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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 06:52

Ce sont là des bizarreries qui font sourire les agents de l'administration, particulièrement les subdélégués de l'intendant, mais qui ne changent rien au régime général des prisons. Ce régime est aussi simple que possible. L'administration des prisons au XVIIIe siècle n'offre aucun rouage compliqué. Elle est restée ce qu'elle était au moyen-âge. Une prison n'a qu'un personnage à sa tête : le geôlier. Dans les prisons importantes il prend des guichetiers à son service, mais son caractère ni ses fonctions ne subissent aucun changement. Le geôlier n'est pas un administrateur, mais un entrepreneur qui, sous certaines conditions, se charge de garder et de nourrir les prisonniers à ses risques et périls, sans autres gages que les bénéfices qu'il peut réaliser sur son entreprise. Primitivement même, les geôliers étaient des fermiers, dont chacun se faisait adjuger aux enchères la garde d'une prison royale ou seigneuriale. Alors, écrit en 1769 le contrôleur général Mainon d Invau, « la garde des prisons, bien loin d'être onéreuse au roi, produisoit mi revenu fixe qui faisoit partie de la ferme du Domaine. » Pendant longtemps les seigneurs de Crévy avaient tiré de bons revenus de la ferme «les prisons de Ploërmel. L'usage d'affermer la garde des prisons royales fut abandonnée en 1721. Il resta en vigueur pour plusieurs prisons seigneuriales. La prison de Vitré est encore affermée à la fin du règne de Louis XV; le bail dépend de la ferme générale de la baronnie de Vitré. Au reste, le produit de ces sortes de fermes diminue d'année en année. Pour les seigneurs, aussi bien qui; pour le roi, l'entretien des prisons devient une lourde charge au lieu d'être un avantage. Dans chaque prison, la seule autorité constituée est le geôlier, qui agit en maître sous la surveillance des magistrats. A Rennes, trois autres personnages paraissent à côté de lui : ce sont le chapelain, l'apothicaire et le chirurgien. Un arrêt du Conseil du 3 août 1684 attribue au chapelain un logement dans la prison et une amende de 75 liv. à titre de gages. Le chirurgien et l'apothicaire reçoivent chacun deux amendes de 75 liv. Mais ces trois personnages n'ont aucune autorité administrative et ne peuvent empiéter sur les attributions du geôlier. De ces attributions, la plus importante est la garde des prisonniers, dont le geôlier est responsable au point qu'en cas d'évasion causée par sa négligence; il peut être emprisonné lui-même et mis aux fers . Quand une prison manque de geôlier, ce qui arrive quelquefois, ce sont les huissiers qui le remplacent el veillent sur les prisonniers. Dans ces circonstances graves, ou le geôlier el ses guichetiers craignent soit une révolte, soit une évasion en masse, ils appellent à leur secours tantôt la maréchaussée, tantôt les troupes de la garnison ou la milice bourgeoise, qui n'interviennent jamais gratuitement Il faut toujours leur accorder des indemnités ou des gratifications pour prix de leurs services

 

 

Ancienne prison de Rennes

 

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 06:29

 

 

Ancienne prison de Guingamp

 

La prison de Port-Louis offre si peu de sécurité, qu'en 1770 le gouverneur de la place est d'enchaîner tous les prisonniers. En 1773, huit malfaiteurs s'échappent à la fois de la prison du regain; ou fief épiscopal de Tréguier, dont les murs sont trop mauvais pour résister à un effondrement. Les prisons de Quimerc'h et du Faouët sont si mal construites qu'on n'ose y enfermer les criminels ; on les envoie à Quimperlé. La prison du regaire de Saint-Malo est beaucoup trop petite, bien qu'elle serve en même temps pour le fief du chapitre, l'amirauté, la police, le tribunal de commerce, les traites et plusieurs juridictions seigneuriales. « A l'exception de la chapelle, des grilles et des fenêtres des trois chambres des hommes, tout y est en mauvais état, principalement le cachot qui donne dans la cour de l'évêché et dont le mur n'a que dix-huit pouces d'épaisseur. » De ce cachot s'évadent neuf prisonniers à la fois en 1771. En 1786, on est forcé de reconstruire entièrement cette prison, la seule de la ville. Il n'y a dans toute la province qu'une prison seigneuriale solide et bien aménagée. C'est celle de Vitré, grâce aux soins du duc de la Trémoille. Les prisons royales sont surveillées à Rennes par une commission de conseillers du Parlement, dans les autres villes par les juges royaux. Elles font partie du Domaine de la Couronne. Sur plusieurs points de la province, le Domaine est engagé depuis la fin du XVIIe siècle à différents seigneurs qui en perçoivent les revenus. Le Domaine de Rhuis est engagé à la princesse de Conti, dont les droits passent au duc de la Vallière, son héritier; celui de Morlaix au marquis de Goësbriand, qui transmet ses droits à son gendre, M. de Saint-Tropez, celui de Antrain, Auray, Bazouges, Carbaix, Dinan, Fougères, Hennebont, Jugon, Lannion, Lesneven, Ploërmel, Quimper et Quimperlé au duc de Penthièvre, héritier du comte de Toulouse. En 1763, un arrêt du Conseil enleva aux engagistes les charges et les profits qui résultaient de l'entretien des prisons.Toutes les prisons royales furent ainsi ramenées sous l'autorité directe de la Couronne. Plusieurs d'entre elles cependant conservèrent des traces de l'ancienne organisation féodale. Ainsi, la prison de Châteaulin a pour geôlier héréditaire de M. de Penfenténio, seigneur de Mesgrel, sergent voyer de la sénéchaussée. A son titre de sergent voyer est attachée la terre de Bosarnou, qui lui donne 2,000 livres de revenu. M. de Penfenténio est chargé de l'entretien et de la garde de la prison. Il n'exerce pas lui-même les fonctions de geôlier, il les délègue à un commis. La prison de Ploërmel a pour geôlier féodal le comte de Brilhac, en qualité de seigneur de Crévy. A Quimperlé, M. de Tinténiac, comme sergent féodé seigneur de Quimerc'h, a les mêmes attributions. C'est lui qui désigne le geôlier. En cas d'exécution capitale, d'autres seigneurs sont tenus de fournir la potence et de payer le bourreau.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 09:49

 

 

De saint Guénolé jusqu'à ton oreille

Est-il arrivé l'oracle divin ?

A-t-elle entendu la voix qui conseille

A Gralon de fuir l'amour et le vin ?

 

« -Ne vous livrez point, dit-elle, aux folies ;

Ne vous livrez point, dit-elle, à l'amour :

Après les plaisirs, les folles orgies,

Les deuils, les douleurs viennent à leur tour.

