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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 13:55

 

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Nous l'avons vu, c'est le 20 décembre 1506 que Gillette de la Moussaye, transporta le domaine de la Moussaye à la puissante famille Gouyon en épousant Guy seigneur de Launay Gouyon et du Vaudoré,  Gouyon de Mâtignon. Ladite Gillette avait quelques années plus tard elle même hérité de la seigneurie à la mort de son neveu Jacques de la Moussaye, tué très jeune dans un combat singulier. Messire Charles Gouyon, arrière petit-fils de Jacques et de Gilette de la Moussaye fut ainsi que nous l'avons vu à l'origine du protestantisme au sein de cette dynastie en épousant Claude du Chastel.

 

Combourg

 

Dans l'ouvrage "Mémoires de Charles Gouyon, baron de La Moussaye (1553-1587), publiés, d'après le manuscrit original' -G. Vallée & P. Parfouru nous relate les faits suivants : -C'est au château de Combourg  en 1565 que l'héritier de la seigneurie de la Moussaye alors âgé de 17 ans rencontra pour la première fois la jeune femme âgée pour sa part 13 ans. Dès cette premère rencontre, Charles Gouyon tomba éperdument amoureux de Claude du Chastel, mais la jeune fille était "promise" au fils du comte de Mongomery. Claude était protestante, ayant été élevée dès son enfance dans la religion réformée, par ses oncles maternels, Jean et François d'Acigné. En effet, celle ci orpheline de son père fut élevée par ses oncles maternels, sa mère  Claude d'Acigné ayant épousé en seconde noce Amaury Ier Gouyon, sieur de la Moussaye. Celui-ci était lui même veuf de Catherine de Guémadeuc dont il n'avait eut qu'un fils unique  : Charles né en novembre 1548. Un temps on avait envisagé de marier les deux jeunes gens comme c'était l'usage du temps. Ce dernier partit bientôt pour la Cour et fut présenté à Charles IX par le duc d'Etampes, gouverneur de la Bretagne -juin 1561. Reçu enfant d'honneur, «avec plusieurs autres de pareil âge pour désennuyer le Roy et luy faire passer le temps», Charles Gouyon se lia d'amitié avec Guy de Rieux, aussi page du Roi, et même avec le jeune prince de Navarre, arrivé à la Cour de France vers la même époque. « Je hantois particulièrement monseigneur le prince de Navarre. .... J'avois cest honneur d'estre de son estude et fort aimé de luy; et par ce moyen je fus instruit en la cognoissance de la vraye religion. Car c'estait ce que principallement on monstroit audit prince, encore que le roy de Navarre semblast estre catholique-romain; mais la mere avoit obtenu cela de luy, du Roy et de la Royne que son fils seroit instruit par tels précepteurs qu'elle esliroit».   Il y resta quatorze mois et revint en Bretagne «au commencement des seconds troubles», un peu avant la bataille de Saint-Denis en novembre 1567.  Mais à peine arrivé, il dut, un peu malgré-lui, accompagner son père à l'armée royale, avec la plus grande partie de la noblesse bretonne, commandée par le gouverneur, M. de Martigues.  Pourtant les relations entre le comte de Mongommery et  l'un des tuteurs de la jeune du Chastel s'envenimèrent, ayant eut connaissance des faits Amaury Gouyon, le sire de la Moussaye avisa son fils de l'aubaine à saisir. Une seconde entrevue eut lieu de nouveau à Combourg le 19 août 1568, mais la jeune femme se montra «se monstra extrêmement froide» et réservée. Très vite les visites du jeune tourtereau se multiplièrent malgré l'entourage hostile de la jeune femme. Mais Charles Gouyon persista et bientôt les deux jeunes amants ayant surmonté nombre de déboires obtinrent autorisation du Roi Charles IX et de la Reine douairière Catherine de Médicis pour convoler en mariage. Toutefois, le mariage ne pouvait être célébré sans une autorisation spéciale du Roi, qui ordonna que Mlle du Chastel serait conduite à la Cour et placée auprès de la Reine. Vers la fin du mois de mars 1571, elle quitta le château de la Perrière, en Anjou, où elle habitait depuis plusieurs mois avec Mme de Rieux et où Charles Gouyon était venu la rejoindre. Lorsqu'ils arrivèrent à Paris, le Roi venait de partir pour le château d'Anet. Claude y fut présentée à Catherine de Médicis, «qui la receut humainement.» Charles IX déclara qu'il assisterait aux noces, honneur dont Claude se serait, paraît-il, fort bien passée. Le Roi lui fit cadeau d'une «robe de toile d’or frizée». Par suite d'un nouveau déplacement de la Cour, ce fut dans la chapelle du château de Gaillon que le mariage fut célébré, le 20 mai 1571. La jeune mariée était couverte de pierreries de la couronne; le roi la conduisit par la main jusqu'à la porte de la chapelle, où la bénédiction nuptiale leur fut donnée par Guillaume Ruzé, évêque de Saint-Malo, et aumônier du roi.

