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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 12:49

Aux yeux des paysans d'autrefois, la propriété foncière conservait un  grand prestige. Un homme eut-il possédé la fortune de Rothschild, s'il ne possédait pas de terres était moins considéré que le propriétaire de trois ou quatre fermes de médiocres étendues. Etre « cuterrous », c'était avoir du bien au soleil. Dans l'ensemble, les paysans étaient respectueux avec le clergé dès lors où ceux ci ne sortaient pas de leur rôle spirituel. Pourtant nombre de proverbes étaient assez irrévérencieux avec les curés : « Gras comme un recteur » ; « Il est comme not' recteur, qui s'en va de tab'e quand il est saû : comme notre recteur qui quitte la table quand il est ivre » ; « I'n frappent point ès contre-hus de genêt : ils aiment mieux les riches que les pauvres » ; « un homme qui n'a que des ruses de prêt'e » ; « Paresseux comme un curé » ; « Le monde devienne t'i' fainéant, i's font tous prêt'e ». Les bonne soeurs appelées sœurs trottine sont souvent accusées de mettre le trouble dans les ménages. Les paysans disaient des religieuses qu'elles allaient dire la nuit leur chapelet dans les champs et si elles perdaient une pâtenôtre, le laboureur aurait beau travailler, il trouverait du chiendent dans son champ. Le recrutement des prêtres incitait les ambitions de beaucoup de commerçants et de gros paysans qui voyaient bien un de leur fils devenir prêtre. En général les parents des prêtres rentraient largement dans les dépenses qu'ils avaient faites pour les élever. En Haute Bretagne, pays essentiellement agricole, le paysan était le plus estimé, venaient ensuite les métiers exigeant force et adresse : charpentier, menuisier, maçon ou maréchal-ferrant. Ces derniers exerçaient souvent en même temps l'art de guérir les bêtes, et celui d'arracher les dents. Voici quelques proverbes sur les métiers pénibles ou méprisés :

 

 

Il y a treis métiérs d'fainiants

 

Les chassous, les pêchous, les oisillous

 

Le cheva' des peissonniers

 

Les médecins de campangne

 

Et les maltôtiers

 

Sont treis métiers d'bêtes 

 

Alleluia,

 

Marchez sur quatre bâtons :

 

les huissiers sont des fripons,

 

Et les avocats des liche-plats

 

Et les procureurs

 

Sont des voleurs.

 

 

 

Les métiers les mois prisés étaient ceux pratiqués assis et pour  lesquels aucune force corporelle n'était nécessaire, parmi ceux ci étaient inclus les tailleurs, les cordiers, et surtout les tisserands. Ces derniers se voyaient attribuer le sobriquet de « t'chu d'châ ». Le châ étant une espèce de bouillie d'avoine qu'on mettait sur la trame pour faire la toile. A Saint Donan on disait d'eux : « sans la colle, le tessier serait noble ». Les tisserands trouvaient difficilement à se marier avec des filles de fermiers, toutefois dans le Mené les tessiers épousaient journellement des filles de fermier. Le cordonnier était qualifié de « cu-cousu » ou « cu-collé » et étaient accusés d'être pires que les évêques. Au village de la Caisse d'Or en Maroué existait une corderie, les derniers y furent enterrés vers 1820 en un lieu à part nommé caquinerie. En 1854, le préjugé n'était pas complètement disparus. Au siècle précédent, ils étaient très vénérés, ainsi en 1716 un caqueux étant mort à Plurien, toute la noblesse assista à son enterrement et fut inhumé dans l'église, mais la population l'exhuma trois jours plus tard et porta sa dépouille au cimetière des cordiers. La justice intervint. Le pillotou ou marchand de pillots désignait le chiffonnier ambulant échangeant vaisselle ou mouchoirs contre des chiffons, des peaux de lapins. A leur sujet il se disait : « sauter comme un pillotou ». Quand ceux ci arrivaient dans un village ou dans l'aire d'une ferme, ils criaient « marchand d'pillous » ou encore : « la bourgeoise, av'ous des pillos ? ». C'est probablement en souvenir des sermons que les prêtres faisaient au sujet des cabaretiers qu'un proverbe disait d'eux : « L'enfer est pavé de crânes de cabaretiers ». Les meuniers n'avaient pas non plus très bonne réputation * (un moulin à Sévignac désigné Cachegrain) : « Meunier larron, voleur de blé c'est ton métier ». On rangeait également dans les métiers méprisés les « sanous de trées ou de pouërs » -les châtreux ; et surtout les « écorchous » autrement dit les équarrisseurs.

