Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 18:51

La seigneurie de Rieux, et ses potiers.

 

Les trois belles seigneuries de Rieux, de Rochefort et de l'Argoet, qui ont été assez souvent possédées par les mêmes maîtres et qui se touchent entre elles, comprennent ensemble une large bande de pays courant de l'Est à l'Ouest, depuis la Vilaine jusqu'à la rivière d' Aurai; au Nord, les rivières d'Evel, de Glaie et d'Oust, en forment la limite naturelle, tes seigneuries de Rohan, de Porhoet et de Malestroit la limite féodale; au Sud, pas de limites naturelles, puisque la frontière méridionale de cette large bande se tient toujours assez éloignée de la mer, sauf à l'angle Sud-Ouest, qui s'en va baigner dans le Morbihan vers Baden et Aradon ; pour limite féodale le domaine royal ou ducal de Vannes-Musillac. Du territoire que l'on vient de décrire, l'Argoel occupait l'Ouest, Rochefort le centre et Rieux l'Est. Je parlerai d'abord de Rieux. Rieux (dans les titres anciens Reus et quelquefois Rex est l'un des plus anciens châteaux et des plus vieux fiefs de notre province. La première mention que je me souvienne en avoir vue est dans un titre du cartulaire de Redon, de l'an 861 ou 862, imprimé par D. Morice, Preuves 1, 30 t. Alain-le-Grand, comte de Vannes et ensuite roi de Bretagne de 879 à 907, résida fréquemment au château de Rieux. Après avoir délivré son peuple des incursions normandes et de la guerre civile, ce glorieux père de la patrie, comme l'appellent les chartes de Redon, aimait à venir s'y reposer de ses vaillantes luttes. Il y était dans les premiers jours de novembre 888 . quand on lui annonça tout-à-coup que son fils Guéroch, subitement frappé de maladie, se mourait dans la maison d'un Breton appelé Linworeth, au village de Bren-Hermelin, paroisse d'Allaire. Le pauvre père vole aussitôt près de son fils. Il y trouve Foucheri (Fulchericus), abbé de Redon, qui s'était empressé de porter au jeune prince tous les soulagements en son pouvoir. Alain supplie l'abbé de prier pour son fils, et afin de fléchir le courroux de Dieu, il donne aussitôt à Saint-Sauveur les deux paroisses de Marsac et de Macerac. On était alors au milieu de la nuit: l'abbé, néanmoins, revient de suite à Redon, et rassemble la communauté dans l'église, où tous les moines, prosternés la face contre terre, adressent au Seigneur de ferventes supplications pour la vie de Guéroch ; les cloches sonnent en même temps à toute volée pour annoncer cette prière solennelle et inviter le peuple à s'y joindre. La paroisse d'Allaire n'est pas loin de Redon, et le son des cloches, au milieu du silence de la nuit, parvient sans peine aux oreilles des gardiens placés près du lit de Guéroch ; au même instant ils voient une sueur abondante baigner le corps du malade, qui, rappelé des portes de la mort par cette crise salutaire, est bientôt rendu à la santé et aux embrassements de son père (Cartul. Redon. ap. D. Morice, Preuves I, 331 et 332). Ogée (l'ancien), à l'article Rieux, a trouvé moyen de travestir cette simple et pieuse histoire, pour avoir l'occasion de se moquer philosophiquement des faux miracles. Selon lui, en effet , «l'ancien cartulaire de l'abbaye de Redon dit que le fils aîné d'Alain étant à l'extrémité, le père se rendit avec toute sa cour à Saint-Sauveur de Redon pour y faire sa prière devant le grand crucifix ; que, pendant qu'il en était occupé, toutes les cloches de l'abbaye se prirent à sonner d'elles-mêmes , et que, s'en retournant à Rieux, il trouva des gens qui venaient lui annoncer la parfaite guérison de ce cher fils. La démarche peut être vraie (conclut Ogée) ; elle est même naturelle ; mais on désirerait savoir quels bras invisibles pouvaient être soupçonnés d'avoir mis les cloches en braule. » Curiosité fort légitime assurément dans un philosophe, s'il n'était certain que le cartulaire de Redon ne renferme point, sauf la maladie de Guéroch, une seule des circonstances qu'Ogée affirme avec tant d'assurance en avoir extraites. On regrette que le nouvel éditeur du Dictionnaire de Bretagne n'ait point relevé la licence que prend ici son auteur. Après la mort d'Alain-le-Grand en 907, il y a lieu de croire que le château de Rieux, avec une partie du comté de Vannes, forma le partage de l'un des fils de ce roi. Ce n'est toutefois ici qu'une conjecture; et pour rencontrer avec certitude des seigneurs particuliers de la terre de Rieux, il nous faut encore attendre une centaine d'années. Voici ceux que j'ai trouvés dans les actes authentiques du XIe siècle :

 

Rouaud Ier et son fils Alain , en 1021 (D. Morice , Preuves I, 362). Ogée a d'autant plus tort de l'appeler Raoul, que le nom de Rouaud (Rodaldus ou Rudalt) a une physionomie très-bretonne, tandis que celui de Raoul (Radulfas ou Rodulfas) est tout germain.

Alain Ier, fils de Rouaud Ier, en 1026, 1027 ou 1037, et dans un acte sans date qui doit être de 1050. (D. Mor., Ibid., 357, 3C2, 364, 384.)

Durei de Rieux, probablement frère puiné d'Alain Ier, en 1026. (Ibid., 357.) Rouaud II, (fils d'Alain Ier, dans un acte sans date, probablement postérieur de quelques années à 1050. (Ibid., 404.)

Auffroid, fils d'Alain Ier, apparemment frère puiné de Rouaud II, en 1065. (Ibid,, 409.)

Goscelin, probablement fils d'Auffroi ou de Rouaud II, en 1089. (Ibid., 466.)

Guethenoc, surnommé Mauvoisin, probablement fils de Goscelin, en 1112 et 1127. (Ibid., 526, 527, 557.) Etc.

 

Les archives de la Chambre des Comptes de Nantes ont conservé plusieurs aveux de la seigneurie de Rieux, entre autres, des années 1532 et 1542, et un compte des revenus de cette même seigneurie tombée en rachat l'an 1430. Il faut y joindre les aveux de la terre de Fégréac membre de Rieux, mais qui relevait de la juridiction de Nantes, au lieu que le reste de la seigneurie dépendait de celle de Ploërmel. Par ces documents, l'on voit que la seigneurie de Rieux, qui porta le litre de comté dans les derniers temps, comprenait les paroisses suivantes, savoir : sur la rive gauche de la Vilaine, Fégréac et une bonne partie d'Avessac, qui composaient la terre ou seigneurie de Fégréac ; et sur la rive droite du fleuve, Rieux et St Jean des Marais, sa trève, Dégarnie, Allaire et Saint-Gorgon sa trève, Saint- Jacut, St Vincent-sur-Oust et St Perreux sa trève, Peillac, Glénac, Les Fougerets, St Martin-sur-Oust, St Gravé; la seigneurie de Rieux partageait avec celle de Malestroit les paroisses de Pleucadeuc ct de St Congar, et elle avait enfin quelques petites pièces en Malensac, qui cependant dépendait presque entièrement de la seigneurie de Rochefort. Le comté de Rieux, à cause de son étendue, avait été partagé entre trois sièges de juridiction, savoir : Rieux à Rieux, Rieux à Peillac, et enfin Fégréac, qui fut supprime dans la seconde moitié du siècle dernier, peu de temps avant l'époque où Ogée publia son Dictionnaire. L'une des curiosités historiques de la seigneurie de Rieux, ce sont ses potiers, dont je crois cependant que personne n'a encore parlé. Il existe dans la paroisse de Rieux , ou plutôt, si je ne me trompe, dans la trève de Saint-Jean-des-Marais, qui est aujourd'hui succursale, un village considérable appelé la Poterie, à cause du métier qu'exercent de temps immémorial tous ses habitants. Ce village de potiers formait, avant 1789, une sorte de corporation industrielle, soumise à des règlements spéciaux, et ayant vis-à-vis du sire de Rieux, dont elle dépendait, des droits et des devoirs particuliers. Tous les habitants dudit village, usant du métier de poterie, rendaient en commun à leur seigneur un aveu où ces droits, devoirs et règlements, étaient décrits. J'ai trouvé, il y a quelques années, chez un relieur de Redon, un de ces aveux qui est de l'an 1701 ; je me bornerai à le résumer. Tous les potiers devaient en commun au seigneur, au jour de la mi-carême, une livre de poivre et une rente de dix sous, appelée garde. En outre chaque mariage, c'est-à-dire chaque ménage où il y avait mari et femme, devait annuellement seize sous et deux pots de rente, plus deux journées d'août ou de corvée, l'une à faner et l'autre à battre blé; chaque veuf, veuve, ou fille tenant ménage séparé, devait par an huit sous, un pot et une journée d'août. Les rentes se payaient le 2 mai, devant la chapelle, Saint- Jacques, qui était celle du village de la Poterie. En considération de ces devoirs, lesdits potiers avaient seuls droit «de tirer des lizes et sablons propres à faire pots aux environs du lieu de la Potterie,» et semblable droit sur les terres et domaines dépendant du château du Plessix, qui appartenait au sire de Rieux. Toutefois, l'industrie des potiers de Rieux était soumise à certaines entraves ayant pour but, ce semble, de remédier aux abus de ce que l'on nomme aujourd'hui la concurrence illimitée. Il y avait interdiction absolue de fabriquer des pots depuis le 10 décembre de chaque année jusqu'au 1er mars suivant. Dans les neuf autres mois où la fabrication était permise, chaque ménage ne pouvait faire, au plus, que trois douzaines et demie de pots par jour, et en sus de ce nombre, trois pots par enfant, tant que les enfants n'étaient pas capables de travailler eux-mêmes; ce moment venu, chaque enfant ne pouvait faire par jour qu'une douzaine de pots. Pour veiller au maintien de ces prescriptions, le seigneur ou ses officiers désignaient chaque année, parmi les potiers, six anciens, dont quatre compteur» et deux revoyeurs ou contrôleurs, qui entraient dans chaque maison compter les pots et dénonçaient les contraventions, dont chacune entraînait une amende de 60 sous 1 denier, applicable, tiers par tiers, an seigneur, aux compteurs et revoyeurs, et à l'entretien de la chapelle Saint-Jacques. La Poterie, en effet, n'était ni trève ni paroisse; mais elle possédait une chapelle desservie par nn chapelain particulier, et entretenue à frais communs par les habitants. Cette chapelle, outre son chapelain, avait son abbé, qui n'était autre que l'un des potiers, choisi par ses confrères à chaque fête de Noël, pour exercer pendant un an la charge d'abbé, en vertu de laquelle il était it obligé de nettoyer ladite chapelle, y apporter de l'eau de temps en temps pour faire de l'eau bénite, et, lorsqu'il sera décédé quelqu'un desdits usants du droit de potterie, de sonner la cloche pour avertir d'aller à l'enterrement. Le tout à peine d'une amende de 60 s. 1 d. par chaque défaut, applicable comme ci-dessus. La chapelle était le coeur du village; c'était là que les potiers payaient leurs rentes le 3 mai, là qu'ils s'assemblaient en corps pour rendre l'aveu général à chaque mutation de seigneur, là enfin, que les compteurs et revoyeurs rendaient compte chaque année des amendes qu'ils avaient levées pendant la durée de leur charge. N'était pas d'ailleurs admis qui voulait à user du droit de poterie et à jouir des bénéfices de cette rustique corporation industrielle. Chacun des seigneurs de Rieux ne pouvait établir, durant toute sa vie, qu'un seul nouveau potier. Hors ce cas exceptionnel, quand un étranger désirait user du droit de poterie, l'agrément du sire de Rieux ne suffisait point, car le postulant devait être reçu, dit l'aveu de 1701, « du consentement de mondit seigneur et du general (c'est-à-dire de la généralité) des dits habitans, et non autrement. » Si le candidat était admis, il payait un denier d'entrée de 90 livres, dont un tiers pour l'entretien de la chapelle, un tiers au seigneur et le dernier tiers « au general des habitans. » A quelle époque remontent ces curieux usages? Je l'ignore. Ils existaient, je pense, dès le XVe siècle, car j'ai mis un acte de ce temps où il est déjà question de la livre de poivre et des dix sous de garde dus en commun au seigneur par tous les habitants de la Poterie.