 

       bal_duc_joyeuse

 

Le festin de noces eut lieu dans les jardins de Gaillon et Claude fut admise à la table royale.Après quinze jours passés à la Cour, où la Reine tenta inutilement de retenir Claude, les jeunes mariés regagnèrent la Bretagne en chariot, et vinrent habiter le château de la Rivière-de-la-Moussaye, en Sévignac. Nous avons déjà dit que Charles Gouyon ne tarda pas à faire, lui aussi, profession de la religion réformée, au grand déplaisir de son père et de son cousin de Matignon, qui auraient voulu le voir retourner à la Cour pour y faire fortune. Il ne put se dispenser d'aller à Paris à l'occasion des noces du roi de Navarre avec Marguerite de Valois. Mais au bout de trois semaines, il repartit pour la Bretagne à grandes journées, sans attendre les fêtes du mariage, poussé par l'impérieux désir de revoir sa femme bien-aimée. C'est ainsi qu'il échappa au massacre de la Saint-Barthélemy. Leur union fut bénie par la naissance de onze enfants : six fils, dont les deux aînés moururent en bas âge, et cinq filles. Ils eurent des envieux, des procès, des maladies, mais leur affection mutuelle et la soumission à la volonté divine les soutinrent dans l'adversité. Mme de la Moussaye possédait toutes les qualités d'une maîtresse de maison accomplie et elle sut administrer avec habileté, de concert avec son mari, les grands biens qui leur échurent après les partages de famille. Ils habitaient tantôt la Rivière-de-la-Moussaye, tantôt la Garaye près Dinan, tantôt le manoir du Val sur l'Arguenon, non loin du Guildo et de la mer. D'importants travaux furent exécutés à la Garaye par les soins de Claude du Chastel. C'est elle qui, se promenant un jour dans les bois de la Moussaye conçut l'idée d'y faire construire un château à l'endroit le plus pittoresque. C'est l'ancien château de la Moussaye que tous les archéologues font remonter au commencement du XVI siècle.  Les travaux de défrichement et de creusement des fossés furent entrepris en 1581, du vivant d'Amaury Gouyon, qui fit venir d'habiles architectes et dresser les plans. Mais il mourut le 21 octobre 1582 et la première pierre de la Moussaye ne fut posée que le 23 mai 1583. La construction de ce château fut poussée activement pendant les années suivantes. Malheureusement la mort prématurée de Mme de la Moussaye allait bientôt suspendre les travaux. L'édifice est resté inachevé.  Puis cette année  1587, Charles Gouyon en rentrant au Val,  trouva sa femme mourante : 

