contrat entre les Etats et le roi depuis 1614. Cet article stipulait qu'aucun acte royal, y compris les arrêts du Conseil, ne pouvait être valable en Bretagne sans l'assentiment des Etats et la vérification dans les cours souveraines, c'est-à-dire le parlement ou, dans certains cas, la chambre des comptes. Bien que l'administration ait violé cet article au cours du XVIIe siècle, le parlement ne l'avait jamais formellement mis à l'épreuve. C'est ce qu'il se proposait de faire pendant l'été de 1672, alors qu'il écrivait ses remontrances. Au mois de septembre Colbert demanda au parlement ce qu'il advenait des édits sur le contrôle, le greffe et la consignation. Il dut être furieux lorsqu'il eut lu la réponse à sa question : le parlement préparait des remontrances fondées sur cet article du contrat. Dès que d'Argouges fut arrivé à Paris au mois d'octobre avec ses remontrances parlementaires, il reçut des signes manifestes du déplaisir du roi et de Colbert. Le premier président fut averti que sa compagnie devrait être plus prudente en obéissant aux volontés du roi, avertissement qu'il communiqua ensuite au parlement. En effet, la couronne avait déjà pris sa décision. Un arrêt du Conseil d'Etat, scellé le 17 septembre 1672, annula les remontrances du parlement d'une manière retentissante. Il cassa l'arrêt du parlement du 23 mai 1672, déclarant les remontrances en contravention avec l'ordonnance civile de 1667 ; on se rappelle que cette ordonnance commandait aux parlements provinciaux d'enregistrer la législation royale dès qu'elle était reçue et d'écrire toutes remontrances dans un délai de six semaines. Donc, les remontrances du parlement étaient déjà illégales. Cet arrêt du Conseil prit acte aussi de la thèse du parlement selon laquelle un article dans le contrat des Etats autorisait ses remontrances, puisque le parlement protestait contre les actes royaux non approuvés par les Etats ou par lui-même. Mais cet article représentait « un attentat à l'autorité royale », dit l'arrêt du Conseil, et, donc, les remontrances du parlement étaient une fois de plus illégales. Tous les édits et déclarations dont il était question, le contrôle, le greffe et la consignation, devraient être enregistrés par le parlement sans aucun délai. De plus, les magistrats qui avaient présidé aux séances parlementaires qui votèrent les remontrances devraient se rendre à Paris pour expliquer leurs actions. Le parlement reçut cet arrêt le 22 octobre 1672 et fut suffisamment ému pour exécuter tout ce qu'il ordonnait. Ses remontrances furent retirées, ainsi que son opposition au contrôle, au greffe et à la consignation. Ce fut une victoire importante pour l'administration royale. Mais la couronne n'avait pas encore terminé. Elle avait remarqué l'efficacité de la coopération politique entre le parlement et les Etats, une coopération à laquelle il fallait évidemment mettre fin. Par un autre arrêt du Conseil d'Etat du 17 septembre 1672, le parlement se trouva dans l'interdiction de communiquer aux Etats aucun acte royal qu'il devait enregistrer. Quelques mois plus tard, en février 1673, cet arrêt fut complété par un deuxième, qui défendit au parlement même de recevoir les opinions des Etats sur la législation royale. Donc, ces deux arrêts supprimèrent la coopération légale entre le parlement et les Etats et annulèrent les effets de l'édit d'Henri III de 1579, qui autorisait cette coopération. C'était affaiblir le parlement, qui se trouva dès lors presque seul devant la couronne. L'importance de l'affaiblissement du parlement devint claire vers la fin de l'année. Le 19 décembre, le redoutable Chamillart fit son entrée au parlement avec six édits dont il demanda l'enregistrement immédiat. Les édits étaient certainement inadmissibles, d'autant plus qu'il y en avait trois qui s'appliquaient au parlement même. Un de ceux-ci créa et érigea en titre d'offices dix greffiers et substituts du procureur général dans le tribunal, et le parlement de Rennes, comme tous les parlements, détestait une telle création d'offices au sein de sa propre compagnie. L'édit créa ces mêmes officiers dans tous les présidiaux et sénéchaussées de Bretagne, de sorte qu'il s'en suivrait une vente d'environ soixante-quinze offices de justice (le chiffre est approximatif). Une telle vente d'offices sans l'approbation du parlement ou des Etats était en principe interdite par le contrat des Etats et le roi ; mais ces restrictions ne furent plus respectées. Parmi les trois autres actes un édit de novembre 1672 souleva encore plus de consternation car il établissait une chambre royale du domaine pour rechercher, pendant de longues années, les empiétements sur le domaine opérés par de nombreux seigneurs nobles et roturiers, y compris les parlementaires. Pour les propriétaires, même les innocents, il serait difficile et coûteux de rassembler les preuves légales qu'une telle chambre demanderait. Un autre édit de novembre 1672 imposa en Bretagne des francfiefs et nouveaux acquêts moyennant le paiement de deux années de revenus terriens : ce fut donc un impôt détesté par les roturiers qui possédaient des terres nobles. Ces deux actes effrayèrent donc les propriétaires bretons, et l'opposition de la province se manifesta d'abord dans le parlement. Pour le tribunal, les six édits de décembre 1672 représentaient des questions importantes d'ordre politique, constitutionnel et fiscal. Il s'agissait de décider si le gouvernement pourrait légiférer à son gré en Bretagne ou si les assemblées bretonnes, le parlement et les Etats, garderaient un certain pouvoir d'influer sur la législation royale. Le prestige du parlement lui-même était en jeu à cause des offices que le gouvernement comptait vendre dans le tribunal contre sa volonté. La crise était latente quand le parlement décida, le 23 décembre 1672, de remontrer contre les six édits et d'en retarder l'enregistrement. Depuis l'ordonnance civile de 1667 il était défendu de retarder l'enregistrement des actes royaux, et c'est pour une faute identique que le parlement avait été réprimande par l'arrêt du Conseil du 17 septembre 1672. Néanmoins, le parlement décida de défier une fois de plus l'administration royale. La Grand-Chambre du parlement, toutes chambres assemblées, fut la scène de plusieurs discours échauffés et peu respectueux de la monarchie, ardemment applaudis. Selon le Journal d'un bourgeois de Rennes, les officiers du parlement suspendirent leur travail dès le 19 décembre, ajoutant par surcroît une grève à leur politique d'opposition. Le 5 janvier 1673 une députation parlementaire quitta Rennes pour porter les remontrances au roi. Trois magistrats compétents du parlement étaient déjà à Paris, y représentant le tribunal devant l'administration. Ils comprenaient, cependant, que le gouvernement ne tolérait plus la résistance parlementaire, surtout au moment où la guerre de Hollande venait de commencer. Leurs conseils de modération à leurs collègues ne furent pas écoutés, ni leurs prévisions de la ruine que le parlement aurait à souffrir pour sa désobéissance. L'événement du 19 décembre 1672, avertirent ces magistrats, « va attirer sur le parlement, sur la ville de Rennes, et generallement sur toute la province des malheurs qui passera (sic) l'imagination... ». C'était aussi l'opinion de Colbert qui écrivit à son Chamillart : « Comme c'est la seule compagnie du royaume qui résiste aux volontés du roy, Sa Majesté ne peut pas souffrir que cela dure plus longtemps ; et assurément, si elle ne se met dans le mesme train que les autres, elle aura fort à souffrir. » En effet, l'événement justifia ses prévisions. Le 17 janvier 1673, trois personnes entrèrent soudain dans le parlement : le maître des requêtes Chamillart, maintenant intendant à Caen ; le marquis de Coëtlogon, gouverneur de Rennes ; et un huissier du Conseil d'Etat. Montrant un arrêt du Conseil du 7 janvier 1673, Chamillart déclara que le roi commandait l'enregistrement immédiat des six édits en question. L'arrêt du parlement, autorisant les dernières remontrances, fut jugé en contravention avec l'ordonnance civile et condamné à être arraché du registre secret du tribunal à la vue des magistrats. Donc, Chamillart s'empara du registre secret et ordonna à l'huissier de trouver l'arrêt offensant que l'huissier coupa avec des ciseaux, déchirant ainsi le registre parlementaire, pour mettre l'arrêt du Conseil à sa place. Chamillart proclama l'enregistrement des six édits et sollicita les observations des magistrats. Un président à mortier, Claude Cornulier, dit : « Monsieur, nous ne devons en cette occasion que notre présence à l'exécution des ordres du Roy. » Chamillart répliqua : « Je ne crois pas, Messieurs, qu'il y ayt aucun dans la Compagnie qui veuillent contrarier les ordres du Roy. » Puis les visiteurs sortirent. Chamillart enleva le registre secret et le garda pendant plus de vingt-quatre heures. Après cette journée dramatique le parlement se sentit humilié. Il fit savoir à d'Argouges, alors à Paris, qu'il devrait parler au roi de la « submission » et du « silence » qu'avait montrés le parlement pendant la visite de Chamillart. D'Argouges fut même remercié de ses services au tribunal « pendant notre disgrâce et dans un temps d'orage ». Avant le 17 janvier le parlement n'était que trop heureux de se passer de ses services, jugés trop favorables à la couronne. Maintenant il était sollicité. Le parlement comprit aussi que le gouvernement comptait nuire au principe des remontrances parlementaires en les rendant impuissantes et inutiles. Cette politique du gouvernement lui paraissait encore plus perturbante que sa propre humiliation. Le tribunal résolut de protester formellement, mais respectueusement, contre ce que le roi faisait aux remontrances parlementaires. Une lettre du parlement de Rennes fut rapidement écrite et adressée au roi, à Colbert, au secrétaire d'Etat Pomponne et au duc de Chaulnes. Dans cette lettre le parlement exprima la théorie ancienne selon laquelle les parlements, étant les créations des rois, faisaient vraiment partie de la monarchie et étaient obligés d'avertir le roi quand sa législation nuisait au bien-être du royaume. Le parlement dit que : « ... s'il est vray que le tribunal soit une Emanation de la Justice du prince et le médiateur entre luy et ses peuples, II ne peut sans trahir lâchement l'honneur de son ministère consentir aveuglement à son anéantissement et à la perte de ses Sujets sans au moins les avertir qui lui est permise par le moyen de ses très humbles remonstrances... » Le pouvoir de remontrer efficacement était une obligation imposée par : « ... les lois de sa conscience envers Dieu, de son devoir envers le roy, de sa tendresse et de sa charité envers les peuples, et de sa propre conservation envers Luy mesme...» A Paris, bien sûr, on ne tint aucun compte de cette lettre ; l'administration n'admit jamais que les « soi-disant cours souveraines » partageassent dans aucun sens les pouvoirs royaux. Néanmoins, elle exprima assez bien la position des parlements