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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 13:43


 

Catherine Legoff .


 

-Le 12 février 1753, une vieille femme est recueillie sanglante dans un village situé, sur le grand chemin de Carhaix à Châteauneuf.On apprend « qu'elle est de condition », qu'elle a été attaquée, blessée et volée par une jeune fille domestique. Sur l'avis qui lui est aussitôt envoyé par le prêtre de l'endroit, le sieur de Muzillac, châtelain de Pratulo, commence une enquête immédiate : La coupable est arrêtée dans une auberge, et remise à la maréchaussée, car le cas; est prévôtal. C'est une jeune fille, Catherine Legoff, que. l'interrogatoire fera tout à l'heure connaître, et sa victime est la douairière de Porsmoguer, la dame Marie Magdeleine de Kerléon, qui malgré son grand âge, avec la simplicité et la verdeur qu'il n'était pas très rare de rencontrer alors chez les gens de noblesse rurale, revenait de. Rennes, seule, à pied, son maigre bagage à la main, dans un sac d'étoffe. Les interrogatoires ont lieu par-devant François Regnoult, sieur Demarest, lieutenant général de la maréchaussée à la résidence de Quimper. L'accusée « jeune fille de moyenne stature, visage plein et rond, grand nez. bien fait, grosses lèvres, yeux gris, sourcils et cheveux bruns, de forte corpulance, portant coeffes plates, de Quintin, vêtue d'un Justin noir, jupe bleue, tablier de..., bas de laine bruns et des sabots aux pieds » est originaire de la paroisse de Plouguernevez (évêché de Quimper), et âgée de 19 ans ; avant sa détention elle était servante à Carhaix, chez la veuve Du Clerc. « Répond en langue françoise avoir été arrêtée près du pont de Pratulo, dans un cabaret, par un monsieur qu'elle ne connoît pas, pour avoir été en dispute avec une vieille femme qui venoit de Rennes et que l'interrogée ne connoît pas, qui lui avoit parlé au Moulin-du-Roy près de Carhaix, où l'interrogée buvoit du cidre et où cette femme lui proposa de faire route ensemble jusques à Châteauneuf, ce que l'interrogée accepta. » L'excellente personne ayant vu sa compagne tomber dans un fossé sur le rebord duquel il y avait « un chicot de bois » et remarqué qu'elle s'était blessée, lui donna la main pour la relever, puis, comme, elle avait fait une nouvelle chute, cette fois sur un tas de pierres, où elle s'était encore blessée, la trouvant très faible, elle lui avait pris son. paquet afin de «l'alléger ». Mais la vieille s'était mise en colère, l'avait menacée de la corde ; alors à son tour, elle s'était fâchée, avait envoyé par terre l'injuriante « d'un coup de main sur le dos et d'un coup de sabot sur la tête ». puis l'avait abandonnée ; mais elle avait emporté la sacoche jusqu'à l'auberge où elle était venue, dans la crainte qu'on ne l'enlevât et qu'on ne l'accusât elle-même d'un vol. Elle n'a jamais été auparavant poursuivie en justice ; le juge cependant affirme le contraire, elle aurait déjà été recherchée pour vagabondage et vol. La dame de Kerléon, veuve de messire René de Porsmoguer, chef de nom et d'armes, demeurant ordinairement au manoir de Kernaton à Saint-Renan, et âgée d'environ 72 ans, dépose ainsi : « Douzième du présent mois, faisant route sur le grand chemin de Carhaix à Châteauneuf, elle rencontra vers midi du même jour sur la porte du cabaret du Moulin-du-Roy, une fille vêtue d'un Justin noir, jupe bleue et tablier de... portant sabots à ses pieds, laquelle demanda à la déposante où elle alloit ; qu'elle lui répondit qu'elle alloit au bourg de Cledenpoher, à quoi ladite fille répondit qu'elle y aloit aussi et la suivit ; qu'aïant avancée en route ensemble, ladite fille devança la déposante de quelques pas et sur ce qu'elle regardoit de tems en tems derrière elle, la déposante lui demanda ce qu'elle regardoit, à quoi ladite fille répondit qu'elle attendoit un nommé Thomas, cavalier, avec lequel elle devoit être mariée à Châteauneuf ; qu'en causant ainsi elle fit passer la déposante par un champ en friche et estant arrivée au lieu d'un fossé sur lequel il y avoit des bouts de bois plantés exprès pour servir de barrière, ladite fille qui avoit passé devant la déposante, lui donna la main pour passer ; mais étant tombée sur ces bouts de bois par la violence dont ladite fille l'avoit. tirée, la déposante se sentit blessée par un de ces bouts de bois au bas-ventre ; que malgré les cris.qu'elle faisoit, ladite fille ne cessa de la tirer et de l'arracher dessus ces bouts de bois ; qu'étant enfin tirée, elle s'aperçut-qu'elle perdoit beaucoup de sang, elle dit à cette fille qu'elle l'avoit tuée, à quoy elle lui répondit qu'elle ne l'avoit pas fait exprès et que si elle vouloit lui donner son paquet à porter, elle l'en débarrasseroit d'autant, et qu'à la première maison elle la panseroit de sa blessure ; la déposante lui donna son paquet à porter, qui consistoit en deux poches de toile qui contenoient deux chemises, deux paires de souliers, une paire de bas bruns de laine drapée, quatre coeffes, deux couteaux, dont un à guène (gaîne) et l'autre forme anglaise, plusieurs papiers concernant un retrait de terre et un acte de partage et autres papiers ; qu'en continuant ainsi de faire route, étant à la distance de deux cens pas de l'endroit où la déposante avait été blessée, cette fille lui proposa d'entrer dans un champ, pour éviter, disait-elle, le mauvais chemin; qu'y étant avancée de quelques pas, la ditte fille dit à la déposante: Vous n'irez pas plus loin, voici où vous mourrez,j'aurai votre vie, votre argent et vos hardes, combien avez-vous d'argent ? -à quoi la déposante lui dit de prendre son argent et ses hardes et de lui laisser la vie, qu'à cette réponse la ditte fille se jeta sur la déposante, lui prit sa cape, son tablier et lui arracha ses poches, dans lesquelles il y avait environ quatre francs ou cent sols en menues monnaies, un cachet de métal et un chapelet ; que la déposante tomba des coups de main que ladite fille lui donna au visage, et que, lorsqu'elle fut renversée, ladite fille lui donna plusieurs coups de pied sur l'estomac et à la tête avec ; ses sabots, qu'elle lui mit même les doigts dans la bouche pour lui arracher la langue, lui tourna la tête de côté et d'autres, pour couteau dont elle la menaça, mais qu'aïant sur ces entrefaites entendu du monde, elle le ramassa, ainsi que toutes les hardes de la déposante dont elle se saisit et les emporta en lui disant : si tu me suis, je t'achèveray. La déposante voïant que ladite s'était retirée, se releva le mieux qu'elle put, gagna le village de la Haye-Provost, où s'étant présentée à une maison, on refusa de la recevoir et le nommé Jean Conan du même lieu la vint conduire chez Pierre Louarn, où elle est depuis alitée de ses blessures, D'où elle a fait prier M. de Muzillac de faire rechercher la fille, qui l'avoit attaquée et volée. »

