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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 14:46

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 11:21

J'ai, à diverses reprises, écrit à plusieurs des membres de la Société des Traditions populaires qui habitent la province pour leur demander de traiter cette question des costumes; mais tous m'ont répondu que, quant aux origines, les éléments de comparaison faisaient défaut, et que, pour les évolutions contemporaines, il était malaisé de les suivre. J'avais pensé être plus heureux en m'adressant à l'abbé Abgrall, qui dans un très intéressant mémoire sur les Costumes et les usages bretons s'était occupé incidemment de l'évolution du costume, et avait émis sur ce sujet des idées judicieuses. Il disait : que le costume est un art, qu'il comporte un changement, un mouvement continuel, comme tout ce qui est du ressort de l'intelligence et de l'activité humaine. En l'espace de 50 à 80 ans, on peut constater des écarts profondément marqués. Dans les albums d'Olivier Perrin (de Rostrenen), dessinés vers 1830, et dans son tableau de la foire de Quimper, au Musée de cette ville (daté 1820), on trouve les mêmes éléments dans les habillements rustiques, mais aussi bien des détails modifiés, des perfectionnements dans la coupe, dans les formes générales, chaque région tendant à une plus grande élégance, sinon à une plus grande richesse dans l'ornementation. Lorsque je lui demandai, sachant qu'il a fait, avec un grand soin et une parfaite intelligence, d'innombrables photographies des statues et des vitraux que l'on rencontre dans les églises et les chapelles du Finistère, de préciser et de me dire si, dans les verrières anciennes ou dans des groupes sculptés, il avait rencontré des personnages ayant un costume apparenté à ceux que l'on voit dans le bel ensemble de mannequins habillés du Musée de Quimper, ou à ceux encore en usage à l'heure actuelle, il me répondit qu'il ne pouvait rien ajouter aux idées générales exposées dans son mémoire. En réalité, les documents certains et datés ne remontent guère, en ce qui concerne la Bretagne, qu'à l'année 1820, et le plus curieux est en effet, parce qu'il est à peu près localisé, le tableau assez naïf, mais très sincère, d'Olivier Perrin, qui représente un marché de Quimper et qui figure au Musée de cette ville. Olivier Perrin est l'auteur de la Galerie Bretonne, publiée un peu plus tard, et les costumes bretons y abondent; mais presque tous rentrent dans un même type, qui paraît être celui de la Cornouaille à cette époque et qui est caractérisé par le grand chapeau, les bragou-braz ou larges culottes, la ceinture de cuir avec une grande boucle, mais non le costume breton d'un pays déterminé. Cette sorte de moyenne ne permet pas des comparaisons aussi précises que si l'auteur avait, par exemple, revêtu ses personnages du costume de Pont-Aven ou de celui de Pont-l'Abbé. En ce qui concerne la Basse-Bretagne, la question de l'évolution aurait pu être traitée avec de nombreuses pièces à l'appui, par notre regretté collègue Morel-Retz, universellement connu sous le pseudonyme de Stop ; il avait dessiné en 1848 les costumes de la partie sud (Morbihan et Finistère), de la péninsule armoricaine, et un peu plus de vingt ans après il avait fait, dans la même région, un autre album de costumes qui constatait la modification profonde qu'ils avaient subie. Mais je n'ai pu savoir ce que ces albums sont devenus après sa mort. Depuis que nous possédons des documents certains, et je n'en connais pas d'antérieurs au XIXe siècle, le costume du Finistère a subi une évolution considérable ; pour le moment je ne m'occupe que de celui des hommes. Dans certains pays le changement a été si radical que les grands-pères, s'ils revenaient au monde, ne reconnaîtraient plus, dans l'habillement de leurs petits-fils, que des fragments de ce qu'il était autrefois. M. Abgrall dit que le bragou qui, il y a quarante ans, était en usage dans la plus grande partie de la Cornouaille, a maintenant disparu. La conclusion est, ce me semble, un peu absolue ; le bragou devient sans doute rare, mais on le retrouve encore dans le Finistère même. Je ne crois pas toutefois que maintenant il y ait des communes où le costume soit aussi bien conservé qu'il l'était, en 1874, dans la commune de Nevé, canton de Pont-Aven. Elle avait une population rurale qui formait la majorité, et comprenait aussi des marins ; ceux-ci se distinguaient à première vue des paysans : au lieu de bragous blancs, plissés depuis la poche jusqu'au genou, et au-dessous desquels venaient s'agrafer des guêtres noires, ils portaient de longs pantalons rappelant par leur forme les anciennes chausses à la marinière, et leur veste était d'un bleu foncé, alors que celle des laboureurs était bleu clair. Dès cette époque, un changement s'opérait, et il a dû s'accentuer depuis ; parmi les jeunes, surtout aux environs du bourg, beaucoup avaient renoncé au bragou et portaient des pantalons modernes, souvent de couleur noire, mais aussi de couleurs diverses, comme ceux des habitants des villes ; à la ceinture de cuir avait succédé la ceinture d'étoffe faisant plusieurs fois le tour du corps, et le gilet à petits boutons avait fait place à un gilet ordinaire ; le chapeau ancien, le grand feutre noir avec le ruban et la boucle, s'était apetissé, et parfois même avait été remplacé par un chapeau mou. Ils ne gardaient guère du costume primitif que la veste, et encore il y avait une tendance à adopter la couleur et la forme de celles que portaient les gens de Pont-Aven. Je crois qu'en Bretagne l'évolution du costume à l'époque moderne suit à peu près le même processus qu'à Nevé : c'est le bragou qui disparaît le premier, pour des raisons de mode ou de commodité, peut-être d'économie; pour des causes analogues, l'ancien chapeau cède la place à un chapeau plus moderne.

 

 

Costume de Merdrignac

 

En Haute-Bretagne, le bragou a disparu depuis de longues années, mais dans mon enfance, vers 1850, j'ai encore vu de vieux paysans qui portaient une culotte courte, serrée comme au siècle dernier, et des bas de laine, généralement roux. Mon père avait à Merdrignac, à la limite des Côtes-du-Nord et du Morbihan, des fermes dont les chefs, âgés alors de 60 ans environ, avaient encore des culottes courtes, survivance probable du XVIIIe siècle, et une veste en laine rousse avec des soutaches rouges.