 

» Du poisson, dans l'eau qui vit et se croise,

Qui mange la chair, lui-même est mangé;

Et, celui qui boit le vin, la cervoise,

Plus tard boira l'eau comme un enragé. »

 

« -Moi, je vais dormir, mes joyeux convives,

Dit le roi Gralon, en se soulevant !

Restez et buvez ! De ballades vives

Chantez les refrains, chantez-les souvent.

 

» Demain vous irez dormir à l'aurore,

Quand le jour viendra, dit le roi Gralon ;

Céans demeurez jusqu'au jour encore,

Et faites ce qui vous semblera bon. »

 

Quoique temps après, tout bas à l'oreille

De l'enfant du roi, l'amoureux glissait :

« Ma douce Dahut, pendant qu'il sommeille,

Va prendre la clef, comble mon souhait. »

 

Si bas, qu'on pouvait à peine l'entendre,

Elle répondit : « Selon ton désir,

Je vais l'enlever, tacher de la prendre,

Et le puits alors tu pourras ouvrir... »

 

Or, quiconque eut vu le roi sur sa couche,

Eût été rempli d'admiration ;

A de doux pensers souriait sa bouche,

Sans doute, il avait quelque vision.

 

Ses longs cheveux blancs, royale auréole,

Autour de son front rayonnaient encor ;

Ses lèvres semblaient dire une parole ;

A son cou pendait une chaîne d'or.

 

Quiconque se fût, aux aguets encore,

Trouvé dans ces lieux, eût vu, doucement,

Et, pour que son pas devint moins sonore,

Dahut, les pieds nus, marcher prudemment.

 

Elle s'approcha du vieux roi, son père ;

Elle se baissa, se mit à genoux ;

Puis, elle enleva, d'une main légère,

La chaîne, et revint à son rendez-vous.

 

Mais on entendit bientôt dans la plaine :

Gralon, loin d'ici fuis, fuis ! seigneur roi !...

A cheval!... la mer a rompu sa chaîne,

La ville est sous l'eau... Gralon, lève-toi !...

 

« — Maudite, sois-tu ! vivante ou bien morte,

Ingrate Dahut, toi qui me trahis,

Qui pendant la nuit, lis ouvrir la porte,

La porte du puits de ma ville d'Ys»

 

As-tu vu passer, ce soir dans la brume,

As-tu vu passer, dis-moi, forestier,

Haletant, fumant, tout couvert d'écume,

Du vieux roi Gralon le noir destrier ? »

 

« -Non ; je n'ai pas vu passer comme une ombre

Le noir destrier du vieux roi Gralon,

Mais j'ai reconnu, pendant la nuit sombre,

Le galop fougueux de son étalon. »

 

« -Pêcheur, as-tu vu, sur les bords de l'onde,

Au coup de midi, la fille des mers

Peigner ses cheveux, l'enfant rose et blonde,

Et baigner ses pieds dans les flots amers ? »

 

« -J'ai vu qu'elle errait le soir sur la rive;

J'ai même entendu ses chants sur les flots ;

Comme l'Océan, sa voix est plaintive,

La nuit, on dirait des pleurs, des sanglots. »

 

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 06:04

Dans la prison de Brest règne une infection qui met à une cruelle épreuve la charité; la plus courageuse. A Auray, l'air qu'on respire est d'une infection insupportable et très dangereuse, les criminels s'évadent, ou bien ils seroient exposés à périr dans ce lieu de corruption. A Ploërmel, écrit eu I782 le sénéchal Tuault, « la puanteur, la maladie et la mort sont enracinées dans le réduit trop étroit de la prison. Tout accusé ou débiteur qui y entre est à peu près sur d'être sous quinze jours attaqué de la fièvre maligne, qui en a fait périr plusieurs, entre autres toute la famille du concierge, père de celui-ci. Elle y règne depuis cinq ou six ans. Ses germes sont collés aux murs, aux planchers. C'est un lieu où l'on ne respire que des miasmes malins et pestilentiels. Le chirurgien, le curé, les gardes-malades, tout ce qui approchoit des prisonniers dans le fort de la crise a eu la fièvre maligne, hors le greffier et moi, sur lesquels, sans avoir agi vivement, elle tait peut être l'effet d'un poison lent. » Cependant, quand il se rendait à la chambre criminelle pour interroger les accusés, il portait avec lui du vinaigre des quatre voleurs, afin de conjurer le mauvais air. Il évite de condamner personne à la prison pour dédit de police, parce que ce serait condamner les coupables à la maladie. La plupart des prisons sont à chaque instant décimées par d'effroyables épidémies. En 1768, une maladie contagieuse se déclare dans la prison de Rennes, en quelques jours elle enlève trente prisonniers; beaucoup d autres sont réduits à la dernière extrémité. En I786 survient une autre épidémie tout aussi meurtrière. En 1787 s élève dans la prison de Lorient une épidémie encore plus grave. Cette prison, quoique construite au XVIIe siècle, forme un bâtiment long, étroit, mal aéré. On y a entassé îles prisonniers pour dettes, des filles de joie, des criminels, des contrebandiers, même des nègres échappés, qu'un navire doit reconduire aux Antilles. Le plus fort contingent est celui des contrebandiers, arrêtés pour avoir vendu du tabac en fraude. Ils étaient emprisonnés sur la réquisition des fermiers généraux, qui les laissaient sans secours, sans linge, sans vêlements de rechange. L'épidémie enleva rapidement le tiers des détenus, atteignit le reste et se répandit dans les maisons voisines. Sur les instances de l'intendant Bertrand de Molleville, on assainit la prison, on transporta les malades à l'hôpital; on leur improvisa une infirmerie, on élargit les contrebandiers qui n'avaient pas encore été- traduits devant les tribunaux. On arrêta ainsi les progrès du fléau. En général les prisons sont si vieilles, si délabrées, qu'elles n'offrent aucune solidité. Sans cesse, les prisonniers percent les murs et prennent la fuite. A Rennes, les murs, du haut en bas, ne valent rien, la chaux et le sable n'ayant plus de liaison par l'humidité qui y règne, ce qui occasionne de fréquents effondrements de la part des prisonniers, qui n'ont besoin pour cela que de leur couteau et d'un morceau de bois qu'ils cassent de leur lit. A Lesneven, la prison n'est bâtie qu'en simple mortier; les murs sont faibles, vieux et pourris en partie. Les prisonniers trouvent toujours moyen de les percer en quelque endroit. La prison de Morlaix est tellement délabrée en 1785, qu'il n'est plus possible de la réparer. A Hédé, la prison s'écroule de fond en comble en comble en 1755. A Saint-Brieuc, il faut chaque jour réparer les murs, qui chaque jour se lézardent. Un simple morceau de bois est le seul instrument nécessaire pour faire en peu de temps, dans la partie la plus solide des murs, des dégâts considérables. A Quimperlé, la porte d'entrée de la prison est si pourrie par le bas, que les clous ne pourroient soutenir les planches qu'on y mettroit. A Morlaix, la chapelle est dans un état si lamentable, qu'il devient impossible d'y célébrer la messe . Une des tours de la prison menace ruine et ne vaut plus la peine d'être réparée. A Carhaix, en 1764, la prison est tellement délabrée, que le sénéchal est obligé de la faire réparer d'urgence et à ses frais. A Autrain, en 1769, une partie des murs s écroule brusquement sur une maison voisin, le reste se lézarde et prend une inclinaison menaçante. En 1777, I'intendant écrit à M. de Beaumont, directeur général des Domaines : «Par le compte que je me suis fait rendre de l'état des prisons royales dans cette province, je vois que presque toutes sont dans le plus grand délabrement. Aussi M. le garde des sceaux verra par l'état des crimes que je suis sur le point de lui envoyer, que presque tous les prisonniers s'évadent, parce que les prisons, établies pour la plupart dans de vieux bâtiments, sont en trop mauvais état pour les contenir. Il y en a plusieurs qui ne sont pas même susceptibles de réparation et qu'il faudroit reconstruire. » Les prisons seigneuriales ne valent pas mieux que les prisons royales. Celle de Lorient, où survint I'épidémie dont nous avons parlé, est une prison seigneuriale appartenant au prince de Guémené.