 

Arthur de la Borderie

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 18:03

 

 

 

Ruines du château de Rieux

(cliché édition Le Flohic)

 

Rieux étoit une ville considérable autrefois, & par ses fortifications, & par l’avantage de sa situation, avec un château très-ſort qui dominoit sur la Vilaine. ll n’y a plus. qu’un des fauxbourgs qui porte le nom de ville : la charrue pisse main tenant sur les anciens murs. Il y avoit un pont de bois sur la riviere, qui apparemment se rompoit pour le passage des navires. On tient que des frégates de trente pieces de canons pouvoient monter jusqu’à Rieux, qui avoit un autre ſauxbourg au bout du pont, dans la Paroisse de Fégréac ; ſauxbourg dont on apperçoit encore des vestiges & du tuilage des maisons. Dom Maurice a donné une Géographie ancienne ou l’on voit que Rieux portoit un autre nom dans des temps plus reculés; nom plutôt celtique que latin, & que je ne me rappelle pas.

 

 

Jean IV de Rieux

 

Ce qui est certain, c’est que cette ville portoit son nom actuel dès le huitieme siecle. Je n’en parlerai ici que d’après des historiens dignes de foi, les titres originaux, 8: les cartulaires. En 1490, la Reine Anne, pour se.venger, selon toutes les apparences, du Maréchal de Rieux, ordonna de démolir les châteaux d’Elven, de Rochefort , d’Ancenis, & de Rieux, qui appartenoient à ce Seigneur, auquel elle accorda pour indemnité une somme de cent mille écus : il ne paroît pourtant pas que ces ordres aient été exécutés quant au château de Rieux, qui ne ſut commencé à démolir que du temps de la Ligue.

 

 

Sous le ministere du Cardinal de Richelieu, on commanda dix-sept Paroisses pour le faire sauter, mais tout cela n’aboutir qu’à faire tomber quelques pans de murailles dans les fossés, Où ils ſont encore, & à faire pencher le donjon, qui est resté dans la même attitude, sans qu’il s’en détache une seule piece. Il y avoit autrefois un port ou bassin sous le château, mais ce n’est, depuis bien du temps, que marécages & prairies. Une Vieille chronique imprimée, qu on lit à Redon, dit que le bateau que l’on conserve précieusement dans l’Eglise de Saint-Sauveur, se présenta, poussé par la marée, dans ce port, il y a environ dix siecles n’ayant pour nautonnier, que le Cruciſix, plus que de grandeur naturelle, & couvert d’une feuille d’argent, qui occupe le retable du maître-autel, mais que des lavandieres le repousserent avec leur battoir , & qu’ainsi renvoyé il monta jusqu’à Redon. Où les Religieux le reçurent : il avoit donné sa malédiction au port de Rieux; & dès-lors de pieux Anachoretes, qui ne meurent point & qui sont toujours mineurs sans l’être jamais, ont si bien tiré Parti de ce prétendu miracle, qu’ils ont attiré à Redon tous les navires & le commerce, & que le port de Rieux est devenu désert; -en quoi ils ont été bien secondés par la négligence des Seigneurs de Rieux, beaucoup plus occupés alors de guerre & du Gouvernement féodal que du bien-être de leurs vassaux.

 