français sous le Roi-Soleil. Elle fut aussi la dernière protestation sérieuse contre la politique du gouvernement émise par le parlement de Rennes sous Louis XIV. En effet, on peut dire que l'activité du parlement en 1672-1673 marqua l'apogée de sa résistance politique au roi. Il y aura son rôle dans la révolte bretonne de 1675, qu'on verra plus loin, et quelques perturbations parlementaires vers la fin du règne, causées par les exigences financières contre les officiers en forme d'augmentations de gages et d'autres contributions forcées. Mais la résistance au parlement de Rennes y sera relativement faible ; il ne retrouvera plus les pouvoirs exercés dans les premières années du règne avant la mort de Louis XIV. Pour convaincre le parlement de son obligation d'obéissance, s'il en était encore besoin, le gouvernement renvoya Chamillart à Rennes le 7 juin 1673. Il apportait plusieurs édits et déclarations pour l'enregistrement immédiat du parlement, ce qui fut accordé sans hésitation. Deux de ces actes s'appliquaient directement au parlement. Le tribunal dut enregistrer l'édit de février 1673 qui réglait la levée des épices, vacations de commissaires et les autres frais de justice. Il y eut aussi la déclaration de février 1673 qui renouvelait et rendait plus rigoureuses les prescriptions de l'ordonnance civile pour l'enregistrement des actes royaux. (Peut-être cette déclaration fut-elle provoquée par la résistance du parlement de Rennes en 1672. Colbert n'avait-il pas dit que ce parlement était la « seule compagnie du royaume » qui troublait le roi ?) Ensuite vinrent huit édits, dont les plus significatifs créaient un certain nombre d'offices de justices (greffiers d'enregistrement des oppositions, conseillers greffiers conservateurs des hypothèques, greffiers d'arbitrages, etc.), réglaient les droits seigneuriaux sur les terres et fiefs relevant du roi et érigeaient une communauté pour tous les arts et métiers existant en dehors d'une communauté. Presque tous les édits et déclarations étaient d'ordre fiscal, destinés à soutenir la guerre contre la Hollande. Cette fois le parlement ne fit même pas semblant d'y résister. Il n'eut pas de paroles ardentes à leur sujet. Le parlement était docile. Que feraient donc les Etats, réunis à Vitré en 1673 ? Pour les Etats, tout était en question. Aux édits fiscaux avait été jointe la création, en juin 1673, d'une chambre de justice pour rechercher l'usurpation de justices seigneuriales par les propriétaires bretons. Les objections aux « réformations » de la noblesse et du domaine royal étaient toujours valables pour cette nouvelle chambre. Les édits fiscaux et la chambre de justice étaient tous les deux inadmissibles, et les Etats voulaient obtenir leur suppression. De plus, l'arrêt du Conseil d'Etat du 17 septembre 1672, qui empêchait le parlement de communiquer les actes royaux aux Etats, était regardé par l'assemblée, dit le duc de Chaulnes, comme « l'anéantissement de leurs privilèges, si on leur ôte, après la parole qui leur fut donnée, toute connaissance des édits qui pourraient les toucher ». La grande question était de savoir si les Etats voteraient ou non le « don gratuit ». S'ils le votaient, essaieraient-ils d'y attacher des conditions, d'obtenir de la couronne des concessions sur les édits, la chambre de justice, etc. ? Chaulnes travaillait habilement. Il expulsa de Vitré les deux gentilshommes les plus opiniâtres et laissa savoir que des édits encore plus sévères suivraient si les Etats ne se montraient pas plus dociles. Après des débats assez animés, les Etats observèrent le précédent de 1671. Le « don gratuit » fut voté sans conditions et même augmenté jusqu'à 2,6 millions de livres. Mais pour obtenir la suppression des édits fiscaux et de la chambre de justice les Etats y ajoutèrent une autre somme, également de 2,6 millions de livres, à condition que ces actes fussent annulés. Cette offre fut vivement acceptée par le gouvernement, qui y gagnait 5,2 millions de livres au lieu des 2,2 millions de 1671. Les Etats se dispersèrent dans une exultation générale, pensant que la Chambre et les édits étaient condamnés. En réalité, le gouvernement n'était pas sincère. 11 garda l'argent mais laissa les édits en vigueur. La « réformation de justice » était simplement retardée, pas supprimée. L'arrêt du 17 septembre 1672 restait également en vigueur. En 1673, donc, le pouvoir politique des Etats était aussi affaibli que celui du parlement. L'administration avait prouvé qu'elle pouvait forcer le parlement à accepter n'importe quel acte royal, sans aucune crainte de ses remontrances. Les Etats avaient perdu le pouvoir de marchander et de compromettre avec le gouvernement en votant le don gratuit. Il n'était plus nécessaire pour le gouvernement de mettre sa législation en discussion en Bretagne. Les deux assemblées bretonnes les plus importantes étaient effectivement maîtrisées. Tout ceci était déjà évident en 1673. La révolte populaire de 1675 en Bretagne scella les nouvelles conditions politiques. Le rôle du parlement de Rennes dans la révolte du papier timbré de 1675 ne fut pas héroïque. Il n'y vit pas l'opportunité d'une révolte sérieuse contre l'administration, il n'osa pas essayer de profiter de l'occasion pour se venger de Colbert. Il hésita et se laissa enfin entraîner par les foules dans une sorte de quasi résistance, limitée et passive, aux impôts royaux. Comparé à son opposition au gouvernement en 1671-1673, ce ne fut pas grand-chose. Mais ce fut assez pour que le roi et Colbert exilent le parlement à Vannes pendant quinze ans. D'abord, le parlement enregistra les nouveaux impôts de papier timbré, monopole du tabac, droit de marque sur la vaisselle d'étain sans aucune hésitation ou opposition (4 août 1673, 10 octobre et 14 novembre 1674). A ce moment le tribunal n'encourageait pas une révolte contre les nouvelles taxes. Mais elles étaient profondément impopulaires et, comme on le sait, de sérieuses émeutes se déroulèrent contre elles dans l'ouest de la France pendant le printemps et l'été de 1675. De Bordeaux, en mars, la fièvre s'étendit à Rennes, en avril, et de Rennes aux autres villes et à la campagne bretonne, où régnait une appréhension mal fondée concernant la création de la gabelle en Bretagne. Pour réprimer ces émeutes urbaines et rurales, le gouvernement dut mettre six mille hommes de troupe au service du duc de Chaulmes, qui s'occupa en fin d'été de la basse Bretagne et rentra ensuite à Rennes. L'histoire de ces révoltes n'a pas place dans ce récit, mais il nous faut évaluer l'activité du parlement pendant la crise. Le duc de Chaulnes accusa le parlement d'avoir favorisé les émeutiers de Rennes : « Le parlement conduit toute cette révolte... depuis les procureurs jusques aux présidents à mortier le plus grand nombre va à combattre l'autorité du roy, c'est la pure vérité... La véritable source de ce soulèvement vient du Parlement... », etc. Ces propos étaient exagérés. Un historien américain, Léon Bernard, a confirmé la thèse de Barthélémy Pocquet selon laquelle les réactions du parlement étaient de réprimer les émeutiers rennais et de rétablir l'ordre. Au mois d'avril, par exemple, le parlement interdit l'attroupement des foules et le port des armes et expulsa les vagabonds et « gens sans aveu » de la ville. Pendant tout l'été de 1675 il fit ce qu'il put avec ses ordres judiciaires pour maintenir l'ordre à Rennes. Par contre, le parlement était moins enthousiaste pour la restauration des bureaux pour la distribution du tabac, du papier timbré et du contrôle, saccagés dans « l'émotion » populaire du 18 avril. Le parlement ne les restaura qu'après avoir été formellement sollicité par le duc de Chaulnes en personne dans le courant du mois de mai. Quand le bureau du papier timbré eut été pillé de nouveau le 17 juillet, le parlement ne le restaura qu'après avoir reçu une nouvelle requête du gouverneur. En somme, le parlement manquait de vigueur et de zèle en ce qui concernait les nouvelles taxes. De plus, d'Argouges lui-même, qui aurait dû soutenir les impôts, demanda à Colbert de les suspendre à cause des difficultés financières en Bretagne. De Chaulnes aurait préféré que le premier président se montre plus courageux en défendant carrément les intérêts du roi. De plus, le gouverneur éprouvait de grandes difficultés à dissuader le parlement d'envoyer une députation au roi pour demander la révocation des taxes. Il ne sut persuader le parlement d'envoyer ses membres dans les rues de Rennes et à travers la basse Bretagne pour exhorter les paysans à respecter les volontés du roi. Donc, le parlement aurait dû se ranger d'une façon plus décisive du côté du roi dans l'affaire du papier timbré. Ce manque de zèle fut aussi condamnable dans l'opinion de Colbert qui blâma même le parlement de n'avoir pas pu prévenir les désordres dès le début. Dans ces affaires, le gouvernement soupçonna toujours la complicité, au moins passive, des magistrats locaux avec les rebelles. Les parlements de Bordeaux, Rouen et Metz s'étaient trouvés condamnés et punis dans les premières décennies du siècle pour ce soupçon. Il n'est pas étonnant que le roi et Colbert aient observé cette tradition en 1675 et exilé le parlement à Vannes, à Vannes. C'était aussi, et peut-être même davantage, une C'était aussi, et peut-être même davantage, une punition pour la ville de Rennes, qui vivait des revenus créés par le tribunal. De toute façon, l'humiliation du parlement était dès lors publique, et pendant ses quinze ans à Vannes le tribunal se comporta d'une manière exemplaire. Les événements de 1675 pesèrent aussi sur les Etats, qui se réunirent anxieusement en novembre 1675. Un « don gratuit » sera dès lors fixé par la monarchie à deux millions de livres en temps de paix et à trois millions pendant les guerres. « Poser des conditions au vote du don gratuit fut, dès lors, considéré comme une sorte de rébellion. » Le déclin politique des Etats accompagnait celui du parlement. Les années 1670, donc, voyaient la fin d'une vieille politique, celle de la négociation formelle des assemblées avec la monarchie. Dans un sens politique, ces années facilitèrent les « réformations », investigations et préparèrent la voie à l'intendant établi en 1689. Mais ce n'était pas du tout la fin de toute histoire politique sous Louis XIV. Les Etats se ressaisiront vers la fin du règne, retrouvant de larges pouvoirs sur l'administration financière de la capitation et d'autres impôts. Le parlement gardera une bonne partie de ses pouvoirs judiciaires et administratifs, même si les intendants les grignoteront. Mais tout cela est une autre histoire et une autre forme de politique pour ces institutions bretonnes. La période était passée pendant laquelle le parlement et les Etats pouvaient influer directement sur la législation royale, partageant, pour ainsi dire, le pouvoir législatif pour la défense d'un ensemble complexe de coutumes, usages et traditions locaux et celle d'un groupe d'intérêts vénaux, financiers et terriens. 