 

 

Porte de l'ancienne prison de Lamballe

(éditions Le Flohic)

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 06:02

 

 

Les prisons sont très-nombreuses en Bretagne au XVIIIe siècle, moins nombreuses cependant que les tribunaux. La justice royale seule, indépendamment des tribunaux civils et criminels, comme le Parlement, les quatre Présidiaux de Rennes, Vannes, Nantes et Quimper, et vingt-six sénéchaussées, présente huit groupes de juridictions spéciales, civiles ou militaires, comme les tribunaux de commerce, les tribunaux de police, les monnaies, Ies eaux-et-forêts, les traites, l'amirauté, la maréchaussée, les conseils de guerre. Le nombre des tribunaux qui relèvent du roi n'est rien à côté de celui des juridictions seigneuriales, investies, suivant leur importance, du droit de haute, moyenne ou basse justice. Il y en a tant, sur tous les points de la province, que l'administration s'y perd et se déclare incapable de les compter. Elles sont tellement rapprochées les unes des autres, que leurs juges manquent de clientèle. Beaucoup en sont réduits à ne tenir leurs assises que tous les deux ans. Plus de neuf cents seigneuries sont investies du droit de haute justice; celles qui n'exercent que la moyenne ou la basse justice sont en bien plus grand nombre. La Bretagne aurait dû comprendre au moins vingt-neuf prisons royales. En réalité, elle n'en comprend que vingt-sept. La sénéchaussée du Gavre est si peu importante, qu'elle n'a pas besoin de prison. Celle de Jugon est plus considérable, mais sa prison, détruite par un incendie à la fin du XVIIe siècle, n'a pas été rebâtie. Dans les rares occasions où les juges condamnent un malfaiteur, ils l'envoient à Lamballe. La justice royale aurait besoin d'une prison à Vitré, où siège un tribunal des traites : elle se contente d'emprunter celle du duc de la Trémoille, baron de Vitré. Quelques prisons royales sont souvent vides de pensionnaires, comme celle de Belle-Isle-en-Mer. Il est si rare qu'elle ait des prisonniers, qu'elle n'a pas même de geôlier. En 1746, elle servit pendant dix mois à loger un prisonnier : il fallut employer un huissier pour le garder. Les prisons de Gourin, Châteauneuf-du-Faou, Bazouges-la-Pérouse, Saint-Auhin-du-Cormier, Carhaix, ne sont guère occupées qu'en temps de guerre ou lors du passage des troupes. Elles se remplissent alors de soldats mutins ou de déserteurs. Les prisons royales servent en même temps à toutes les juridictions royales dans le ressort desquelles elles sont placées. Ainsi, la prison de Bazouges-la-Pérouse est commune à la sénéchaussée de Bazouges et à la maîtrise des eaux-et-forêt de Villecartier. Celle de Fougères est commune au Parlement, au Présidial de Rennes, à la sénéchaussée de Fougères, au tribunal des traites et au tribunal de commerce. Enfin, toutes les prisons, dans les villes qui n'ont pas de garde, reçoivent les soldats punis par leurs officiers remplacent ce que nous appelons maintenant la salle de police. En vertu de l'ordonnance criminelle de 1670, tout seigneur haut justicier doit avoir sur le territoire de sa seigneurie une prison solide et bien entretenue, dans laquelle il est forcé de recevoir les malfaiteurs et vagabonds, en quelque lieu qu'ils aient été capturés. Mais celte ordonnance est restée lettre morte. Les seigneurs ont soin de conserver et d'entretenir les fourches patibulaires, qui sont la marque extérieure de leur autorité judiciaire. Quant aux prisons, les seuls qui en élèvent sont les grands personnages, comme les évêques, les seigneurs de Léon, Guémené, Penthièvre, Vitré, Ancenis, Châteaubriant. La plupart des autres seigneurs n'ont que des prisons dérisoires, comme celles de Quimerc'h et du Faouët, ou même n'en ont pas du tout. De vingt-cinq seigneuries qui relèvent de la juridiction de Léon, à Lesneven, il n'en est que deux qui aient des prisons. Plus de deux cents seigneurs hauts justiciers en sont réduits à emprunter les prisons du roi. Quarante-trois seigneurs laïques ou ecclésiastiques empruntent celles de Rennes, trente-et-un celle de Hédé, vingt-trois celle de Lesneven, vingt-et-un celle de Lannion, quinze celle de Carhaix, quatorze celle de Morlaix. En 1772 parut une ordonnance qui autorisait les juges seigneuriaux à renvoyer tous les criminels devant les juges royaux. Les juges seigneuriaux se hâtèrent de se débarrasser des procès criminels, qui ne leur rapportaient rien. Les prisons seigneuriales devinrent alors inutiles pour le service de la justice criminelle et ne reçurent plus que des prisonniers pour dettes ou des individus condamnés pour délits de police, Chaque prison devrait comprendre au moins deux chambres civiles destinées aux prisonniers pour dettes, deux chambres pour les prisonniers des deux sexes arrêtés par sentence des juges de police, deux chambres criminelles pour les accusés des deux sexes, deux cachots pour les condamnés, une chambre pour loger le geôlier, une chapelle, une infirmerie, une cour pour faire prendre l'air aux prisonniers. Il faudrait, en outre, une chambre pour l'interrogatoire des criminels, un hangar pour le bois et la paille. Même dans le cas où les prisons seraient aménagées conformément aux conditions que nous venons d'indiquer d'après la correspondance des intendants, elles offriraient encore bien des inconvénients. Les criminels, réunis dans la même chambre, peuvent en effet se concerter, soit pour dérouter les juges lors des interrogatoires, soit pour préparer leur évasion. Enfin, les malfaiteurs ainsi réunis ne peuvent que se corrompre mutuellement et s'endurcir au mal. Cependant, quoique ces conditions soient indispensables, il est peu de prisons où elles soient remplies. Toutes les prisons de Bretagne ont un défaut commun. c'est de n offrir qu'un nombre insuffisant d'appartements. Celle de Concarneau ne comprend que deux chambres, dont une forme le logement du geôlier. Dans l'autre sont entassés pêle-mêle les prisonniers de tout sexe et de toute origine. A Antrain, la prison ne consiste que dans deux chambres et un cachot noir. Le concierge ne peut y faire sa demeure, et conséquemment il est obligé à des soins et des démarches onéreuses pour veiller à la garde des prisonniers et pour leur service. A Auray, la prison comprend un cachot qui devient inutile l'hiver par la quantité d'eau qui y séjourne, une chambre criminelle et le grenier qui est au-dessus, qui sert de chambre civile. Il n'y a pas de logement pour les femmes, ce qui arrête le cours de la justice En 1768, l'insuffisance des appartements y retient un homme dont les délits ne peuvent être suivis, parce que sa femme, aussi méchante que lui, décrétée de prise de corps, ne peut être arrêtée, n'ayant pas où la loger. Quand on à plusieurs complices d'un même crime, il est impossible de les interroger séparément. La police est totalement interrompue, écrit le sénéchal. Les coureurs de nuit et perturbateurs du repos public agissent sans crainte, sachant qu'on ne peut sévir contre eux, parce