 

 

Costume de Jugon

 

Leurs petits-fils, restés mes fermiers jusqu'en 1890, n'avaient gardé aucun vestige de l'ancien costume. Sur la côte, dans le pays de Matignon (Côtes-du-Nord), où j'ai passé mon enfance,je me souviens très bien d'avoir vu les vieillards porter une veste courte appelée tout-rond, qui avait le haut collet piqué et rigide que l'on voit encore dans certains costumes d'officiers de l'Empire; c'était probablement une survivance d'une époque pourtant peu éloignée, et dès 1860 elle s'était éteinte.

 

 

Costume de Matignon

 

Vers 1850, beaucoup de laboureurs portaient des chapeaux en feutre verni, de forme assez semblable à ceux des matelots du premier Empire, et c'était aussi vraisemblablement une survivance. Pour les matelots, au lieu de la vareuse actuelle, ils avaient de longs vêtements de laine qui leur tombaient jusqu'à mi-cuisse, avec deux fentes longitudinales qui commençaient un peu plus bas que les poches. Ces vêtements, qu'on ne voit plus aujourd'hui, étaient en général bleus, mais il y en avait des jaunes, et plus rarement des rouges. Pour le costume des femmes l'évolution n'est pas tout à fait la même que pour ceux des hommes ; bien que la coiffe subisse des transformations, elle survit, la plupart du temps, aux robes et aux corsages anciens, qui peu à peu sont remplacés par des vêtements plus voisins de ceux des villes que des habillements même du milieu de ce siècle. Ici je m'occuperai surtout de la Haute-Bretagne, parce que c'est un pays moyen, un pays demi-sang, pour employer l'heureuse expression que Bourgault-Ducoudray a appliquée aux chansons populaires, et que c'est aussi celui où j'ai pu observer les changements de visu, et je parlerai des femmes de la côte, entre le cap Fréhel et Saint-Malo, dont j'ai suivi l'évolution pendant près d'un demi-siècle, et surtout de celles du canton de Matignon où je suis né. Des douze communes qui le composent, six sont baignées par la mer, mais trois seulement ont une population de marins et de pêcheurs de quelque importance; les six autres sont tout à fait rurales. Dans mon enfance, les six communes littorales portaient une coiffure appelée dalet, qui présentait des variantes peu importantes de commune à commune : dans trois communes de l'intérieur, on trouvait une coiffure apparentée, mais plus grande et moins élégante ; les trois autres avaient la caunette, corruption vraisemblable de cornette, qui en différait radicalement. Les femmes de ces trois groupes portaient des cotillons de rayé, étoffe fabriquée par les tisserands locaux, et qui, sur une trame de fil, avait été recouverte d'un tissu de laine; elle présentait des rayures verticales alternées, les unes claires, les autres foncées : c'est de cette particularité que l'étoffe tirait son nom. Vers 1850, ces raies étaient alternativement bleu foncé ou bleu clair, ou vert clair, souvent larges de l'épaisseur du doigt environ; cette couleur bleue, qui probablement avait toujours été dominante, avait peu à peu remplacé les cotillons rouges rayés de blanc, qu'on ne portait plus guère que comme jupe de dessous et qu'on ne fabriquait plus; ceux en laine grise ou rousse, qui n'ayant point été teints, gardaient la couleur de la toison du mouton, étaient d'un usage plus courant que les cotillons rouges, mais les paysannes qui se piquaient de quelque élégance, les considéraient déjà comme démodés, et c'était surtout les femmes d'un certain âge qui les portaient. Ils sont rares aujourd'hui, et le cotillon bleu lui-même a une tendance à disparaître : les femmes jeunes le remplacent, tout au moins les dimanches, par des robes noires ou grises, de fabrication étrangère au pays. Des femmes âgées conservaient seules une sorte de veste, de la même étoffe que le cotillon, qui avait, à deux ou trois doigts au-dessous de la taille, une bande plissée, et qui s'ouvrait sur le devant ; mais le corps, sorte de corsage qui dessinait mieux la taille, était déjà plus en usage, et il est encore porté les jours de travail, et même les dimanches, par les paysannes qui ont conservé le cotillon ou qui n'ont pas une robe complète faite comme celle des ouvrières des villes. C'était à ce corsage qu'était attachée la devantière, tablier surmonté d'une large pièce carrée, nommée piécette, piquée sur le corsage par des épingles à grosse tête, dites épingles à piécette; en dessous passait le mouchoir de cou, qui était une sorte de châle très court. La devantière, qui souvent ne différait du cotillon que par la couleur, couvrait tout le devant de la robe et était ornée de poches saillantes, hautes de 20 centimètres environ et larges à l'avenant, qui permettaient d'y mettre beaucoup, de choses. Les élégantes commencèrent par le diminuer en longueur et en largeur, rétrécirent les poches, et à la forme primitive, qui était carrée, substituèrent la piécette amincie vers la taille ; elles rétrécirent aussi vers le haut sa largeur, et l'antique devantière devint presque un tablier de soubrette, à la réserve qu'il garda toujours au bas des coins coupés carrément. Cette forme, due peut-être à l'influence des tabliers coquets des femmes de la côte aux environs de Saint-Malo, amena peu à peu les simples paysannes, non à adopter les tabliers des élégantes, mais à diminuer la longueur et l'ampleur de leur devantière. Le mouchoir de cou, que l'on appelait ainsi pour le distinguer du mouchoir de pouchette, ou mouchoir de poche, qui était presque un objet de luxe et dont on se servait le moins possible, était croisé sur la poitrine, qu'il dessinait très peu, et par derrière sa pointe dépassait à peine le haut du cotillon. Les élégantes le firent bouffer sur la poitrine en dégageant le cou et en laissant voir, au lieu de l'ancien col de chemise où du simple fichu de cou, un fichu brodé ou une collerette; progressivement il s'allongea par derrière jusqu'à ressembler aux châles du temps de Louis-Philippe, dont il était au reste une imitation, avec cette circonstance qu'ils ne furent adoptés à la campagne qu'après être devenus rares à la ville. Toutefois, peut-être pour des raisons de commodité, la plupart des paysannes se contentèrent de draper sur le devant leur mouchoir de cou, à la nouvelle mode, et de l'allonger par derrière, sans lui donner la longueur des châles des grosses fermières ou des élégantes de bourg. En hiver, tout ce costume disparaissait presque sous un manteau de couleur brune ou noire, formant de grands plis rigides et d'un tissu assez serré pour braver la pluie : la coiffe était protégée par un fourreau de même étoffe, qui portait le nom de capot et qui se terminait sur le dos par une sorte de carrick cache-nuque, qui tombait sur les épaules et recouvrait le haut du manteau, appelé grande devantière, pour le distinguer de la petite devantière ou tablier. Pour la coiffure, dont je parle en dernier lieu, parce qu'elle est plus intéressante au point de vue de l'évolution que le reste de l'habillement, il y en avait, dans ce canton, ainsi que je l'ai dit, trois variétés principales; mais dans les trois groupes la coiffure de dessous était sensiblement la même; elle se composait d'un serre-tête qui prenait à peu près toute la boîte crânienne et laissait à peine voir par devant la naissance des cheveux, divisés en deux par une raie. Par derrière, les cheveux qui étaient abondants et fort longs, formaient, lorsqu'ils étaient détachés, une sorte de crinière que l'on peignait avec soin et qui, à partir de la nuque, était repliée sur le serre-tête. C'est par-dessus que la coiffe, attachée avec des épingles, était posée. Le dalet, avec des variantes légères, était porté dans six communes et était la coiffe, mais seulement apparentée, de trois autres; elle était en toile unie et on la portait même écrue, lorsqu'elle était neuve. Elle se composait d'une extrémité triangulaire plissée qui partait du serre tête et était nommée chupiron; elle s'attachait à une large bande empesée de toile, qui, lorsqu'elle était dépliée, retombait sur les épaules; quand ses ailes avaient été attachées sur le haut de la tête avec des épingles, elles ressemblaient assez à des gouttières en toile. Cette coiffure dépassait le front de quelques centimètres dans les communes de la côte; elle s'avançait plus dans les trois communes rurales. C'était la forme en usage vers 1850; elle était probablement ancienne, et elle était sensiblement la même chez les vieilles femmes et chez les jeunes tilles, ce qui semblé montrer que dans le commencement du siècle elle était à peu près la même qu'à cette époque. Vers ce moment se produisit une évolution qui scandalisa tout d'abord les femmes âgées ; quelques jeunes femmes, qui peut-être avaient vu ailleurs des coiffes un peu différentes et couvrant moins le front, commencèrent à diminuer le devant de la coiffe, de façon à laisser voir le haut de la figure, et il se produisit un rétrécissement dans le sens de la longueur; en même temps elles firent sortir du serre-tête qui les emprisonnait et les cachait presque entièrement, les bandeaux de cheveux qui, partagés par une raie, ornèrent les deux côtés du front. Actuellement, la pointe de derrière, qui d'abord avait été diminuée et qui, de rigide, était devenue plissée, presque flottante, à peine empesée, a complètement disparu; elle n'est plus représentée que par un ruban croisé tout petit, qui fait partie du serre-tête. Les élégantes ont même renoncé au serre-tête et aux cheveux relevés à partir de la nuque, et elles l'ont remplacé par une résille. Dans ce groupe on peut constater la tendance à montrer les cheveux et le front, autrefois ombragés par la coiffe, la diminution de la grandeur de la coiffe et la substitution de la toile brodée à la toile simple Dans les groupes voisins s'est produite une évolution analogue : c'est ainsi que sur la côte, de l'embouchure de la Rance à l'Arguenon, le coq plissé, autrefois très apparent, a été presque recouvert par les ailes de la coiffure, et celle-ci, très grande autrefois, est devenue assez petite.