 

 

Saint-Renan

 

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 15:06

 

Les vols et les attaques sur les grands chemins semblent assez fréquents. Ils se rencontrent presque exclusivement dans les campagnes accidentées et couvertes de bois, où la difficulté des communications entre les principaux centres d'agglomération favorise l'oeuvre des malfaiteurs, où d'ailleurs un état moins prospère de l'agriculture et du commerce, une moindre retenue des caractères chez les paysans, la misère, la paresse et l'intempérance chez les bas artisans aident au développement des impulsivités antisociales. Pourtant, parmi les individus qui se font détrousseurs, beaucoup ont des-professions avouées et licites, mais qu'ils exercent sur les foires et marchés, où naissent pour eux l'occasion et les moyens calculés des vols les plus profitables. Tous ne sont pas de piètre origine. De temps à autre, il apparaît sur les routes des pillards de bonne souche. Tel ce Pierre Ezou, notaire et sergent des juridictions de Cludon, Kermeno, etc., demeurant en la paroisse de Plougouver-la-Chapelle, -«.-accusé de plusieurs vols commis sur les grands chemins de Callac à Guerlesquin, de Callac à Rostrenen, de Guerlesquin à Guingamp et de Guerlesquin à Plougas. » Dans la seconde.moitié du XVIIe siècle, les souvenirs de la Fronde, et même de la Ligue, ne sont pas si bien effacés dans les maisons nobles, qu'il ne s'élève parfois des mécontentements, bientôt transformés en rébellions ouvertes, ou, sous le prétexte de revendications légitimes, en véritables actes de banditisme. Une dame de Coigneux reçoit en héritage authentique le manoir de Kerlot, pour y fonder une abbaye de femmes de l'ordre de Citeaux. Le sieur de Pontlo qui occupe la place se refuse à la rendre ; les magistrats prononcent sur lui sentences sur sentences ; il faut requérir les troupes de Concarneau pouf l'expulser... à coups de canon. Mais l'audacieux seigneur, s'adjoignant une poignée de gens sans aveu, se met à ravager la campagne aux environs du manoir, visite à main armée les moulins, les fermes qui en dépendent, extorque aux paysans, par toutes sortes de mauvais traitements, leurs denrées et l'argent de leurs fermages. Malgré une ordonnance du Roi (1664), il continue ses déprédations, si bien qu'il oblige les religieuses à se réfugier à Quimper; il échappe par la mort au bannissement. En général, les guetteurs et batteurs de-chemins sont plus vulgaires, mais non moins. redoutables ; il n'est pas rare qu'ils aient parmi eux des femmes, jeunes le plus souvent, rivalisant avec les hommes d'effronterie et de cynisme, aussi de qualités... à poigne, très appréciées dans un pareil monde. Tarde, en sa Philosophie pénale, fait remarquer qu'autrefois les criminels s'associaient davantage que de nos jours.. « Le nombre des co-auteurs d'un même acte était très élevé, tandis que la récidive proprement dite semblait jouer un faible rôle dans la criminalité d'alors.A chaque famine, à chaque disette, des bandes, s'organisaient par groupes de 40 à 50 hommes parfois, pillaient et ravageaient tout, mais elles se dispersaient ensuite. » Les associations ont un caractère plus permanent, en Bretagne. Les bandes sont peu nombreuses, mais elles sont organisées pour l'exploitation régulière.des régions.ou des localités sur lesquelles elles s'installent. Il est malaisé d'apprécier le rôle de la récidive dans la criminalité antérieure aux statistiques. A notre avis, la récidivité devait être plus commune que ne le pense le distingué magistrat, car on découvre (surtout parmi les auteurs de vols sur les grands chemins), une habitude professionnelle, un choix dans le métier, qui suppose la réitération d'un même genre d'attentats ; elle ressort aussi de la multiplicité plus ou moins grande des condamnations prononcées contre les mêmes sujets pour cause de vagabondage,délit presque toujours compliqué de vol. En Bretagne d'ailleurs la mendicité et la vie errante trouvent comme un encouragement, tacite dans les moeurs rurales, car tendre la main n'est pas déshonorant, c'est un métier tout aussi Jouable et quelquefois plus lucratif qu'un autre.; Cette raison explique, chez un grand nombre d'individus, la conservation d'habitudes qui confinent de près au délit quand elles n'y conduisent pas, la facilité du recrutement des bandes dangereuses et de leur entretien indéfini. Les malfaiteurs ont partout une-sorte d'appui occulte, ou parla terreur qu'ils inspirent ou par une certaine sympathie bizarre qu'ils rencontrent auprès des pauvres paysans, sourdement hostiles à une situation trop dure à la plupart d'entre eux. Puis le Breton a un fonds d'indépendance qui le porte à se défier de l'autorité officielle ; quand il ne s'insurge pas contre elle, il ne lui déplaît pas de voir les autres s'en moquer et l'homme des campagnes, demeuré franchement de sa race, ne s'inquiète guère des attentats commis contre l'homme des villes et l'étranger à sa province, des francisés ou des Français, aussi longtemps qu'il ne souffre pas trop lui-même, des exigences des détrousseurs. Comme ceux-ci arrêtent surtout les marchands et les voyageurs, ils sont assez rarement dénoncés ou repoussés quand ils cherchent un refuge en quelque ferme. Si leurs affaires périclitent ils peuvent, avec de la décision et leur connaissance des lieux très loin à la ronde, échapper à la Maréchaussée ou aux agents des Hauts-justiciers, grâce à l'extrême découpure des territoires des juridictions; ils passent de l'un sur un autre, où, dans le cas d'une suprême mésaventure, ils réussissent maintes fois à se présenter devant les juges, sous les apparences de criminels surpris en première faute. La récidivité est peut être assez rare de fait (relativement), sans l'être de tendance dans le caractère criminel. Seulement elle n'a pas comme de nos jours les occasions de se traduire aussi nette chez les délinquants nés, d'instinctou d'habitude,étantarrêtée dans son germe ou à ses débuts... par la suppression de son générateur. Les crimes où elle se dessine le mieux, où, par la fréquence de la répétition.chez les sujets, que la justice ne condamne pas à la mort, elle laisse entrevoir ce qu'eût été son rôle chez les sujets que les cours prévôtales font exécuter, s'ils avaient eu l'existence plus longue, sont les attentats sur les grands chemins. Il est à remarquer que les bandes sont ordinairement composées par des individus de même nom, et de parenté plus ou moins étroite ou de même lieu et de relations nécessaires : l'idée de l'attentat s'élabore dans un groupe, s'extériorise par le fait au rayonnement de l'exemple et à l'élargissement des contacts. Il n'y a rien de surprenant à ce qu'on trouve la femme à côté du mari, dans, un milieu grossier, où les deux sexes ont toujours mené la même existence précaire ou pénible, les soeurs à côté des frères, les enfants à côté des parents. Néanmoins l'enfance et l'adolescence semblent fournir un médiocre contingent au délit, soit, que les jeunes sujets abandonnés ou de famille très misérable reçoivent de bonne heure une protection, dans les maisons charitables, soit qu'ils rencontrent dès leur plus bas âge le secours moral et matériel chez les parrains ou marraines, gens riches ou possesseurs du fief:dont les parents sont domaniers. En Bretagne, en effet, le maître accepte volontiers pareil rôle vis-à-vis des plus humbles familles et le prend très au sérieux; si la fameuse Marion tourna si vilainement, ce ne fut pas la faute de sa marraine, la dame de Stanghingan. C'est à titre exceptionnel que nous relevons dans l'Inventaire quelques procédures où sont impliqués de très jeunes vagabonds plus ou moins. « véhémentement soupçonnés de vol : une instruite contre une bande de quatre garnements qui ont commis plusieurs vols d'effets et d'argent, (les deux plus âgés, de 19 et 15 ans, sont condamnés aux galères; les deux plus jeunes, d'environ 14 ans, au, fouet, et une autre contre un nommé Guillaume Pariou (16 ans), faiseur de filets de pêche, né sur la paroisse de Poulan, accusé « d'avoir, le dimanche 4 mars 1731, entré par la fenestre chez le nommé Vincent Philipot, au village de Penanroz (paroisse de:Ploudiry) et d'y avoir forcé la serrure d'une armoire et vole la somme de 45 livres, et une bourse de cuir dans laquelle il y avait 25 à 30 sols, d'avoir le premier du mesme mois entré aussi par la fenestre dans la demeure de Guillaume Jusseau du village de Keryven, paroisse de Plounéventer, et d'y avoir enlevé et volé une pièce de berlinge et d'avoir, le 3 du-mesme mois, volé une paire de bas de soie chez Vincent Pammant de la ville de Landerneau », et de quelques autres vols. Il est condamné à être pendu et étranglé après avoir subi la question, ordinaire et extraordinaire, pour avoir révélation de ses complices et receleurs.

