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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 06:28

II. -Liste des Sept-Saints de Bretagne et origines de leur culte collectlf.


 

La liste des Sept-Saints copiée pour Lobineau sur l'autel de la cathédrale de Quimper, aux premières années du dernier siècle, ni même celle donnée par l'image de Bouchard, deux cents ans auparavant, n'étaient des inventions nouvelles. Nous allons voir cette liste écrite plus de trois siècles avant Bouchard. Dès le XIIe siècle, sinon antérieurement, la liste est close. Quoiqu'on ait dit, et nous le démontrerons, cette liste primitive ne subira dans le cours des Ages aucune modification. Et la cause de cette immutabilité de la liste est bien simple. Les Sept-Saints des Ve au VIIe siècle resteront et seront seuls en possession de leur titre d'honneur, parce que seuls ils sont fondateurs ou censés fondateurs des sept évêchés de Dol, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier, Léon, Cornouaille et Vannes. Il est clair que le titre de fondateur ne peut appartenir aux saints qui, après eux, ont occupé leurs sièges, pas même au glorieux saint Guillaume, le dernier évêque breton canonisé (1347). Mais, dira-t-on, il y a en Bretagne non pas sept, mais neuf évêchés, « semblance, selon Le Baud, de la céleste Eglise triomphante, laquelle a neuf ordres. » Dès lors, pourquoi les fondateurs des évêchés de Rennes et de Nantes n'ont-ils pas été admis au titre des saints de Bretagne ? Pourquoi n'avons-nous pas neuf saints de Bretagne au lieu de sept ? On a dit après d'Argentré : « Parce que ces Sept-Saints sont les évêques venus de l'île de Bretagne en Armorique an temps des invasions saxonnes. Or les fondateurs des diocèses de Rennes et de Nantes étaient Gallo-Romains. » Cette cause d'exclusion est-elle suffisante ? Non. La preuve c'est que saint Patern de Vannes étant gallo-romain de naissance comme de nom, sa qualité de gallo-romain n'a pas été un obstacle a son admission au rang des Sept-Saints de Bretagne. Il faut une autre raison, et la voici : très simple, et, me semble-t-il. certaine. Toutefois je ne l'ai vue nulle part, et c'est pourquoi j'ai besoin de la justifier. Saint Brieuc et saint Tugdual, débarqués en Armorique en 405 et 540, avaient entamé la conquête religieuse de la Domnonée et fondé les monastères de Saint-Brieuc et Tréguier. En 518, saint Samson, évêque dans l'île de Bretagne, passa à son tour en Armorique et fonda le monastère de Dol. Peu après la mort de saint Samson, saint Malo fondait les monastères d'Alet et de l'ile d'Aaron (Saint-Servan et Saint-Malo, 580-83. Saint Samson avait exercé l'autorité épiscopale sur tout le littoral de la Manche, depuis le Couesnon qui sépare la Bretagne de la Normandie, jusqu'au Kefileut qui. jusqu'à 1789, a partagé la ville de Morlaix entre les deux évêchés de Tréguier et de Léon, c'est-à-dire sur une longueur de 60 lieues. Après treize siècles de christianisme et avec nos moyens de communication, un diocèse de cette étendue paraîtrait trop vaste aujourd'hui. Qu'était-ce donc au VIe siècle, quand le pays était couvert de bois que perçaient à peine les vieilles voies romaines, et qu'il restait aux apôtres chrétiens tant de conquêtes à faire ? II y eut nécessité de partager l'administration de ce vaste territoire ; de là l'institution de vicaires de l'évêque de Dol, dits évêques régionnaires, co-évêques, abbés-éques, chefs de monastères ayant par délégation les pouvoirs épiscopaux. Bien que n'ayant pas de résidences fixes, ces vicaires de Dol se tenaient sans doute le plus souvent dans les grands monastères de Saint-Brieuc,Tréguier et Saint-Malo. Il est probable aussi que les limites de leurs circonscriptions déterminées par les chrétientés qu'eux-mêmes avaient fondées, acquirent par l'usage et le temps une certaine fixité. Moins étendus que l'évêché de Dol, les évêchés de Vannes, Cornouaille et Léon, fondés avant l'arrivée de saint Samson (465, 495, 530), avaient déjà des limites fixes qu'ils devaient garder jusqu'en 1789. Ces quatre évêchés, comme ceux de Rennes et Nantes, étaient suffragants de Tours. Deux siècles et demi après saint Samson, au milieu du IXe siècIe, l'état de choses que nous venons de décrira n'a pas changé. A ce moment (848) Nominoë est maître des quatre évêchés de Dol, Léon, Cornouaille et Vannes (voir Nominoë, page n° 4). Pour assurer sa puissance, il lui faut détruire l'influence des Francs dans sa Bretagne. Les évêques agréés par les rois francs et suffragants do Tours, et les vicaires de Dol, nommés par l'évêque, lui sont pour la plupart un obstacle. De gré ou de force il obtient leurs dépositions; il prétend faire de la Bretagne une province ecclésiastique et il crée une métropole à Dol. Mais comment la métropole de Tours accueillera-t-elle cette organisation qui lui enlève quatre évêchés sur neuf ? Comment Rome l'agréera-t-elle quand la règle exige, dit-on, douze suffragants pour créer une métropole ?

