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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 08:30

 

 

 

Le pays de Retz, au midi de l'embouchure de la Loire, était la contrée comprise entre ce fleuve, la mer, la limite du Poitou et le lac de Grand-Lieu. Faisant originairement partie du territoire des anciens Agésinates et des Poitevins, il fut conquis à la Bretagne par les victoires que Nominoé remporta sur Charles le Chauve, par celle, surtout, que gagna, en dernier lieu, Erispoé, fils de Nominoé, et qui fut suivie d'un traité fait à Angers en 851, dans lequel Erispoé, roi de Bretagne, reçut du roi de France l'investiture du comté de Nantes et du pays de Retz. Le nom de Retz, qui, pendant le moyen âge, s'écrivait, en latin, Badesius, et en français, Baiz, Bays, Baix , provient d'une ville gauloise, Batiastum, qui fut située sur ce territoire, mais dont on cherche vainement les vestiges aujourd'hui. Machecoul a été, de temps immémorial, la capitale du pays de Retz. Cette contrée a formé, dès l'origine des fiefs, une seigneurie dans l'intérieur de laquelle se trouvaient d'importantes châtellenies, telles que : Legé, la Rénaste, Pornic, Bourgneuf, Prigny, Vue, Saint-Étienne-de-Malemort ou de Mer-Morte, Prinçay, situé dans la forêt de ce nom (commune de Chéméré), enfin Machecoul lui-même, qui, dans le principe, eut quelquefois des seigneurs distincts des barons de Retz. Il est à peu près impossible de démêler la filiation et la succession des sires de Retz et de Machecoul antérieurement au XIIIe siècle. Les Chartres et les chroniques bretonnes mentionnent un Justin de Retz avec Arsculfe, son fils, vers 1070. Nous trouvons un sire de Retz, présent aux obsèques d'Alaiu-Fergent, duc de Bretagne en 1119; Garsire de Retz, en 1125; Roland de Retz, en 1144; enfin, Arsculfe de Retz, en 1204. Dans le même temps, on trouve un Amauri de Machecoul (1203); Bernard de Machecoul (1204) ; Beatrix de Machecoul (1204); Aimeri de Machecoul (1224); Oliver de Machecoul(1276-1287). On ne peut commencer à établir de succession chronologique , parmi les seigneurs de Retz, qu'à partir du moment où la famille Chabot, originaire du Poitou, et possédant déjà en cette province les fiefs importants de Vouvent, de Mervent, de la Grève et de la Rocheservière, implanta l'une de ses branches cadettes dans la seigneurie de Retz, ce qui eut lieu vers la première moitié du XIIIe siècle. Halson de Chabot.

 

Gérard Chabot était le second fils de Thibaut Chabot III, seigneur de la Rocheservière et de la Grève et de Marguerite, dame de la Motte-Achardet de la Maurière. Il eut en partage les terres de la Motte-Achard et de la Maurière, et épousa Eustache de Retz, dite Àliette, fille et héritière de Raoul, sire de Retz, de Machecoul, Falleron, Froidefond, etc. Peut-être ce Raoul (Badulfus), désigné dans les titres de la maison de Chabot, n'est-il autre que Arsculfe, que nous avons déjà mentionné comme ayant été seigneur de Retz en 1204. Gérard Chabot et Eustache de Retz laissèrent trois enfants : 1° Gérard II, 2° Geoffroi, seigneur de la Maurière, et 3° Eustache Chabot, mariée à Gérard de Machecoul, seigneur du Coustumier et de la Bénaste Gérard Ier était mort avant 1250.

 

 

Gérard Chabot II a laissé souvenir de plusieurs de ses actes : il fut l'un des exécuteurs testamentaires de Geoffroi de Châteaubriant, en 1262; il s'empara, par force, de la part qui revenait, en l'île de Bouin, à Maurice , seigneur de Bellisle ; mais Alphonse de France, comte de Poitiers, la lui fit rendre, par mandement, en 1265. Il confirma, l'année suivante, les dons que sa mère, Eustache de Retz, avait faits à l'abbaye de Buzai, où elle fut ensevelie. Il plaida, la même année, pour une dîme que Raoul, sire de Retz , son aïeul, avait donnée aux religieuses du Val-de-More ou Morière ; puis il finit par la leur abandonner avec d'autres biens, par son testament de l'an 1281. Il assista, en janvier 1276, à une assemblée tenue à Nantes par le duc de Bretagne, Jean Ier, dans laquelle ce prince, mû par un sentiment de justice, renonça au bail de rachat, impôt établi précédemment par Pierre de Dreux, et d'après lequel tous les revenus des mineurs étaient attribués au duc pour entretenir des hommes d'armes, jusqu'à ce que les mineurs fussent en âge de servir eux-mêmes. Le duc déclara qu'il se contenterait, à l'avenir, d'une année de revenu. Le scel de Gérard Chabot, apposé à cet acte de délibération, avec ceux des autres seigneurs assistants, représente le sire de Retz sur son cheval, portant, sur l'écu et sur le caparaçon, les armes de Chabot (d'or, à trois Chabots de gueules avec un lambel à trois pendants, indice de la branche cadette). Au mois d'avril de la même année, Gérard Chabot et Olivier Ier de Clisson, qui avaient été excommuniés par l'évêque de Nantes, au sujet d'un différend que ces seigneurs avaient eu avec Guillaume de Rochefort, vicomte de Donges, se soumirent à payer vingt marcs d'argent; convention qui fut signée à Oudon le mardi de la semaine sainte. Gérard suivit, en 1285, Philippe le Hardi dans la croisade que fit ce monarque en Catalogne, pour venger, contre le roi d'Aragon, le massacre commis sur les Français aux Vêpres Siciliennes. Nombre de seigneurs bretons accompagnèrent également le roi de France dans cette expédition; ce furent les sires de Laval, de Donges, de Châteaugiron, de Rougé, etc. Dans l'assemblée tenue, par Jean II, duc de Bretagne, à Ploërmel, le 19 août 1294, dite l'assemblée des Osts du duc de Bretagne, pour le dénombrement des vassaux et des hommes d'armes, le sire de Retz déclara qu'il devait, à cause de sa terre de Retz, cinq chevaliers, et qu'il s'enquerraits'il devait quelque chose, et combien, pour sa terre de Machecoul. Gérard épousa, en premières noces , Amicie de Château-Gonthier ; en deuxièmes , Jeanne de Craon. Il eut de cette dernière : 1° Gérard III; 2° Raoul, mort avant 1329; 3° Guillaume, seigneur delà Motte-Achard et de la Maurière, de Falleron, St-Étiennede-Vaujoux, etc. Ce Guillaume se maria deux fois, d'abord à Guillemette de Pressay, ensuite avec Marguerite de Bourgneuf; il mourut en Sicile, laissant, de sa première femme, un fils, nommé Simon Chabot, qui revint en France, et plaida contre les barons de Retz , qui s'étaient emparés des biens de son père. Simon mourut sans enfants, ses biens revinrent aux sires de Retz. Son scel est trois abots Chavec deux étoiles en chef.