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 15:27

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 09:42

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 14:49

 

 

État des personnes. -Aperçu général.

 

Je crois avoir établi, dans un travail qui déjà remonte à plusieurs années, que, chez les Gaulois, la société se composait de trois sortes de personnes :


 

-les nobles (equites, principes), auxquels appartenaient les honneurs et la considération ;


 

-les fidèles ou compagnons d'armes (clientes, devoti, soldurii, ambacti…)


 

-enfin la classe nombreuse des poene servi, qui, chargés d'impôts, accablés de dettes, entraient au service des nobles, et, devenus étrangers à la vie politique, en arrivaient à subir la dure condition desesclaves. Or les mêmes faits se reproduisent dans l'histoire de la Bretagne insulaire. Là, de nombreux clients, des compagnons de guerre se plaçaient aussi sous le vasselage des nobles. C'étaient des serviteurs de condition libre, quoique pauvres et sans crédit : « Quaedam nationes », dit Tacite en parlant des Bretons vaincus par « Agricola, in curru proeliantur : honestior auriga, clientes propugnant . » La culture de la terre était donc abandonnée aux poene servi, aux oboerati, plus ou moins engagés dans les liens de la servitude.

Nous retrouvons à peu près le même état de choses chez les Cambriens du temps d'Hoël-dda et chez les Bretons du IXe siècle. Chez ces deux peuples, la population se composait d'hommes libres, de colons et de serfs. Il y avait plusieurs ordres d'hommes libres, comme plusieurs ordres de colons et de serfs.


 

-Les brenins, les comtes, les arglwyds, les mactyerns étaient des ingenui revêtus d'une dignité supérieure, suivant le langage du savant Moeser.


 

-Les simples hommes libres, les bonedig cynhwynol, ne possédaient qu'un braint inférieur.


 

Venaient ensuite les colons dont la condition, peu différente, selon toute apparence, de celle des poene servi gaulois, était cependant beaucoup moins dure que la condition des servi de l'Armorique et des caeth de l'île de Bretagne.

Hommes libres d'une dignité supérieure.

 

Le plus antique recueil des coutumes galloises, le Code de Démétie. rapporte qu'il existait dans ce pays trois sortes de privilèges :privilège de naissance, privilège d'office,privilège de terre. A la tête des privilégiés étaient naturellement placés les hommes libres de première classe, auxquels appartenait, par droit héréditaire, le gouvernement des districts et des paroisses, et qui portaient, chez les Cambriens, le nom d'arglwyd. Chefs supérieurs de territoires assez vastes, ils jouissaient d'importants privilèges. Tout cymro devait, à partir de l'âge de quatorze ans, se placer sous leur tutelle ou, pour parler le langage du droit, sous leur recommandation. Des redevances, des services étaient attribués à ces arglwyd. Aucune vente, aucun afféagement ne se pouvait effectuer sans leur consentement. Les biens des vassaux morts sans héritiers leur appartenaient; de la Toussaint à la Saint-Martin, ils recevaient des hommes libres une certaine somme, et les chefs de clans étaient tenus, eux aussi, de leur faire, chaque année, la remise d'une livre d'argent. En un mot, dans une circonscription plus resserrée, l'arglwyd exerçait la même autorité que le brenin dans son royaume. Le prince de plou, ou mactyern, occupait en Armorique une position analogue. Seigneur héréditaire d'une et parfois même de plusieurs paroisses, il y possédait des droits très-importants. Dans la paroisse de Bains, par exemple, il levait des tonlieus ou impôts sur les marchandises transportées par eau. Sa juridiction était véritablement souveraine; ses vassaux devaient lui payer, ainsi qu'à ses descendants, une redevance qui correspondait, selon toute apparence, à l'impôt perçu par les chefs de districts gallois. Sous les Carolingiens, les mactyerns furent contraints de courber la tête sous le joug de l'étranger. Charlemagne avait chargé l'un de ses lieutenants de maintenir les Bretons dans le devoir. Aussi plus d'une charte de l'abbaye de Redon prouve-t-elle que le grand monarque soumit les vaincus à l'empire de ses règlements et que l'institution des scabins, par exemple, fonctionna quelque temps en plein Browerech. Le mactyernat cependant n'y fut pas anéanti; les princes de paroisses conservèrent à peu près leur ancienne puissance: les uns se trouvèrent placés sous l'autorité du comte franc préposé au gouvernement de la péninsule; d'autres, tels que Portitoë et Wrbili, relevèrent directement de l'empereur à titre de vassi dominici


 

Parmi les hommes libres d'une dignité supérieure figuraient naturellement les viri nobiles, les optimates dont il est parlé dans le Cartulaire, et qui, propriétaires de vastes domaines, y exerçaient une juridiction.

 


 

Hommes libres du second et du troisième ordre.


 

La classe des libres du second ordre se composait des petits propriétaires placés sous la juridiction d'hommes riches et puissants, auxquels ils avaient engagé leur foi. Telle était la condition de Catworet, le fidèle de Nominoë, et dont ce dernier eut à venger la mort ; telle était aussi la situation des fils de Treithian, qui s'étaient placés sous le vasselage de Rudalt. Dans la seconde section du Cartulaire, section dont les actes se réfèrent au XIe siècle et même à la première moitié du XIIe, il est fait mention de milites, de clientes, d'equites, de vicarii, d'armigeri, lesquels, sans aucun doute, appartenaient à une catégorie mitoyenne d'hommes libres. Cette simple noblesse, dit Dom Lobineau, renfermait, elle-même, des degrés d'inégalité, selon que chacun avait plus ou moins, ou point du tout de vasseaux.