 

 

Coiffe de Lamballe

 

Je crois qu'il ne faut accepter que sous bénéfice d'inventaire la gravure des Départements de France, de Girault de Saint-Fargeau, qui représente une femme de Dinard; toutefois, on peut considérer comme exacte la dimension considérable de l'ornement plissé, dit coq. On doit faire les mêmes réserves pour le costume de Cancale, qui, de la forme monumentale de 1829, est devenue le coquet papillon d'aujourd'hui. On peut constater la même évolution pour la caunette, qui grande et couvrant le front, s'est rétrécie et s'est éloignée de la forme géométrique qu'elle avait il y a quarante ans. Dans une grande partie de la Bretagne du Nord, dans l'intérieur du pays parlant français et dans les environs de Lanvollon et de Paimpol, il y avait autrefois une coiffure, aussi ample que celle des Cauchoises, et que certaines coiffes de l'Eure dessinées par Philippe en 1834, aussi encombrantes que les hennins du XVe siècle. Ces coiffes étaient désignées sous le nom de « catioles » : elles n'étaient pas particulières à une commune, mais constituaient une sorte de coiffure aristocratique; elles n'étaient portées que par des femmes riches ou se rapprochant de la petite bourgeoisie : une paysanne ordinaire n'aurait osé s'en parer. Les fillettes la prenaient, le dimanche, après la première communion, et en 1875 j'ai encore vu dans la grande commune de Ploubazlanec, canton de Paimpol, des fillettes dont la coiffe était presque aussi longue qu'elles étaient hautes. Dans l'Ille-et-Vilaine, cette coiffe monumentale s'est rétrécie peu à peu, comme la peau de chagrin du roman de Balzac, et à l'heure actuelle, presque partout, elle est remplacée par deux cylindres en dentelles, un peu plus gros qu'un doigt, que l'on voit, avec quelque surprise, posés sur les cheveux des élégantes et des grosses fermières. En résumé, dans la Haute-Bretagne, la coiffure s'est peu à peu rétrécie en dégageant le front, et aux coiffes monumentales ont succédé des coiffes plus petites, rejetées en arrière, bien plus ornées, et qui né rappellent les anciennes que par des traits parfois presque effacés. Les anciennes coiffures avaient une aire géographique assez bien déterminée, et, tout au moins, sur la côte, elles correspondaient à des groupes présentant dans la physionomie ou les proportions, des caractères très différents de la population de l'intérieur, et parfois de celle du littoral qui l'avoisinait. Ils n'étaient pas aussi tranchés que ceux des Bigoudens de Pont-Labbé (Finistère), qui diffèrent autant des habitants de Fouesnant, séparés seulement par la rivière de l'Odet, qu'un Norvégien du Nord, métissé de Lapon, d'un Français de la Saintonge. Toutefois, en ce qui concerne mon canton natal, celui de Matignon, il était facile, il y a trente ans, tout costume à part, de faire, à première vue, la différence entre les trois groupes qui le composaient. Je parle des femmes seulement. Les Capresses, ou femmes de la péninsule de Fréhel, qui n'étaient pas métissées, se distinguaient par la coupe régulière de leur figure, leur teint mat, le nez bien dessiné, et presque dans le prolongement du front, comme celui de certaines statues grecques, l'ampleur de leur chevelure noire -plus rarement, mais parfois rousse,-leurs yeux noirs, et aussi par la longueur de leurs proportions et l'élégance de leurs attaches. Elles ne travaillaient pas autant à la terre que leurs voisines, mais se livraient aux travaux du ménage ou à la pêche. Dans d'autres communes maritimes, le type était moins bien conservé. Pour les communes ne touchant pas à la mer, dans trois, les femmes étaient grandes, mais peu élégantes, et dans trois autres -celles qui portaient les caunettes -le type devenait généralement lourd, et les attaches assez grossières; il n'y avait plus là que des personnes occupées à la terre. Le long de la côte, le premier type, plus ou moins bien conservé, avait, de l'E. à l'O., des limites naturelles : à l'O. l'embouchure du Gouessant, à l'E. celle de l'Arguenon. Les femmes qui portaient le Coq se voyaient de l'embouchure de l'Arguenon à celle de la Rance: plus élégantes sur le bord de la mer et des fleuves, plus lourdes, dans l'intérieur ; il en était de même pour les pignons, sur la rive droite de la Rance, pour le groupe portant la coiffure de Cancale, qui finissait à peu près à un ruisseau venant de Dol pour se jeter à la mer ; de là jusqu'à l'embouchure du Couesnon, c'était une autre coiffure, et un type voisin, mais présentant pourtant des différences.