Le lendemain, qui estoit le samedy, je party de bon matin d'Espinay et vins coucher à Combour; le dimanche, j'arrivay à disner à la Garaye, où on me dit que ma chere compagne se portoit bien. Sur les trois heures d'apres midy j'arrivay au port du Guildo. Estant dans la passagere, je m'enquis comme se portoit ma femme ; à quoy personne ne me respondit. Je le redemanday au passager, lequel, avec un visage changé, me dit qu'il n'en sçavoit rien. Je demeuray fort estonné, et parlant à luy en homme courroucé, il me respondit avoir veu madelle de la Coarde, qui demeuroit au port, laquelle revenant du Val estoit fort esplorée. Alors je demeuray tout hors de moi; je regarday la mer; je ne sçavois que je devois devenir; je pressay d'arriver à bord et me pensay me jeter dans l’eau. A la fin je montay à cheval et arrivay à la maison et montay à la chambre. Je trouvay ma femme en son petit lict, qui estoit devant la cheminée; je me jetay contre terre aupres d'elle, avec pleurs et cris pleins de desespoir. Je ne sçay pas bien toutes les personnes que je y trouvay; tant y a qu'il y avoit une grande desolation. Elle me bailla la main, me priant de me consoler et me reigler à la volonté divine, qui faict tout pour nostre mieux, quoiqu'il nous semble du contraire. Adonc je me relevay et me retiray en son arriere-chambre pour prier Dieu. Il y avoit quatre ou cinq damoiselles de ses voisines qui estoient pres d'elle ; elle leur dit me suivre pour me consoler, ce qu'elles firent, mais je les renvoyay rudement. Elle avoit une damoiselle avec elle, fille d'un puisné du Cambout, apellée madelle de Valleron, que ma chere compagne aimoit fort et qui avoit toutes les clefs et charge de ses meubles et de son mesage, laquelle aussy avoit soin de ma chere femme, pour la trecter en ses couches. Je l'interrogeay de sa maladie; elle me dit que le mesme jour elle s'estoit encore trouvée plus mal et qu'il en falloit bien esperer. Il y avoit deux medecins, qu'on avoit faict venir de Dinan et de St. Malo, lesquels n'y cognoissoient rien. Je demeuray pres d'elle le reste de la journée, luy faisant prendre de la gelée et du lohoc d'autant que les flegmes luy faisoient grand ennuy. Sur le commencement de la nuict, on cognut qu'il n'y avoit plus d'esperance, tellement que je ne peus plus souffrir la voir. Je me tenois tantost à la porte, assis sur les degrés, tantost en ma chambre, priant ardemment nostre bon Dieu qu'il luy fist miséricorde et faisait faire les prieres d'heure en heure devant elle par un homme de bien, qui estoit en ma maison pour l'instruction de nostre fils ainé nommé Amaury. Cet homme y fit son devoir. Elle avoit une plainte ordinaire de voix, laquelle cessoit tout autant que duroient les prieres et tenoit ses yeux clos, sinon a l'heure des prieres; et quelquefois Valleron aprochoit son oreille pres sa bouche pour ouir ce qu'elle disoit, elle entondoit qu'elle prioit Dieu. Cela luy dura jusque à six heures du matin du lundy 15me de juin 1587, que nostre bon Dieu la retira des miseres et afflictions de ce monde en son repos eternel, avec cette reputation de tous ceux qui la cognoissoient d'avoir laissé peu de pareilles en pieté et en charité, constance, zelle et toutes vertus. Elle mourut au mesme mois qu'elle estoit née, agée de trente et quatre ans, regrettée de chacun pour les rares vertus qui estoient en elle.Ayant perdu ma fidelle et bonne compagne, je suis demeuré comme chacun peut penser ; car elle estoit ma meilleure moitié, mon seul contentement, n'ayant plaisir que l'heur de sa presence, heureuse et bonne compagnie, l'ayant aimée sy uniquement pendant les seize ans et demy que j'ay esté son mary et trois que je l'avois pourchassée. Incontinent, je fus visité de tous mes amis, et mesme de ceux qui m'estoient ennemis, qui tous desolés et pleins de larmes me venoient de jour à autre pour m'aider à pleurer ma perte. Et pour le dernier office que je luy pouvois plus faire, je la fis mettre en une chasse de plomb et honorablement conduire, accompagné de toute la noblesse du païs, jusque au temple de Plouer, où gist son corps en la sepulture de mes predecesseurs, avec sa mere , attendant que je luy en fasse esdifier une, où, quand il plaira à Dieu m'apeller je desire estre mis aupres d'elle , afin que nos deux corps, qui se sont tant et sy uniquement aimés durant leur vie, soient assemblés apres leur mort, et derechef, au grand jour du jugement du Seigneur, en la bienheureuse resurrection, ils se relevent ensemble et louent le Seigneur Dieu tout puissant et son Fils bien aimé Jesus Christ Nostre Seigneur et Sauveur ensemblement, comme aussy ils ont ensemble faict leurs prieres, suplications et actions de grace de tant de biens que nostre Dieu nous a largement departis en ce monde, lorsque nous y avons ensemblement faict nostre peregrination.  

On devine son désespoir et sa douleur, qu'il exprime en termes vraiment touchants. «Le lundi 15 juin 1587, à six heures du matin, nostre bon Dieu la retira des misères et afflictions de ce monde en son repos éternel.» Elle n'avait que trente-quatre ans. «Je la fis mettre en une chasse de plomb et honorablement conduire, accompagné de toute la noblesse du païs, jusque au temple (église paroissiale) de Plouer, où gist son corps en la sépulture de mes prédécesseurs, avec sa mère.» Les dernières paroles que prononça Claude du Chastel, baronne de la Moussaye, furent: «Pour l'amour de Jésus-Christ nostre Seigneur et seul Sauveur, je meurs en cette foy, Oh! que je suis bienheureuse !».  Et Charles Gouyon ajoute : «O ma tres chère Claude ! Dieu me fasse la grâce de mourir comme toy, afin que comme toi je vive éternellement bienheureux!» Les troubles de la Ligue n'allaient pas tarder à faire sortir le baron de la Moussaye de la retraite volontaire dans laquelle il s'était renfermé pour pleurer la noble compagne enlevée trop tôt à son affection et pour écrire ce Brief discours de sa vie dont notre résumé ne donne qu'une idée imparfaite. Comme protestant, car sa conversion de 1585 fut forcée et nullement sincère, et peut-être aussi en souvenir de ses relations de jeunesse avec le roi de Navarre, à la cour de France, Charles Gouyon, à l'exemple de beaucoup d'autres gentilshommes bretons, fit campagne dans l'armée royaliste, dite le parti des hérétiques, contre les troupes de la Sainte Union, commandées par le duc de Mercoeur. C’est donc le 5 janvier, au château de  Vitré, que le baron de la Moussaye, qui avait alors 44 ans, vint contracter cette seconde union, six ans et demi après la mort de Claude du Chastel, tant regrettée.