 

La classe des libres du troisième ordre était la plus considérable : elle se composait, en général, d'hommes qui, ne pouvant se maintenir par eux mêmes dans la jouissance de leur liberté et de leur propriété, remettaient leurs biens entre les mains d'un patron,sous la condition d'en conserver, en payant un cens annuel et déterminé, la jouissance perpétuelle et héréditaire.


 

Les colons (coloni, heredes, hereditarii) devraient être aussi classés dans la catégorie des hommes libres; mais, comme en réalité ils occupaient une position intermédiaire entre la liberté et la servitude, nous n'en parlerons qu'au paragraphe suivant, où sera traitée, avec quelque développement, l'importante question du servage.


 

De la servitude chez les anciens Bretons.

 

Dans les prolégomènes du Polyptyque d'Irminon et du Cartulaire de Saint-Père de Chartres, M. Guérard proclame que, depuis la conquête des Gaules jusqu'à l'abolition de la féodalité, la servitude est allée toujours se mitigeant. Sa marche, selon l'illustre savant, doit être divisée en trois âges bien distincts: d'abord règne l'esclavage pur, où l'homme est réduit à l'état de chose. Cet âge peut être prolongé jusqu'à la conquête de l'empire d'Occident par les Barbares. Depuis ce temps jusque vers la fin du règne de Charles le Chauve, l'esclavage proprement dit est remplacé par la servitude, dans laquelle la condition humaine est reconnue, respectée,protégée. Enfin, pendant le règne de la féodalité, la servitude se transforme en servage. Le serf retire sa personne et son champ des mains du seigneur; il doit à celui-ci, non plus son corps ni son bien, mais seulement une partie de son travail et de ses revenus ; il a cessé de servir; il n'est plus qu'un tributaire sous les divers noms d'homme de corps ou de poté, de mainmortable de taillable, de serf ou de vilain. C'est une gloire véritable pour M. Guérard d'avoir, l'un des premiers, fait justice des exagérations préméditées des anciens légistes sur la « tyrannie féodale. » Quel homme vraiment instruit voudrait, à cette heure, contester les heureuses transformations signalées par le docte écrivain, et qui, depuis la chute de l'empire romain jusqu'à Louis XVI, se sont accomplies, sans interruption, dans la Gaule ? Toutefois, ce serait une erreur de croire que le progrès ne date que de la conquête, et que, avant César, l'esclavage pur fût partout la condition de la classe rurale. Il est certain, au contraire, que cette classe, si asservie qu'on la suppose, se composait, en grande partie, de colons, de poene servi n'ayant rien de commun avec les esclaves romains. C'était dans les champs, on le sait, que Vercingetorix et les autres princes gaulois levaient leurs partisans ; et ceux-ci comme ceux-là, principes ou soldllrii, equites, ambacti et clientes, composaient, avant que Rome les eût vaincus, une nation toute militaire, ayant en dédain l'agriculture, et plus disposée, nous le répétons, à s'approprier par la force le blé des autres qu'à s'occuper d'en semer chez elle. Que si la Gaule eût été peuplée, comme on le suppose, d'hommes réduits à une complète servitude, qui donc aurait formé le nombreux cortège des chefs de clan et comment de petites peuplades eussent-elles pu, pendant la guerre, mettre sur pied tant de soldats. On ne saurait donc le contester, les poene servi gaulois étaient, non des esclaves, mais des espèces de colons plus ou moins engagés dans les liens de la servitude. Cette condition mitoyenne entre l'esclavage et la liberté n'était pas, du reste, inconnue à l'antiquité. Il y avait dans la primitive Hellade, au rapport des historiens grecs, de nombreuses populations dont le sort différait peu de celui des colons du moyen âge. Comme eux fixés au sol, Les pénestes, par exemple, cultivaient la terre en payant une redevance


 

 

L'ile de Bretagne, au temps où les Romains en firent la conquête, avait, elle aussi, ses pénestes. « Il y a deux sortes de servitude, dit Montesquieu, la réelle et la personnelle. La réelle est celle qui attache l'esclave au fonds de terre: c'est ainsi qu'étaient les esclaves chez les Germains, au rapport de Tacite. Ils n'avaient point d'office dans la maison ; ils rendaient à leurs maîtres une certaine quantité de blé, de bétail ou d'étoffe. Cette espèce de servitude est encore établie en Hongrie, en Bohême, dans plusieurs endroits de la basse Allemagne. Les peuples simples n'ont qu'un esclavage réel, parce que leurs femmes et leurs enfants font les travaux domestiques. Les peuples voluptueux ont un esclavage personnel,. parce que le luxe demande le service des esclaves dans la maison. » Il n'existait donc, dans la Bretagne primitive, qu'une servitude réelle ; mais, lorsque Agricola eut fait adopter aux chefs insulaires la vie voluptueuse qui les devait conduire à la servitude, un changement rapide s'opéra; le luxe de leurs demeures rendit nécessaire (le service des esclaves dans la maison).» -« Les Germains, dit l'abbé de Gourcy, mêlés avec les Romains dont ils empruntèrent les vices avec la politesse, connurent des besoins qu'ils avaient ignorés jusqu'alors, et firent servir une foule d'esclaves à leur mollesse et à leur vanité. » L'influence de la civilisation romaine produisit les mêmes effets chez les Bretons, et l'on verra, tout à l'heure.


 

1. Au premier rang des poene servi bretons se trouvaient les alltad ou advenoe, dont les uns étaient au service du brenin et les autres au service des seigneurs (uchelwrs). L'héritier de trois générations de ces alltud devenait propriétaire du fonds cultivé par ses pères1; mais si, avant le temps fixé, l'étranger quittait sa tenure, il devait abandonner la moitié de ses biens au roi ou à Yuchelwr . Que si l'alltud désirait prendre femme, il devait préalablement en obtenir l'autorisation, sous peine de voir ses enfants devenir la propriété du maître. Le fils d'un alltud et d'une Galloise libre jouissait de tous les privilèges de l'ingénuité; il pouvait même hériter de son grand-père maternel, si ce dernier était un llchelwr, et devenir de la sorte le supérieur de son père. Il y avait trois catégories d'alltad : ceux des brenins, des nchelwrs et des tcieogs (cultivateurs semi-libres). La composition des premiers était la même que celle du simple homme libre, et moitié plus élevée que celle de Yalltud d'un taeog. Nous ne saurions établir avec précision quels rapports ou quelles différences existaient entre la condition des alltud gallois et celle des hospites dont il est parlé, sans aucun détail, dans le Cartulaire de Redon ; mais nous croyons, avec le vieux jurisconsulte Houard, que les dispositions relatives à l'advena cambrien devaient être à peu près celles qui régissaient les hôtes du moyen âge.


 

2. Dans une condition à peu près analogue à celle de l'alltud vivait le carlawedrawg qui, forcé, comme les obærati des Commentaires, d'entrer au service d'un noble, y restait, dans la situation d'un homme libre vis-àvis d'un uchelivr , jusqu'à ce qu'il lui fût permis de rentrer dans sa propriété. C'était ainsi que, chez les Francs, sous les Mérovingiens, des hommes libres, pressés par la misère et dans l'impossibilité d'acquitter leurs dettes, s'engageaient, par un acte appelé obnoxatio, à servir quelqu'un jusqu'à ce qu'ils se fussent libérés; après quoi, ils redevenaient libres.