Alain Rebré ou le Grand, fils de Pasquíten, Comte de Vannes, fut d’abord, à la mort de son pere, Comte de Vannes autrement Broherec, & Seigneur de Rieux, l’une des principales forteresses de ce Comté. Il fut élu Duc de Bretagne, par toute la nation après la mort de Judicaël, en 879 : son séjour ordinaire étoit le château de Rieux, qu’il avoit fait rebâtir vers l’an 870, & dans lequel il venoit se délasser de ses expéditions militaires. L’ancien cartulaire de l’Abbaye de Redon dit, que, le fils aîné de ce Prince étant à l’extrêmité, le pere se rendit, avec toute ſa Cour, à Saint-Sauveur, pour y faire sa priere devant le grand Crucifix dont je viens de parler ; que, pendant qu’il en étoit occupé, toutes les cloches de l’Abbaye ſe prirent à sonner d’elles-mêmes & que, s’en retournant à Rieux, il trouva des gens qui venoient lui annoncer la parfaite guérison de ce cher fils. Sa démarche peut être vraie, elle est même naturelle mais on desireroit sçavoir quels bras invisibles pouvoient être soupçonnés d’avoir mis les cloches en branle. J’ai ra porté cette anecdote d’une autre maniere, & avec des circonstances différentes à l’article Allaire. Les historiens ne s’accordent pas sur ce prétendu prodige. Alain chassa les Normands qui infectoient tout le pays, où ils s’étoient rendus redoutables par leurs cruautés, & les repoussa si vivement que, tant qu’il vécut, on n’en vit plus reparoître : il mourut l’an 907, & on s’apperçut bientôt que ce Prince n’étoit plus. Les Normands reparurent en si grand nombre & avec tant de fureur, qu’ils resterent les maîtres, avec d’autant plus de facilité , que de tous les Princes voisins, occupés eux-mêmes à s’en défendre, aucun ne put donner secours. La famille d’Alain ſur obligée, comme les autres, de céder au torrent des Barbares , de passer la mer, & de se réfugier dans la Grande-Bretagne ; elle y resta pendant tout le temps de ces désolations, qui durerent bien des années, & repassa enfin: mais nous ne voyons pas qu’aucun des fils d’Alain ait occupé le Trône du pere. Raoul I, l’un d’eux & peut-être l’aîné de tous, ſut Comte de Vannes & Seigneur de Rieux; Terre qui fit ensuite tout le patrimoine de sa famille. Il prenoit le titre de Prince, & le premier qui prit le nom de Rieux fut son fils, Raoul II, qui paroît, avec Alain, son fils, dans une charte de l’Abbaye de Redon, de 1021 : il avoit un autre fils, nommé Raoul, comme lui, qui paroît dans les actes de ce temps. Dom Lobineau & Dom Maurice après lui, font remarquer que, dès le dixieme siecle, les Seigneurs de Rieux paroissoient avec éclat a la Cour des Ducs, & qu’ils en tenaient une considérable chez eux. Guethenoc de Rieux comparut, en 1112, avec plusieurs Chevaliers de sa suite, feré cum omnibus suis militibus, à la donation que le Duc Conan lI fit à l’Abbaye de Redon , pour l’entretien d’Alain Fergent, son pere, qui s’y étoit retiré. Les Seigneurs de Rieux ont un droit de coutume sur les marchandises, bateaux, & barques qui montent & descendent la riviere de Vilaine. L’acquit de ces droits se faisoit anciennement vis-à-vis le château de Rieux, Où le bureau étoit établi; il se fait présentement à Redon, pour la commodité des marchands. Autrefois , vis-à-vis ce château, étoit un pont, auquel aboutissoit un chemin pavé qu’on apperçoit encore par intervalle : il conduisoit de Fégréac à Rieux. Il ne reste plus que des débris du pont, qui subsistoit encore l’an 1543. Les marchandises voiturées par terre, payoient, en passant dessus, un devoir ou coutume, dont les deniers étoient employés à son entretien. Quelques-uns prétendent que l’origine de ce droit est de 1281, & que les Seigneurs de Rieux ne se chargerent des réparations à faire à ce passage, que moyennant certaines redevances, qui leur furent accordées par le Duc Jean I. On trouve, dans les archives du château de Nantes, un acte du lundi d’après la Conversion de Saint Paul, qui dit que Geoffroi de Rieux avoit été en procès avec le Duc, à l’occasion du pont de Rieux, que Geoffroi ne vouloit point entretenir & qu’il avoit remis au Duc. Par le même acte il le rend à Guillaume, fils de Geoffroi, qui promet de s’oblige, sur tous ses biens, de le tenir en bon état; mais cette piece ne parle point des droits exigibles pour ce passage. Quoi qu’il en soit, en 1543 , ce pont ayant été détruit , on y substitua un bac, qui est encore affermé au profit des Seigneurs de Rieux. Le passage d’Auqueferre, sur la riviere d’Oust, dans le territoire de Rieux, fait partie de cette Seigneurie. Anciennement il avoit été afféagé aux habitans du village de son nom, sous l’obligation d’y entretenir des bateaux, & de payer au Sire de Rieux une rente annuelle de quatre deniers; rente dont ils rendirent des aveux aux années 1407 & 1504. Ce passage fut ainsi possédé par les habitants jusqu’à l’année 1542, qu’ils l’abandonnerent : il retourna donc à la disposition du Seigneur de Rieux, qui le donna, aux mêmes conditions, au Sieur du Plessis Limeur, qui en rendit incontinent aveu à la Seigneurie. Ses descendants le possederent jusqu’en 1670, que, la maison du Plessis ayant été vendue judiciairement, le Seigneur de Rieux retira le tout par droit de fief. En 1672, on proposa de construire un pont dans cet endroit: la pierre étoit déja taillée & les matériaux tous préparés pour l’exécution de l’entreprise, lorsque l’on sentit que cet établissement nuiroit à la navigation, & le projet fut abandonné. Ce passage est encore affermé à un particulier, qui, en conséquence de sa ferme, est obligé à une redevance dont l’acquit se fait .d’une maniere bizarre. La nuit de Noël, ce passager est obligé de se trouver à la Messe de minuit, dans l’Eglise de Saint-Sauveur de Redon, & il se place à l’entrée du choeur. Entre les deux élévations, les Diacres lui crient à haute voix, par trois fois : Passager d’Auquefèrre, payez le droit que vous devez au Seigneur. Le fermier obéit , & met sur l’autel quelques pieces de monnoie. Cette cérémonie, aussi ridicule qu’indécente, feroit croire que les Moines de Redon seroient les Seigneurs de ce passage. J’ai demandé à ce sujet des instructions que je n’ai pu obtenir. Roland de Rieux avoit amené des Religieux Trinitaires de la Terre-Sainte ſur la fin du douzieme siecle; ils furent entretenus dans le château, où ils firent l’Office pendant plus d’un siecle, & jusqu’en 1345. On voit même que, vers la fin du treizieme siecle, Anne de Rieux, fille de cette maison, morte en 1318, le 19 Avril, leur avoit déja donné des rentes & une Chapelle garnie, Capella munita. Le 16 Janvier 1345, Jean de Rieux, premier du nom, fonda & fit bâtir à, ses frais auprès de son château, l’Eglise & le Couvent de ces Religieux, & dota leur Monastere de terres, prairies, rentes, fournitures de poisson & bois, pour la subsistance de neuf Religieux, à la charge d’acquitter les prieres portées dans l’acte de fondation, de tenir de lui & de ses successeurs tous ces-biens, & de ne poursuivre, en premiere instance, ses vassaux, que par sa Cour. Sa seconde fondation, qui est un supplément à la premiere, fut faire par Jean de Rieux, fils du précédent, le 26 juin 1416: ce Seigneur ajouta de nombreux revenus aux anciens, aux mêmes conditions, & les Religieux se soumirent à lui obéir comme les vassaux sont remis de ſaire à l’égard de leur Seigneur, & même ils s’obligerent à lui présenter, chaque année, une paire de gants blancs, & à l’appeller aux assemblées pour l’élection des Ministres; assemblées dans lesquelles son suffrage vaudroit deux voix. Les Seigneurs de Rieux ont toujours joui de ce droit. Il y avoit jadis un ancien Prieuré de Bénédictins, au bout du ſauxbourg de Rieux: ce Prieuré n’existe plus (que pour le produit, l’Eglise ayant été abandonnée à la Paroisse. La Terre de Rieux a titre de Comté, & releve du Roi : elle s’étend dans les dioceses de Vannes & de Nantes; quinze Paroisses, la plupart très-grandes, en relevent, & cinq rivieres navigables la traversent. La Justice s’y rendoit dans trois Sieges, qui sont ; Rieux, Peillac , & Fégréac : ce dernier vient d'être réuni à celui de Rieux. Lobineau dit que Peillac portoit titre de Comté dès le dixieme siecle: ce qui le persuaderoit encore, c’est que deux Terres, qui en étoient dérivées très-anciennement par inféodations, ont toujours porté titre de Vicomté, & qu’elles le portent encore. J’ai fait quelques voyages dans ce pays, mais peu de séjour; je n’y ai rien remarqué plus ancien que le château de Rieux, si ce n’est le grand chemin qui doit être de construction romaine; il ressemble parfaitement aux autres ouvrages qui nous restent de ces conquérants. Je ne l’ai vu que dans la forêt de Rieux, & ne l’ai suivi qu’une demi-lieue de chemin n’ayant point eu d’occasion de le suivre, ni en avant, ni en arriere. On dit qu’'il partoit de Nantes, passoit le pont de Rieux, & aboutissoit à Vannes. Le vulgaire, pour qui tous ouvrages sont égaux, veut que ce soit la Reine Anne qui ait fait contruire celui-ci, pour voyager d’une de ces villes à l’autre, sans penser combien cette contruction étoit au dessus des forces d’une Souveraine de Bretagne. D’ailleurs, dans quel temps cette Princesse aurait-elle fait exécuter cette construction ? Auroit-ce été pendant une minorité orageuse, & troublée sans cesse par mille traverses & par des armées étrangeres ! car c’est l’unique temps qu’elle ait habité la province. Une autre raison contre cette idée, c’est que les annales & les archives de la nation auroient conservé le souvenir d’une consruction de cette nature, & il ne se trouve aucun monument qui en fasse mention. Avouons donc que c’est une erreur d’attribuer à la Reine Anne ces ouvrages, & les autres de la même espece qui se trouvent dans la province. Sur les bords dela Vilaine, du côté opposé & pour ainsi dire en face de la ville, est une butte de terre très-élevée; ouvrage des hommes plutôt que de la nature. On ne sçait à quel usage elle étoit destinée, mais il est à croire qu’elle est d’une grande antiquité. Les ténebres qui couvrent l’origine de la ville de Rieux, qui peut-être étoit une ville considérable des Celtes, rendent inutiles toutes les conjectures que l’on pourroit faire sur cette montagne. J’aurois desiré joindre ici la généalogie de la maison de Rieux, qui n’a point encore été imprimée exactement; mais, comme mes connoissances sur cette famille n’étoient point assez étendues, j’aurois craint de joindre des inexactitudes à celles qui se trouvent dans les historiens qui nous ont précédé : je me bornerai à dire qu’elle a l’avantage de tirer une origine de la maison souveraine de Bretagne; elle réunit la gloire d’être alliée à l’illustre maison de Bourbon, & d’avoir produit des Maréchaux de France &de Bretagne. Certainement il est peu de familles, dans l’Europe, qui puissent lui disputer pour l’ancienneté. Ses armes sont : contre-écartelé de Bretagne, sur le tout de gueules à deux faces d’or qui est Harcourt ; &, pour devise, a toute heure, Rieux. Outre la haute-Juſtice du Seigneur, on connoît encore dans le territoire de Rieux celles de Commenant, haute-Justice, à M. de la Bedoyere; de la Jouardais - Beaulieu, moyenne-Justice, & des Allaires, moyenne-Justice, à M. de la Houssais; & de la Tabariais, moyenne-Justice, à M. de Folval. En 1530, on voyoit dans cette Paroisse les maisons nobles des Grais, au Sieur de Carmenan : de Launay & de la Bourrelais, à Marie de la Bourrelais; (cette maison s’appelle aujourd’hui la Bousselais, & appartient à M.. de Forge : ) la Lande appartenoit au Sieur de Helfau; Guengo, au Sieur de Guengo; Limeur, au Sieur de Limeur; la Ricardais, à François de Chambalan; la Villeneuve, au Sieur du Plessis -Saint-Dolai ; la Terre, à Jean Gaberit; & Rohedas, à N.... de la Pommeraye.

 

 

Extrait du Dictionnaire Historique & Géographique de la Province de Bretagne par Jean Ogée 1780

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 06:07

Le chef-d'oeuvre

 

Un seul poème au monde a mérité sa gloire...

Un seul poème a valu d'être; un seul est beau :

C'est un petit enfant, tout nu, dans son berceau,

Fruit rose, mûrissant dans sa coupe d'ivoire !

Ce chef-d'oeuvre, plus vrai que tous, je l'aurai fait.

Son petit chant aigu de roue et de crécelle,

Qui tient de la grenouille et de la tourterelle,

J'en ai signé la strophe tendre avec mon lait.

Laisse-moi t'écouter, t'admirer, te redire,

Toi, seul hymne parfait, et seul vers sans défaut,

Toi, ma page de chair, toute vierge de mots,

Et qui n'as pour parole, encor, que le sourire !

Ecrit avec mes jours de détresse ou de foi,

Ecrit avec toute ma puissance de vivre,

Livre de Poésie, unique entre les livres,

Je voudrais tant n'avoir jamais écrit que toi !..

 

Marie Paule Salonne

1902-1947

 

 

 

 

Ici avec sa mère

( édition Le Flohic)

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 20:37

 

 

Mélaouache Fanch ! 
Si tu cherches un peu de gaieté 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si aux exams tu t'es planté 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si t'as quelque chose à  fêter 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Y a du chouchen à  volonté 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si t'as rien trouvé pour squatter 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si ton mec vient de te plaquer 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si du Bouguen tu veux te jeter 

 

Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si pour le mélo y a plus d'entrées 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si t'en a marre de galérer 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si dans le bus tu t'es fait choper 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Si dans le bus tu t'es fait pécho 
Deus da Lambé d'ober un dro 
Si t'as de la beuh à  partager 
Viens donc faire un tour à  Lambé 
Et si t'aimes bien la marche à  pied 
Viens donc faire un tour à  Lambé

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 18:36

 

 

Merci à mon guide Pascal qui m'a fait passé un agréable moment

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 11:22

 

 

C'est à un certain Derrien (voir le premier comté de Penthièvre, page n° 4 ), que l'on attribue l'aménagement d'un vaste château-fort à présent disparu et qui donna son nom à cette localité de la Roche-Derrien, petite bourgade d'une superficie de 183 hectares. Des sources variées donne pour filiation à ce personnage le fait d'être fils d'Henri et neveu du duc Alain III. Mais en réalité, Alain III, fils de Geoffroi Ier et de Havoise de Normandie n'avait qu'un seul frère : Eudon, à l'origine de la première dynastie de la Maison de Penthièvre, ainsi qu'uns sœur prénommée Adèle, et qui fut la première abbesse de Saint-Georges de Rennes. L'autre source considère le dit Derrien comme bastardus de ce fameux Eudon de Penthièvre. Et c'est sans nul doute à cette dernière hypothèse qu'il vaut mieux se rallier. Sous le pontificat de Martin, évêque de Tréguier en 1067, le dit Derrien reçut en partage la seigneurie de la Roche-Jaudy et c'est vraisemblablement vers 1078-1079 qu'il procéda à l'aménagement de cette défense sise au sud-ouest de la ville de la Roche-Derrien sur l'endroit qu'occupe à présent le quartier du Calvaire.

 

 

En guise de château-fort il faut y voir dans un premier temps une défense castrale. C'est au cours du douzième siècle que fut aménagé ce château-fort. Il reposait sur des substructions gallo-romaines qui en soutenait les fondations. Gaultier du Mottay apporte cette précision : l'aire de ces substructions offre un appareil en maçonnerie parfaitement identique à celui de Trégastel. On y a recueilli plusieurs médailles de la famille Antonine qui furent déposées chez monsieur Guillerm, un temps propriétaire de l'endroit. Mais aussi des monnaies de Posthume et de Marius (petits bronze), trouvées dans un jardin voisin. D'autres traces antiques furent découvertes au nord de la ville de la Roche-Derrien : au Bouret. Enfin entre la Roche-Derrien et le Pont de Tréguier plusieurs parcellaires situés sur la rive droite de la rivière portent le nom de Parc ar Chastel et recèlaient également des substructions et débris gallo-romains ainsi que des urnes cinéraires. Manifestement l'ancienne place-forte reposait sur un poste de guet romain. Des ruines sous le calvaire du château-fort détruit sur ordre du duc Jean IV en 1394 ne consistant que dans deux pans de murs et un caveau souterrain dans lequel on a trouvé des boulets en pierre et des débris de poterie et des fers à chevaux datés du XIVe siècle.