 

 

costume de Cancale

 

On peut remarquer que ces coiffures,s'éloignent peu de la mer, de 3 à 6 kilomètres, à moins que, comme sur les deux rives de la Rance, l'estuaire du fleuve ne soit un véritable prolongement de la mer; dans ce cas, elles s'arrêtent à peu près à l'endroit où la marée cesse de se faire sentir. Il est peut-être permis d'en conclure que ces coiffures correspondent à des tribus venant de la Bretagne insulaire, et qui ont refoulé du rivage les anciens habitants; et peut-être quelques particularités de la coiffure remontent-elles jusqu'à cette époque éloignée, le coq par exemple, dont je ne connais pas de similaire, et même le dalet, qui a quelque ressemblance avec la coiffe des femmes d'Ouessant. Malheureusement, les dessins anciens, ou les descriptions, ne nous permettent que de poser cette hypothèse.

 

Paul Sébillot

 

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 19:41

Originaire de Caulnes près Saint-Malo, vers 1482, il entra jeune à l'âge de 18 ans, chez les Dominicains à Dinan et, peu après sa profession, fut envoyé pour ses études de théologie à Paris. Il y conquit la licence en théologie le 6 février 1528 : le septième sur 26 dont 16 séculiers, et le premier des réguliers. Le 19 juin, il fut promu docteur en théologie. Dès lors, il semble avoir été en vedette dans l'Université, car, dès 1529, nous le voyons au titre d'inquisiteur, faire enquête sur l'orthodoxie d'Inigo de Loyola, le futur fondateur de la Compagnie de Jésus. C'est sans doute cette activité précoce qui lui vaut l'ironie de Rabelais dans son Pantagruel. En 1534, c'est Ory qui, avec le P. Liévin, fut chargé d'examiner le commentaire de Sadolet sur l'Epître aux Romains de saint Paul. Il était alors prieur du couvent saint Jacques de Paris et, peut-être à cause de ses occupations, il semble avoir été remplacé par son confrère Valentin Liévin au début de l'année 1535 pour un second examen des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. C'est en 1535 qu'il fut nommé Inquisiteur général du royaume. Le cardinal de Tournon, dans une lettre au cardinal de Paris, Jean du Bellay, datée de Chaumont-en-Bassigny 22 septembre 1535 mentionnait comme candidat à ce poste : « nostre maistre Bynet qui est icy, et suys seur que la meilleure opinion que Nostre Saint-Pere peult avoir de luy doibt estre procédee du bon témoignage que vous en avez porté; et puisqu'il plaist a Sa Sainteté et que vous trouvez bon qu'il ayt ceste charge d'inquisiteur de la foy, je suis content qu'il l'accepte. » Ce Gilles Binet, que le cardinal de Bellay recommande à Tournon, est lui aussi un Dominicain, mais, pour la fonction d'Inquisiteur général, il est encore trop jeune, « car il s'en fault deux ou troys ans qu'il n'ayt les quarante completz, comme il dit estre requis a cest office ». Telle est sans doute la raison pour laquelle Mathieu Ory lui est préféré, ainsi qu'il apparaît par le diplôme royal, daté de Lyon 30 mai 1536, qui est conservé aux Archives nationales de Paris. Le cardinal de Tournon, en 1536, recommande au chancelier Antoine Du Bourg « le présent porteur, frère Mathieu Ory, inquisiteur général du royaume, dont on conteste, à tort, l'office ». Engilbert Clausse, conseiller au Châtelet, lui est officiellement adjoint en qualité de procureur général près l'Inquisition. Nous possédons assez peu de détails sur son activité à cette époque. On le voit engager des poursuites contre le prédicateur Jean Michel à Bourges. Peut-être est-ce pour obtenir une confirmation papale de ses pouvoirs qu'il se trouve à Rome vers le 18 novembre 1538 ; il peut ainsi apporter son témoignage personnel en faveur de l'orthodoxie d'Ignace de Loyola. Le 15 juillet 1539, un Bref de Paul III l'investit officiellement de ses fonctions et, peu de temps après à Paris, des lettres royales lui ordonnent de communiquer le procès de Dolet à des juges séculiers (23 juillet 1540). Il accompagne habituellement le cardinal de Tournon et il a sous ses ordres six inquisiteurs subordonnés qui parcourent pour lui les provinces. En 1542, la Congrégation générale de son Ordre lui reconnaît son titre d'Inquisiteur; il examine et approuve le Bréviaire du Cardinal Quinones. Durant les années 1543 et 1544, il est très occupé des affaires de Dolet qui, dans son Second Enfer, s'en plaint amèrement au cardinal de Tournon : qu'aulcun plein de sens frénétique Contre vertu ayant toujours la picque Vous ont remply (en mentant) les oreilles De plusieurs cas et de grandes merveilles Touchant mon faict. C'est au cours même du procès d'Etienne Dolet que Mathieu Ory soumet à la Faculté de théologie de Paris son Alexipharmacon et qu'après en avoir reçu l'autorisation il le fait publier par le libraire Jean André avec un Privilège royal pour quatre ans (daté du 24 juin 1544). II y a, déclare Ory, trois espèces d'hérésie, suivant qu'elle s'oppose à la raison naturelle, à la Sainte Ecriture, aux dogmes de l'Eglise sacrosainte. « Prima. . . vocatur caecitas mentis, sive ebrietas in scripturis sacris... In hanc lapsi sunt athaei, et plures ex Lutheranis, qui per tot dévia in inventionibus suis ambulantes dixerunt, atque scripserunt innumera, quae nulla gens quantumcumque legum, aut morum fuerit expers, umquam probaverit, aut probare possit, utque superioribus, sive in his quae sunt religionis, et divini cultus non sit parendum, aut quod locus ad religionis cultum non sit habendus, et similia, quae gentes semper in suis ritibus serventui. »