que la prison est trop petite pour les recevoir. A Quimper, où siège cependant un des quatre Présidiaux de la province, les prisons consistent en quatre appartements et un petit caveau. Le rez-de-chaussée est occupé par le geôlier, la chambre au premier étage sert de chambre criminelle. Dans un des recoins on a dressé une cloison qui sert de séparation, mais peu sûre, pour enfermer les femmes. Au second étage est une chambre pour les prisonniers civils, et au troisième, enfin, est une chapelle. Sous l'escalier est le caveau qui sert de cachot. Ces prisons sont beaucoup trop petites et l'insuffisance des logements occasionne les communications qu'on doit toujours éviter. Deux malfaiteurs accusés du même crime ne peuvent être séparés, et l'on sent parfaitement les dangereuses conséquences qui naissent de cette impossibilité de séparation. Les hommes et les femmes ne peuvent pas non plus être bien séparés dans les prisons de Quimper : on a vu plus d'une fois les effets de ce défaut de séparation. La chambre qu'on appelle civile est aussi incommode. Elle sert en même temps à renfermer les prisonniers pour dettes, les prisonniers de passage, ceux des régiments et ceux des milices gardes-côtes. Dans toutes les prisons, quand le geôlier a des chambres libres à sa disposition, il est autorisé à les louer aux prisonniers pour dettes qui les demandent. A Quimper, la seule chambre qu'il ait à offrir est la chapelle. Il y dresse des lits pour les prisonniers de distinction, à raison de 12 liv. par an. Ces prisons si étroites n'appartiennent pas même au roi. Elles sont la propriété d'un particulier, qui les loue moyennant : 300 liv. par an. La sénéchaussée de Ploërmel est une des plus étendues de la province. Son ressort embrasse cent quatre-vingt-dix-neuf paroisses. La prison de Ploërmel n'en est pas moins beaucoup trop petite pour un si vaste ressort. Elle n'a pas assez de chambres pour permettre de séparer les hommes et les femmes, ce qui amène des désordres monstrueux. Il y a toujours ici neuf ou dix accusés de crimes, écrit en 1782 le sénéchal Tuault, subdélégué de l'intendant. Il passe habituellement des déserteurs, des mendiants, des filles. Tout cela est confondu. Il se passe des désordres qu'on prévoit et qu'on ne peut empêcher, même eu plein jour et devant témoins. «  J'y suis descendu une fois en robe, mais un peu hop tard pour m'opposer à l'union illicite; de douze déserteurs et douze coquines, qui venoit d'avoir lieu sous les yeux et malgré les cris et les remontrances de la geôlière et de quelques personnes charitables qui s'étoient rendues aux prisons pour soulager les malheureux. » A Lesneven, la prison est presque toujours insuffisante pour une sénéchaussée qui embrasse la plus grandi; partie du pays de Léon. Quand elle est encombrée, ce qui arrive souvent, le geôlier entasse dans la chapelle les criminels des deux sexes. « En général, il étend un rideau devant l'autel ; mais il n'a pas toujours cette précaution. Nous avons remarqué, dit dans un rapport le grand vicaire de l'évêque de Léon, que ladite chapelle est exposée à être journellement profanée par les jurements, les blasphèmes et conversations indécentes des prisonniers ; que l'autel servoit indifféremment aux prisonniers pour divers usages profanes, et que la pierre sacrée qui y est apposée pouvoit être rompue par les personnes qui montent et s'asseoient sur ledit autel. » Il menace d'interdire la chapelle si l'on ne remédie à ce désordre. On en est réduit à substituer au rideau du geôlier une cloison qui s'ouvre; au moment des offices. La prison de Rennes devrait avoir des dimensions respectables. C'est la plus importante de la province, celle qui comprend le plus de prisonniers de toute espèce, à cause du voisinage du Parlement. Elle constitue une véritable maison centrale, où sont amenés tous les accusés qui, des sentences prononcées contre eux par les tribunaux de première instance, en appellent au Parlement. Elle est sur bien des points mieux outillée que les autres prisons. Elle a une vaste chapelle, une infirmerie bien tenue, un chapelain en titre qui loge dans l'établissement, un médecin, un chirurgien. Elle n'en est pas moins beaucoup trop petite et mal distribuée. Les hommes, quoique séparés des femmes, peuvent leur parler d'une cour à l'autre. La galerie du premier étage, où sont les criminels, domine sur la cour des femmes. Cette cour même est trop étroite pour sa longueur, l'air ne s'y renouvelle pas. Les prisons qui possèdent une chapelle sont une exception. On en trouve qui n'ont même pas de cour pour faire prendre l'air aux prisonniers. Les infirmeries sont encore plus rares que les chapelles. Il faut, pour les fonder et les entretenir, le zèle et les aumônes des personnes charitables. L'administration n'y contribue en rien et ne s'en mêle jamais. En 1740, à Rennes, un incendie dévore une partie de la prison, brûle le linge et le mobilier de l'infirmerie. Les sieurs et le chirurgien réclament les secours de l'Etat pour réparer le désastre. Le contrôleur général leur refuse absolument toute indemnité. « Il ne paroit pas, leur dit-il, que les meubles de l'infirmerie des prisons aient jamais été' entretenus aux dépens du Domaine, et cela ne se pratique même dans aucune prison royale. Il n'y a d'infirmerie que dans les prisons considérables, comme celles de Rennes, Nantes, Vannes, ou dans les prisons reconstruites aux approches de la Révolution, comme celles de Lesneven et Saint-Brieuc. A Lesneven même, en construisant une infirmerie, on oublie de la meubler : on la laisse sans lits. En général, les prisons sont mal placées, mal bâties, humides et malsaines. Ce sont presque toujours de vieilles constructions féodales transformées en prisons parée qu'on ne savait à quoi les employer. A Nantes, la prison est le palais qu'habitaient les ducs de Bretagne avant d'avoir fait bâtir le château. Il en est de même, à Rennes, de la prison de la porte Saint-Michel. Celte prison se trouve dominée d'un côté par les remparts, de l'autre par des maisons particulières qui l'entourent et y laissent à peine pénétrer les rayons du soleil'. A Dinan, la prison est formée de deux tours qui s'élèvent dans les remparts. Il en est de même à Fougères. A Brest, ce sont deux tours à l'entrée de la porte du Château. L'une de ces tours sert de prison militaire, l'autre est réservée aux prisonniers civils et aux criminels. Les appartements pratiqués dans ces tours sont obscurs, étroits, incommodes, à peine aérés. Il n'existe pas de cachots plus horribles et plus meurtriers que ceux de Brest, écrit en 1786 l'évêque de Léon. A Quimper, «  la prison est située dans un endroit où le soleil ne paroit jamais et où il règne tant d'humidité, que la paille qu'on donne aux prisonniers y pourrit en très peu de temps, de sorte qu'ils sont presque toujours couchés sur le fumier. » De pareils établissements sont des foyers de putréfaction. 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 15:45