 

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 06:11

 

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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 20:53

 

Par les chemins noirs
De l'Arrée
Où vont-ils les déments?
Ils poussent des troupeaux souillés
Dans les vallons de tourbes
Et dans leurs caboches molles
Des cloches d'airain cognent
Des glas épouvantables
Et de torrides effrois

 



On les voit les déments du côté de Commana
De Botmeur et de Brasparts
Leur panse pourrie de cidres amers
Et de vinasses violettes
Effrayant les corneilles
Que les épouvantails angoissent
Ils bavent les déments comme des gargouilles
Des jurons fatidiques
Entre de hargneuses malédictions

 


Déments
Démons
Abandonnés
Boulimiques
Éthyliques
Ils trainent leur lourd célibat
Dans les hameaux sans femme
Nulle flamme ne brûle leur cœur
Nulle épouse n'attend leur pas
Ils vont dans leur propre pays
Comme des relégués et des maudits
Leurs guenilles griffées par les ronces
L'œil mi-clos la bouche torve
Ils s'impatientent d'une vie trop longue
Dans la pluvieuse misère des Monts d'Arrée

 

Effarés
Oubliés
Damnés
De rares souvenirs parfois illuminent
Leur mémoire rabougrie
Ils songent aux jours anciens
Des avoines et des luzernes
Aux grandes faux lumineuses
Dans le golfe des hautes herbes,
Aux moissons triomphales, ils rêvent
Dans les étés criblés d'hirondelles
Au Jabadao, à l'an-dro des fêtes de nuit
Ils songent aux truites rieuses et aux rivières
Aux plaisirs des bretonnes enfances
Parmi les ogives, les chênes et les hêtres
Et parfois raclant des colères
Sur leurs derniers chicots
Ces crapauds humiliés de l'ère industrielle
Crachent des venins dans les coquelicots

 

 

Ivrognes
Sourds
Lourds
Cramoisis
Les déments de l'Arrée sans descendance
Éteignent les vieux clans campagnards
Des gerbes et des meules
Ils ont refusé l'exil, l'usine et l'encan
Et la vie qui marche a piétiné leur raison
Leur laissant le quignon la soif et la misère
Et les grands chiens galeux des désastres fermiers
Lèchent leurs pieds jaunes sous les tables rondes

 

 

 

Par les chemins noirs
de l'Arrée
Où vont-ils les déments
A quel orme
Pour quel suicide?

 


Seuls ils rient tels des idiots

 


Des choses de la vie et des grimaces de la mort
Et l'aube bondissante les trouve ainsi
Affalés dans leur fêlure mentale
La soif des gnôles meurtrières et flamboyantes
Reprend alors leur esprit solitaire
Et c'est en titubant
A Botmeur Commana et Brasparts
Qu'ils arpentent les chemins du néant
Face à la haine des pierres et au cynisme des ifs
Nos déments, nos semblables, nos frères ...

 

 

Xavier Grall 

 

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 19:35

 

 

Autrefois les villes bretonnes étaient bâties de bois et de torchis. La roche la plus répandue, le schiste briovérien, ne se prête guère à la construction ; les carrières de granite ou de grès armoricain restèrent longtemps dépourvues de moyens d'évacuation. Aussi s'était-il créé une sorte de style urbain breton : maison en colombage à poutres apparentes ; remplissage de torchis appliqué sur de minces lattes de bois clouées aux pièces maîtresses ; légers encorbellements des étages (Rennes, Saint-Brieuc, Quimper, Quimperlé), ou même large trottoir entièrement couvert, le premier étage reposant alors sur des piliers de bois : cette disposition, appelée encavage à Fougères, rappelle les cornières des bastides du Midi ; on en trouve des vestiges à La Guerche-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) et à Vitré. Le manque de place, dans un site urbain étriqué, -même lorsqu'il n'y avait pas de remparts, comme à Saint-Brieuc -exigeait des dispositions particulières : maisons étroitement accolées, chambres aux étages au-dessus des boutiques, existence d'une cour fermée intérieure (appelée lanterne à Morlaix) servant parfois de cuisine, franchie, aux étages supérieurs, par des ponts ď allée reliant les pièces situées de part et d'autre de ces cours (Morlaix, Saint-Brieuc, Fougères). Les incendies supprimèrent petit à petit ces pittoresques demeures. Fougères brûla quatre fois au XVIIe siècle ; le sinistre de 1720 à Rennes s'étendit sur 5 hectares ; les souffles des bombardements de la guerre de 1939-1945 disloquèrent les poutres vermoulues et pulvérisèrent le torchis. Alain Meynier : les maisons de Bretagne. 