 

Gérard Chabot III vivait en 1332. Il épousa Marie-Clémence de Parthenay, dont il eut Gérard IV et Jeanne qui fut surnommée la Folle, pour avoir épousé, sans le consentement de ses parents, Jean de la Musse Pont-Huë. Elle fut exhérédée, pour ce fait, en 1333. Devenue veuve quelques années plus tard, elle épousa Foulque de Laval, seigneur de Chaloyàu en Bourgogne. Foulque de Laval défendit avec un grand zèle la cause de Charles de Rlois, contre le comte de Monfort, qui se disputèrent pendant vingt-quatre ans la couronne ducale de Bretagne. Il fut fait prisonnier, avec quatre cents chevaliers, au mois de septembre 1350. Remis en liberté, il ménagea, en faveur de son suzerain, un traité avec Raoul de Cahours, chevalier breton, qui lui livra, en 1351, les forteresses de Beauvoir-sur-Mer et de Lampans, l'île de Bouin et l'île Chauvet, points importants sur la frontière du Poitou. Foulque de Laval vivait encore en 1358 ; Jeanne la Folle mourut dès 1341, et fut enterrée dans l'abbaye de Buzai. Ils laissèrent plusieurs enfants, entre autres Gui de Laval Ier, surnommé Brumor, un des chevaliers les plus accomplis de son temps, qui épousa Jeanne de Montmorency, dame Blazon, dont il eut Gui de Laval II, que nous verrons appelé, plus tard, à la baronnie de Retz. Foulque de Laval et Jeanne la Folle eurent encore une fille, nommée Philippe, mariée à Alain de Saffré, seigneur de Saffré et de Sion ; la postérité de ceux-ci possédera un jour aussi la baronie.

 

Gérard Chabot IV, sire de Retz, delà Motte Achard, de la Maurière, etc., était mort en 1342, laissant , de Catherine de Laval, dame d'Avrilly, en Anjou, son épouse : Gérard Chabot V, sire de Retz, de la Motte Achard, etc., qui mourut avant l'an 1362. Il avait épousé Philippe, fille de Robert, seigneur de Briquebec, maréchal de France, dont il eut Gérard VI et Jeanne, surnommée la Sage, par opposition avec sa grand-tante, Jeanne la Folle.

 

Gérard Chabot VI assista Charles de Blois à la bataille d'Auray, en 1364, et y fut fait prisonnier. Rendu à la liberté, le sire de Retz vint joindre à Dreux, en 1371, le connétable du Guesclin; la compagnie qu'il amena se composait de lui, Gérard, chevalier banneret, de Brumor de Laval, chevalier bachelier, et de vingt-huit écuyers, parmi lesquels on remarque Hervé de Bruc, Bertrand de Bruc, etc. Il mourut peu de temps après, n'ayant pas eu d'enfants de Marguerite de Sancerre, sa femme, et laissant la baronie de Retz à sa soeur.

 

Jeanne la Sage ne paraît pas s'être jamais mariée, quoi qu'en ait dit Moréri qui lui attribue pour mari un François de Chauvigny. Cette assertion de Moréri eut sans doute pour cause un passage obscur de d'Argentré, où Jeanne Chabot, dite la Sage, est confondue sous le nom de Dame de Betz avec Jeanne de Laval, qui porta le même titre,un siècle plustard, et épousa en effet François de Chauvigny. Mais dans aucun de ses actes parvenus jusqu'à nous, Jeanne Chabot ne figure comme mariée, et réciproquement dans la généalogie de la maison de Chauvigny, donnée par la Thaumassière, en son histoire du Berry, on ne reconnaît aucun François de Chauvigny qui ait pu être le contemporain, ni l'époux de Jeanne Chabot. Celle-ci, qui vécut plus de trente ans à partir de son avènement à la seigneurie de Retz, eut une vie fort agitée, fort tourmentée ; elle manifesta une incertitude dans ses idées, un défaut de suite dans ses actions qui font un peu contraste avec son surnom de Sage. Peut-être aussi ne fut-elle pas parfaitement libre dans ses actions , et se trouva-t-elle dominée par des motifs qu'il nous est difficile d'apprécier. Sa carrièreest particulièrement marquée par deux actes importants au sujet de son patrimoine et de son héritage, et elle revint sur chacun d'eux à grand renfort de procès et de déceptions. Le premier de ces actes fut de céder à Jean IV, duc de Bretagne, par contrat du 17 août 1381, la baronie de Retz et toutes ses châtellenies, en échange des terres de Rosporden, de Fouesnant, et de Châteaulin-sur-Trieux, situées en Basse-Bretagne. Cet échange était évidemment disproportionné. L'ambitieux Jean IV voyant une femme isolée, dernière héritière de son nom, en possession de riches seigneuries , abusa vraisemblablement de sa puissance pour l'amener à souscrire un contrat qui ressemblait plutôt à une spoliation qu'à un échange. Aussi Jeanne ne cessâ- t-elle de lutter contre cet acte injuste et d'en provoquer la résiliation. Quoi qu'il en soit, le traité reçut d'abord son exécution au commencement de l'année 1382. Alain du Bois, procureur général de la Dame de Retz, prit au nom de celle-ci, possession des châtellenies de Rosporden, Fouesnant et Chàteaulin, et reçut le serment des vassaux et sujets le 7 janvier. Quelques jours après, le 26 janvier, la Dame de Retz donna procuration au même Alain du Bois, à Gérard Goyon et à Jean Guinier de mettre le duc en possession de la baronie de Retz. Cette cérémonie n'eut lieu cependant que le 25 mars 1383 , jour auquel Jean, duc de Bretagne, comte de Montfort et baron de Retz, fit lire les lettres d'échange en présence d'un notaire et de plusieurs seigneurs qui virent et reconnurent les sceaux; lesquelles lettres étant lues, Gérard Goyon déclara au nom de Jeanne Chabot, le duc de Bretagne seigneur et baron de Retz, le mit en possession de ladite baronnie, du château de Machecoul et des autres châtellenies dépendantes de Retz, et il commanda à tous les vassaux et sujets de la baronnie de faire hommage et de prêter serment au duc comme à leur vrai seigneur; les quittant de tout serment prêté à ladite Dame de Retz.