 

 

François II de Bretagne

 

Une couronne mise en gage.

 

Cette couronne, c'était, hélas ! celle de Bretagne. Notre dernier souverain breton, François II, ce prince en qui l'amour des voluptés énerva si tristement de grandes qualités et de généreux instincts, ce pauvre duc, accablé sur la fin de son règne par des désastres dont sa faiblesse avait préparé la venue, se vit réduit dans la dernière année de sa vie (1488) à mettre en gage jusqu'à sa couronne ducale, pour pouvoir payer les troupes qui défendaient cette couronne contre l'ambition du roi de France. En conséquence, le trésorier de l'épargne, qui avait la garde des joyaux du Duc, livra le cercle ducal, avec quelques autres bijoux, au trésorier-général de Bretagne, par les mains de qui devait être fait l'engagement ; un commis du trésorier-général donna en retour, au trésorier de l'épargne, un reçu où se trouve décrite la couronne de Bretagne. Cette pièce nous a été conservée dans le premier livre des Mandements de la Chambre des Comptes, fol. 327, et elle est ainsi conçue :

 

« Allain Martin, commis de Pierre Becdelievre tresorier et receveur generai de-Bretaigne, confesse avoir eu et receu de Gilles Thomas tresorier de l'espargne du Duc mon souverain seigneur les bagues garnyes de pierrerie cy apres « Savoir, une couronne d'or en laquelle y a 8. grandes assietes et 8. fleurons dont les ungs plus grans que les autres, garnyes lesdites assietes de 4. grandes esmeraudes, 4 grans balaiz, 88. perles grosses, et à l'entour entre lesdites assietes y a 8. balaiz. Lesdiz florons garniz de 20. grosbalaiz, 20. grosses esmeraudes, et oultre sont lesdiz Borons garnyz de 8. dyamans pointuz neuffz ; lesdiz florons en oultre garniz de 76. perles de compte ; pesante ladite couronne 8. marcs 3 gros et demy, or et pierrerie. Item ung cueur d'or auquel y a ung gros dyament en faezon de cueur plat dessus et dessoubz à plusseurs faces, estant ledit cueur assiis en ung clou d'or à plusseurs croissans ; ledit cueur assiis en une fleur esmaillée de blanc en façon d'armaerie ; pesant ledit dyament et pierrerie 7. gros 1. denier d'or. Item une seye d'or, garnye de 3. gros dyamans en leurs assietes, dont l'un à fest rabatu et les deux autres en escuezon ; et ou mylieu d'iceulx dyamans ung grosruhy en son assiette, et au long de ladite seye 7. petites tablettes de dyamans, et au dessoubz, 4. grosses perles de compte pendans. Item une grosse perle toute ronde à ung petit pertuys, achattée de feu Jehan de Beaune ou mois de juillet l'an mil IIIIc LXXV, pesante (3) caraz. Quelles bagues ainsi garnies ledit tresorier de l'espargne m'a baillées et livrées, de l'expres commandement et ordonnance de mondit seigneur et en vertu de son mandement signé et scellé, daté du XVme jour de janvier derrenier, et dont je le quicte. Et lesdiles bagues ay engagées pour la somme de 14000 livres monnoye , pour icelle somme employer à soulde de ses gens d'armes, savoir, la couronne pour la somme de 5250 livres à Jehan Baud, selon la relacion rendue audit tresorier de l'espargne, et lesdiz cueur de dyament, seye, et la perle pour la somme de 8750 livres, es mains de Jehan Boudet conseiller et conterolleur des finances de Monseigneur le duc d'Orléans selon sa relacion semblablement rendue audit tresorier de l'espargne. Et ce (je) certiffie estre vroy, lesmoign mon signe manuel cy mis. A Nantes le XVIIIme jour de febvrier, l'an mil IIIIc IIIIx et sept. Ainsi signé : A. Martin. »

 