 

 

Nominoë triomphant

 

Nominoë va dédoubler le nombre des évêchés suffragants : Vannes, Cornouaille et Léon conserveront leurs limites anciennes ; mais, dans le diocèse trop étendu de Dol, il sera taillé trois diocèses. Leurs limites sont tout indiquées : ce seront celles des circonscriptions vicariales. Devenu archevêque, l'évêque de Dol au lieu de vicaires aura des suffragants dont les résidences seront aux monastères où l'usage les avait établies. Dol devenant métropole, aura pour diocèse le territoire dont son évêque avait gardé l'administration en mains propres. Au point de vue des circonscriptions et des sièges épiscopaux, l'organisation nouvelle n'était que la confirmation de l'état de choses existant depuis longtemps. Les nouveaux évêques devinrent suffragants dévoués de Dol. Isolés de Tours, les évêques de Léon et de Cornouaille suivirent leur exemple. Y eut-il quelque hésitation de la part de l'évêque de Vannes que la Vilaine Jusqu'au-dessus de Redon séparait seule de Nantes étroitement attaché à Tours ?...(!) Quoiqu'il en soit, Dol obtint l'obéissance de Vannes. Nominoë avait dû prévoir l'opposition de Tours; mais avait il prévu l'opposition des archevêques de Rouen, Reims et Sens qui a pour suffragant Paris, la résidence royale ? Dans l'année même de la création de Dol. vingt-deux prélats réunis à Tours, au nombre desquels l'archevêque de Tours et les trois que nous venons de nommer, protestaient en faveur de Tours contre la création de la métropole de Dol, et portaient l'affaire à Rome. C'est la France ecclésiastique tout entière qui fait opposition à Dol. Nominoë refusa de lire la lettre synodale de Tours ; mais elle lui fut un avertissement. Deux ans plus tard, il avait étendu sa puissante main sur Rennes et Nantes ; mais, trop avisé pour soulever contre sa métropole de nouveaux motifs de protestation, il se garda de Joindre ces deux évêchés à la province de Dol. Or la création de la métropole bretonne avait été accueillie avec faveur par les Bretons comme une garantie de plus d'indépendance. L'opposition des évêques francs à l'organisation d'une église bretonne dut apparaître aux yeux des Bretons comme la continuation ou la reprise, sous une forme nouvelle, de la lutte que la Bretagne avait soutenue pour conquérir son indépendance. Ces circonstances, politiques autant que religieuses, n'expliquent-elles pas que les Bretons aient appelé à un degré éminent d'honneurs les fondateurs de Dol et des évêchés suffragants de Dol ? Or chacun d'eux avait reçu un culte particulier de la génération même qui avait recueilli son enseignement et avait élevé une église sur son tombeau. La première manifestation de ce culte fut la dévotion populaire à cette époque, le pèlerinage au tombeau du saint, et plus tard à ses reliques pieusement gardées. Quand Dol devint métropole, de diocésain qu'il était,le pèlerinage ne devint-il pas provincial ? et saint Samson à Dol, comme saint Martin à Tours, ne reçut-il pas la visite de toute la province? Dans les moeurs de ces temps c'est très vraisemblable. Mais allons plus loin : La ségrégation toute d'honneur du fondateur de Dol et des fondateurs des évêchés suffragants de Dol n'aura-t-elle pas une autre conséquence ? Au culte particulier de chacun des Sept-Saints, la Bretagne ne va-t-elle pas substituer le culte collectif des Sept-Saints ? Et si ce culte collectif s'établit, quelle en sera sinon la première du moins la plus éclatante manifestation ? Sera-ce, comme on l'a écrit, la construction d'une église unique sous le vocable des Sept-Saints ? -Non. Sera-ce du moins la consécration dans l'église principale de chacun d'eux, d'un autel, d'une memoria quelconque des Sept-Saints ? -Il n'y a aucun indice de ce fait. -Cette manifestation ce fut le pèlerinage populaire de l'une à l'autre de ces sept églises. D'après notes laissées par J. Trévédy : Les Sept-Saints de Bretagne et leur pèlerinage.

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Published by poudouvre
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