 

 

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 17:03

 

 

 

 

Avant Rennes, Vannes fut, durant plus d'un siècle, la ville parlementaire de la Bretagne, de droit plus encore que de fait, peut-être. Nous voudrions rappeler ses titres à cet égard. Ils demeurent peu connus et, pour la plupart, inédits. Cependant l'hôtel acheté par Pierre II, pour servir de logement aux Présidents de Bretagne et d'auditoire au Parlement, devenu Musée de la Société Polymathique, est l'une des curiosités les plus intéressantes de la ville de Vannes. D'ailleurs les bourgeois de cette ville tinrent à honneur, au XVIe siècle, d'obtenir confirmation, par les rois de France, du privilège fondé sur la coutume, les droits acquis et la volonté des ducs qui obligeait le Parlement à tenir ses assises à Vannes. On sait comment la Bretagne n'eut pas à l'origine de cour de justice indépendante de la Cour ducale, puis des Etats convoqués par le souverain. Depuis la fin du XIIIe siècle les procès se jugèrent au Parlement général, c'est-à-dire soit aux Etats, soit devant des commissions judiciaires constituées exclusivement ou en majorité des membres de ces Etats, et qui siégeaient durant et après leurs sessions. A partir de la fin du XIVe siècle un « président en parlement », appelé aussi « juge universel de Bretagne », remplace parfois le duc dans la présidence soit des Etats ou Parlement général, soit de la cour de justice émanée d'eux W. Cependant de plus en plus nombreux se trouvaient les plaideurs qui, par « appellations frivoles », recouraient « des juges ordinaires au Parlement sur interlocutoires. ». Ils arrivaient d'autant mieux à « dissimuler et retarder le bon droit d'autruy » que le Parlement, délégation des Etats, ne se réunissait pas en dehors des sessions des Etats, et que celles-ci n'offraient aucune régularité. Pour mettre fin à ces abus, Jean V, par une ordonnance du 12 février 1425, créa une cour de justice à sessions régulières. Elle était présidée par le Président ou Juge universel de Bretagne, et comprenait, outre les sénéchaux de Rennes et de Nantes, les procureurs généraux et particuliers, et un certain nombre de membres du Conseil du duc. Ses sessions devaient débuter chaque année le jeudi « d'après Jubilate », c'est-à-dire le jeudi de \a. troisième semaine après Pâques. L'ordonnance ne donne pas le nom de Parlement à cette cour de justice. « Toutes les appellations, dit-elle, qui seront faites sur les interlocutoires », c'est-à-dire sur les matières incidentes du procès, et qui n'emporteront principal de cause, seront terminées, comme de parlement, une fois l'an, devant notre Président et notre Conseil . Mais, le nom importe peu à la chose. Une cour de justice ayant pour but de hâter la conclusion des procédures était constituée, fait capital, par des juges que ne désignait pas le pays lui-même représenté par ses Etats, mais que choisissait le duc : membres de son Conseil et officiers de sa justice. Elle était présidée par le Président de Bretagne. Elle devait, de plus, se réunir à Vannes, sauf exceptions : « nostre Conseil qui sera à Vannes, ou ailleurs », L'usage vint de désigner cette cour de justice sous le nom de Parlement des interlocutoires parce qu'on a voulu y voir « la véritable origine du Parlement sédentaire et fixe créé 60 ans plus tard ». L'ordonnance de Jean V sur la justice, du 12 février 1425, est datée de Vannes et désigne Vannes comme le lieu habituel des séances du Parlement des interlocutoires. Vannes doit être considéré, à ce double point de vue, comme le berceau du Parlement de Bretagne. Quels étaient les motifs du choix de Jean V ? Depuis longtemps les ducs avaient fait de Vannes, des bords enchanteurs du Morbihan, leur résidence préférée. Par suite, c'est à Vannes que se réunissait lo Conseil du duc dont devait se composer, tout d'abord, le Parlement des interlocutoires. Les sessions des Etats s'y tenaient plus fréquemment qu'ailleurs. Les routes qui y mènent étaient donc devenues familières aux plaideurs et aux hommes de loi. Ils y trouvaient, pour la plupart, un sérieux avantage, puisque Vannes occupe « quasi le milieu » du pays. Quand il désignait Vannes comme le chef-lieu judiciaire de son duché, Jean V constatait donc un fait que les habitudes de la cour et les besoins des plaideurs avaient créé pour le profit du plus grand nombre, plutôt qu'il n'accordait un privilège à sa bonne ville. Ce rôle de Vannes s'affirma au bout d'un quart de siècle. En 1456, par suite des troubles intérieurs du duché, le Parlement des interlocutoires avait cessé de fonctionner depuis bien des années déjà. Pierre II renouvela l'organisation judiciaire dans une constitution datée de Vannes, en la cour de Parlement, le 20 novembre, dont le sens et la portée n'ont pas été, nous semble-t-il, parfaitement compris par les précédents historiens et commentateurs. Le renvoi des appels sur interlocutoires à une cour de justice spéciale, dont les sessions devaient se tenir annuellement à dates fixes, ne supprimaient pas l'autre cour de justice dont les réunions accompagnaient et suivaient celles des Etats, du Parlement général. Pierre II ne rétablit pas, comme on Ta dit, le Parlement des interlocutoires; tout au contraire il le supprime, mais multiplie les sessions de la cour de justice pour une môme session des Etats : « Pour ce que, dempuis le commencement de ce présent général Parlement, plusieurs interpellacions ont été interjetées par aucunes parties qui... ont fait iceulx apeaulx relever au prochain Parlement advenir, lesquels apeaulx, de bonne raison, sont troictibles à ced Parlement, considéré la forme que l'on a commencé à y besoigner, qu'est par plusieurs cessions et ouvertures entre lesquelles y a grarit espace de temps ». Ainsi la commission judiciaire des Etats de 1456 n'avait pas seulement prolongé ses audiences une fois la session des Etats terminée. Considérant le nombre et l'importance des affaires en cause, et l'impossibilité de les traiter toutes d'une seule haleine, elle avait interrompu ses audiences à plusieurs reprises, parfois durant de longs jours, pour les reprendre ensuite. La cour issue en droit des Etats avait déjà,- antérieurement, procédé fréquemment de la sorte, comme le prouve « enqueste et informacion faictes par ... révérend père en Dieu Mathelin, abbé de Saint-Melaine, près Rennes, et maistre Jehan Loaisel, président de Bretaigne, touchant les droiz royaux et autres usaiges du pais de Bretaigne », en 1455. Jean du Breil, seigneur de la Plesse, âgé de 87 ans, distingue en effet très nettement, dans sa réponse aux enquêteurs, les « Estaz du pays » tenant leurs « paiiemens », et la cour de justice appelée Parlement de Bretagne, que préside le Juge universel de Bretagne, et composée de « gens de conseill ». « Quand besoin est lesd. princes font convocquer et assembler les prélas, barons et aultres gens représentans les Estaz dud. pays, et, o l'avisement d'iceulx ou de la maire partie, font en leurs parlemens constitucions et establissements nouveaulx pour le fait, police et gouvernement du pays, tant en fait de justice que autrement, ou aussi font corecions et interprétacions sur lesd. coustumes à ce que y est estably et ordonné à force de loy et constitucion, et mesmes sont lesd. princes en bonne possession de tennir et faire tennir par le Président et autres gens de conseil en bon nombre commis et desputez par lesd. princes, expédicion des causes d'appel dud. pays, et est ce appelle Parlement de Bretaigne ». Une distinction très nette existait donc entre les Etats et la cour de justice. A celle-ci on donnait déjà communément le nom de Parlement de Bretagne, et ses membres étaient choisis par le souverain parmi les gens de son conseil. Jean du Breil reconnaît le droit qu'a le souverain de convoquer le Parlement de Bretagne pour juger les appels, qu'il aient été ou non portés précédemment devant les Etats, sans avoir à. tenir compte, en quoi que ce soit, des sessions de ces Etats. Il semble aller plus loin encore puisque, s'il attribue aux Etats le droit de légiférer sur la justice, il ne leur reconnaît pas, tout au moins explicitement, celui de prendre des décisions judiciaires. Peut-être un des buts de l'enquête fut-il de préparer la constitution de 1456, et Jean du Breil mit-il une certaine complaisance à faciliter les projets du président Loaisel et de Pierre II. Mais si sa déposition ne correspond pas à l'absolue réalité, elle nous oblige à tout le moins de croire à des usages plus ou moins anciens et fréquents. Pierre II, par sa constitution de 1450, entend codifier les usages, anciens ou récents, qu'il prend soin de mentionner, et modifie complètement, en droit, le caractère primitif de la cour dont il fait un Parlement indépendant des Etats. Tout d'abord il déclare : « les cessions et ouvertures de ced. Parlement que l'on espère à touz temps et en celle forme continuer », c'est-à-dire entre les sessions des Etats et à intervalles plus ou moins éloignés. Puis les plaideurs se voient interdire d'atermoyer jusqu'aux prochains Etats, d'un Parlement général à un autre Parlement général : ils doivent accepter le renvoi à la prochaine session de la cour, et c'est la cour elle-même, « court de Parlement », qui en décide souverainement ainsi. « A esté en la court de Parlement ordonné... que les appellacions qui seront faites durant ce présent Parlement, seront troictibles à la prochaine cession et ouverture ensuyvant led. apel..., et si les parties les relievent au prouchain Parlement avenir, a esté dès à présent interprétée et baillée l'intention de la court que ce sera à la prouchaine session ». Il ne s'agit plus iseulement, comme on le voit, des appels sur interlocutoires, mais de tous les appels, aussi bien ceux sur le fond que les autres. Le pouvoir judiciaire des Etats pubsiste encore en droit, puisque la constitution ne dit pas qu'ils ne pourront plus recevoir les appels portés devant eux, tout d'abord. Mais que devient, en réalité, ce pouvoir, puisque le Parlement juge forcément les appels faits durant les intersessions des Etats, et les juge en dernier