 

3. Parmi les poene servi se trouvaient les meybyoneylyon, ou colons d'origine, auxquels on donnait aussi le nom de taeogs (Villani). Ces petits tenanciers, inséparables, comme les colons de nos anciens cartulaires, du sol qu'ils cultivaient, acquittaient, au profit de leurs maîtres, certaines redevances et étaient assujettis à divers services corporels dont nous parlerons tout à l'heure. On se souvient que des douze manoirs dont se composait chaque commote, quatre étaient assignés aux meybyoneylyon. La terre sur laquelle on les établissait s'appelait tyr cyllyd (terra reditibus obnoxia), à cause des redevances dont elle était chargée, et tyr cyfryf (terra numerata), parce qu'elle était mesurée avant d'être distribuée en parcelles égales à tous les villani des manoirs serviles. Nul ne pouvait quitter son petit domaine pour en prendre un autre, même de valeur égale. Ces tenures n'étant pas, à la mort du père de famille, partagées, comme les terres libres, entre tous ses fils survivants, ne tombaient point en déshérence: dès qu'une parcelle en devenait vacante, elle était également répartie entre tous les cotenanciers. Comme le droit de succession n'existait qu'au profit du dernier des fils, dans les manoirs serviles, les enfants mâles y étaient mis en possession d'un lot de terre, du vivant même de leur père: le plus jeune des fils devait seul hériter du domaine paternel. Chaque taeog-tref, ou trêve de villains, se composait de trois randirs; les deux premiers étaient occupés chacun par trois taeogs ; le troisième randir était réservé comme pâturage. Les iaeogs et les aillts prêtaient serment de fidélité à leur seigneur, et, comme les hommes libres, ils étaient dans l'obligation de recommander leurs fils, dès l'âge de quatorze ans, à l'arglivyd du canton. Ils ne pouvaient, sans l'agrément de leurs seigneurs, étudier le bardisme, l'art de forger ou la littérature, mais, lorsqu'on les avait laissés s'appliquer à l'un de ces arts et qu'ils avaient commencé à l'exercer, la loi ne permettait pas qu'on les empêchât de continuer, et dès lors ils étaient considérés comme des hommes libres, et entraient en possession des cinq erws attribués à tout Cymrocynhivynol . Je viens de dire qu'il y avait trois taeogs dans chacun des randirs dont se composait une trêve servile. On peut juger, d'après cela, du grand nombre de poene servi que devait renfermer l'île de Bretagne. Ce nombre, d'ailleurs, s'accroissait non-seulement par la naissance d'enfants condamnés à suivre la condition de leur père (mab-aillt), mais encore par l'adjonction à la classe servile d'une triple catégorie de personnes :


 

1° les fils légalement désavoués ;


 

2° les malfaiteurs privés de leur patrimoine et de leur privilège originaire;


 

3° les alltudou advenoe fixés en Kymru. Le livre des triades juridiques de Galles indique le but du législateur en établissant ces catégories: c'était de prévenir les complots des étrangers et de leurs adhérents; de soustraire à l'avidité des aillts les terres réservées aux hommes libres; enfin, d'empêcher les unions clandestines et le débordement des mauvaises moeurs Toutefois, la loi voulait qu'après un certain nombre d'années les descendants de ces colons, s'ils épousaient des Cymraes, ou Galloises libres, fussent élevés au rang de Cymri. A la fin de la neuvième descendance (quatrième degré à partir de l'aillt originaire), la liberté leur était en effet acquise. Dans certaines circonstances, l'aillt traversait encore plus rapidement la servitude : « Il y a, dit le code Déméte, trois perilsonnes dont les privilèges s'accroissent en un seul jour: d'abord le villain d'une trêve servile (taeog-trev) sur laquelle, avec l'autorisation du brenin, une église a été consacrée et où la messe se dit; en second lieu le taeog auquel le roi confère l'un des vingt-quatre offices d'une cour privilégiée, et enfin, le mab-aillt qui reçoit la tonsure. Ces hommes, engagés le matin dans la servitude, se trouvent le soir pleinement libres Au dernier degré de l'échelle sociale étaient placés les caeth, dont la condition, sans être aussi dure que celle de l'esclave romain, s'en rapprochait toutefois sur plus d'un point. Il y avait dans l'île de Bretagne plusieurs espèces de caeth : le caeth acheté (brinu), le caeth appelé (gwahawd) et le caeth non acheté et non appelé, servus non invitatus non emptus. La condition du caeth acheté était la plus mauvaise: il était condamné aux plus rudes travaux et on l'assimilait à la bête de somme. Le caeth appelé s'occupait, dans la maison d'un noble (uchelwr), de travaux intérieurs: il n'allait point aux champs, n'était pas employé à la mouture des grains, et sa valeur était celle du caeth acheté. Le caeth non appelé (hebgwawd) et non acheté, qui venait de pays étranger (gwenigawl), était une espèce de journalier placé sous la main de l'uchelwr qui le faisait travailler avec la bêche et la fourche; le prix de ce caeth domestique (dofaeth) était le double de celui d'un caeth acheté. Le caeth gallois, du moins celui de la dernière catégorie, était traité avec une grande rigueur. Il ne pouvait ester en justice,ni porter les armes ; on le condamnait à perdre la main s'illa levait sur un homme libre; en quelque lieu qu'il se sauvât on le poursuivait, et une récompense était assurée à qui le ramenait à sa glèbe ; enfin, pour peindre au vif la situation de cet infortuné, on le pouvait tuer sans payer de composition, la valeur du caeth devant être appréciée, dit la loi, comme celle d'une bête de somme. Les caeth, hommes ou femmes, pouvaient être livrés par leur maître en payement d'une composition: « Si un homme, par haine, en tue un autre, qu'il donne quatre ancilloe, avec autant de caeth, et, après cela, qu'il s'en aille en paix.» Il résulte d'un passage des lois galloises qu'il existait dans la Cambrie deux sortes de servitude: l'une, conditionnelle, qui régnait dans le South Wales ; l'autre, perpétuelle, qui dominait en Vénédotie. J'ignore si quelque historien gallois a donné des détails sur cette double servitude; mais il est de fait que le servage se maintint dans les montagnes du pays des Cambriens plus longtemps que dans la plupart des autres parties de l'Europe occidentale: « En général, dit M. Augustin Thierry, dont les préventions sont pourtant si favorables à la race bretonne, en général, les possesseurs de grandes terres et de seigneuries, dans le pays de Galles, étaient, il n'y a pas longtemps, et probablement sont encore plus durs qu'en Angleterre pour les fermiers et les paysans de leurs domaines. Cela vient sans doute de ce que la conquête des provinces galloises n'ayant été achevée que vers le XIVe siècle, les nobles y sont plus nouveaux venus, et de ce que la langue du peuple indigène est toujours restée entièrement distincte de celle des conquérants. » J'ai cru devoir transcrire ici ce passage de l'illustre historien, non pas que j'adopte son explication, mais parce que j'aurai l'occasion de signaler. dans un coin de la péninsule armoricaine, la même anomalie.