 

 

Un arrêt du Parlement, du 17 mai 1571, prouve que, dès cette époque, il fallait une permission pour bâtir en pans de bois. Un édit du Roi, de 1607, les défend, notamment au rez-de-chaussée, et ceux en saillie au-dessus. On a néanmoins continué d'en construire, mais sur alignements et en consolidant les principaux assemblages par des bandes de fer. Une ordonnance, du 18 août 1667, rendue par les trésoriers de France, grands voyers de Paris, défend d'élever les façades des maisons en pans de bois de plus de huit toises de hauteur, et de les terminer en pignons de forme ronde, ou en pointe ; elle enjoint de couvrir les maisons en croupe de pavillon du côté de la rue, et, pour résister au feu, de revêtir les pans de bois de lattes clouées et de plâtre en-dehors et en-dedans. Ci dessous les villes bretonnes de Le Faou, Moncontour de Bretagne, Quimper, Dinan, Rennes, Dol de Bretagne, Le Croisic, Paimpol, Vannes, Lamballe, Josselin, Nantes, Morlaix, Auray, Tréguier, Chateaugiron, Pontivy, Vitré, Fougères, Malestroit, Bécherel, Rostrenen, Guingamp, Redon, Hennebont, Lannion, Pontrieux, Chateaubriant, Saint-Renan, La Guerche de Bretagne, Jugon, Quintin, Tréguier, Saint-Brieuc, Loudéac. (quelques clichés ont été réalisés par  Monumentum, merci à ce site consacré aux Monuments Historiques).

 

                 

 

 

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 08:48

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 21:16

Si nos proto-martyrs d'Armorique avaient souffert à Rome au lieu de confesser leur foi à Nantes, nous aurions pu posséder d'eux une relique plus précieuse que toutes les autres les deux fioles remplies de leur sang, les linges trempés dans ce sang généreux, mais rien n'indique que quand ils consommèrent leur sacrifice il y eut là des fidèles pour donner aux témoins du' Christ ce témoignage de leur vénération. Ne le regrettons pas outre mesure les fidèles Nantais, après 1600 ans, vénèrent ce sang-là dans le sol qui en a été saturé ils gardent soigneusement les traditions des ancêtres sur les différents lieux où les deux jeunes gens ont vécu, ont souffert, sont morts, et où leur sépulcre est devenu glorieux si nous nous y reportons nous établirons leur demeure « sur le coteau même de Saint-Donatien,entre deux voies romaines partant toutes deux de l'emplacement de la place Saint-Pierre où se dressait la borne milliaire. Derrière la maison, de grands bois reliaient l'Erdre à la rivière du Seil. Près de l'église paroissiale on montre encore une maison qui porte le nom de Maison des Enfants Nantais. A l'un de ses angles on a pratiqué une petite grotte où se trouvent les statues de S. Donatien et de S. Rogatien. « Au carrefour Casserie existe un autre édifice auquel on donne la même dénomination, d'après les uns, parce qu'il a été bâti près du lieu de l'interrogatoire et du jugement des Martyrs d'après les autres, parce qu'il était la maison de ville du gouverneur de Nantes et de ses enfants, tandis que la maison du côteau de Saint-Donatien aurait été la villa de la famille.» (M. l'abbé F. Jarnoux.) Le tribunal devant lequel comparurent les deux frères se trouvait aux portes du Bouffay, l'ancien château gallo-romain. C'est là qu'ils furent étendus et torturés sur le chevalet, et c'est de là que défigurés, meurtris et sanglants, ils partirent pour le lieu du supplice aux environs de leur propre demeure. Nous avons lu dans le texte d'Albert Le Grand « On voit deux Croix de bois, plantées de l'autre costé du pavé (par rapport à un monastère voisin, placé sous leur invocation), où l'on dit que les Saint s'agenouillèrent pour recevoir le coup de la mort. » Et en effet, le lieu désigné par le Proeses représentant de la puissance impériale, ne put être atteint. Les forces des adolescents étaient tellement épuisées que les bourreaux durent exécuter la sentence avant d'y être parvenus. « On s'arrête dans l'endroit où deux croix jumelles, ombragées de deux ormes, indiquent aux fidèles nantais que les deux frères ont été immolés là, non loin de la demeure paternelle qui avait abrité leur heureuse jeunesse, moins heureuse cependant que leur mort prématurée. » (L'abbé Jarnoux). Dans mes premiers voyages de Nantes j'ai vu avec une émotion profonde les humbles croix de bois et la simple inscription disant leur raison d'être en ce lieu en 1897 je les ai trouvées remplacées par deux belles croix de ce granit bleu que nous appelons en Bretagne la pierre de Kersanton, et dans l'intervalle qui les sépare j'ai contemplé la gracieuse effigie des deux adolescents. Quant au lieu où furent déposés les corps des deux martyrs, Albert Le Grand nous a déjà dit comment « les Chrestiens leur édifièrent un beau Sepulchre » j'en parlerai à mon tour quand j'en viendrai à l'oratoire, aux églises et à la basilique qui se sont succédé au-dessus de ce glorieux tombeau, ce qui doit nous occuper en ce moment ce sont les restes sacrés des deux vaillants athlètes.