 

 

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 13:53

 

 

 

C'est cette vallée que les plus vieux ouvrages relatifs à notre pays appellent «vallis viridis » ou vallée verte, et que nous appelons encore aujourd'hui « les Champs Vaux-Verts », ou, par corruption, « les Champs Vauverts ». Cette vallée, que couronnait la cathédrale, bâtie par Jean de Châtillon, était, parait-il, l'endroit préféré de nos lointains aïeux. C'est qu'ils allaient, « sur l'herbette épaisse », admirer les beautés du soleil couchant et le retour des barques qui rentraient de la pèche. C'est là que les temps sont changés qu'ils allaient, en famille, à la sortie des offices, exhiber leurs beaux habits du dimanche, ce qu'on appelait, à Saint-Malo, jusqu'à la moitié de ce siècle, « faire son coup de pétard ». Disons, de suite, qu'après l'ère des Champs Vaux-Verts, c'est sur les remparts de la Grand-Porte, qu'à la fin de la grand-messe, nos aïeules allaient faire leur « coup de pétard » en robes de popeline rose et en chapeaux à la Bergère. Aujourd'hui, on le sait, c'est en été, et surtout sur la patte d'oie, à marée haute, que le « coup de pétard malouin », en fraîches toilettes estivales, accomplit le cycle suprême de sa lointaine et pittoresque évolution. Autour de la cathédrale nouvellement blottie se groupaient sans souci de l'alignement, les maisons des habitants. Ces maisons, appuyées aux rochers, n'étaient guère que d'humbles cabanes de pêcheurs faites de roseaux, de goémons et de galets. La ville avait alors trente-trois journaux de « terrain haut » . Jean de Châtillon conçut le projet d'enclore ces trente trois journaux d'une forte muraille de pierre, et c'est alors que furent commencés ce que nous appelons encore aujourd'hui « les vieux remparts » dont on découvre dans le Nord et dans l'Est, quelques derniers vestiges. Du côté de la vieille voûte qui mène à la caserne Saint-François et allant de la rue de la Fosse à la rue de Dinan, il existe même encore une vieille petite ruelle qui s'appelle « la rue des Vieux-Remparts », ce qui nous indique bien quelle était, de ce côté de la ville, la limite de l'enceinte commencée par Jean de Châtillon. Du côté Nord, du côté du Fort A la Reine, les vieux remparts sont encore bien visibles. Promenez-vous par là, en regardant du côté de la ville. Vous découvrirez des débris de créneaux, des pans de murs couverts d'herbes et de ronces ou même métamorphosés en minuscules jardinets, par les maisons adjacentes. Ce sont ces minuscules jardinets, larges comme des mouchoirs de poche, qui nous permettent de dire, le cadastre du Clos-Poulet en main, que nous comptons, à Saint-Malo, autant de jardins qu'il y a de jours dans les années bissextiles. Vous remarquerez aussi, par là, la porte qui débouche juste en face le Fort à la Reine, ancien bastion du Cheval-Blanc, porte si vieille, si oubliée, que son nom même est inconnu et qu'aucune Municipalité, sans doute de crainte d'un anachronisme, n'a osé reconstituer son appellation.

 

 

Cette porte, cependant, mérite bien de sortir de son injuste oubli. Tout jadis, du temps des seigneurs du Cheval-Blanc, elle était une des principales sorties du très vieux Saint-Malo et, dernier souvenir de sa très lointaine origine, elle porte encore, du côté de la rue, un écusson qui pourrait peut-être redire sa très curieuse histoire. Telle était, dans sa primitive étendue, la vieille ville de Saint-Malo, large seulement de trente-trois journaux et qui ne pouvait s'étendre qu'en empiétant sur la mer qui, alors, l'entourait de toutes parts. Or, cette étroite superficie constitua, jusqu'en 1708, toute la ville, ou plutôt toute l'île de Saint-Malo. De tous les côtés, en effet, la mer venait battre le pied de ses remparts. Quant au Sillon, il n'existait pas. Sur son emplacement actuel se trouvait seulement une sorte de langue de sable que le déluge de 709 avait épargnée et que la mer ne recouvrait guère que durant les grandes marées. Encore cette lingue de sable n'allait-elle pas tout à fait aboutir à la chaîne de nielles et de dunes sur lesquelles, plus tard, est venu se fonder Paramé. Entre elles et le commencement des dunes, dont les deux principales étaient la Hogue d'Aleth, appelée aujourd'hui la Hoguette, et le Tertre-au-Merle, devenu « la Montagne Saint-Joseph », il y avait un bras de mer, un pas, qu'on ne pouvait jamais franchir qu'en bateau. Ce fut seulement en l'année 1309 que l'île Saint-Jean de la Grille cessa d'être une île pour devenir une presqu'île. C'est, en effet, à cette année 1509 que remonte la création de la levée de terre artificielle qui fut édifiée entre Saint-Malo et qui, connue un long sillon s'étendant entre les deux pays, reçut le nom de « Sillon » Ainsi que nous l'avons dit, la ville de Saint-Malo, à quatre reprises différentes, recula son enceinte de murailles, afin de pouvoir respirer plus à l'aise. La première fois que, se sentant gênée dans ses entournures et trop à l'étroit dans son corselet de pierres, elle agit ainsi, ce fut en l'année 1708. Ce premier accroissement nous a donné tout le quartier Saint-Vincent. Avant 1708, en effet, c'est à la Croix du Fief que s'arrêtait le rempart, du côté Est, et c'est là même que se trouvait l'entrée principale de la ville, débouchant sur la Poissonnerie et la tour dite « de la Poissonnerie ». Là aussi, à l'endroit où se trouve aujourd'hui une statue de la Vierge, s'élevait une grande croix, la Croix du Fief, que les gens du quartier appellent parfois « la Croix du Fiel ». Cette croix s'appelait « la Croix du Fief » parce que tous les trois mois, au pied de cette croix, les gens de la prévôté ecclésiastique venaient avertir à son de trompe, après le dernier son de l'Angélus de midi, tous les tenanciers en roture de l'Evoque et du Chapitre, d'avoir à payer leurs redevances, sous les trois jours, si mieux n'aimaient voir leurs meubles vendus et leur personne emprisonnée pour encourir ensuite le bannissement, non seulement de la Ville, mais de tout le territoire relevant de la juridiction ecclésiastique. C'est aussi A cette porte de « la Croix du Fief » que le Mercredi-Saint de chaque année, le grand chanoine pénitencier, accompagné de son chapelain, de son enfant de choeur et de quatre massiers, se rendait en habit de choeur publier l'ordonnance qui prescrivait à tous les juifs et païens, sous peine du hart et du fouet, de déguerpir avant le premier son de l'Angélus, avec défense de rentrer avant le mercredi de Pâques, à midi. De telles gens, en effet, disait l'ordonnance, ne pouvaient souiller la ville de leur présence, pendant la Semaine-Sainte. 