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 14:17

 

 

 

Du régime féodal chez les Bretons armoricains.


 

J'ai dû, dans le chapitre qui précède, jeter un rapide coup d'oeil sur les vieilles coutumes des Bretons insulaires, coutumes dont plus d'une trace, ai-je dit, devait se retrouver chez leurs frères du continent.Je rentre maintenant dans l'Armorique, pour n'en plus guère sortir. M. Guizot a soutenu, dans son Histoire de la civilisation, que l'institution du clan, bien qu'elle offre beaucoup d'analogie avec le régime féodal, en est cependant radicalement distincte. L'assertion ne m'a point paru exacte, du moins en ce qui concerne les Bretons, et je l'ai combattue en m'appuyant de ce fait que la coutume de la recommandation,d'où est sortie la féodalité, était fondamentale dans la Cambrie. Maintenant, laissant de côté toute discussion, je vais examiner si les trois éléments essentiels qui constituent cette féodalité, selon M. Guizot, existaient chez les Bretons armoricains à l'époque où furent rédigés nos actes les plus anciens.


 

I. Nature particulière de la propriété territoriale


 

-Il suffit de jeter les yeux sur quelques chartes du Cartulaire de Redon pour se convaincre, non-seulement que la propriété bénéficiaire existait, chez les Bretons, sous Louis le Débonnaire, mais encore que ce régime était alors arrivé à son dernier période de développement. En effet, divers actes, dont nous donnons plus loin des extraits, établissent d'une manière irréfragable que la tenure bénéficiaire était devenue presque universelle dans l'Armorique, et que l'hérédité des bénéfices y était en même temps si générale, que l'expression même de beneficum était tombée en désuétude et avait été remplacée par le mot hereditas qui, d'ordinaire, désigne un patrimoine, abstraction faite de toute obligation imposée à son propriétaire. La charte suivante ne laisse aucun doute à ce sujet : « Attendu que, suivant la coutume, tout homme noble a le droit de disposer à son gré tant de son alleu que de son héritage, en conséquence, moi, Godildis, et mon fils Guntarius, avec le consentement de Permig, mon mari, nous avons vendu à Liosic, abbé des monastères de Redon et de Plélan, tout ce que nous possédions en héritage dans le lieu nommé Maff, etc. » Il y a deux choses à considérer dans cette charte: le sens du terme allodis, puis celui du mot hereditas. Allodis désigne ici certainement un propre (mere proprium), une terre libre et complétement indépendante. Mais quel sens attacher au mot hereditas? Puisque le propriétaire en peut disposer à sa guise, il est clair qu'il s'agit d'une propriété réelle, pleine, héréditaire. Mais, entre cette propriété et l'alleu, il doit y avoir une différence, puisqu'on oppose hereditas à allodis. Or, en quoi consiste cette différence ? Elle consiste en ce que l'alleu est une terre absolument libre, tandis que l'hereditas est une propriété dépendante d'un seigneur, c'est-à-dire un bénéfice héréditaire, ou, si on l'aime mieux, un fief. Voici une autre charte où le mot hereditas désigne encore plus clairement, s'il est possible, un bénéfice héréditaire : « Cette charte fait connaître que l'abbé Conwoion concéda en bénéfice à Wrweten le ran ou partage de Jarnoc, situé dans la paroisse de Carentoir. et, à cause de cela, Wrweten donna pour cautions Enec et Meruon, lesquels garantirent qu'il payerait chaque année une rente de deux sous; et, outre cela, le mêmeWrweten fournit quatre fidéjusseurs, qui se firent garants que lui et ses fils reconnaîtraient avoir reçu ladite terre, non pas en héritage (inhereditate), mais en bénéfice à la volonté de l'abbé et de ses moines(in beneficio quandiu libitum fuerit Conwoiono abbatio). » Ici, on le voit, l'hérédité est opposée au bénéfice temporaire: qu'était-ce donc que cette hérédité ? Évidemment ce n'était pas un alleu, c'est-à-dire une propriété complètement indépendante, puisque Wrweten s'engage à payer chaque année une rente de deux sous à Saint-Sauveur de Redon; mais ce n'était pas non plus un bénéfice héréditaire (hereditas), et c'est ce que moines tenaient à établir (in beneficio quandiu libitum fuetit abbati et monachis). Personne maintenant ne contestera sans doute la distinction qu'établissent les actes cités plus haut entre les mots hereditas et beneficium; mais on nous dira, peut-être, que de bénéfice héréditaire ou de bénéfice à temps il n'y a trace dans la charte précitée, et que cet Wrweten qui paye chaque année une rente de deux sous à l'abbaye de Redon, est tout simplement un censitaire. En France, l'objection serait péremptoire ; mais nous sommes en Bretagne, et là, la terre libre elle-même était, comme dans le pays de Galles. soumise à certaines obligations pécuniaires. Dans une autre donation, faite par le Breton Thethviu à sa fidèle compagne Argantan, on voit que la terre de Ran-Lowinid, achetée sine renda, sine opere, dicofrit et difosot, était assujettie à payer une somme annuelle de six deniers au monastère de Conoch, dont elle relevait. Or, nous ferons remarquer que, dans cette charte, la terre donnée en bénéfice est spécifiée dicofrit, ce qui indique, d'une manière certaine, que cette propriété n'était grevée d'aucune redevance servile. Je pourrais, dès ici, ce semble, conclure que le mot hereditas signifie, dans le Cartulaire de Redon, propriété pleine, héréditaire, et pourtant dépendante d'un seigneur. Mais, au risque de tomber dans la prolixité, je citerai un dernier argument: On sait que, chez les Francs,-et il en était de même chez les Bretons -toute contestation relative à la propriété indépendante était déférée au tribunal du comte, tandis que la propriété bénéficiaire relevait de la juridiction seigneuriale. Or, je trouve dans le Cartulaire de Redon un grand nombre de chartes qui prouvent incontestablement que c'était devant les mactyerns, ou princes héréditaires des paroisses, qu'étaient jugés les différends relatifs aux hereditates :  Ceci fait connaître devant qui se présentèrent Cowellic et Brithael, cousins de Lalocan, lesquels interpellèrent les moines de Redon au sujet d'une hereditas dont le même Lalocan avait fait don à l'abbaye de Saint-Sauveur. C'est pourquoi les susdits cousins se presentèrent devant Hoiarscoit, qui possédait la paroisse d'Avessac, et le supplièrent de faire droit a leur requête contre Lalocan et contre le monastère. Il résulte donc des divers textes précités que les hereditates du Cartulaire étaient des terres concédées en bénéfices héréditaires, sous la dépendance d'un seigneur, et que, dès le commencement du IXe siècle, le premier élément constitutif de la féodalité existait dans la péninsule armoricaine.