 

 

La carrière de Mathieu Ory, dans la suite, n'est qu'une suite d'applications de la doctrine exprimée dans l'Alewipharmacon. Ainsi, le dimanche 28 juin 1545, on le voit interdire soixante-cinq ouvrages pernicieux. Le roi Henri II le confirme le 18 novembre 1547 dans ses fonctions d'inquisiteur général du royaume, puis de nouveau en 1549 et 1550, et deux ans plus tard (17 mai 1552) le Pape Jules III. A Lyon, il se trouve avec le cardinal de Tournon quand cinq étudiants huguenots, revenant de Suisse, y sont arrêtés (16 mai 1552) et jetés en prison. Ils ne sortiront de captivité, malgré les instances des protestants de Berne, que pour être condamnés au bûcher (16 mars 1553). Entre temps, il accompagne Tournon à Rome et, durant le trajet de retour, il déconseille à ce dernier de passer par Genève où il aurait rencontré Calvin. L'affaire du Christianismi restitutio de Michel Servet l'occupe au mois d'avril 1553. Le 4 de ce mois, au château de Roussillon, il participe à la réunion où est condamné l'ouvrage; les deux jours suivants, il interroge lui-même Servet. Celui-ci s'enfuit le 7 à Genève où l'attend le bûcher préparé par Calvin tandis que le 17 juin, à Vienne, Ory préside l'autodafé de Servet. Une autre grave négociation l'attire en Italie durant l'année 1554. Depuis de nombreuses années, la duchesse Renée de France, fille de François Ier et mariée au duc de Ferrare, donnait lieu à de nombreuses plaintes de son mari pour son attachement au calvinisme. Le 18 mars 1554, le duc, après avoir banni de ses Etats toute personne suspecte de favoriser la Réforme, demande au Roi de France un convertisseur habile et énergique pour convaincre sa femme. C'est Mathieu Ory qui lui est envoyé par le roi Henri II; il quitte la France au début de juin et, à Ferrare, il se retrouve avec un jésuite français nommé Claude Pelletier. La duchesse, tenue sous stricte surveillance par son mari, reçoit Ory à plusieurs reprises et même lui laisse espérer qu'elle assistera, au début du mois d'août, à sa messe. « II rédige un traité sur le très saint sacrement pour elle et le traduit en langue vulgaire, mais il demande à Pelletier de l'expliquer et commenter oralement à la Duchesse, parce que certains points rédigés dans la manière scolastique avaient besoin d'explication ». Pour la fête de l'Assomption (15 août), le duc et ses deux filles communient de la main d'Ory, mais la duchesse ne se rend pas encore. Ce sera seulement le 2 septembre, que celle-ci finit par assister à sa messe et Mathieu Ory repart en croyant l'affaire conclue. En réalité, la duchesse ne se confessera et ne communiera que quelques jours plus tard, après de nouvelles instances du P. Pelletier. Plus que jamais, le P. Ory est bien en cours auprès du roi Henri II. Il semble aussi avoir renoué plus intimement ses relations avec la Compagnie de Jésus, car, le 26 janvier 1555, le secrétaire de la Compagnie de Jésus écrit de Rome au P. Pelletier que Frère Ory a fait savoir de France « à Frère Gabriel, de son ordre, pénitencier, notre ami, en lui disant de s'informer de nos affaires, parce qu'on avait parlé devant le Roi de deux questions ». Le 6 septembre de la même année, à Saint Germain en Laye, le roi Henri II signe l'ordre de doubler la pension de trois cents livres, accordées à Mathieu Ory, docteur en théologie et inquisiteur général de la foi, à raison de ses services, et pour subvenir aux dépenses faites par lui dans l'exercice de ses fonctions. Ory meurt, moins de deux ans plus tard, le 12 juin 1557, laissant le souvenir d'un champion intrépide de l'orthodoxie. Le roi Henri II, par l'édit de Compiègne (24 juillet 1557), va enchérir sur lui en prescrivant d'appliquer uniformément la peine de mort aux hérétiques convaincus. Ce qui nous paraît le plus significatif chez ce partisan convaincu de la tradition ecclésiastique, est sa très profonde estime pour l'étude des langues, c'est-à-dire du grec et de l'hébreu. Trop souvent, l'on interpréterait dans un sens absolument restrictif l'appréciation d'un compagnon d'Ignace de Loyola sur ses contemporains à Paris : Qui graecizabant, lutheranizabant ». Pas plus qu'Ory, Loyola ne déconseilla aux siens les acquisitions positives de l'humanisme, mais en se gardant du travers de tous ceux « qui voluerunt suo sensu, et humano spiritu, res fidei nostrae tractare, et literas sacras, non in spiritu, sed litera légère, et suum sensum, non Christum in scripturis quaerere». On ne saurait exagérer l'importance de cette conciliation, tant prônée par Ory dans son Alexipharmacon, pour l'avenir du catholicisme.

 

Henri Bernard-Maître. 

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 19:30

 

Didostait, mignoned, a barrez Plodiern

Ma kontin deoh va zourmant'
Me zo bet en item
E Conlie 'm-eus tremenet
Ouspenn daou viz hanter
O houzañv merzerinti, an naon hag ar vizer.

 

Ar Jeneral Keratry hag a noblisité
A halve ar Bretoned da zevel eun arme
Evid savetei ar vro partial a rankan
Hag an dour em daoulagad kenavo a laran.

 

Ni oe kaset da Conlie da ober pinijenn
Da zibri bara loued er fank hag el lagenn
Ar yenijenn, ar glahar, an hirnez, ar kleñved
A lakas meur a hini da gousked er vered. 