 

 

Restèrent-ils en entier dans leur tombe jusqu'en 1145 ? –C'est possible toujours est-il qu'ils ne subirent pas l'émigration comme les corps des autres grands saints de Bretagne, et ils échappèrent toutefois aux profanations des Normands il est donc assez naturel d'admettre qu'ils furent exhumés et soigneusement cachés pendant qu'il y eut à craindre le retour des pirates, puis inhumés de nouveau quand la Bretagne eut cessé de craindre le retour des Hommes du Nord qui, entre autres profanations commises dans la ville de Nantes, avaient détruit le tombeau et livré aux flammes l'église des martyrs. A la date que j'indiquais tout à l'heure, 1145, Itérius, évêque de Nantes, résolut de retirer les reliques des Enfants Nantais de la crypte où elles avaient (probablement) repris leur place, et de les transporter à la cathédrale Saint-Pierre pour qu'elles fussent plus à la portée de la vénération des-peuples. Cette translation fut présidée par le cardinal Albéric, évêque d'Ostie, assisté de Hugues archevêque de Rouen, de plusieurs autres évêques, et d'une foule immense de clergé et de fidèles. Un ancien manuscrit parle ainsi de cette solennité dont l'anniversaire continue de se célébrer le 9 octobre Anno autem MCXLV, Iterius, tune existens Nannetis episcopus, ad majorem sanctorum Martyrum venerationem, sacras eorum reliquias humo levare et in majorem seu cathedralem ecclesiam transferre ; ut qui civitatis Principes erant, xn Principis Apostolorum ecclesiâ colerentur. Qvod magno apparatu, XVII kalendas novembris perfectum est ab Alberto, Ostiensi episcopo; adstante Hugone, Rothomagensi archlepiscopo, cum plunbus aliis proesulibus, nec non nannetesi clero et universopopulo. Cette pièce manuscrite est conservée à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Trois siècles après, les restes des deux Martyrs devaient paraître de nouveau à la lumière. Le récit de la relation de cette seconde translation, non moins solennelle que la première, a été écrit par un dignitaire de l'église de Nantes comme l'indique le titre même de sa relation.

 

Aperturce et Ostensionis

 

Capsarum Reriliquiarumque

 

S.S. Christi Martyrum

 

Donatiani et Rogatiani

 

Quoe, Anno Dni M.CCCC.L.VI sunt factoe

 

Relatio

 

Per Magistrum Johannem Méat

 

Venerabilis Capituli Nannetensts Scrïbam

 

Composita.