 

II. fusion de la souveraineté avec la propriété


 

Il est facile d'établir, d'après le Cartulaire, que le possesseur de bénéfice ou de fief, en Bretagne, y jouissait, dès le IXe siècle, de tous les privilèges qui, selon les feudistes, n'auraient été l'apanage des propriétaires du sol, en France, que vers le commencement du XIe siècle. Dans une charte portant la date de 858 on voit le mactyern Hoiarscoit donner au monastère de Redon sa terre d'Urswalt sine aliquo judice vel majore, c'est-à-dire avec tous les privilèges de juridiction attachés à cette terre. Un autre seigneur, nommé Wenerdon, vend sa terre sine exactore satrapaque, c'est-à- dire avec tous les droits de juridiction souveraine appartenant à la propriété. Il nous serait facile de multiplier les exemples ; mais notre démonstration n'est-elle pas complète ?


 


 

III. Système hiérarchique d'institutions législatives judiciajres et militaires qui liaient entre eux les possesseurs des fiefs 


 


 

-Les principaux devoirs du vassal étaient le conseil, le jugement et enfin le service militaire, objet principal du bénéfice. Diverses chartes du Cartulaire de Redon attestent qu'au IXe siècle un système hiérarchique d'institutions législatives et judiciaires existait chez les Bretons armoricains comme, à une époque plus reculée, chez leurs ancêtres de l'île de Bretagne. Il n'est pas un seul acte des princes bretons qui ne s'accomplisse cum consilio Britanniae nobilium tam sacerdotum quam laicorum : Salomon, roi de Bretagne, avait formé le voeu d'aller faire un pèlerinage à Rome, au tombeau des apôtres ; mais il fut obligé de renoncer à son projet sur le refus de l'assemblée du pays, qu'il avait dû convoquer. Outre ces grandes assises, les princes, les seigneurs tenaient des plaids d'un ordre moins élevé, où se jugeaient toutes sortes de procès. C'est devant Nominoë que les moines de Ballon portent leur requête au sujet des droits de ton lieu qu'ils réclamaient sur la rivière d'Oust. Érispoë et ses successeurs remplissent également leurs devoirs de justiciers, et, au-dessous d'eux, les mactyerns et les simples possesseurs de fiefs s'acquittent de fonctions analogues). La même hiérarchie existait dans le service militaire, service auquel était assujetti tout détenteur de bénéfice. Quatre vassaux de l'abbaye de Redon s'engagent, en recevant une propriété bénéficiaire des mains de l'abbé Ritcant, à se montrer les fidèles défenseurs du monastère; mais c'est, disentils, sous la réserve que le seigneur de Peillac, dont ils relèvent directement, n'entrera pas en lutte contre les moines, car, dans ce cas, le bénéfice concédé devrait être restitué soit à l'abbé, soit à son successeur. Un passage de la chronique de Réginon atteste aussi qu'une véritable hiérarchie militaire rattachait les uns aux autres les différents possesseurs de fiefs: Salomon, roi de Bretagne, après avoir longtemps défendu le passage de la Vilaine contre les Normands, s'était enfin décidé à traiter avec les pirates. Le prince allait se mettre en marche avec sa petite armée, lorsqu'on vint le prévenir que son vassal, le comte Gurwand, avait juré de se mesurer, à la tête de ses seuls fidèles, contre toute la bande de Hastings. Le roi fit de grands efforts pour détourner le comte d'une résolution qui le vouait à une mort certaine. Mais le héros fut inébranlable: « J'ai fait serment de combattre, dit-il, et je combattrai ; que si vous tentiez de mettre obstacle à mon dessein, je me tiendrais pour dégagé de tout lien de fidélité envers vous .» Devant cette menace, Salomon n'insista plus et se retira. Or, de ce texte si curieux, on peut tirer la triple conséquence que voici :

1° Gurwand, vassal de Salomon, avait, lui aussi, des vassaux sous ses ordres ;

2° Quoique Salomon eût fait la paix avec les Normands, Gurwand pouvait continuer de guerroyer avec ses hommes ;

3° Ce droit de guerre privée appartenait bien réellement au comte, puisqu'il résiste aux instances de Salomon en le menaçant de rompre tout lien de vasselage s'il cherche à mettre obstacle à son dessein. Comme nous aurons à nous occuper plus tard de l'état des personnes, nous nous bornerons à faire- connaître ici, très-brièvement, la hiérarchie des rangs chez les Bretons armoricains.

 

Au sommet de l'échelle sociale étaient placés les rois universels du pays, après lesquels marchaient les petits souverains indépendants, tels que les comtes de Vannes, de Cornouaille, de Léon, de Poher, de Gouello. Le troisième rang appartenait aux mactyerns ou princes héréditaires des paroisses. Venaient ensuite la noblesse ordinaire, qui se partageait, elle-même, en plusieurs catégories, puis la nombreuse classe des servi, des coloni, des heredes, des villani, censitaires plus ou moins engagés dans les liens de la servitude. On le voit donc, ce n'est point à la légère qu'au début de ce chapitre nous avons proclamé que la féodalité, avec les trois éléments essentiels qui, dit-on, la constituent, existait anciennement dans la péninsule armoricaine ; elle y existait, en effet, sans le moindre antécédent de conquête, avant les grands événements qui, selon les historiens, firent épanouir l'institution. chez les Francs, sous le faible successeur de Charlemagne.


 

De l'organisation judiciaire chez les Bretons armoricains.


 