J'ajouterai quelques observations. Dans cette pièce, le mot bagues est employé au sens général que nous donnons aujourd'hui à celui de bijoux ou de joyaux. Assiette doit s'entendre en général de toute partie d'un joyau disposée pour recevoir ou asseoir des pierres précieuses. La couronne dont il s'agit n'était point fermée ; c'était seulement un cercle garni de finirons, au nombre de huit. Chaque portion de la bande du cercle comprise entre deux fleurons est appelée ici assiette, parce qu'elle était effectivement disposée pour asseoir des perles et des pierres d'une grande dimension. Il y avait donc huit assiettes comme huit fleurons. Quant aux deux autres joyaux décrits après la couronne (le coeur et la scie), leur nom en indique suffisamment la forme générale ; mais préciser la place de chacune des pièces dont ils se composaient est peut-être plus difficile et je ne l'essaie pas. La somme d'argent prêtée au duc sur le gage de la couronne et des joyaux ci-dessus est indiquée ici (on l'apprend d'un autre acte) non en livres tournois, qui étaient la monnaie de compte la plus habituelle , mais en livres parisis, plus fortes d'un cinquième; si bien que 20 sous parisis valaient 24 sous tournois, et 5 livres parisis 6 livres tournois. En monnaie tournois, la somme de l'emprunt est donc de 16,800 livres, dont 6,300 livres sur la couronne et 10,500 sur les autres joyaux. En tenant compte de la double différence de la valeur intrinsèque et du pouvoir de l'argent, la livre de cette époque vaut 30 à 40 francs de nos jours. M. Leber, dans son Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, ne l'estime qu'à 30 juste; mais cette estimation semble un peu faible. En 1527 la couronne de Bretagne était encore entre les mains des héritiers de Jean Baud, à qui l'on n'avait payé que 2,400 livres tournois sur les 6,300. François Ier, cette année-là, la fit dégager et donna aux créanciers une obligation en règle pour ce qui restait dû. Peut-être songeait-il déjà à faire couronner son fils aîné comme duc de Bretagne, cérémonie qui n'eut lieu cependant que cinq ans après.

 

 

Arthur de La Borderie

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 13:43

 

 

 

Saint-Gildas-de-Rhuys 

Bras reliquaire XIIIe et XIVe siècles

 

 

Locarn 

Buste reliquaire, fin XIVe - début XVe siècle 

 

 

La Roche-Maurice 

Chapelle reliquaire, fin XVe siècle

 

 

 

 

Kergloff

Reliquaire, première moitié XVIe siècle

 

 

Nantes

Cœur reliquaire Anne de Bretagne, première moitié  XVe siècle

 

 

Clohars-Carnoët

châsse-reliquaire de saint Maurice XVIIIe siècle

 

 

Saint-Caradeuc

Châsse-reliquaire 19e 

 

 

Dol de Bretagne

Châsse-reliquaire 3e quart 19e 

 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 07:25

 

 

 

Aux pieds du château même, la rivière de Pertfeld qui forme le port, partage là ville en deux parties ; l'une, sur la rive gauche, comprend la Ville de Brest et le château ; l'autre sur la rive droite se nomme Recouvrance, C'est l'ancien bourg Sainte-Catherine. Cette partie de la ville a reçu le nom de Recouvrance, en mémoire de la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance, fondée en 1346, par Jean de Montfort pour le retour ou la recouvrance, comme on disait autrefois pour recouvrement, des navires expédiés de Brest. Il n'y a pas beaucoup plus de deux cents ans, 360 maisons ou baraques contenaient sur ces deux rives 1.950 habitants presque tous marins ou pêcheurs, quelques artisans de première nécessité, quelques boutiques de petits marchands, quelques spéculateurs (notables eu ce temps-là). La ville ne passait pas l'alignement,de la rue des Carmes et se terminait à la rue Neuve-des-Sept-Saints, La porte de la ville était placée à l'extrémité du mur de clôture de l'hôpital vis-à-vis du Château. Sainte-Catherine (Recouvrance) ainsi que Brest entouré d'un retranchement en terre, s'étendait depuis le premier bâtiment des vivres jusques et y compris la petite place de la fontaine du quai. Une église appelée les Sept-Saints, succursale de celle du Château suffisait au nombre des habitants, ainsi que celle de Saint-Pierre à Recouvrance, paroisse alors assez étendue dans la campagne. La dédicace de l'église des Sept-Saints avait été faite par imitation de ce qui avait précédemment eu lieu clans la cathédrale de Quimper, où l'on avait érigé un autel aux sept premiers évêques connus de la Bretagne, Saint-Pol, St-Corentin, St-Tugdual, St-Paterne, St-Samson, St-Brieuc et St-Malo, Cette opinion s'accorde avec ce que le P. Maunoir dit dans la vie qu'il publia à Quimper en 1685, de Saint-Corentin, premier évêque de Cornouailles, qu'il appelle prince des Sept-Saints de Bretagne. Une légende que j'ai recueillie donnerait à la dédicace de l'église des Sept-Saints une autre origine ; la voici : Il existait autrefois à Landévennec, au village nommé Seiz-Kroas, un forgeron dont la femme extrêmement pieuse, allait tous les matins entendre la messe à l'abbaye, ce qui déplaisait fort à son mari. Celui-ci lui en fit des reproches et ajouta que ce n'était pas la piété qui l'attirait à l'abbaye, mais les moines. La femme se défendit de cette inculpation outrageante et répondit à son mari qu'il devait être aussi sûr de son innocence qu'elle était certaine de pouvoir tenir entre ses mains le soc de charrue qu'il forgeait en ce moment, Eh bien, porte le à Landévcnnec lui répliqua son mari en jetant à terre le soc incandescent. Pour toute réponse, la digne femme le prit à deux mains et le porta au bourg distant d'environ une demi-lieue de son habitation. Le fait fut considéré comme un miracle, et le soc placé entre deux saints dans le choeur de l'église de l'abbaye, où il resta jusqu'à l'époque de la Révolution. Quelque temps après, la femme du forgeron accoucha de sept garçons. Le mari furieux de cette maternité multiple, les mit tous les sept dans une maie à pâte ou pétrin, les porta à l'anse de Penforn, là où sont aujourd'hui mouillés les bâtiments de l'Etal, et les abandonna à la merci des flots. La maie fut entraînée vers le Faou dont les habitants voulurent recueillir les sept enfants; mais ceux-ci tout en témoignant leur reconnaissance, dirent qu'ils ne pouvaient s'arrêter en cet endroit et qu'i!s devaient aller plus loin, puis ils prédirent que le bois du Kranout qui s'étendait jusqu'à la ville, fournirait éternellement les plus beaux bois d'oeuvre de tout le pays, ce qui s'exprime encore dans les environs de la manière suivante :

 

Er forest ar Krano

Biken koat na vanko.

 

Dans la foret du Kranou

Jamais le bois ne manquera.