 

 

 

Ce bon Jehan Méat, scribe ou secrétaire du Chapitre de Nantes, manifeste dans son récit un patriotisme local très ardent, une vive dévotion pour les saints dont il raconte le triomphe, mais il est trop verbeux pour que je puisse donner la traduction complète de son oeuvre, et à plus forte raison son texte latin; en voici donc un résumé. Au-dessus du maitre-autel de l'église cathédrale de Nantes était, de temps immémorial, une châsse très précieuse toute couverte d'or, d'argent, de pierreries et d'un grand nombre d'images, le tout d'un merveilleux travail on l'appelait « la châsse des saints Donatien et Rogatien » mais sans savoir comment, par qui, à quelle époque elle avait été placée là. Près de la base on lisait ces deux vers Conlinet hic tumulus fratrum sacra corpora quorum Obtineat populus meritis hic regna polorum. Sur le couvercle, à la partie antérieure Sanctus Donatianus. Sur l'autre face Sanctus Rogatianus.C'était un usage très ancien dans cette église, que le célébrant après avoir encensé le Corps du Christ allait derrière l'autel pour encenser également le cercueil des deux saints. « Or il arriva que l'an du Seigneur 1456. la seconde année du pontificat de notre très-saint Père en Jésus-Christ Calixte III, élu Pape par la Providence divine; Guillaume de Malestroit étant alors, par la grâce de Dieu, évêque de Nantes; Charles VII, roi des Francs, en même temps que Pierre était l'illustrissime Duc des Bretons; il arriva, dis-je, (c'est Jehan Méat qui parle) que Guillaume de Launay, homme jouissant de grands biens et fort riche, poussé par sa piété, eut la pensée de faire restaurer, à ses frais, l'autel majeur de l'église de Nantes. Mais cela ne put se faire sans qu'on déplaçât la susdite châsse. Le bruit de ce déplacement étant parvenu aux oreilles du peuple et du clergé, le susdit Révérend Père évêque de Nantes en conféra avec son Chapitre, «ainsi qu'avec plusieurs citoyens respectables, et l'on avisa qu'il était à propos d'ouvrir cette châsse, non pour en retirer des reliques, mais pour refaire ce qui pourrait être endommagé et pour exposer les reliques elles-mêmes à la vénération des fidèles et leur procurer plus d'honneur. Il fut donc résolu par le susdit Révérend Père et par son Chapitre, que le lundi après la Nativité du Christ, vingt-septième du mois de décembre, jour férié à la gloire de Dieu et en l'honneur de saint Jean, apôtre et évangéliste, on procéderait à loisir à l'ouverture de ladite châsse. saint Jean, apôtre et évangéliste, on procéderait à loisir à l'ouverture de ladite châsse. » Les préparatifs commencèrent immédiatement une estrade fut dressée entre la nef et le choeur pour recevoir au milieu la châsse, d'un côté le clergé, de l'autre la noblesse et les personnages marquants de la ville. Un fâcheux contre-temps se produisit l'évêque tomba gravement malade; pour présider la translation il délégua Denis de la Loherie, évêque de Laodicée, de l'Ordre des Frères-Mineurs, et résidant à Nantes. Ici il faut encore citer, car ce qui suit est vraiment admirable « Le jour étant donc venu, voilà que, dès le point du jour, ladite châsse est portée solennellement par des chanoines et des prêtres, accompagnés de flambeaux et de cierges allumés, sur la susdite estrade, laquelle était recouverte de très beaux tapis. Après quoi on commença les Matines et le Service accoutumé; ce qui étant achevé vers neuf heures avant midi, on sonne la grosse cloche pour convoquer le peuple. Les citoyens et les habitants de tout sexe, de tout âge et de toute condition accourent, des environs et des localités éloignées on afflue. Les processions des paroisses se pressent en masse. Toute la population est désireuse de voir les merveilles que le Très-Haut va opérer pour les saints. Arrivent les religieux de tous les ordres arrive aussi le Chapitre de l'église collégiale de Sainte-Marie de Nantes, avec la croix, les cierges, les chapes de soie en grande pompe et honneur. Arrive le seigneur évêque de Laodicée lui-même, entouré d'un grand nombre de religieux de son ordre. Sont également présents plusieurs professeurs ès saintes lettres et les gradués dans l'une et l'autre facultés. L'église est remplie d'une multitude innombrable. Au dehors les uns montent sur les toits, les autres s'étendent des deux côtés de la place, en cercle; ceux-ci regardent par les fenêtres de l'église, ceux-là par toutes les ouvertures possibles. Mais pendant que tout se dispose ainsi, la procession de ladite église cathédrale arrive, présidée par le susdit évêque de Laodicée, Messieurs du chapitre, tous les officiers du choeur, avec la croix, les chandeliers, les chapes de soie et tous les ornements accoutumés. On encense la châsse sur tous les côtés. L'évêque et tous les officiers du choeur fléchissent les genoux et supplient Dieu, source de tout bien, de daigner bénir une si auguste cérémonie. » II est dix heures. Le susdit Révérend Père entonne l'Hymne Veni Creator Spiritus. Les uns pleurent de joie, les autres sont saisis d'une componction telle qu'ils voudraient fléchir les genoux, mais ils ne le peuvent, à cause de la foule. On lève les mains vers le ciel. Le silence le plus profond se fait. Les cloches retentissent dans toutes les églises de la ville et des faubourgs. Le dit évêque s'approche de la châsse avec crainte, révérence et tremblement; il appelle des ouvriers habiles et leur demande par où l'ouverture de la châsse pourra se faire plus commodément. Ceux-ci regardent de tous côtés et n'aperçoivent aucune jonction, parce que, ainsi que nous l'avons dit, elle était toute couverte et ornée d'or, d'argent et de pierreries. ils arrêtent qu'ils l'ouvriront par l'extrémité qui occupait la seconde place sur l'autel. » Un orfèvre enlève les plaques d'argent et le bois apparaît. Un charpentier habile s'approche, demande la bénédiction de l'évêque et fait une ouverture par laquelle un enfant de douze ans eût pu entrer. Alors apparaissent à l'intérieur deux reliquaires d'une éclatante blancheur et presque semblables. Sur le plus voisin était écrit Saint Rogatien, et sur l'autre Saint Donatien.L'évêque avance les mains et les bras, et aidé de Guillerme Duchaflault, archidiacre de Nantes faisant office de diacre, il retire le premier reliquaire sur lequel il était écrit saint Rogatien. Les acclamations s'élèvent et « montent jusqu'aux astres. » De toutes parts retentit le cri de « Noël Noël» Lorsqu'on essaya de retirer le second reliquaire, qui était à l'autre extrémité de la grande châsse, on se servit d'abord d'un chandelier d'argent qui se trouva trop court. On employa ensuite le bâton pastoral pour le remuer et l'approcher, mais en vain. Enfin on élève un enfant de choeur de l'âge de douze ans, ou environ, revêtu de la dalmatique et de l'habit de choeur et on l'introduit dans la grande châsse. L'enfant attire le reliquaire jusqu'à l'ouverture,puis on le retire lui-même de la châsse. » Les cris de Noël Noël reprennent avec la même force et le même enthousiasme. Les reliquaires placés l'un près de l'autre sont ouverts facilement, car les couvercles sont à coulisse on commence par celui de saint Donatien et l'on trouve d'abord un linge très blanc recouvrant une enveloppe de soie couleur de pourpre, et enfin un grand nombre d'ossements, mais un seul os de jambe. L'évêque fait l'ostension de ces reliques et la piété populaire continue à se manifester avec une intensité croissante. Dans le reliquaire de saint Rogatien, les saints ossements se trouvaient dans un sac de cuir cousu avec des fils de Nantes, j'ai vu de mes yeux tout ce que je viens de dire, et je l'ai rédigé dans la présente forme; c'est pourquoi j'ai signé en témoignage de la vérité des présentes.  