 

 

En tous cas, c'est, on le voit, de tout l'emplacement existant entre la Croix du Fief et la Porte Saint-Vincent actuelle que s'accrut notre ville, en 1708, le nouveau rempart allant, en se dirigeant vers l'Ouest, aboutir A la Grand-Porte. Alors, en d'autres termes, quand, quittant le « Vieux-Quai », large d'environ dix mètres, on entrait en ville, on avait, A sa gauche, immédiatement, la Poissonnerie,et, A sa droite, la grande « Croix du Fief », plantée juste en face de la rue Jean de Châtillon. La rue Jean de Châtillon, avec ses beaux hôtels tout ciselés de fines sculptures, était la rue aristocratique. Elle bordait la mer et quand ses riches habitants ouvraient leurs pittoresques fenêtres aux grands vitraux coloriés, ils apercevaient à leurs pieds la jolie anse de « Mer Bonne » où, par un long canal creusé dans le granit, venaient s'abriter les galères élégantes et les barques de pêcheurs, contre les vents souillant du large. Au bout de la rue, et datant du XIIe siècle, s'élevait aussi, un vieux couvent de moines rouges, couvent alors complètement en ruines et dont, aujourd'hui, depuis bien longtemps, il ne subsiste plus une seule pierre. Après le premier agrandissement de St-Malo, sur une parcelle du terrain située derrière ce couvent et nouvellement englobée dans la ville, les Juifs et les Maures obtinrent permission de fonder un quartier. Ainsi, ils purent désormais habiter St-Malo, même durant la Semaine Sainte, et la rue où ils s'établirent conserva jusqu'à ces derniers temps le nom de « rue des Juifs, » nom qu'elle n'a abandonné que pour prendre celui de « rue Chateaubriand » Le second accroissement de St-Malo eut lieu en l'année 1714. Allant depuis la Hollande jusqu'à l'Eperon, c'est lui qui nous a donné tout le quartier do la Porte de Dinan. La ligne des anciens remparts, de ce côté de la ville, se trouvait, en effet, sur l'emplacement où existe aujourd'hui la rue d'Estrées. Dans cette portion de rempart disparue se trouvait, on le sait, un grand carré où l'on déposait le poussier et qui, pour cette raison, s'appelait « le Poussier carré ». Le troisième accroissement de St-Malo se place en l'année 1721 et s'étend depuis l'angle flanqué du bastion St-Louis, jusqu'à l'Eperon, auquel s'était arrêté le deuxième accroissement. Le second et le troisième accroissement de St-Malo nous donnèrent, en même temps que le rempart qui les borde, les quartiers de la rue de Dinan et de la rue de Toulouse. Grâce aux corsaires dont les fabuleuses fortunes étaient alors à leur apogée, ces quartiers se bâtirent comme par enchantement : ils se bâtirent de magnifiques hôtels aux colossales proportions, formant, avec les autres maisons plus anciennes, le plus étrange et le plus pittoresque contraste. Alors, c'est la deuxième métamorphose qui s'accomplit. La première physionomie de notre ville ne subsiste, en effet, que jusqu'en l'année 1661, année durant laquelle se place le fameux incendie qui, en l'espace de douze heures, détruisit deux cent quatre-vingt-sept maisons. Jusqu'alors, St-Malo n'était qu'un amas confus de maisonnettes dégringolant, au long de ruelles très escarpées, du haut en bas de notre rocher. Ces maisonnettes, construites en bois du Nord, couvertes en roseaux du marais de Dol, appelées « bedoues » et réunies les unes aux autres par des arcades et des voûtes, avaient absolument l'air, avec leurs entablements en saillie, d'un gros paquet d'allumettes très-inflammables, suivant la pittoresque définition de Vauban. Quand le paquet d'allumettes eut pris feu, et qu'il fut interdit aux Malouins de construire à l'avenir des maisons de bois, commença la deuxième métamorphose, le deuxième âge, l'âge de pierre, célèbre surtout par la construction des somptueux hôtels que nos ancêtres, A l'époque de la Course, se bâtirent autour de leurs remparts. 

 

 

Or, ces hôtels, au point de vue de la beauté, représentant, chez nous, sans conteste, le dessus du panier, semblent, aujourd'hui, avoir été bâtis, en quelque sorte, par un unique sentiment de vanité, afin de dissimuler tout le tohu-bohu, tout le bric-à-brac de masures qui constituaient surtout alors l'intérieur de la ville. « C'est comme dans les paquets d'asperges », disait le duc de Nemours, visitant St-Malo ; « les plus belles sont par dessus. » Quant au dernier accroissement de St-Malo, il eut lieu en l'année 1736. C'est lui qui nous donna le quartier St-Thomas et le rétablissement de la chaussée du Sillon. Commencés par Vauban et terminés par Garangeau, nos remparts, on le sait, furent, en grande partie, bâtis aux frais de la Ville, dont ils constituaient la propriété, et, pendant longtemps même, les seuls impôts qu'on payait à St-Malo étaient l'indemnité pour l'entretien des remparts et la nourriture des chiens du guet. Quant à la première enceinte de murailles, elle avait été, cela va de soi, entièrement, elle aussi, bâtie par la Ville. Cette première enceinte d'ailleurs, était assez primitive, s'il faut s'en rapporter A la description qu'en fait l'abbé Manet. « Cette clôture, » dit-il, « était assise sur le contour du » rocher, dont elle suivait exactement les divers zigzags et les diverses pentes et contre-pentes». Sa forme, par conséquent, était très bizarre, son élévation très inégale, et sa construction en simples moellons piqués grossièrement, trop faible en certains endroits. Des encorbellements en pierres, saillants en dehors et soutenant de distance en distance des latrines publiques, ajoutaient néanmoins quelque chose à sa mince épaisseur au niveau des chemins de ronde, et de mauvaises tourelles, dans le goût antique, étaient à peu près nulles pour sa défense...