 

Contract de mariage de hault et puissant Charles Gouyon, seigneur et baron de la Moussaiye, comte de Ploüer, vicomte de Tonquedec, seigneur de Launay, du Vaudoré, de Touraude et de Tressaint, accordé le 19° de decembre 1592, avec haute et puissante delle Anne de la Noüe, fille de haut et puissant François de la Noüe, vivant chevalier de l'ordre du Roi, conseiller en ses conseils d'Etat et privé et capitaine de 50 hommes d'armes de ses ordonnances, et de feue haute et puissante Marguerite de Theligni, sa femme; et assistée de très haute et puissante dame Anne d'Alegre, comtesse de Laval, dame de Vitré et de la Roche-Bernard ; de haute et puissante Marie de Luré, veuve dud. sr le la Noüe et dame du Plessis-aux-Tournelles, de Lumigni et de Nogent-sur-Loir ; et de hauts et puissants Odet et Théophile de la Noüe, frères de lad. future; par lequel lesd. Odet et Théophile de la Noüe consentent que lesd. Futurs jouissent dès lors de la terre et seigneurie de la Gascherie, assise dans la paroisse de la Chapelle-sur-Ardre (Erdre) au diocèse de Nantes, à condition que si lad. terre estoit de moindre valeur que la legitime de lad. delle de la Noüe, ils seroient tenus de lui fournir le surplus, et que si elle estoit de plus grande valeur il leur en seroit fait raison par lesd. Futurs. Led. sr de la Moussaye doüe lad. Anne de la Noüe de 2,500 escus de rentes qu'il assigne sur les terres et seigneuries de Vaudoré, sur la juridiction de la Motte-Roussel, de la Tourniole de Hédé, de Cargouet, de Lescoublière et de Ponthual, desquelles terres la proprieté apartiendroit aux enfans qui naitroient dud. mariage, pour en estre fait partage entre eux, ainsi qu'il estoit accoutumé entre gens nobles et de maisons illustres, à la reserve des terres de Cargouet, de Lescoublière et de Ponthual, qui retourneroient au fils aîné après la mort desd. futurs. Lad. dame Marie de Luré donne à lad. future la somme de 10,000 escus sol comptant en espèces de quadruples doubles et simples pistolets d'or fortifiés, et elle veut que si lad. future predecedoit led. sr de la Moussaie sans enfans, elle apartiendroit aud. sr de la Moussaie.
Ce contract passé au chateau de Vitré, devant Daniel de Launai et Pierre des Vallées, notaires à Rennes.

 

Un mois auparavant, le 8 décembre 1592, il avait fait un partage anticipé aux sept enfants survivants du premier lit, afin sans doute d'éviter des difficultés éventuelles. Au mois de décembre 1593, Anne de la Noue accoucha d'une fille, qui reçut aussi le nom d'Anne  et dont le baptême se fit encore au château de  Vitré. Elle eut pour marraine haute et puissante dame Anne d'Alégre ou d'Aligre, baronne de  Vitré, veuve de Paul de Coligny -Guy XIX de Laval et pour parrain le jeune baron de  Vitré, François de Coligny -Guy XX de Laval. La petite Anne Gouyon n'eut pas le bonheur de connaître son père, M. de la Moussaye étant mort avant qu'elle ne vint au monde -c'est ce que nous révèle l'acte suivant, extrait des registres protestants de Vitré.
«Hune fille de deffunct Charles de la Moussés, escuir, conte de Ploit, etc.. et de dame Anne de la Nos, sa femme, lorsqu'il vivoit, a esté baptizée en l'Eglise reformée de ceste ville de Vitré, ce dimanche douziésme jour de decembre mil cinq cents quatre vingt treze, et a esté presentée par hault et puissant Monseigneur Guy de Laval et haulte et puissante dame madame Anne d'Alaigre, seigneur et dame de Vitré et conte et contesse de Laval. Le baptesme administré par maistre Pierre Merlin, ministre du sainct Evangille, en la maison de mon dict seigneur et dame. P. Merlin.»   
   

 

    c

 

extrait de Mémoires de Charles Gouyon, baron de La Moussaye (1553-1587), publiés, d'après le manuscrit original' -G. Vallée & P. Parfouru
        

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Published by poudouvre
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