 

 

Boulet en pierre

(édition Le Flohic)

 

En 1872, en creusant une carrière au centre de la ville des monnaies bretonnes de Jean IV à Jean V ont été découvertes, associées à des monnaies de Philippe Le Hardi, duc de Bourgogne, Louis de Masle, duc de Flandre, Charles II, duc de Lorraine. Pierre Le Baud chroniqueur dont nous avons emprunté le récit sur la libération de la Bretagne du joug normand évoque aussi cette forteresse de la Roche-Derrien :  La forteresse este dans l'ombre et se détache en contre-jour dans le soleil levant, entourée de murailles crénelées et de douves, dressant cinq hautes tours circulaires et, au centre, un donjon carré couvert d'une toiture pointue. La ville et sa forteresse sont perchées sur un escarpement. En contrebas, une rivière miroite au soleil ". Outre cette défense, vers 1160, la petite cité émergente fut pourvue d'un prieuré dédicacé à Sainte-Croix, et la dotation mentionne quatre moulins à vent dont un à la Roche-Derrien, ainsi que d'un port fournissant du sel. Port qui sera un jour délaissé au profit de celui de Tréguier.

 

Derrien seigneur de la Roche fut le père de Robert, titré de Quemper vivant en 1190. Lequel Robert était père de Eudon de la Roche -ci après. Un temps, c'est le représentant de la branche aînée de Penthièvre : Henri, comte de Treguier et de Guingamp, qu'il transmit à son fils cadet Conan, le titre de seigneur de la Roche-Derrien. Henri comte de Tréguier et de Guingamp, fils de Etienne et petit-fils de Eudon, épousa, l'an 1151 Mathilde, fille du comte de Vendôme ; quant à son fils Conan, titré seigneur de la Roche-Derrien, il épousa Aliénor, et laissa un fils et une fille. (P. Anselme , t. III.) : Alain, vivant en 1237 et Plaisou, héritière de la Roche-Derrien, elle apporta cette seigneurie à son mari : Olivier de Clisson. Eudon de La Roche-Derrien, arrière-petit-fils de Eudon de Bretagne et petit-fils de Derrien qui donna son nom la ville de la Roche, portait en 1203 deux léopards l'un sur l'autre. Ces armes rappellent celles de Normandie, et on n'ignore pas la part active que le fils et le petit-fils d'Eudon prirent la conquête de l'Angleterre par les princes normands. J'ai vu l'abbaye de Bégard une pierre tumulaire qui pourrait bien avoir été sur sa sépulture. Près d'une grande croix très-ornée, on lit inc. iacet. evdo. de. evpe. Son sceau portait sigillum. eudonis. de. rupe. Eudes de la Roche-Derrien engagea toute la terre qu'il possédait dans la Basse-Bretagne au vicomte de Rohan pour les 600 livres que celui-ci lui avait prêtées avant son départ pour la croisade en 1218, qu'il remit entre ses mains le château de la Roche, à la condition de le faire garder; et que de plus il stipula entre autres conventions, que s'il venait à mourir pendant son voyage, ainsi que son neveu, l'un des frères du vicomte de Rohan épouserait la fille d'Eudes, qui n'était pas encore mariée. On ne saurait expliquer pourquoi Robert, fils aîné de Derrien, premier seigneur de la Roche, prit le surnom de Quemper, qu'on trouve souvent écrit dans les titres Kaemper et Kemper, qu'en acceptant comme parfaitement exacte la tradition qui le dit avoir été apanagé de la vicomté et châtellenie de Quemper-Guezenec, près Pontrieux, évêché de Treguier, qui avait appartenu à son ancêtre Guezenec, l'un des fils de Benedic, comte de Cornouailles. C'est à notre avis la seule opinion qu'on puisse avoir en l'absence de documents écrits. Cette châtellenie, regardée comme le berceau de la famille, depuis qu'elle a pris le nom de Quemper, est passée successivement aux maisons de la Roche-Jagu, aux Péan et aux d'Acigné Grandbois. Le Marquis de Magny (Livre d'or de la Noblesse). La châtellenie de La Roche-Derrien consiste en cette seule ville, deux villages de Pommerit-Jaudy, Pen Bizien et Kervaudu, et Kersalliou, haute justice de Pommerit-Jaudy qui est la seule juridiction dans sa mouvance -Yannick Botrel Les justices seigneuriales de l'évêché de Tréguier .

 

Cette ville du moins rappelle encore d'illustres souvenirs; elle appartînt Du Guesclin et fut l'origine de la fortune de ce héros, issu comme on le sait d'une famille peu opulente. Charles de Blois lui donna la seigneurie de la Roche-Derrien pour récompenser ses signalés services et il se plut l'habiter souvent.

 

Prise de la Roche-Derrien.

 

Le comte de Nortampthon prend Carhaix et vient placer le siège devant Guingamp ; mais, voyant qu'il ne peut s'en rendre maître, il en brûle les faubourgs et va assiéger la Roche-Derrien. Les habitants de cette ville furent très-surpris de se voir assiégés, au mois de Décembre. Ils ne perdirent pas courage, et soutinrent avec beaucoup de vigueur le premier et le second assaut, qui dura deux jours entiers. Le danger qu'ils coururent pendant l'incendie d'une de leurs portes, put seul les forcer à capituler. Le comte, satisfait de la bravoure de la garnison et de celui qui la commandait, leur permit de sortir de la place avec armes et bagages. Mais la garnison qu'il y plaça commit toutes sortes de dégâts à Tréguier et dans les environs.

 

Prise de Lannion.

 

Richard (Toussaint), commandant de la garnison laissée à la Roche-Derrien par les Anglais, après plusieurs tentatives sur Lannion, finit par gagner deux soldats de la garnison de cette ville, qui lui ouvrirent une fausse porte, un dimanche, à la pointe du jour. Les Anglais entrent aussitôt tumultueusement, pillent et tuent un grand nombre d'habitants. Le chevalier Geoffroy de Pontblanc, s'étant réveillé, descend précipitamment dans la rue, et là, armé d'une lance et d'une épée à deux mains, il repousse les Anglais et se défend long-temps seul contre ceux qui se présentent ; mais enfin, accablé par le nombre, il tombe et est achevé par les Anglais, qui se ruent dessus, et, pour signaler leur barbarie, lui arrachent les dents. Bon nombre d'autres chevaliers furent tués, d'autres faits prisonniers, d'autres enfin s'enfuirent avec les habitants. Pendant ce temps, les habitants de la Roche-Derrien étant allés avertir en toute hâte la garnison de Guingamp, que les Anglais étaient occupés à piller Lannion, Tournemine, qui commandait dans Guingamp, se mit aussitôt en campagne pour prévenir leur retour. Mais les Anglais, informés de ce qui se passait, traversèrent précipitamment la rivière le Jaudy, au lieu dit le Gué, au Provost, et se postèrent en embuscade entre Tournemine et la Roche-Derrien. Un vif combat s'engagea bientôt entre les deux garnisons , qui perdirent chacune beaucoup de monde ; mais le champ de bataille resta encore aux Anglais, qui traitèrent ensuite durement les habitants de la Roche-Derrien, pour les punir de leur manque de fidélité envers le jeune comte de Montfort et ses alliés.

 

 

Bataille de la Roche-Derrien.

 

An 1347. Charles de Blois, fatigué des engagements sans résultat provoqués par lui depuis un an, veut tenter un coup décisif. Il rassemble ses troupes et va assiéger la Roche-Derrien. Son armée était d'environ 1,200 cavaliers et 12,000 hommes de pied. Thomas d'Ageworte, ayant appris vers Carhaix que la Roche-Derrien était assiégée, se porte vers ce point avec environ 9,000 hommes, traverse des bois et sentiers détournés et arrive à Bégard vers la fin du crépuscule. Il y fait prendre dans l'abbaye, alors déserte, quelques heures de repos à ses troupes, et, après leur avoir donné le mot d'ordre et recommandé de tuer tous ceux qui n'y répondraient pas, il se met en marche vers minuit, passe la rivière Le Jaudy au pont Aziou, et arrive par le grand chemin au quartier de Charles de Blois, qui était entre le moulin et la maladrerie. La nuit étant très-obscure, les sires de Derval et de Beaumanoir, Robert Arrel et autres chevaliers qui étaient de garde ne s'aperçurent pas de l'approche des Anglais. Ce furent les valets de la maladrerie qui, ayant entendu le bruit de plusieurs piétons, jetèrent l'alarme. Le guet courut et engagea l'action avec tant de succès, que Thomas d'Ageworte fut fait prisonnier dans cette première attaque ; mais il fut bientôt repris par les siens. Charles de Blois étant accouru, anima ses soldats par son exemple et fit encore prisonnier le même Ageworte. Le vicomte de Rohan, le sire de Laval et plusieurs autres seigneurs se battaient de leur côté , au flambeau , avec un courage digne de la victoire. Les Anglais ayant perdu une seconde fois leur commandant, envoyèrent demander du secours au capitaine de la Roche-Derrien. Cet officier sortit aussitôt à la tête de 500 hommes armés de haches, perça la ligne de bataille de Charles de Blois, rendit la liberté à Ageworte et fit un horrible carnage de tous côtés. Charles, attaqué par-devant et par-derrière, environné d'un monceau d'illustres morts, et ne pouvant être secouru de la moitié de ses troupes, qu'il avait placée de l'autre côte de la rivière, battit en retraite jusqu'à la montagne de Mezeaux. Là, adossé contre un moulin à vent , il se défendit encore quelque temps; mais enfin, percé de dix-huit plaies, et ayant perdu une partie de son sang, il fut contraint de se rendre à Robert Duchatel, chevalier breton, qui le conduisit à la Roche-Derrien. Les Français, privés de leur chef, se débandèrent aussitôt et prirent la fuite. Cette mémorable bataille se donna le 18 Juin 1347. Les principaux seigneurs qui périrent dans cette nuit furent les sires de Laval, de Montfort, de Châleaubriant, de Derval, de Rouge, de Quintin, de Rais, de Rieux , de Machecou , de Rostrenen, de Loudéac, de la Roche et de la Jaille, Guillaume Quintin, Geoffroy Tournemine et Thiebaud de Boibouexel, avec plus de quatre mille hommes d'armes.

 

...... L'an mil trois cents

Quarante-sept furent dolents,

En Juin le vingtième jour,

Car ils eurent trop peu d'honnour,

A la Roche-Derrien en Tréguier,

Où mourut maint bon chevalier,

Maint vassal et maint bon baron,

Et maint escuyer de renom.

Furent morts, pris et déconfitz,

Les uns armés, autres ez litz.