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 12:56

 

 

 

Il était donc autrefois, il y a longtemps, bien longtemps, dans la Bretagne-Armorique, sur les bords d'une petite rivière appelée Penfeld, une paisible bourgade de pêcheurs, vivant de ce que lui procurait la mer, et à proximité d'un Castellum, premier point fortifié dans ces parages, qui ne fut d'abord qu'une simple citadelle isolée sur un promontoire, et qui portait à cette époque reculée le nom de Goesocribates. Cette citadelle était de création romaine... Peu à peu, et lorsque la bourgade commença à compter quelques maisons, les habitudes se modifièrent. La citadelle, ou le château autour duquel s'étaient groupés ces habitants s'appelait, ainsi que je l'ai dit plus haut, Goesocribates ; le port s'appelait Brivates-Portus, et la ville Ocismor. Suivant les uns, Brest viendrait du mot breton Breiz, qui signifie Bretagne. M. de Courcy pense que ce nom vient de Bec-Rest, -le bout du bots -en raison de la position de cette ville à l'extrémité de la forêt de Landerneau qui s'étendait jusqu'à la mer. Selon les autres, et Pierre Le Baud est de ce nombre, Brest viendrait de l'anagramme suivant :

 

Britannorum Regum Equorea Statio

 

par une légère altération de ce ae en e simple : aequorea statio -station maritime. Pendant bien longtemps cette station maritime des rois bretons, cette belle rade de Brest fut presque déserte, ce beau port fut un marais, cette ville un simple hameau, au-dessus duquel dominait seul un lourd château. Au XIIIe siècle, Brest ne pouvait pas encore s'appeler une ville, ce n'était qu'un village ayant un certain nombre de feux. La légende de Bretagne assure que le duc Conan de Mériadec, après avoir chassé toutes les garnisons romaines du pays de Léon acheva là construction du Château. Conan admira le port naturel, le golfe avec lequel il communique, le mulgul ou le détroit qui conduit à la mer, et la rivière de Landélorn, dont les rivages étaient couronnés de forêts. Il trouva cette situation si belle, qu'il ordonna de terminer les travaux commencés par les Romains. En 1064, Conan II, duc de Bretagne, appela sur ces rives une colonie d'ouvriers qui s'y établirent à demeure et pour lesquels il érigea une chapelle, mais il ne leur accorda aucun privilège autre que celui de se réfugier dans le château en cas de guerre. C'est de cette époque que le château de Brest compte parmi les principales places du duché.

 

 

Les Anglais et les Espagnols le convoitaient, De son côté, la Bretagne appréciait de quel intérêt était pour elle que cette forteresse qui pouvait donner accès sur son territoire, ne tombât pas un jour dans leurs mains, En 1239, fut signé le traité de Quimperlé qui le cédait en toute propriété à Jean II, le duc régnant. Profitant du désordre qui était dans les affaires de Hervé III, vicomte de Léon, il acheta de ce dissipateur le château de Brest qui ne lui coûta qu'une haquenée blanche et cent livres de rentes. Ce n'était vraiment pas cher. En 1341, le château de Brest prit une part active dans la querelle entre Blois et Montfort. En 1364, la France visait ouvertement à s'emparer de la Bretagne, Trop faible pour lui résister, Jean IV se ligua avec les Anglais et leur abandonna le château de Brest, à la charge par eux de le défendre et de le lui remettre à la paix, La forteresse de Brest resta sous le drapeau de l'Angleterre jusqu'en 1376. A la mort d'Edouard III, le château fut rendu au duc de Bretagne, mais deux ans après, sous les ordres de Thomas Percy, les Anglais prirent pour la deuxième fois possession du château-fort de Brest. A la signature de-la paix, le traité qui liait Jean IV à l'Angleterre n'avait plus sa raison d'être, cependant ce ne fut qu'après de longues négociations que Richard II consentit à remettre Brest aux délégués de la Bretagne. Cent ans plus tard, le roi de France s'était emparé de la plupart des places fortes de la Bretagne, mais Brest restait encore au duc et refusait de se soumettre Le vicomte de Rohan livra le château à Charles VIII. Le mariage de la duchesse Anne avec le roi de France mit un terme aux sanglants démêlés qui duraient depuis plus d'un siècle, Dom Morice appelait ce château le nid d'aigles, Jean IV l'avait entouré d'une ceinture de murailles en 1341 ; les Anglais l'augmentèrent d'une tour et d'un bastion en 1384 ; Sourdéac le rendit inaccessible du côté de la rivière en 1593; enfin, Vauban le répara en 1681, Située sur un rocher escarpé à l'entrée du port, cette forteresse a la forme d'un trapèze, Les cinq tours qui la composent sont :

 

La tour d'Azénor.

La tour de Brest.

La tour de César.

La tour de la Madeleine.

La tour des Anglais.

 

Entre la tour d'Azénor et le bastion de Sourdéac, on trouve le donjon : c'est là qu'étaient les appartements habités par les anciens gouverneurs. D'après une vieille chronique écrite en 1776, le château renfermait quelques logements pour les troupes, quelques magasins de peu de valeur, et enfin une église ou chapelle, qui était la paroisse de la ville. La tour du donjon était distribuée dans la forme suivante : la chapelle ducale, les salles d'honneur, cabinets, offices, caves, caveaux et généralement tout ce qui constitue un logement très analogue aux moeurs de ce temps éloigné. En arrivant par la place du Château, après avoir traversé un charmant square de date toute récente, on rencontre le portail. Ce portail a été construit en entier, en 1464, sous le duc François II, père de la duchesse Anne, La tour de César est ronde à l'extérieur et hexagone à.l'intérieur. Une petite tourelle à toit pointu surbaissé placé extérieurement, renferme l'escalier qui conduit aux divers étages, Son sommet est encore couronné de ses créneaux et mâchicoulis.

 

 

Par le chemin de ronde, en quittant la tour de César, on parvient à la magnifique plate-forme de la grosse tour de Brest, d'où l'on a le spectacle grandiose de la rade du port. Le sommet de la tour de Brest a été refait par Vauban, comme ceux des autres ouvrages, pour y mettre de l'artillerie de gros calibre, La longue courtine qui suit cette tour et forme un des grands côtés du trapèze, domine l'entrée du port, et conduit ait Donjon. Cette partie du château était autrefois séparée du reste de la fortification par un fossé large et profond ; sa porte à pont-levis en faisait une citadelle indépendante. Dans la grande enceinte, il y avait des maisons, de hauts arbres, etc. Aujourd'hui, le donjon se compose de trois tours; le donjon proprement dit, la tour du Midi; ou de la duchesse Anne, et la tour d'Azénor, Cette dernière tour, svelte et élancée avec sa couronne de machicoulis est aussi élégante que le nom qu'elle porte, Elle a d'ailleurs sa légende, et son nom lui vient de la belle Azénor, fille d'un prince de Léon, qui tenait sa cour à Brest, en 537. La tour où fut emprisonnée cette infortunée princesse a conservé son nom : c'est là tour Azénor, La tour du Midi se présente imposante avec ses vieux créneaux. C'est cette tour que la duchesse Anne habita quand elle vint à Brest en 1505, après avoir fait un pèlerinage au Folgoët. Aux pieds du château même, la rivière do Penfeld qui forme le port, partage là ville en deux parties ; l'une, sur la rive gauche, comprend la Ville de Brest et le château ; l'autre sur la rive droite se nomme Recouvrance, C'est l'ancien bourg Sainte Catherine. Cette partie de la ville a reçu le nom de Recouvrance, en mémoire de la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance, fondée en 1346, par Jean de Montfort pour le retour ou la recouvrance, comme on disait autrefois pour recouvrement, des navires expédiés de Brest...