ressort. La constitution de 1456 fait donc faire un pas décisif à la distinction entre les Etats et le Parlement. Le Parlement, pour les hommes de loi et les plaideurs, ce ne sont plus les « Estaz » réunis en « parlemens », mais le Parlement tout court, jugeant en dernier ressort, dans des sessions indépendantes de celles des Etats. Siégeant aussi fréquemment la cour devait prendre une forme plus régulière que par le passé. De fait on la trouve composée d'ordinaire de 22 « conseillers au duc » ayant 100 livres de gages, dont 8 conseillers clercs et 14 conseillers laïcs L'acquisition d'un immeuble à Vannes témoigne de l'indépendance et de la stabilité que Pierre II voulait donner à son Parlement. Peu de temps après avoir publié sa constitution le duc s'abouchait avec le Chapitre de Notre-Dame de Nantes. A la fin de l'année 1456 ou au début de la suivante les conditions de la cession du Château-Gaillard par les chanoines furent arrêtées : le Chapitre recevrait 40 livres de rente annuelle en attendant le versement de 1.050 réaux d'or comme prix principal. Mais l'acte de vente l'ut passé à Vannes, le 24 mars 1457 seulement, par le notaire G. de Coëtlogon, le même qui, en 1451, enregistrait les. conventions de mariage du comte d'Etampes avec Marguerite de Bretagne devant les Etats assemblés dans la cohue de Vannes. Vénérable et discret Gilles Guérin, chanoine, représentait le Chapitre; le duc comparut en personne. Il lui plaisait, euns doute, de mettre lui-même à la disposition de son fidèle président, Jean Louise!, l'hôtel bâti par Jean de Malestroit, après avoir voulu que la demeure de l'ancien Chancelier de Bretagne, souverain chef de la justice, devint celle du premier magistrat, « Juge universel » de Bretagne ; qu'une de ses grandes salles se transformât en auditoire pour ses conseillers aux chaperons fourés d'hermines. Dès lors le Château-Gaillard devait demeurer, durant de très longues, années, la « présidenterie », l'hôtel du Président de Bretagne, puis du Premier Président, sinon même des présidents des Grands Jours. Ce ne sera pas sortir du sujet, pensons-nous, que de donner, sur ces personnages, qui se trouvèrent forcément mêlés, d'une façon assez intime, à la vie Vannetaise, des notes biographiques sommaires. Jean Loaisel, dans la séance solennelle des Etats de 1451, où furent arrêtées les conditions du mariage de Marguerite de Bretagne, prenait place en robe et toque de velours, aux pieds mêmes du duc. Il venait alors d'être nommé Président de Bretagne à la place de Guillaume de Lohérie. Gomme tel, il prit la parole « pour demander particulièrement les opinions » des membres des Etats sur la façon dont devait être réglée, dans le contrat, la succession du duché. C'est évidemment sous l'influence de Loaisel, licencié es lois, que fut publiée, dès le lendemain de cette scène mémorable (25 mai), une importante constitution sur la justice suivie, bientôt de plusieurs autres fô ; c'est à lui qu'on doit l'organisation du Parlement. En 1455 Loaisel fut chargé avec l'abbé de Saint-Melaine d'une enquête sur les droits royaux et anciens usages du pays de Bretagne. Nombreux sont les documents témoignant de la confiance des souverains à son égard : don de 60 écus pour l'ouverture des Etats, le 3 mars 1459, à Vannes, qui prouve que le Président devait, à cette occasion, faire face à des dépenses extraordinaires pour tenir son rang ; multiples missions comme ambassadeur à la cour de France (1447, 1456, 1463, 1468), à celle d'Angleterre (1467), pension de 600 livres en 1466 te). Ses fonctions et son caractère faisaient, de cet homme éminent, un des premiers personnages de la cour ducale, un des plus intimes conseillers du souverain. Loaisel appartenait à une famille d'extraction chevaleresque de l'évêché de Rennes, et épousa Jeanne Sévestre, fille du Trésorier de Bretagne, dont il eut au moins un fils. Après Loaisel les Présidents de Bretagne ne firent plus vraisemblablement, de Château-Gaillard, leur résidence habituelle. Depuis l'avènement de François II (1458), en effet, la cour ducale avait quitté Vannes, et une enquête nous révèle comment, très vite, la ville se dépeupla. Nombre de maisons tombèrent en ruines ou furent abandonnées, et celles qui demeurèrent occupées le furent par des gens « de plus petite valleur qu'elles ne souloient estre auparavant ». Néanmoins les deux Présidents de Bretagne dont nous allons donner la biographie sommaire, durent séjourner à Vannes et loger à Château-Gaillard pendant les sessions du Parlement. La famille de Bertrand Millon, seigneur de la Villemorel, qui succéda à Loaisel dans sa charge de Président, se retrouve dès le XIIIe siècle paroisse de Sévignac. Au XVe siècle, elle brillait entre toutes par ses charges et sa fortune territoriale te). Bertrand Millon, sénéchal de Rennes en 1439, conduisit cette même année une ambassade en Angleterre puis, peu après, une ambassade à Rome pour laquelle le duc lui fit remettre 500 écus. Sénéchal de Ploërmel en 1448, conseiller aux Parlements de 1451, 1454 et 1455, il alla exprimer au pape, en 1457, la « vraie, singulière et proche obéissance ecclésiastique du pays de Bretagne ». On le voit siéger comme Président de Bretagne en 1475. Olivier du Breil, seigneur de Challonge-Tréverou et de Gouillon, lui succéda en 1476 ou peu après. Il couronnait ainsi une carrière de magistrat, d'administrateur, de diplomate extrêmement pleine et brillante. Procureur général de Bretagne galou (1442) puis de toute la Bretagne, il sut tenir tète à François Ier et empêcher la condamnation judiciaire de l'infortuné Gilles de Bretagne. Pierre II le fit entrer à son Conseil vers 1453. Sénéchal de Fougères (1458), puis de Rennes (1467), Olivier du Breil prit une part de plus en plus prépondérante, depuis 1448, à presque toutes les missions diplomatiques qui se succédèrent près de la cour de France, de celle d'Angleterre, à Rome. Ce fut, selon du Paz, « un grand homme d'Etat », et André Duchesne ajoute qu'il administra les dignités » dont il fut revêtu « avec tant de prudence qu'il en remporta le glorieux éloge de grand homme de bien ». On trouve mention de sa famille dès le XIe siècle. Il épousa en 1446 Gillette l'Enfant, fille d'un chambellan de François Ier, qui lui survécut : il était mort avant le 19 novembre 1479. Il est regrettable que le nom du successeur d'Olivier du Breil à la Présidence de Bretagne ne nous soit pas connu. C'est lui qui dut préparer la constitution faisant enfin du Parlement de Bretagne une cour d'appel à sessions régulières, tenues au même lieu, un Parlement sédentaire. Les espoirs de Pierre II ne s'étaient pas, en effet, réalisés, et il semble bien que les sessions du Parlement, au début du règne de François II, et sous l'influence des événements politiques, devinrent de nouveau très rares. Mais quand le duc François, l'an 1485, crut tenir enfin sa « principauté en telle et si bonne paix, obéissance, union et tranquillité... que mieux ne plus pacifiquement n'étoit possible », il s'empressa, conformément au « singulier désir » qu'il en avait eu dès son avènement, d'organiser une cour souveraine de justice. Jusque-là, reconnaît-il, en exagérant quelque peu son rôle, la cour de Parlement s'est réunie « par tels ans et raisons que chascun de ses prédécesseurs a vu estre convenable sellon les dispositions et tranquillitez des temps ». François décide que le Parlement, cour souveraine de justice, composée des sénéchaux de Rennes et de Nantes, de 12 conseillers (7 laïcs et 5 clercs) nommés à vie par le duc, tiendra des sessions indépendantes des Etats, à tout le moins chaque année, du 15 juillet au 15 septembre. Le duc ajoute : « Et pour plus grant certitude et utilité de nostre court de Parlement et de tous nos subjectz, cognoissans nostre ville' de Vennes estre lieu autant ou plus à ceste fin propice et nécessaire que nul autre de nostre pais, avons ordonné et estably icelle nostre court de Parlement ordinairement seoir et tenir en nostred. ville de Vennes et non ailleurs, sinon que, pour cause de peste ou quelque autre grant cause ou considération, nous, de nostre propre mouvement, le commandons et ordonnons pour aucunes oupvertures seoir et tenir aultre part ». Voilà donc Vannes reconnue, encore une fois, capitale judiciaire de la Bretagne. Château-Gaillard vit sans doute s'ouvrir, au début de juillet 1486, la première session du Parlement devenu pour toujours sédentaire, du moins le croyait on. Mais à peine créé, le Parlement cessa de fonctionner. François II entrait dans la guerre folle, Vannes tombait aux mains du roi, la duchesse Anne, après le désastre de SaintAunin-du-Gormier, épousait le roi de France. Pendant cette période de bouleversement, y eut-il des Présidents de Bretagne. Pol de Courcy et, d'après lui, la Borderie et M. Frédéric Saulnier ont attribué ce titre à Alain de Coatgoureden. Courcy donne même la date de 1489. Il descendait de bonne race ce seigneur de Kerauffret, Kerscouarc'h, Kermathéan, le Calloët et Lavalot, serviteur fidèle de la duchesse Anne, écuyer de sa maison (1489), son ambassadeur en Angleterre (1489), l'un des cinquante hommes d'armes de sa garde et écuyer de son écurie (1498), époux d'une Kergorlay (1450). Cependant le très consciencieux généalogiste des Coatgoureden ne relève point le titre que Courcy attribue à Alain. Nous-même n'en avons trouvé mention nulle part. En tout cas, si Alain devint réellement Juge universel de Bretagne, il ne dut pas avoir occasion de présider le Parlement. Jean Scliczon reçut certainement, quant à lui, des lettres de provision à la Présidence de Bretagne souscrite par la duchesse Anne. Nous le retrouverons dans la suite de cette étude. Les ducs ont choisi leur bonne ville de Vannes pour y établir le Parlement de Bretagne : ils y font siéger de préférence le Parlement des interlocutoires. (1425), y achètent un hôtel pour le Président et le Parlement de Bretagne réorganisé (1456), la désignent enfin comme la résidence obligée du Parlement sédentaire (1485). Les rois de France, nous allons le voir, reconnurent ce privilège et le maintinrent longtemps.