 

Les enfants furent ensuite entraînés vers l'Ouest, et lorsqu'ils passèrent devant le sillon de Landevennec, on les entendit du bourg, chanter d'une voix forte des cantiques mélodieux. La maie poussée par les flots, aborda à Daoulas. Les habitants accoururent au rivage, mais pas un seul ne se proposa pour recevoir les enfants. Ceux-ci poussèrent au large leur léger esquif, jetèrent leur malédiction sur la ville de Daoulas qui, depuis, n'a fait que déchoir de son importance primitive. Selon une variante qui a cours à Landêvennec, ils se seraient bornés à dire que le bois attenant à la ville, et qui s'appelle encore le bois de Daoulas, ne pourrait fournir désormais un simple limon, une gaule de. charrette; Prédiction trop bien accomplie, car, depuis cette époque ce bois n'est plus qu'un mauvais taillis. Après avoir été longtemps ballotés par les vagues, les sept orphelins abordèrent enfin sous le château de Brest, où ils furent recueillis par les habitants qui les transportèrent dans une maison voisine ; mais ils y moururent peu de jours après, et leurs corps furent inhumés par des anges. La maison fut démolie, et l'on bâtit à sa place, une église en leur honneur, sous le vocable des Sept-Saints. Le village où ils étaient nés, et dont on n'a pu retenir l'ancien nom, prit celui de Seiz-Kroas, sept croix, sept douleurs. Cette petite église avait étè aussi consacrée sous le nom de Notre-Dame-de-Pitié à la Vierge. C'est ce qui résulte du moins d'un procès entre la Ville de Brest et les jésuites. Cette dédicace n'avait rien que de très naturel quand on songe que, placée au centre d'une population de pêcheurs et de marins, l'église des Sept-Saints devait partager avec celle du bourg de Sainte-Catherine l'honneur de recevoir les ex-voto des naufragés ou de leurs parents. C'est dans l'enceinte de l'église des Sept-Saints que se fit de 1681 à 1747 exclusivement, l'inauguration des différents maires de Brest...

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 06:28

 

Redon

 

 

Quimper

 

 

Montauban-de-Bretagne

 

 

Loudéac

 

 

Saint-Nazaire

 

 

Carhaix

 

 

Pontivy

 

 

Guérande

 

 

Lamballe

 

 

Rennes

 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 06:20

 

Depuis son expédition à Tunis et en Syrie en compagnie de son père (1270-1273) M, le duc de Bretagne Jean II conserva sa vie durant la hantise de la croisade. Dès 1288, il se luisait, attribuer, au profit de la Terre Sainte, les deux tiers des restitutions incluses dans le testament de Jean 1er, mais qui n'avaient pu être effectuées, soit que les personnes auxquelles elles étaient destinées ou leurs héritiers fussent décodés, soit que les ayants droit n'eussent pas été retrouvés. Dans le même but, Nicolas IV lui laissait la. disposition des biens que lui ou ses baillis acquerraient par injustice « minus juste » et qui ne seraient pas restitués pour les mêmes causes que précédemment. Craignant de mourir sans avoir accompli le saint voyage outre-mer, le duc obtenait encore du Saint-Siège la faveur pour ses exécuteurs testamentaires de répartir suivant ses intentions les legs qu'il aurait institués sans désignation de personne ni de lieu. Quatre ans plus tard, en septembre 1302, dans le long testament qui nous 30,000 livres tournois (environ 3,400,000 francs valeur actuelle) pour aider à la prochaine croisade; s'il ne peut y aller il veut que son fils aîné Arthur de Bretagne y aille, et à son défaut Jean, son second fils. «  Et pour l'affection que je ay toujours eue e ay encores à la Sainte terre d'Outremer je lai, trente mil livres de tournois à convertir en laide de ladite Sainte terre, c'est assavoir pour y envoier gens d'armes, bannerez, bachelers, et autres, au premier passage général qui i sera; e s'il avient que je ni voise avant ma mort, je vueil e ordonne que Artur mon ainzné filz, se il veut faire le voyage de ladite terre audit premier passage, ait icelles XXX mil livres par les mains de mes Executeurs, à mener genz d'armes o luy pour moy tant comme il devra soffire par le gart de mes Exécuteurs segont la quantité d'icelle somme, E se ledit Artur ne fesoit ledit veage oudit premier passage, e Jehan de Bretaigne mon filz le fesoit, je vueil que lesdites XXX mil livres soient baillées à iceluy Jehan à i mener pour moy gens d'armes, bannerez, bachelers, e autres, par le regart et ordenance de mes Exécuteurs, segont la maniere dessusdite; e si ledit Jehan ne fait le veage audit premier passage, je vueil e ordonne que mesditz Exécuteurs elisent un banneret ou deux des plus souffisans que ils pourront trover, asquels lesdites XXX mil livres soient données par les mains de mesdiz Exécuteurs pour aller en ladicte terre sainte pour moy au premier passage général qui i sera, e i mener genz d'armes o eux tant e tiex comme reson sera, segont la quantité desdites XXX mil livres par le regart e l'ordonnance de mes Exécuteurs».

 

Après avoir énuméré soigneusement chacune des nombreuses donations et restitutions dont il charge ses exécuteurs, le duc revient sur sa pensée première et termine par ces dernières recommandations « Et pource que toujours jo ay eu e ay grande affection à la sainte terre d'Outremer, 0 grant désir de la visiter, et de profiter de tout mon povair, par que je ay toujours mis poine des biens muebles le plus quu je ay pu, pour entens de les mettre e convertir touz au promit o en l'aide de icelle sainte terre, se Dex me donna trace que je i pousse aller en ma personne; je vueil e ordonne, si les choses dessus divisées, entérinées, acomplies, e mises à exécution, il a remaignant en mes biens muebles que je auray au temps que je trespasseray de cest siècle en l'autre; que celui remaignant de mesdits biens. soit mis e converti ou proffilt e en l'aide de ladite sainte Terre. E requier e pri mon cher Pere espirituel l'Apostole de Rome e touz autres prélaz de sainte Eglise. qui il pourforcent mes heirs e touz autres qui plait ou debat voudront mettre en ces choses, et les destraignent à ce que exécution en soit faite plenierement, et que mes exécuteurs en puissent user e exploitier en la manière que il est devisé par avant ».

 