Nous avons établi, dans le chapitre précédent, que, dès le IXe siècle, tout propriétaire de fief jouissait en Bretagne de certains droits souverains qui n'appartiennent aujourd'hui qu'aux gouvernements. Il nous faut maintenant entrer dans quelques détails sur l'organisation judiciaire du pays, à la même époque. Et d'abord, un mot sur la composition des cours de justice.Chez les Bretons, comme chez les Gaulois, c'était l'un des privilèges de l'homme libre d'assister aux assemblées. Plusieurs chartes de notre Cartulaire attestent qu'aucune décision importante n'était prise, dans le pays, sans le concours d'une grande partie de ses habitants les plus notables. C'est devant une assemblée de ce genre qu'en 871 Ritcant, abbé de Redon, traduisait le mactyern Alfrit, qui, depuis le règne de Nominoë, n'avait cessé de persécuter les moines et de piller leurs domaines : « Ritcandus abbas, cum monachissuis, illum (tyrannum et vere tyrannum) ad venerabilem principem Salomonem, presentibus maxima ex parte totius Brilanniæ nobilibus, super hac re accusavit .» La même assemblée, consultée par Salomon, lui refusait l'autorisation d'aller en pèlerinage à Rome. En ce qui concerne les plaids ordinaires, les quelques lignes suivantes, empruntées à une charte de 858, donneront une idée assez exacte de la manière dont s'y rendait la justice; nous traduisons littéralement :  Cette notice fait connaître devant quelles personnes Salomon, prince de Bretagne, interrogea Ratfrid, qui, profitant de la perturbation qu'avait fait naître la mort d'Érispoë, s'était présenté, avec ses frères, au monastère de Redon, déclarant que plusieurs domaines, dans la paroisse de Bains, leur appartenaient, et que, si les moines refusaient de les leur rendre, ils mettraient le feu à l'abbaye, après l'avoir pillée. Cédant à la force, l'abbé fut obligé d'accorder ce qu'on lui réclamait, c'est-à-dire neuf parcelles (ou ran) en Bains et quatre parcelles et demie dans la paroisse de Sixte. Mais. dès que Salomon, assis sur le trône de Bretagne, apprit les méfaits de Ratfrid, il en fut irrité, et, l'appelant à son tribunal, il lui reprocha de s'être emparé, par force et tyrannie, de biens concédés à perpétuité aux religieux de Saint-Sauveur. A cela Ratfrid répondit qu'il n'avait point usé de violence et que les domaines qu'il tenait en Bains et en Sixte lui avaient été bénévolement concédés par l'abbé et par les moines de Redon. Salomon, très irrité de ces paroles, ayant alors demandé à Conwoion pourquoi, de son chef, il livrait ainsi les biens du monastère, l'abbé répondit qu'il avait agi non de son plein gré, mais sous le coup de la violence. Ayant ouï cela, Salomon enjoignit à Ratfrid de restituer les terres dont il s'était saisi; ce qui fut exécuté. Alors le prince dit au même Ratfrid : « Maintenant que tu t'es dessaisi des terres que tu prétendais tiennes, rassemble tes preuves, appelle des témoins, et fais en sorte d'établir que ces biens t'appartiennent réellement par droit d'héritage. » Sur la réponse de Ratfrid, qu'il ne pouvait produire ses témoins, attendu que les gens deson canton (pagenses) n'étaient pas présents, Salomon lui dit : « Je t'accorde dix jours pour réunir tes preuves et pour faire comparaître tes témoins à ma cour de Penharth. Alors Ratfrid, ayant confessé qu'il n'avait ni preuves ni témoins à l'appui de sa réclamation, fut contraint par Salomon de jurer et de fournir caution, tant en son nom qu'au nom de ses frères, qu'ils n'avaient rien à revendiquer en Bains, et que les terres dont ils s'étaient emparés par violence appartenaient aux moines, en toute justice. » Lorsque quelques doutes existaient sur le droit des parties, on demandait ordinairement qu'une enquête eût lieu dans le pays. C'est ainsi que, vers 848, les anciens (seniores) de Bains, de Peillac, de Renac et de Sixte, furent interrogés, par ordre de Nominoë, sur la question de savoir si certains droits de navigation dans l'Oust appartenaient aux moines de Busal et de Ballon ou bien au mactyern qui possédait la seigneurie de Bains ; c'est ainsi qu'en 854, Lalocan, actionné par ses cousins, au sujet d'une villa qu'il avait donnée à l'abbaye de Saint-Sauveur, fit faire une enquête en Plessé et dans les paroisses voisines: « Convocavit Lalocan cum monachis viros nobiles et maxime seniores qui erant in illa plebe et in aliis plebibus.» 

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 05:57

 

 

 

Telle Toussaint, tel Noël


 

Si l'on va faire la cour à une fille le jour de la Toussaint, on ne la revoit plus vivante. On dit que les âmes des ancêtres reviennent le jour de la Toussaint.


 

A la Saint-Hubert, qui quitte sa place la perd !


 

On assure que tous les chiens enragés se rendent au pied de la statue de Saint-Hubert, placée dans l'enceinte du fort La latte en Plévenon


 

A la Saint-Mathurin,

Sème ton lin

 

 

A la Sainte-Cécile,

si on plante des pas (pois)

I'viennent comme des mâts


 

Entre la Cateline et Noué

tout bois est bon a planter


 

Entre Noué et Cateline

Tout bois prend racine


 

Quand i tonne ent' la Cateline et Noué

l'hiver est avorté


 

A la Saint-André,

Sème ton blé


 

A Trébry il y avait la chapelle dédicacée à Saint-André, pour les cordes des cloches, l'on se servait du chanvre offert.

 

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 15:06

Dans la Basse-Bretagne, on croit aussi que les morts reviennent visiter leurs familles, leurs maisons, mais dans la nuit de la Toussaint seulement. Voici comment en parle le poète classique des Bretons, Brizeux, si bien informé et si exact :

 

 

Quand novembre amena sa première soirée,

Celle nuit cependant fut une nuit sacrée;

Car du pays de Vanne au pays de Léon,

De Cornouaille en Tréguier, il n'est pas un Breton,

Bûcheron dans les bois ou pêcheur sur les côtes,

Qui, chez lui, ce soir-là, n'attende bien des hôtes.

Dès que le dernier chant de la fête des Saints

Est fini, les voilà, pareils à des essaims,

Ou comme des graviers roulés dans la tempête,

Qui sortent par millions, et volent à leur fête;

Ils vont rasant le sol, pêle-mêle, hagards ;

Et le seuil des maisons, les courtils, les hangars,

Les granges, tout s'emplit; ils remplissent l'étable,

Tous les bancs du foyer, tous les bancs de la table…


 

Ces hôtes nocturnes, la ménagère, comme au temps des Vedas, leur apprête à manger : C'était pour eux qu'Anna, laissant là son rouet, Le front tout en sueur, près du feu travaillait. Elle avait délayé sa meilleure farine, Pris son bois le plus sec, sa graisse la plus fine, Et tandis que son monde à vêpres priait Dieu, Elle, seule au logis, étendait sur le feu Ses crêpes de blé noir pour cette race étrange, Qui dans toute l'année un seul jour boit et mange. Anna, c'est la fille du fermier Hoêl qui venait de mourir. En rentrant de l'église, (Guenn-Du, sa mère, lui vit avec épouvante un balai à la main ; elle s'écria :

 

 

Par une telle nuit balayer la maison 

Vous ne savez donc pas, ô fille sans raison,

Que le monde est couvert ce soir d'âmes en peine,

Et qu'ici votre père en pleurant se promène !

Avec votre balai voulez-vous le blesser?

Les âmes des aïeux, voulez-vous les chasser.'

Anna demande pardon; elle ne savait pas.

On se met à table. 

Cependant la fermière recommande à sa famille :

Ne mangez pas jusqu'aux dernières miettes,

Et laissez quelque chose au bord de vos assiettes :

D'autres tout prendre place autour de ce bahut;

N'égouttez pas le verre où vos lèvres ont bu.

A ces mots, sur la table Anna posa ses crêpes.

Oh ! tous vont là-dessus sauter comme des guêpes,

Dit sa soeur. Mais Lilez, apportez, s'il vous plaît,

La grande jatte au beurre: ils sont friands de lait.

Surtout, reprit Guenn-Du, n'éteignez pas la braise.

 

Après celle dernière recommandation, tout étant prêt, la veuve avec son monde se dispose à se mettre au lit :

 

Les morts ont à manger, à foire, à se chauffer.

 

Voilà comment à de nombreux siècles de distance, d'une extrémité du monde à l'autre, se retrouvent les mêmes superstitions populaires. La Bretagne connaît le mauvais oeil des mourants, le Char de la Mort ou de l'Ankou, le danger que l'âme court en quittant son corps. C'est ainsi que celte même fermière, au moment précis où son mari expirait, s'était écriée avec effarement :

 

Je l'entends ! je l'entends ! c'est le Char de l'Ankou !

Hoël s'en va ! la Mort remporte dans son trou!

Prenez garde en mourant qu un de ses yeux vous voie!

Prenez garde surtout que son âme se noie!

Videz tous les bassins, tous les seaux, tous les muids -tonneaux

Jetez l'eau de fontaine et jetez l'eau de puits  

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 14:28

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 19:26

 

 

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