 

 

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 20:19

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 19:58

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 16:33

 

 

Il n'est pas un touriste qui àit traversé Dinan sans aller visiter la Fontaine des Eaux minérales, située à un kilomètre de la ville. La date de la découverte de ces eaux, dont le fer est un des éléments les plus importants, est inconnue. La première étude sur l'hydrotérapie de Dinan, parvenue à notre connaissance, a été,faite quelques années après la moitié du XVIIe siècle. Il ne nous appartient pas de prononcer sur la prédominence quantitative de tel ou tel principe, et moins encore sur la nature de celui auquel cette source semble devoir ses propriétés les plus tranchées, car en général les eaux ferrugineuses contiennent souvent une proportion beaucoup moins grande de sels de fer que toute autre substance saline; et puis, ne faut-il pas l'avouer, malgré toutes les découvertes récentes dans les différentes branches des sciences physiques, nos connaissances sur l'origine des principes constituants des eaux minérales sont encore généralement peu avancées. Avant de passer à l'historique de cette propriété communale, contentons-nous de citer comme témoignage de leurs effets salutaires, non seulement les rapports des médecins qui en prescrivent l'usage, mais, ce qui vaut mieux, les éloges des nombreux habitués qui après y avoir puisé la santé, viennent les prendre De son côté le chapitre de Saint-Malo. déclarait consentir gratuitement et sans dédommagement, en ce qui l'intéressait et le concernait, à l'exécution des plans et devis dressés par le sieur Even, ingénieur de la province, et qu'en conséquence la plantation d'arbres et l'établissement d'une salle et de cabinets, seraient sur le terrain à lui appartenant et contigu à un des moulins situés sur le ruisseau d'Argentel, nommé le Moulin-Suzain, dans lequel terrain était située la Fontaine minérale, qui serait aussi protégée par une voûte.