 

 

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 18:30

 

 

Joyeuse Garde

 

L'antique château où nous sommes était la demeure habituelle des princes du Léonais, rois, comtes et vicomtes, suivant le temps, suzerains ou vassaux. Du haut des tours qui s'élevaient à cent pieds au-dessus de ces débris, peu s'en fallait qu'ils n'embrassassent d'un seul regard toute l'étendue de leur empire. La Roche était le palais du prince, Landerneau la ville des gens de justice, des moines et des clercs, des marchands et des marins. Les antiquaires qui ont parlé de La Roche et de Landerneau, ont tout dit quand ils ont rapporté que le vrai nom de la ville est Lan-Ternok, de saint Terné ou Ternok qui y bâtit une chapelle ou un monastère, autour duquel des maisons vinrent se grouper; que, dans les temps modernes, cette ville était le chef-lieu de la baronnie de Léon, appartenant à la maison de Rohan. Quant au château, il reçut son nom de Roch-Morvan, en français La Roche-Maurice, de Morvan, prince du Léonais. Suivant la légende de saint Riek, longtemps avant, il y avait à la même place un autre château, bâti sans doute par les Romains. Lorsque le roi Bristok régnait à Brest, le prince Elhorn, d'après la même légende, était seigneur de La Roche. Dans ce temps-là, un dragon désolait la contrée. Le roi avait ordonné de tirer au sort, tous les samedis, le nom de la personne que le dragon devait dévorer. Elhorn avait vu tous les siens enlevés l'un après l'autre; il ne lui restait plus que sa femme et son fils Niok, dont le tour était arrivé. Dans son désespoir, le malheureux père se jeta d'une fenêtre de son château dans la rivière, qui s'appelait alors le Dourdoun ou le Dourdu, soit à cause de la profondeur de ses eaux, soit à raison de la couleur noire que leur donnait le reflet des rochers; mais il fut secouru à temps par deux pèlerins, Deventer et Derlen, qui revenaient de la Terre Sainte et qui délivrèrent le pays de l'horrible dragon. Depuis, la rivière se nomma l'Elhorn. Quelle que soit l'origine du nom que porte cette rivière, il n'en est pas en Bretagne dont les bords soient plus riants et les eaux plus limpides. Elle forme le joli port de Landerneau, qui n'a point reçu son nom d'un saint appelé Temok, auquel il ne nous est pas plus possible de croire qu'à une foule d'autres saints de la Bretagne. Le nom de Lan'Temok, comme celui de Lan'huon et tous ceux qui commencent par la syllabe Lan, se rapporte à l'établissement politique des Kimris.Du château de La Roche que nous n'avons pas quitté, vous apercevez un bois taillis que traverse la route de Landerneau à Brest. Ce bois est ce qui reste de l'ancienne forêt de Talamon, au bord de laquelle était une forteresse qui a existé jusqu'au XVIIe siècle; ce n'est plus aujourd'hui qu'une ruine. D'après certains antiquaires bretons, cette forteresse ne serait rien moins que le château de la Joyeuse-Garde, si célèbre dans les romans du Cycle d'Arthur. C'est là, disent-ils, que demeurait Lancelot du Lac, l'amant de la reine Genièvre, que la chevalerie prit naissance, que l'ordre de la Table-Ronde fut institué. Ces vieux murs furent témoins des amours de la blanche Iseult et du beau Tristan de Léonais. N'en déplaise aux antiquaires, cette prétention n'est fondée sur aucun titre. Les romans du Cycle d'Arthur, qui sont la seule autorité sur laquelle on puisse s'appuyer, n'ont jamais rien dit de pareil. Ce fut du XVe au XVIe siècle que, pour flatter la vanité des Rohan, on imagina de changer le nom de Castel gouelet forest (château au de la forêt ou près de la forêt), ou de Goy-Ia-forét comme l'appelle Froissart, en celui de Joyeuse-Garde, qui n'appartient point à ce château. C'est dans la Grande-Bretagne que les romanciers ont placé le château de Joyeuse-Garde, qu'Arthur établit l'ordre de la Table Ronde, et que Merlin vit enchanté dans la tombe où sa femme l'a enfermé. Mais ce qui est beaucoup plus vrai, c'est dans la petite Bretagne, dans le pays où nous sommes, que furent composés ces poëmes merveilleux, dont les héros, à la fois bardes et chevaliers, appartiennent presque tous au Léonais. Un prince de ce pays, le roi Méliadus (Meliau), «était l'homme du monde qui plus savait de harpe à cettui temps et qui mieux trouvait chants et notes. » Tristan, son fils, devint encore plus habile. Merlin l'avait prédit à Méliadus « qui se délectait à le voir, car c'était la plus belle créature de son âge qui fût en tout le monde. » Qu'on se rappelle les charmants couplets que Tristan apprenait ou chantait à la blonde Iseult, en parcourant les campagnes d'Albion avec elle :

 

« Bons lais de harpe vous appris,

Lais Bretons de notre pays. »

 

Comme on l'a vu dans notre introduction, la contrée connue depuis sous le nom de Basse-Bretagne, était alors le pays de la poésie et de la liberté. L'une et l'autre périrent sous le fer des Carlovingiens. C'est dans le Léonais que l'indépendance bretonne trouva ses derniers défenseurs. Morvan , qui passe pour le fondateur du château de La Roche, où nous sommes encore, osa s'affranchir du tribut, et braver la puissance de l'Empereur. Louis-le-Débonnaire lui envoya d'abord Witchaire, qui lui fit les promesses les plus brillantes pour l'engager à se reconnaître le vassal des Francs; mais la courageuse femme du prince breton lui conseilla de préférer la guerre à la honte. Il différa jusqu'au lendemain la réponse qu'attendait l'ambassadeur. Inspiré par sa noble femme, il dit alors à Witchaire : « Hate-toi de porter ces paroles à ton roi : les champs que je cultive ne sont pas à lui; je ne reconnais point son autorité. Qu'il gouverne les Francs; Morvan veille à la fidèle observation des lois parmi les Bretons, en se refusant à payer aucune espèce de cens et de tribut. Que les Francs osent déclarer la guerre, et sur le champ je pousserai moi-même le cri du combat »..