 

   

 

                                      

 

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 09:52

 

 

 

Desssin du Vicomte Frotier de La Messelière

 

Nous, écuyer Jean Maupetit, sieur des Bignons, sénéchal de la Cour et baronnie de la Hunaudaye, Chateaubriand, Montanlant au siège du Chemin Chaussé. Savoir faisons quant environ les huit heures du matin de ce jour de samedy, vingt septième de décembre mil cinq cent quatre vingt dix sept, seroient venus en notre maison des Bignons noble Messire Jean des Déserts, sieur Becteur de Planguenoual ; Me Ollivier Haugoumart et Pierre Grimault, trésoriers et marguilliers de la fabrice de la dite Eglise de Planguenoual, lesquels nous auroient remontré que par cas fortuit et inopiné le temple de l'Eglise du dit Planguenoual auroit été brûlé et consumé par le feu, la nuit d'entre le jeudy vingt cinquième et vendredy vingt-sixième jour de décembre ; et pour faire état, description et procès-verbal du tout ce qui y est advenu, nous sommes recordé ayant eu en leur compaignie pour adjoint, M. Bolland Poussin, notaire de la dite cour et baronnie de la Hunaudaye, duquel avons prins le serment de fidèlement se porter au rapport des présentes ; ce fait, sans autre divertissement, nous sommes acheminés au bourg de Planguenoual, et arrivé, avons entré dans les costalles et murailles dudit temple et esglise, et y avons vu le sacraire, le superflce jouste clocher, chapelle, chevet des prêtres ; étant au choeur, le retrio, Croit si fit, ymages, enfeus et escabeaux étant en la dite église du tout consumés par le feu et réduit en cendres et à la chute des bois et vouxtes du superSce dudit temple, en avoir été les autels et tombes de pierre rompues et brisées. Et pour savoir la longueur et largeur de la dite Eglise, l'avons fait mesurer par Pierre Griroaut et François Huet, qui s'est trouvé de longueur depuis le pignon du grand autel jusqu'à la principale porte du bas de ladite église, contenir six vingt pieds et de costale à costale quarante un pieds ; et depuis la costale de la chapelle de la Haïaye, jusqu'à la costale de la chapelle de la Ville au Vée, soixante un dix pieds. Et ce fait, lesdits sieurs Recteur et Marguilljer nous ont dit qu'ils avaient fait tout de voir d'appeler et convoquer le peuple au secours pour empêcher l'embrasement de ladite église dans laquelle étoiant tous les ornements d'icelle et joyaux précieux ; lettres, titres, garants, et enseignements concernant revenu des droits de ladite fabrice et frairie de St Michel, môme les lettres, titres de ladite rectorie et frères chapelains, obligations, quittances et autres titres audit sieur recteur appartenant. Que môme, plusieurs lettres au sieur de Porpilly, frère aîné dudit situr recteur de Planguenoual, entre autres lettres faisant mention de la vicompté de Porpilly, son dit frère qu'il lui avait été envoyées depuis peu de temps, pour faire le remboursement au sieur et dame de la Villehervé. Que môme plusieurs autres lettres concernant les successions de ses prédécesseurs étoient à une cache faite entre la muraille et arcade joigne la muraille et le pignon du grand autel et à la trésorerie d'icelle qui étoient sur la chapelle de la Pontaine-Orin ; en laquelle ils nous ont dit y avoir durant toutes les guerres et troubles, conservé les ornemens, lettres et garans. Que l'ornement il y avait mis après la feste du Jubilé de Nostre-Dame de Mi-Août passée, qui étoient une chapelle (chape) deux domoirs (dalmatiques) et un chasuble de veloux cramoisi et broderie d'or, les estolles et fanons à façon d'Angleterre ; -une autre chapelle, deux domoirs, et un chasuble de veloux cramoisi plein, -autre chape et deux domoirs, et un chasuble de veloux noir à broderie, pour la chapelle et frairie de Saint-Michel, -autre chappe, deux domoirs et un chasuble de veloux noir plein, armoyé des armes du sieur de la Villemain-Bérard, -un chasuble de veloux vert, fait à broderie, façon d'Angleterre, -la courtine (le dais) du sacre de damas violet, le parement du grand autel, de cuir doré, façon d'Espagne; -un calice d'argent et la custode d'argent; -la robe de Notre-Dame de veloux cramoisi à fleurions d'or et autre grand nombre de hardes de ladite église. En outre, eaux dudit sieur Recteur qu'il y avait mis pour conserver, qui étoient ses linges, deux accoutrements de taffetas, une piese de sarge, de la vaisselle d'étain, et devant et après, grand nombre de biens, meubles et provisions qui furent du tout consommées et brûlées, quelque diligence que tous purent lui apporter. Et de là nous ont montré deux armoires étantes dans le pignon de la principale viltre de ladite église, derrière le grand autel, auxquelles, nous ont dit qu'estoient lesdites lettres et enseignements du revenu de ladite église et fabrice ; ensemble celles dudit sieur recteur de Planguenoual, et autres y minses en espérance de les sauver. Auroient fait faire des trous et pertuis par dehors dans ledit pignon ea intention de pouvoir plus librement ravoir les dites lettres, ne pouvant entrer dans ladite église à cause de la fumée et du feu qui étoit embrasé en icelle et ne le pas accomplir ni y parvenir que le feu n'eut consommé les lettres, titres, garants et enseignements qui étoient dans ladite cache et armoire, auxquelles il fut impossible d'y arriver comme cy-dessus est dit, à cause que le bois qui tomboit du limbrin de la vouxlte de ladite église étoient en si grand nombre que ledit bois touchoit les armoires cy-dessus ; qui causa que le feu éprins aux fenêtres, y consommit lesdites lettres. Nous requérant de vouloir ouyr et prendre le serment des cy-après nommés, savoir : Missire Jean des Vergers, Missire Guyon Abraham, Michel Coillisant, Guillaume Gour, Anthoine Josset, Maurice Gauthier et Jacques Pensart ; desquels le surment pris de dire vérité, purgée de conseil et enquis d'office et sommairement, les uns après les autres, les avons ouy et enquis comme ensuite :

 

 