Ce fut la nuit à ta chandelle ;

La bataille y fut moult belle ;

Car, contre chaque (à mon avis),

Des gentz Jehan , se trouvaient six

Des gentz de Charle , armés très-bien ,

Tous fins et ne manquant de rien.

Là moururent dans la bataille

Chevaliers de moult belle taille ,

Gens d'état et de noble affaire

Qui ne se purent en retraire.

Mais comme je ne pourrais

Tous les citer , ni ne saurais ,

Je nommerai les principaux

Qui là souffrirent tant de maux ,

Que morts, ils churent en la place

De coups de hache ou de masse :

Premier, le sire de Laval,

Rohan , Montfort , Rogé , Derval ,

Le sire de Chateaubriand ,

Là moururent en un moment.

Moult fut grande l'occision

Et maint un conduits en prison.... »

Roman des Banneret.

 

L'action terminée, Thomas d'Ageworte entra dans la Roche-Derrien, où il trouva Charles de Blois étendu sur un lit de plume. Il voulut l'obliger à se rendre à lui ; mais, n'en pouvant venir à bout, il ordonna à quatre archers de tirer sur lui. Cet ordre inhumain ne fut pas exécuté, et Charles de Blois fut transporté à Vannes, d'où, un an plus tard, il fut envoyé en Angleterre, laissant à la comtesse de Penthièvre, son épouse, le soin de ses affaires, comme l'avait fait le comte de Montfort lui même en partant pour l'Angleterre, quelques années auparavant. Reprise de la Roclie-Derrien, Depuis la fatale journée de la défaite des Français, les Anglais exercèrent toutes sortes de cruautés sur les habitants du pays ; ils les massacrèrent en partie et n'en laissèrent vivants que le nombre nécessaire pour la culture du sol. Les nobles des environs s'en plaignirent à Philippe de Valois, qui leur envoya pour tout secours quelques troupes sous les ordres du sire de Craon et d'Antoine Doria. Ce renfort leur paraissant insuffisant, ils armèrent les gens du pays et se portèrent sur la Roche-Derrien vers le mois d'Août. La place fut attaquée et défendue pendant deux jours avec beaucoup de courage. Les Anglais voyant qu'ils ne pouvaient soutenir longtemps d'aussi rudes assauts, cherchèrent à temporiser. Mais le sire de Craon, qui craignait que Thomas d'Ageworte ne vînt au secours de la place, promit cinquante écus à celui qui monterait le premier à la brèche ; et la ville fut prise en un instant. On passa au fil de l'épée tout ce qui s'y trouvait, femmes, enfants et vieillards. Deux cent cinquante Anglais qui s'étaient réfugiés dans le château, et qui, après s'être rendus, avaient pu être conduits sous escorte à Chàteauneuf, de Quintin, y furent massacrés par les bouchers, les charpentiers et autres artisans, qui voulaient venger sur eux la mort de tant d'amis. Le duc de Bretagne Jean V s'empara en 1409 de plusieurs place du Penthièvre dont celle de la Roche-Derrien. Mais le 8 août 1410, il consentit à restituer à Marguerite de Clisson l'endroit. Toutefois, la tentative de renversement de ce duc Jean V incita ce dernier à s'emparer une nouvelle fois de cette place-forte, laquelle fut définitivement annexée au domaine ducal le 16 février 1425.  

 

 

Margot de Clisson

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 05:39

Comme les Bretons reprinrent leur force & occistrent touz les Normans qu'ilz trouverent en Bretaigne, & comme Alain Barbetorte retourna d'Angleterre, & comme il occist lesditz Normans à Dol, à Saint-Brieuc & a Nantes & restaura laditte cité de Nantes.

 

 

Apres toutes les cruelles persécutions dessus dittes par lesquelles Nostre-Seigneur ainsi comme père débonnaire chastiant ses enffans permit gaster & tourmenter moult longuement l'eglise & le peuple de Bretaigne en la parfin icelui compaciant & ayeant mercy ainsi que s'il eust été courroucé, se recorda de faire miséricorde, car assez tost après la desolacion dessusditte reprindrent les Bretons leurs forces et ceulx qui en la region estoient estranges avoez & accompaignez ensemble prinrent leurs armes et combattirent contre leurs ennemis , lesquelx ils chacèrent par puissance hors de leurs contrées & le jour de la sollempnité Monsieur Sainct-Michel l'an de Nostre Seigneur neuf cens XXXI les Bretons qui estoient demourez occisrent touz les Normans qu'ils porent trouvez en Bretaigne & premierement leur duc Felascon, & de cette emprinse fut premier acteur & inventeur ung noble jouvenceau comte de Rennes appelé Juthael & seurnommé Beranger, qui droittement estoit descendu de la lignée royalle des princes de Bretaigne, lequel estoit preux & vaillant combateur. Et apres que ces Normans furent ainsy occis occupa certaine porcion de la region de Bretaigne, laquelle il s'efforça de deffendre à l'encontre des aultres Normans qui pour vengence prendre de la mort des leurs estoient en Bretaigne entrez à puissance de armes & par force guerroient le pays. Mais d'autre part, l'an IXc XXXVI les Bretons retournant des transmarines régions reprindrent leur terre occupée par iceulx Nomans, c'est assavoir Allain Barbetorte, dont il est parl cy-devant, qui pour la persécution d'eulx jadis avoit esté porté par le comte de Pohel son père à la court du Roy d'Angleterre, où il avoit esté norry jucques à ce qu'il fut parcreu & devenu home fort, robuste & de si grant vertu que il ne deignoit les sangliers ne les ours ès forests occire avecques le fer, mais avecques les bastons de fust seullement. Cestui Allain en l'an devant dit assembla petit navire & avesques les Bretons qui encore estoient demourez & qui en la compaignie de Mathuedons son pere & de lui estant encore jeune enssent avoient passé en Angleterre retourna en Bretaigne par congié du roy Alscant. Et comme premièrement il se applicast à Dol, il trouva ou monastère d'illec une tourbe de Normans qui célébroient noces, festes & esbastemens, laquelle il assaillit soubdainement & en despourveu & la detroucza. Et d'illec en après ledit Allain ouyant que à Saint-Brieuc y en avoit une autre compaignie, nagea jusque à ce lieu & occist tout ce qu'il peut trouver de Normans ; pourquoy les autres qui estoient espanduz par toute la région ouyans la rumeur de sa venue, presque toute la terre delaissèrent. Et adonc lesditz Normans ainsy déchaucez, les Bretons de toutes parts vindrent audit Allain, l'establirent seigneur & prince sus eulx & après ces choses entendi Allain que vers la cité de Nantes en avoit grant assemblée qui icelle cité vouloient habiter, pour quoy il assembla ses chevaliers non pas grant miliaire & chevaucha jusques à icelle cité & en trouva grant multitude de herbergez ou pré Saint-Aignan & combati contre eulx, mais ils prisèrent peu sa force & l'enchassèrent jucques en la sumitté de la montaigne & ainsi que illecques il demouroit grandement lassé & souffrant très grant soif, il commença à plorer griesvement la Sainctemere de Dieu Marie par prières songneuses invocquer que elles le deignast secourir & une fontaine d'eau lui ouvrist dont lui & ses chevalliers peussent boire & reprendre leurs forces. Aux prières duquel la Vierge Marie ouvrit une fontaine, laquelle est encore appellée la fontaine Nostre-Dame, d'icelle beurent suffisamment lui & ses chevalliers ; par quoy ils reprinrent leurs forces, lesquelles ainsi recouvertes, retournèrent à la bataille & empounièrent & combattirent les Normans par grant force & leur restirèrent si aigrement qu'ilz les detranscherent tous, fors ceulx qui s'enfuirent, lesquelx grandement espovantez descendans par le chanel de la Laire s'enfuirent. Et donc alors Allain Barbetorte, tous ceulx Normans vaincuz & de toutes ces contrées chassez, entra en la cité de Nantes qui par plusieurs ans avoit été déserte, puix alla à l'eglise de Saint-Pierre & Saint-Paul avecques touz les siens, faisant voyes à leurs espées & transchants les espines & les ronces qui par tous lieux de la cité estoient creues ; mais come il fut parvenu devant l'entrée de l'eglise les appoiz derompuz sans nulle couverture & lors estoient bien deffigurez & privez de leur forme & beauté, du temps que elle fut premièrement construicte par le saint evesque Felix, ainsi que saint Fortunat évesque de Poitiers la descript. Icellui Allain & ses compaignons deprierent de ung mesme accord par les suffrages les appostres & moult pleignirent la beauté de leur eglize qu'ilz cognoissoient par ces demonstrances, & ledit Allain quand il eut regardé les rues & les marchez proffitables de toute la cité, il voulut illecques faire son siège principal & manda à touz les Bretons qu'il le hastassent de venir à lui chargez de vin. Et quand ils eussent assemblez il leur commanda faire ung grand terrain à l'environ de l'eglise, comme l'euvre du premier chasteau avoit esté. Et apres l'accomplissement d'icelle chose reffist Allain la tour principalle & en icelle tour establit sa maison. Adonc les comtes de Bretaigne, les barons & les vicomtes encore fuictiffs par plusieurs regions ouyans ceste chose & que Allain Barbetorte neveu de Allain le Grand estoit prince & duc de toute la Bretaigne & avoit chacé les Normans, ils accoururent à luy moult joyeux de toutes pars entre lesquelx y vint Hotron evesque de Nantes en sa vie. Car Afalardus qui evesque en avoit esté, estoit trespassé avecques touz ses clercs, excepté seullement Letard archidiacre, Ogier, Hugues & Durand seurnommé Pabion qui entendans la rumeur de ceste recouvrance parvinrent à la cité de Nantes & plaignans grandement la dignité de leur eglise & la noblesse de sa beauté qu'ilz avoient regardée de leurs yeulx, rapporterent par memoire & declairerent les cens, rentes, possessions, terres, devoirs, priviléges, libertez & franchises de par avant appartenans à ladite eglise & dont les chartes royalles estoient deperies par l'oppression des Normans. Lesquelles choses ledit Allain leur confirma & divisa en troys parties le tribut des marchandises de la mer prinse au rivage, dont il retint la première partie pour soy, la seconde concéda aux evesques & la tierce au vicomtes.  