 

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 18:54

Le jour de la foire de Collinée en 1652, l'évêque faisait sa visite pastorale. En présence d'un grand concours de peuple de différentes paroisses, d'ecclésiastiques, de gens de condition, messire Gabriel Brochet, recteur.de la paroisse du Gouray a été insulté par Allain Le Lardoux, qui. « voulant le mettre en mauvaise.odeur auprès de son évesque, dit hautement que le suppliant étoit un falsaire et faux saulnier, » Le procureur de la partie demanderesse, devant l'énormité de ces injures, «conclut à ce que ledit Lardoux accusé soit condempné à reconnaître ledit sieur recteur homme d'honneur et non taché des injures lui proférées, dire et confesser qu'il reconnaîtra comme dit est et cette reconnaissance se fera l'audience tenant-la teste nue, à jenoux, la torche en la main et cette reconnaissance estre faicte et bannie à ses frais, en 200 livres d'amende. » Les conclusions du procureur fiscal sont un peu moins rigoureuses que celles des demandeurs : « Nous requérons ledit Lardoux être condempné à reconnaître ledit Brochet comme homme de bien et d'honneur.et non noté desdites injures mentionnées audit procès, en présence de six prêtres, recteurs ou curés de paroisses circonvoisines, telles qu'il plaira audit. Brochet, les faire comparaître et oultre estre ledit Lardoux condempné en dix livres d'amende, applicable à la : fabrique de l'église de Collinée. » 

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 17:49

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 16:07

(voir croix du haut moyen âge : Bruvily x 2, Laurenan x 2, Goméné, Sévignac, Mégrit (bis) -page n° 1 - croix du haut moyen âge : Calorguen, Saint Gouéno, Yvignac, Bruvily, Yvignac, Languédias, Landéhen -page n° 2 - croix du haut moyen âge : Brusvily, Le Gouray, Broons, Mégrit, Tramain, Plumaudan x 2, Caulnes, Plouasne -page n° 3)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 06:36

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 15:50

Ur werzenn nevez zo savet 

Traitour, ah! mallozh dit 'ta !

(bis)

War markiz Pontkalleg eo graet 
Traitour, ah ! Mallozh dit, mallozh dit 

Traitour, ah! mallozh dit 'ta

 

I

War markiz yaouank Pontkalleg, Traitour... 
Ker koant, ken drant, ker kalonek ! 

Traitour, ah! Mallozh dit... 

Mignon a oa d'ar Vretoned 
Abalamour anezho oa deuet 

Abalamour anezho oa deuet 
Hag etrezo oa bet maget 

Mignon a oa d'ar Vretoned 
D'ar vourc'hizien ne lâran ket 

D'ar vourc'hizien ne lâran ket 
A zo a-du ar C'hallaoued 

A zo atav 'klask gwaskañ re 
N'o deus na madoù na leve 

Nemet poan o divrec'h, noz-deiz, 
Evit magañ o mammou dehe 

Lakaet en devoa en e benn 
Disammañ deomp-ni hor c'hordenn 

Gwarizi-tag d'ar vourc'hizien 
O klask an tu e'it hen dibenn 

- Aotrou Markiz, aet da guzhet, 
An tu a zo gante kavet ! 

II 

Pellik zo emañ dianket ; 
Evit e glask, n'e gaver ket 

Ur paour eus kêr, o klask e voued, 
Hennezh en deus hen diskuliet 

Ur c'houer n'her defe ket graet 
Pa vije roet de'hañ pemp kant skoed 

Gouel Maria 'n Eost, deiz evit deiz, 
An dragoned oa war vale : 

"Lâret-hu din-me, dragoned, 
O klask ar Markiz emaoc'h bet ? 

- O klask ar Markiz emaomp bet 
Daoust penaos emañ-eñ gwisket ? 

- Er c'hiz diwar-maez 'mañ gwisket, 
Glas e vorled hag eñ bordet 

Glas e jak, ha gwenn e chupenn ; 
Bodroù ler ha bragoù lien 

Un togig plouz neudennet-ruz 
War e skoaz, ur pennad blev-du 

Ur gouriz-ler, div bistolenn, 
Hag hi a Vro-Spagn, a-zaou denn 

Gantañ dilhad pilhoù-huan, 
Gant unan alaouret dindan 

"Mar fell deoc'h-hu reiñ din tri skoed 
Me a roy deoc'h-hu e gavet 

- Tri gwenneg zoken na roimp ket, 
Taolioù sabren ne lâromp ket 

Ne roimp ket zoken pemp gwenneg 
Ha te reiñ deomp kaout Pontkalleg 

- Dragoned ker, en an' Doue ! 
Na it ket d'ober droug din-me ! 

Na it ket d'ober droug din-me 
Ho heñchañ raktal e rin-me 

'Mañ-eñ du-se, er sal, ouzh taol, 
O leinañ gant person Lignol" 

III 

"Aotrou Markiz, tec'het, tec'het ! 
Me wel erru an dragoned 

Me wel an dragoned erru 
Sternoù lugernus, dilhad ruz 

- Me na gredan ket em c'halon 
E krogfe ennon un dragon 

Ne gredan ket 'vez deut ar c'hiz 
Ma krog an dragon er Markiz" 

Oa ket e gomz peurachuet 
Tre 'barzh ar sal o deus lammet 

Hag eñ da beg 'n e bistolenn : 
"Neb a dost ouzhin 'n defo 'n tenn !" 

Ar person kozh, dal m'her gwelas, 
Dirak ar markiz 'n em strinkas : 

"En anv Doue, ho Salvez, 
Na dennet ket, ma Aotrou ker !" 

Pa glevas anv hor Salver 
En deus gouzañvet gant douster 

Anv hor Salver pa glevas 
Daoust d'e spered eñ a ouelas 

Rez e galon strakas e zent 
Ken a droc'has, sonn : "Deomp d'an hent !" 

A-dreuz parrez Lignol pa ae 
Ar gouer paour a lavare, 

Lâret a rae al Lignoliz : 
"Pec'hed eo eren ar markiz !" 

Pa ae e-biou parrez Berne 
Digoue't ur frapad bugale : 

"Mad-deo'ch, mad-deoc'h, Aotrou Markiz ! 
Ni ya d'ar vourc'h, d'ar c'hatekiz 

- Kenavo, bugaligoù vat, 
N'ho kwelo mui ma daoulagad 

- Da belec'h it eta, Aotrou ; 
Ha dont na reot souden en-dro ? 

- Me na ouzon ket, Doue 'r goar ; 
Bugale baour, me zo war var" 

O cherisañ en defe graet 
Panevet e zaouarn ereet 

Kriz vije 'r galon na ranne 
Re 'n dragoned zoken a rae 

Paotred-a-vrezel, koulskoude, 
O deus kalonoù kriz enne 

Ha pa oa digoue't e Naoned 
E oa barnet ha kondaonet 

Kondaonet, naren d'an tud-par, 
Nemet tud koue'et diouzh lost ar c'harr 

Da Bontkalleg 'deus int lâret : 
"Aotrou Markiz, petra 'peus graet ? 