 

 

.Soumis au régime féodal, le pays perdit jusqu'au souvenir de son histoire. Le Léonais ne fut plus qu'un comté qui continua d'appartenir à la famille royale de Morvan. Un de ses descendants, Êven, surnommé le Grand, se distingua par la résistance qu'il opposa aux Normands. Il fut le fondateur de la ville de Lesneven qu'il fortifia, et dont le nom veut dire cour d’Ëven. Landerneau n'avait pas de murailles; mais il n'était qu'à une portée de canon des châteaux de La Roche et de La Foret. Les seigneurs de Léon répondirent avec empressement aux divers appels faits à la chrétienté pour délivrer la Palestine du joug des infidèles. L'un d'eux y mourut prisonnier. D'origine royale, il avaient l'humeur aventureuse et prodigue. Pour faire de l'argent, Hervé lll céda au duc Jean-le-Roux le château de Brest, qui était la plus importantelplace de son comté. Hervé IV vendit, un à un, au même prince, tous les domaines que son père lui avait laissés; quand il partit pour la croisade, il n'avait pour tout bien que son armure et son cheval. Sa fille, Anne de Léon, se trouva fort heureuse de recevoir l'hospitalité et la main de Prigent de Coetmen, vicomte de Tonquédec, dont elle n'eut pas d'enfants. En elle finit la branche aînée des princes de Léonais, qui s'éteignit dans les dernières années du XIIIe siècle. Ni Landerneau ni La Foret ne furent vendus; ils appartenaient à une branche cadette de Léon, dont le chef joua un rôle fort équivoque dans la lutte de Penthièvre et de Montfort. La ville de Landerneau n'y gagna autre chose que d'êtretour à tour pillée par l'un et l'autre parti. Au milieu du XIVe siècle, Jeanne de Léon, seul rejeton de la branche cadette, fut mariée au vicomte de Rohan, auquel elle porta la seigneurie de Landerneau et ce qui restait de biens à sa maison. C'est à cette alliance que les Rohan durent le titre de princes et de barons de Léon. Le sort de Landerneau pendant la ligue fut d'être, comme au temps de Montfort et de Charles de Blois, pillée par les deux partis ; on a surtout gardé le souvenir d'une expédition de Fontenelle, en 1592: telle était la condition des villes qui n'avaient point de murs. Les habitants de Landerneau ne demandaient qu'à vivre en paix ; les guerres de succession et de religion jetaient le trouble dans les opérations de leur commerce, qui était considérable. Leur principale industrie consistait dans la fabrication des toiles et des cuirs. lls recevaient du dehors les articles nécessaires à la consommation du pays; particulièrement les vins, que leur fournissait l'Espagne, à laquelle ils vendaient leurs tissus... 

 

 

 

Aristide Guilbert.  

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 06:56

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 06:33

 

 

 
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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 19:52

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 17:57


 

 

Dol de Bretagne, le site défensif

d'après site officiel de la ville de Dol de Bretagne

 

Le site qu'occupait le château de Dol remontait selon toutes certitudes à la période carolingienne, voir à une période antérieure. C'est à cet archevêque Junkeneus, que la cité de Dol doit sa première défense aménagée au début de l'an mil, et connue à travers la tapisserie de Bayeux. Curieux personnage que ce prélat donné fils de Haimon -alias Hamon, vicomte de Aleth & Dinan et de Roianteline, vicomtesse de Dol. Il était le second de la fratrie qui comptait cinq fils dont un illégitime: Haimon II, Josselin, Junkeneus, Riwallon chêvre-chenue, et Salomon le Bâtard. Pour avoir soutenu la révolte de Eudon de Penthièvre contre le duc Alain III en l'an 1035, le dit Haimon III fut privé de son fief de Aleth et du Poudouvre au bénéfice de son frère Josselin. Riwallon chêvre-chenue reçut pour sa part les châteaux de Combourg et de Dol, quant à Salomon le Bâtard, il est regardé comme fondateur de la Maison du-Guesclin. Junguené, l'archevêque, donna à Ruellan alias Riwallon, son frère. « tout ce que, dans le territoire de Dol, possède aujourd'hui par sa femme Harcoué de Soligné, à savoir : douze fiefs de chevalerie, et les masures qu'il a dans le bourg Notre-Dame, avec un crédit de mille sous à Dol, sous celte condition : que tant qu'il en serait débiteur nul autre crédit ne lui sérail fait . Ce fut aussi Ginguené qui éleva le château de Combour et le donna au dit Ruellan. donna encore à Salomon le bâtard, son frère, tout ce que tient aujourd'hui Bertrand le jeune, en la paroisse de Saint-Coulomb, et le fief d'Eudes, fils de Geoffroy». Dol de Bretagne, le site défensif

 

 

Château de Dol

d'après tâpisserie de Bayeux

 

Le site qu'occupait le château de Dol remontait selon toutes certitudes à la période carolingienne, voir à une période antérieure. C'est à cet archevêque Junkeneus, que la cité de Dol doit sa première défense aménagée au début de l'an mil, et connue à travers la tapisserie de Bayeux. Curieux personnage que ce prélat donné fils de Haimon -alias Hamon, vicomte de Aleth & Dinan et de Roianteline, vicomtesse de Dol. Il était le second de la fratrie qui comptait cinq fils dont un illégitime : Haimon II, Josselin, Junkeneus, Riwallon chêvre-chenue, et Salomon le Bâtard. Pour avoir soutenu la révolte de Eudon de Penthièvre contre le duc Alain III en l'an 1035, le dit Haimon III fut privé de son fief de Aleth et du Poudouvre au bénéfice de son frère Josselin. Riwallon chêvre-chenue reçut pour sa part les châteaux de Combourg et de Dol, quant à Salomon le Bâtard, il est regardé comme fondateur de la Maison du-Guesclin. Junguené, l'archevêque, donna à Ruellan alias Riwallon, son frère. « tout ce que, dans le territoire de Dol, possède aujourd'hui par sa femme Harcoué de Soligné, à savoir : douze fiefs de chevalerie, et les masures qu'il a dans le bourg Notre-Dame, avec un crédit de mille sous à Dol, sous celte condition : que tant qu'il en serait débiteur nul autre crédit ne lui sérail fait . Ce fut aussi Ginguené qui éleva le château de Combour et le donna au dit Ruellan. donna encore à Salomon le bâtard, son frère, tout ce que tient aujourd'hui Bertrand le jeune, en la paroisse de Saint-Coulomb, et le fief d'Eudes, fils de Geoffroy».