Comment furent observées les volontés de Jean II relatives à la Terre Sainte ? En vain l'on chercherait quelques renseignements dans les comptes de liquidation de sa succession publiés par dom Morice et par Arthur de La Borderie la seule mention qui est faite de la Terre Sainte a trait aux dettes que le duc contracta lors de la croisade de 1270. Jean II avait prié son « cher Père espirituel l'Apostole de Rome » de veiller à l'exécution de ses legs, Clément V et ,Jean XXII ne manquèrent pas à leur devoir c'est ce qui explique pourquoi dans les registres pontificaux on trouve des renseignements qui, ailleurs, font défaut. Arthur II, semble-t-il, ne se mit guère en peine d'exécuter le testament de son père. Tout au plus, le 1er décembre 1307, se borna-t-il à obtenir de Clément V l'autorisation pour les clercs, que Jean Il avait nommé ses exécuteurs testamentaires, de ne pas résider dans leurs bénéfices et malgré cela d'en toucher les revenus pendant tout le temps que durerait la liquidation de la succession. Quant à partir pour la Terre Sainte, il n'eut cure et invoqua des raisons de santé. D'autre part, Jean de Bretagne, comte de Richemont, s'était mis au service du roi d'Angleterre et était trop occupé à guerroyer vaillamment en Ecosse pour songer à prendre la mer à défaut de son frère. Dans ces conjonctures, le fils aîné d'Arthur II Jean, vicomte de Limoges, se prévalut du désir d'aller en Terre Sainte auprès de Clément V et supplia le pape de le subroger dans les droits de son père et de son oncle. La faveur qu'il sollicitait lui fut accordée, mais à deux conditions Arthur II devait ne pas pouvoir partir pour la croisade; le consentement de Jean de Bretagne devait être obtenu « (6 mars 1312). Les raisons de santé alléguées par Arthur n'étaient pas chimériques il mourut le 27 août 1312. Dès lors, les 30,000 livres tournois qui lui avaient été versées par les exécuteurs du testament de son père tombèrent au pouvoir de son fils, Jean III. Celui-ci s'empara du legs avec l'intention, sans doute bien arrêtée, de ne point s'en dessaisir quand le comte de Richemont, auquel il revenait après la mort d'Arthur, selon une clause formelle du testament de Jean lI, le réclama, pour préparer une expédition outre-mer, il se le vit refuser. Après des vives discussions avec son neveu et les exécuteurs du testament paternel qui s'étaient ligués contre lui, le comte porta la cause devant le Saint-Siège finalement, avant le 7 juillet 1317, en présence de Jean XXII, l'accord suivant fut conclu à Avignon. Jean III verserait 15,000 livres tournois au comte de Richemont un an avant le prochain départ pour la croisade afin de lui permettre d'organiser une expédition et les 15,000 livres dans les six mois qui suivraient le premier versement. Le duc promit de s'obliger, sous peine d'excommunication et d'interdit sur ses terres, à respecter le compromis qu'il avait accepté et à donner à son oncle des cautions on la personne de certains nobles bretons, présents en cour d'Avignon. Il fut encore convenu que si le duc allait en Terre Sainte, le comte de Richemont mettrait sous ses ordres les troupes équipées à l'aide du legs de Jean Il. Quant à la solde des gens d'armes qu'il emmènerait à sa suite, en nombre convenable, il la payerait intégralement de ses propres deniers. La paix qui avait paru se rétablir entre l'oncle et le neveu en présence de Jean XXII dura peu. Un procureur du comte de Richemont vint bientôt en curie se plaindre des agissements du duc de Bretagne qui, au mépris de ses engagements, avait refusé de se départir du legs des 30,000 livres tournois. Le pape écrivit à Jean III, le gourmanda sévèrement et lui rappela son attitude en Avignon. Au surplus, Geoffroy du Plessis, envoyé en Bretagne peu avant les premiers jours de juillet 1317, fut chargé de le ramener à de meilleurs sentiments et de l'obliger par serment à observe; l'accord passé à la cour pontificale (29 octobre 1317). Occupé à d'autres affaires de grande importance, Geoffroy du Plessis n'eut pas le loisir de s'acquitter efficacement de sa mission près de Jean III. Comme il tardait à revenir en Avignon, le 22 novembre 1317 Jean XXII lui écrivit en ces termes « Au reste si à cause des affaires concernant notre cher fils, noble homme Jean, duc de Bretagne, que nous vous avons confiées, il vous faut rester dans ces contrées quelque temps au delà du terme que nous vous avions fixé pour votre retour, nous attendrons patiemment. Cependant si l'expédition desdites affaires nécessitait un trop long délai, nous ne voudrions pas nous priver plus longtemps de votre présence; mais, dans ce cas, il nous plaît et nous voulons qu'après vous avoir subrogé une ou deux personnes capables vous ne différiez pas de revenir près de nous ».

Geoffroy se conforma aux instructions pontificales et se substitua Raoul Prey, scholastique d'Auxerre, et Jean Bruard, chanoine d'Orléans. En avril 1318, ces deux clercs recevaient les mêmes pouvoirs que lui. Les termes de la lettre du pape étaient peut-être plus énergiques si le legs de Jean II n'était pas délivré dans les termes convenus à Avignon, l'excommunication serait prononcée contre le duc de Bretagne et les adéjusseurs choisis par lui, et les exécuteurs testamentaires seraient frappés des censures ecclésiastiques. Le règlement de la succession de Jean II traîna cependant en longueur, et, en janvier 1319, le duc ne s'était point encore exécuté. Revenu à la santé après une longue maladie, Geoffroy du Plessis, de concert avec l'évêque d'Avranches, fut de nouveau chargé de s'entremettre près du duc <2>. Il réussit, sans doute, dans sa mission, car les bulles de Jean XXII ne font plus mention, à partir de 1319, des discussions qui avaient éclaté entre Jean III et le comte de Richemont. On se souvient qu'une des dernières clauses du testament de Jean II portait que « le remaignant » de ses biens meubles, après l'exécution complète de ses volontés, devait être « mis le converti ou profilte en l'aide de ladite sainte Terre ». Jean III, s'étant croisé et ayant annoncé le projet de partir à la croisade prochaine à la tête d'un puissant corps de troupes, sollicita du pape la faveur d'entrer en jouissance du reliquat de l'héritage de son grand-père. Jean XXII pria, en conséquence, l'évêque d'Avranches et Geoffroy du Plessis d'évoquer devant eux le duc, son oncle et les exécuteurs testamentaires de Jean Il, de se faire remettre le testament même et d'examiner les comptes de liquidation. Avant de délivrer au duc le reliquat de la succession, si reliquat il y avait, ils exigeraient de lui des cautions et la promesse de dépenser intégralement la somme d'argent qui lui serait comptée au profit de la Terre Sainte, lors du premier départ proclamé par le Saint-Siège. Que si le duc n'allait pas, par hasard, à la croisade, il restituerait tout ce qu'il aurait reçu ceux que désignerait le Saint-Siège. De l'engagement l'un serait destiné à Avignon par un messager fidèle: l'autre resterait aux mains des exécuteurs testamentaires. On y spécifierait soigneusement la quotité de la somme d'argent qui serait versée au duc. L'évêque d'Avranches et Geoffroy du Plessis s'acquittèrent-ils de leur mission ? Il est difficile de le savoir. En tout cas, le reliquat de l'héritage de Jean II n'était pas encore remis au duc de Bretagne en 1321. A une nouvelle sollicitation de Jean III, le pape, rendu défiant à son égard par l'affaire du legs des 30,000 livres tournois, répondit par un refus très catégorique. Jean XXII agit prudemment, car le duc ne partit pas pour la croisade. Il est même permis de croire qu'à l'exemple du roi de France) Jean III ne vit dans « le saint voyage outremer » qu'un expédient commode pour se procurer des subsides aux dépens du clergé. Le pape s'en doutait, peut-être, lorsqu'il lui refusait, en 1324, l'autorisation de lever l'annale et la décime au profit de la Terre-Sainte.

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