1° Michel Gollisant, poissonnier de la paroisse de Planguenoual, et y demeurant au bourg, âiçé à son dire, de cinquante ans, tesmoin fait jurer par serment dird vérité, purgé de conseil et enquis d'office sommairement, dépose savoir ; la situation d'une cache étant faite faire par Missire Jean des Déserts, sieur recteur de Planguenoual sur un embrun qui étoit entre le pignon de la trésorie, en la chapelle de la Fontaine Orain, joignant l'huis de ladite trésorie, pour y avoir été par diverses fois en compaignie dudit sieur de Planguenoual et, à cause des troubles avoir été failte pour en icelle conserver et motte en sûreté le tout des ornemens, biens et richesses de la dite fabrice; ensemble les titres, garants et enseignements d'icelle et de la frairie de Saint-Michel et des frères chapelains, que les biens et moyens dudit sieur de Planguenoual, lorsqu'il survenoit quelque troupe de gens de guerre et incontinent que le sieur de Vauvrix avec ses troupes et régiment vint loger de St-Brieuc à Hillion et à Quoyesmieux, allant et venant à toute heure, et par plusieurs troupes, ravageant et picorant tout ce qu'il pouvoit trouver en la dite paroisse de Planguenoual et autres lieux. Le témoin fut alors prié par ledit sieur recteur de Planguenoual d'aider à porter et mettre dans la dite cache afin d'être en lieu de sûreté, comme chose accoutumée, le tout des ornemens, calices et richesses de ladite fabrice et frairie de Saint-Michel ; même les accoutremens, titres et enseignemens dudit sieur de Planguenoual que autres biens et provisions, ce que le témoin fit. Et en premier lieu, il porta le tout des ornemens de veloux de ladite fabrice, parement d'autel, calice, custode, lettres et enseignemens qui furent mis dans un coffre et une barrique de bois ; et un charnier plein de lard qui y fut salé et saupoudré. Et en ladite barrique et coffre y fut mis et aida le témoin à mettre par ordre ce qui en suit : (suit la nomenclature des orne«ens déclarés par le recteur, y compris les accoutremens de taffetas appartenant à ce dernier), et un grand nombre de vaisselle d'étaing el d'airain, comme plat, assiettes, flacons, pintes, poiles, bassins espèces de vaisselle, plusieurs linges, tant de ladite fabrice que audit sieur de Planguenoual deux casiers pleins de lettres et livres que ledit sieur de Planguenoual disoit être partie des enseignements de la plus grande part de ladite fabrice et frairie de Saint-Michel; que mesme, ledit sieur y ayant accommodé le tout de ce que dessus en ladite cache, fut fermée et bouchée, selon qu'elle avait accoutumé d'être. Et s'en alla le témoin avec ledit sieur de Planguenoual à son logis où étant, lui fut mis entre les mains plusieurs grands paquets de lettres que il apporta et furent mises entre deux armoires s'entrehabitant, étant dans le pignon de la grande vitre de ladite Eglise, joqque le derrière du grand autel et on en tira plusieurs audit sieur de Planguenoual, les mettant en pacquet et par ordre, qui faisaient mention du bien et revena de la dite fabrice et frairie de Saint-Michel ; on il y avait plusieurs cognoissances, quittances et autres marques, lettres de ladite fabrice et dudit sieur de Planguenoual et du sieur de Portpilly, son frère aîné. Et lui dit, incontinent que lesdites armoires furent fermées, que toutes les lettres et enseignements qui concernoient le bien et revenu de ladite fabrice et frairie et frères chapelains et ensemble les siennes et autres étoient là dedans, que si cela étoit de cas fortuit perdu, que c'étoit la ruine de la fabrice et frairie et la sienne. Et que-du-dempuis tous les biens ci-dessus ont toujours été laissés aux dites caches et armoires, attendant voir le département des gens de guerre qui ordinairement y ont voltigeant en ladite paroisse. Et du dempuis le commencement des guerres, quelque troupe ou armée qui ait été logé ou séjourné en ladite paroisse ou siège de Lamballe, la tour de Cesson, Moncontour, et autres places où avoient été Anglois, Lansquins, (lansquenets) Espagnols et autres étrangers; toujours iceux biens étoient demeurés auxdites caches et armoires, et jamais n'y avoient été trouvés. Et ce néanmoins, le témoin les y a toujours vus, par y avoir été mis ordinairement par ledit sieur de Planguenoual, jusque la nuit du jour de la Nativité Notre-Seigneur, vingt-cinquième jour de décembre dernier, environ l'heure de onze heures du soir que le témoin étant couché dans son lit et en sa demeure qui est fort près de ladite église, ouyt un grand bruit et étonnement de feu par la fenestre de son logis et se jetta hors du lit, à l'envers. regardant vers ladite église où il vit le feu on grande abondance au haut du clocher de ladite église, incontinent, il sortit de son logis pour venir donner avertissement audit sieur Recteur, et étoit levé pour venir au secours du feu, lui et tous ses gens et auparavant que le témoin fut parler audit sieur de Planguanoual, il vit tout le clocher de ladite église par terre, à l'envers. Il s'échemina à venir à l'église, et, tôt après ledit sieur Recteur et tous ses gens, allant, ledit sieur par le bourg, de porte en porte, amasser le peuple pour éteindre le feu. Et vint le témoin, en criant au feu et à l'aide, droit à une petite porte de ladite église qui est près la chapelle de la Ville au Vais que il trouva ouverte et ne sait par qui avoit été, et se rend bien certain que n'avoit été aucun des gens dudit sieur de Plaaguenoual qui l'on ouverte parce qu'il fut le premier qui donna l'avertissement et qui s'avisa du feu ; et au soir, avoir assisté à la fermeture de ladite porte qui se ferma par dedans avec une barre de bois et toutes les autres avec les clefs, tant par dedans que par dehors. Et étant arrivé à ladite porte qu'il vit ainsi ouverte, se jeta au dedans de ladite église peur aller droite la dite cache pour sauver et mettre hors d'icelle, même desdites armoires, les biens ci-dessus qu'il savoit être dedans ; où il n'y put arriver quelque diligence qu'il y put apporter à raison du feu qui étoit si grand par toute ladite église, à raison môme du Yent qui étoit si grand et si impétueux qui ruenoit le feu si fort vars la haut de ladite église ou étoit ladite cache et armoire, qu'il n'étoit possible à personne d'en approcher. Et n'y avoit aucun moyen sans se perdre et brûler. En criant au feu par force, se trouva beaucoup de personnes, on fut avisé de mettre des échelles sur ladite trésorerie au pignon où habitoit ladite cache et des trous et pertuits par dehors, endrait desdites armoires pour faira fraction et essayer d'en tirer tous les biens qui étoient. Et y fit le témoin tout devoir jusqu'à l'extrémité ; mais à cause du grand feu et vent, ne put être le vent empêché qu'il ne brûlât et consommât tout ce qui étoit dans ladite cache et armoire. Et ce parlant se jetta en bas pour aider à percer le pignon de ladite église par dehors, endrait desdites armoires pour sauver lesdites lettres, et ne put être sitôt fait que le feu n'eut tout brûlé et consommé les dites lettres, sans jamais en pouvoir sauver aucuns qui ne fussent réduits en cendres. Et se rend le témoin certain que ledit sieur de Planguenoual avoit fait tout porter et mettre ce qu'il pouvoit avoir de choses de conséquence qui appartiennent à ladite fabrice et frairie de Saint-Michel et à autres, en ladite cache et armoire pour les sauver et mettre en lieu de sûreté eomme il avoit accoutumé faire. Et ne sait la forme et oralement de ladite église, fors que un peu auparavant ouir le tumulte et bruit du feu, il avoit oui des quevaliers (cavaliers) et gens de guerre, puis (depuis) la nuit fermée à l'entour de ladite église. Et est ce qu'il dit savoir du fait ci-dessus, lecture lui faite de sa déposition et & dit contenir vérité et ne sçait signer.

 

 

2° Noble messire Jean des Vergers, prêtre de la paroisse dudit Planguenoual, et y demeurant jouque le bourg et cimetière d'icelle église, âgé de quarante ans, à son dire, témoin juré par les sacrés ordres qu'il porte, dire vérité, purgé do conseil et enquis d'office sommairement, dit : que jeudy dernier, vingt cinquième de décembre, il assista au serviee de la feste de Noël, en l'église de Planguenoual où il y avoit de grande congrégation et assemblée de peuple qui assista en pareil aux vespres y dites et célébrées. La nuit advenue dudit jour de Noël, alla souper chez ledit sieur Recteur de Planguenoual, duquel lieu sorti et mis, environ les neuf heures du soir â se retirer et venir à son logis, il passa à travers le cimetière de ladite église où il arrêta et passa avis la principale porte de ladite église pour présenter son orai son, sans qu'il aperçut aucun feu; et comme il étoit à faire son oraison, il ouyt nombre de quevaliers arriver vers ladite église, tellement qu'il se retira promptement. Et tôt après il fut logé en sa dite chambre qui est toute proche du cimetière, entendit un grand bruit de peuple criant au feu, qu'il le causa de sortir dehors et étoit environ les onze heures. Et s'acheminant audit cimetière, apperçut le feu dans les lambrains et couverture de ladite église et le clocher d'icelle déjà tombé par terre et brûlé. Et étant entré en icelle, par une petite porte près la chapelle de laVilleauvée laquelle se ferme avec une barre de bois par dedans, et néanmoins la trouva ouverte, sans pouvoir savoir qui l'avoit ouverte, et se rend certain qu'elle avoit été fermée le soir. Et étant en la dite église, vit le clocher et la plateforme d'icelui tombés par terre et brûlés. Lequel voulant aider à sa puissance avec beaucoup d'autres y présents et assistants ledit sieur Recteur qui s'efforçoit de faire ce qu'il pouvoit, avertissant le peuple de s'y employer, afin que tous ensemble ils eussent pu sauver les ornemens, lettres, titres et enseignemens tant de l'église, frairie de Saint-Michel, frères chapelains que autres qui étoient en une cache dessus la chapelle de la Pontaine-Orain. Etalors ledit sieur Recteur print le sacraire où étoit le précieux corps de Notre Seigneur Jésus-Christ pour le sauver et le mettre hors de ladite église, pour empêcher d'être brûlé. Et se força le témoin pour arriver à ladite cache pour sauver les ornemens qui étoient cachés, entr'autres : (suit la désignation des ornements, objets, titres, papiers, etc., décrits dans la précédente déposition).... Et ne purent sauver que la trésorerie de ladite église qui faisoit séparation de ladite cache. Et n'arrêta le tout de la dite église à être brûlé que environ trois heures, non plus que si c'eut été un morceau de paille, tant le feu étoit âpre, par l'impétuosité du vent qu'il faisoit. Et ne pourroit aire ni rendre certain de la cause dudit feu, étant advenu inopinément et sans qu'on ait pu apprendre la forme ni l'embrasement d'icelle, par quelles personnes ni autrement le feu avoit été mis et n'ayant oui aucun bruit que les cavalliers qu'il entendit comme il se logeoit la soir en sa chambre. Et tel est son record, lecture lui en faite, a dit contenir vérité et signé.

 

 

3° Missire Guyon Abraham, prêtre de la paroisse Planguenoual et y demeurant près le bourg et église, âgé de vingt-huit ans, à son dire, témoin juré par les sacrés ordres qu'il porte, dire vérité purgé du conseil, et enquis d'office et sommairement, dit que jeudy dernier, vingt-cinquième de ce mois de décembre, il assista au service de la fête de Noël, en l'église de Planguenoual, où il y avoit grande congrégation et assemblée de peuple qui assistèrent en pareil au service et aux vêpres y dites et célébrées. Après le monde être tout sorti et retiré de ladite église, ferma les huis et porte d'icelle, tant avec barres de bois que avec clefs de fer, par dedans et par dehors de ladite église. Et la nuit suivante du dit jour, étant couché chez ledit sieur de Planguenoual, à environ les onze heures du soir, entendit un grand bruit de peuple criant au feu, qui le causa de sortir dehors, et s'acheminant au cimetière avec ledit sieur Recteur de Planguenoual et ses autres gens apperçurent le feu étant dans le clocher lequel étoit déjà par terre et au lambrain de ladite église en drait le clocher. Et venant pour entrer dans ladite église, apperçut l'huisset de derrière icelle, près la chapelle de la Villeauvée, ouvert; lequel il se rend certain l'avoir fermé avec une barre de Lois. Lequel voulant aider à sa puissance, avec beaucoup y présents et qui y survinrent, et môme ledit sieur Recteur se forçant, print le sacraire où étoit le précieux corps de Notre Seigneur et le sauva, priant tout le monde de s'efforcer de sauver les ornements, lettres et garants qui étoient dans ladite église; et alors le témoin appelant des assistants se força pour gaigner à une caiche qui étoit sur la chapelle de la Fontaine Grain, qui étoient entre autres choses : (suit la nomenclature des objets désignés par le Recteur et le premier témoin). ... Et ne pouvoir dire ni se rendre certain de la cause dudit feu ; étant advenu inopinément sans qu'on ait pu apprendre la forme de l'embrasement d'icelui, par quelles personnes ni autrement le feu y auroit été mis. Bien dit que environ les huit à neuf heures du soir, il ouit des cavaliers vers ladite église, comme s'ils eussent passé contre le cimetière; et est ce qu'il dit. Lecture faite de sa déposition, a dit contenir vérité a signé.