 

 

Guillelmus de Dinan(no), et Gervasius, canonici, et XIX presbyteri et tres diaconi, jurati, dixerunt quod Guingueneus, dolensis archiepiscopus, el Ruellen Capra Canuta, Josselinus de Dinan, et Salomon bastardus, fratres fuerunt. Guingueneus vero archiepiscopus dédit Ruelloni frati suo quidquid Asculfus de Sulincio habet, cum uxore sua, in territorio Doli, scilicet feuda XII militum, et masuras quas habet in burgo Sancte Marie, et creditionem mille solidorum in Dolo, ila quod quamdiu eos deberet nichil amplius ei cred retur, Caslellum etiam. de Comborn fecit et dedit eidem Ruelloni. Idem quoque Guingueneus dedit Salomoni bastardo fratri suo quidquid Bertrandus juvenis invente tenet in parrochia Sancti Columbani et feudum Eudonis Gaufridi. ...Le plus grand nombre des généalogistes, depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours, ont donné, comme premier auteur, à la famille du Guesclin, Salomon, fils naturel de Hamon, vicomte de Dinan et de Dol au commencement du XIe siècle. Il est certain que Junkeneus, archevêque de Dol, l'un des quatre fils légitimes du vicomte de Dinan, inféoda à Salomon la terre dont le Guesclin d'abord, le Plessis-Bertrand ensuite, ont été le chef-lieu : c'est par cet acte que fut constitué à titre de fief ce démembrement du domaine épiscopal de Dol . Mais que Salomon ait laissé une postérité directe et que Geoffroy de Waglip en fût le représentant, c'est une thèse à l'appui de laquelle on n'a jamais apporté l'ombre d'une preuve. Voici ce qu'écrivait au sujet de Salomon le Bâtard aïeul des du-Guesclin, Louis Rioult de Neuville. Riwallon, Ruellan surnommé Chèvre-Chenue, fils d'Haimon de Dinan et de Roainteline de Dol, fut le premier seigneur de Combourg et de Dol. Il épousa la fille du seigneur du Puiset en Beauce, évêché d'Orléans, qui se nommait Aremburge, il en eut six enfants : Guillaume, Jean, Gilduin, Geoffroi, Havoise et Berthe. Celle-ci fut mariée au comte Geoffroi Granonat, fils naturel du duc Alain III. Elle était, dit Le Baud, « moult religieuse et dévote», elle restaura l'abbaye de Saint-Melaine vers 1060. Son mari Geoffroi, comte de Rennes, mourut en 1084 et elle-môme en 1085. Riwallon était un révolté, toujours en lutte contre le duc, il prit parti pour Eudon de Penthièvre dans la guerre que celui-ci soutenait contre le duc Conan II. En 1064, mécontents de celui-ci, quelques seigneurs du pays de Rennes formèrent une ligue contre le duc, à la tête de laquelle fut placé Riwallon de Combourg; puis ils appelèrent Guillaume, duc de Normandie pour les soutenir dans leur révolte. Conan prévint Guillaume et alla mettre le siège devant Dol défendue par Riwallon renfermé dans la forteresse qu'il avait construite malgré l'opposition de l'archevêque. Conan n'ayant pu s'emparer de Dol se retira vers Rennes, à l'approche de Guillaume de Normandie, piqué, dit-on, des railleries de Riwallon, Guillaume apprit de Riwallon la retraite de Conan et regagna la Normandie. Cet épisode est retracé par la Tapisserie de Bayeux. A peine Guillaume fut-il parti que Conan vint assiéger Riwallon dans Combourg, bien décidé à le punir de sa révolte. Combourg résista trois jours et fut emporté, ce qui mit fin à la révolte des seigneurs bretons contre Conan (1065), Riwallon fait prisonnier fut envoyé en exil.Il paraît que cet exil ne fut pas long, car, peu de temps après Riwallon fondait près de son château de Combourg le prieuré de la Trinité. Riwallon mourut à Combourg et fut inhumé dans le prieuré dela Trinité qu'il avait fondé ! On y voyait encore sa statue, couchée sur son tombeau, en armure de chevalier, au siècle dernier, dit Chateaubriand, dans ses Mémoires d'Outre-Tombe. Guillaume de Dol étant rentré dans les ordres religieux et devint abbé de Saint Florent de Saumur, c'est son frère puîné Jean qui succéda à Riwallon à la tête de Dol, ledit Jean allait devenir archevêque de Dol de 1087 à 1092, son frère Gilduin en avait été aussi archevêque de 1075 à 1078. Jean Ier de Dol fut un des opposants à Henri Plantagenêt quand celui-ci mit main basse sur la Bretagne. A sa mort, il confia à Raoul de Fougères les forteresses de Dol et de Combourg, mais dû les céder au dit souverain Anglais. 

 

 

De son union avec Godehilde de Fougères, fille de Main II, Jean Ier de Dol laissait entre autres enfants : Riwallon, Gelduin et Havoise. Riwallon deuxième du nom fut père de Jean III de Dol. Quand Pierre de Dreux épousa Alix de Thouars, héritière du duché de Bretagne, une ligue se forma contre lui, cependant Jean III de Dol fut un des fidèles alliés de Pierre de Dreux.  Cependant, l'entente entre les deux guerriers devait être de courte durée, puisque vers 1235 Jean III, comte de Dol, et Clément de Vitré, évêque de cette ville, se plaignaient au roi de France, Louis IX, des vexations et des injustices du duc Pierre de Dreux. En 1235, le souverain français dépêcha des commissaires à Dol pour dresser une enquête des plaintes faites contre le duc. Yseut de Dol, fille du dit Jean III transporta par son alliance le domaine de Dol à la famille de Saligny, famille d'origine normande. Henri II ayant confié la garde du comté de Dol à Hasculphe de Soligny il lui donna aussi la main de Yseult, fille du défunt seigneur de Dol. Les descendants de ce couple relevèrent le nom de Dol et conservèrent la seigneurie jusqu'au début du XIVe siècle. Jeanne de Dol, ci-dessous, épousa successivement Jean de Tinténiac puis Jean V de Laval. Elle s'éteignit en 1374

 


 

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 15:56

 

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 14:55

 

Fontaine saint-Lubin à Landujan

 

 

Eglise saint-Ouen des Iffs et forteresse de Monmuran

 

 

Le Lou du Lac  château XVIIe, tours XVe et étang

 

 

La croix celtique de Tressaint

 

 

Château de Beaumanoir à Evran

 

 

Léhon :

plantes médiévales dans le cloître de l'abbaye et le canal d'Ile et Rance

 

 

 

Temple de Mars à Corseul

 

 

La chapelle et l'oratoire de Bon Secours aux Champs Géraux

 

 

La laitière du rond-point de Créhen

 

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