Extraits de Cronicques et ystoires des Bretons de Pierre Le Baud

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 04:03

Pourtant Robert de Vitré et Guillaume de la Guerche n'étaient point demeurés inactifs. Eux aussi avaient appelé à leur aide des seigneurs angevins, leurs parents ou alliés, entre autres, les sires de Candé et de Mathefélon. En face des deux grosses armées de Bretagne et d'Anjou, tout cela ne faisait encore qu'une poignée ; la seule chance de salut pour les barons, c'était de se jeter entre les deux princes, pour empêcher leur jonction, d'en surprendre et d'en battre l'un d'abord, afin de se retourner ensuite contre l'autre. Cachés avec leurs troupes dans la forêt de la Guerche beaucoup plus vaste alors qu'aujourd'hui ils dérobaient avec soin le secret de leur marche et épiaient assidûment celle de leurs ennemis, prêts à tomber sur celui qui leur prêterait le flanc. Un beau matin, en effet, ils s'élancèrent tout à coup de leur forêt, surprirent et égorgèrent à petit bruit l'avant-garde de Conan, chargée de défendre le pont de Visseiche, puis forçant ce pont, tombèrent comme la foudre au milieu de l'armée bretonne encore dans ses tentes, et qui ne s'attendait à rien : massacre, déroute et sauve-qui-peut général, et de plus butin immense, tout le camp restant aux mains des vainqueurs, y compris la tente ducale, celle des barons de Retz et de Malestroit, avec nombre de prisonniers de marque, entre autres l'évêque de Rennes qui suivait le duc. Ce dernier s'enfuit d'une traite à Châteaugiron, et le comte d'Anjou, qui sut le jour même ce désastre, repassa aussitôt la frontière.

 

 

Robert alla assiéger Vitré, où il rentra bientôt (en décembre 1144) par le moyen d'un des habitants qui avait, neuf ans plus tôt, contribué à mettre la ville aux mains du duc de Bretagne, et que le souvenir de cette trahison bourrelait de remords. Robert n'était pourtant pas encore au bout de ses peines. L'année suivante (1145), il guerroya contre le sire de Mayenne, et eut la compagnon de toutes ses traverses. Puis, après dix ans de repos, il vit tout à coup se lever contre lui son second fils Robert, devenu son héritier présomptif, à qui il avait déjà donné en apanage tout le Vendelais. Mais ce méchant, poussé par d'autres , trouva que son père vivait trop et le somma de lui céder la place. En effet, dit Pierre Le Baud, « il assembla ses forces, vint à Vitré et entra au Bourg-aux-Moines, où il saisit l'église de Sainte-Croix et la fit enfermer avec le circuit à l'entour, ainsi que les fossez du vieil chasteau se contenoient (les fossés du château de Riwallon). Et alors estoit son père en sa salle (c'est-à-dire dans le nouveau château, bâti par Robert Ier ); mais adonc Robert le Jeune cueillit tout son pouvoir, et assaillit le chastelet (le nouveau château) et assiégea son père. Quand le père aperçut celle chose, il ne la put longuement endurer, mais issut de sa maison, laissa son chasteau et toute sa terre.... et s'en alla au duc Eudon (Eudon de Porhoët) qui en celui temps tenait Bretagne (en 1155). » Le duc ménagea un traité de paix entre le père et le fils ; mais le vieux Robert avait été frappé au coeur; aussi Le Baud ajoute-t-il que après celle paix faite ne voulut plus le père tenir sa terre, ains s'en alla à Tours et se rendit à Dieu et à saint Martin de Mairemontier. Si prit habit monachal en cette abbaye, et sous cet habit finit ses jours et trespassa en Jésus-Christ en ladite abbaye , où il eut honorable sépulture. » (Chroniques de Vitré, p. 26 et 27.) N'est-ce pas une curieuse figure ce baron du XIIe siècle, si rudement martelé, d'un bout de sa vie à l'autre, par tant d'infortunes, vainqueur d'un duc de Bretagne , vaincu par l'ingratitude d'un fils rebelle , et qui se jette enfin au cloître comme dans un port? Ce méchant fils (Robert III de Vitré ) eut une aubaine qu'il ne méritait guère. En combattant pour soutenir Eudon de Porhoët et le parti breton contre le parti anglais de Conan IV, il fut fait prisonnier et remis à la garde de Rolland , sire de Dinan. Rolland avait une soeur, Emme, qui s'éprit du prisonnier et s'y prit si bien qu'elle l'épousa. Bien plus, Rolland étant mort sans laisser d'enfants, c'est Alain, deuxième fils d'Emme et de Robert, qui fut appelé à lui succéder; et ainsi la vicomté de Dinan devint le patrimoine d'un cadet de Vitré. Robert III mourut en l'an 1173. André II, son fils aîné, qui lui succéda dans la baronnie de Vitré, fut un des plus intrépides et des plus dévoués champions de l'indépendance bretonne contre la domination anglo-normande, que Richard Coeur-de-Lion et Jean Sans-Terre s'efforçaient d'imposer à notre pays par le fer et le feu. Dire tout ce qu'il fit pour sauver des griffes anglaises la duchesse Constance, son fils le jeune duc Arthur, et avec eux la Bretagne, nous mènerait beaucoup trop loin. André II alla aussi jusqu'à deux fois combattre les infidèles en Palestine : la première en 1184, pour satisfaire à un voeu fait par son père, dont la mort avait empêché l'accomplissement , la seconde, en 1190, lors de la troisième Croisade, dirigée par les deux rois Philippe-Auguste et Richard Coeur-de-Lion. Sur la fin de sa vie, en 1210, il reprit la croix une troisième fois, et s'en fut combattre les hérétiques de l'Albigeois; revenu de cette expédition un an après, exténué de fatigue, il tomba malade et ne tarda pas à mourir en 1211, et non pas en 1221, comme l'ont dit certains auteurs , abusés par une faute d'impression des Chroniques de Vitré. André II avait fondé dans sa ville deux établissements fort importants, l'hôpital Saint-Nicolas et la collégiale de la Magdeleine : le premier vers 1190, avant de passer en Palestine à la suite du roi Philippe-Auguste, le second en décembre 1209, à la veille de son départ contre les Albigeois. La Magdeleine fut construite par André II dans l'avant-cour même de son château, dont elle était la chapelle. Mais l'hôpital n'eut point originairement la place qu'il a de nos jours ; il était situé quelque part, au sud-est du château, sur la ligne qu'occupent maintenant les remparts de la ville. André III de Vitré, fils aîné et successeur d'André II, fut très mêlé aux guerres du duc Pierre Mauclerc contre les barons de Bretagne et contre le roi saint Louis. D'abord, André tint le parti du duc, notamment en 1222, à la bataille de Châteaubriant, au gain de laquelle il contribua fort. Plus tard, ayant reconnu la fourbe de ce prince, il l'abandonna, et quand, en l'an 1230, saint Louis entra en Bretagne pour châtier la perfidie de Mauclerc, André III fut des premiers à se rendre auprès du roi et à recevoir les troupes royales dans ses châteaux. Du reste , il eut comme son père le goût des pèlerinages et des croisades. En 1226, il fut visiter Saint-Jacques de Compostelle. En 1239, il fit en Terre-Sainte une première expédition, à la suite de Pierre Mauclerc, que la majorité de son fils (le duc Jean le Roux) avait à la satisfaction générale déchargé du gouvernement de la Bretagne. En 1248 , il partit de nouveau pour prendre part, sous les ordres de saint Louis, à la septième Croisade ; l'année suivante, il était avec ce grand roi au siège et à la prise de Damiette; il fut tué, le 8 février 1250, dans la célèbre bataille de la Massoure. C'est lui qui entoura le premier sa ville d'une ceinture de remparts, dont le périmètre est encore marqué très-fidèlement par ce qui reste des vieux murs de Vitré. Pour établir cette enceinte, construite de 1220 à 1240 environ, il fallut nécessairement détruire beaucoup de maisons, entre autres l'église et les bâtiments de l'hôpital Saint-Nicolas. C'est alors que cet hôpital fut transféré au pont du Rachat sur la Vilaine (juxta pontem de Raschat), situation qu'il occupe encore maintenant. André III donna pour l'y rétablir en l'an 1222 n vaste terrain s'étendant de chaque côté de l'eau , son parc et son verger seigneurial attenant à ce terrain, avec faculté de bâtir sur la rivière, avantage fort estimé alors, à raison des facilités qui en résultaient pour le service de l'établissement. Autour de cet hôpital et de sa chapelle on vit aussitôt se grouper de nouvelles habitations qui, de proche en proche, en s'étendant le long de la route de Vitré à Fougères, ne tardèrent pas à former un nouveau quartier, Ainsi, dès le milieu du XIIIe siècle,Vitré existait déjà avec tous ses principaux développements et tout ce qu'on peut appeler ses membres essentiels. La ville proprement dite était bâtie et close de remparts, flanquée à l'Est du bourg Saint-Martin, au Nord du Rachat, au Sud-Ouest du bourg Sainte-Croix ou Bourg-aux-Moines. Enfin, sous le château s'étendait aussi un petit quartier, appelé le Fort-Neuf (aujourd'hui la rue de Rallon et rues avoisinantes), reliant ensemble la ville close, le Bourg-aux-Moines et le Rachat, et, quant à son origine, contemporain de la forteresse élevée par Robert Ier sur cette haute pointe de rochers qui domine la Vilaine. Les trois églises paroissiales, l'hôpital, la collégiale, les deux prieurés bénédictins , étaient fondés et en voie de prospérité.

 

 

La Collégiale

 

On peut donc dire que la création de la ville de Vitré a été l'oeuvre de la première dynastie de ses seigneurs, de la race énergique de Riwallon; aussi cette oeuvre terminée, cette vieille race ne tarda point à disparaître. André III, quand il périt à la Massoure, le 8 février 1250, laissait un fils, André IV, âgé de deux ans à peine, et qui mourut dès le 15 mars 1251. Par cette mort, la baronnie de Vitré échut à la soeur aînée d'André IV, appelée Philippe ( Philippa) , mariée de puis 1239 à Gui VII, sire de Laval. La terre de Vitré resta dans la maison de Laval pendant plus d'un siècle et demi; mais en 1412, Gui XII de Laval mourut sans autre héritier qu'une fille, Anne, mariée à Jean de Montfort, seigneur de Montfort-Ia-Cane, laquelle porta dans la maison de son mari tous les domaines de celle de Laval, y compris Vitré. Pour payer ce vaste héritage, Jean de Montfort consentit à prendre le nom et les armes de sa femme, et même à échanger son prénom contre celui de Gui, héréditaire chez les seigneurs de Laval ; il fut le treizième du nom. La maison de Laval -Montfort garda la terre de Vitré pendant cent trente-cinq ans ; en 1547, Gui XVII étant mort sans enfants, il fallut retourner aux collatéraux et aux hoirs par les femmes; Vitré, avec tous les biens de Laval, passa ainsi successivement dans la maison de Rieux (de 1547 à 1567), puis dans celle de Coligny (un fils et un petit-fils de d'Andelot furent barons de Vitré de 1567 à 1605), pour se fixer enfin dans l'illustre famille de la Trémouille, qui conserva cet immense héritage jusqu'à la Révolution.