 

 

4° Antoine Josset, bouchier de la paroisse de Planguenoual et y demeurant au village de I'Hospital, et

 

 

5° Guillaume Gour, cultivateur, demeurant au bourg, relatent dans leurs déclarations les faits déjà connus et mentionnent tous les ornements et papiers qui avaient été déposés dans la cachette, ainsi que quelques provisions de bouche, pour les soustraire à l'avidité des gens de guerre.

 

 

6° François Breart, maçon de muraille, de la paroisse de Planguenoual et y demeurant âgé à son dire, de cinquante ans, témoin fait jurer par son serment dire vérité, purjréde conseil, et enquis comme les précédens, dépose que à la prière et requête du sieur rectenr de Planguenoual, dès le commencement des guerres, présents troubles, il se transporta en l'église de Planguenoual et y étant, ledit sieur recteur lui dit vouloir faire faire une caiche secrette au pignon de la trésorerie de ladite église en un embrun qui étoit pendant en arc sur la chapelle de la Fontaine Orain ; que ne savoir lieu plus propre en ladite église, ni ailleurs pour ficher et, assurer des gens de guerre les ornements, calice, lettres, rentiers, comptes ; autres enseignements et richesses de ladite fabrice ; môme de ceux de la frairie de St Michel ; et en print le pisrnon (l'opinion) de ce témoin. Lequel après avoir visité ledit lieu et y pensé longuement, trouva que c'étoit le lieu et endroit le plus commode qu'il se put trouver pour faire une bonne et belle et assurée caiche. Et de son métier de maçon y travailla et fit ce qui étoit requis et au-dedans de laquelle, avant même qu'elle fut achevée et accommodée ce témoin vit accommoder et mettre en un coffre et une barrique de bois le tout des ornemens, calice, lettres et richesses qu'il avoit accoutumé de voir en ladite fabrice, frairie de St Michel ; même plusieurs grand nombre de biens appartenant audit sieur de Planguenoual, comme accoutrements linge, et vaisselle d'étaing et d'airain ; et a toujours oui et enteudu qu'ils y ont été conservés. Et en parle le témoin pour avoir aidé à y mettre par plusieurs fois, les biens, richesses, lettres et garants, tant de ladite fabrice, frairie de Saint-Michel que dudit sieur de Planguenoual. Même en l'année qu'il étoit trésorier et administrateur des biens et revenus de ladite fabrice en l'an.... et puis les présents troubles et alors qu'il était mention de soldats et gens de guerre qui se acheminassent pour venir sur le quartier tous les biens de ladite fabrice, frairie et dudit sieur de Planguenoual étoient mis la dedans et conservés toujours, pour quelque siège qui a été passé par l'une et l'autre partie, fust à Lamballe, la tour de Cesson, Moncontour et autres places ; régiment, armée ni compagnie qui aient logé en ladite paroisse et autres lieux ; Anglois, Lansquenets, Espagnols, Lorains et autres nations de gens, qui aient été ravager en ladite église, n'avoir jamais trouvé ladite caiche. Et toujours tous les biens y ont été conservés jusqu'à la nuit de la Nativité de Notro-Seigneur, vingt-cinquième de décembre dernier, que le témoin a entendu tous les biens et lettres concernant les biens et revenus de la dite fabrioe et frairie que dudit sieur de Planguenoual, même de son frère aisné, y ont été brûlés, consommés en cendres par le feu inopinément. Même oe témoin a entendu que le tout des lettres, garants, que avoit accoutumé à mettre ledit sieur de Planguenoual en deux armoires qui étoient dans le pignon de la grande vitre de ladite derrière le grand autel d'icelle, y ont été brûlés et consommés en poudre par le feu ; auxquelles armoires le témoin a vu par plusieurs différentes fois mettre grand nombre de lettres.… parce que c'étoit un lieu de sûreté pour les conserver. Est-ce qu'il dit et ne sait la forme, ni manière du brulement de ladite église. Lecture lui faite de sa déposition a dit prouver, tenir vérité et ne savoir signer :

 

 

7° Jacques Pensart, charpentier de bois de la paroisse de Planguenoual et y demeurant à la maison de Villeauvêe, âgé de trente-huit ans,ainsi que dit, témoin fait jurer par serment dire vérité, purgé de conseil et enquis d'office, comme les précédents, dépose: que dès le commencement des guerres et présents troubles ne put autrement cotter l'an, ni le jour, -il fut prié par le sieur de Planguenoual d'aller travailler de son métier, sans savoir à quelle oeuvre c'étoit, jusqu'à ce qu'il ne fut à la demeurance du sieur recteur, où étant on sa compaignie, en l'église dudit Planguenoual, il lui dit et. remontre avoir l'intention de faire une caiche secrette, pour conserver des coureurs et des gens de guerre qui ravagèrent partout, les ornements, calice, lettres garants, et autres richesses de la fabrice dudit Planguenoual, de la frairie Saint-Michel, et les siennes. Et après avoir été en plusieurs lieux et endroits de la dite église, trouva que le lieu le plus sûr et le plus commode pour faire ladite caiche, c'étoit par entre le pignon de la trésorerie de ladite fabrice, sur l'embrun (le lambris), qui étoit en arc sur la chapelle de la Fontaine Orain ; et ce fait, le témoin accommoda de ce qui étoit nécessaire de son métier ladite caiehe sur les embruns, ce qui étoit assez commode et secret, et après qu'elle fut prête, il fut mis le tout des biens et richesses, tant d'ornements que lettres, garants de ladite fabrice et frairie de Saint-Michel et ensemble celle dudit sieur de Planguenoual, que toujours quelque armée, troupe et ravagement qui fussent survenu- en ladite paroisse, ils ont été conservés jusqu'à la nuit de la Nativité de Notre-Seierneur, que le témoin notoirement entendu que. au brûlement de ladite église, ils ont été brûlés et consommés en cendres; et avoir ainsi été mises pour les conserver, à cause du voiligemert et ravaigement qui journellement sont en ladite paroisse- Et est ce qu'il dit et ne savoir la façon du brûlement et embrasement de ladite église par quelles personnes ni comment sinon inopinément. Lecture lui faite de sa déposition ; à dit contenir vérité et ne savoir signer. « Ainsi signé à l'original; Des Vergiers, Abraham, Maupetit, P. Poussin. » Les droits honorifiques dans les Eglises, comme les titres nobiliaires, étaient attachés, non pas à une famille, mais à une terre. C'est ainsi que les chapelles particulières portaient le nom de la seigneurie et quand la terre passait par acquêt ou héritage dans une autre famille, les nouveaux titulaires devenaient propriétaires de tous les droits honorifiques attachés à cette terre, chapelles, bancs, escabeaux. enfeux, etc., à moins de clauses contraires, c qui était rare, les droits seigneuriaux étant une cause de recherches pour les amateurs.

 

Vicomte de Lourmel.

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 05:10

 

 

 

Mar' le haleux

 

 

Ce mois était désigné mois des cocus. Ceux qui étaient nés au mois de mars étaient des entêtés, des râbatous autrement dit des radoteurs et grognons.

 

Ma' o ses martiaux

Avri' do ses coutiaux

 

Il ne fallait pas allé regarder son grain dans les champs avant le premier dimanche de mars, car il serait exposé à ne pas pousser.

 

Autant de bérouées (bruines) en mars

Autant de felées en mai

 

Le jour de Saint-Joseph, les oiseaux des champs se marient.

 

S'il fait beau temps,

Quand Mar' a vingt iunes nés (nuits),

Prenez garde ês vênés,

Notre-Dame arrive,

Qui les rejette o' l' pieds,

 

En mars il ne fallait pas aller chercher après la nuit close car elle était venimouse Si les grenouilles chantaient avant le 25 mars, elles retardaient leur chant d'autant de jours qu'elles l'avaient avancé

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