 

 

Ainsi, dès ce moment, sans ajouter à la vertu des eaux, ce charmant rendez-vous, outre la garantie de la pureté de la fontaine, offrait un abri aux malades et aux visiteurs. Plus tard, par suite d'un arrêté du 1er Consul du 3 floréal an VIII, concernant les sources d'eaux minérales appartenant à la République, le préfet des Côtes-du-Nord, M. Boullé, appliqua analogiquement ce décret en autorisant le mairede la commune de Dinan à se servir de tous les moyens pour réparer, entretenir et améliorer le local et bâtiments dépendant de la Fontaine des Eaux minérales existant sur son territoire pour le produit en être uniquement affecté à tous les besoins à venir de ce local. En 1809, M. Rd Le Chevallier, maire, acheta au profit de la commune et dans l'intérêt du public une portion de la vallée de la Fontaine, qui jadis en avait fait partie, mais qui avait été vendue nationalement. En 1820 (5 août), la commission pour les eaux minérales de France, instituée le 17 mai de cette même année, demanda aux inspecteurs des principales sources, en tournée dans le royaume, des renseignements afin de pouvoir justifier l'emploi des sommes qui avaient été sollicitées auprès du gouvernement pour l'entretien des bâtiments et du chemin qui conduit à la Fontaine. Enfin une ordonnance royale du 18 décembre 1822 autorisa le maire de Dinan à acquérir, au nom de cette ville, le terrain nécessaire pour élargir le chemin qui conduit de Dinan à la Fontaine. Depuis cette époque, la ville est restée chargée de l'entretien de l'établissement. De son côté, la Société dite des Eaux a suppléé de temps à autre à l'insuffisance des deniers communaux. En quittant la ville par la porte Saint-Malo, à moitié de la rue du même nom, on rencontre à gauche l'allée de tilleuls qui s'allonge en obliquant à travers des champs couverts de pommiers et de riches moissons, et conduit dans la profonde vallée. Arrivé sur le versant, on descend un sentier en colimaçon, ombragé de  platanes, de mélèzes, d'acacias et de sycomores. Les abords de ce long  et délicieux chemin sont plantés de charmilles et de rosiers. Arrivé au  fond, on découvre tout près du moulin le bassin naturel de la fontaine,  dont on trouvera ici un dessin que nous croyons exact. Vis-à-vis le moulin  est la salle de bal, adossée à une colline à la forme pyramidale, au  sommet de laquelle se dresse la villeggiatura de Saint-Valay, d'où l'oeil  plonge sur un horizon admirable et varié. 

 

Extrait de Recherches sur Dinan et ses environs, par Luigi Odorici

 

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 06:56

Le baron de la Motte-du-Parc était souvent en guerre avec ses voisins, surtout avec le seigneur du Parc en Saint-Jacut-du-Mené ; il était même assez puissant pour assiéger des villes closes. Au temps jadis, il y eut guerre entre lui et les habitants de Moncontour. Cette ville était regardée comme imprenable et le seigneur qui la défendait se moquait du baron. Celui-ci, voyant qu'il ne pourrait s'en rendre maître par la force, fit faire des mannequins de paille qu'il habilla comme des soldats, et les plaça sur le tertre de Bel-Air, bien en vue de Moncontour, pendant qu'il allait se cacher avec ses hommes dans un des nombreux vallons qui sont aux environs de la ville. Les gens de la ville se relâchèrent de leur surveillance, et, un jour que les pont-levis étaient baissés, le baron de la Motte-du-Parc entra dans la ville et massacra toute la garnison.

 

 

La Motte du Parc (cliché Le Flohic)

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Published by poudouvre
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