 

 

Claude de La Trémoille & Charlotte-Brabantine d'Orange-Nassau

 

Nous n'entrerons pas dans le détail de ces diverses dynasties seigneuriales; leur existence est loin d'être aussi intimement liée à celle de notre ville que la race primitive de Riwallon, la seule qui ait porté le nom de maison de Vitré. D'ailleurs, leur histoire est plus connue, les Bénédictins ayant pris soin de la donner dans leur Art de vérifier les dates. Mais nous croyons devoir ajouter ici quelques notions qu'on chercherait vainement ailleurs sur l'étendue de l'antique baronnie de Vitré. C'était une des plus grandes seigneuries de notre province, la plus étendue assurément de toute la Haute-Bretagne. Au Nord, elle montait jusqu'au Couesnon, à une lieue environ de la ville de Fougères ; au Sud, elle descendait jusques et y compris la paroisse de Villepôt, à quatre lieues de Châteaubriant, soit une quinzaine de lieues de longueur. Sa plus grande largeur, de l'Est à l'Ouest , était de la frontière bretonne , auprès du Pertre, à la paroisse d'Acigné , soit neuf à dix lieues ; mais ailleurs son territoire était moins large et s'étrécissait surtout beaucoup vers le Sud, pressé entre la baronnie de la Guerche, d'une part, et d'autre les seigneuries de Brie, du Teil et de Piré. Malgré cela, elle s'étendait dans plus de quatre-vingts paroisses , et dans ce nombre il y en avait au moins soixante-dix relevant du baron de Vitré, en proche ou en arrière fief, pour la totalité ou la très-grande généralité de leur territoire. De toute antiquité, cette grande baronnie était divisée en quatre châtellenies ou siéges de juridiction, savoir : Vitré, Chevré, Châtillon-en-Vendelais et Marcillé. Car je ne veux parler ici ni du fief possédé par le seigneur de Vitré dans la ville de Rennes, ni de la châtellenie d'Aubigné, qui fut pendant plus de quatre siècles (du XIIIe au XVIIe) regardée comme un des membres de la baronnie de Vitré. La châtellenie de Châtillon comprenait le Nord de cette baronnie, soit seize paroisses, faisant toute la partie du pays de Vendelais (pagus Vendellensis) située au sud du Couesnon. La châtellenie de Vitré occupait le centre et formait le principal membre de la seigneurie , fort de quarante et quelques paroisses. La châtellenie de Marcillé, unie avec la vicomté de Bais, en renfermait une quinzaine et formait la région méridionale de la baronnie. Quant à la châtellenie de Chevré, elle se distinguait des autres par un trait assez caractéristique : elle représentait le territoire originairement couvert par l'ancienne forêt de Chevré, l'un des quartiers de cette immense forêt rennaise, célèbre dans notre histoire, et dont le duc de Bretagne, en créant la baronnie de Vitré, avait détaché une part pour décorer le nouveau fief. De là la composition de cette châtellenie, formée de pièces répandues assez irrégulièrement dans une douzaine de paroisses , qui par le reste de leur territoire relevaient de la châtellenie de Vitré. Au siècle dernier, en pleine décadence du régime féodal, on comptait encore , parmi les fiefs nobles relevant de la baronnie de Vitré, jusqu'à une centaine de terres à juridiction , dont soixante environ à haute-justice. Parmi ces dernières, on peut noter comme les principales : Acigné, Tizé en Torigné, Serigné en la Bouëxière, le Bordage en Ercé-sous-Liffré , Mézières, Saint-Jean-sur-Couesnon , le Bois-Lehou en Luitré, Mué en Parcé, Taillie, le Châtelet en Balazé, les Nétumières en Erbrée, Epinay en Champeaux, Saudecourt et Fouesnel en Louvigné-de-Bais, le Pinel en Argentré, la Roberie en Saint-Germain du Pinel , la Motte de Gennes (en Gennes), la Motte de Moutiers (en Moutiers), la Rigaudière en le Teil, la vicomté de Fercé et celle de Tourie , et les deux antiques châtellenies de Retiers et de Martigné-Ferchaud , etc.

 

 

Arthur de la Borderie.

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 12:47

 

 

La baronnie de Vitré, l'une des plus importantes de Bretagne, ayant été fondée vers le milieu du XIe siècle, ses premiers seigneurs, Riwallon (1008-1030) et Tristan (1030- 1045), eurent pour principal souci de se défendre contre les incursions ennemies qui menaçaient les marches de la province dans ce but fut édifiée une forteresse sur l'emplacement actuel de l'église Sainte-Croix. Mais leur successeur, Robert Ier (1045-1090), la déserta jugeant, avec raison, qu'elle serait en meilleure position stratégique sur le coteau rocheux dominant la profonde vallée de la Vilaine, au Nord et à quelques centaines de mètres de l'emplacement qui avait été choisi d'abord il construisit alors, vers 1060, un nouvel et puissant château, sur lequel s'appuyèrent les remparts qui protégeaient la ville, laquelle s'était formée et développée à son Orient. Vers 1110, leur successeur, André Ier, donna son château abandonné aux religieux bénédictins de l'Abbaye de Marmoutier-lès-Tours,lesquels fondèrent en cet endroit un prieuré ce fut l'origine de, la paroisse Sainte-Croix et le souvenir de ce monastère subsiste encore, car, de'nos jours, le quartier de la rue de Rennes, qu'il bordait, est appelé fréquemmentle "bourg aux moines " . Mais, en même temps, il fallut pourvoir aux besoins spirituels des fidèles habitant la ville close, dont le nombre allait en augmentant à cet effet, le seigneur de Vitré établit un corps de chanoines qui desservit une église, laquelle fut, en-même temps, la chapelle du château (Henri Tortelier). 

 

 