- Pezh a oa dleet din da ober 
Ha graet-hu ivez ho micher !" 

IV 

D'ar sul kentañ pask, hevlene, 
Oa kaset kannad da Verne 

"Yec'hed mat deoc'h-holl, er gêr-mañ, 
Pelec'h 'mañ ar person dre-mañ ? 

- 'Mañ o lâret e oferenn, 
'Mañ o vonet gant ar bregenn" 

Pa oa o vonet d'ar gador, 
Oa roet de'hañ ul li'her el levr 

Ne oa ket gouest evit e lenn 
Gant an daeloù dimeus e benn : 

"Petra zo c'hoarvet a nevez 
Pa ouel ar person er c'hiz-se ? 

- Gouelañ a ran, ma bugale, 
War pezh a refac'h-c'hwi ivez 

Marv, peorien, neb ho mage, 
Neb ho kwiske, neb ho harpe, 

Marv an hini ho kare, 
Berneviz, koulz eveldon-me 

Marv neb a gare e vro 
Hag her reas betek ar marv 

Marv da zaou vloaz warn-ugent 
'Vel ar verzherien hag ar sent 

Doue, ho pet outañ truez ! 
Marv eo 'n Aotrou ! Marv eo ma mouezh !" 

 

 

Amis, déplorez tous avec
- Malédiction au traître!
Moi, le destin de Pont-Calleck.
- O, toi qui l'as trahi, sois maudit!
Malédiction au traître!


Pont-Calleck, ce jeune marquis
Si beau, si courageux aussi !

Il était l'ami des Bretons
Appartenant à leur nation.

Au milieu d'eux il était né
C'est chez eux qu'il fut élevé.

Aux Bretons allait son amour,
A tous, mais non aux gens des bourgs.

Aux gens des bourgs et des cités
Qui sont du parti des Français.

S'en prenant, l'engeance méchante,
A ceux qui n'ont ni biens, ni rentes.

Aux pauvres qui n'ont que leurs bras
Pour garder les leurs du trépas.

Pont-Calleck avait le projet
D'alléger un peu notre faix.

Les citadins pris de dépit
Ont sitôt mis sa tête à prix.

Seigneur Marquis, à ta cachette! 
Sinon tu cours droit à ta perte!


II 

Voilà longtemps qu'il est perdu;
Que nul ne le trouvera plus.

C'est un gueux de la ville qui
Mendiait sa pitance a trahi;

(Car aucun paysan ne l'eût 
Fait même pour cinq cents écus.)

A Notre-Dame des moissons,
On nous envoya les dragons:

-Je voudrais savoir, dragons, si
L'on est en quête du marquis; 

-Oui, nous le cherchons; Pourrais-tu
Nous dire comme il est vêtu ? 

18.- Comme les paysans d'ici: 
Drap bleu semé de broderies ; 

Sa veste est bleue, son pourpoint blanc ; 
Guêtres de cuir, bragoù bouffants; 

Un chapeau de paille à ruban
Et de longs cheveux noirs flottants.

A ses côtés deux pistolets
Espagnols, à deux coups, tout prêts.

Des habits comme on voit partout.
Il en a de dorés dessous.

Et si vous me donnez trois louis
Je vous mènerai droit à lui.

-Pas même trois sous tu n'auras.
Des coups d'épée, je ne dis pas.

Pas un sou, pas même un kopek.
Mais mène-nous à Pont-Calleck!

-Pitié, dragons, au nom de Dieu,
Ne me faites point mal, messieurs!

Ne me faites point de mal! Grâce!
Je vais vous mettre sur ses traces:

Je crois bien qu'il dîne à l'école
Avec le recteur de Lignole. 

III 

Seigneur marquis, fuyez ! fuyez !
Car les dragons vont arriver ! 

Les dragons ont cerné la place:
Tuniques rouges et cuirasses. 

- Un dragon jamais n'osera
Venir porter la main sur moi.

Aux dragons l'usage interdit 
Les voies de fait sur les marquis. - 

A peine a-t-il dit que voilà
La porte qui vole en éclats.

Lui de saisir ses pistolets:
N'approchez pas, je vais tirer ! - 

Voyant cela, le vieux recteur
Se jette aux genoux du seigneur:

- Par le Christ, je vous en supplie,
Ne tirez pas, je vous en prie! - 

Entendant invoquer Celui
Qui pour nous patiemment souffrit, 

Le nom de notre doux Sauveur,
Il ne put retenir ses pleurs; 

Il maîtrisa son émotion,
Puis se dressa, criant: " Partons !"

Quand par Lignol on l'a mené,
Les pauvres paysans disaient: 

- Ces procédés sont inouïs:
Voilà qu'on garrotte un marquis! -

Comme il passait près de Berné,
Survint un groupe d'écoliers:

- Monsieur le Marquis, le bonjour:
Nous allons à l'école au bourg.

- Adieu, chers petits écoliers, 
Je ne vous verrai plus jamais!

- Mais où donc allez-vous, Seigneur?
Que vous ne rentriez? Un malheur?

- Je n'en sais rien, Dieu seul le sait:
Je sais que je cours un danger. - 

Il eût voulu les caresser,
Mais ses bras étaient enchaînés.

Un spectacle à faire pitié!
Les dragons eux-mêmes pleuraient.

Pourtant ils ont, on le devine
Des cœurs de pierre en leur poitrine.

A Nantes il fut déféré,
Il fut jugé, puis condamné.

Non point par ses pairs, comme il eût
Fallu, mais par des parvenus.

Lesquels à Pont-Calleck ont dit:
- Qu'avez-vous fait, Seigneur marquis?

J'ai fait mon devoir. Sans vergogne,
Vous, vous ferez votre besogne ! - 

IV 

Ce jour de Pâques, à Berné
Un messager est arrivé.

Salut à vous, gens du pays.
Le recteur est-il par ici? 

Il dit la messe. Allez-y donc
Et il doit en être au sermon. - 

Comme il montait en chaire, on lui 
A glissé dans son livre un pli: 

Mais c'est à peine s'il pouvait
La lire, tant ses yeux pleuraient.

Quel est donc ce nouveau malheur
Quelle est la cause de vos pleurs? 