Le nom de Vitré n'apparaît que dans la première moitié du XIe siècle, et comme titre féodal. Disons donc que cette ville est une création du moyen âge et de la féodalité, et qu'elle a été fondée pour servir de capitale à l'antique baronnie du même nom. Donc, l'origine de la ville se confond avec celle de la baronnie. Mais quel est le premier baron de Vitré? La légende, qui se prend à tout, a voulu encore ici relever l'illustration de nos origines vitréennes, en faisant sortir la maison de Vitré de celle des ducs de Bretagne par un certain Martin , dont on ne trouve trace nulle part dans les actes authentiques, et qui est bon , par conséquent , à mettre avec le Vitruvius, les temples de Pan et de Cérès, etc. D'ailleurs, pour n'être pas issu de la tige ducale, le premier baron de Vitré n'en a pas moins une histoire assez curieuse. Environ l'an mil, le duc de Bretagne, Geoffroi Ier, tenait, un beau jour, dans la petite ville d'Aurai, son grand Parlement, c'est à-dire l'assemblée générale de ses barons et féaux, où se décidaient toutes les affaires importantes du duché. C'était aussi l'occasion de grandes fêtes, de grands banquets, de grandes libations, parfois de querelles et de rixes. Ce jour-là, le seigneur d'Hennebont ou, comme on disait alors, de Guemené-Héboi, s'emporta contre le duc, de telle façon qu'il lui donna un démenti en plein Parlement. Le duc aussitôt sortit de la salle, en grand courroux, maudissant ses parents et ses vassaux s'ils ne prenaient soin de venger cet outrage. Mais le sire d'Hennebont était brave, riche, puissant, bien apparenté, allié du comte de Cornouaille, plus ou moins cousin de presque tous les seigneurs du pays de Vannes. Chacun le tenait pour un adversaire des plus redoutables ; aussi dans la salle du Parlement , malgré l'appel du duc, personne ne bougea, personne, du moins, n'osa jeter à l'insolent le gage de bataille. Bientôt le bruit de cet incident se répandit au dehors et parvint jusqu'aux oreilles d'un jeune chevalier qui n'assistait point ce jour là au Parlement, quoiqu'il fût alors le possesseur, non de la ville, mais de la seigneurie d'Aurai; il s'appelait Riwallon. De naissance obscure et surtout de fortune médiocre, son courage, son dévouement lui avaient attiré l'affection du duc Geoffroi, qui s'était plu à le marier à une belle Bretonne, nommée, pour son éclatante blancheur, Gwen-Argant, c'est-à-dire blanche comme l'argent, et de plus aussi riche que belle, étant unique héritière de la seigneurie d'Aurai , de droits lucratifs à Vannes , et à Rennes même d'un grand fief, auquel étaient attachés la garde du château de cette ville et l'office de lieutenant ou, comme on disait alors, de vicaire du comte de Rennes. Riwallon devait donc au duc Geoffroi sa fortune et son bonheur; et quand son devoir lui en laissait le temps , il venait jouir de l'un et de l'autre dans un petit château-fort qu'il s'était bâti sur la rive gauche de l'Alrée, en face de la ville d'Aurai, restée possession encore impunie, qui venait d'être faite à son bienfaiteur. D'un bond il endosse ses armes , saute à cheval, et, lance au poing, s'encourt dans la ville, à la recherche de Fin sulteur qu'il rencontre , provoque , attaque , presse, tue, le tout avec la rapidité de la foudre. Mais aussitôt, grande rumeur. Tous les parents et amis du mort s'assemblent et jurent d'exterminer le meurtrier. Celui-ci, bien avisé, ne les attend pas, met le feu à son manoir, et va avec sa femme et son fils se renfermer dans la ville de Rennes, d'où il brave l'impuissante rage de ses ennemis. Mais après un tel éclat, Riwallon ne pouvait plus habiter le pays de "Vannes ; le duc Geoffroy tenait d'ailleurs à le garder près de lui et à couronner son dévouement d'une haute récompense. Un échange eut lieu entre eux : Riwallon remit au duc la seigneurie d'Aurai , et le duc lui donna en retour, dans le comté de Rennes, un grand fief immédiatement limitrophe du Maine et de l'Anjou, large en moyenne de six à sept lieues et long d'une douzaine, du sud au nord, depuis les paroisses de Fercé, de Noyai et de Villepôt, jusqu'à celles de Montautour , de Taillie, d'Izé et de Livré. Dans ce grand fief, sur les deux plus grosses rivières qui le traversaient, aversaient, Riwallon érigea deux châteaux, l'un au nord, sur la Vilaine, qui fut Vitré, et l'autre au sud, sur la Seiche, Marcillé-Robert. Ce dernier semble avoir été d'abord le plus important ; c'était d'ailleurs un lieu fort anciennement habité, où on avait battu monnaie à l'époque mérovingienne ; Riwallon s'y tenait aussi de préférence. Vitré, au contraire, création nouvelle, n'était encore guère peuplé ; d'ailleurs, la forteresse primitive de Riwallon ne s'élevait point au lieu qu'occupe le château actuel, mais vis-àvis, un peu plus au sud , dans l'emplacement même de l'église et du cimetière de Sainte-Croix. Telle fut l'origine de la ville et de la baronnie de Vitré , certainement antérieure à la mort du duc Geoffroy Ier, c'est-à-dire à l'an 1008. En créant cette seigneurie, en la donnant à un homme d'une bravoure et d'un dévouement à toute épreuve, le but de ce prince fut d'élever à l'est de ses Etats un rempart solide, capable de protéger la Bretagne contre toutes les attaques du Maine et de l'Anjou. Riwallon et ses successeurs défendirent fidèlement ce poste pendant deux siècles et demi, c'est-à-dire tant que dura la maison de Vitré proprement dite. Voici la suite des barons de cette antique lignée: Riwallon ou Rivallon le Vicaire, de 1008 à 1030 ou environ, Triscan ou Tristan, de 1030 à 1045 environ, Robert hr, de 1045 à 1090, André Ier, de 1090 à 1135, Robert II, de 1135 à 1155 , — Robert III, de 1155 à 1173, André II , de 1173 à 1211, André III, de 1211 à 1250 (8 février), André IV, du 8 février 1250 au 15 mars 1251. Ce fut une race rude et batailleuse, bien digne de son auteur Riwallon, et qui défendit intrépidement pendant plus de deux siècles la frontière bretonne, guerroyant presque sans relâche, tantôt contre les seigneurs de Laval et de Mayenne, tantôt contre les comtes d'Anjou, les ducs de Normandie, les rois d'Angleterre, même parfois quand la guerre du dehors chômait contre les ducs de Bretagne et contre ses propres vassaux. Le fils de Riwallon, Tristan (son vrai nom, son nom breton était Driscamn ou Triscan, mais l'autre orthographe a prévalu), Tristan, dis-je, vit ses chevaliers se révolter contre lui et, avec l'aide du duc de Bretagne, s'emparer de ses châteaux et le chasser de sa terre. Mais cette mésaventure se tourna pour lui en bonne fortune. Il était allé chercher un refuge chez le sire de Fougères , appelé Main, son parent, qui le reçut fort bien, prit fait et cause pour lui, et lui donna les moyens de faire la guerre au duc de Bretagne. « Or, nous disent les vieilles Chroniques de Vitré avoit celuy Main, seigneur de Foulgères, une soeur nommée Inoguen, belle à merveille, laquelle aima Tristan de Vitré et, désirant l'avoir à époux et non aultre, révéla le secret de son coeur à son frère Main, qui de ce requit Tristan. Tristan, en s'excusant, répondit qu'il étoit desherité et n'avoit terre où il la pût mener quand il l'auroit épousée. Adonc Main lui promit en dot de mariage, avec ladite Inoguen sa soeur, tout ce qu'il avoit en Vendelais outre le fleuve de Coaynon (c'est-à-dire au sud du Couesnon). Quand Tristan se vit ainsi pressé et requis, il considéra la grâce que lui avoit faicte Main, si (ainsi) ne l'osa refuser, mêmement pour l'honneur et la beauté de la damoiselle, et la print à femme avec celui dot qui lui fut assis et baillé... Et en celle partie de Vendelais que Main donna à Tristan en mariage, fit ledit Main construire et fermer (fortifier) un chasteau pour Tristan, moult fort et defensable, en un plessix, lequel, pour ce qu'il étoit du dot de ladite Inoguen, fut en après appelé le Plessix-Inoguen.» (Le Baud, Chroniques deVitré, p. 8.) C'est ce même château qui depuis s'est appelé Châtillon-en-Vendelais, dont on voit encore les ruines , trois lieues au nord de Vitré, près du bourg de ce nom. De là, Tristan continua avec avantage la lutte contre le duc de Bretagne et contre ses vassaux révoltés. Bientôt d'ailleurs une nouvelle révolution se produisit. Le chef chargé par le duc de Bretagne de gouverner en son nom la terre de Vitré , était dur et rapace; il fut bien vite détesté. Un jour qu'il s'était pris de querelle avec le seigneur de Landavran , celui ci exaspéré le tua d'un coup d'épieu, et tout aussitôt Tristan appelé par ses chevaliers, rentra sans plus batailler en pleine possession de l'héritage paternel. Tristan gagna donc à cette révolte une charmante femme et un beau fief, le Vendelais , qui ajouta quinze ou seize paroisses à la baronnie de Vitré et en porta les limites sur la rive du Couesnon, à quatre lieues plus loin du côté du nord et à une lieue seulement de la ville de Fougères. Robert Ier, fils et héritier de Tristan, peut être considéré comme le véritable fondateur de la ville de Vitré. Ses deux prédécesseurs n'avaient là qu'un château presque isolé, qu'ils habitaient rarement. Robert, qui affectionnait cette résidence, trouva ce château mal situé et le transporta sur ce promontoire de roches abruptes, où il se dresse encore aujourd'hui. Une centaine de pas plus loin, vers l'est, il bâtit une église où il érigea une collégiale sous le titre de Notre-Bame. Puis (de 1064 à 1076) il donna le château primitif, l'ancien château de Riwallon, avec un grand terrain à l'entour, à la puissante abbaye de Marmoutier-lès-Tours, pour y établir un prieuré sous le vocable de Sainte-Croix. Autour de Sainte-Croix, autour de Notre-Dame, autour du nou=veau château, des habitations s'élevèrent, se groupèrent, et, s'étendant de proche en proche, finirent par se réunir et former une ville. Pour Robert, après avoir combattu, en 1066, à la journée d'Hastings, sous les ordres de Guillaume de Normandie, et assisté ce vaillant prince dans la conquête de l'Angleterre; après avoir ensuite longuement, avec des succès divers, bataillé contre le comte d'Anjou, il fut en pèlerinage à Rorne, à Jérusalem (avant la première Croisade), et au retour de cette lointaine expédition, comme il revenait exténué de fatigue avec trois hommes seulement de toute sa suite, il fut pris en trahison , au seuil même de la Bretagne , par le sire de Laval , qui ne le relâcha qu'après avoir obtenu de lui pour rançon la moitié de la forêt et des landes du Pertre, de Bréal et de Mondevert. Il mourut peu de temps après, vers 1090, certainement avant 1093. André Ier guerroya contre les ducs de Normandie, les rois d'Angleterre , et aussi contre les ducs de Bretagne , Alain Fergent et Conan le Gros. Ce dernier était maître de Vitré en 1132 ; il semble toutefois l'avoir rendu, de gré ou de force , à André, qui y mourut en 1135, et fut enterré dans l'église de Notre-Damé. En 1116, cette église avait été ôtée aux chanoines qui l'occupaient depuis l'origine, mais dont les désordres, l'indiscipline, la négligence pour l'entretien du culte divin forcèrent l'évêque de Rennes d'aviser : de concert avec André de Vitré , il donna Notre-Dame aux moines de Saint-Melaine de Rennes , qui parvinrent à s'y maintenir malgré la résistance des anciens chanoines, et en firent un prieuré florissant. Lorsqu'ils y entrèrent, en 1116, l'église de Saint-Martin de Vitré, bâtie à près d'un kilomètre du château, vers l'est, subsistait déjà. Ce n'était d'abord qu'une chapelle de secours pour les habitants répandus sur ce côté du territoire vitréen ; depuis, elle est devenue une paroisse. Dès le XIIe siècle , un groupe de maisons s'éleva auprès d'elle , qui forma bientôt une rue se dirigeant vers l'ouest, à la rencontre des habitations agglomérées autour du château et de l'église de Notre-Dame ; on appelait dès lors cette rue le bourg Saint-Martin. Robert II , fils d'André , eut une carrière singulièrement agitée , dont il serait aisé, sans grande imagination, de faire un curieux roman. Du vivant de son père , il épousa la belle Emma de la Guerche , fille de Gautier Hay,sire de la Guerche, et veuve, quoique fort jeune encore, de Juhel, baron de Châteaubriant ; mais il avait oublié, on ne sait pourquoi , de prendre le consentement de son père. Les noces finies, il vint à Vitré pour réparer cet oubli, bien sûr que la douce figure d'Emma lui obtiendrait sans peine son pardon. Mais le vieux baron ne voulut même pas la voir ; il ordonna à son fils de sortir immédiatement de sa ville et de sa terre , et comme Robert ne se pressait pas de partir , il s'en vint tout en colère lui planter un grand coup d'épée dans le corps. Heureusement, le sire de Cornillé survint, qui les sépara , emmena le fils dans son hôtel, l'y garda et l'y guérit de sa blessure , puis le fit filer en toute hâte jusqu'en Anjou. L'année suivante, Emma de la Guerche eut un fils, qu'on nomma André, comme son aïeul: sur quoi le vieux père André sentit fondre sa colère, rappela son fils et sa bru et les pressa sur son coeur, ainsi que le petit enfant qui avait été entre eux le messager de paix. Mais Robert n'était encore qu'au début de ses épreuves. Très peu de temps après la mort d'André Ier, le duc de Bretagne, Conan le Gros, profitant d'une absence du baron de Vitré, s'empara de sa ville par trahison et le chassa de sa baronnie. Robert, comme son bisaïeul Tristan, se réfugia chez le baron de Fougères, et se mit de là à guerroyer le duc de Bretagne; mais celui-ci gagna le Fougerais à force de présents, et le Fougerais chassa Robert.

 

 

Le proscrit passa alors chez Juhel , sire de Mayenne, qui lui prêta asile pendant quelque temps; mais Conan le Gros donna au fils de Juhel la main de sa propre fille avec la terre de Vitré pour dot, et Juhel chassa Robert. De Mayenne, il s'en alla chez le sire de Laval, Gui IV, son propre cousin germain par les femmes. En dépit du cousinage, Gui se laissa prendre comme les autres ; Conan n'eut qu'à lui offrir un lambeau de la dépouille de Robert un fief dans la ville de Rennes et un quartier de forêt, il lâcha aussitôt son pauvre cousin et le pria d'aller chercher fortune ailleurs. Robert donc vint à la Guerche, dont le seigneur, appelé Guillaume, était son beau-fils, né de l'alliance d'Emma de la Guerche avec Juhel de Châteaubriant. Là enfin, il trouva un abri sûr et un vaillant auxiliaire. Un de ses chevaliers, Téhel, seigneur de Moutiers, le reçut dans sa terre; il monta de là jusqu'à Argentré, s'empara des deux châteaux du Pinel et de la Rouvraie, où il s'établit et d'où il vint journellement insulter ses ennemis jusqu'aux portes de Vitré, situation fort incommode pour le duc Conan. Impossible de corrompre Guillaume de la Guerche ; restait d'agir contre lui par la force. Pour finir d'un coup, Conan pria le comte d'Anjou, son cousin germain, d'entrer dans la baronnie de la Guerche du côté de l'Est, tandis qu'il y entrerait de l'autre côté, de manière à se joindre ensemble devant le chef-lieu de cette seigneurie et à l'emporter vivement, de haute lutte, par la supériorité de leurs forces réunies. Ce plan faillit réussir. Le comte d'Anjou, avec une grosse armée, était déjà entre les bourgs de la Celle et de Moutiers; Conan, campé derrière la rivière de Seiche, occupait le pont de Visseiche, prêt à déboucher par là au premier signal pour rejoindre l'Angevin. Trois petites lieues à peine les séparaient. De l'ennemi point de nouvelles. (Arthur de la Borderie)

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article
28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 14:26

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article