Ah, si je pleure, mes enfants,
Vous allez pleurer tout autant:

Celui qui nous comblait de biens:
Nourriture, habits et soutien;

Et qui, comme moi, chérissait
Les pauvres du bourg de Berné,

Il est mort, aimant son pays,
L'aimant jusqu'à mourir pour lui.

A vingt-deux ans, il dut mourir!
Ainsi meurent saints et martyrs.

Ayez pitié de lui, Seigneur!
La Marquis est mort! Ma voix meurt!


-O toi qui l'as trahi, sois maudit !
Malédiction au traître ! 


 

Traduction site Marv Pontkalek (fr) - Free

 

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 15:11

Dans la matinée du mardi 26 mars, MM. de Pontcallec, de Montlouis, du Couëdic et de Talhouët furent appelés l'un après l'autre devant elle, et ces quatre gentilshommes entendirent à genoux l'arrêt qui, en les déclarant atteints et convaincus du crime de haute trahison, les condamnait à être décapités avant la fin du jour. Nullement préparés à ce terrible dénouement, que la clémence habituelle du régent rendait en effet peu vraisemblable, et contre lequel trois d'entre eux avaient cru se prémunir par la sincérité de leurs aveux, leur attitude révéla les impressions dominantes chez chacun d'eux. M. de Pontcallec exhala sa surprise par une explosion de fureur, en se rattachant toutefois à l'espérance d'un sursis, MM. du Couëdic et de Talhouët, rejetant cette illusion, comprirent que leur dernière heure était venue et s'élevèrent sans effort, par la puissance de leur foi, à la courageuse acceptation du sacrifice ; M. de Montlouis prit ses dispositions avec une calme et mâle simplicité. Le même arrêt prononça la peine de mort contre seize accusés fugitifs, et déclara que la sentence définitive serait rendue contre les dix-sept autres détenus après plus ample informé. Avertie de ce qui se préparait par un vaste déploiement de forces militaires, la population nantaise insulta par ses cris les commissaires qui allaient faire couler le plus vieux sang de l'Armorique. La noblesse quitta la ville ; le peuple suivit jusqu'au lieu du supplice, en faisant éclater sa profonde douleur, des hommes protégés aux yeux de la Bretagne par la sainteté dune cause qu'ils compromirent gravement sans doute, mais qu'ils avaient d'abord espéré servir. De nuit, à la lueur des flambeaux, au milieu d'une cité en deuil et en prières, les condamnés franchirent d'un pas ferme le chemin de Ia prison à l'échafaud ; leurs têtes tombèrent, non sans peine sous la main d'exécuteurs ou novices ou tremblants, et leur vie, jusqu'alors obscure, fut tout à coup transfigurée par leur mort.

 

 

Le marquis de Pontcallec s'appelait, de ses nom et prénoms, Clément-Chrysogone de Guer, d'une famille ancienne, établie depuis longtemps dans les évêchés de Vannes et de Quimper. Il était fils et héritier principal de Charles-René de Guer, marquis de Pontcallec, et de Bonne-Louise Le Voyer, dame de Trégomar du Lou à Dolo et de la Haie-Painel ; il était fort jeune, âgé seulement de vingt-deux ans, suivant un chant populaire composé à sa mémoire ; et d'après une généalogie manuscrite conservée à la Bibliothèque Impériale, mais qui n'indique pas explicitement l'année de sa naissance, toujours ne pouvait-il être plus vieux que trente ans. Il était entreprenant volontiers jusqu'à l'audace, mais par son âge même mal pourvu de sagesse, de réflexion, d'esprit de suite. Ses biens étaient grands : la terre du Pontcallec, sans parler des autres, érigée en marquisat depuis 1657, s'étendait sur une douzaine de paroisses ; le château s'élevait en celle de Berné, six lieues au nord d'Hennebont, protégé à l'est par un grand étang d'une lieue de longueur, et au sud par une forêt, qui prend à la porte du château et descend ensuite vers le midi pendant plus de deux lieues, le long de la rivière de Scorff.

 

Membres connus de l'Association Patriotique Bretonne : -diocèse de Vannes, marquis de Pontcallec, le comte de Rohan-Pouldu, MM. de Talhouët de Boisorhant, Le Gouvello de Kerantré, Coué de Salarun, Le Moyne de Talhouët, de Montlouis, de Lantivy du Crosco, de Lantillac, de Kervasy, du Bouetiez, de Keraly, etc. -diocèse de Nantes, MM. de Talhouët de Bonamour, de Trevelec du Bourgneuf, de Rosconan, La Boissière de Kerpedron, d'Andigné, de Soursac, de Kerpoisson,de la Morandais, de Derval, Tournemine sieur de Camzillon, de Sécillon, de Chomart, Guilloré, Kerpondarmes, etc. -évêché de Saint-Malo : MM. de Lambilly, Hervieux de Mellac, de la Houssaye, Labbé de Villegley, de Saint-Gilles, de Saint-Pern, du Lattay, Marnière, Péan de Pontfilly, Grout du Moustier, Huchet de la Bédoyère, de la Landelle, de Pontual, Grignart de Champsavoy, de Lorgeril, etc. Nous devons aussi mentionner MM. du Groësquer, du Bouexic Becdelièvre, Boisbaudry de Trans, de la Roirie, de Saint-Brice, dans l'évêché de Rennes; -MM. de la Berraye, Le Mintier des Granges, de Lescouët, de Boisgelin, de la Rivière Corlai et de la Rivière Saint-Germain, Visdeloup de Saint-Quéreuc -évêché de Saint-Brieuc ; -de Kerdaniel, de Kerberec, de Goasfroment (Le Gonidec), en Tréguer -de Kersulguen, de Keranguen, Le Bihan de Pennelé, Keroignant de Trezel, en Léon ; -en Cornouaille, le marquis de la Roche-Kernezne, les frères de Leslay, Le Doulec de Kerourgan, et ce brave du Couédic, qui devait, avec Talhouët Le Moyne, Montlouis et le marquis de Pontcallec, porter à la fin sa tête sur l'échafaud du Bouffai et payer pour tous les autres. -Même parmi le petit nombre de noms venus à nous, je ne donne ici, je le répète, que les principaux, presque tous noms de gentilshommes; mais on trouvera en outre, dans la liste générale, des prêtres et des religieux, des bourgeois, des paysans, des marins : car, en Bretagne, le patriotisme et le dévouement n'ont jamais été le privilége exclusif d'une classe -ni même d'un sexe...

 

Auteurs MM. Arthur de la Borderie & de Carné

 

 

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